Salut les enfants !

Je peux finalement publier aujourd'hui, j'ai avancé plus vite que prévu sur mes cours. Bon, j'avoue que j'étais pas trop sûre de pouvoir, parce que quelqu'un a cherché à manger certains de mes personnages... Mais rassurez-vous, j'ai réussi à les lui retirer, et ils seront donc bien présents pour le chapitre. Je ne peux malheureusement pas en être sûre pour la suite de l'histoire...

Donc, je vous avait laissés avec un Jude un peu déprimé et un Byron un peu entreprenant que vous avez un peu eu envie de tuer... J'espère que ça va s'arranger, parce que vous allez le revoir, le Byron.

Bon, à part ça, je suis repartie en stage, dont je suis re-fatiguée et je dors dès que je rentre, donc j'avance pas des masses en matière d'écriture, je stagne même dans la fiction que je voudrais publie prochainement. Bon, mais j'ai encore un mois avant de la publier, alors j'ai le temps de me reprendre ! Et puis, j'ai deux trois autres idées... Bref, je vous tiendrai au courant de toute façon !

Allez, je sens que vous êtes impatients (ou pas) !

Bonne lecture !


Le jeune homme court à perdre haleine dans les couloirs. Ces temps-ci, il y a de plus en plus de visages inconnus au Quartier de l'Orgueil. C'est normal, c'est une décision de la résistance entière, se rassembler à l'Orgueil. On se retrouve, on prend des décisions au maximum, on agit. La guerre va se terminer. La libération, c'est pour bientôt, on le sent ! La résistance grouille de plus en plus, le gouvernement recule… oui, le gouvernement va lâcher prise !

- Pardon, souffle-t-il en bousculant quelqu'un qu'il ne prend pas la peine de reconnaître.

Si la rumeur est vraie… peut-être est-il revenu…

Il continue sa course effrénée jusqu'à atteindre l'entrée Sud. Effectivement, y a pas mal d'étrangers ici, des gens qui viennent des autres secteurs. Il ne voit pas son visage, nulle part. Tout à coup, il remarque des yeux d'un bleu glacé. C'est Bryce. Et Claude, évidemment. Il s'approche d'eux.

- Salut vous deux !

- Oh, Xavier ! Ça fait un bail ! Comment ça va ?

- Bien. Surbooké, mais rien de grave. Au fait, je voulais vous présenter mes condoléances pour le petit Scotty Banyan.

- Merci.

Il y a deux mois, le petit Scotty Banyan a été victime d'une mission-suicide qui a mal tourné. Les mécanismes de la bombe étaient mal réglés. Le train a sauté, mais Scott n'a pas pu s'éloigner suffisamment rapidement. Evidemment, ses supérieurs ont décidé de l'honorer comme un héros. Evidemment, ça a agacé Claude et Bryce qui s'étaient fermement opposés à l'idée de confier cette mission à un gosse de dix-sept ans. Depuis, les messages de condoléances pleuvent au QG de la Colère.

- Mais j'imagine que t'es pas venu pour discuter…

- Quoi ?

- Va voir dans la pièce d'à côté…

Xavier hésite moins d'une seconde et se précipite dans la salle servant de débarras. Deux personnes en sortent.

- Ça alors, Xavier !

- Salut Caleb. Salut Jordan…

Le QG de la Gourmandise a décidé d'accepter la demande de Jordan Greenaway et de le laisser préparer les dernières missions à l'Orgueil. Cela fait cinq ans qu'il n'attend que ça… Il offre un large sourire à son compagnon. Comment ça commence, des retrouvailles ? Une embrassade, une poignée de mains, des mots, un long discours ? Aucun des deux garçons n'ose débuter. Peut-être par maladresse, par gêne aussi. Après tout, ils ne sont pas seuls…

- Bon d'accord, j'ai compris, je m'en vais ! soupire Caleb. Vous en faites pas pour moi, je connais le chemin !

- Caleb, attend ! Jude est pas encore levé, et Mark voudrait que tu passes le voir dans son bureau avant !

- Il a un bureau, maintenant ?

- Oui, près de l'entrée Est, pas loin de l'hôpital.

Ben voyons ! Evidemment, dès qu'y a une pause café, il va badiner avec son amoureux !

- Mark a insisté pour que tu y ailles tout de suite !

- Ouais, c'est bon, j'y vais !

C'est ça, cause toujours ! Ça fait sept mois que je l'ai pas vu, Mark peut bien aller se faire foutre !

