Hello !
Voilà enfin la suite. Merci de me suivre à nouveau !
J'ai conscience de me laisser un peu trop emporter par mon imagination parfois, mais je vous promets que je fais des efforts. C'est vrai que dans les chapitres précédents il y a eu des moments étranges, mais j'ai repris le contrôle de la situation et la suite me paraît plus cohérente.
En tout cas, je l'espère. Dites-moi ce que vous en pensez, je vous remercie tous ceux qui le font.
Bonne lecture !
20. - Le traître
Son sang ne fit qu'un tour. Elle eut la vague impression de croiser les yeux de Drago car, pendant une brève seconde, leurs regards s'accrochèrent. Lorsqu'il eut détourné la tête, elle s'efforça de contrôler les tremblements de son corps : il ne pouvait pas l'avoir vue, elle était invisible ! Cette remarque la fit douter ; elle baissa les yeux sur son corps tout en resserrant la prise de sa cape autour d'elle.
Les yeux froids de Pansy Parkinson passèrent sur elle sans s'y arrêter. Hermione la détailla avec un frisson : elle avait beaucoup changé en deux mois. Loin de la froussarde complètement idiote qu'elle avait toujours connue, comme Drago, elle dégageait une aura d'assurance qui suffisait à faire comprendre à qui on avait affaire.
Hermione eut une fraction de seconde pour se plaquer contre le mur. Les Mangemorts qui semblaient encadrer Drago la frôlèrent de si près qu'elle sentit les petits cheveux de sa nuque se dresser de terreur. Comment était-ce possible qu'ils n'entendent pas son cœur battre ? C'était le seul son qui se répercutait dans tout son corps, couvrant jusqu'au bruit de leurs pas.
Ils avancèrent dans le couloir et, tandis qu'ils disparaissaient à l'angle du mur, Hermione remarqua que les mains de Drago étaient ligotées derrière son dos. Avaient-ils eu le temps de le faire parler au Veritaserum ? Elle n'avait aucune idée du temps qu'elle avait mis pour les trouver. Impossible donc de deviner ce qui s'était passé.
Quoiqu'il en soit, il ne lui restait qu'une seule chose à faire : les suivre. Il fallait à tout prix qu'elle arrive avant eux sinon Yaxley devinerait qu'elle n'était plus sous l'effet de l'Imperium. D'ailleurs, elle avait aperçu celui-ci à la tête des Mangemorts, mais n'avait pu distinguer l'expression de son visage : il avait revêtu sa cagoule.
Aussitôt, elle se remit en marche, arpentant les couloirs à toute vitesse, avec pour seul guide son instinct. Il aurait fallu trouver un raccourci afin d'être sûre d'y être à temps, cependant, se repérer dans ce manoir était aussi facile que dresser un hippogriffe enragé.
Finalement, après plusieurs minutes qui lui semblèrent être des heures, Hermione parvint à calmer son angoisse, reconnaissant les portes du salon devant elle. Soulagée, elle se faufila par l'entrebâillement de la porte tout en regardant autour d'elle avec attention. Visiblement, le groupe de Mangemorts n'était pas encore revenu ; elle avait eu chaud.
La jeune fille se débarrassa de sa cape d'invisibilité. Pour être sûre de la retrouver, elle la glissa sous le buffet qu'elle avait tant astiqué puis attrapa le même chiffon et reprit son occupation. Moins de dix secondes plus tard, des pas retentirent dans le couloir, accompagnés d'éclats de voix.
Yaxley ouvrit les grandes portes du salon, son regard perçant parcourant la pièce pour s'arrêter sur Hermione qui, de toutes ses forces, feignait l'indifférence. Elle s'acharna sur le buffet en faisant de grands mouvements comme pour être sûre d'enlever toute la saleté. Ses yeux fixaient une ligne tracée dans le bois, son visage n'était qu'un masque indéchiffrable. Elle sut qu'elle avait gagné lorsque Yaxley se tourna vers ses confrères sans plus se préoccuper d'elle.
