Salut les enfants !
J'espère que la rentrée s'est bien passée, et tout et tout... La mienne a été extraordinairement chaotique, avec des profs absents, des cours qui se chevauchent, des choix dans tous les sens... Et c'est reparti pour une autre semaine tout aussi linéaire !
Bon, bonne nouvelle, j'ai terminé d'écrire cette fiction ! J'ai radicalement changé la fin que je lui prévoyais, mais j'en suis plutôt contente. Elle comportera donc 20 chapitres. Après ça, je publierai un three shots consacré au personnage de Byron. Y avait longtemps que j'avais pas regardé un match de foot, mais je viens de m'y remettre, et j'ai plusieurs idées. Donc, fort à parier que ma prochaine fiction portera sur le monde du football pro. Ou le monde littéraire, à réfléchir. Comme j'ai aussi regardé Mysterious skin récemment, j'avais envie d'écrire sur l'un des deux sujets principaux de ce film, à savoir la prostitution. J'ai une fiction en cours d'écriture là-dessus, mais je veux savoir jusqu'où je peux m'aventurer sans suffoquer. Bref, je vous en parlerai plus posément quand il sera temps de prendre une décision.
Lyria, j'espère que Gryf t'as déjà remerciée pour moi ! Si ce n'est pas le cas, je le fais : merci beaucoup pour ta review complètement anarchique, désordonnée et franchement jouissive ! ^^ J'espère bien lire tes commentaires en solo maintenant !
Digression 1 : Est-ce qu'on pourrait arrêter de me tuer tous les Michel ? Après Delpech, Galabru ! Mais putain ! Galabru ! Papy, quoi ! Bon, ok, il avait 93 ans, il est mort dans son sommeil, et il a sûrement pas supporté la mort de sa femme... Allez, disons qu'il était peut-être temps. Mais bon sang, quel acteur !
Digression 2 : J'ai du mal à me dire qu'il y a un an, je prenais la décision de me rendre à la Place de la République pour une Marche en mémoire d'artistes, pour prendre la défense de la liberté d'expression... Le 11 Janvier a été l'un des plus beaux et des plus terribles jours de ma vie. J'ai découvert que la France pouvait se rassembler pour autre chose que pour une coupe du Monde de foot ! Bon sang ce que ça faisait du bien de voir cette France-là, celle qui refuse la violence, le racisme, celle qui se bat et qui chante quand on lui dit de se taire et d'obéir ! Pour une fois qu'on nous encourageait à laisser tomber les révisions de partiels, qu'on nous disait qu'il y avait plus important ! Bref, quitte à jouer le marketing, un an après, Je suis toujours Charlie, quoi qu'il se passe, et je ne cesserai jamais de penser que la France ne se soumettra jamais.
Sur ce, bonne lecture !
Décidément, c'est bien plus facile de traverser la caserne avec quelqu'un que tout le monde connait et reconnait comme une recrue essentielle ! Joseph King est un jeune militaire droit, assidu, discret, concentré… Bref, un militaire bien sous tout rapport ! Si Caleb avait su ça, il l'aurait contacté bien avant ! Les garçons ont, jusqu'ici, rencontré trois personnes. Deux se sont tues en reconnaissant Joseph, une a posé la question : « Que se passe-t-il ? ».
- Je l'ignore. Le Commandant ordonne, j'obéis.
Et le militaire est parti sans rien ajouter. Sans mot dire, Caleb suit Joseph en poussant le lit où est allongé Jude. A ce rythme-là, il sera bientôt aux cuisines ! Mark ne va pas en revenir !
- Stop, dit Joseph.
- Un problème ?
- On ne peut pas se pointer aux cuisines avec un lit d'hôpital, ce serait bizarre, les commis vont se poser des questions.
- Et alors ? J'y suis passé tout à l'heure, ils sont ronds comme des queues de pelles ! Ils vont se dire qu'ils ont rêvé !
- Je préfère être sûr qu'ils ne balanceront rien.
Il soulève un bord du drap et attrape la bouteille d'absinthe qu'il y a glissée.
- Ils sont deux. Fais en sorte qu'ils vident la bouteille, et tu la laisses sur la table, bien en évidence. Je reste pour surveiller. Quoi qu'il se passe au réveil, ils verront la bouteille d'absinthe, ils vont penser qu'ils ont eu des hallucinations et se taire, parce que cet alcool est interdit.