Les mains dans les poches, le jeune homme s'éloigne du couple qui semble revivre son premier rendez-vous. Trop de niaiseries, ça donne envie de vomir ! En espérant que Jude ne soit pas comme ça…

Il ne prend pas la direction de l'hôpital, il n'a aucune envie de revoir Mark ou Axel. Enfin si, un peu, surtout que Mark a promis de lui fournir pas mal d'explications. Mais là, il a autre chose en tête. Nonchalamment, il se promène dans les couloirs où il reconnait quelques têtes qu'il salut. Pitié qu'il ne tombe pas sur Mark… ni sur l'un de ses anciens chefs, sinon il pourrait ne pas se contrôler. Le couloir des dortoirs s'offre à lui. Il avance lentement jusqu'à la chambre de Jude. Il frappe et n'obtient pas de réponse. Alors il entre. Vide. Jude n'est pas là. Curieux, Xavier a pourtant dit qu'il n'était pas levé. Tant pis. Un peu déçu, il referme la porte et s'éloigne en baissant les yeux.

- Eh !

Il lève les yeux. Il ne reconnait ni la voix ni le visage. Sans s'en rendre compte, il rougit. A cause de l'impression d'avoir été pris en flagrant délit, ou à cause de ce visage inspiré par les dieux ? Le jeune homme inconnu s'avance avec une démarche féline, en faisant danser ses cheveux blonds. Il retire un élastique de son bras et le noue autour de ses cheveux.

- Tu serais pas Caleb Stonewall ?

- Si.

- Je m'appelle Byron Love.

- Tu viens de l'Orgueil ? J'ai pas l'impression de te connaître…

- C'est normal, je suis arrivé quand tu as été expulsé. J'ai un peu pris ta place en fait. Je suis le nouveau partenaire de Jude, dit Byron en tendant la main.

- Ah, répond Caleb en la serrant.

- Tu le trouveras pas dans sa chambre, il a basculé dans la mienne. Je te montre pas où elle, c'est celle que tu occupais. Avec toutes les arrivées des autres secteurs, on a basculé à deux par chambre pour faire de la place… Il doit encore dormir, mais vas-y quand même, il sera content de te voir !

Byron se retourne et repart, laissant Caleb un peu pantois et perplexe. Ce garçon est étrange. Il soupire, puis prend la direction de son ancienne chambre, en forçant la nostalgie à rester rangée dans son coin. L'Orgueil lui manque un peu, parfois. Parfois, seulement. Ses amis lui manquent, l'ambiance lui manque, la sensation de protection aussi. Mais c'est tout, pas besoin d'en faire toute une histoire ! Il hait les chefs, les complots, les messes basses, les secrets… Finalement, passer sept mois loin de tout ça n'aura pas été qu'une punition.

Il se retrouve face à la porte de sa… de la chambre de Byron. Il frappe et entre immédiatement.

Là, couché sur le lit, en pleine phase de réveil, la poitrine nue et à moitié cachée par les draps, les cheveux emmêlés et les yeux semi-clos, il y a Jude. Caleb sourit tendrement. Jude le voit, et se redresse immédiatement. Il frotte ses yeux, un reste de son enfance qui lui permettait de vérifier que sa vision était exacte. Il le regarde, droit dans les yeux. Caleb ferme la porte et allume la lumière, éblouissant son ancien partenaire par la même occasion.

- C'est à cette heure-ci que tu te lèves ? Il est bientôt onze heures.

- Si tu m'avais dit que tu venais, je me serais habillé pour t'accueillir. Pas une lettre en sept mois, c'est long.

- Je sais… Ecoute, j'ai eu ma dose de mièvrerie avec Jordan, alors…

- Alors quoi ? J'ai même pas droit à une poignée de main ?

Caleb sourit et s'approche. Il s'assoit sur le lit de Jude et tend sa main. Le jeune homme la prend. Et puis, dans un même élan, les deux garçons décident que cela ne suffit pas. Chacun porte ses bras autour du corps de l'autre, s'accroche aux cheveux, aux vêtements, inspire à fond l'odeur.

- J'ai envoyé des lettres dans chaque putain de secteur, j'ai jamais eu de réponse… Personne ne savait où tu étais.

- On m'a balancé à l'Envie. Dark disait que ça m'allait mieux que l'Orgueil, faut croire qu'Hillman était d'accord ! Ça bouge beaucoup là-bas, on nous donne pas de grosses missions, mais on en a en quantité. Moi aussi, je t'ai envoyé des lettres, mais elles ont dû être interceptées. Ça fait deux semaines que je crève d'envie de te dire que je viens…

- Tu m'as manqué… On m'a donné un nouveau partenaire, de nouvelles missions…

- Je l'ai rencontré. Byron Love, c'est ça ? C'est lui qui m'a dit que tu étais là. Il m'a dit qu'il était ton partenaire de missions. Je sais pas pourquoi, j'ai eu l'impression que c'était pas seulement pour les missions qu'il était ton partenaire…

Jude s'écarte et ouvre grand les yeux. Il inspire, mais ne trouve pas le courage de répondre et baisse un peu le regard.

- Ah… je vois.

