Hello !
Merci beaucoup pour vos reviews ! J'ai essayé de remercier tout le monde mais je ne peux pas le faire pour ceux qui n'ont pas de compte ou qui bloquent la fonction PM. Mais je les remercie beaucoup quand même, j'ai lu toutes les reviews et elles m'ont fait plaisir.
Je vous poste la suite avec grand plaisir :)
Bonne lecture
Chapitre 5 : La visite
Les ténèbres se refermaient autour d'elle. Le froid lui mordait la peau, l'attaquait violemment, mais elle luttait, elle se battait. Elle tentait d'avancer par n'importe quel moyen sur ce sol impropre. Chacun de ses pas résonnaient entre les murs invisibles, et les roulements de tambour dans le fond étaient en réalité les battements de son cœur qui semblait prêt à sortir de sa cage thoracique. Elle tendait les mains devant elle, criait, hurlait jusqu'à s'écorcher la voix... Rien à faire.
Le tunnel était sans fin, bien qu'elle aperçût une lueur au bout : elle ne pourrait jamais l'atteindre. Désespérée, elle s'époumona encore et encore, essaya d'accélérer, mais elle ne bougeait pas. Et là-bas, tout au fond, le visage d'un ange aux cheveux blonds lui apparaissait nettement. Son rire incontrôlable retentissait à ses oreilles, lui tirant des frissons.
Un ange aux yeux du diable.
Le souffle court, Hermione se redressa, couverte de sueur. Son cœur battait aussi vite que dans son cauchemar, elle tremblait de tous ses membres. Haletante, elle demeura assise de longues minutes, les yeux exorbités d'horreur. Au bout d'un long moment, elle essuya la sueur mêlée aux larmes et tenta de reprendre sa respiration. Enfin, elle parvint à se calmer.
La Gryffondor s'adossa au mur de la cellule, encore essoufflée, pour réfléchir à ce terrible cauchemar. Il lui avait parut si réel... Elle ferma les yeux pour ne pas en revoir les images et pria pour que quelque chose, n'importe quoi, se passe en cet instant.
À peine eut-elle achevé sa demande qu'elle entendit un bruit au-dessus d'elle. Hermione leva la tête, mais ce geste était inutile : dans le noir complet, même le plafond ne lui apparaissait pas. C'était la première fois qu'un son extérieur lui parvenait ; d'habitude, c'était le calme plat. Un peu inquiète mais pas mécontente, la lionne attendit patiemment.
Elle fut vite récompensée : quelques minutes plus tard, les bruits se rapprochèrent, suivis d'éclats de voix. Mais elle eut beau tendre l'oreille, elle ne percevait que des sons étouffés. Ils s'arrêtèrent brutalement puis reprirent, encore plus précipités. Hermione se rendit compte qu'il s'agissait de bruits de pas. Ils n'avaient cependant rien à voir avec ceux de Malefoy lorsqu'il la rejoignait dans sa cellule ; ceux-là étaient plus furtifs et surtout beaucoup plus nombreux.
Figée d'effroi, la Gryffondor s'imagina très bien qui pouvaient être les intrus. L'idée que des Mangemorts pénètrent dans les sous-sol ne lui sembla pas très séduisante et elle espéra de tout son cœur que ce ne soit pas le cas.
Malheureusement, ils se rapprochèrent de plus en plus, si bien qu'elle put distinguer une voix parmi les autres pour n'avoir entendu qu'elle ces derniers jours : celle de Drago Malefoy. De toute évidence, il était furieux, à en juger par la façon dont il parlait. Il ne criait pas, car Drago Malefoy ne criait jamais, même lorsqu'il était fou de rage. Son ton était plus froid que la glace et il parlait d'une voix menaçante.
- Je vous préviens que vous allez le regretter, jurait-il férocement.
- Nous devons avoir la preuve, expliqua quelqu'un d'autre, légèrement hésitant.
- Ma parole ne suffit-elle pas ?
- Il y a longtemps que ta parole n'est plus suffisante, Malefoy.
Ils étaient tout près, maintenant, probablement à l'angle du mur. Dans quelques secondes, ils tourneraient, et ils la verraient. Pétrifiée de peur, Hermione attendit, son sang affluant à ses tempes. Cette fois-ci, que pourrait faire Malefoy pour elle ? Aurait-il ne serait-ce que l'envie de la sauver ?