Caleb obéit. A bien y réfléchir, il n'a jamais autant obéi de sa vie ! Mais à cas extrême, mesure extrême. Il entre dans les cuisines. Les deux commis sont là, complètement à l'ouest, au royaume de Dionysos. Caleb débouche la bouteille en verre.
- J'ai piqué ça au Commandant, les gars ! J'ai bu un verre, et je me suis dit que j'allais vous en faire profiter !
Il répand l'alcool toxique équitablement dans les verres et attend patiemment que les deux hommes les vident, puis il les ressert. Lorsque la bouteille est terminée, il constate avec plaisir que les deux hommes sont bien incapables de se rappeler comment ils s'appellent. Parfait ! Il retourne dans le couloir et fait signe à Joseph qui s'exécute. Le jeune homme traîne difficilement le lit jusqu'aux escaliers menant à la remise, en précisant aux commis qu'il s'agit d'une mission confiée par un général. Les commis approuvent de façon brouillonne, arrachant un sourire à Caleb. Joe le regarde d'un œil sévère. Le jeune homme perd son sourire et se reconcentre. Joseph porte Jude dans les escaliers tandis que Caleb replie le lit et tente de le cacher derrière un meuble de la remise. Puis il tire la grille qui bloque l'entrée du sous-terrain. Il s'y glisse et se laisse lourdement tomber sur la margelle. Il perd l'équilibre et manque de se retrouver à l'eau.
- Ça va ? demande Mark en chuchotant.
- J'ai connu mieux.
- Tu n'as pas trouvé Jude ?
- Si. Aide-moi.
Sans vraiment comprendre, Mark s'approche de Caleb qui allume son briquet. Il lève les yeux pour voir le corps de Jude presque suspendu dans le vide.
- C'est quoi ce bordel ?
- Aide-moi, je t'explique après.
Les deux jeunes hommes attrapent tant bien que mal le corps lourd et inconscient de leur camarade. Après quelques secondes d'hésitation, Joseph lâche son ami qui, par miracle, ne vient pas tomber au sol, mais bien dans les bras de ses coéquipiers. Maladroitement, ils le posent au sol et soufflent.
- Ça va aller pour la suite ?
- Oui, merci Joe ! Et pour toi ?
- J'espère.
- Pourquoi tu ne viens pas à l'Orgueil ?
- Merci pour la proposition. Mais je suis militaire Caleb, pas résistant. Ce n'est parce que je t'ai aidé que je soutiens tes idées. Maintenant, vous feriez mieux de dégager vite fait !
Caleb hoche la tête. Joseph remet la grille et lui adresse un salut d'au revoir. Adieu, se dit Caleb. Il ignore comment, mais il sait qu'il ne le reverra jamais. Il hisse Jude sur son dos et avance. Avant que Mark ne pose de questions, Caleb lui déballe tout : le neveu, la porte dérobée, la pièce secrète, la gamine aussi toxique que l'absinthe, le retour de Dark, l'héroïsme de Joseph King. Et l'état de Jude. Surtout l'état de Jude.
- Comment a-t-il pu faire ça…
- Ce type est dingue. J'aurais dû le tuer tout à l'heure. J'aurais dû.
- Pourquoi tu ne l'as pas fait ?
- Jude ne me l'aurais pas pardonné.
Décidément, ses pensées semblent de plus en plus se concentrer sur Jude, en ce moment. Ça l'agace ! Lui, réputé si solitaire, si égoïste. Ça va lui nuire, toute cette relation à la con !
Ils avancent très lentement, à cause du poids du corps de Jude. Mark décide de partir devant. Caleb est moins grand et moins lourd que Jude, alors il peine assez. Il va falloir récupérer Axel rapidement, il sera plus à même de s'en occuper. Après quelques minutes de marche, Caleb entend des bruits de pas. Mark lui fait signe de s'arrêter, il obtempère et pose Jude au sol, afin de pouvoir utiliser son arme si nécessaire. Un soldat apparaît, mais Mark lui tranche la gorge avant qu'il ne braque son arme. C'est la lumière du briquet qui l'a attiré. Mark se débarrasse du corps en le jetant à l'eau. Puis il fait signe de continuer. Caleb est épuisé, mais il vaut mieux que Mark s'occupe de les protéger, le résultat sera plus concluant. Après quelques mètres, ils retrouvent enfin Axel et Bryce, qui posent évidemment les questions que tout le monde va poser : Que s'est-il passé ? Tu vas bien ? Pourquoi est-il dans cet état ?... Mark répond alors que Caleb pose de nouveau Jude au sol. Il essuie la sueur qui perle sur son front.
