Holà les enfants !

Bon, j'ai terminé ce chapitre à 1H30 du matin, juste pour vos beaux yeux ! Il est plus long que d'habitude (une page word de plus, au moins), et un peu plus complexe, aussi. Je crois. Donc, je vous amène progressivement vers une mauvaise nouvelle. Je sais que ça fait au moins trois semaines que je dis ne pas pouvoir publier la semaine suivante, mais j'y arrive quand même. Bon, là ça va vraiment être compliqué ! Tout d'abord, parce que je n'ai écrit qu'un paragraphe du chapitre suivant. Normalement, j'écris à partir de 20H, mais j'ai une semaine de dingue, donc ça va être difficile. Ensuite, je déménage ce week-end, donc lorsque je ne révise plus, je fais des cartons. Et le week end prochain, ça va être rock'n'roll ! Je vais donc avoir du retard dans mes publications, mais aussi dans mes reviews et mes lectures. Promis, je me rattraperai pendant les vacances qui commencent à se faire désirer !

Bref, chapitre un peu différent, qui joue sur plusieurs niveaux. Si c'est vraiment le bordel, n'hésitez pas à le dire, que j'y remédie par la suite, voire que je fasse un résumé. I'mjustagirl, j'avoue avoir pensé à toi en écrivant un passage, et en dévoilant l'arrivée d'un certain personnage que tu attends !

On se retrouve en bas pour les explications, entre autres sur le titre, même si j'imagine que je ressuscite les cauchemars littéraires de certains !

Sur ce, bonne lecture !


- Ça va mieux, ta tête ?

Encore un peu vaporeux, le jeune homme tourne la tête et frotte ses yeux bleus, comme pour revenir à la réalité. Il ne prend pas la peine de se redresser dans le lit. Jude, à moitié habillé vient s'asseoir à ses côtés, sur le lit défait. Il pose le dos de sa main contre le front de Caleb, le regard un peu dur.

- Pas vraiment, répond Caleb. Mais t'es du genre à faire tourner la tête de n'importe qui…

- Je plaisante pas Caleb. T'as de la fièvre.

- Hmm… Etant donné la façon dont tu viens de me faire l'amour, ça me parait normal.

- Tu peux rester sérieux deux minutes ?

- J't'en prie ! J'ai passé la journée à écouter des abrutis nous rappeler le règlement, balancer des chiffres à tout bout de champ, débiter des conneries… C'est normal que j'ai mal à la tête !

- Et ta fièvre ?

- J'ai déjà répondu à cette question.

- Tu prends toujours tout à la légère…

- Non. Mais je ne vais pas flipper pour une migraine et un peu de fièvre à onze heures du soir.

- Ma mère est morte à cause d'un peu de fièvre.

Il se lève et se dirige vers le fauteuil où traîne son T-shirt. Caleb lève les yeux au ciel, mais décide d'agir malgré tout. Il retrouve la trace de son boxer, l'enfile en même temps qu'il attrape un jean et un pull qui n'est pas à lui. Un paquet de cigarettes noir entre les mains, il s'approche de son amant. Il en cale une entre ses lèvres, laisse à Jude le soin de la lui allumer.

- La cigarette post-coïtale, y a rien de mieux…

- Tu fais vraiment chier, tu le sais ? Tu pourrais au moins faire semblant de m'écouter !

- Jude, je comprends que tu flippes, mais ta mère est morte après avoir accouché. Elle a sûrement accompli l'un des actes les plus épuisants et les plus stressants qu'un humain puisse supporter. Y a peu de chance que ça m'arrive un jour, même si on passe notre vie à baiser ensemble. Bon, on peut toujours faire le test, mais j'y crois pas trop…

- T'es vraiment impossible.

- Je sais. Mais si on pouvait reporter un peu nos engueulades à un jour où on n'aura plus aucune intimité ? A savoir dans deux jours ?

Son interlocuteur ouvre la bouche, prêt à répondre de nouveau. Puis il réfléchit, ferme brutalement la bouche et plisse ses yeux en amande rougeâtre. Il penche la tête du côté gauche. Finalement, il ne va pas répondre. Son partenaire sourit, parce qu'il y a peu de choses aussi plaisantes que de voir un Sharp reconnaître qu'il a tort.

- Okay, concède Jude. Je remets la dispute à plus tard. Mais si ta fièvre ne baisse pas…

- Va dormir avec Axel et envoie-moi Mark. Tu vas voir, sans ta présence dans mon lit, elle va dégringoler, ma fièvre !

- Okay, c'est officiel, tu me fatigues !