- Installez-vous, chers Mangemorts, les invita-t-il en désignant les chaises disposées autour de l'immense table. Nous devons parler du KDM.
Encouragés par ses paroles, ceux-ci s'assirent tous autour de la table, à l'exception d'un seul. Son image se reflétait dans le miroir qu'Hermione scrutait, et elle n'eut pas besoin de voir ses mains ligotées dans son dos pour deviner de qui il s'agissait.
Yaxley demeura également debout, jaugeant Drago du regard.
- Alors, Malefoy, tu fais moins le malin à présent, cracha-t-il avec hargne. Tu te rends enfin compte que nous sommes plus puissants que toi. Tu réalises que tu ne peux rien contre nous.
Hermione s'attendait à le voir répliquer avec arrogance, la tête haute ; il n'en fit rien.
- Nous t'avons donné une bonne leçon. Tu as enfin compris qui étaient les maîtres ici ; et ce n'est pas toi. Tu n'es qu'une ordure.
« Vas-y, Drago, l'encouragea mentalement Hermione, dis-leur à quel point tu es puissant. Dis-leur que si ce n'était pas le cas, ils t'auraient déjà tué. Défends-toi comme tu t'es toujours défendu. »
Au lieu de cela, la lionne vit les cheveux blonds de Drago disparaître derrière sa capuche. Elle écarquilla les yeux de stupéfaction : il baissait honteusement la tête.
- Mes frères et moi avons besoin de réfléchir à tout cela, poursuivit Yaxley avec la même froideur dans la voix. À l'écart de toi.
Perplexe, la Gryffondor aperçut son Serpentard préféré acquiescer, comme s'il était d'accord.
- Tu vas donc t'éloigner de nous le temps que le Conseil prenne une décision. Et, pour être sûr que tu ne profiteras pas de ce moment de répit, nous allons t'enfermer.
Les yeux de Yaxley balayèrent la pièce pour finalement croiser ceux d'Hermione, censés être vides, dans le miroir. Un sourire mauvais étira les lèvres du Mangemort.
« Lève-toi. »
Aux paroles du bourreau dans son esprit, Hermione bondit sur ses pieds sans le quitter du regard. Elle lâcha le chiffon d'un geste mécanique et se tourna vers lui, forçant son visage à être aussi détendu que possible.
- Cressida va t'accompagner jusqu'à la cave. Acceptes-tu de me rendre ce service, Cressida ?
« Réponds : avec grand plaisir mon cher cousin. »
- Avec grand plaisir mon cher cousin, opina Hermione avec un sourire feint.
« Dis à Malefoy de te suivre. »
Réprimant son angoisse, la lionne s'adressa ensuite à Drago, dont les yeux bleus-gris l'observaient sans la moindre trace d'émotion.
- Si vous voulez bien me suivre, répéta-t-elle docilement en s'avançant vers la porte.
- Il n'a pas le choix, de toute manière, riposta Yaxley d'un ton cinglant.
On a toujours le choix, Hermione. Hum... pas sûr.
- Bien entendu, confirma-t-elle poliment avant de s'engager dans le couloir, Drago sur ses talons.
Ils descendirent plusieurs escaliers dans le silence complet. Le cœur de la jeune fille tambourinait dans sa poitrine, si fort d'ailleurs qu'il devait résonner dans tout le couloir. Maintes fois, elle tenta, du coin de l'œil, de dévisager Drago. Le savoir vivant, près d'elle, affolait tous ses sens. Mais il intercepta son regard à chaque fois ; rougissante, elle se détourna en se mordant la lèvre inférieure.
Que dire ? Que faire ? Tout lui échappait. Sa seule envie était de se jeter sur lui, sa seule pulsion de l'embrasser à perdre haleine. Mais ces actions l'auraient trahie ; en ce moment, il ignorait que Cressida et Hermione ne faisaient qu'une seule et même personne.
S'il découvrait la vérité, il... Que ferait-il, au juste ?
L'angoisse d'Hermione augmenta d'intensité. Elle ignorait qui il était. Elle ignorait ses intentions. Tout ce qu'elle savait, c'était qu'il lui avait menti. Qu'elle n'avait été qu'un pion dans son jeu. Qu'une marionnette sans importance. Qu'il n'était que mensonge et manipulation.