- Je suis pas médecin, dit Caleb en haletant, mais je crois qu'il a un traumatisme crânien.
- Et tu l'as déplacé quand même ! s'exclame Axel. T'es malade ?
- Eh, j'avais pas d'autre choix ! J'allais pas le laisser là-bas !
- Caleb, en faisant ça, tu l'as peut-être tué !
Le jeune homme oscille entre l'angoisse et la colère. Ça commence à faire trop d'émotions violentes dans sa tête et dans son cœur. Si ça continue comme ça, il va craquer. Il ne supporterait pas de savoir que sa négligence a coûté la vie à… Ok, stop ! Reprends-toi, personne ne va mourir aujourd'hui !
- Ecoutez, raisonne Mark, on devrait réussir à retrouver Claude d'ici vingt minutes. Le garde forestier a sûrement une trousse de soins.
Axel hoche la tête mais ne dit rien. A son tour, il hisse Jude sur son dos, et la marche reprend. Bryce et Mark partent en avant et Caleb ferme la marche.
Mark a raison, ils commencent à voir la lumière de la lune déclinante au bout de vingt minutes. Ils quittent finalement les souterrains et retrouvent la cabane du garde forestier où les attend sagement Claude. Lorsqu'il aperçoit son compagnon, le jeune homme se précipite dans ses bras et l'embrasse, malgré l'air désapprobateur d'Axel. Mark, lui, n'a pas la force d'adopter un ton moralisateur. Il se dirige vers le réfrigérateur pour en sortir une bouteille d'eau qu'il ouvre avant d'en boire une gorgée et de la proposer à Bryce. Axel pose Jude et commence à l'observer.
- Qu'est-ce qu'y s'est passé ?
- Disons qu'on a retrouvé Jude, explique Bryce, mais pas dans l'état que l'on avait espéré.
La respiration de Caleb est forte, et rapide. Il attend le diagnostique d'Axel, il craint le diagnostique d'Axel. Il refuse catégoriquement de pleurer, mais ce n'est pas l'envie qui manque. Il accepte la bouteille d'eau, sans lâcher le visage de Jude des yeux.
- Et le garde forestier ? demande Mark.
- Toujours pas réveillé. On doit pouvoir lui voler deux trois trucs à bouf…
- Il a une commotion cérébrale, dit soudain Axel.
- T'es sûr ?
- Ben non ! J'ai pas mes outils sur moi. Je vais essayer de bander ses blessures et de désinfecter, mais ça ira pas plus loin. Faut qu'on rentre au Sommet, et vite !
- Non, pas au Sommet, dit Mark, l'hôpital est trop précaire. Faut le conduire à l'Orgueil au plus vite !
- On n'a pas de bagnole, Mark, souligne Claude. En train, on n'y sera jamais avant deux jours ! Sans compter qu'on va se faire chopper !
- Alors, on va appeler une voiture. Si c'est la fille du Ministre Raimon qui la conduit, on va passer les barrages.
- Laisse tomber, Mark.
La voix de Caleb est au bord de l'orage.
- Y a une taupe à l'Orgueil. Dark sait tout, même pour le Sommet. Les Raimon sont grillés, faut prévenir Nelly.
- Je te l'ai dit, Caleb, ça fait un petit moment que je soupçonne qu'il y a une taupe dans l'organisation, mais on n'arrêtera pas un ministre aussi réputé que Raimon sur une simple supposition d'un Commandant. On a encore un peu de temps. Il a le téléphone, le garde forestier ?