Le jeune homme enfile une veste à la va-vite, sans regarder son ami. Puis il se baisse afin de lasser ses bottes.

- Tu sors ? demande nonchalamment Caleb.

- Oui, je vais faire un tour.

- Et tu reviens quand ?

- Quand tu dormiras. Histoire d'éviter une dispute en pleine « intimité ».

- Bon. Ne me réveille pas dans ce cas.

- Tu m'épuises, Caleb.

- Pardon, mais ta petite scène conjugale, c'est soit très touchant, soit un peu pathétique… Dans les deux cas, je risque d'avoir du mal à prendre ton air agacé au sérieux.

Bien malgré lui, Jude sourit. Il se rend bien compte que cette parodie de dispute amoureuse ne leur convient pas du tout, alors il courbe l'échine. Veste et chaussures enfilées, il s'approche du lit, arrache lentement la cigarette de la bouche de Caleb, en la tenant entre l'index et le majeur. Le jeune homme le regarde, interrogatif. Pourquoi lui retirer son plaisir nocturne ? Jude éloigne un peu la cigarette qui ne prend pas la peine d'arrêter de se consumer pour jouer les spectatrices. Jude s'approche de la bouche de Caleb, pose ses lèvres sur les siennes, substitue à la fumée nocive un cours de langue expérimenté et sensuel. Le goût de la nicotine s'efface lentement pour se faire remplacer par l'ambiguïté salée de la langue de Jude. Quelques secondes… Seulement ?! Au moins, la cigarette a l'amabilité de l'occuper plus d'une minute !

- Rien d'autre à me proposer ? demande Caleb.

- On vient de faire l'amour, non je n'ai rien d'autre à te proposer !

- Dans ce cas, tu me dois une cigarette !

- Pas à l'intérieur. Tu m'accompagnes ? Je vais fumer dehors.

- Je ne suis pas vraiment habillé pour…

- Alors je reviens dans dix minutes, le temps de me promener un peu.

- Il fait nuit.

Jude hausse les épaules. Et alors ? Le jeune homme sort, s'éloigne un peu de la dépendance rouge. Un peu de solitude, ça aussi ça fait du bien. Surtout après ces deux journées plutôt particulières. Il se mord la lèvre en y pensant, perdu entre un désir incroyable, un remord perceptible, et un besoin de recommencer. La peau de Caleb, sa voix qui glisse lentement dans les graves, son corps frêle et cambré, ça a quelque chose d'addictif, même avec un simple souvenir. Le jeune homme se promène entre les demeures, recherche le calme le plus total. Finalement, il arrive près du lac qui borde le Nord de la résidence en reconstruction. Quoi de plus mélancolique, quoi de plus lyrique ? Parfait pour réfléchir, et se perdre dans ses pensées.

- Excuse-moi ?

Peut-être pas. Un jeune homme, camouflé par la pénombre, se faufile aux côtés de Jude. Pourquoi ne l'a-t-il pas entendu arriver ?

- Tu es Jude Sharp ?

- Oui, pourquoi ?

- Je dois te donner ça.

Une enveloppe. Lourde.

- C'est de qui ?

- Je dois juste te donner l'enveloppe. On m'a dit que tu comprendrais.

Le garçon se retourne et s'éloigne rapidement. C'est un garçon orphelin, recueilli par les Orgueilleux et formé par ceux-ci, dans le but de se battre. A seize ans, on l'a recommandé au quartier de la Colère. Aujourd'hui, il en a dix-sept.

Il n'attendra pas sa majorité.

Jude regarde le garçon s'éloigner, il ne veut pas ouvrir l'enveloppe devant lui. Il la sous-pèse, se demande ce qu'elle renferme. Il entend un bruit métallique. Ses doigts parcourent et palpent le papier. Il y a plusieurs objets. Lorsque le garçon s'enfonce définitivement dans la nuit. Il arrache le papier de façon brutale, sans réellement se soucier des convenances. Il renverse tout dans sa main. Rouge et or, le briquet que Jude a oublié à la caserne. Ses plaques gravées qu'il a pris soin de laisser en évidence sur son lit. Et un collier. Il ouvre le pendentif ovale. Il sourit mélancoliquement. A l'intérieur, il y une photographie. Un couple habillé simplement et souriant. Ce sont les parents adoptifs de Célia, et ce collier, c'est David qui l'offert à la jeune fille pour ses dix-huit ans, afin qu'elle puisse toujours avoir sur elle le souvenir de ses parents, décédés après une descente militaire musclée en pleine rue, ainsi que celui de son frère. Mais la photo de Jude a disparu. Il fronce les sourcils. Qu'est-ce que ce collier fait ici ? Il extrait nerveusement de l'enveloppe vierge une feuille blanche. Quelques mots sont écrits dessus.

