Hi children !
Bon, bah je vous présente le dernier chapitre aujourd'hui ! J'avais bien envie de terminer cette fiction, et en même temps, ça me saoule. J'ai vraiment l'impression d'avoir loupé des trucs. J'aurais aimé parler de l'Affiche rouge, des triangles roses... Bref, je pense que je reviendrai vite à la charge avec des OS relatifs à cet univers, mais en laissant Caleb et Jude de côté.
Autre chose, mes cours recommencent à devenir tout ce que j'aime pas : encombrants et pas franchement intéressants. Donc, fort possible que je galère à écrire, que j'ai moins de temps. La prochaine fiction en 3 chapitres est terminée depuis longtemps, mais la suivante est très loin de l'être, donc je promets pas de publier en temps et en heure.
Sur ce, bonne lecture !
PS : J'ai miraculeusement réussi à sauver mes personnages d'une bouffe certaine ! Normalement, vous pourrez les retrouver bientôt !
« Chers concitoyens, je me présente devant vous en ce Mercredi 11 Janvier en tant que présidente de la République nouvelle. Moi, Nelly Raimon, je vous annonce que la dictature précédente a bel et bien été renversée. C'est un pays neuf, emprunt de liberté, fort de ses convictions qu'il nous faut rebâtir. Nous n'oublierons jamais ces années sombres de soumission, de corruption, de cendre et de sang. Je veux assurer à chacun d'entre vous que la parole vous est rendue en ce jour. Je suis la représentante du peuple, son égal, et chaque citoyen possède un droit d'expression à mon égard ainsi qu'à celui du gouvernement fraîchement nommé. Je ferai tout pour redonner à notre pays son visage d'antan. Mon premier ministre, Mark Evans, ainsi que tous nos ministres veilleront au besoin de chacun d'entre vous. »
Elle marque un temps et cherche, au premier rang, les yeux de Silvia qui l'encourage à poursuivre. Elle relève la tête et regarde l'assemblée, nombreuse, qui attend patiemment qu'elle continue son discours. Que leur nouveau dirigeant les rassure un peu sur l'état du pays, sur les ruines, les morts, l'argent, le mental… Sur tout, quoi ! Les caméras de télévision et les micros sont braqués sur elle. Elle reprend donc en essayant de maîtriser sa voix.
« Je me présente également devant vous en tant que résistante, en tant que concitoyenne. En cette journée où nous célébrons la tombée de la dictature et la restauration de la République, nous pleurons. Nous pleurons la guerre et les batailles qui ont fait rage dans le pays et qui ont détruit la vie de milliers de personnes. Parmi lesquels, des amis, de la famille… Je sais que vous êtes nombreux à souhaiter les enterrer. Les cimetières ne sont malheureusement pas capables de les accueillir pour l'instant. Nous nous employons à régler le problème aussi vite que possible. Aujourd'hui, je vous propose de rendre hommage à ces Hommes tombés, morts avant l'heure. J'aimerais moi-même rendre hommage aux camarades et amis qui ont permis le ressort de notre patrie en citant leurs noms. Devant les caméras et les micros, devant vous tous. Afin que personne ne les oublie. »
Sa voix manque de se briser. Elle énumère.
« Bryce Withingale. Joseph King. Claude Beacons. Shawn Froste. Victoria Vangard. Archer Hawkins. Willy Glass. Caleb Stonewall. Jude Sharp. Sonny Raimon…»
Au premier rang, Silvia voit son amie chercher à retenir ses larmes lorsqu'elle énonce le nom de son père. Elle est bien heureuse de ne pas être à sa place. Il y a longtemps qu'elle aurait craqué. Et Célia, où est-elle ? Peut-être n'a-t-elle pas tenu à venir, peut-être était-ce trop difficile. La mort de son frère a été un choc énorme. C'est David qui a découvert les corps de Jude et de Caleb dans le bureau de Dark. Une balle dans la tête chacun. David a tenu à les enterrer immédiatement, dans la plus grande discrétion. Seuls Célia, David et Mark étaient présents. Leurs autres amis ont reçu de belles funérailles. La plupart était athée, mais Nelly tenait à ce que tout soit fait en bonne et due forme.
