Hello !
Merci beaucoup à ceux qui ont pris la peine de me donner leur avis, et voici enfin la suite, plus mouvementée...
Hermione va finir par en avoir assez et par agir... C'est le retour de la Hermione que nous aimons tous ! ;)
Un petit merci à hell girl en particulier, je suis très contente et touchée d'être la première à recevoir une review de ta part ! Merci beaucoup :)
Et évidemment merci à tous ceux qui continuent de me lire !
Bonne lecture :)
14. - Scène de crime
- Tu ne comprends pas, je dois mourir.
- Non, tu dois vivre.
- Granger, je veux mourir.
- O.K., alors répète-moi ça en me regardant droit dans les yeux.
- Je veux mourir.
Merlin, faites qu'il ne voie pas la souffrance dans ses yeux. Faites qu'il soit trompé par son visage faussement indifférent, faites qu'il ne remarque pas son regard fuyant. Et surtout, faites que malgré les bruits assourdissants de la bataille, Merlin, faites qu'il n'entende pas les battements de son cœur, trop rapides pour être normaux, faites qu'il ne perçoive pas la supplication dans le timbre de sa voix qu'elle tente désespérément de rendre impassible.
- Parce que tu n'as plus rien à perdre ?
- Oui.
Coup de poignard en plein cœur.
- Je t'ai menti... Moi aussi, Granger, j'ai quelque chose à perdre, ou plutôt quelq...
- Nooooooooooooooon !
Empêtrée dans ses couvertures, Hermione se débattit de toutes ses forces en poussant de véritables hurlements, juste au moment où la porte de sa chambre s'ouvrait à la volée. Tous ses sens étaient en alerte, des sifflements lui vrillaient les oreilles, sa tête semblait prête à exploser, la sueur et les larmes salissaient sa peau...
- Ma chérie, calme-toi, ce n'était qu'un cauchemar.
Qu'un cauchemar ? Si elle savait, oh oui, si seulement elle savait, tout cela avait été réel... Mais personne ne le savait, personne dans ce monde à part elle-même.
- Arrête de gesticuler, je vais t'aider, regarde.
Hermione cessa de se battre avec sa couette et laissa sa mère la délivrer, comme toutes les nuits depuis deux semaines. On aurait dit une petite fille de cinq ans qui avait peur des monstres imaginaires qu'elle croyait planqués dans son armoire ou sous son lit, alors qu'en fait il s'agissait d'une jeune fille de dix-huit ans qui combattait la réalité.
- Approche...
Ses cils s'étaient collés à cause de ses pleurs, elle transpirait dans son pyjama lorsqu'elle se blottit contre sa mère. Celle-ci murmurait doucement des chansons qui l'avaient tant bercée quand elle n'était qu'une enfant douce et insignifiante qui ne parvenait pas à trouver le sommeil à cause du contrôle de de mathématiques du lendemain. Qui aurait cru que dix ans après elle aurait encore recourt à cette méthode pour oublier l'enfer de son présent ?
Au bout de plusieurs longues minutes, le corps d'Hermione cessa de trembler et sa respiration redevint à peu près normale. Elle sentit la fatigue lui peser, ses paupières se fermer... Constatant qu'elle était plus calme, sa mère se dégagea lentement et avec douceur pour se lever sans faire de bruit. Hermione ne l'entendit même pas quitter sa chambre, déjà elle sombrait dans le sommeil, ignorant qu'elle ne resterait pas longtemps tranquille...
- Je ne veux pas..., répéta-t-elle, car c'était la seule chose claire dans son esprit.
Elle avait l'air d'une gamine qui faisait son caprice, à répéter sans cesse qu'elle ne voulait pas, mais pourtant c'était tout ce qu'elle était en mesure de faire. Comment lui faire comprendre qu'elle ne voulait pas de son sacrifice parce qu'elle n'estimait pas cela juste ? Comment lui faire comprendre qu'elle avait toujours œuvré pour le bien, pour la justice ? Comment lui faire com-prendre qu'elle ne pourrait jamais supporter que son pire ennemi se sacrifie pour elle ?