« Retrouve-moi à quatre heures du matin au Lac de B. Ne sois pas en retard. Tu sais que j'ai horreur de ça. »

Pas de signature. Pas besoin. Cette écriture, Jude la connait aussi bien que la sienne… Le Commandant Dark.

Le collier de Célia, bon sang, comment l'a-t-il eu ?

Célia le portait presque tous les jours, à la Caserne, ça ne fait pas partie des objets qu'elle aurait laissés. Soudain, Jude tremble. Dark a toujours su où il s'était réfugié, chez les Orgueilleux, auprès de ses anciens camarades d'infortune. Le Commandant a toujours eu plus d'informations que n'importe qui, plus d'informations qu'il n'en laissait paraître.

Et s'il savait où trouver les Orgueilleux ? Non, impossible, comment ?

Les paroles d'Axel trottent dans sa tête… Il sait bien que s'il récupère la sœur, le frère reviendra jouer les fils prodigues.

Qu'est-ce que ce putain de collier faisait entre les mains de Dark ?

Il respire lentement, reprend ses esprits. Il réfléchit. Le briquet, c'est pour lui montrer que Dark est son seul espoir, s'il tient à retrouver sa sœur. Les plaques, pour lui rappeler son obéissance. La photo des parents, pour la mort.

- Je deviens complètement parano…

- Tu parles tout seul ?

Jude se retourne subitement. Il range les objets et l'enveloppe sous sa veste et tente de sourire. Bryce s'approche de lui.

- Qu'est-ce que tu fais ici ? demande Jude.

- Comme toi, je prends l'air.

- Je suis venu pour fumer une cigarette. Mais j'ai oublié de prendre un briquet.

Le jeune homme plonge la main dans son jean, et en sort un briquet argenté en plastique. Jude en profite. En cherchant une cigarette, il cache au fond de sa poche tout le contenu de l'enveloppe. Il porte la cigarette à ses lèvres et l'approche de la flamme desservie par le briquet de Bryce. Le jeune homme aux yeux bleus allume ensuite la sienne. Toute sa nervosité, Jude tente de la mettre sur le compte de la fraîcheur nocturne. A ses côtés, Bryce ne frissonne pas. Mais c'est un garçon qui vient de la Montagne, il a été élevé pour supporter les températures les plus négatives.

- Post-coïtale ?

- Quoi ? demande Jude.

- La cigarette ?

- Ah… je vois que Caleb ne sait pas tenir sa langue.

- C'est ce qui te plait chez lui.

Il détourne le regard en sentant le regard appuyé de son ami sur ses joues qui commencent à se teinter. Malgré l'obscurité, on le devine aisément.

- Rassure-toi, je risque pas de le crier sur tous les toits.

- Je m'en doute un peu… Tu n'es quand même pas venu pour me demander quand et comment je baise, si ?

- Pas vraiment.

Il termine sa cigarette, lentement et en silence, puis la jette au sol avant de l'écraser du talon. Il ménage le suspens. Ses yeux dévisagent de nouveau Jude. Un frisson parcourt sa colonne vertébrale. Caleb et Bryce ont tous les deux les yeux bleus, d'une couleur froide. Mais l'effet n'est pas le même. Le regard de Caleb provoque chez Jude le désir, l'attraction, la curiosité, et tout un tas d'émotions dont il ne maîtrise pas vraiment le nom. Le regard de Bryce le glace, littéralement. Il se sent traversé, étudié, jugé. Et il déteste ça.

- Tu vas me dire ce que tu veux avant que je ne meurs de froid ?

- Laisse-moi cinq minutes. Ensuite, tu pourras retrouver la chaleur des bras de ton amant.

- Arrête avec ça, et dis-moi ce que tu as.

- Je me pose des questions. A propos de Mark.

- Comment ça ?

- On a fait notre enquête. Tu sais bien que les Coléreux n'ont aucune confiance en les Orgueilleux. J'ai appris que c'était Mark qui avait proposé de faire de Caleb ton partenaire. Plutôt étrange pour quelqu'un qui prône le respect du dixième Commandement.

- Il pensait peut-être qu'il n'y aurait rien entre nous.

- Même toi tu ne crois pas ce que tu dis. Non, Mark a pas mal de défauts, dont celui de faire un peu trop confiance aux puissants. Par contre, il cerne parfaitement les gens.

- On ne s'était plus vus depuis quatre ans. Il a dû se dire que Caleb et moi avions évolué.