Mark se tient droit, à côté du pupitre de sa présidente. Il affiche un sourire mélancolique, ce sourire dont il ne se sépare plus depuis que les corps de ses amis ont été retrouvés. Ce sourire qui transcrit tous ses remords, tous ses regrets.
Nelly reprend.
« Notre patrie refleurira, car des Hommes se sont sacrifiés pour que la République renaisse ! Je ne laisserai jamais plus mon pays tomber entre les mains de tyrans ! Notre patrie mérite mieux que ça. Nous sommes un peuple insoumis, capricieux et fier. A nous de le montrer au monde entier ! Vive la République ! »
On frappe doucement à la porte.
- Entrez.
Une jeune femme entre, timidement.
- Salut Sue.
- Salut Célia. Je venais voir comment tu allais.
- Comme je peux. J'avais pas vraiment prévu de perdre mon frère à la guerre, alors j'essaie de réagir de façon appropriée, mais je crois que c'est encore un peu difficile. Xavier trouve que c'est étrange que je ne pleure pas, mais…
- T'as pas à écouter Xavier. Ton deuil, tu le fais comme tu le souhaites. On n'a pas à tous verser des torrents de larmes !
- Sûrement. Toutes mes condoléances pour Victoria, au fait.
- Merci. Bon, si on parlait d'autre chose ? Félicitations pour ta promotion ! Rédactrice en chef de l'Elsa, c'est juste incroyable ! Un journal politique et féministe, je t'envie !
- Par rapport à ton poste de ministre de la culture, c'est pas grand-chose !
- Tu te sous-estimes ! J'avais quand même peur de ce que Mark allait me filer ! Je savais qu'Axel aurait l'intérieur, que Silvia aurait l'éducation, mais le reste !
- Xavier à la Justice, je trouve ça bien. Et Byron aux Affaires étrangères aussi.
- Nelly va devoir apprendre à confier ce genre de postes à d'autres personnes que des Orgueilleux, ou elle risque de vite s'attirer les foudres des autres réseaux… Enfin, je voulais juste te voir pour ça. Si t'as besoin de moi, n'hésite pas à m'appeler.
La jeune femme sourit et regarde la porte de sa chambre se fermer. Elle est fatiguée. Toutes ces responsabilités, ces enterrements, ces cérémonies, ces interviews… elle n'en peut plus ! Même pas le temps de pleurer la mort de son frère !
Elle sourit en pensant à ça puis s'approche de son bureau. Elle porte la main à un tiroir et le tire vers elle. Du bout des doigts, elle extrait un papier blanc d'une pile d'autres papiers et de journaux. Elle le déplie et regarde pour la troisième fois de la journée les mots dessinés à l'encre noire par la plume de son frère.
Désolé de t'abandonner comme ça. Je t'aime. Jude.
Elle soupire.
Tu aurais pu rajouter que tu allais vite revenir, ça m'aurait arrangée. Franchement, donner ce papier à David avant de t'envoler dans l'Ouest sans raison, tu exagères un peu ! Tu me connais, je sais pas mentir. Je fais comment pour leur faire croire que tu es mort, Jude ? Et puis merde ! Tu t'es rendu compte du mal que tu as fait ? Byron vous croit morts, Axel, Nelly, Silvia aussi ! On a eu assez de cadavres, Jude, pas besoin de davantage de cercueils vides. J'imagine que tu as une sacrée bonne raison pour être parti si vite avec ton amant. Les pays tropicaux, y a mieux comme lune de miel…
Elle replie en deux le papier et le glisse de nouveau sous une pile, pour le cacher. Non pas qu'il révèle quoi que ce soit, mais ce message doit rester secret, comme une ultime confession d'un frère à une sœur. Elle referme le tiroir, pas à clef, ça attirerait les soupçons.
- T'as intérêt à avoir un putain de scoop pour mon journal quand tu rentreras !
- T'as une piste ?
