re-Hello
Vous allez vous habituer à avoir deux chapitres à la suite, ça va vous faire tout drôle quand je reviendrai à la normale xD
Allez, retournons chez notre Dragonounichet d'amour !
31. - Obsession
- C'est toi, Drago ?
La porte claqua si brutalement qu'elle aurait projeté Hermione en arrière si elle avait été réelle. Désemparée, celle-ci leva les yeux vers Narcissa qui venait d'apparaître en haut de l'escalier.
- Oh, mon chéri, justement je...
Le reste de sa phrase mourut sur ses lèvres. Son regard venait de se poser sur la jeune fille qui volait dans les airs, maintenue à quelques centimètres du sol par la magie. Elle fronça les sourcils, examinant le corps pour tenter d'en découvrir l'identité.
- Qui est-ce ?
Malefoy répondit du tac au tac.
- Granger.
- Hermione Granger ? La grande amie d'Harry Potter ? s'étonna Narcissa en descendant lentement. Je ne l'avais pas reconnue. Que lui est-il arrivé ? Pourquoi est-elle dans cet état ?
La vraie Hermione étudia à son tour son souvenir. Elle était couverte de boue, d'écorchures et de sang ; ses cheveux emmêlés étaient encore plus volumineux que d'habitude. Il n'était pas surprenant que Narcissa se pose des questions.
Un bref instant, la lionne se demanda ce que la jeune femme pensait d'elle. La haïssait-elle autant que son mari et son fils ? Inconsciemment, elle avait grand espoir que non.
- Je vais la soigner, la rassura Malefoy, coupant court à ses interrogations.
- Est-elle... ?
- Non, elle est seulement blessée.
À présent, Narcissa était parvenue en bas de l'escalier du grand hall.
- Que se passe-t-il, Drago ?
L'expression de son visage devint brusquement très inquiète. La Gryffondor se tourna vers lui et s'aperçut que Malefoy n'avait toujours pas remis son masque. En effet, le Serpentard avait l'air perturbé, même s'il parvenait quand même à le dissimuler légèrement.
Il détourna la tête, se mordant nerveusement la lèvre inférieure.
- Rien, ne t'inquiète pas.
- Drago..., l'encouragea sa mère d'une voix douce.
Elle s'approcha et lui toucha le bras.
- Pourquoi est-elle dans cet état ?
Elle effleura le sang qui coulait le long du flanc de la jeune fille ; à cet instant, Hermione sut qu'elle n'éprouvait aucune haine envers elle. Sinon, pourquoi son geste aurait-il été aussi affectueux ?
- Ce sont les Mangemorts, lâcha enfin Malefoy d'une voix sans âme.
Il avait une façon de parler de ses confrères qui l'excluait toujours du groupe, comme s'il n'en faisait pas partie.
- Oh, murmura Narcissa, qui avait l'air de comprendre.
Mais comprendre quoi ?
- Ils lui ont tendu un piège et l'ont pourchassée dans la forêt, poursuivit-il sur le même ton. Elle est tombée et s'est blessée.
Pendant qu'il parlait, Hermione se rendit compte qu'elle n'avait cessé de fixer sa bouche qu'il continuait de mordre. Elle avait tellement envie de...
« Non, s'arrêta-t-elle intérieurement. Stop. »
- Va vite la soigner, Drago, proposa Narcissa avec empressement.
Son regard signifiait bien que si elle ne posait pas plus de questions, elle n'en savait pas moins. Malefoy hocha la tête mais ne bougea pas. Ses yeux étaient plantés dans ceux de sa mère.
Hermione devina qu'il se passait quelque chose de spécial entre eux à cet instant, même si elle ignorait quoi exactement. Elle se contenta donc d'assister à leur échange silencieux sans rien y comprendre.
- Maman..., commença finalement Malefoy au bout de quelques secondes.
Mais elle leva une main pour l'arrêter.
- Non, mon chéri, je ne dirais rien. Mais je le sais depuis longtemps. Et je ne me permettrai aucun commentaire, c'est promis.
Le Serpentard ouvrit la bouche, sans doute avec l'intention de répliquer, mais aucun son ne sortit. Il la referma lentement sans rien dire, visiblement à court d'arguments.
- Je ne vois pas de quoi tu parles, se braqua-t-il.