- Ne fais pas ça...
Ils avaient passé tant d'années à se détester, à se mépriser, à s'insulter... Voilà que maintenant il voulait lui sauver la vie ? Combien de fois l'avait-il déjà fait, depuis ce matin où elle était sortie de chez elle dans le but de rejoindre le Terrier, trois semaines plus tôt ? Il l'avait épargnée du sort terrible des Mangemorts, dans la forêt, l'avait enfermée dans la cellule de son manoir en la protégeant d'un sortilège aveuglant quiconque ne s'appelant pas Drago Malefoy, il l'avait sauvée quand les Mangemorts s'étaient rendus chez lui afin de vérifier qu'elle n'y était plus, et lorsqu'il s'était énervé au point d'en perdre son sang-froid et de la torturer, il avait lui-même réparé son erreur en la soignant et en demeurant à son chevet afin qu'elle se rétablisse correctement...
- Je t'en prie...
C'était inscrit de son sang dans ses propres gènes : Drago Malefoy ne devait pas mourir pour Hermione Granger. Cette histoire devait se terminer autrement, avec une fin heureuse...
- Non... non... NON !
Elle souleva brutalement ses paupières, le corps agité de soubresauts. Cesserait-elle un jour de trembler ? Pourrait-elle enfin dormir sans être hantée par ses cauchemars ? La frustration, la colère, le chagrin se mêlaient en elle tandis qu'Hermione se redressait sur les coudes, ne supportant plus d'être ainsi torturée. Cette fois-ci, sa mère n'avait pas dû l'entendre, car elle n'était pas là. Peu importe, elle se débrouillerait sans elle.
Son réveil affichait deux heures quarante-six. La dernière fois qu'elle s'était réveillée, il était deux heures vingt-six. À ce rythme-là, elle risquait de s'endormir puis se réveiller au moins trente fois de suite sans jamais se reposer. Quoiqu'elle fasse, elle ne serait jamais tranquille.
Elle en avait marre.
Marre d'être hantée sans cesse, marre d'être torturée sans relâche, marre de subir à chaque minute la même souffrance, marre de supporter la même douleur toutes les trois secondes. Marre d'être enchaînée à son passée depuis tant de temps, sans aucune liberté.
Il fallait que cela cesse. Et pour commencer, il fallait qu'elle en ait le cœur net.
Hermione n'hésita pas : elle se leva en attrapant sa baguette magique posée sur sa table de chevet, tâtonna le parquet de sa chambre jusqu'à trouver un tas de vêtements par terre, le prit, avant d'ouvrir la porte pour se faufiler dans le couloir à pas de loup. Ses parents dormaient profondément ; les ronflements de son père en témoignaient. Elle descendit les escaliers le plus silencieusement possible et fila droit dans la douche. Une fois sous l'eau, elle lava bien toute la sueur sur sa peau, chassa ses larmes en espérant ne plus en verser. Elle s'habilla en vitesse sans faire attention à ce qu'elle enfilait, attacha ses cheveux en queue-de-cheval pour qu'ils ne la gênent pas et se rendit dans l'entrée pour prendre ses affaires.
Déterminée à aller jusqu'au bout de sa lancée, Hermione ouvrit la porte en tentant de couvrir le bruit pour ne pas réveiller ses parents, puis se glissa dehors, sa baguette serrée dans sa main. La porte refermée, elle déplia la cape d'invisibilité que le ministère lui avait donnée, s'en couvrit en s'assurant qu'elle était bien cachée. Elle était prête.
Si quelqu'un s'attaquait à elle, la lionne se tiendrait prête à répliquer. De toute manière, pour cela, il fallait la voir. Hors, c'était peu probable. Elle ne risquait rien.
Elle marcha un moment dans son quartier, tourna au coin de la rue pour s'éloigner de chez elle. Son cœur battait vite pourtant elle était étrangement calme. Elle n'avait pas peur. Après tout ce qu'elle avait vécu, cette excursion n'était pas effrayante.