- Non. Rien, nada, niette, nothing… Pas la moindre trace d'un Julio Accuto ou d'un Démonio Strada, ou de rien d'autre qui pourrait ressembler de près ou de loin à ce type ! Alors, à moins qu'il ait encore changé de nom…
- Il est forcément là.
- Pourquoi ? Parce que t'as croisé un type qui parlait espagnol et qui t'as dit qu'il avait vu un garçon qui te ressemblait dans les rues ?
- Oui.
- Jude, ce type parlait espagnol ! A moins que tu m'aies caché tes talents en langue, non ne relève pas le double-sens, tu n'as pas mieux compris ce qu'il a dit que moi ! Ça fait deux mois qu'on est dans ce pays paumé, deux mois que je rêve de passer mes nuits ailleurs que dans un hôtel miteux, deux mois que je rêve d'un bain, deux mois que je rêve de dîner dans un vrai restau qui sert des trucs chimiques et bourrés de pesticides…
- … Rassure-moi, Caleb, tu vas pas m'énumérer tout ce qui te manque ? Je te signale que je t'ai proposé de m'accompagner, pas obligé.
- Tu serais un peu paumé sans moi. T'es passé de jeune bourgeois à militaire, t'as jamais manqué de rien, mon amour ! Moi, si, et je sais parfaitement comment trouver de l'argent, un logement sans m'attirer d'ennuis. Les bonnes idées, c'est moi qui les ai !
- J'avais pas l'impression que passer pour des trafiquants de drogue étrangers était une bonne idée. Ni l'idée de payer des prostituées pour qu'elles nous renseignent sur leur mac'. Ni l'idée de voler…
- Ok, ok, j'ai compris ! Rappelle-moi pourquoi je t'ai suivi à l'autre bout du monde ?!
- Parce que tu m'aimes.
- Je savais que j'aurais jamais dû te le dire… Ça devient ton argument numéro 1 dans tous nos dialogues !
Jude sourit devant l'air agacé de Caleb. C'est vrai, il lui en a beaucoup demandé. Comme toujours, en fait. Mais il le lui a promis : lorsqu'ils auront mis la main sur ce Julio Accuto, ce sera fini. Ils rentreront au pays, et il n'y aura plus de traque, plus de chasse, plus de réminiscence de guerre. Bien sûr, Caleb n'est pas le seul à vouloir rentrer, Jude aussi en crève d'envie. Il a besoin de serrer sa petite sœur et son meilleur ami dans ses bras, besoin de voir de ses propres yeux cette République. Et puis, il a aussi le devoir de rassurer Byron qui ignore toute la vérité. Le devoir de témoigner aussi. Ça, c'est le côté moins sympa. Mais à la seconde-même où Dark a rendu l'âme, Jude se l'est promis : il allait retrouver Julio Accuto et l'empêcher de pérenniser le rêve de son mentor. Une guerre par siècle, c'est largement suffisant. Encore faudrait-il le trouver, ce Julio…
Alors qu'il observe les volets fermés et le jour qui décline rapidement, Jude sent les bras de Caleb faire le tour de sa taille et l'enserrer. Il presse son buste contre son dos et pose sa tête brune sur l'épaule de Jude, lourdement. Ils sont levés depuis six heures du matin et n'ont arrêté leurs recherches qu'une heure à midi. La fatigue commence à les gagner. Pourtant, Jude sent bien qu'il y a un plus que ça, que c'est presque un appel à l'aide. Il ressert les bras de Caleb autour de sa taille et laisse sa tête aller contre celle de son amant.
- Je sais que tu m'en veux, murmure Jude.
- Hmmm… parfois, ça m'arrive.
- T'as raison, j'étais paumé sans toi… Je t'aime, tu sais.
- Je sais. C'est pas toujours très clair, mais je le sais. J'veux dire, depuis deux mois, on a dû avoir une discussion sur notre avenir, et on baise une fois tous les dix jours tellement on est crevés en rentrant le soir…
- Donc tu m'en veux.
- Oui. Mais je me dis que ça va bientôt s'arrêter, que ce Julio est forcément quelque part. Qu'on va rentrer, et vivre.