Alors, s'il découvrait la vérité... il n'en ferait rien. Il fallait qu'elle se rende à l'évidence : cela lui était égal. Elle n'avait absolument aucune importance pour lui, d'ailleurs sans doute avait-il oublié qu'elle était prisonnière et torturée pour ses beaux yeux.
Malgré toutes ces certitudes, Hermione ne regrettait rien. Ni sa séquestration dans le manoir des Malefoy, ni sa fuite de chez elle, ni ses retrouvailles avec lui, ni les baisers échangés, ni le choix de le protéger au péril de sa vie. En dépit de tout, elle n'avait aucun remord, aucun regret.
Était-ce encore une preuve de naïveté, de faiblesse ? Probablement.
- Nous sommes arrivés, annonça-t-elle en ouvrant la porte de la cave dans laquelle elle-même avait été enfermée, séquestrée, torturée.
Elle se détestait d'obéir et de l'enfermer lui, Drago Malefoy, dans le lieu où elle avait tant souffert. Mais désobéir pouvait leur coûter bien plus cher. À tous les deux.
À sa grande surprise, Drago hocha la tête avant de la dépasser pour rentrer dans la cave. L'endroit était étroit, tout fait de blanc mis à part les vilaines traces de sang qui saturaient le sol. On aurait dit de la sauce tomate ; Hermione espéra sans y croire que le Serpentard pensait que Yaxley avait dû faire tomber un pot de sauce tomate qui se serait brisé par terre. Tout pourvu qu'il ignore la vérité.
Les mains toujours solidement attachées, Drago s'appuya contre le mur du fond, l'air décontracté, indifférent, comme s'il s'agissait d'une simple visite. On aurait presque pu croire qu'il s'ennuyait, à ainsi détailler la pièce comme s'il n'avait rien d'autre à faire.
Comment pouvait-il rester si indifférent à son propre sort ? N'était-il pas Drago Malefoy, l'être le plus arrogant, le plus égoïste et surtout le plus égocentrique qu'Hermione ait jamais eu l'occasion de rencontrer ? Celui qui n'était préoccupé que par lui-même ?
Jusque-là, il s'était comporté de manière si étrange qu'il était impossible de deviner ses intentions. Personne n'avait jamais pu lire dans ses pensées, bien entendu, il les dissimulait avec trop d'expertise pour ça, mais la lionne avait eu l'occasion, une seule fois, de le voir emporté par ses émotions, pour moins grave que cela. Se pouvait-il que ça se reproduise ?
- Pouvez-vous cesser de me dévisager ainsi ? Je sais que je suis agréable à contempler mais cela en devient gênant.
Hermione mit quelques secondes à s'extirper de ses pensées. Elle réalisa alors que c'était Drago qui lui avait parlé ; ses joues se colorèrent brusquement de rouge.
- P... pardon, bafouilla-t-elle, prise au dépourvu.
Interloquée de n'avoir trouvé ni sarcasmes, ni arrogance dans sa voix, Hermione ne put s'empêcher de scruter son visage encore une fois. Il était tellement différent, tellement... étrange. Il ne ressemblait pas à lui-même et pourtant... il paraissait vraiment être le même.
- Je... vous... Enfin, je..., commença-t-elle avant de devenir brusquement écarlate à cause de ses bredouillements. Je...
Son angoisse avait atteint une telle intensité qu'elle en avait perdu l'usage de la parole. Hermione ferma les yeux et inspira profondément pour se calmer. Lorsqu'elle les rouvrit, Drago l'observait calmement, sans la moindre trace de quoique ce soit. Impossible de savoir ce qu'il pensait. Autant s'adresser directement à un mur, elle serait sûre d'obtenir le même résultat.
- Par rapport à... tout ça..., murmura-t-elle d'un ton hésitant, indécise sur ce qu'elle allait dire.
