Voici le deuxième chapitre :)

Bonne lecture !


- Toujours là, Granger, hein ? Tu n'as pas choisi de me faciliter la tâche...

- Tu crois peut-être que je suis prête à me laisser mourir, comme ça il te serait moins difficile de choisir, c'est ça ? riposta Hermione avec agacement.

- C'était l'idée générale, déclara Malefoy d'une voix neutre.

- Dans ce cas-là, tu n'avais qu'à pas me sauver la vie, puisque tu le regrettes tant ! s'enflamma la jeune Gryffondor.

Le jeune homme leva un sourcil, l'air indifférent.

- Ne t'énerve pas, Granger. Je n'ai jamais dit que je le regrettais.

- C'est ça, c'est ça, ne me fais pas croire que tu es absolument ravi d'avoir sauvé la vie d'une Sang-de-Bourbe comme moi, une souillure qui ne méritait même pas d'être née...

Hermione repoussa brutalement son assiette, malgré la faim qui tordait son estomac. À la lueur de la baguette du Serpentard, elle distingua les traits de ce dernier s'affaisser.

- Fais pas ton caprice, Granger, et bouffe. Tu vas mourir de faim.

- N'était-ce pas ce que tu souhaitais il y a trente seconde ? railla Hermione d'un ton sarcastique. Que je meurs par un sortilège des Mangemorts ou de faim, quelle importance ? Du moment que Monsieur tout-le-monde n'en est pas affecté, on s'en fout.

Même à travers la faible lumière, elle vit ses yeux gris acier devenir de plus en plus sombre.

- Fais gaffe à ce que tu dis, Granger, ou tu pourrais regretter amèrement tes paroles.

Ils se mesurèrent du regard au-delà des barreaux de la cellule. Finalement, Hermione fut la première à baisser les yeux vers son repas.

- Ou alors peut-être que tu as décidé de me laisser mourir de soif, grogna-t-elle avec mauvaise humeur en constatant qu'il manquait encore l'eau.

- Ne t'a-t-on jamais appris les formules de politesse, Granger ? cingla Malefoy en la fusillant du regard. Toi qui es si parfaite, tu devrais savoir que lorsque l'on est invité, il faut demander poliment quand on veut quelque chose.

- Invité ! répéta Hermione, mi-incrédule, mi-choquée. Moi, je suis ton invitée ? C'est ça, oui ! Je me demande, pourquoi ai-je le droit à un traitement de faveur ? Les autres invités sont-ils privés de nourriture ou ont-ils l'eau courante dans leur cellule ?

À nouveau, les yeux de Malefoy étincelèrent. Hermione savait qu'elle allait trop loin, mais elle en avait marre d'être enfermée dans ce cachot depuis ce qui lui paraissait être des semaines.

- Ne joue pas à ce petit jeu-là avec moi, Granger. Tu sais très bien que je gagne toujours.

- C'est ça, c'est ça, répliqua la lionne avec fougue. Monsieur tout-le-monde gagne toujours à tout, c'est bien connu. C'est pour ça qu'il a autant d'influence sur ses petits copains Mangemorts.

À sa grande surprise, Malefoy esquissa un sourire peu chaleureux.

- Exactement, Granger, t'as tout compris.

Il approcha son visage des barreaux où Hermione le dévisageait avec défi.

- Maintenant, bouffe, Granger, sinon c'est moi qui t'enfonce de force tout ça dans le gosier, et crois-moi, tu risques de le sentir passer...

Comme la veille, il s'éloigna avant que la Gryffondor n'ait pu répliquer ce qui lui brûlait les lèvres. Rageuse, Hermione repoussa encore la nourriture et, tandis que le noir recommençait à l'engloutir, recula jusqu'au mur du fond où elle s'adossa. Malefoy restait un insupportable prétentieux qui ne mettait jamais sa fierté de côté. Certes, il lui avait sauvé la vie, mais ça s'arrêtait là. Elle se demanda même si la mort par les Mangemorts n'était pas préférable par rapport au traitement qu'il lui faisait subir. Elle ne s'attendait pas à ce qu'il l'héberge sur son canapé au coin du feu, mais de là à la jeter au cachot ! Comme si elle représentait un réel danger, comme une meurtrière. Hermione Granger, une meurtrière ? Jamais de la vie ! Si elle tuait tout ce qu'elle jugeait mauvais, lui-même ne serait plus en vie depuis un bon bout de temps. Cela ne lui suffisait-il pas de l'humilier depuis sept ans à coup d'insultes haineuses ? Il fallait donc maintenant qu'il l'enferme dans un cachot de son manoir pour elle ne savait combien de temps...