Claude hoche la tête, et Mark rentre pour téléphoner. Axel aussi s'absente, pour mettre la main sur une boîte de secours. Quant à Claude, il est occupé à bombarder son compagnon de questions. Alors, Caleb se met à genoux devant le corps de Jude. Il soulève sa tête, malgré les interdictions d'Axel, et la pose sur ses genoux avant de déposer ses lèvres sur son front. Son index et son majeur se promènent habilement sur son visage, sur ses paupières closes desquelles il aimerait voir jaillir ces yeux sanguinolents et si pures. S'il était seul, il laisserait les larmes recouvrir ce visage tuméfié. Mais il ne l'est pas. Axel revient rapidement avec une boîte en fer blanc.
- Je t'avais dit de ne pas le bouger !
- Tu crois qu'il va rester dans cet état combien de temps ?
- Plus vite on aura accès à un hôpital et plus vite je pourrais m'occuper de lui.
- C'est pas une réponse, ça !
- Caleb, je n'aurais pas dû crier, tout à l'heure, et je n'aurais pas dû te dire que tu l'avais peut-être tué. Mais je veux que tu comprennes que son état n'est pas superficiel.
- Dis-moi juste qu'il va se réveiller.
- Si sa commotion n'est pas trop grave, que j'arrive à le soigner correctement et qu'on se montre patient, oui, il va se réveiller. Mais j'ignore quand. Je cherche pas à te déprimer, c'est juste que… tu sais, je veux pas que tu te fasses de fausses idées.
- Je comprends.
- Bon, les gars, déclare Mark, on va attendre Nelly dans le village d'en bas. Elle sera là d'ici une heure.
- Tu lui as tout expliqué ?
- Plus ou moins. Les grandes lignes.
- On ne va pas passer inaperçu, avec Jude.
- On va se planquer. Les rues sont sûrement encore désertes, et il ne fait pas encore jour. Je connais un type qui habite dans le village, il est du secteur de l'Envie, mais il est agent double, infiltré dans une grande université. Il nous laissera attendre chez lui.
- Oh non, Mark ! s'exclame Axel. Tu parles de Darren Lachance ?
- Ben oui.
- C'est qui ?
- Un grand amoureux de Mark. Il est épuisant et franchement niais.
- Tu as un fan club ? demande Claude avec un sourire.
- Oh oui, un gros fan club !
- Axel, tu peux parler ! réplique le jeune homme.
- Eh ! C'est pas bientôt fini les enfantillages ? Si on n'a pas d'autres choix, tu vas ravaler ta jalousie, Axel, et on va aller chez ce Darren Lachance.
Bryce a une voix calme, pas vraiment grave, mais pourtant très imposante, et le ton froid qu'il emploie en toute circonstance l'aide à se faire écouter et respecter. Les garçons se taisent. Il est encore tôt, c'est vrai. En vingt minutes, ils peuvent atteindre le village, en espérant que ce Darren soit chez lui. Il s'agit de leur unique chance.
- Encore merci, Darren, je sais pas comment on aurait fait sans toi.
- C'est rien, c'est normal ! J'espère que ça va aller pour lui…
- Moi aussi.
- Mark, crie Axel de l'étage inférieur, on n'attend plus que toi !
- J'arrive ! Encore merci !
Il descend les escaliers quatre à quatre et rejoint son compagnon au regard sévère. Ils quittent la maison du jeune homme qui les a accueillis pour une heure et embarquent dans le Tout-terrain Raimon. Comme tout véhicule officiel du gouvernement, la totalité des vitres est teintée. Tandis qu'Axel grimpe à l'avant en compagnie de Nelly, les autres résistants s'agglutinent à l'arrière. La jeune femme démarre au quart de tour tandis que Mark lui expose tant bien que mal la situation. Que ce soit la soudaine puissance procurée par la conduite d'un tel véhicule, la colère engendrée par la désobéissance de ses amis ou l'inquiétude motivée par l'état de Jude, la jeune Nelly reprend peu à peu le pas sur le masque austère qu'elle s'est fabriqué une fois l'âge adulte atteint. Elle vocifère des insultes à tout va, blâme l'inconscience des garçons tout en gardant les yeux sur la route. Jamais un résistant ne l'a vu si déchaînée ! Pas moyen de deviner que quelque part, elle cache une jeune femme calme et souriante. Et, de fait, pas moyen pour les jeunes résistants de s'assoupir et de récupérer de leurs émotions.