- Non, tu vois rien du tout, Caleb. Ecoute, tu peux pas savoir dans quel état j'étais quand t'es parti ! Je me sentais tellement coupable ! Et j'avais aucune nouvelle ! Je me suis battu pendant un mois pour trouver où tu étais ! Je me sentais tellement seul… T'aurais pu être mort, j'en savais rien ! Byron était là, c'est tout.

- Ça date de quand ?

- Un peu plus d'un mois après ton renvoi.

- T'as pas perdu ton temps !

- C'est pas du sérieux, ni pour lui ni pour moi. Et puis, me force pas à me justifier, tu me feras pas croire que tu m'as été fidèle, toi !

- Exact, je l'ai pas été. Mais j'ai attendu cinq mois pour te tromper ! Et puis, y a pas de comparaison possible ! On m'a envoyé dans un autre secteur, j'étais complètement paumé, j'ai dû tout reconstruire dans l'espoir de revenir un jour ! Jude, j'ai attendu sept mois pour te revoir, je voulais juste… j'espérais que…

Qu'on pourrait repartir où on s'était arrêté… C'est une réaction infantile, très naïve, et pourtant… Caleb n'a jamais réellement pensé que Jude laisserait son corps sage pendant leur séparation. De même, Jude ne pouvait attendre de Caleb qu'il effectue une traversée du désert tout à fait pure. La sagesse et la pureté en temps de guerre, c'est un luxe, et Jude et Caleb ne sont que deux jeunes hommes de vingt-deux ans tout à fait ordinaires, ce ne sont pas des héros antiques, ce ne sont pas des personnages de tragédie cornélienne. Les défauts des Hommes, ils les ont, ils en sont conscients. Alors, pourquoi ça fait aussi mal, pourquoi il y a comme de la trahison qui flotte dans l'air ? Et pourquoi aucun des deux ne parvient vraiment à reprocher cette infidélité à l'autre ?

Jude soupire.

- Si tu tiens vraiment à m'en vouloir, fais-le. Mais j'ai pas l'impression d'être plus fautif que toi…

L'accusé détourne ses yeux métallisés. C'est vrai, il n'est pas moins fautif que lui. Mais ça ne change rien, ce sont l'égoïsme et l'égocentrisme de Caleb qui commandent ses émotions, et le jeune homme est en colère. Il hésite à retirer sa main droite, toujours accrochée aux cheveux châtains et emmêlés. Sans un élan presque désespéré et introspectif, il embrasse Jude au front et s'éloigne de lui, sans un mot. Il quitte la chambre pour se diriger vers le bureau de Mark. Ça fait vraiment drôle à penser… Ses pas sont rapides, il ne s'arrête pas pour saluer ses anciens compagnons et parvient au bureau. La porte est bois est accompagnée d'une plaque simple en métal où sont dessinés les lettres M. EVANS. Caleb arque un sourcil, et frappe avant d'entrer.

- Hey ! salut Mark. Je t'attendais plus tôt ! Comment tu vas ? Ça a été, la route ?

- Je commence par répondre à quoi ?

- Comme tu veux ! Raconte un peu tes sept mois.

- Pas grand-chose à dire. C'est pas facile, l'Envie. Tu te tapes tout le sale boulot.

- Y parait que t'as fait des miracles, là-bas. Hillman m'a dit qu'hier que tu étais là-bas. Mine de rien, leur confiance envers moi a pas mal baissé depuis l'incident de la Caserne.

- Pourtant, t'as un bureau…

- Ouais, pour que j'arrête de leur tourner autour ! Rassure-toi, on discute un peu, et je te laisse aller voir Jude !

- J'en viens.

- Ça a été rapide, alors !

- De quoi ? sourit Caleb.

- Les retrouvailles.

- Ah… j'imagine que ça doit venir de ma rencontre avec son nouveau partenaire.

- Ah… T'as rencontré Byron. J'imagine que t'as tout compris.

- Oui. Tout le monde sait, alors ?

- C'est pas dur de savoir. Les chefs s'en foutent, parce que, tu connais pas l'histoire de Byron, mais personne ne peut croire qu'ils s'aiment, et donc qu'ils représentent un danger pour le QG ou pour eux-mêmes. Tu lui en veux ?

- Je sais pas encore. Tu veux pas plutôt qu'on cause d'autre chose ? Ta lettre était un peu mystérieuse. Quelles confidences t'as à me faire ?

- T'as raison, on va essayer de pas tourner autour du pot.