Jude ferme les yeux et profite du souffle chaud de son amant-mais-seulement-une-fois-tous-les-dix-jours contre son cou. Il aimerait bien tenter une vie de couple un peu plus conventionnelle, avec des tête-à-tête, des discussions sur autre chose que la guerre, des obligations familiales à tout va… Mais c'est impossible pour l'instant.
- Jude, embrasse-moi.
- Au milieu de la rue ?
- Bah oui.
- Caleb, nous sommes dans un pays qui garde une mentalité digne du siècle dernier, comme le montre très bien le nombre affolant de femmes mariées de force et condamnées à faire des enfants. Je ne suis pas sûr qu'ils soient particulièrement ouverts quant à un possible amour entre deux hommes…
- On peut faire croire qu'on est frères, et que c'est une coutume de chez nous…
- Caleb…
- Je hais ce pays !
- Tu veux qu'on rentre à l'hôtel ? Après tout, ça fait dix jours qu'on n'a pas baisé…
La réplique fait sourire Caleb. Il hoche la tête, sachant pertinemment que l'un d'entre eux s'endormira avant d'avoir réussi à retirer son Tee-shirt, mais l'espoir fait vivre. Les deux garçons se détachent et empruntent le chemin de leur hôtel alors que la nuit vient de tomber. Ils en ont pour une demi-heure de marche.
Pas loin de la rue de l'hôtel, ils tombent sur un grand type d'ici, avec sa peau embrassée par le soleil et ses cheveux noirs. Il s'appelle Thiago, c'est un sportif du pays que Jude et Caleb ont rencontré dans un bar, deux jours après leur arrivée. Ils ont sympathisé, parce que Thiago a suivi de près les événements de leur guerre, de leur révolte. C'est un grand admirateur de Mark Evans, donc un type assez peu original vue la réputation de Mark. Depuis, il les aide dans leurs recherches lorsqu'il a du temps libre. Il les salue, en roulant fortement les r comme le veut l'accent d'ici.
- Je vous cherchais, justement !
- Tu tombes mal, lui dit Caleb, on était sur le point de…
- … Caleb, j't'en prie ! On t'écoute.
- Je crois que votre type a été aperçu dans la ville d'à côté ! Il était pas seul, y avait deux ou trois mecs avec lui qu'il trimbale partout.
- T'es sûr que c'est Julio ?
- Il te ressemble un peu, en tout cas. Mais ses yeux sont gris. L'un de mes amis lui a parlé, dans un bar. Il a dit qu'il avait un accent étrange, qu'on n'entend pas souvent par ici.
- Comme le nôtre ?
- Non. Lui, il roule les r, comme nous, mais son accent est plus chantant.
- C'est lui ! dit Jude.
- Youpi ! soupire Caleb. Manquait plus que ça, une traque en pleine nuit ! Et on va passer de dix à onze jours sans baiser !
- Caleb !
- C'est rien. De toute façon, vous pourrez pas le suivre aujourd'hui. En pleine nuit, c'est trop dangereux. On se retrouve demain matin, je vous présenterai mon ami.
- Merci Thiago !
Le jeune homme les salue et passe son chemin. Jude sourit. Pas Caleb. Ils se regardent et décident d'entrer dans l'hôtel. L'ascenseur est en panne, évidemment, et les garçons sont forcés de monter les quatre étages à pieds. Jude prend la clef dans sa poche et ouvre la chambre assez miteuse. Mais avec l'argent qu'ils ont à leur disposition, ils ne pouvaient vraiment pas envisager de passer une nuit dans un hôtel touristique. Et puis, s'ils tiennent à rester discret, mieux vaut éviter de se faire passer pour de parfaits touristes, ils se feraient vite repérer. Bon, Jude peut difficilement passer pour un autochtone, étant donnés ses cheveux un peu clairs et ses yeux. Sans compter que la couleur de sa peau prouve bien qu'il ne s'expose que rarement au soleil. Caleb est plus discret. Il a les cheveux bruns comme ceux d'ici, des yeux bleus qui peuvent montrer son appartenance à certaines tribus métisses. La blancheur de sa peau, on la prend parfois pour un défaut de métissage. Heureusement, Julio ignore tout de la chasse à l'homme lancée contre lui ! Grâce à Thiago, les garçons savent à qui ils peuvent s'adresser, où chercher, quels endroits fréquenter…
Caleb retire et jette ses chaussures un peu au hasard dans la chambre et s'affale sur le lit. Jude retire son Tee-shirt et se dirige vers la salle de bain.