La conduite de Nelly est rapide, nerveuse. Sa plaque terminant par les lettres GV lui permet de faire sauter tous les contrôles routiers, et le quartier de l'Orgueil leur ouvre bientôt les bras. Elle se gare derrière une école, et les garçons descendent pour emprunter l'une des nombreuses entrées du QG. Mark prend alors la peine d'informer la jeune femme de la taupe au sein de l'Orgueil, ainsi que de la situation délicate de son père qui va bientôt risquer sa peau s'il continue à siéger au gouvernement. Nelly écoute attentivement et hoche la tête pour dire qu'elle a compris. Elle va téléphoner à son père dès que possible afin qu'il prenne une décision.
A peine entrent-ils dans le cœur du QG que la jeune Camélia les intercepte. Elle n'est pas seule, plusieurs infirmiers l'accompagnent et entourent un lit d'hôpital. Axel et Bryce hissent Jude dessus et le jeune médecin non diplômé ordonne qu'on l'emmène dans la partie du souterrain transformé en hôpital. Caleb esquisse un mouvement pour le suivre.
- Non ! Toi, tu restes ici tant que je n'ai pas de diagnostique !
Caleb ouvre grand les yeux et reste pantois. Alors, on lui interdit de rester auprès de Jude dans un moment si difficile ? Avec la sincère impression d'avoir à nouveau cinq ans, il reste immobile, permettant seulement à ses yeux de suivre le visage fermé de Jude qui disparaît au détour d'un couloir. Mark pose une main bienveillante sur son épaule, mais ça ne le console pas du tout.
- Mark, dit doucement Nelly, quand j'ai contacté Hillman pour l'informer de la situation et de notre arrivée, il a demandé à ce que toi et Caleb alliez le voir dans son bureau. Claude, Bryce, allez vous reposer, vous reprenez la route pour votre QG ce soir. Moi, je vais téléphoner à mon père.
Elle n'attend pas de réponse et tourne les talons pour rejoindre une ligne téléphonique privée. Mark attrape le bras de Caleb et le force à avancer jusqu'au bureau de leur supérieur qui les attend de pied ferme, et avec la ferme intention de ne pas les laisser s'en tirer à si bon compte. Cette fois-ci, Caleb ne va pas échapper à une lourde sanction.
Mark frappe un coup et entre. Les trois chefs sont là, la mine grave. Caleb n'a pas la force d'affronter leurs regards emplis de jugement et de déception. Il voudrait tant ne pas être là, fuir très loin d'ici, avancer le temps…
- J'espère que vous êtes fiers de vous, commence Schiller.
- Mais qu'est-ce qui vous est passé par la tête ? demande Travis. Vous introduire dans une Caserne !
- L'un des nôtres était en danger, explique simplement Mark.
- Tu es censé attendre les ordres, Mark, signale Hillman.
- Nous avons jugé qu'attendre des ordres condamnerait Jude.
- Qui a eu l'idée de ce sauvetage ?
- Moi, répond immédiatement Caleb.
Mark aurait aimé être plus rapide, afin de se dénoncer à sa place, mais Caleb refuse de lui faire porter la conséquence de ses actions. Il a toujours assumé ses choix, le choix de sauver Jude plus que tous les autres.
- Tu sais quel risque tu nous as fait courir à tous, Caleb ? demande calmement Travis. Et ce n'est pas la première fois.
- Jude a délibérément choisi…
- … de sauver sa sœur, complète Mark. Il a cru un article de journal, comme nous l'aurions tous fait. On ne peut pas blâmer Jude pour cela, et on ne peut pas blâmer Caleb d'avoir essayé de l'aider, et d'avoir réussi. J'ai moi-même approuvé cette décision. De plus, Caleb a réuni des informations précieuses à la Caserne, et a risqué sa vie pour les obtenir. Pourquoi faire un procès à un homme qui n'a fait qu'appliquer le code de la résistance ?
- Mark, souffle Hillman, épargne-moi tes parodies d'avocat ! Samford a déjà tenté de prendre sa défense, tout comme Célia.
- On l'a mise au courant, chuchote Caleb.
- Oui. Elle pleurait et hurlait tellement que nous l'avons enfermée dans sa chambre. Nous attendrons les conclusions d'Axel pour lui permettre de voir son frère.