Mark se lève et adopte une mine grave. Il s'approche de Caleb, et le jeune homme comprend qu'il a quelque chose de très important à déclarer. Il croise les bras, et le regarde droit dans les yeux, dans ces yeux si profonds, d'ordinaire si cléments. Caleb ne se souvient pas la dernière fois qu'il a adopté une attitude si froide. C'en est inquiétant, intimidant. Mark était quelqu'un de spontané avant de basculer dans l'âge adulte. La guerre l'a rendu méfiant, calculateur, elle lui a confectionné un masque souriant sous lequel s'exprime tout le reste. Il s'assoit sur son bureau, face à Caleb et dévie le regard vers le mur de gauche, là où une carte du pays en couleur a été accrochée à l'aide de punaises. Caleb la regarde aussi, cette carte sur laquelle on a planté des plans de bataille, des photos.

- La guerre va se finir, Caleb… mais pas comme on le souhaite.

- Comment ça ?

- Il va y avoir un coup d'état, le pouvoir sera renversé. Si tout se passe comme prévu, les résistants feront le plus gros du boulot. Ils massacreront les militaires, libéreront le pays pendront publiquement les ministres, organiseront des procès pour les intellectuels et les artistes, humilieront ceux qui ont pactisé en pleine rue. Après ça, ils n'auront de cesse de recevoir des éloges. Tout le monde s'inventera des actes héroïques de dernière minute. Le pays se reconstruira à l'aide de mensonges, de magouilles… Hillman prendra sûrement la tête du nouveau gouvernement, et il deviendra un dieu vivant. Il va se bâtir une légende dorée et passer sous silence la légende noire. Tous les chefs des 7 péchés deviendront ministres, et seuls les résistants auront leur mot à dire… Mon pays mérite mieux que ça.

- Pourquoi tu me dis ça ?

- Parce que toi et moi, on a signé pour autre chose. Passer d'une dictature à une autre, ça m'intéresse pas. Je ne vais pas laisser les plus vieux d'entre nous régner sans offrir la parole à tous. Je ne veux pas d'humiliation publique, ni de liste noire. Des erreurs, on en fait tous, et on a droit à un procès équitable. Si les militaires et leurs sympathisants doivent expier leurs péchés, nous devons faire la même chose. Nous aussi, nous avons tué et assassiné. Si nous reproduisons les mêmes actes qu'eux, est-ce nous valons vraiment mieux ? Est-ce que nous méritons de nous élever ? Je veux rétablir la démocratie et la République, que chacun puisse s'exprimer. Je veux d'un chef qui représente son peuple sans le soumettre, en admettant qu'il n'est qu'un Homme parmi d'autres. Hillman ne mérite pas le privilège de représenter ce pays.

- Tu prépares une révolution ?

- Sans nous, les chefs ne sont rien. J'en ai assez d'obéir à leurs lois à la con ! Oui, je prépare une révolution, une rébellion. Je ne les laisserai pas accéder au pouvoir.

- Et tu veux que j'adhère ?

- Exactement. Rassure-toi, on est nombreux.

- Tu veux quoi ? Que je te donne ma voix à la prochaine élection présidentielle ? plaisante Caleb.

- Non. Que tu soutiennes le projet, c'est tout. Que tu te battes à nos côtés.

- Et après, on te proclame roi et je pose une couronne sur ta tête ?

- Si ça te fait plaisir… Mais je n'assumerai pas la charge de président.

- Qui ce sera ?

- J'ai pensé à Nelly. J'ai réussi à la convaincre de lâcher son père et de nous rejoindre, mais elle ne sait pas encore à quoi je la destine.

- Ça se tient. Nelly est forte, elle connait la politique tout en restant du côté du peuple. Elle s'exprime bien, et puis elle est très jolie, c'est pas mal pour représenter le pays !

- Je pensais bien que ça te plairait ! Je voulais aussi te dire, j'aimerais bien que tu deviennes ministre.

- Tu déconnes ?

- Pas du tout. Tu as fait tes preuves, et tu seras pas seul. Axel, Jude, Silvia, Xavier, David, Célia… tous ceux qui nous rejoignent auront leur place au gouvernement. C'est plutôt une jolie promotion, mais je veux pas te brusquer.

Caleb ferme les yeux et sourit. Impossible de s'imaginer ministre ! Mais l'idée de la parole donnée au peuple lui plait vraiment, même si ça semble presque idéalisé. Enfin, si on n'est pas idéaliste à son âge, on ne l'est jamais ! Et puis, il rouvre les yeux, une étincelle au fond du regard, avec l'impression de comprendre tout à coup.

- C'était pour ça, ton plan avec Jude, toutes tes interdictions, tes sous-entendus ? Tu nous testais depuis le début ? Tu voulais voir jusqu'où on irait pour défendre nos valeurs et nos idéaux ?