Au bout d'un long moment qu'elle passa à ruminer ses pensées, Hermione ne put ignorer davantage les gargouillements incessants de son estomac. Résignée, elle revint vers son repas et l'avala en entier, comme toutes les autres fois, sans rien laisser. La soif continuait de la harceler, et elle se retint de crier le nom de Malefoy pour qu'il vienne lui donner à boire. D'abord, le Serpentard n'accepterait pas qu'elle lui donne des ordres, et en plus, elle refusait de s'abaisser jusqu'à le supplier. De toute manière, il était peu probable qu'il l'entende. Elle ignorait quelle était la taille de ce manoir, mais les rares fois où elle avait pu l'apercevoir, elle avait pu constater qu'il était immense et qu'elle avait eu de la chance d'en ressortir vivante. Cette fois, en revanche, elle en doutait.

Comme d'habitude, à force de s'ennuyer, elle en vint à se demander ce que Malefoy comptait faire d'elle. Elle n'avait pas revu la trace des autres Mangemorts, lui seul était venu la voir afin de lui apporter son maigre repas. Mais que faisait-il, en ce moment-même ? Était-il avec ses petits copains en train de lancer des sortilèges à tous les Sang-de-Bourbe et les créatures qu'ils considéraient comme des moins que rien ? Ou alors, se prélassait-il sur un canapé, en compagnie d'une jolie demoiselle qu'il aurait dénichée dans un bar du coin ?

La Gryffondor poussa un profond soupir. Elle en avait déjà marre de moisir dans ce trou à rat avec pour seule compagnie un mur et l'obscurité. D'après ce qu'elle avait entendu, il n'était pas bien de se trouver longtemps seul avec soi-même. Et si elle devenait folle ? Mais non, elle n'allait pas devenir folle. Quelqu'un finirait bien par s'apercevoir de son absence, non ? Depuis combien de temps avait-elle disparu exactement ? Des semaines ? Des jours ? De simples heures ? Mentalement, elle tenta de faire le compte.

Lorsqu'elle était sortie de chez ses parents ce matin-là, elle comptait sur la chaleur de l'été pour aller se promener et voir ses amis. Elle avait eu l'intention d'appeler Harry, Ron et Ginny pour qu'ils aillent faire un tour ensemble. Harry logeait actuellement chez les Weasley et il lui aurait suffit d'aller les retrouver là-bas. Profitant du soleil, elle s'était éloignée dans sa rue en se demandant ce qui les attendait, eux tous, maintenant que la guerre était finie. Elle avait réalisé l'ampleur des dégâts et s'était brièvement posé des questions : est-ce que les Weasley, un jour, se remettraient de la mort de Fred ? Est-ce que Harry passerait outre la mort de Lupin, Tonks, Fred, et tous ceux qui étaient tombés durant cette bataille ? Est-ce que le monde des sorciers se reprendrait et recommencerait tout à zéro ?

Elle avait espéré de tout son cœur, de toute son âme. Elle-même, après avoir été cherché ses parents en Australie pour lever le sortilège, avait eu du mal à surmonter tout cela. En quelques semaines, heureusement, elle y était parvenu. Mais en serait-ce de même pour ses amis ? Voilà les questions qu'elle se posait tandis qu'elle marchait. Elle avait toujours sa baguette sur elle, simple précaution quotidienne. D'ailleurs, lorsqu'elle avait entendu un bruit suspect alors qu'elle approchait de la petite forêt qui bordait la ville dans laquelle elle habitait, elle s'était félicitée d'avoir poursuivit cette habitude. Prudente, elle l'avait sortie et avait regardé autour d'elle.

Puis, soudain, elle avait entendu des cris d'enfants. Cela avait suffit. Hermione avait bondi en avant, en direction des hurlements de plus en plus déchirants. Étant la seule sorcière de son quartier, il était en son devoir de protéger ses voisins moldus. Étrangement, les cris semblaient venir de la forêt. La jeune lionne n'avait pas hésité ; elle s'était ruée parmi les arbres. Alors que les hurlements atteignaient une telle puissance qu'elle s'était forcée de ne pas se boucher les oreilles, ils avaient cessés. Hermione s'était immobilisée, tous ses sens en alerte. Et enfin, elle l'avait vu.