Qu'elle était stupide ! Bien sûr que non, ils étaient ennemis depuis toujours, et leur situation n'avait pas évolué. La Gryffondor s'apprêta mentalement à mourir.
- Très bien, grinça Malefoy méchamment. Comme vous voulez.
Les pas s'avancèrent encore et ils apparurent. Hermione étouffa une plainte : ils étaient plus d'une dizaine, encapuchonnés, dégageant des ondes de mal à des kilomètres à la ronde. Malefoy était au premier rang, le visage plus fermé que jamais. Il était le seul à ne pas avoir revêtu sa capuche.
Les lumières de leurs baguettes éclairaient pratiquement toute la cellule. La lionne sentait tous les regards braqués sur elle. La respiration coupée, elle demeura immobile.
- Voilà, cracha Malefoy en la désignant d'un geste vague de la main.
Il y eut un silence. Hermione ne supportait plus d'attendre mais les capuches des Mangemorts l'empêchaient de voir l'expression de leurs visages. Seule celle de Malefoy lui apparaissait, et elle devait être de loin la plus terrifiante de tous.
- Alors, cela valait-il la peine d'envahir mon manoir à trois heures du matin ?
De toute évidence, il n'attendait aucune réponse. Ses yeux lançaient des éclairs qui auraient arrêtés une horde d'éléphants en pleine course ; en effet, les Mangemorts n'en menaient pas large. Celui qui semblait être le chef se balançait d'un pied sur l'autre, apparemment gêné.
- Nous devions vérifier, se justifia-t-il.
- Je vous avais prévenu que ce n'était pas la peine, riposta Malefoy froidement.
- Tu sais bien que nous voulons toujours une preuve, Malefoy, tu es bien placé pour le savoir. Surtout venant de ta famille...
Un bras puissant vint écraser sa gorge, étouffant la fin de sa phrase. Le Mangemort fut violemment plaqué contre le mur, le nez à quelques millimètres de celui du Serpentard qui fulminait de rage.
- Que dis-tu, Dolohov ?
- Tu le sais, Malefoy, grogna celui-ci, le Seigneur des Ténèbres n'avait plus confiance en ta famille...
Il s'étrangla ; son adversaire avait resserré sa prise autour de son cou. Les Mangemorts s'agitèrent autour d'eux, hésitant à réagir mais Malefoy les en dissuada d'un regard.
- Ma famille a été pardonnée, Dolohov.
Sa voix était aussi tranchante que la lame d'un poignard. Hermione le fixa, pétrifiée.
- Tout le monde sait que le Seigneur des Ténèbres ne pardonne jamais, le contredit Dolohov.
- Dans ce cas, tu sauras également que Drago Malefoy ne pardonne jamais non plus.
Illustrant ses paroles, le Serpentard appuya davantage sur la gorge de son adversaire. La capuche de celui-ci étant tombée, Hermione pouvait facilement voir son visage livide. Ses yeux se révulsèrent, son corps eut un ultime spasme avant de s'arquer complètement, pour finalement ne plus bouger. Malefoy le lâcha aussitôt, l'air dégoûté. Le cadavre s'écrasa par terre et il le repoussa d'un coup de pied comme on chasse une mouche.
- Quelqu'un a-t-il quelque chose à ajouter ?
Toutes les têtes étaient baissées, les regards probablement fuyants sous les capuches. Un silence de mort s'abattit dans la pièce. Satisfait, Malefoy eut un sourire goguenard.
- Bien. Maintenant, dégagez sinon je vous réserve le même sort.
Les Mangemorts ne se le firent pas dire deux fois. Tous ensemble, ils déguerpirent en vitesse. Hermione et Malefoy se retrouvèrent seuls en une demi-seconde.
Traumatisée, la Gryffondor fixait le cadavre de Dolohov à terre. Elle n'avait rien compris à l'échange, n'avait pas saisi pourquoi les Mangemorts étaient partis sans rien lui faire, en ayant l'air de ne pas l'avoir vue. Et pourquoi Malefoy avait-il tué ce Mangemort ?
Le silence s'enfla, s'épaissit, jusqu'à devenir insoutenable.
- Ne tire pas cette tronche, Granger, il l'avait bien mérité, lança soudain Malefoy.
Hermione fut incapable de répondre ou même de détourner la tête.
- Tu n'as jamais vu personne mourir ou quoi ?
À nouveau, la jeune fille ne pipa mot. Pourtant, le Serpentard semblait attendre quelque chose.