- Tu me connais bien, sourit Mark. C'est vrai, y avait de ça. Je voulais savoir si vos pensées et vos idées étaient au-dessus des ordres, au-dessus de mes menaces. Et vous avez passé le test haut la main. Mais je dois t'avouer quelque chose… C'était pas seulement ça qui me motivait. Je crois qu'il y avait un peu de jalousie dans mes actes. Au début, j'ai mis Jude en garde contre le règlement, parce que je ne voulais pas qu'il plonge si vite. Et puis, quand j'ai vu votre attitude, quand j'ai compris tout ce qu'il y avait encore en vous, entre vous malgré les années qui vous avaient séparées, je suis devenu jaloux. Je n'arrivais pas à comprendre comment un tel désir, un tel amour pouvait se former entre deux personnes. Ça m'a rendu fou de ne pas savoir comment l'appréhender.

- Tu ne t'es jamais dit que tes interdictions n'avaient pu qu'enflammer nos sentiments ?

- Non. Tout était déjà là, je n'ai rien réveillé. Et maintenant, je m'en veux terriblement de ce que je vous ai fait subir.

- Moi aussi, je t'en veux. Mais étrangement, avec tout le recul des mois, je te comprends aussi.

- Alors, tu rejoins quand même notre groupe de rebelles ?

- Oui.

- Merci, Caleb. N'en parle pas trop, si ça s'ébruite, on est fichus… Au fait, la taupe, je l'ai. C'était pas Schiller, Dark a pas menti.

- C'était qui, alors ?

- Camélia Travis.

- La fille du chef ?

- Ouais. Je l'ai pas dénoncée, ce serait pas utile, son père la protégerait. Elle filait des infos à Dark qu'elle tenait de son père. Cet idiot n'a rien remarqué ! Dark lui aurait promis que son père aurait la vie sauve lorsqu'il assiégerait le QG. Bref, c'est Axel qui a tout compris. A l'hôpital, elle lui parlait de trucs très pointus, mais en ayant l'impression de pas tout comprendre. On lui a parlé, et elle a promis d'arrêter. Elle est un peu sensible, et elle ne sait rien du monde extérieur, Dark lui a embrouillé l'esprit sans difficulté. T'en prends pas à elle, ça servirait à rien. Evidemment, je lui ai pas dit que je comptais pas laisser son père accéder au pouvoir !

- Tu vas en faire quoi, des chefs ?

- Je sais pas encore. Mais tu peux y réfléchir !

Les deux garçons sourient. Voilà, c'est comme ça que Mark était, enfant. Généreux, amoureux de la vie, compréhensif. Il fera un bon premier ministre… Comment on fait pour résister à ça ?


- Non, je refuse !

Bon sang, ce que c'est fatigant de répéter quinze fois la même chose !

- Jude, tu ne vas pas refuser tout le monde !

- Si j'estime que l'artiste en question mérite d'être sauvé, alors si ! Et j'estime que Cadence Soudtown le mérite.

- Je suis d'accord avec Jude, déclare Sue. Cadence n'a absolument rien à se reprocher.

- Il a quand même écrit un opéra pour décrier la résistance…

- Et alors ? demande Jude. Il a le droit. Le fait est qu'il a refusé d'écrire l'hymne de la dictature actuelle, on ne peut pas le nier. C'est un musicien engagé, mais qui refuse de prendre part à la guerre de façon politique ! Je ne vois pas quel crime on peut lui mettre sur le dos !

- Bon d'accord, on laisse Soundtown… Dossier suivant : Artie Mishman.

- Je passe mon tour ! déclare Xavier.

- Indéfendable, concède Byron.

- Bon, dit Sue, c'est sûr que sa dernière expo de sculpture sonnait un peu propagande…

- Ok, dossier classé, on le met sur la liste noire, il aura un procès. Sue Sparrow, la mannequin ?

- Pas défendable non plus, explique Jordan. Elle s'est mise au service de Dark pour des pubs de propagande.

- Oh, je me souviens ! s'exclame Célia. Elle avait un faible pour David quand elle venait à la Caserne.

- Dossier suivant ! s'exclame David en rougissant.

- Mark Gambling.

- On a déjà traité le dossier, dit Willy. C'est un ami à moi, il a agi sous la contrainte, ses dessins ne reflètent pas ses avis.

- Paolo Bianchi ?

- Non, on ne va pas le condamner, il est étranger ! On laissera son gouvernement se charger de lui.

- Dans ce cas, la réunion est terminée ! On supprime deux noms de la liste, et on en ajoute huit.

Huit ? Jude fronce les sourcils. Depuis que les résistants se réunissent et préparent la fin de la guerre, il y a de plus en plus d'artistes qui se retrouvent black listés… et qui vont pas tarder à fuir le pays par la même occasion. Evidemment, plutôt se barrer que de subir un interrogatoire mené par Lina Schiller dont ils ne sortiront, quoi qu'il se passe, pas indemnes. Mais si la résistance continue à condamner tout le monde, il risque de ne plus y avoir grand-monde pour reconstruire artistiquement le pays !

Tout le monde se lève pour quitter la salle de réunion.

- Caleb, attends !