Un petit garçon couché dans l'herbe verte, une tâche de sang grossissant sous son corps frêle secoué de spasmes. Accroupie devant lui, Hermione avait laissé échappé une larme. Elle était arrivée trop tard. Il était mort.

Et ils avaient surgi d'entre les buissons. Une horde de Mangemorts qui s'étaient jetés sur elle, jouant sur l'effet de surprise pour l'empêcher d'attaquer la première. Hermione s'était créé un bouclier de protection. Refusant de laisser le petit garçon mort même si elle se faisait attaquer, au lieu de se défendre, elle avait préféré le mettre en sécurité ; ainsi, elle n'avait pas pu lancer de sorti-lèges et avait été obligée de prendre ses jambes à son cou. Sa raison l'avait menée à courir dans les bois. Hermione n'avait pas voulu prendre le risque qu'ils tuent d'autres moldus de son quartier ; elle savait que ce qu'ils voulaient, c'était elle. Alors elle n'avait pas hésité une seule seconde.

La jeune Gryffondor poussa un autre soupir en s'allongeant dans sa cellule. La position était très inconfortable, mais cet idiot de Malefoy, qui ne lui amenait pas à boire, n'allait quand même pas lui apporter un matelas ! Elle allait se débrouiller seule, c'était ainsi. Malgré ses sombres pensées et la douleur de ses plaies pas encore refermées, Hermione s'endormit immédiatement, portée dans le pays des rêves où tout était permis.

Sa bouche était atrocement sèche lorsqu'elle se réveilla. Cette simple constatation parvint à la mettre de mauvaise humeur. En grognant, elle se redressa et se frotta les yeux. Un instant, elle se demanda si elle ne rêvait pas encore : l'obscurité autour d'elle était si épaisse qu'elle ne pouvait être réelle.

Puis, elle se souvint lorsque ses mains rencontrèrent son vêtement tâché.

- Je vais finir par crever dans ce trou à rat, grogna-t-elle d'une voix rauque qui lui ressemblait peu.

- Si j'étais toi, je ne me plaindrais pas, Granger.

Hermione sursauta et tourna la tête dans tous les sens, bien que ce geste fut inutile.

- Malefoy ?

- Qui d'autre ? ricana-t-il.

- Qu'est-ce que tu fiches là ?

- Je te rappelle qu'il s'agit quand même de mon manoir, Granger. Tu trouves ça normal, toi, quand tu es confortablement installé chez toi, qu'on te demande ce que tu y fiches ?

Hermione ne releva pas, lassée de sans cesse devoir répliquer.

- J'ai soif, dit-elle pour briser le silence, et aussi parce que c'était vrai.

- T'as qu'à boire.

- T'es marrant, toi ! Bien sûr que j'aimerais boire, encore faudrait-il qu'il y ait de l'eau !

Malefoy lâcha un long soupir exaspéré.

- Si, au lieu de te plaindre, tu regardais un peu autour de toi ?

- Je te signale, Malefoy, que je suis dans l'obscurité complète.

À nouveau, le Serpentard parut agacé.

- C'était une façon de parler, Granger. Si tu préfères, tâte le sol du plat de la main, et tu verras qu'il y en a, de l'eau.

Peu convaincue, Hermione fit la moue avant de se rappeler qu'il ne pouvait pas non plus la voir. Elle pensa donc qu'elle n'avait rien à perdre à faire ce qu'il lui disait. Une seconde plus tard, sa main toucha une petite bouteille d'eau que la jeune lionne ouvrit. Elle en but la moitié d'un coup, avant de se retenir pour en garder pour plus tard.

- On dit quoi à son Serpentard préféré, Granger ?

Excédée, la Gryffondor leva les yeux au ciel.

- Merci pour l'eau, Malefoy.

- Pas que pour l'eau, Granger.

- Et pour quoi encore ?

- Oh, je sais pas, moi, juste pour un petit truc du genre... ta vie.

Soupirant, Hermione dut se résigner.

- Je déteste te remercier, Malefoy, mais merci pour ma vie.

Ce dernier ne répondit pas. Il y eut un très long silence pendant lequel Hermione se demanda ce qu'il fichait là. Était-elle en train de rêver où bien il était réellement allé lui rendre visite ? Mais alors, pour quelle raison ? Ce qui était certain, c'était que si elle lui posait encore la question, il ne lui répondrait pas. Elle décida donc de changer de sujet.