Lorsqu'elle jugea être assez loin de sa maison, elle ferma les yeux et dirigea toutes ses pensées vers un seul souvenir, un seul endroit. Puis, elle transplana.
Elle atterrit sur un trottoir parfaitement semblable à tous les trottoirs du monde, pourtant elle le reconnut aussitôt. Satisfaite d'avoir réussi bien qu'elle n'en ait jamais douté, elle se mit en marche, avançant à pas réguliers. Le jardin public vint facilement à elle, comme si elle était passée ici des centaines de fois, alors que le seul soir où elle s'était perdue à cet endroit, il faisait nuit et elle était plus paniquée qu'elle ne l'avait jamais été.
L'arbre sur lequel elle avait lu l'affiche la concernant était toujours présent mais cette affiche-là avait disparu, remplacée par une autre, plus d'actualité. La photo qui s'étalait dessus fit bondir son cœur dans sa cage thoracique.
Drago Malefoy, dix-huit ans, recherché pour séquestration et violence. Quiconque détenant la moindre information est prié de se rendre impérativement au ministère de la Magie.
Ce n'était pas un cauchemar, cette fois, c'était la réalité. Et la boule dans sa gorge qui l'empêchait de craquer était également réelle. Priant Merlin de tenir le coup, Hermione détacha son regard de ce visage si parfait dont elle avait rêvé tant de fois. Ses jambes la portaient toutes seules tandis que ses pas l'amenaient vers ce lieu qui la terrifiait tellement.
Elle était tout près, maintenant. Elle le sentait dans chaque parcelle de son corps. Sa mémoire avait automatiquement enregistré chaque détail de cet endroit, de cette rue qu'elle n'avait pourtant arpentée qu'une seule fois. Qu'allait-elle découvrir, désormais ? Son courage s'envola d'un seul coup lorsque, dissimulé derrière les branches des arbres, le manoir se dressa devant elle.
Hermione s'arrêta net, le souffle coupé. Sa baguette magique était étroitement serrée dans sa main, la cape la cachait tout entière mais elle ne se sentait pas à l'aise, pas du tout. Elle avait l'impression qu'on l'observait, elle avait l'impression de ne pas avoir le droit d'être là. Clignant plusieurs fois des yeux pour chasser les hallucinations qui commençaient à naître, elle secoua la tête pour se convaincre : personne ne l'observait et personne ne lui avait interdit de venir.
Le vent agitait lentement les branches des arbres et ses cheveux, donnant un air effrayant à la scène. Aucune lumière n'était allumée dans le manoir, le jardin était également parfaitement désert. Il semblait avoir été abandonné, comme s'il risquait de tomber en ruine d'un instant à l'autre. Cette remarque lui tira un gémissement en imaginant la tête que ferait Drago s'il voyait tout ça.
S'armant de son courage de Gryffondor, Hermione s'avança jusqu'à l'immense portail qui marquait l'entrée de la demeure. Bien entendu, elle ne pouvait pas passer par là ; elle chercha donc le trou dans la haie qu'elle longea. Une question jaillit brusquement dans son esprit, alors qu'elle inspectait attentivement les feuillages : comment les aurors avaient-ils pu entrer alors que le manoir était scellé par la magie noire ? Drago lui avait pourtant certifié que l'entrée principale n'acceptait que ceux portant la Marque des Ténèbres. Était-il possible que les aurors aient neutralisé un sortilège d'une telle puissance ?
Hermione resta un instant indécise, les rouages de son cerveau tournant à toute allure. Il lui paraissait peu probable que les aurors connaissent l'existence du trou dans la haie, mais c'était également pas très plausible qu'ils aient réussi à passer par le grand portail. Comment avaient-ils fait, alors ? Elle aurait dû leur demander, si elle avait su...
Pas une seule fois elle n'avait songé à revenir ici pour constater d'elle-même les dégâts. Pourtant, elle venait de se rendre compte que l'envie avait souvent surgi en elle, une envie contre laquelle elle s'était inconsciemment battue. Maintenant qu'elle y repensait, cela semblait la chose la plus évidente à faire. Le choc avait dû l'écarter de toute logique.