Le Serpentard inclina la tête, comme pour l'inviter à poursuivre. Le seul problème était que la jeune fille ne savait pas quoi dire. Pourquoi avait-elle ouvert la bouche ?
- Sache une chose..., lâcha-t-elle finalement d'une petite voix. On a toujours le choix.
Par la barbe de Merlin, pourquoi avait-elle sorti cette phrase ? À quoi bon ? Voulait-elle inconsciemment aider Drago, même s'il paraissait s'en sortir très bien tout seul ? Si oui, pour quelle raison ? Elle-même n'en savait strictement rien.
Pour toute réponse, le jeune homme la dévisagea avec tranquilité. Puis il acquiesça à nouveau.
- Je m'en souviendrai.
S'agissait-il là d'une formule de politesse ou d'une sincère promesse ? Pas le temps de s'en inquiéter, Yaxley allait perdre patience. Avec l'ombre d'un petit sourire crispé, Hermione referma la porte sur Drago Malefoy.
Alors qu'elle marchait en sens inverse, la Gryffondor essayait de calmer les battements précipités de son cœur. Mais il était aussi têtu que son cerveau qui répétait incessamment en boucle : « Je l'ai vu, je l'ai vu, je l'ai vu. »
Elle fut vite arrivée sans savoir comment devant les portes du grand salon. Vite, elle décontracta les traits de son visage, affichant l'impassibilité même. Puis, elle appuya sur la poignée.
- Ah, Cressida ! s'exclama Yaxley lorsqu'elle entra. Notre cher prisonnier est-il confortablement installé dans la cave ?
« Confortablement installé ? » Ben voyons !
- Oui, je l'ai enfermé dans la cave, il n'en sortira pas, assura Hermione en se dirigeant vers le buffet.
- Bien, bien ! approuva le Mangemort avec fierté.
« Continue d'astiquer le buffet, ordonna-t-il d'une voix complètement différente, glaciale, à son esprit. Tu n'entends rien. »
Hermione s'exécuta ; s'emparant de son chiffon habituel, elle reprit les mouvements répétitifs qu'elle avait commencés. Son regard resta vague jusqu'à ce que l'attention de Yaxley se détourne de son esclave.
- Bien, alors, chers frères, le problème est loin d'être résolu. Cette opération est plus compliquée qu'elle n'y paraissait, je sens que le cas Drago Malefoy, autrement appelé KDM, va nous préoccuper encore un moment.
Le KDM ? Ils avaient carrément donné un nom à l'opération ?
- Il nous fait encore douter, se plaignit un Mangemort dont la cagoule était abaissée sur sa tête.
- Il est fort, reconnut un autre.
- Il ira loin, affirma une énième voix.
- Il s'en sort bien, avoua Yaxley, c'est vrai. Cependant, je vous le demande : devons-nous lui faire confiance ?
L'oreille tendue, Hermione se redressa, espérant en apprendre plus sur ce KDM.
- Le Veritaserum a tout révélé, lança alors la voix de fille que la lionne avait entendue précédemment. Et nous sommes d'accord sur un point : il n'a pas pu nous mentir. N'est-ce pas ?
Il y eut un concert d'éclats de voix. Le brouhaha s'amplifia jusqu'à ce que Yaxley abatte son poing sur la table pour réclamer le silence.
- Miss Parkinson a raison, admit-il. Le Veritaserum ne lui a pas laissé le loisir de mentir. Cependant, même si désormais nous sommes sûrs de sa sincérité, il reste à savoir quoi faire de lui.
Hermione n'en revenait pas : la fille qui avait encouragé la mort de Drago Malefoy en brandissant son poing il y a plusieurs minutes n'était autre que Pansy Parkinson ! Elle-même qu'elle avait vue aux côtés de ce dernier durant toutes ses années à Poudlard ! Incroyable.
- Eh bien, faisons ce que j'ai dit tout à l'heure, intervint un autre, qu'Hermione reconnut comme étant Macnair. Gardons-le pour les tâches... non-désirées.
- Que proposes-tu, par exemple ? s'enquit Yaxley d'un air intéressé.