Mais qu'avaient à se dire deux vieux ennemis en se retrouvant face à face, seuls, pour la première fois ? Enfin, face à face, façon de parler, vu qu'aucun des deux ne voyait le visage de l'autre.

- Pourquoi il fait si noir, Malefoy ?

C'était le premier truc qui lui était passé par la tête. Le Serpentard ricana, évidemment.

- Y a un truc que tu dois savoir, Granger, et que je suis étonné que tu ne saches pas pour une miss je-sais-tout : quand il fait tout noir, ça s'appelle la nuit.

Agacée, Hermione leva encore les yeux au ciel.

- Quelle précieuse information, Malefoy, je te remercie de me la donner.

- Mais je t'en prie ! Lorsque je peux mettre mon intelligence supérieure à profit afin d'apprendre de nouvelles choses parfaitement logiques à miss je-sais-tout, je ne m'en prive pas.

- Si ce sont des choses parfaitement logiques, Malefoy, alors tu ne mets pas ta soi-disant « intelligence supérieure » à profit. Et puis, de toute manière, tu vois très bien de quoi je veux parler.

- Bien sûr, Granger. Tu veux parler du noir qui nous entoure et qui te gène.

- Et si tu arrêtais les sarcasmes, pour une fois ? suggéra-t-elle, lassée. Je voulais engager la conversation en te faisant remarquer que depuis que je suis ici, il fait sans cesse noir.

- Et si je te répondais que c'est parce qu'il fait nuit, Granger ?

- Oh, arrête, Malefoy, ne me dis pas que ça fait qu'une nuit que je suis ici !

Il y eut un silence. La Gryffondor attendit, certaine d'avoir gagné.

- Non, ça fait deux jours.

- Deux jours et personne n'est là, soupira la lionne, déçue.

- Tu croyais quoi ? Que les moldus allaient envoyer des Gentes Dames à ta recherche ?

- Des gendarmes, corrigea machinalement Hermione. Non, je pensais que mes amis allaient se lancer à ma recherche. Ou mes parents.

Malefoy éclata de rire, bien que la situation n'eut rien de drôle.

- Regardez-moi ça, railla-t-il d'un ton mauvais, miss je-sais-tout se plaint que personne ne se soit aperçu de sa disparition alors qu'à cette heure-ci elle pourrait bel et bien être morte !

Énervée, Hermione se tut et décida de ne rien répondre. Il avait raison, d'un certain côté. À cause de lui, elle était peut-être dans cette cellule, mais vivante. Alors que s'il n'avait pas été là, elle serait morte depuis deux jours.

Malgré tout, elle savait que personne ne pourrait deviner les événements qui s'étaient passés. À la limite, si Harry et Ron se lançaient à sa recherche, ils pourraient fouiller le bois et découvrir son sang laissé près de l'arbre. Encore faudrait-il qu'ils aient de la chance...

Alors que le rire de Malefoy s'estompait, Hermione poussa un soupir et appuya sa tête contre le mur, désespérée.

- C'est toi qui m'a soignée ? interrogea-t-elle, les yeux fermés.

- Pourquoi crois-tu ça ? répliqua-t-il sèchement.

Plus aucune trace d'amusement dans sa voix. La Gryffondor haussa les épaules, bien qu'il ne puisse pas la voir.

- Peut-être parce que tu es le seul à m'avoir rendu visite depuis que je suis enfermée ici.

Le Serpentard ne répondit pas. À nouveau, il n'y eut que le bruit de leurs respirations pendant un long moment. Hermione n'avait toujours pas la réponse à sa question, ou plutôt aux deux questions qu'elle se posait maintenant. Que fichait Malefoy ici ? Était-il venu l'écouter se plaindre ou la regarder mourir à petit feu ? Si cette deuxième supposition était la bonne, il pourrait attendre encore longtemps. Mais elle paraissait improbable, parce que s'il avait voulu la tuer, il ne lui aurait pas soignée, ni donné à manger et à boire.

Alors que la lionne commençait à somnoler, non par fatigue mais plutôt par ennui, la voix de Drago Malefoy s'éleva dans l'obscurité :

- Oui, c'est moi.

Dans le noir, un sourire étira les lèvres d'Hermione.

- Eh bien, merci pour ça aussi.

Encore, le silence.