- Je vais prendre une douche. Ne t'endors pas !
- Hmmm…
Ça veut dire d'accord, et Jude sait bien qu'il sera endormi d'ici dix minutes. Il retire ses vêtements et entre dans la douche un peu précaire dont il ne pourra tirer que de l'eau froide. C'est mieux que rien ! Il ressort au bout de cinq minutes et enfile rapidement un boxer. Evidemment, en retournant dans la chambre, il voit Caleb, somnolant. Il sourit et s'approche du lit, puis se glisse aux côtés de son amant. Caleb se retourne et se serre contre Jude.
- Je crois qu'on va passer à onze jours et remettre les devoirs conjugaux à demain matin, marmonne finalement Caleb.
- Comme tu veux.
Jude passe ses mains dans les cheveux emmêlés de son compagnon.
- J'avais pas remarqué… T'as les cheveux drôlement longs…
- Les gars d'ici ont les cheveux un peu longs, j'attendrai de rentrer pour les couper. T'aimes pas ?
- Si. Ça te donne un côté un peu aventurier.
- J'espère que Thiago a vraiment une piste et qu'on va chopper cet abruti qui obéit à Dark.
- Moi aussi.
- On peut lui reconnaître pas mal de défauts à Dark, mais il a au moins le mérite de réussir à nous emmerder, même mort !
Jude sourit. Oui, on peut lui reconnaître ça !
- Et tout de suite, nous accueillons Jude Sharp et Caleb Stonewall !
Toute la salle applaudit, la caméra effectue un travelling pour filmer l'arrivée des deux jeunes hommes. Jude sourit légèrement, pas son compagnon. Ils arrivent jusqu'à leurs sièges et se retrouvent face au présentateur qui applaudit également et leur serre la main. Le chauffeur de salle fait taire le public. Le présentateur est un homme d'une quarantaine d'années, du genre à plaire, avec un beau sourire et des yeux amusés. Caleb jette un rapide coup d'œil à son partenaire qui semble serein, le dos droit assis sur le tabouret, le regard assuré. Evidemment. Lui, il a l'habitude des feux de la rampe, de la lumière, du devant de la scène. Caleb, non. Si ça n'avait tenu qu'à lui, il ne serait pas venu. Mais Jude l'a convaincu. Juste pour cette émission, juste pour vingt minutes. Alors, comme toujours, le jeune homme a plié.
- Messieurs, je vous présente en quelques mots, vous m'interrompez si ce que je dis est faux. Ok ? Jude Sharp, vous êtes fils du ministre Sharp, vous avez été le disciple du Commandant de 1ère division Ray Dark. Caleb Stonewall, vous avez été élevé dans les quartiers difficiles par votre Grand-mère, femme de lettres et ancien professeur de philosophie en université. Vers treize ans, vous décidez tous les deux avec des amis de monter un jeune groupe résistant. Parmi ces amis, je cite en vrac : Nelly Raimon, Axel Blaze, Claude Beacons, Bryce Withingale, Mark Evans… à dix-huit ans, alors que votre groupe explose, vous choisissez d'entrer à la Caserne au service de Dark. Au bout de deux ans, Caleb, vous quittez la Caserne pour rejoindre le Quartier de l'Orgueil. Deux ans plus tard, vous aidez Jude, Célia Hills et David Samford à s'enfuir de la Caserne pour vous rejoindre. Vous travaillez en duo, vous exécutez des missions parfois difficiles qui vous mènent à flirter avec la mort. Finalement, vous participez à la bataille de Janvier et aidez Nelly Raimon à accéder au pouvoir. J'ai tout bon pour l'instant ?