- Dans ce cas, reprend Mark, peut-être devrions-nous attendre à l'hôpital les résultats. Jude aimerait sûrement voir le visage de son sauveur lorsqu'il ouvrira les yeux.
- Non ! s'exclame Hillman. Ce n'est pas la première fois que tu désobéis aux ordres Caleb, et ce n'est pas la première fois que tu nous mets tous en danger. Nous ne pouvons plus fermer les yeux sur ton égoïsme et ton impulsivité. Il est temps que tu comprennes que tu n'es plus un enfant, que tu dépends de tout un réseau ! Ta punition sera à la hauteur de tes écarts.
- Qu'est-ce que vous allez faire ?
- Tout d'abord, je refuse que tu voies Jude Sharp tant qu'il ne sera pas rétabli. Nous te garderons à l'Orgueil, tu y donneras des cours aux enfants, mais nous ne te confierons plus aucune mission… Et enfin, je ne veux plus que tu fasses équipe avec Jude Sharp. S'il se réveille un jour, il ne sera plus ton partenaire.
- Et vous allez me coller qui ?
- Il s'appelle Archer Hawkins. Il vient d'arriver dans le réseau.
- Hawkins, réfléchit Mark, ce nom ne me dit rien. Je suis toujours au courant des nouveaux arrivants de l'Orgueil.
- Hawkins n'est pas à l'Orgueil.
- Comment ça ?
- Lorsque Jude ouvrira les yeux, explique Schiller, tu auras cinq minutes pour lui faire tes adieux. Ensuite, tu quitteras l'Orgueil. Définitivement.
Il y a une sorte de massue qui tombe soudain du plafond, une espèce de coup brutal que Caleb prend de plein fouet. Quitter l'Orgueil ? Pour de vrai ? On le vire, après tout ce qu'il a accompli, tout ce qu'il a fait ? Les regards des chefs sont graves, très sérieux. Ça fait longtemps qu'ils y pensaient, on le sent. Ils en ont juste eu l'occasion. Hillman et Schiller, c'est normal. Ils cherchent à le faire dégager depuis son arrivée au QG. Caleb avait juste espéré que Travis le défendrait. Peut-être l'a-t-il fait, mais sans résultat ?! Ce n'est pas juste ! Cette décision à la con, elle ne vient même pas pour le calmer, le tempérer ! C'est du sadisme, du pur sadisme ! Ils le privent des maigres racines qu'il a cherché à faire pousser au QG, ils lui arrachent les ailes qui se sont lentement développées entre ses omoplates. C'est vraiment injuste !
- Vous ne pouvez pas le renvoyer sans un procès équitable ! déclare Mark.
- Mark, souffle de nouveau Hillman, tu n'es qu'agent de liaison, ne l'oublie pas ! Les décisions nous reviennent.
- Axel et moi avons agi de la même façon que Caleb !
- Mais il s'agissait d'une première faute ! siffle Schiller.
- Qu'est-ce que ça change ?
- Mark, ne me fais pas regretter de te protéger…
Les grands yeux bruns du jeune homme d'ordinaire si rieurs sont en colère, terriblement en colère. Il ne cherche pas à se mettre en danger, il cherche à faire régner un sanglant de justice. Mark ne s'oppose que très rarement à ses chefs, il estime que ce n'est pas son rôle, que la hiérarchie n'a pas besoin de lui pour prendre les bonnes décisions. Là, il se force à prendre la parole, parce que le droit de veto, ça va bien deux secondes ! Être en haut de l'échelle ne veut pas forcément dire se permettre de faire n'importe quoi et ce que l'on souhaite juste parce qu'on le souhaite. Chercher à virer quelqu'un du QG parce qu'il a désobéi aux ordres, ça se tient. Mais le cas de Caleb Stonewall est suffisamment complexe pour qu'il ait droit à une défense ! Mais il ne l'aura pas, l'accusé en est parfaitement conscient. Qu'importe le talent de l'avocat, parce que Caleb a été jugé coupable avant même que le procès de ne débute. Qu'importe la défense, qu'importent les circonstances, qu'importent les intentions louables.