- Oh, Granger ! Reviens sur Terre ! Dolohov était une vraie merde.
Silence. Un soupir.
- Je suis désolé, mais je n'avais pas vraiment le choix.
- On a toujours le choix, Malefoy, rétorqua Hermione d'une voix blanche sans quitter des yeux la masse noire qui gisait aux pieds du Serpentard.
- Pas quand on est Mangemort. Si l'on veut se faire respecter, il faut savoir fixer des limites.
- Tu n'étais quand même pas obligé de le... de le... de le..., bégaya la Gryffondor, incapable de terminer sa phrase.
- Que voulais-tu que je fasse ? Que je le menace ? Les menaces ne servent à rien, Granger, quand elles ne sont pas mises à exécution. Et puis, il avait déjà été prévenu.
- Ah oui ? Pour avoir fait quoi ?
Ce fut au tour de Malefoy de ne pas répondre.
- Rien de bien grave, conclut Hermione en interprétant son silence comme une évidence.
- Oh si, justement, répliqua le Serpentard. La chose la plus grave qu'il ait jamais fait dans sa vie.
- Et qu'est-ce que c'est ?
- Je ne te le dirais pas.
Hermione leva enfin les yeux vers lui.
- Tu n'avais pas le droit de le tuer.
- Granger, c'était un Mangemort ! Ton ennemi !
- Cela ne justifie pas tout.
- Ne te rappelles-tu pas que c'est lui qui a lancé le sortilège Obscurus dans la forêt ? Il t'a tendu un piège, s'est amusé avec sa nourriture, et il s'apprêtait à te tuer ! Mais toi, tu n'arrives pas à digérer le fait qu'il soit mort. Tu sais quoi, Granger ? Il y a des fois, je ne te comprends pas.
La Gryffondor sentit la colère monter en elle.
- Ce n'est pas difficile, Malefoy ! J'estime que personne n'a le droit de vie ou de mort sur n'importe qui d'autre ! Personne ne peut décider si quelqu'un doit vivre ou non !
- Je n'ai pas décidé s'il devait vivre ou non, je l'ai simplement tué parce que, de toute façon, il cause trop d'emmerdes.
- Et voilà ! s'exclama Hermione, complètement ébranlée. Il te dérange, tu le tue ! Quoi de plus normal ? Vous êtes tous pareils, c'est incroyable, ça ! Vous tuez sans vous lasser, ça ne vous dérange absolument pas d'enlever la vie !
- La mort fait partie de la vie, Granger. Et puis, je te l'ai dis, de toute façon, c'est un salaud. Il a tenté de te tuer, mais toi, tu t'en fous.
- Je ne m'en fous pas, protesta Hermione vivement. Je refuse simplement de m'abaisser à son niveau et de, sous prétexte qu'il a voulu me tuer, le tuer à mon tour. Je suis désolée, mais moi, je ne fonctionne pas comme ça.
- D'accord, alors, si je te dis qu'il a tué des centaines de personnes, qu'il a torturé à l'aide des sortilèges les plus terribles que tu n'oserais même pas imaginer, qu'il ne pense qu'à la magie noire, que son plaisir personnel est de faire le mal ? Tu trouves toujours qu'il ne mérite pas ce qui lui arrive ?
Essoufflée et à court d'arguments, la Gryffondor se contenta de le fixer d'un regard de feu.
- Il y a des gens qui sont nés dans le mal, Granger, lâcha le Serpentard lentement. Qu'importe ce que tu pourras attendre d'eux, ils te décevront toujours.
Il semblait vouloir dire quelque chose en plus mais n'ajouta rien. Son message était peut-être codé ? Hermione était de toute manière trop chamboulée pour se creuser la tête.
- Je ne pensais pas que tu allais le tuer, murmura-t-elle, les yeux perdus dans le vague.
- Et que voulais-tu que je fasse ? Tu aurais préféré la torture, peut-être ?
- Bien sûr que non.
- Quoi alors ?
- Je... je ne sais pas...
Ils se mesurèrent du regard à travers les barreaux de la cellule.
- Combien d'autres en as-tu tué avant lui ? s'enquit tout à coup Hermione.
Elle ne voulait pas connaître la réponse à sa question, pourtant elle lui avait échappé. Malefoy sembla un peu hésitant.
- Es-tu sûre de vouloir la réponse, Granger ?
« Non. »
- Oui.
- Une trentaine.
La Gryffondor tressaillit.