- Qu'est-ce que tu fais ici, Malefoy ? insista la Gryffondor, incapable de se retenir.

Un soupir profondément exaspéré lui répondit.

- T'as pas fini, Granger ? T'en as pas marre de poser sans cesse les mêmes questions ?

- Et toi, t'en as pas marre de ne pas m'apporter les réponses ?

- Si tu veux que je m'en aille, dis-le tout de suite ! Surtout ne crois pas que j'ai pitié de toi.

- Ce n'est pas ce que je crois, assura Hermione en tentant de garder son calme. Et justement, c'est pour cette raison que je te le demande.

- Contente-toi plutôt de profiter au lieu de chercher une raison de me faire partir !

- Je ne cherche pas une raison de te faire partir ! protesta la lionne, outrée.

- Tant mieux, parce que là j'en ai tellement que je me demande pourquoi je reste !

- Eh bien, vas-y, alors ! Je ne te retiens pas ! Pars !

Elle entendit un bruit tout près d'elle : Malefoy se levait. Ses pas résonnèrent tandis qu'il s'éloignait, jusqu'à disparaître complètement. Une fois seule, la jeune fille rumina ses sombres pensées un long moment. Finalement, elle regretta d'avoir agit sous l'effet de la colère.

Elle n'aurait pas dû lui ordonner de partir alors que maintenant elle souhaitait qu'il revienne.

Malefoy ne revint pas lui apporter le repas de toute la journée qui suivit. Enfin, d'après ce qu'Hermione pouvait en déduire, étant donné qu'elle était sans cesse dans le noir. Elle dut se rendre à l'évidence : elle l'avait vexée. Cette constatation lui tira plusieurs sentiments : de la fierté, car vexer un Malefoy relevait de l'exploit, mais aussi du regret ; il était quand même venu lui tenir compagnie et elle, tout ce qu'elle trouvait à faire, c'était l'envoyer balader.

Elle tenta de ne pas y penser ; chose qui s'avéra impossible puisque l'ennui l'étreignait sans cesse. Penser à Harry, Ron ou ses parents n'était guère mieux : Hermione essaya donc de dormir, malgré la faim qui se faisait ressentir chaque heure un peu plus.

Enfin, lorsqu'elle se réveilla le surlendemain – après une très longue sieste qu'elle considéra comme sa nuit – elle sentit tout de suite une présence près d'elle. Cette fois, pour ne pas faire d'erreur, elle fit comme si elle ne s'était aperçue de rien.

Pourtant, elle entendait parfaitement la respiration de Malefoy, et savait qu'il percevait également la sienne.

- Je suis désolée, lâcha-t-elle piteusement au bout de plusieurs heures de silence.

Il ne répondit pas tout de suite.

- Tu as de quoi, dit-il finalement.

- Je voulais juste comprendre.

- Normal, tu veux toujours tout comprendre.

- Ce n'est pas ma faute.

- C'est la mienne, peut-être ?

- Ce n'est pas ce que j'ai dis.

- Tant mieux.

Le temps s'écoula encore ; aucun des deux ne bougeait, aucun des deux ne parlait. À force de repasser en boucle dans sa tête le moment où elle s'était faite attraper, Hermione revisualisa les visages furieux des Mangemorts.

- Qu'ont-ils dit, lorsque tu m'as enfermée ici sans me tuer ?

Elle savait qu'il comprendrait de qui elle parlait.

- Rien.

- Malefoy...

- Ils ne disent rien devant moi parce que sinon je les tue, cracha-t-il d'un ton dur.

- Mais ils n'en pensent pas moins.

- Je me contrefous de ce qu'ils pensent.

Deux heures passèrent à nouveau avant qu'Hermione ose la question qui lui brûlait les lèvres.

- Où sont tes parents ?

Sa voix tremblante trahissait parfaitement sa peur qui accrut davantage lorsqu'un grognement sourd monta de la poitrine du Serpentard. Elle regretta immédiatement de s'être lancée.

- Désolée, bafouilla-t-elle, soulagée qu'il ne puisse pas voir ses joues rouges.

Cependant, de longues minutes après, il lui apporta sa réponse d'une voix dénuée de toute trace de tristesse, de regret ou de colère. Un ton totalement neutre.

- Morts.

- Je suis désolée, répéta-t-elle à voix si basse qu'il ne dut pas l'entendre.

- Arrête de t'excuser tout le temps.