Cependant, le ton de sa voix n'était ni dur ni tremblant ; plutôt à mi-chemin entre les deux, comme s'il hésitait pour lequel opter.
Narcissa acquiesça lentement.
- Tu finiras par comprendre.
Les sourcils de Malefoy se froncèrent et ses yeux virèrent à l'orage ; néanmoins, il n'y avait aucune trace de mépris ou de haine à l'égard de sa mère, seulement un semblant de colère qui paraissait échapper à son contrôle.
Lorqu'il détourna la tête en crispant la mâchoire, Hermione comprit que cette colère n'était pas dirigée contre sa mère, mais contre lui-même.
- Je l'embarque, informa-t-il avant de faire volte-face, emmenant avec lui le corps de la jeune fille.
Il s'enfonça dans le sous-sol d'une démarche précipitée et lourde. Un véritable dilemme avait l'air de faire rage dans sa tête. La sienne pleine de questions, Hermione le suivit, se retenant à grand peine de les lui bombarder, puisque de toute façon, il ne l'entendrait pas.
« Moi qui déteste ne rien comprendre, j'ai vraiment choisi la meilleure personne à qui explorer les souvenirs ! » se plaignit-elle. Mais quand elle repensa à la véritable raison pour laquelle elle était ici, sa mauvaise humeur s'envola, laissant place à la tristesse qui menaçait depuis le temps qu'elle la repoussait.
« N'y pense pas, s'intima-t-elle une énième fois. N'y pense surtout pas. »
Elle se concentra sur Malefoy, qui venait d'arriver dans les cachots qu'elle connaissait si bien. Il déposa son souvenir au sol, leva le sortilège, puis s'accroupit à ses côtés. La Gryffondor se pencha sur elle-même : les yeux clos, le teint translucide, du sang partout, on aurait vraiment pu croire qu'elle était morte. Un instant, elle eut peur qu'après tout le temps qu'il avait perdu, elle ait pu mourir ; puis sa raison revint. Si son souvenir était mort, elle ne serait pas là à le contempler.
La baguette du Serpentard se pointa d'abord sur son flanc droit ; d'un sortilège, il nettoya la plaie et la referma délicatement. Puis il soigna çà et là les blessures qui saturaient son corps, utilisant chaque fois une incantation informulée. Au bout de quelques minutes, il ne resta plus que le sang séché qui collait à ses vêtements sales et déchirés.
Malefoy se redressa, contemplant le corps d'Hermione Granger sans rien dire. La lionne put voir sur son visage pour une fois expressif le reste des traces de la colère qu'il ressentait ; quand il la regardait, une véritable tempête semblait se déchaîner dans son esprit. En tout cas, ses traits étaient durs, et de temps en temps, un tic agitait une de ses paupières.
Soudain, la jeune fille inanimée tressaillit ; aussitôt, le masque de Drago Malefoy se remit en place, d'une manière tellement mécanique que la vraie Hermione en fut éberluée. Il se releva, sentant probablement qu'elle ne tarderait pas à reprendre conscience. Debout au-dessus d'elle, il parut hésiter quelques secondes sans bouger, puis finalement, il sortit de la cellule et scella la porte. Il demeura un instant devant les barreaux avant de s'éloigner à grands pas dans le couloir obscur.
Le soleil se couchait, mais les cachots captaient un peu de sa lumière ; Hermione en déduisit donc qu'elle ne se réveillerait que plus tard, car elle se souvenait parfaitement s'être retrouvée dans le noir le plus total pendant un long moment.
Alors qu'elle s'apprêtait à rejoindre Malefoy qui avait bientôt atteint l'escalier, la lumière de l'extérieur, pourtant si faible, augmenta tout à coup d'intensité, comme si le soleil remontait dans le ciel à une vitesse folle ; elle devina que cet événement signalait l'arrivée d'un autre souvenir.
En effet, le Serpentard apparut au bout de ce même couloir qu'il venait de parcourir dans l'autre sens. Il s'arrêta devant la cellule de la jeune fille, constata qu'elle ne bougeait pas, poussa un soupir profondément agacé, puis s'assit sur le sol de pierre gelé.
L'instant d'après, Hermione se vit immerger en faisant la grimace.
- Je vais finir par crever dans ce trou à rat ! maugréa-t-elle d'une voix rauque qui donna des frissons de honte à son futur.
- Si j'étais toi, je ne me plaindrais pas, Granger.