- C'est parfait, dit Jude.
- Alors, que se passe-t-il ensuite ?
- Eh bien, vous l'avez dit, Caleb et moi connaissions bien le Commandant Dark. Avant d'avaler de l'arsenic, il nous a expliqué que l'un de ses militaires était en fuite et qu'il cherchait à instaurer une nouvelle dictature, ailleurs, afin d'attaquer de nouveau notre pays.
- Et c'est quoi l'intérêt de tout vous révéler ? demande le présentateur.
- Dark est un véritable joueur, du genre qui ne supporte pas la défaite, mais qui a besoin d'un challenge. Même mort, il voulait pousser la partie à son comble et y mettre du piment.
- Et c'est ce que vous racontez dans le livre que je tiens dans les mains. Il s'appelle Liberté, mot en construction, publié au aux éditions Oiseau de nuit. Caleb dites-moi, lorsque vous retrouvez votre partenaire dans le bureau de son mentor, il se passe quoi dans votre tête ?
Caleb rougit. Il pensait que ce serait Jude qui s'occuperait de raconter tout ça, que lui ne ferait servir de décor, d'accompagnateur. Mais le présentateur le regarde avec ses grands yeux.
- Heu, bafouille-t-il. Eh bien… je me souviens plus exactement. Je crois que j'ai dit à Jude qu'il fallait retourner se battre, mais il pensait qu'il fallait rattraper Julio, le traquer…
- … Julio Accuto, l'interrompt le présentateur, le militaire envoyé à l'étranger par Dark.
- Oui. Heu… David… Samford a dû débarquer, on lui a exposé notre plan et on est parti.
- En secret ?
- En fait, on s'est dit que c'était dangereux pour nous de dire qu'on était en vie. Julio l'aurait su, et il se serait attendu à ce qu'on le suive. Alors, on a demandé à David de prétendre qu'on était mort.
- Jude, qui était au courant ?
- Eh bien, David, Mark Evans et ma petite sœur, Célia Hills.
- Combien de temps a duré votre traque secrète ?
- Trois ans.
- Quand êtes-vous revenus ?
- Il y a une semaine. Nous avons écrit le livre à quatre mains avant de revenir, pour expliquer notre trajet, notre parcours et pour témoigner.
- On dit qu'un biopic est en cours de réalisation et qu'il concernerait le réseau de l'Orgueil. Des infos à nous donner ?
- Même si nous étions au courant d'un tel projet, je ne crois pas qu'un réalisateur apprécierait que l'on divulgue ses projets.
- Vous avez refusé toutes les émissions télé avant la notre. Pourquoi nous choisir ?
- Votre émission est autant une émission politique qu'artistique et culturelle, explique Jude. Nous nous sommes battus pour que les médias retrouvent leur liberté d'expression. Mais le petit écran doit demeurer un moyen d'instruction et de divertissement, pas un instrument de débilisation. Et puis, je crois que c'est important de parler aux plus jeunes, comme vous le faites, qui se sentent souvent incompris, qui pensent ne pas pouvoir modeler le monde à leur image. La culture de notre Histoire, de notre pays et du monde sont une arme redoutable si l'on souhaite avancer. Caleb et moi avions treize ans lorsque nous avons décidé de commencer à nous battre.
- Elle vous plait, cette République, Caleb ?
- Y a des choses à changer.
- Jude ?
- Je suis plus optimiste que Caleb.
- Dernière question. Comme vous l'avez révélé dans le journal l'Elsa de la semaine, vous êtes tous les deux en couple depuis plus de trois ans. C'est pas un peu chiant de bosser sept jours sur sept avec son conjoint ?
- Tu veux répondre ? demande Jude, un sourire aux lèvres.
- Bah oui, c'est chiant.
- Ce que veut dire Caleb, c'est que…
C'est au tour de Jude d'être gêné.