Décidant de jouer le tout pour le tout, elle fit demi-tour pour se planter devant le grand portail. Qu'avait-elle à perdre à essayer d'entrer ? Au pire des cas, la demeure la rejetterait, et elle n'aurait qu'à rentrer par le trou dans la haie. Elle s'approcha donc de la poignée, appuya dessus et, étonnée d'être parvenue à la toucher, poussa l'immense porte. Ses pieds franchirent la ligne une fraction de seconde durant laquelle son visage exprima une joie teintée de surprise, quand soudain elle fut projetée en arrière avec une telle puissance qu'elle décolla du sol et atterrit lourdement plusieurs mètres plus loin. Légèrement sonnée, Hermione se releva en se massant les tempes. Une partie d'elle-même était soulagée mais elle en ignorait les raisons.
Si elle n'avait pas pu entrer, les aurors non plus. Ils avaient donc dû découvrir le trou dans la haie. Cette étape était la plus difficile car il était très bien dissimulé, et abattre les obstacles qui le protégeaient avait dû être un vrai jeu d'enfant pour eux. Selon son raisonnement, le sortilège du Bouclier avait facilement été neutralisé, plus rien ne l'empêchait donc de passer.
Elle recommença à chercher l'endroit à travers les feuillages et, à nouveau, eut l'impression d'être observée. Prête à réagir, elle se retourna vivement, mais tout était parfaitement immobile. Sans doute était-elle encore sous le coup des nombreux chocs qu'elle avait subis au cours de ces dernières heures.
Enfin, le trou apparut ; elle se glissa dedans en se dandinant, se demandant brièvement de quelle manière les aurors, qui faisaient pour la plupart au moins le triple de sa taille, avaient pu y passer. Une fois dans le jardin qui bordait le manoir, ses souvenirs l'assaillirent, l'attaquèrent violemment, et elle crispa les mâchoires dans un effort de concentration pour s'empêcher d'y succomber.
Tout était différent des images que lui envoyait sa mémoire : aucune lumière ne brillait aux fenêtres du manoir, le ciel était parsemé d'étoiles, sans nuages et sans la moindre trace d'orage, le jardin était parfaitement calme, la terreur ne remplissait pas l'atmosphère comme la dernière fois, aucun bruit ne lui parvenait. C'était le calme plat, comme si rien n'avait jamais existé.
Hermione avança lentement dans l'herbe fraîche qui lui arrivait aux chevilles. Au bout de quelques pas, le doux bruit de la rivière se fit entendre, lui tirant des frissons incontrôlés. S'efforçant de demeurer indifférente à ces détails qui la ramenaient cruellement deux semaines en arrière, elle traversa le jardin jusqu'à la porte principale du manoir. Cette dernière la dominait de toute sa hauteur, semblant atteindre les étoiles. Visibles juste au-dessus, les fenêtres des étages paraissaient appartenir au ciel.
Avalant difficilement sa salive, Hermione tourna la poignée gelée de la porte qui s'ouvrit avec un grincement inquiétant. Tout était noir, tout était silencieux. Elle fit un pas hésitant qui résonna dans tout le hall puis entra complètement en refermant la porte derrière elle, se plongeant dans l'obscurité la plus totale.
Un instant, elle se figea d'effroi, ses muscles tendus à l'extrême. Elle n'avait pas peur du noir, elle avait peur du silence. Elle n'avait pas peur d'un vieux manoir désormais abandonné, elle avait peur des horribles souvenirs qui s'y trouvaient. Elle n'avait pas peur d'être attaquée par surprise, elle avait peur de combattre ses propres sentiments qui l'envahissaient.
Où était l'interrupteur de la lumière ? Après avoir eu une telle pensée, Hermione se sentit stupide. N'était-elle pas une sorcière ?
- Lumos, murmura-t-elle, et l'extrémité de sa baguette s'alluma.