Celle-ci sursauta et tourna la tête dans tous les sens.
- Malefoy ?
- Qui d'autre ?
- Qu'est-ce que tu fiches là ?
La vraie Hermione, qui savait exactement ce qui se passait dans cette conversation, se contenta d'observer calmement Malefoy, comme elle le faisait depuis qu'elle s'était incrustée dans ses souvenirs. Elle n'avait jamais compris pourquoi il avait pris la peine de venir la voir, de s'assoir à côté d'elle dans le noir, de... Une minute. Dans le noir ?
Tandis qu'ils continuaient de se chamailler, elle scruta les cachots, perplexe. Le soleil était bel et bien présent. La lumière n'inondait pas l'endroit, mais elle était quand même là. Et pourtant, la Gryffondor se souvenait s'être plaint plusieurs fois de l'obscurité. La preuve était juste devant elle, derrière les barreaux.
Son regard se posa à nouveau sur Malefoy. Pas de doute, il la regardait bien, enfin, son souvenir pas elle, ce qui signifiait qu'il pouvait la voir. Mais alors pourquoi avait-elle été plongée dans le noir si longtemps ?
- On dit quoi à son Serpentard préféré, Granger ?
La voix de Malefoy lui parvint, la ramenant à l'instant présent. Son moi du passé venait de trouver la petite bouteille d'eau qu'il lui avait apporté, et il cherchait maintenant sa reconnaissance.
Simultanément, elles levèrent toutes les deux les yeux au ciel.
- Merci pour l'eau, Malefoy, fit la Hermione du souvenir.
- Pas que pour l'eau, Granger.
- Et pour quoi encore ?
- Oh, je sais pas, moi, juste un petit truc du genre... ta vie.
Elle soupira, puis céda.
- Je déteste te remercier, Malefoy, mais merci pour ma vie.
Celui-ci se contenta de la fixer sans rien dire, et, évidemment, elle ne s'en rendit pas compte.
Le silence s'installa. La vraie Hermione se souvenait parfaitement de tout ce qui se passerait, c'est pour cela qu'elle attendit que son moi du passé reprenne la parole, une fois qu'elle aurait abandonné ses réflexions. C'était tellement étrange de s'observer soi-même, ou même d'observer les autres sans qu'ils ne puissent s'apercevoir de sa présence.
Enfin, la jeune fille demanda :
- Pourquoi il fait si noir, Malefoy ?
Son futur connaissait la réponse, mais elle souhaitait quand même assister à ce moment pour tenter de décrypter l'indéchiffrabilité du Serpentard.
Comme dans son souvenir, il ricana.
- Y a un truc que tu dois savoir, Granger, et que je suis étonné que tu ne saches pas pour une miss-je-sais-tout : quand il fait tout noir, ça s'appelle la nuit.
Hermione se pencha vers lui, si près que si elle avait été réelle, elle aurait senti son souffle sur son visage, ce qu'elle regrettait. Il continuait de la regarder, d'une façon qui lui rappelait quelque chose... En fouillant dans sa mémoire, elle se rappela l'un de ses souvenirs précédents, lorsqu'elle l'avait vu, au bal de Noël à Poudlard, la contempler ainsi pendant qu'elle dansait avec ses amis. C'était exactement le même regard, un regard qu'elle ne parvenait pas à saisir.
- Quelle précieuse information, Malefoy, je te remercie de me la donner.
Quelque chose clochait. Pourquoi le Serpentard avait-il droit à la lumière du jour et pas sa prisonnière ? Cette question hantait Hermione, pendant que les deux ennemis continuaient de se disputer.
- Et si tu arrêtais les sarcasmes, pour une fois ? Je voulais engager la conversation en te faisant remarquer que depuis que je suis ici, il fait sans cesse noir.
- Et si je te répondais que c'est parce qu'il fait nuit, Granger ?
Pas de doute, si Malefoy lui servait le même discours de cette manière, c'était parce qu'il ne voulait pas lui avouer la véritable raison de l'obscurité qui l'entourait. Ce qui amena donc la lionne à échaffauder une théorie : il lui avait jeté un sortilège qui la plongeait dans le noir, exactement de la même façon que les Mangemorts dans la forêt. Mais pour quelle raison, cette fois ?
Elle attendit que la conversation défile jusqu'à un moment qui l'intéressait plus particulièrement.