- Je suis certain qu'il y a plusieurs choses que nous n'aimons pas accomplir et qui pourtant sont indispensables, expliqua-t-il. Sommes-nous d'accord sur le fait que notre activité préférée est de traquer et tuer les Sang-de-Bourbes, traîtres à leur sang et moldus ?
Plusieurs Mangemorts opinèrent de la tête.
- Pendant que nous serons en plein travail, monsieur Malefoy pourra s'occuper des tâches que nous évitons. Comme par exemple... s'occuper des prisonniers, chercher des esclaves, préparer les réunions, tout cela sans jamais être au centre de l'agitation. Et, bien sûr, pour être certains qu'il ne pourra pas nous trahir, nous lui ferons faire... le Serment Inviolable.
Hermione sentit sa mâchoire se crisper à la vue du sourire qui déforma le visage de Macnair. Pire encore, les Mangemorts parurent emballés par cette idée ; certains regards s'illuminèrent, certaines bouches se tordirent en une expression mauvaise.
- Alors ? Qu'en pensez-vous ? interrogea Macnair.
- Je trouve cette idée absolument excellente, exulta Yaxley en tapant dans ses mains. Qui est pour ?
Tous les doigts se levèrent sans exception. Chaque visage que la lionne pouvait apercevoir ex-primait une joie sincère.
- Très bien ! Le KDM a donc sa solution. Le seul point négatif est que le poison ne servira pas sur Drago Malefoy...
- Ne parlons pas trop vite, le contredit Pansy Parkinson, qui ne s'était toujours pas débarrassée de sa cagoule. S'il tente quoique ce soit, s'il désobéit aux ordres, personne n'est sûr que le poison ne servira pas...
Qu'est-ce qui clochait, chez cette fille ? Elle avait toujours aimé Drago ! Pourquoi souhaitait-elle sa mort si ardemment ?
Les Mangemorts approuvèrent tous cette idée et c'est sur cette note de bonheur que se termina la réunion du Conseil. Yaxley les salua un à un tandis qu'ils s'en allaient, promettant de garder le traître dans sa cave et de les informer de ces moindres projets. Enfin, il ne resta plus que Yaxley et Hermione, toujours dissimulée sous l'apparence de Cressida, dans l'immense salon.
La jeune fille continuait d'astiquer inlassablement le meuble déjà parfaitement propre. Yaxley enleva sa cape pour la poser sur une chaise. Il se tourna ensuite vers Hermione.
- Stop.
Immédiatement, cette dernière s'immobilisa. Elle leva les yeux vers lui, comme pour attendre un ordre de sa part. Décidément, elle faisait de gros efforts en matière d'obéissance, elle qui n'avait jamais accepté qu'on lui dicte sa conduite.
- Va chercher Drago Malefoy. Ramène-le ici. Tout de suite.
La Gryffondor inclina la tête avant de faire volte-face pour s'enfoncer dans le couloir obscur.
- Et fais attention, ajouta la voix de Yaxley derrière elle.
Hermione ferma brièvement les yeux tout en continuant d'avancer. Elle fut devant la cave en moins de deux minutes, pressée et redoutant à la fois de se trouver devant Drago. Lorsqu'elle ouvrit la porte, celui-ci leva la tête vers elle, les traits de son visage plus impassibles que jamais. Il était assis par terre, entre deux tâches de sang, ses mains ligotées dans son dos. Il avait l'air si innocent ainsi, un ange tombé du ciel.
- M... mon cousin veut te voir...
De quoi avait-elle l'air, à bégayer comme ça ? Elle se sentait si ridicule. Tandis que Drago se levait sans paraître remarquer son trouble, elle lui tourna le dos pour qu'il ne voie pas ses joues rouges. Elle allait finir par se trahir toute seule...
La lionne se remit en marche sans vérifier qu'il la suivait. Ce ne fut que quand elle entendit ses pas derrière elle qu'elle fut certaine qu'il avait obéi. Sans un mot, ils montèrent les étages jusqu'au grand salon où les attendait Yaxley, son habituelle expression cruelle peinte sur son visage.