- … compte tenu de nos différences et du contexte dans lequel nous nous sommes rencontrés, notre relation a toujours été un peu mouvementée. Mais je crois que nous n'avons pas pris cette traque comme un boulot, plutôt comme une dernière mission à mener à bien. Maintenant que Julio a été arrêté avec tous ses collaborateurs, on va pouvoir profiter un peu plus.
- Dans ce cas, reprend le présentateur, je ne vais pas vous retenir plus longtemps et je vais vous laisser assister à la fête que donne le gouvernement en votre honneur. Messieurs, merci d'avoir accepté notre invitation. Je rappelle le titre de votre livre, Liberté, mot en construction de Jude Sharp et Caleb Stonewall, l'histoire de deux légendes de la résistance !
La salle applaudit et se lève et les jeunes hommes sourient. Le présentateur annonce une page de pub. Il remercie encore les résistants. Jude parle quelques secondes avec lui pendant que Caleb retire son oreillette. Ils partent tous les deux dans les loges qu'on leur a accordées.
- Plus jamais tu me traînes à une émission, je te préviens !
- Je te l'ai dit, c'était la première et la dernière. Et pas d'autre article au journal, je te le jure. On a eu notre quart d'heure de gloire, maintenant, ça suffit.
- J'espère. Je suis pas revenu pour faire figure de héros national… On devrait se dépêcher, on va être à la bourre et Nelly va nous tuer. Si Axel ne le fait pas avant. Je pensais pas qu'il le prendrait si mal !
- Quoi ? Qu'on lui ait fait croire qu'on était morts ? sourit Jude.
- Ouais… dit comme ça, ça sonne moins bien. T'es prêt ? Ça m'saoule d'avance, cette soirée mondaine !
- Justement, à ce propos…
Jude se rapproche et embrasse son compagnon. Il s'applique ensuite à fermer les boutons de sa chemise blanche. Caleb attend la suite.
- … on a déjà accordé une interview au journal de ma sœur, on a reçu une médaille chacun, on a fait la promo de notre livre, on s'est recueilli sur les tombes de nos amis, on a même salué les comédiens qui vont jouer nos rôles dans un biopic sur Mark… J'ai l'impression qu'on a déjà fait pas mal. Je t'avais promis qu'après l'arrestation de Julio, c'était fini. Alors, si on passait rapidement à la fête, pour dire qu'on y était ? Ensuite, on s'esquive. On va manger dans un restau super cher et très branché, on se balade dans les rues de la Capitale jusqu'à deux heures du mat', on achète une bouteille de champagne très chère, on loue une chambre dans un hôtel cinq étoiles et s'envoie en l'air toute la nuit pour finir avec une gueule de bois le lendemain et passer la journée au lit.
- C'est à la fois terriblement cliché et terriblement tentant. Ok, je marche !
Le jeune homme sourit.
- On a cherché la liberté toute notre vie. Je crois qu'il est temps de la respirer à pleins poumons pour ne plus l'oublier…
Red and Black : Clin d'oeil à la chanson des amis de l'ABC dans la comédie musicale Les Misérables.
L'Elsa : Clin d'oeil à Elsa Triolet.
L'Emission : Je l'ai écrite en pensant au Petit Journal, lorsque Yann Barthes recevait les époux Klarsfeld.
A la base (et avant que vous me disiez que vous me détestez), sachez que j'avais prévu de tuer Caleb, Jude et Axel pendant cette guerre, et la fiction se serait terminée sur une adresse à leurs tombes... Mais ça faisait trop cliché, et trop redondant. Et surtout, bah je me suis dégonflée ! J'ai pas réussi à les tuer, j'avoue ! Et puis bon, au final, je me dis que c'est pas plus mal de terminer sur une note un peu positive, étant donné l'univers que je vous ai proposé tout au long de ces 20 chapitres.
Bon, bah voilà, c'est la fin ! J'espère que ça vous a plu malgré la longueur de l'histoire. La semaine prochaine, je publierai donc le premier chapitre d'une fiction de 3 chapitres sur l'histoire de Byron dans cet univers.
N'hésitez pas à me dire ce que vous avez pensé de ce chapitre, ou même de l'histoire en général, c'est toujours intéressant de mélanger un peu les avis.