- Qu'est-ce que tu fais ici, Malefoy ? demanda son double.
Là, Hermione se focalisa à nouveau sur le jeune homme. Il poussa un profond soupir qui était passé pour de l'exaspération à ce moment-là, mais qui en réalité était plutôt colérique. On aurait dit que... que Malefoy se posait exactement la même question.
- T'as pas fini, Granger ? T'en as pas marre de poser sans cesse les mêmes questions ?
- Et toi, t'en as pas marre de ne pas m'apporter les réponses ?
- Si tu veux que je m'en aille, dis-le tout de suite ! Surtout ne crois pas que j'ai pitié de toi.
Aussitôt après avoir riposté, le Serpentard se mordit la lèvre, comme s'il souhaitait ravaler ses mots.
- Ce n'est pas ce que je crois. Et justement, c'est pour cette raison que je te le demande.
Face au calme de la jeune fille, il parut s'énerver. Il avait l'air complètement perdu.
- Contente-toi plutôt de profiter au lieu de chercher une raison de me faire partir !
- Je ne cherche pas une raison de te faire partir !
- Tant mieux, parce que là j'en ai tellement que je me demande pourquoi je reste !
- Eh bien, vas-y, alors ! Je ne te retiens pas ! Pars !
Son souvenir avait crié. Furieux, Malefoy se leva et s'en alla à grands pas, le visage rouge de colère. Il grimpa les escaliers quatre à quatre, traversa le hall à toute vitesse et parcourut des couloirs, apparemment sans savoir où il allait. Il finit par s'arrêter, commença à tourner en rond, tentant de se calmer. Même lorsqu'il enfonça son poing dans le mur, sa fureur ne parut pas s'atténuer.
Les phalanges ensanglantées, il se laissa glisser le long du mur, la tête entre les mains. Apeurée, bien que sa place ici ne soit pas la réalité, Hermione attendit quelques secondes avant d'oser s'avancer. Chaque cellule de son corps la poussait vers lui. Pouvoir enfin connaître ses émotions était inattendu, étrange, excitant, mais surtout terriblement attirant. Elle avait sous ses yeux la preuve qu'il était un être humain doté de sentiments. Et rien que pour cela, sa haine à son égard perdait de son importance.
Alors que sa respiration saccadée reprenait peu à peu son rythme normal, une porte s'ouvrit juste en face, et Narcissa sortit de la pièce.
- Drago ?
Le voir dans cet état avait l'air de la surprendre autant qu'Hermione ; mais elle se contenta de s'asseoir à côté de lui dans le couloir. Il releva enfin la tête, montrant son expression désorientée.
- Je ne sais pas quoi faire, admit-il dans un souffle.
Sa mère avait l'air de ne pas vouloir le brusquer.
- Je sais, mon bébé. Mais je sais aussi que tu feras le bon choix.
Elle ne le touchait pas, sans doute parce qu'il n'aurait pas apprécié, mais on sentait que sa présence lui faisait du bien.
À cet instant, ils disparurent tous les deux, en même temps que l'interminable couloir à la moquette rouge. Hermione se retrouva dans le hall, entre Malefoy et Narcissa. À en juger par la distance qui les séparait ainsi que l'expression terrifiante qu'arborait le Serpentard, il était encore fou de rage, et sa mère tentait de comprendre sans pour autant le forcer à quoique ce soit.
- Je dois la rendre aux Mangemorts, expliquait-il d'un ton calme mais d'une voix tellement blanche qu'Hermione eut l'impression d'être plongée dans un seau d'eau glacée. Je n'ai pas le choix.
- Qu'en pensent-ils ? s'enquit Narcissa doucement.
- Ils pensent que je la torture.
- Et... c'est le cas ?
- Non.
Ses yeux lançaient des éclairs qui auraient arrêté le plus terrifiant des dragons en pleine course.
- Alors pourquoi voudraient-ils la reprendre ?
La voix de sa mère était posée, avenante, pourtant la fureur ne disparut pas du regard de Malefoy.
- Ils la veulent depuis tellement longtemps. Ils l'ont traquée pendant des semaines. Ils veulent la torturer jusqu'à ce que leurs peaux s'imprègnent de son sang. Ils veulent la voir souffrir autant qu'eux souffrent de la mort du Seigneur des Ténèbres.