- N'as-tu jamais tué personne, Granger ? interrogea Malefoy.
- Pas tant que je pouvais l'éviter.
- Et comment aurais-tu pu éviter une telle situation ?
- Je... J'aurais trouvé un autre moyen.
- Eh bien, moi, je n'en ai pas trouvé d'autres. Pendant la guerre, tu as bien été obligée de tuer, non ?
- C'est différent...
- En quoi ?
- En pleine guerre, il faut se battre pour survivre.
- N'est-ce pas ce que tu es actuellement en train de faire, Granger ? lui rappela Malefoy narcissiquement.
Un peu honteuse, Hermione rougit légèrement.
- Oui, mais...
Elle aurait voulu ajouter quelque chose, se justifier, dire pourquoi c'était si différent, après tout... Rien d'assez convaincant ne lui vint à l'esprit.
- La mort est la meilleure chose qui soit arrivée dans sa vie, Granger, affirma Malefoy calmement. Tu peux me faire confiance là-dessus.
Une fois de plus, Malefoy avait réussi à l'emporter. Furieuse, Hermione refusa de manger les assiettes qui se présentèrent devant elle.
- Ah non, tu ne vas pas recommencer ! s'emporta le Serpentard en soupirant.
- Je fais ce que j'estime juste, grogna la Gryffondor.
- Et tu estimes que te laisser mourir de faim est juste ? Dans ce cas, je ne vois pas l'intérêt d'avoir tué Dolohov !
- Il n'y a jamais aucun intérêt à tuer quelqu'un, Malefoy, pas même un Mangemort.
- Tu crois peut-être que ton sacrifice le ramènera à la vie ? pouffa Malefoy d'un ton sarcastique.
- Si j'ai bien appris une chose, c'est que les morts ne peuvent revenir à la vie, décréta Hermione avec sagesse. Ce n'est pas ça que j'attends.
- C'est quoi, alors ?
- De t'y faire voir plus clair, Malefoy .
Les sourcils de ce dernier se haussèrent jusqu'à disparaître dans ses mèches blondes.
- Pardon ?
- Je veux t'ouvrir les yeux.
- Moi ?
- Oui, toi.
- Qu'est-ce que c'est encore cette connerie ?
La Gryffondor poussa un long soupir.
- Je veux que tu saches enfin que la meilleure solution n'est pas la violence.
- Et te priver de bouffe est, selon toi, la meilleure façon d'y parvenir ? gloussa le serpent, sceptique.
- Tu ne comprends décidément rien, Malefoy.
- Chacun son tour.
- Me priver de nourriture est un hommage à ce Mangemort.
D'abord surpris, Malefoy la dévisagea, cherchant à savoir si elle plaisantait ou non. L'air parfaitement serein de son interlocutrice lui apporta la réponse et il se mit à ricaner.
- N'importe quoi, Granger... J'entends tous les jours des conneries, mais alors figure-toi que celle-là remporte la palme d'or !
- Tu peux rire, Malefoy, répliqua la lionne sans s'énerver. C'est réellement ce que je fais.
- Mais ça sert à quoi ? Il est mort !
- J'avais remarqué.
- Et il est ton ennemi ! Il te déteste !
- Ce n'est pas une raison.
Excédé, le Serpentard l'observa un long moment, avant de lever les bras en signe d'impuissance.
- Alors, là, Granger, j'avoue que je ne te suis plus.
- La violence ne résout rien, Malefoy, reprit Hermione avec patience. Bâtir un monde dans la haine ne nous mènera nulle part.
Le Serpentard la fixait avec de grands yeux ronds. Il avait vraiment l'air de ne rien comprendre à ce qu'elle racontait. Après tout, comment le lui reprocher ? Son éductation avait été totalement différente de celle de la Gryffondor : alors qu'elle avait été bercée par les contes de fées, lui s'était endormi en écoutant le discours de son père sur le danger qu'une femme pouvait représenter ; alors qu'elle s'était amusée à voir un papillon voler dans son jardin, lui s'était fait répéter que la destruction était le meilleur moyen d'être en sécurité ; alors qu'elle s'était plongée dans les livres de princesses, lui s'était entraîné dès son plus jeune âge aux sortilèges de magie noire ; alors qu'elle avait rêvé du prince charmant, on lui avait appris à lui qu'aimer était pour les faibles.
Pas étonnant que des paroles de bienveillance ne l'atteignent pas.