Il se retourne et voit Célia venir vers lui. Jude n'a pas daigné l'accompagner. Byron, par contre, il est bien là, aux côtés de la jeune femme.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- Pas grand-chose. Mais merci pour tout à l'heure ! David m'a dit que Hellen Hearth était pas sauvable, mais je voulais tenter le coup. Je sais bien que ses écrits posent pas mal de question, mais dans un roman, on est censé pouvoir écrire ce qu'on veut ! C'est de la fiction ! Alors merci de m'avoir soutenue, j'aurais pas pu prendre sa défense toute seule.

- Y a pas de quoi me remercier, son nom a pas été effacé.

- Mais tu m'as quand même soutenue.

La jeune femme sourit et s'éloigne. Décidément, elle est vraiment étrange, cette gamine ! Quelque part, ça attendrit presque Caleb. Au moins, elle a le mérite d'exister. S'il y en a bien une qui ne se laisse pas influencer et qui défend ses positions, c'est Célia Hills ! Depuis sept mois, elle ne cesse de chercher des informations sur l'endroit où se planquait Caleb. Et puis, elle a monté un journal clandestin plutôt influent, passant ainsi d'ancienne black listée à héroïne résistante. Comme quoi, suffit d'un gros titre.

- Célia, l'interpelle Byron, où tu vas ?

- Aux cuisines. Tous ces débats, ça m'a donné faim !

- Il est vingt-deux heures !

- Et alors ?

Byron ne trouve rien à répondre et laisse la jeune femme partir. Caleb aussi décide de partir. Ce n'est pas qu'il n'apprécie pas la compagnie de Byron, il ne le connaît pas vraiment. Mais la simple idée de se retrouver à discuter avec lui lui hérisse le poil ! Faut pas non plus abuser ! Byron est sûrement quelqu'un de très sympathique, et c'est très injuste de lui faire un procès sur sa conduite, mais c'est comme ça ! Dans quelques années, il lui adressera la parole, mais là, c'est un peu trop tôt !

- Caleb, attends !

Mais c'est pas vrai, qu'est-ce qu'ils ont tous ? Il s'arrête, se retourne et offre au jeune homme son regard le plus las, et le plus agacé. Ce qui n'a absolument aucun effet, puisque Byron sourit et se rapproche de lui. Il soupire, mais ça ne chasse toujours pas Byron.

- On peut discuter ?

- Byron, au cas où tu ne l'aurais pas compris, j'ai pas vraiment envie de « discuter » avec toi.

- Je me doute. Mais ça pourrait quand même être pas mal qu'on le fasse. Dix minutes, après je te laisse… Je sais pas si on t'a déjà parlé de moi, mais je suis un ancien prostitué de la Luxure.

- Ouais, je sais, dit-il sur un ton agacé.

- Je sais pas non plus si tu sais, mais j'ai vécu des trucs un peu difficiles là-bas. Pour te la faire courte, on a tué mon compagnon sous mes yeux. Quand j'ai débarqué à l'Orgueil, Jude venait de te perdre, alors il était dans le même état que moi à l'époque.

- Ok, je t'arrête tout de suite, j'ai pas envie de parler de Jude ou du lien incroyable qu'il y a entre vous. Rassure-toi, je vais pas essayer de briser votre couple, j'ai pas assez d'énergie pour ça.

- J'en suis ravi, mais c'est pas ce que j'allais dire. A l'époque, quand Chang Su est mort, j'étais inconsolable, et j'ai failli faire pas mal de bêtises. Je me suis raccroché comme j'ai pu pour pas sombrer. J'ai juste voulu éviter ça à Jude. Bien sûr, il a souffert, mais j'étais là pour l'épauler… Le sexe et l'amour, c'est pas la même chose, mais je suis sûr que tu le sais déjà !

Caleb rougit. Mais pour qui il se prend, cet ange de pacotille ? C'est quoi ces sous-entendus à la con ?

- Jude t'aime énormément, tu sais ? J'ai jamais cherché à prendre ta place, j'en veux pas. Et puis, même si je la voulais, je pourrais pas. Même quand il se tait, je sais qu'il pense à toi, qu'il attend ton retour. Ses rêves, ses pensées, ses soupirs, tu occupes tout ça pour lui !

- Qu'est-ce que tu veux que ça me fasse ?

- Jude est devenu très important pour moi, et je lui souhaite le meilleur. Si tu refuses de lui pardonner, alors dis-lui clairement, qu'il tourne la page. Mais si tu veux vous redonner une chance, je peux t'aider.

- Comment ?

- Reprends ton ancienne chambre. Pour cette nuit, pour les autres aussi si tu le souhaites. Va voir Jude, parle-lui, même si c'est pour rompre.

- Tu me cèdes ta place ?

- Non, je te la rends.