Ses traits étaient si tendus qu'il en devenait effrayant. Hermione n'arrivait pas à savoir ce que ses propres paroles lui faisaient. Les approuvait-il ou les méprisait-il ?
- Fais-leur croire que tu fais ton caprice, proposa gentiment Narcissa. Que toi aussi, tu veux ta vengeance, que tu estimes que c'est à toi que revient cette tâche.
Les yeux de glace du Serpentard se fichèrent dans ceux de sa mère.
- Je ne la leur livrerai pas.
Sa voix parut brusquement lointaine, sa silhouette devint floue, ainsi que celle de Narcissa. Le décor changea : en une seconde, la Gryffondor fut dans la chambre de Malefoy, en face du jeune homme qui était assis sur son lit, le visage entre les mains. Il inspirait profondément, puis expirait longuement, sans doute dans le but d'évacuer de la colère ou de l'angoisse. Enfin, le connaissant, il devait plutôt s'agir de colère, pour ne pas dire de rage à l'état pur.
Soudain, il se leva et frappa le mur de toutes ses forces, confirmant les soupçons de la jeune fille. Ses phalanges craquèrent et le sang se mit à couler à flot, mais le Serpentard se contenta de l'observer s'échapper de sa blessure sans rien dire, sans même paraître souffrir. Hermione, qui fixait sa main avec horreur, songea qu'il avait dû subir quotidiennement une douleur bien supérieure à celle-ci, pour qu'elle lui fasse aussi peu d'effet.
Puis son regard divagua jusqu'au miroir accroché au mur, du sol au plafond. Il contempla son reflet, la mâchoire crispée, pendant un long moment avant de lâcher dans un souffle rauque :
- Pourquoi est-ce que je lui ai parlé de moi ? Comment ai-je pu être aussi stupide ?
Ces questions étaient manifestement destinées à son reflet, mais il n'obtint aucune réponse.
- Comment ai-je pu dire à Granger qu'elle avait raison à mon sujet ?
Celle-ci fronça les sourcils, fouillant dans sa mémoire. Enfin, elle se souvint de ce qu'il lui avait confié un jour à propos de lui, qu'il avait dû énormément regretter après à en juger par le comportement qu'il avait eu par la suite : « Tu as toujours eu raison, Granger. Je suis un éternel égoïste, lâche et égocentrique. J'ai abandonné ma famille pour sauver ma peau. Certes, ma famille ne m'avait jamais vraiment gâté. Mais elle restait ma famille, et moi je l'ai laissée derrière moi. Je crois que même toi, tu ne pourras jamais voir du bon en quelqu'un qui s'appelle Drago Malefoy. »
- Mais qu'est-ce qui m'arrive ?
Alors que le désespoir s'affichait clairement sur son visage décomposé, il devint transparent avant de disparaître totalement pour réapparaître faisant les cent pas dans un salon aux couleurs argent, faisant onduler sa longue cape derrière lui. Comme les autres fois, il paraissait être véritablement torturé de l'intérieur ; en face de lui se tenait sa mère, dont l'inquiétude semblait avoir atteint son plus haut point.
- Comment va Hermione Granger ? interrogea-t-elle, le front plissé, suivant les mouvements de va-et-vient de son fils.
- Elle a abandonné. Elle a cessé d'y croire, cessé de se battre. Elle fait honte à sa maison.
Impossible de déterminer les sentiments exacts qu'il avait en lui. D'un côté, sa voix était neutre, mais de l'autre, il s'intéressait quand même à l'état d'esprit de sa prisonnière. La lionne en était stupéfaite.
- Encourage-la, peut-être, suggéra Narcissa.
Le regard qu'il lui adressa la fit immédiatement changer d'avis.
- Ou alors, pousse-la à bout, jusqu'à ce qu'elle sorte de ses gonds et qu'elle décide elle-même de se battre pour rester en vie.
Malefoy s'arrêta net. Lentement, il se tourna vers sa mère, les traits de son visage se détendant peu à peu. Quelque chose dans son attitude laissait supposer que cette proposition était, à ses yeux, peut-être la seule solution.
Tandis que le souvenir s'en allait, Hermione enregistra rapidement cette information, tellement abasourdie qu'elle en restait bouche bée. Alors, si Malefoy avait été si infect avec elle pendant un certain temps, c'était parce qu'il voulait la pousser jusqu'à ses limites afin qu'elle sorte de ses gonds et se décide à manger et à y croire à nouveau ? En vérité, son attitude insupportable avait pour unique but de l'aider à s'en sortir ?