- N'importe quoi. Toi, tu n'étais pas au réseau, mais Caleb oui. Je l'ai vu remuer ciel et terre pour t'extirper de la Caserne. Toutes les personnes qui vous ont connus lors de votre adolescence commune et qui ont observé Caleb établir ses plans dès son arrivée au quartier ne pouvaient pas avoir de doutes sur la nature de votre relation. Il n'avait peut-être pas prévu que vous deviendriez amants. Mais que Caleb t'aimait, ça, Mark ne pouvait pas l'ignorer.

- Il a dit que tant qu'on ne passait pas à l'acte…

- C'est ça le hic. Vous êtes passés à l'acte.

- Il n'en sait rien.

- Ben voyons ! Qui tu essayes de persuader, là ? Tu crois vraiment qu'il ignore que vous couchez ensemble ? Non, il le sait, évidemment.

- Où tu veux en venir ?

- T'es un gars intelligent, Jude. A toi de me le dire. Mark prépare quelque chose, j'en suis sûr. Je veux savoir ce que c'est. Et tu en es l'instrument. Je ne sais pas comment, mais Mark va utiliser votre relation, à toi et Caleb.

- T'es complètement malade.

- Peut-être. Mais tu l'es autant que moi. Je suis sûr que tu t'es posé la question aussi. Alors, dis-moi.

- Eh bien, soupire Jude, lorsque je suis arrivé, Mark m'a dit que mon association avec Caleb allait faire des miracles. Il m'a aussi dit qu'il prenait un risque. Et de ne faire confiance à personne. S'il a un plan, il ne m'en n'a pas parlé. Mark a été notre ami, on l'a vu se battre à nos côtés, ce ne serait pas juste de douter de lui sur une simple supposition.

- Mark est aussi le protégé d'Hillman. Tu n'imagines même pas de quoi les Orgueilleux sont capables… du nombre d'hommes qu'ils sont prêts à sacrifier.

- Les Coléreux font la même chose.

- Nous sommes volontaires. Et nous n'avons jamais envoyé d'enfants se battre…

Jude réprime un frisson. Il baisse les yeux.

- Qu'est-ce que tu attends de moi ?

- Je veux que tu te méfies. Les Orgueilleux te mentent et te manipulent, et Mark ne fait pas exception à la règle. Ni aucun Orgueilleux.

- Ah… Tu veux que j'arrête de faire confiance à Caleb, maintenant ?

- Il t'a menti.

- Ok, ça suffit, je rentre !

- D'accord, on va s'arrêter là. Une dernière question, Jude. A qui tu tiens le plus ? Ta sœur, ou ton amant ?

- C'est quoi cette question ?

- Je veux juste que tu réfléchisses.

- Bryce ! Pourquoi tu me demandes ça ?

- Parce que Célia n'est pas aussi indispensable aux Orgueilleux que tu le penses. Des journalistes, ils en ont plein la cave. Réfléchis bien. Et si tout ça n'était qu'une mascarade ? C'est un comité présidé par Hillman qui a établi la liste noire sur laquelle est apparu le nom de Célia. Pourquoi, selon toi ? Pourquoi, alors qu'elle n'avait rien écrit depuis des lustres ? Pour toi, évidemment. Hillman est le rival de Dark, il sait bien comment il fonctionne, il connait ses faiblesses. Tu es sa faiblesse. Maintenant qu'Hillman t'a arraché à lui, Dark ne réagit plus de façon logique. Il laisse des failles dans sa défense.

- D'accord, mettons qu'il m'a manipulé. Et alors ? Si ça permet d'évincer le régime…

- Non Jude, c'est pas ça le but. Hillman déteste Dark. Il a besoin de le mettre à terre. Complètement. Et il va se servir de toi. Il n'hésitera pas à te tuer devant ses yeux.

- T'es complètement parano !

- On a intercepté une lettre d'Hillman à Dark. C'est lui qui a appris au Commandant de 1ère division où tu étais. Il a promis de te rendre à lui, à condition que Dark capitule, trahisse son gouvernement…

- Dark ne se rendra jamais !

- On verra bien, soupire Bryce.

- Et je ne retournerai jamais là-bas.

- Alors ils n'hésiteront pas à menacer Célia. Lina Schiller, elle est passée maître en tortures psychologiques. Crois-moi, tu vas vite plier. Et puis, tu sais, son père, c'est un grand ami de Dark, du genre qui ajout sous cape mais sans scrupule. La fille est pareille, je la sens pas, je la soupçonne de chercher à passer à l'ennemi pour impressionner son papa. Enfin, ce n'est qu'une hypothèse. Mais n'oublie pas, personne n'est blanc chez les Orgueilleux… Tu devrais rentrer, ton amoureux va s'inquiéter !