- Il faut savoir régler les conflits autrement, poursuivit Hermione tant bien que mal. Il faut savoir faire la paix et non la guerre.
Voyant que Malefoy continuait de la regarder comme si elle était folle, elle abandonna.
- Laisse tomber, en fait.
Elle se détourna, se laissant aller contre le mur des cachots. Après quelques secondes, Malefoy parut reprendre ses esprits.
- J'ai l'impression que tu veux me faire un lavage de cerveau, Granger. C'est incroyable ce que tu peux être incompréhensible parfois.
Hermione ne fit pas attention à lui.
- Tu crois sérieusement convaincre beaucoup de monde avec ton baratin sur la paix ? Je te parle, Granger ! Et quand je parle, on m'écoute, c'est l'une des principales règles de mon manoir.
- Suis-je sensée connaître tes règles alors que je suis ici contre mon gré ? questionna sèchement la Gryffondor, irritée de le voir sans cesse s'énerver pour un rien.
- Contre ton gré ? Je te signale que c'est la meilleure chose pour toi, Granger.
- C'est ça. Je suis bien mieux enfermée dans une cellule au fond d'un cachot, dans l'obscurité complète la plupart du temps, sans me laver, sans voir personne, à moisir ici toute seule pour je-ne-sais combien de temps, que sur un fauteuil dans mon salon avec une tasse de thé dans la main, entouré de mes amis ? C'est vrai que si je devais choisir entre les deux, cela me paraît évident que je pencherais pour la première option.
- Je te signale quand même, au passage, railla le Serpentard, mécontent de la voir s'adresser à lui d'une façon aussi irrespectueuse, que si je n'avais pas été là, ta place aurait été dans ta tombe, entre quatre planches, à moisir avec des rats sans voir personne puisque tout le monde te saurait morte.
Un silence accueillit sa tirade. Résignée, Hermione cessa de fixer le mur de la cellule et se tourna vers le Serpentard.
- C'est vrai, dit-elle finalement. Mais tu n'étais pas obligé de m'enfermer ici.
- Bien sûr que si, Granger, martela-t-il avec force, sinon qu'auraient dit les autres Mangemorts en te voyant confortablement installée, toujours en vie, dans un fauteuil ? Ils n'auraient pas perdu une seule seconde, naturellement. Tu n'aurais pas eu le temps de la boire, ta tasse de thé, que ton cadavre serait déjà étendu sur le plancher.
Rendue à l'évidence, la Gryffondor ne trouva rien à redire.
- Suis-je réellement obligée de moisir derrière des barreaux sans lumière ? tenta-t-elle néanmoins.
- Tu as à manger, tu as à boire. C'est déjà bien.
- Oui, c'est vrai, convint-elle doucement. Mais je ne peux pas me laver ? Pas même une seule fois ?
- C'est ça, et puis aussi aller te préparer un sandwich et squatter mon canapé ? ricana le Serpentard.
- On ne peut jamais être sérieux avec toi, Malefoy, soupira Hermione, frustrée.
- Tu as déjà beaucoup pour quelqu'un qui devait mourir.
- Je sais, mais ne pourrais-tu pas...
- Non, Granger ! s'enflamma-t-il. Non, je ne peux rien faire de plus que ce que je fais déjà !
- Tu en fais déjà beaucoup trop, c'est ça ?
- Évidemment ! J'en fais déjà beaucoup plus que tout ce que tu peux espérer d'un Mangemort, surtout vieil ennemi d'enfance ! Crois-tu que j'étais obligé de te sauver, hein ? Crois-tu que j'étais obligé de te soigner, ou de te nourrir ? Crois-tu que j'étais obligé de te maintenir en vie ? Crois-tu que j'étais obligé de te protéger avec un sortilège pour que mes propres frères ne te voient pas ?
Interdite, Hermione scruta son visage avec des yeux écarquillés.
- Crois-tu que je fais tout ça parce que je suis obligé ? Non ! Il y a une autre raison ! Alors au lieu de réclamer sans cesse plus, tu devrais quand même être satisfaite de ce que tu as ! N'était-ce pas ce que tu reprochais aux autres, de ne jamais être content de ce que l'on a ?
Le visage fermé, ses yeux gris virant à l'orage, Drago Malefoy la fixait sans ciller. La lionne soutint son regard un instant avant de le détourner comme s'il la brûlait. En vérité, c'était parce qu'elle devait admettre qu'il avait raison, chose qu'elle ne ferait jamais devant lui.