- Merci, Cressida, dit-il.
D'un geste, il lui indiqua la table.
- Peux-tu me rendre un autre service et nettoyer cette table, je te prie ? Cela m'aiderait beaucoup.
« Réponds : avec plaisir, cher cousin. »
- Avec plaisir, cher cousin.
Le sourire crispé qui ornait son visage avait tout de faux mais personne ne fit de remarque. Hermione s'empressa d'attraper le chiffon et de répéter inlassablement les mêmes mouvements qu'elle avait entrepris avec le buffet. Du coin de l'œil, elle surveillait Yaxley et Drago.
- Assieds-toi, exigea Yaxley d'une voix de glace.
Sans opposer de résistance, Drago obtempéra.
- Mes frères et moi avons décidé de ton sort, commença le Mangemort en tournant lentement autour de la chaise sur laquelle était installé Drago. Après t'avoir testé au Veritaserum, nous nous sommes bel et bien rendus compte que tu ne nous avais pas menti. Impossible de mentir, donc... impossible de trahir. N'est-ce pas ?
Les yeux baissés, Drago hocha doucement la tête.
- Mais impossible également de te faire pleinement confiance après les sales coups que tu nous a fait, enchaîna Yaxley sans le quitter des yeux. Nous t'avons donc trouvé quelques... activités indispensables pour notre groupe qui garantissent en même temps notre sécurité à tous.
Hermione sentait des gouttes de sueur perler sur son front. Elle n'avait jamais, au grand jamais, vu Drago dans cet état-là. Se laisser marcher sur les pieds, se laisser contrôler, accepter que quelqu'un d'autre décide de son propre sort... tout cela sans protester. Sans lever le petit doigt pour que cela change. Qu'avait-il donc derrière la tête ?
- J'espère que tu as conscience qu'il faudra beaucoup de temps avant que nous puissions t'accorder notre confiance, comme avant. Beaucoup, beaucoup de temps. Beaucoup de preuves de ta fidélité. En admettant, bien sûr, que cela puisse se reproduire un jour.
La Gryffondor fronça les sourcils : ainsi, Drago cherchait réellement à avoir leur confiance simple et totale, comme avant ? Il avait donc vraiment décidé de revenir vers eux ?
- Réponds-moi, ordonna le Mangemort. As-tu conscience de toutes ces conditions ?
Avec stupeur, Hermione le vit acquiescer.
- J'ai conscience de ces conditions, objecta Drago d'une voix qui parut pratiquement inconnue à Hermione, une voix tranquille, posée, sans la moindre trace de sarcasmes ou d'arrogance, une voix qu'elle seule avait déjà eu l'occasion d'entendre une fois, lorsqu'il lui avait dit qu'il l'aimait. J'ai conscience que rien n'est encore gagné, mais je persisterai, je ferai tout ce que vous me demanderez, afin d'être sûr que vous me l'accorderez.
Gonflé de fierté,Yaxley parut satisfait de ces paroles. Quelle prétention de croire que le monde entier était à ses pieds ! Un jour, son égocentrisme lui perdrait, Hermione en était persuadée...
- Je vais donc t'annoncer quelles tâches vont t'être attribuées. Tu pourras aider ma cousine Cressida à nettoyer un peu mon manoir, il est si grand que vous ne serez pas de trop à deux. Ensuite, tu auras le privilège de t'occuper des prisonniers, et même, peut-être, de choisir les esclaves parmi les plus performants d'entre eux... Ce sont les tâches qui te sont réservées au début, bien entendu, tu n'as nullement le droit de sortir de cette demeure. Si tu acquiers suffisamment de points auprès de tes maîtres, les Mangemorts et moi-même, tu pourras passer au niveau supérieur, c'est-à-dire que les tâches deviendront plus agréables pour toi. En revanche, au moindre dérapage... tu le paieras du moyen le plus coûteux. Me suis-je bien fait comprendre ?
Cette fois, Drago regardait Yaxley droit dans les yeux.
- Oui.