Alors que Mark continue à s'époumoner, Caleb comprend que personne ne reviendra sur cette décision. C'est décidé, acté. Il va quitter l'Orgueil, sans avoir le droit de dire au revoir. Il baisse les yeux, il n'a pas la force de hurler ou de cracher sa colère. Les trois chefs ont les yeux rivés sur Mark, c'est le moment idéal pour s'éclipser. Il sort du bureau et longe les couloirs. Il aimerait faire un détour par l'hôpital, mais il se doute bien qu'il y a quelqu'un qui va surveiller attentivement l'entrée de la chambre de Jude pour l'empêcher de passer. Pas la peine de s'infliger ça. Il avance rapidement, sans se poser de questions.
Inconsciemment, peut-être, il se retrouve dans le secteur du dortoir. Un peu hésitant, il continue son chemin jusqu'à la chambre qu'occupait son partenaire avant de passer entre les mains d'un commandant déçu. Caleb pose ses doigts contre la poignée froide et l'abaisse. Mais il renonce à ouvrir la porte, à revoir cette chambre emplie de l'odeur et de la présence d'un homme qu'il n'aurait plus le droit de serrer dans ses bras et d'embrasser. Il continue son trajet et se retrouve devant la porte de la chambre de Célia. Il entre silencieusement.
La pièce est dans le noir presque complet, seule une lampe de chevet éclaire faiblement quelques centimètres autour d'elle. Par terre, dans la pénombre, Caleb remarque le corps endormi de Célia, tête posée sur l'épaule de David. Il le regarde avancer vers lui et s'asseoir en face, par terre également.
- Vous êtes rentrés il y a longtemps ?
- Une demi-heure à peu près.
Leurs deux voix sont brisées par l'inquiétude, l'angoisse et la confusion. Ça sonne mal, mais vrai, un peu comme un concert de deux instruments mal accordés, qui n'ont pas l'habitude de jouer ensemble et qui se réunissent pour une occasion terrible et commune.
Caleb regarde David. Il a l'air fatigué, épuisé peut-être. Il regarde Célia et devine ses yeux gonflés, son visage rougi et sa voix éraillée.
- T'as une sale tête, Caleb.
- Merci.
- Toi non plus, tu n'as pas le droit d'aller voir Jude ?
- Non.
- Célia va bientôt se réveiller, j'ai pas envie de te demander de raconter plusieurs fois ce qu'il s'est passé. Tu dois en avoir assez.
- Oui, un peu.
Dans le silence le plus complet, les deux garçons se regardent. Presque vingt minutes s'écoulent avant que Célia ne quitte le royaume du sommeil pour plonger sur la terre ferme. Elle regarde Caleb assis face à elle et se relève dans un sursaut.
- Jude est à l'hôpital, ils sont rentrés il y a un peu moins d'une heure.
- Comment il va ? demande Célia, la voix au bord de l'implosion.
- Axel s'occupe de lui, répond Caleb.
- Dis-moi que ça va aller.
- Je peux juste te dire qu'Axel va faire tout ce qu'il peut.
- C'est pas une réponse, ça.
- Je sais, mais j'ai pas mieux.
- On m'a juste dit que Jude avait été battu par Dark, explique Célia. Qu'il était parti à la Caserne à cause d'un article qui disait que j'y étais. J'ignore tout le reste.
- Je suis pas sûr que ce soit important de savoir le reste. Dark va payer pour ça, je te le jure.
- Tu vas avoir des problèmes, Caleb, dit David. Les chefs sont sur les nerfs depuis que Nelly leur a téléphoné pour leur expliquer la situation.
- Je suis prête à prendre ta défense s'il le faut, Caleb ! Sans toi, mon frère serait encore à la Caserne, et je n'aurais jamais pu le revoir !
- C'est gentil, Célia. Mark a déjà endossé ce rôle, mais je suis pas sûr d'être vraiment défendable. Leur décision est prise, la sentence est irrévocable !
- C'est quoi, ta sentence pour avoir sauvé un ami ? demande David, amer.
- Disons que tu auras plus à t'inquiéter de me voir tourner autour de ton ami d'enfance…
- Sois plus clair.
- Je me barre. Ils me dégagent de l'Orgueil et m'envoient dans je sais pas quel autre secteur.
- Quand ?