- Tu m'as protégée avec un sortilège pour qu'ils ne me voient pas ? souffla-t-elle à voix basse pour briser le silence.
Elle sentit Malefoy se raidir, bien qu'elle ne fut pas à côté de lui. Comme il ne répondait pas, elle leva à nouveau les yeux vers lui. Il regardait dans le vague en se pinçant la lèvre inférieure, comme s'il regrettait d'en avoir trop dit. Finalement, son masque indéchiffrable reprit le dessus.
- Oui.
Encore, ce silence. Hermione ne savait pas quoi dire. Ou plutôt, elle ne savait pas quoi lui dire. Il aurait été quelqu'un d'autre, elle aurait immédiatement trouvé. Mais il était bel et bien Drago Malefoy, un serpent, un ennemi, qui venait encore une fois de lui sauver la vie.
- Ne te sens pas obligée de me remercier, siffla-t-il brusquement. Ça pourrait me donner envie de te taper sur la gueule parce que je résous tout par la violence.
- Je suis désolée, bafouilla Hermione en devenant aussi rouge qu'une écrevisse. Et je te remercie.
Malgré son air perplexe, il avait donc quand même compris ce qu'elle lui avait dit. Elle devait un peu trop le sous-estimer.
- Et..., hésita-t-elle devant son silence. Et je ne t'en veux plus de l'avoir tué.
Son regard dériva vers le cadavre qui gisait toujours au sol. Si elle n'avait pas assisté à son exécution, elle aurait presque pu croire qu'il dormait sereinement. En quelques sortes, c'était le cas, sauf qu'elle devait s'attendre à ne jamais le voir se réveiller...
- Encore heureux, rétorqua Malefoy, tout en ayant l'air légèrement soulagé.
Pour masquer son trouble, il s'approcha du corps et l'attrapa sous les aisselles pour le soulever. Tout en tenant sa baguette à la main, il le traîna en dehors des cachots sans un coup d'œil à sa prisonnière qui, tassée dans un coin de sa cellule, le regardait avec regret.
Une fois seule, Hermione poussa un long soupir. Sans qu'elle ne sache pourquoi, des larmes débordèrent de ses yeux pour couler sur ses joues rouges. Elle les laissa rouler librement sans leur accorder trop d'attention. Ses pensées étaient emmêlées, elle ne parvenait pas à y voir clair.
Qui était réellement cet homme qui la tenait ainsi prisonnière et qui semblait tenir à sa vie autant qu'elle ? Pourquoi faisait-il tout cela pour elle ? Pourquoi passait du blanc au noir et du noir au blanc sans aucune explication ? Pourquoi, après ces années qu'ils avaient passées à se détester, souhaitait-il ainsi la garder près de lui en vie ?
Au-dessus de sa tête, elle entendit des bruits de pas, puis un petit cri furtif qui s'interrompit immédiatement. Elle entendit brièvement la voix de Malefoy qui menaçait, encore, avant d'ouvrir brutalement la porte et de la refermer. Sans doute un Mangemort était-il resté tapi en haut, espérant en apprendre plus sans être découvert, ignorant probablement que rien n'échappait au Prince des Serpentard. De toute évidence, il avait payé le prix de sa stupidité par sa vie.
Le silence revint. Hermione se laissa un peu plus aller contre le mur, roulée en boule, tentant de s'éclaircir les idées. Mais c'était comme essayer d'attraper les étoiles.
Chaque jour, elle en apprenait un peu plus sur Drago Malefoy. Chaque jour, elle était un peu plus surprise par son caractère, si proche et pourtant si loin de celui qu'elle avait toujours connu ou imaginé, par ses sautes d'humeur, passant du jour à la nuit comme on passe du soleil à la pluie, par ses paroles inattendues, étrangement gentilles – venant de sa part – ou, au contraire, horriblement blessantes, par ses faits et gestes qui ne lui correspondaient pas et qui, bizarrement, lui allaient tout aussi bien.
Chaque jour, elle se demandait un peu plus qui était ce Serpentard qu'elle avait toujours pensé connaître et qui s'avérait n'être en réalité qu'un souffle de vent : quand elle s'apprêtait à le saisir, il s'échappait, fugace, vif comme l'éclair ; plus elle se rapprochait de lui, plus elle le sentait s'éloigner.
Voilà pour le cinquième chapitre !
J'attends vos avis avec impatience.
Merci d'avoir lu :)