Le jeune homme tourne les talons et emprunte le même chemin que Célia. Un peu interloqué, un peu perturbé, Caleb fronce les sourcils. Il vient de lui donner un ordre, là ?! Non mais vraiment, pour qui se prend-t-il ? Partager les nuits de Jude depuis six mois ne lui donne absolument aucun droit ! Qu'est-ce qu'il croit ? Que c'est si simple de le comprendre ? Que c'est si facile de savoir ce qu'il ressent ? Bien sûr que non ! Il a fallut bien plus de sept mois à leurs amis pour comprendre cette relation si particulière entre Jude et lui, et il a sûrement même fallu plus de sept mois à Caleb et Jude pour se comprendre… Et lui, il débarque, avec son sourire à tomber raide, ses yeux qui flambent et son visage d'ange, et il croit qu'il sait tout ? Non mais, vraiment…

Caleb avance, un peu au hasard. Il se retrouve vite dans le couloir des chambres, près de son ancienne porte. Evidemment. Il soupire bruyamment et pose sa main sur la poignée. En priant pour que Jude ait regagné sa chambre et pour que Byron ne l'y ait pas finalement rejoint, il abaisse la poignée et ouvre la porte, entre, et la referme derrière lui. La lumière de chevet est allumée, et Caleb peut contempler le corps de Jude, à contre jour, découpé par un halo légèrement divin. Il ouvre grand les yeux.

- Qu'est-ce que tu fais là ?

- Déçu ?

- Surpris. Je pensais que c'était Byron.

- Bon, bah, c'est mieux que si t'étais déçu !

- Caleb, qu'est-ce que tu fous là ?

- Je peux partir, si tu veux.

- Si tu pouvais commencer par me répondre.

- J'ai oublié un truc, tout à l'heure…

Sans s'en rendre vraiment compte, sans vraiment le prévoir, Caleb avance vers la silhouette sombre de Jude et l'enlace. Avec toute la force et tout l'amour qu'il contient et emprisonne depuis sept mois, il l'embrasse, jusqu'à suffoquer. Il redessine lentement le contour des lèvres du jeune homme, il se réapproprie sa langue et toute la sensation qu'un baiser entraîne. Il essaie de se contenir, de rester calme, parce qu'il est quand même venu discuter, à la base !

Et puis merde !

Il retire son pull, défait la chemise de Jude, la fermeture éclair du jean aussi.

- Byron va pas tarder, signale Jude.

- Il m'a donné sa place.

Le baiser reprend, avec une maladresse tellement amoureuse, tellement tendre qu'elle fait sourire Jude. Il laisse faire le jeune homme, il le laisse le déshabiller et reprendre contact avec ce corps qu'il a délaissé. Les doigts de Caleb contre sa poitrine sont froids et provoquent des frissons sous l'épiderme du jeune homme.

- Désolé, dit Caleb.

- C'est rien. Comment tu fais pour être aussi gelé ?

- Quoi ? Oh, on était surchauffé à l'Envie, j'imagine que je m'y suis habitué. J'ai cru que je t'avais fait mal…

- Avec des caresses ?

- Ta poitrine et ton ventre… On voit encore les cicatrises…

- C'était y a presque huit mois, sourit Jude. Ça ne me fait plus rien. Je m'y suis habitué. Axel pense que certaines, les plus profondes, mettront des dizaines d'années à disparaître. Va falloir t'y faire !

- C'est pas drôle. La première fois que j'ai vu ces plaies, j'ai même pas osé les toucher.

Il pose lourdement sa tête contre l'épaule de Jude, un peu comme le ferait un enfant qui confesse enfin un grand péché trop longtemps enfoui. Jude pose son menton au sommet du crâne de Caleb et pose une main dernière sa nuque, comme pour la soutenir, comme pour accueillir cet aveu au creux de cette chambre sombre. Caleb remonte ses bras au niveau des épaules de son amant et les passe de chaque côté du cou. Jude embrasse rapidement la tempe du jeune homme, attend qu'il lui dise quoi faire.

- Je suis parti tellement vite… On n'a pas eu le temps de discuter vraiment. Dark m'a dit ce qu'il voulait, mais je sais toujours pas ce qu'il s'est passé, exactement, quand tu es arrivé à la Caserne.

- Tu veux vraiment savoir ?

Contre sa poitrine dénudée, juste au niveau du cœur, il sent la tête de Caleb bouger de bas en haut, comme pour lui dire « oui ». Il soupire.