Comment faire disparaître ce silence qui régnait ? Elle avait presque envie de parler toute seule pour le combler. Maladroite, elle s'avança un peu plus en regardant attentivement autour d'elle. Malgré la lueur de sa baguette, elle ne voyait pas grand-chose : le grand hall était pratiquement vide en temps normal. En face d'elle, deux grands escaliers se rejoignaient et montaient dans les nombreux étages. Les murs étaient tapissés de cadres dont elle ne parvenait pas à voir l'élément central. Le sol était du carrelage glacé.
D'abord, elle hésita à monter. Que verrait-elle, en haut ? Elle était de toute façon incapable de se repérer, tout ce qu'elle avait connu dans ce manoir n'était que sa cellule, le grand salon et l'infirmerie. En plus, elle ignorait où ils se trouvaient tous les trois.
Finalement, elle fut convaincue de n'avoir rien à perdre : elle gravit donc l'un des larges escaliers. Des couloirs s'étendaient devant elle tandis qu'elle marchait. Les portes se succédaient, et elle avait presque envie de les ouvrir une à une pour découvrir ce qui se cachait derrière. Au lieu de le faire – ce n'était pas une très bonne idée – elle poursuivit sa route.
Au bout d'un moment à errer dans les couloirs sans fin, elle reconnut un escalier, plus petit que les autres, qui lui rappelait vaguement quelque chose. Hermione le monta avec appréhension, et s'immobilisa, une fois tout en haut : c'était le salon où s'était déroulée toute la bataille. Elle revit en flash l'éclair et le sortilège fusionner, elle revit Drago et les Mangemorts s'écrouler. Elle se revit, elle, penchée au-dessus de lui, tentant de le sauver, et surtout, elle revit ce terrible regard qu'il lui avait lancé, ce regard qui l'avait convaincue de le laisser ici, de l'abandonner à son destin. Elle aurait tout fait pour lui à ce moment-là, et ce qu'il lui avait demandé était de sauver sa propre peau, chose qu'elle n'aurait jamais faite si quelqu'un d'autre avait été à sa place.
Les remords lui serrèrent la gorge. Le chagrin lui écrasa le cœur. L'impuissance lui détruisit l'âme. Tout ce qu'elle était capable de faire maintenant, après avoir obéi, après s'être plié à ses derniers désirs, était de regretter amèrement de ne pas avoir trouvé une autre solution, de ne pas avoir réussi à le sauver comme il l'avait sauvée, de s'être conduite comme elle s'était conduite.
Tout ce qu'elle était capable de faire maintenant, après avoir tout gâché, était de pleurer sur sa vie envolée, sur son cadavre gisant sûrement au fond de la rivière. Se lamenter, se détester, se maudire ne servait à rien, mais pleurer lui faisait du bien, même si cela n'évacuait pas toute la peine qu'elle avait en elle, tout le poids qui pesait sur sa conscience.
« Si ce n'est que ça, je te décharge de toute responsabilité, Granger. »
Non, ce n'était pas que ça, c'était tellement plus... C'était trop.
Hermione inspira profondément pour reprendre une contenance. Il fallait qu'elle lutte, c'était le seul moyen de s'en sortir. Qu'espérait-elle en venant ici ? Avoir un indice, une façon de savoir ce qui s'était exactement passé, alors que les aurors avant elle avaient tout balayé ? Comment aurait-elle pu trouver quelque chose si eux-mêmes n'y étaient pas parvenus ?
Se sentant stupide, une fois de plus, elle poussa un soupir désespéré. Elle n'avait plus qu'à faire demi-tour, à regagner sa maison, son lit, à sombrer dans le sommeil qui la menaçait sans cesse à cause de toute la fatigue accumulée, pour se réveiller une énième fois au terme d'un terrible cauchemar horriblement traumatisant...
Rien à faire : elle ne voulait pas bouger d'ici. Sa vie à l'extérieur n'avait pas l'air séduisante, la seule chose qui l'empêchait de sombrer dans la déprime était ses amis et sa famille. Mais même avec eux à ses côtés, elle se sentait plus seule que jamais. Plus encore que lorsqu'elle avait été seule dans sa cellule durant trois semaines. Certaines choses étaient décidément bien étranges.