Ils se mesurèrent du regard quelques secondes durant lesquelles Hermione resta pétrifiée. Finale-ment, elle fut outrée de voir Drago briser le lien pour baisser à nouveau la tête.
Où était passé le véritable Drago Malefoy ?
- Pour finir la journée en beauté, je vais aller me coucher. Cressida va te reconduire dans la cave.
À ces mots, Yaxley ajouta dans l'esprit d'Hermione alias Cressida : « Exécution. »
- Veuillez me suivre, décréta machinalement la lionne en sortant du salon.
Elle n'attendit pas d'être sûre qu'il s'exécutait ; ignorant les battements précipités de son cœur qui prenait conscience de sa présence près d'elle, la Gryffondor descendit tous les étages jusqu'à la cave. Une fois devant la porte, elle ouvrit celle-ci et attendit que Drago entre dans la pièce. Redoutant de croiser son regard de peur qu'il la reconnaisse, elle gardait les yeux baissés sur le carrelage blanc, attendant d'apercevoir ses pieds passer devant elle.
En effet, elle fixa ses chaussures lorsqu'elles apparurent dans son champ de vision ; cependant, elle fut si étonnée de les y voir s'arrêter qu'elle releva la tête, le regard interrogateur.
« Aïe. »
Aussitôt, elle fut prisonnière des yeux bleus-gris, elle se noya dans cet océan infini.
- Tu n'es pas sa cousine, n'est-ce pas ?
Pétrifiée, Hermione demeura incapable de répondre. Ni d'articuler quoique ce soit, ni de bouger ne serait-ce que le petit doigt, ni de battre des paupières. Immobilisée. Contrôlée.
- Quelqu'un de très intelligent m'a dit, un jour, que l'on a toujours le choix. Jusque-là, je n'avais jamais compris le sens de sa phrase. Certains événements peuvent prêter à confusion ; on peut croire qu'un seul choix nous est offert. Eh bien, j'ai récemment appris le sens de cette phrase. J'ai compris tout ce qui se cachait derrière.
Toujours sous l'emprise de son regard de feu, Hermione buvait la moindre de ses paroles. Son esprit ne put s'empêcher de les analyser, et, par la même occasion, d'essayer de comprendre. Qu'est-ce qui se cachait derrière cette affirmation ?
Et... quel événement avait pu lui faire comprendre le sens de cette phrase ?
- J'ai compris par cette phrase que j'avais plusieurs choix dans ma vie. En fait, que je n'ai que ça. Que moi seul ai le pouvoir de contrôler mon destin. Personne ne peut le faire à ma place. Personne, tu m'entends ?
Les yeux rivés sur elle, il parlait sans que la moindre expression traverse son visage. Une question taraudait Hermione : l'avait-il démasquée ?
Si oui, ce n'était pas la réaction à laquelle elle se serait attendue...
- Je te dis ça, Cressida, parce que tu as le pouvoir de décider si tu veux que ton soi-disant cousin prenne le contrôle de ta vie. N'est-il pas en train de se servir de toi, en ce moment-même ? Es-tu d'accord pour qu'il te traite ainsi ?
Hermione se retint de froncer les sourcils, confuse. Apparemment, Drago n'avait pas deviné qui se cachait derrière l'apparence de cette Cressida inexistante.
- Même si tu penses que tu ne peux pas t'en sortir, il existe toujours un moyen. Ce que cette personne m'a appris avec cette phrase, c'est qu'il y a une solution à tous les problèmes... et que, s'il n'existe aucune solution, c'est qu'il n'y a pas de problème.
Sur ces propos ponctués d'un hochement de tête, Drago se faufila dans la cave et s'assit par terre, comme précédemment. Légèrement désorientée, Hermione hésita quelques secondes avant de refermer la porte derrière lui. Elle s'éloigna ensuite d'un pas maladroit, ressassant en boucle dans sa tête les paroles de son Serpentard préféré, à la fois heureuse qu'il lui ai adressé la parole et désespérée qu'à ce moment-là il ait regardé Cressida droit dans les yeux, et non la vraie Hermione.
J'attends vos avis avec impatience.
A bientôt !