Hermione se tut. Elle se souvenait pourtant d'avoir vu les trois Malefoy serrés les uns contre les autres, le jour de la bataille de Poudlard. Ils avaient discrètement fui avant la mort de Voldemort. Que s'était-il passé ? Comment Lucius et Narcissa avaient-ils pu mourir alors que tout était fini ?

Comme s'il lisait dans ses pensées, Malefoy lâcha un ricanement sonore où il n'y avait pourtant aucune trace d'amusement. Uniquement de la haine.

- C'est toujours au moment où on s'y attend le moins que tout s'envole, maugréa-t-il, méprisant, en connaissance de cause. Quand on pense que tout est fini, que tout s'arrête, que l'on a plus rien à craindre. Mais justement, Granger, c'est dans ces moments-là que l'on a tort. Sans pouvoir s'y préparer, on perd tout ce que l'on possède.

La Gryffondor ne trouva rien à dire. Elle ne savait pas réellement si elle aurait aimé voir son visage, voir ses yeux gris annoncer l'orage, son visage inexpressif se fermer. Peut-être valait-il mieux savoir à quoi s'attendre...

Ou peut-être que non, finalement.

- Qui a bien pu... ? hésita-t-elle, apeurée.

- Des lâches, répondit Malefoy sans la laisser finir. Des satanés Mangemorts lâches.

- Des... des Mangemorts ?

- Ils nous ont vus quitter la bataille avant qu'elle ne soit vraiment terminée. Ils ont pris ce geste de protection comme de la lâcheté, et ils l'ont fait payer un peu plus tard à mes parents. À ce moment-là, nous ignorions tous les trois qui avait triomphé, qui avait gagné.

Le Serpentard s'interrompit un long moment, probablement plongé dans ses mauvais souvenirs. Après une très longue hésitation, Hermione le relança :

- Mais toi... ?

- J'ai réussi à m'échapper.

Ce fut tout ce qu'elle obtint pour l'instant. Longtemps après, Malefoy se leva et Hermione l'entendit s'éloigner. Elle n'arrêtait pas de penser à ce qu'il venait de lui dire. Comment diable s'était-il échappé, lui ? Elle savait qu'il était le roi de l'esquive, en tant que Prince des Serpentard, mais passer sous le nez de ses confrères alors que Lucius et Narcissa n'y étaient pas parvenus...

La lionne songea qu'il avait réussi à se confier à elle, pour la première fois. Elle réalisa qu'il lui avait fait assez confiance pour lui dévoiler une partie infime de son passé, une partie qu'il n'avait pas digérée et dont il attendait sûrement la vengeance...

Pourquoi lui avait-il raconté cela ? Il était évident que Drago Malefoy ne demandait nullement à Hermione Granger de ressentir de la pitié à son égard. Mais alors, pourquoi la mettre dans la confidence ? Bon, après tout, il ne lui avait pas directement fait part de son projet de vengeance ; ça, elle l'avait simplement perçu dans sa voix qu'il avait voulu si neutre et si inexpressive. Mais, venant d'un tel serpent, cela relevait tout de même de la folie...

Il revint quelques minutes plus tard, cette fois à la lumière de sa baguette magique. Quand il fut assez près, la Gryffondor discerna dans ses mains son repas habituel. Elle ne le quitta pas des yeux lorsqu'il se pencha pour le poser à ses pieds, derrière les barreaux.

À travers la lueur de la baguette, ils se jaugèrent du regard, cette fois sans aucune trace de défi ou d'amertume. Soudain, le visage de Malefoy se ferma plus encore. Il ficha ses yeux de glace dans ceux, chocolats, de la Gryffondor.

- Tu as toujours eu raison, Granger. Je suis un éternel égoïste, lâche et égocentrique. J'ai abandonné ma famille pour sauver ma peau. Certes, ma famille ne m'avait jamais vraiment gâté. Mais elle restait ma famille, et moi je l'ai laissée derrière moi. Je crois que même toi, tu ne pourras jamais voir du bon en quelqu'un qui s'appelle Drago Malefoy.

Sur ces terribles paroles, il fit volte-face. Hermione suivit des yeux la lumière de sa baguette, jusqu'à ce qu'elle s'éteigne au loin. Malgré les gargouillements de son estomac, elle ne toucha pas tout de suite à sa nourriture.

Elle venait de réaliser que Drago Malefoy n'était pas réellement le Serpentard qu'elle avait toujours connu.


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