Sa baguette ne projetait qu'un petit rai de lumière, insuffisant à éclairer tout le salon. Hermione eut soudain envie de connaître tous les détails de l'atroce scène qui avait dû se produire en son absence, quitte à gratter le sol pour trouver des indices.
- Lumos maxima !
Le rayon s'élargit jusqu'à créer un puissant faisceau qui illumina toute la pièce presque aussi bien que si elle avait appuyé sur l'interrupteur. Prudemment, Hermione s'approcha du centre du salon en regardant autour d'elle avec intérêt. Les vitres brisées laissaient entrer l'air frais de la nuit, la faisant frémir. Des flaques de sang séché léchaient le carrelage glacé, des bouts de verre et des débris divers s'éparpillaient un peu partout. Les murs étaient troués par endroits, tâchés par d'autres, les cadres cassés et séparés de leur tableau. Il ne restait du comptoir derrière lequel ils s'étaient réfugiés qu'un tas de pierres difformes, leurs morceaux gisant à plusieurs mètres de là.
Aucune trace de cadavre. Les aurors avaient dû faire le ménage puis, constatant qu'il n'y avait rien à découvrir, débarrasser le plancher. Voilà donc le verdict : elle n'aurait pas dû venir, les vestiges de la bataille ne lui apporteraient rien.
- Drago, souffla-t-elle dans le silence de la nuit.
La lune lui tournait le dos, les étoiles n'en faisaient qu'à leur tête. Hermione était seule avec les séquelles de son terrible passé.
- Drago, s'il te plaît...
S'il te plaît quoi ? Il était mort, elle le savait, il ne pouvait pas l'entendre, et pourtant...
- Je t'en prie, je ne suis plus rien sans toi... Reviens...
Revenir d'où ? Du fond de la rivière ? Il ne reviendrait jamais, il avait disparu de la surface du globe, elle devait se faire une raison...
- Pourquoi ?
Pourquoi quoi ? Pourquoi était-il mort ? Pourquoi avait-il choisi de la sauver ? Pourquoi la vie était-elle si injuste ? Il lui restait tellement de choses à comprendre dans cet univers de mystères...
« Arrête de vouloir toujours tout comprendre, Granger. »
Il n'avait pas tort, elle s'acharnait tout le temps à tout comprendre, quitte à pousser sa curiosité jusqu'aux extrêmes limites. Jusqu'où était-elle capable d'aller ?
- Tu n'avais pas le droit de mourir, Drago, tu ne devais pas...
« Granger, je veux mourir. »
- C'es faux, personne ne veut mourir, n'est-ce pas ?
« Tu crois vraiment que j'ai envie de m'accrocher, alors que toute mon existence est fichue en l'air ? Alors que ma vie ne s'est limitée qu'à l'apprentissage de magie noire, alors que j'ai enchaîné les pimbêches dans mon lit sans jamais éprouver quoique ce soit pour l'une d'elle ? Alors que la seule chose que l'on m'ait réellement apprise en dix-huit ans d'expérience, c'est que l'amour est une faiblesse ? Alors que je n'ai jamais trouvé la moindre importance à mon existence, quelque chose qui m'empêcherait de mourir à part le fait que je ne pourrais plus m'admirer dans un miroir ? Tu vois, Granger, il n'y a absolument rien qui me retient en vie, rien du tout. Ma famille était peut-être ce qui me rattachait à la vie, mais maintenant ma famille est morte, alors je n'ai plus personne à qui me raccrocher. »
- Tu as moi à qui te raccrocher, Drago... Parce que moi je m'accroche à toi...
Se tordre de douleur au beau milieu du lieu de la bataille qui lui avait coûté la vie était une façon de lui rendre hommage. Hermione avait l'impression de pouvoir le ressusciter à l'évoquer ainsi tout haut, ses paroles portées par la sincérité qui les imprégnait.
- Parce que je t'aime, moi, Drago...
Les paupières fermées, elle visualisait librement son visage pour la première fois. Chaque détail comptait : la courbe de sa mâchoire qu'il crispait si souvent, ses lèvres gourmandes qu'il pinçait quand il était embêté, ses yeux gris qui viraient à l'orage lorsqu'il était énervé... Elle connaissait tout par cœur, jusqu'aux différents sourires qu'il était capable d'esquisser.