Nonchalamment, le jeune homme aux yeux clairs retourne vers sa dépendance, sans même souhaiter « bonne nuit », laissant son ami seul, légèrement paumé. Ça va pas bien de l'abandonner comme ça, avec des explications à la con et des hypothèses à dormir debout ? Jude se reprend. Bryce est quelqu'un d'intelligent, mais aussi de terriblement têtu. Lorsqu'il a une idée en tête, pas moyen de la déloger. Il semble si sûr de lui, si sûr de cette théorie du complot abracadabrantesque…

La main du jeune homme plonge inconsciemment dans sa poche d'où il ressort le papier soigneusement rédigé par son mentor. Evidemment, il fallait que Bryce lui sorte cette hypothèse maintenant ! Jude ferme les yeux, soupire. C'est quoi, l'idée ? Hillman aurait livré sa petite sœur à Dark ? Non, impossible. Pas Hillman. Schiller, par contre… Jude frissonne. Aurait-elle été capable de livrer une jeune fille de vingt et un an pour attirer l'attention de son père ? Non. Pas le moment de douter ! Quoi que veuille son mentor et peu importe la façon dont il a obtenu le collier de sa sœur, il n'ira pas au rendez-vous ! Célia est suffisamment intelligente pour ne pas tomber dans ce genre de piège. Et puis, on ne kidnappe pas un membre de l'Orgueil sans que ça fasse des vagues… Il en aurait forcément entendu parler.

Jude respire, puis retourne vers la dépendance rouge. Il ouvre lentement la porte et pénètre silencieusement à l'intérieur, sans allumer la lumière. Il retire sa veste et ses chaussures, puis se dirige vers la chambre, en espérant ne pas réveiller son ami. Alors qu'il touche le bord de son lit, il entend un léger déclic immédiatement suivi d'un violent éclairage causé par la lampe de chevet de Caleb. Les yeux plissés, le jeune homme regarde le nouvel arrivant.

- Alors, non seulement tu te barres une demi-heure au lieu de dix minutes, et en plus tu désertes le lit conjugal ! Va falloir envisager le divorce, tu crois ?

Jude sourit et s'approche du lit de son ami, afin de s'asseoir sur le bord.

- J't'ai réveillé ?

- Non, pas vraiment. Qu'est-ce que tu trafiquais ?

- Bryce a débarqué, ça a été un peu long de se débarrasser de lui.

- Oh. Qu'est-ce qu'il a dit ?

- Il m'a demandé de me méfier des Orgueilleux, surtout des chefs. Il a un problème avec Schiller, il pense que c'est une taupe.

- C'est pas le seul !

- Quoi, toi aussi ?

- Evidemment ! Je ne fais confiance ni à Schiller, ni à Hillman.

- Bryce m'a dit un truc. Les Coléreux auraient intercepté un message d'Hillman. Il indiquerait au Commandant que j'étais à l'Orgueil. Hillman aurait même promis une rencontre entre moi et Dark, pour le faire plier.

- Hillman a un sérieux problème avec Dark, il mettra tous les moyens qu'il a pour le mettre à genoux. Tu es sa faiblesse…

- Si je refuse ? Bryce dit que Schiller pourrait bien se servir de Célia.

- Pas impossible. Elle a du mal avec la jeunesse résistante, surtout avec les nanas dans le genre de Célia. Crois-moi, elle réfléchit déjà au moyen de la virer.

- Ça y est, t'as réussi à me faire flipper !

- Tant que Dark cherche pas à entrer en contact, y pas de risque.

Jude se refuse à fermer les yeux. Il serre les dents, angoissé. Dark a déjà tenté de prendre contact… Et si sa petite sœur était en danger ? Et si, finalement, il lui fallait rejoindre le Lac de B. au matin ? Après tout, il peut toujours se tenir à l'écart, voir ce qu'il se passe. Si Dark n'est pas seul, Jude restera loin, à observer. S'il est seul… Eh bien, il faudra improviser un peu. Mais comment quitter la demeure sans alerter Caleb ?

- Commence pas à angoisser pour ça, Jude.

- D'accord. Au fait, ta migraine a disparu ?

- Pas du tout. On m'a toujours dit qu'un peu de chaleur suffisait à calmer un mal de tête, mais c'était peut-être une légende. Ou alors tu ne fais pas si bien l'amour que ça !

- Je peux essayer de corriger ça, sourit Jude.

Il s'approche, embrasse le jeune homme un peu surpris.

- C'est en quel honneur ? demande Caleb, sceptique.

- Comment ça ?