- Dès que Jude se réveille…
Il avale un « s'il se réveille ». Pas besoin d'affoler la jeune fille probablement déjà à fleur de peau. Elle lève ses grands yeux d'ordinaire si rieurs et les plonge dans le regard désespéré de Caleb.
- Ils font ça pour t'éloigner, pour jouer les professeurs stricts. Ils auront beau prétendre faire cela par devoir, pour protéger le QG, c'est faux !
- Je sais. Rends-moi service, Célia. Ton frère est un imbécile qui a tendance à s'attirer pas mal d'ennuis. Il a beau être intelligent, il est aussi très imprudent lorsque le sujet lui tient particulièrement à cœur. Surveille-le pour moi, s'il te plait.
Elle hoche la tête.
- Il n'en restera pas là. Je le connais, mon frère. Il va tout faire pour que tu lui reviennes.
- J'espère bien. J'ai quand même risqué ma vie pour lui !
La jeune fille sourit et se lève. Elle s'approche de Caleb et le prend dans ses bras, comme pour le rassurer. Le jeune homme n'a pas l'habitude. Sa mère est partie lorsqu'il avait quatre ans, alors il n'a que de vagues souvenirs. Quant à sa grand-mère, c'était une femme qui appliquait le credo de la cité : dans la vie, il ne faut ni se plaindre, ni se mentir. Ni montrer ses sentiments, donc.
La porte s'ouvre à la volée, et Caleb ne peut pas profiter davantage de cet élan d'amour quasi maternel. Il tourne la tête. C'est la jeune et jolie Camélia Travis. Elle rougit et présente ses excuses.
- Axel vient de terminer les examens.
- Comment va Jude ? demande Célia précipitamment.
- Il ne s'est pas réveillé, mais son état est stable. Il m'a dit de venir vous chercher. Je suis désolée Caleb, mais mon père m'a dit que tu n'avais pas le droit…
- Je sais, t'inquiète ! Je vais aller préparer mes cours, en attendant !
Parce qu'en plus de ne pas avoir le droit de voir cet homme pour lequel il a risqué sa vie, pour lequel il s'est autorisé à pleurer, il va avoir la joie d'enseigner l'Histoire à des gosses braillards et pas débrouillards pour deux sous ! Qu'est-ce qui lui a pris de croire les récits et les films clandestins que lui montraient sa grand-mère ? Les résistants, tous des héros irréprochables ? Et puis quoi encore ? Non, décidément, brillante idée de s'engager dans la résistance !
Si seulement il pouvait tout effacer…
La Boue, mais l'âme : Retour à l'univers des Misérables ! Non pas que ce chapitre de l'oeuvre hugolienne soit mon préféré, mais généralement, quand je pense à une fuite dans les égouts (sachant que je m'inspire fortement de la France et de Paris dans cette histoire), ben je pense à Valjean qui sauve Marius. Bref, le nom du chapitre du sauvetage se nomme La Boue, mais l'âme.
Dans la vie, il ne faut ni se plaindre, ni se mentir : C'est une doctrine qui m'a vraiment frappée en regardant Les Garçons et Guillaume, à table de Gallienne. Cette phrase prononcée par la Grand-mère est censée être un credo de la bourgeoisie. Étrangement, j'ai trouvé qu'il pouvait aussi s'appliquer à la vie des quartiers difficiles.
Alors alors... Un peu violent pour Caleb, ce chapitre. Je voulais mettre un peu l'accent sur toute cette injustice liée, entre autre, à la hiérarchie qui décide d'un peu tout en temps de guerre, surtout le sadisme qu'il peut y avoir, toute la légende noire que l'on oublie autour de ceux que l'on consacre un peu rapidement. Même au sein de la Résistance des années 40, y avait des enfoirés.
Du coup, on commence à aussi à voir Mark sous un nouveau jour ! Là aussi, je voulais que l'on comprenne que tout n'est pas tout blanc, tout n'est pas tout noir.
En tout cas, ça bouge vraiment, là ! La preuve, y a moins de dialogues !
Alors, comment ça va se passer, maintenant qu'on sait que Caleb va partir ? Quelle sera la réaction de Jude lorsqu'il se réveillera ? Suite au prochain épisode ! (Mon dieu, quel teaser !)
Bonne semaine à tous !