- Je t'aime tellement...
En cet instant elle se remémorait le premier vrai sourire qu'il lui avait offert, son sourire d'ange qui avait fait fondre son cœur. Pour quelle raison y avait-elle eu droit, déjà ? Parce qu'elle lui avait promis qu'il n'était pas un monstre, mais un ange, un vrai...
- Tellement...
« L'amour est une faiblesse. »
- Non, Drago, l'amour n'est pas une faiblesse.
Elle sourit ; il avait peut-être souvent raison, en tout cas une chose était absolument certaine : sur ce point-là, il se trompait complètement.
- C'est une force.
Elle souleva lentement ses paupières.
- Je t'aime, Drago.
À la seconde où elle prononça son nom, sa baguette s'illumina d'une clarté éblouissante qui l'aveugla, la forçant à plisser les yeux. La lumière s'intensifia encore le temps d'un battement de cœur tandis que sa baguette tressautait dans sa main. Interdite, Hermione la fixa avec ébahissement, avant d'être finalement convaincue de ne pas avoir rêvé.
Dès que cette pensée eut effleuré son esprit, la clarté lumineuse parut s'envoler par la fenêtre aux vitres cassées, traçant une ligne droite vers l'extérieur. On aurait dit un chemin, comme une étoile qui la guiderait jusqu'à son point d'arrivée.
Finalement, la lune ne l'avait peut-être pas ignorée, les étoiles peut-être pas abandonnée.
- J'arrive, murmura-elle, et ce mot scella sa promesse.
Toute sa fatigue s'était évaporée, tout son chagrin temporairement effacé. Hermione bondit en avant avec énergie. Sa baguette lui indiquait la bonne route, elle ne risquait pas de se tromper. L'espoir enflamma son cœur tandis qu'elle dévalait les escaliers en courant.
Elle passa devant des tas de portes qu'elle ne prit pas la peine de regarder, longea des couloirs interminables qu'elle ne prit pas la peine de compter. Sans savoir comment, elle se retrouva vite dans le hall d'entrée qui lui avait parut si terrifiant quelques minutes plus tôt. Cette fois-ci, elle le traversa en un éclair, faillit glisser sur ce qu'elle imagina être une flaque et se rattrapa de justesse au mur. Elle ne se laissa pas le temps de reprendre son souffle et ouvrit la porte pour se ruer dehors, où la lumière la guidait fidèlement.
L'air lui parut plus frais comparé à l'odeur du sang et du renfermé qui régnait à l'intérieur. Le jardin était toujours aussi désert, toujours aussi effrayant, pourtant elle n'avait plus peur. Comme si la Hermione qui était entrée dans le manoir n'était pas la même que celle qui en sortait.
Elle se mit à claquer des dents, non pas à cause du froid, mais à cause des tonnes d'émotions qui déferlaient en elle, provoquant un ouragan de sentiments. Elle sentait qu'elle était près de quelque chose, de la clé du mystère, qu'elle allait enfin tout savoir, qu'elle allait enfin tout comprendre...
La lumière se prolongeait de l'autre côté du jardin, à un endroit où elle n'était jamais allée. La rivière faisait malheureusement obstacle, et elle resta plantée un instant devant, ne sachant que faire, tandis que son point d'arrivée l'appelait à grands cris. Perçant l'obscurité du regard, elle identifia soudain un petit pont situé à quelques mètres d'elle et courut jusqu'à lui. Le bois craqua légèrement lorsque ses pieds le touchèrent, mais elle parvint à le franchir sans problème. Une fois de l'autre côté, les battements de son cœur s'accélèrent brusquement : elle distinguait en face d'elle une masse plus noire que le reste, juste là où le faisceau de lumière s'arrêtait et plongeait derrière les feuillages.
Le suspens est maintenu !
J'espère ne pas vous avoir déçus...
Merci d'avoir lu
J'attends vos avis avec impatience.