- Je sais pas… Deux fois en une nuit… Tu as dit toi-même que tu n'avais plus rien à m'offrir !

- J'ai déserté le lit conjugal, faut bien que j'observe quand même certains devoirs à ton égard !

- D'ordinaire, je suis pas un grand fan des devoirs… Mais je vais faire une exception.

Les deux garçons s'autorisent à sourire. Jude embrasse de nouveau le jeune homme qui se laisse doucement aller, pour la seconde fois de la nuit. Bien sûr, cette expérience-ci n'a rien à voir avec les précédentes. Jude ne doit pas, ne peut pas, se laisser prendre au jeu, se laisser embarquer dans la sensualité de ces instants partagés. Parce que cette énième marque charnelle, Jude ne tient pas à la classer dans la catégorie des preuves amoureuses. Non, Jude cherche autre chose que partager son affection, il cherche juste à distraire Caleb, détourner son attention, l'endormir.

Parce que, finalement, il est décidé. Il ira au rendez-vous.


- Bon, tu vois, si tu cliques ici, le programme ne peut pas s'afficher. On a besoin d'une manip' spéciale pour le débloquer. Et ça, c'est un gros problème, parce… Si je t'ennuie, tu peux me le dire, tu sais ?!

- Parfait, tu m'ennuies.

Xavier lâche la souris, détourne ses yeux de l'écran et regarde David, avachi sur une chaise. Il se retient de soupirer, parce que c'est inutile, il le sait bien. Le jeune homme retire lentement ses lunettes et frotte ses yeux, en espérant dissiper un peu la migraine quotidienne qui s'installe dans sa tête après trois heures de programmation informatique, ou trois heures de cours.

- Bon. Tu ne veux pas programmer, tu ne veux pas m'aider à préparer mes cours, tu ne veux pas participer à la réunion politique de la hiérarchie… Je t'avoue que je suis un peu à cours d'idée pour t'occuper, là. Je sais que tu aurais préféré ne pas être coincé ici avec moi et épauler Jude, mais c'est comme ça. Je n'ai pas le droit de participer au sommet, et tu es malheureusement forcé de faire la même chose que moi. J'en suis désolé.

- Tu ne m'as toujours pas dit pourquoi tu étais interdit de sommet, remarque David.

- C'est compliqué. Et toi, pourquoi tu tiens tant que ça à y aller ?

- Je n'ai aucune confiance en Caleb.

- Pourquoi ?

- C'est compliqué, rétorque le jeune homme.

Xavier soupire, et sourit.

- J'ai eu une relation avec l'un des membres du réseau, à l'époque où le dixième Commandement est passé. On ne m'autorise pas à le revoir…

- Caleb jouait les espions lorsqu'on a créé notre groupe, à treize ans. Il donnait des infos sur nos agissements aux militaires, au Commandant, contre de l'argent. Ça a duré trois mois. Quand on l'a découvert, on l'a viré. Mais Mark lui a laissé une seconde chance. Je n'ai jamais accepté ça.

- Ah. J'aurais parié sur un peu de jalousie. On a l'impression, parfois…

- Oui, je sais. Mais non. Je n'envie pas vraiment leur relation. Je connais parfaitement ma place auprès de Jude, ça me va très bien. Même si je trouve qu'il se laisse un peu aveugler. Je ne suis pas amoureux de Jude, et je ne mords pas ceux qui cherchent à l'approcher. Disons que je ne le fais plus. Il est grand, il sait se défendre.

Dans le regard de David, il y a pas mal d'émotions, pas mal de souvenirs qui passent. C'est vrai que, jusque là, il a toujours partagé sa vie avec des personnes qui savent comment fonctionne sa relation avec Jude. Là, tout expliquer, c'est étrange. Et déroutant, parce qu'il se rend compte qu'il est parfaitement capable de mettre des mots sur ce lien entre eux. Xavier le regarde, avec cet éternel regard bienveillant au fond de ses yeux verts.

On frappe à la porte. Le jeune informaticien invite le visiteur à entrer, d'une voix grave et puissante. Cette salle d'informatique n'a rien de privé, mais Xavier y passe tant d'heures que tout le monde s'accorde à dire qu'il s'agit de son bureau personnel. Alors, avant d'entrer, on frappe.

Une jeune femme apparaît. Elle porte un jean bariolé, des chaussures en toile couvertes de tâches de peinture accidentelles et maîtrisées, et une chemise d'homme.

- Je dérange ?

- Non, pas du tout. Je te présente mon nouveau partenaire, David. David, voici Sue Hartland.