- Je sais pas si je suis vraiment le mieux placé pour te répondre… Je me suis présenté à la Caserne, et on m'a fait entrer par l'une des portes arrières. Je n'ai vu personne. On m'a conduit dans le bureau de Dark où une gamine m'attendait. Elle m'a indiqué une porte dérobée, et je suis entré dans une sorte de pièce secrète. Dark était là. Il m'a servi un verre d'absinthe. J'ai pu en boire qu'une gorgée. Il m'a tout de suite révélé l'histoire, qu'il avait menti, que Célia n'était pas là. J'ai posé le verre, comprenant que j'étais piégé. « Tu m'as déçu », c'est tout ce qu'il a dit. Il m'a frappé au visage et au ventre. Ensuite, quand j'étais sonné, il m'a plaqué violemment contre le mur. Ma tête a heurté un truc, une déco, un porte-manteau… Je me suis mis à voir flou, et j'ai perdu connaissance tout de suite. Alors, tout ça…

Il prend la main de Caleb pour la posée contre une ou deux cicatrices.

- … je peux pas vraiment dire que je m'en rappelle.

- J'ai l'impression d'avoir débarqué dans une mauvaise comédie romantique américaine…

Jude sourit. Peut-être qu'il y a un peu de ça… Peut-être que ça passe aussi par là, l'amour en pleine guerre. Une tentative de rejouer ce qu'on connait déjà, à défaut de savoir comment on réagira plus tard. Calquer les clichés, les rejouer, les user jusqu'à la corde pour ensuite tout remodeler, remboîter les pièces du puzzle. Retravailler les sentiments, comprendre à quoi ils servent puisqu'ils n'arrêtent pas les horreurs de la guerre. Trouver de nouveaux modèles, de nouvelles liturgies, une nouvelle confession.

Les garçons s'embrassent, infiniment.

Pour se sentir de nouveau en vie. C'est ça, au fond, ce qui se joue dans un tel amour.

Être. Juste être.


Le Temps des cerises : Chanson écrite un peu avant la Commune de 1871. Aujourd'hui, cette chanson est devenu un véritable hymne révolutionnaire et communiste. Les cerises symbolisent les éclats des balles de la Semaine Sanglante de la Commune.

La résistance à la libération : Y a plus sympa que les résistants, quand même ! De Gaulle a fait en sorte que les résistants obtiennent un statut légendaire, mais la vérité était différente. Certes, ils ont sauvé la France, mais si c'est pour tondre les femmes, exécuter des Hommes et des enfants en place publique, balancer une chasse aux sorcières parmi les habitants, je vois pas en quoi ce sont des héros, et je vois pas pourquoi ils ont encore droit à tant de reconnaissance. Bon, ok, j'abuse, y avait aussi des types vraiment bien !

Black list de dernière minute : De fait, plus le temps de la libération avançait, plus on black listait des artistes. Parmi les artistes français : Drieu la Rochelle pour son statut de collabo (il se suicide avant de se faire prendre), Céline pour ses pamphlets antisémites (il quitte la France), Henry de Montherland pour ses pensées de droite... Cette liste étant écrite par des artistes de gauche, ils condamnent les artistes qui n'ont pas résisté, les artistes de droite, sans véritable procès équitable. Ils ne prennent ainsi pas en compte que Drieu avait libéré de nombreux écrivains dont Sartre, condamnent Gide parce qu'il se disait neutre et traitait le gouvernement communiste de totalitaire...

Le romancier condamné : Quand je parle d'un écrivain condamné par son roman, je fais référence à toute la polémique autour du Soumission de Houellebecq, considéré par certains raciste à cause de son texte un peu... rentre-dedans. Je n'ai pas lu le livre, je ne donnerai pas mon avis dessus, mais j'estime que toute la liberté du romancier vient du fait qu'il s'agit d'un livre de fiction, et que l'on peut écrire tout ce que l'on veut dans un roman.


Je trouve ce chapitre long, et surtout un peu compliqué. Je vous l'ai dit, je me suis rendue compte que si je continuais, je risquais de continuer à publier cette fiction pendant encore un an. Donc, j'accélère un peu, et je vous balance beaucoup d'infos.

Donc, pour Mark, ben il est pas si méchant que ça ! Je sais que ça doit paraître extrême, tous les reproches qu'il a fait sur la relation entre Jude et Caleb, tout ça pour "tester" leur conviction, et aussi par jalousie, mais je crois que je peux comprendre ce genre de réaction. Surtout en temps de guerre.

Bon, sans rire, Byron, c'est grave un héros, non ? Franchement, je sais pas ce que vous allez encore pouvoir lui reprocher, mais moi, je le trouve vachement courageux ! Toute la fin, l'espèce de pseudo-débat sur l'amour, m'est inspiré par le Nouveau Roman et les écrivains post 1945 qui ont choisi de réinventer la littérature, et donc l'amour, pour lui redonner un sens, après les horreurs de la guerre, après toutes les horreurs que l'Homme a pu commettre.

Bref, j'espère que ce chapitre vous a plu, parce que j'ai bien aimé l'écrire !

Le prochain sera un peu spécial, parce qu'il s'agira de l'avant dernier, donc on va un peu précipiter les choses et se balader parmi les personnages et les POV.

Donc, rendez-vous la semaine prochaine !