Sa stupéfaction était à son comble. C'était incohérent, inenvisageable, impossible. Et pourtant, la preuve était devant ses yeux.
- Ma propre stratégie s'est retournée contre moi-même, fulminait-il, les poings tellement serrés que ses phalanges en blanchissaient. C'est elle qui a tenté de me pousser à bout pour que je l'achève.
Narcissa garda son calme, comme si son comportement pouvait influencer l'humeur de son fils.
- Et le pire..., reprit Malefoy d'une voix tremblante de rage, c'est que ça a failli marcher. Je l'ai torturée une seconde, mais j'étais tellement furieux que sa souffrance a valu au moins trente minutes de torture normale. Et ensuite, j'ai manqué de la tuer pour lui montrer ce que j'avais dans les tripes.
Grinçant pratiquement des dents, il releva la tête vers sa mère, des larmes naissantes au coin de ses yeux gris.
- J'ai utilisé la torture sur elle. Granger.
Narcissa le regarda un instant avec douceur, puis posa une main sur son épaule.
- Drago, tu as torturé une dizaine de personnes sur ordre de ton père ou du Seigneur des Ténèbres sans jamais te sentir mal. Pourquoi est-ce différent avec elle ?
Il frémit imperceptiblement.
- Je l'ignore. Mais je n'ai jamais voulu la torturer.
Il déglutit.
- Tout est différent avec elle.
L'ombre d'un sourire effleura les lèvres de Narcissa, juste au moment où un voile noir tombait sur la scène, comme à la fin d'un spectacle. Ce dernier s'envola la seconde suivante, dévoilant les cachots, Hermione derrière les barreaux et Malefoy dans le couloir, tous deux assis sur le sol de pierre gelé. La jeune fille était furieuse et se mordait le poing pour ne pas hurler. Le Serpentard, quant à lui, semblait d'humeur moqueuse.
- Tu me fais rire, Granger. Tu es tellement... prévisible. On peut dire aussi que tu es naïve, naïve comme je n'ai jamais vu personne l'être. Tu vois du bon en tout le monde, même dans les pires salopards. Tu penses que tout le monde peut se rattraper, racheter ses erreurs en commettant des actes d'une bonté que tu juges extraordinaire par rapport aux faits habituels. Tu crois que l'on peut effacer ses crimes comme ça, simplement en assurant qu'on est désolé, qu'on ne recommencera plus. Mais tout le monde n'est pas aussi gentil que tu le crois, Granger. Il y a des gens qui sont nés pour faire le mal, c'est la vie.
Il marqua une pause durant laquelle il baissa légèrement la tête, comme si... comme si c'était lui-même qu'il venait de mentionner. Alors qu'il prenait la suite de son monologue, Hermione s'approcha de lui comme à son habitude pour étudier scrupuleusement l'expression de son visage. Il y avait une lueur dans ses yeux qui étincelait. Elle ne l'avait pas remarquée sur le coup car elle était trop loin, derrière les barreaux, et furax qui plus est. Mais cette lueur qui animait son regard était plus révélatrice que ses paroles : elle exprimait clairement que ses propos n'étaient pas anodins, que, quelque part, il avait souhaité lui faire passer un message, ou peut-être l'avait-il voulu inconsciemment. Peut-être que ce qu'il lui reprochait là était en réalité... ce qu'il admirait le plus chez elle.
Ou alors, elle était folle à lier et se berçait d'illusion. Mais pourtant le ton de sa voix n'était pas agressif ; il avait l'air de vraiment penser ce qu'il disait, mais il était envisageable qu'il la trouve totalement stupide tout en admirant, d'une certaine façon, tous ces « défauts » qui la rendaient stupide.
Lorsqu'il quitta les cachots, laissant une Hermione éberluée derrière lui, la Gryffondor se jeta sur ses pas sans cesser de l'examiner minutieusement. Alors qu'il montait les escaliers en fronçant les sourcils, il murmura pour lui-même :
- Parfois, j'aimerais bien qu'elle ait raison.
Les motivations de Dragounet deviennent un peu plus claires... J'espère que ces deux chapitres vous ont plu.
Merci d'avoir lu !
J'attends vos avis avec impatience