Oui, il en a déjà entendu parler. C'est une artiste multitâche, du genre qui passe de la mode à la chanson, écrivant une pièce de théâtre de la main droite et un traité politique de l'autre. Bref, elle est tellement active qu'on la voit peu. C'est donc la première fois que David la rencontre, même s'il connait son renom et sa triste histoire.

- Salut, dit la jeune femme. Je passais juste comme ça. En fait, Schiller m'a demandé de faire visiter le QG au petit nouveau. Donc je lui montre la salle info.

- Mais c'est vrai ! Il est arrivé ce matin.

La nouvelle recrue se décide à entrer. Lorsque la lumière permet de le voir correctement, les deux garçons ouvrent grand les yeux et la bouche. Putain ce qu'il est beau ce mec ! Sa démarche est langoureuse, sensuelle, son corps ressemble à celui qu'on offre aux dieux des peintures renaissantes. Et son visage… Ces yeux en amande, ces cheveux blonds… Cette attitude qui ferait pâlir les Apollon et les Adonis ! Xavier se reprend, et lui tend la main, vite imité par David qui se met à rougir.

Le jeune étranger se présente. Byron Love. Rien que ça…

- Tu viens de la Luxure, c'est bien ça ?

- Oui, mais j'ai toujours voulu tenter ma chance à l'Orgueil.

- J'espère qu'on sera à la hauteur de tes espérances, dit Xavier.

- Pour l'instant, on en est loin, soupire Sue. On est en nombre impair, alors je peux pas lui trouver de partenaire définitif. Je vais être forcé de le laisser à Willy…

- Il s'occupe déjà de Célia, c'est suffisamment sportif comme ça, constate Xavier. Je peux le former, sinon. David apprend vite, même s'il refuse de s'investir…

- Pas la peine. Pour l'instant, Célia est en mission à l'extérieur, alors Willy a un peu de temps.

David fronce les sourcils. En mission à l'extérieur ? Célia ne lui a rien dit. Pourtant, il a dîné avec elle hier soir.

- Elle est seule ?

- Apparemment. Je crois que Schiller lui a demandé d'écrire un article sur les conditions de vie de la population bourgeoise dans les grandes villes…

- Avec la 1ère Division qui patrouille nuit et jour ? Elle est malade ?

- Ecoute, petit, si t'es pas content, tu sais à qui te plaindre ! En attendant, je termine la visite.

Elle tourne les talons, suivie du nouvel bel arrivant. La porte se referme.

- J'aime pas ça, chuchote David. Elle part seule, ne me dis rien… Si Jude apprend ça…

- Eh, calme-toi ! Tu te fais des films !

- Pas du tout ! Crois-moi, je la connais, Célia. Elle est très douée pour attirer les ennuis.

- Ecoute, si ce soir on n'a aucune nouvelle, on sonne l'alerte, et je m'engage personnellement à la rapatrier, okay ?

- Okay.

Pas franchement rassuré, David adresse un sourire à son partenaire. Il n'aime pas ça. Savoir Jude et Célia si loin de lui, savoir qu'il ne peut pas les protéger alors que Dark les traque l'un et l'autre…

Pour une fois, rien qu'une, David aimerait se la jouer romantique, chercher à dompter les forces de la nature, ordonner au temps, rien qu'une fois, de suspendre son vol. Ô temps ! tais-toi, juste quelques minutes, que je puisse m'assurer qu'ils vont bien. Lorsque j'en serai certain, lorsque je les aurai de nouveau à mes côtés, alors seulement, reprends ta course effrénée !


Lac de B., quatre heures du matin. Caleb n'a pas mis longtemps à s'endormir après l'amour, et Jude a pu partir sans le réveiller. Maintenant, il attend près du fameux lac, en embuscade. Il a rabattu la capuche de son sweat sombre, enfilé ses lunettes, juste au cas où. Mais il n'y a personne. Dark n'est jamais en retard. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ce message ne serait qu'une plaisanterie ? Impossible, il connait trop bien l'écriture de son mentor. Pourtant, il n'y a rien. La ville est encore endormie, il y a très peu de monde dans les rues, en dehors des chats errants. Bon sang, où est-il ?

Les kiosques ouvrent lentement. Il est tôt, mais le Lac de B. se trouve dans une grande ville, là où l'on s'anime bien avant six heures du matin. Jude observe l'un des gérants lever le store, sortir ses présentoirs où se côtoient journaux socialistes et communistes, fascistes et conservateurs. Un jeune garçon de moins de quinze ans prend un chariot et une grosse pile de journaux. C'est un petit livreur, de ceux qui se promènent en chemise et casquette à n'importe quelle époque de l'année, qui crient très fort le titre de la une du journal qui les emploie. Tout ça pour quelques pièces. Beaucoup de gosses sont devenus chefs de famille un peu tôt, parce que les parents sont décédés, ou exilés. A cet âge, ils devraient plutôt s'appliquer à pratiquer l'école buissonnière…

Le garçon prend un journal, le tend en l'air, et le présente aux rares passants.

- L'Alphonse, Madame, ça vous intéresse ? 70 cents. Monsieur, monsieur, demandez l'Alphonse, demandez !

Jude sourit. L'Alphonse, c'est sûrement le nom du journal de la ville. Pour qu'il soit si peu cher, c'est que les habitants connaissent de grosses difficultés financières… Il s'approche du garçon, en fouillant dans ses poches pour dégoter quelques pièces de monnaie.

- A la une du jour, le Commandant de division Ray Dark a enfin retrouvé l'un des militaires enlevés par les résistants…

Jude s'arrête brutalement. C'est quoi cette histoire ?

- Monsieur, vous voulez le journal ? A la une, le Commandant Ray Dark a fait rapatrier l'un des militaires enlevés par les 7 Péchés. Parait que c'est une jeune fille. Mais pas de trace du gosse Sharp ! Vous le voulez, Monsieur ? 70 cents !

Il paie, prend le journal et l'ouvre en tremblant. Il étouffe un hurlement.

Le premier article est illustré par une photographie en noir et blanc. Celle de sa sœur. Sous-titrée : Tirée des griffes des résistants, la jeune militaire Célia Hills rentre enfin chez elle !

Célia Hills rentre chez elle… Pour rencontrer la mort.


Le Lac de B : Il s'agit donc de l'un des titres qu'avait envisagé Lamartine pour son célèbre poème "Le Lac"( en référence au lac du Bourget), publié en 1820 dans les Méditations poétiques, dans lequel on retrouve le vers Ô temps ! suspend ton vol, et vous heures propices... Le poète revient sur les lieux qu'il a visité autrefois avec une femme qu'il a aimée, décédée. Il s'agit de l'un des plus célèbres poèmes romantiques, dans lequel le poète aborde notamment les thèmes de la nature, du temps qui passe, de l'amour... bref, les sujets chers au Romantisme. Le nom du journal de la fiction est donc le prénom de Lamartine.

Lord Byron : Je me suis longtemps demandé si le prénom de Byron avait un rapport avec Lord Byron. J'ai donc pris mon courage à deux mains, et j'ai fait des recherches sur Lord Byron, parce que je ne le connaissais pas vraiment. C'est donc un grand auteur romantique anglais, qui vivait sa vie à la romantique, de façon intense, surtout amoureusement, et qui a connu pas mal d'échecs amoureux. Et il avait un faible pour les jeunes et beaux garçons. Bon, disons que le prénom de Byron fait lien avec le nom de la déesse de l'amour qu'il porte en VO.


Oui, je sais, c'est pas gentil ! Célia est presque physiquement absente de ma fiction, et je trouve quand même le moyen de la faire enlever ! Mais bon, rabattons-nous sur les points positifs ! Halleluja, j'ai enfin réussi à faire débarquer Byron ! C'est un personnage que j'aime beaucoup, et il va avoir son importance dans l'histoire. Par ailleurs, je vais lui consacrer ma prochaine histoire en trois chapitres.

Pour le reste, je sais que certaines se posent des questions sur Mark... J'espère avoir encore un peu brouillé les pistes ! C'est quelque chose d'important, selon moi, en temps de guerre. La plupart des films donnent un déroulé assez linéaire sur les guerres, mais je pense que la guerre fait perdre pas mal de repères. On tourne en rond, on avance brusquement, on ne sait plus à qui faire confiance... Pour le coup, je trouve que Un Village français traduit très bien cette errance personnelle. Je fais donc mon maximum pour vous plonger dans cette ambiance un peu chaotique, et j'espère sincèrement réussir à tout reconstruire ensuite, un peu comme on reconstruit un pays après guerre.

Sur ce, je vais faire mon maximum pour avancer la fiction, mais il faudrait vraiment un miracle pour que je termine le chapitre d'ici ce week-end. Si j'y arrive, je le publierai surement Vendredi. Sinon, ça attendra la semaine suivante ! Et puis bon, vu comme je suis athée, je peux pas trop compter sur un second miracle ! Le premier, ce serait qu'à 20H, je découvre que les trois ténors d'un certain parti n'ont pas remporté leur région respective... et aussi que l'Île-de-France ne tombe pas aux mains de n'importe qui...

Bonne semaine à tous !