Hi !

Voici la suite comme promis.

Bonne lecture !


33. - Sauvetage et dérapage

- Ne tire pas cette tronche, Granger, il l'avait bien mérité.

C'était le moment où Malefoy allait essayer de la convaincre qu'il n'avait pas pu agir autrement. Si Hermione s'en rappelait très bien, elle suivit quand même attentivement la conversation.

- Tu n'as jamais vu personne mourir ou quoi ?

Le Serpentard avait beau tenter de la faire réagir, la jeune fille était trop choquée pour articuler quoique ce soit. Pourtant, il était clair que la voir dans cet état ne lui plaisait pas.

- Oh, Granger ! Reviens sur Terre ! Dolohov était une vraie merde.

Toujours aucun signe de son interlocutrice. Abandonnant son air contrarié, il poussa un petit soupir.

- Je suis désolé, mais je n'avais pas le choix.

Les excuses de la part d'un Malefoy étant rarissimes, la vraie Hermione savoura ces trois mots.

- On a toujours le choix, Malefoy, répliqua son double d'une voix blanche sans quitter des yeux la masse noire qui gisait à ses pieds.

- Pas quand on est Mangemort, la contredit celui-ci, apparemment soulagé qu'elle ait enfin ouvert la bouche. Si l'on veut se faire respecter, il faut savoir fixer des limites.

- Tu n'étais quand même pas obligé de le... de le... de le...

- Que voulais-tu que je fasse ? s'emporta le jeune homme, manifestement préoccupé par la réaction de sa prisonnière. Que je le menace ? Les menaces ne servent à rien, Granger, quand elles ne sont pas mises à exécution. Et puis, il avait déjà été prévenu.

- Ah oui ? souligna-t-elle en levant les yeux vers lui. Pour avoir fait quoi ?

Brusquement, le visage de Malefoy se ferma. Il ne pipa mot, ce qui intrigua très sérieusement la Gryffondor. Avait-elle raté quelque chose dans ses souvenirs ? À l'instant où elle se posait la question, le décor s'envola. Seuls Malefoy et elle demeurèrent au même endroit, mais son moi du passé disparut avec sa prison. Ce fut comme si elle était aspirée par ses yeux gris ; ils s'approchèrent, s'approchèrent jusqu'à ce qu'elle distingue chaque trait de couleur dans ses iris. Elle devina alors qu'il s'agissait d'une sorte de double souvenir : le Malefoy de celui-ci se remémorait quelque chose qui s'était déjà produit à ce moment-là.

Une seconde plus tard, elle se sentit expulsée en arrière, comme si ses yeux la rejetaient, et se retrouva dans la forêt interdite, entre Dolohov et Malefoy qui se défiaient du regard. Le plus effrayant des deux était évidemment le Serpentard : l'absence d'expression sur son visage et la froideur de ses yeux qui le caractérisaient si bien faisaient toujours le même effet.

- Où en es-tu avec la Sang-de-Bourbe, Malefoy ? questionnait Dolohov d'une voix doucereuse.

- Je m'amuse, répondit posément ce dernier.

Dolohov arqua un sourcil.

- J'aimerais avoir ma part.

Le visage de Malefoy resta impénétrable.

- Elle est à moi.

Le Mangemort plissa les yeux.

- Je ne vois écrit ton nom nulle part sur son corps.

Un sourire maléfique étira les lèvres du Serpentard.

- Au contraire, Dolohov. Mon nom est gravé dans sa chair avec son propre sang.

Une rangée de frisson parcourut l'échine d'Hermione. Elle espéra soudain ne plus jamais voir un sourire si terrifiant sur son visage, même si elle savait qu'actuellement c'était de la comédie.

Le Mangemort le dévisagea sans comprendre.

- C'est toi qui l'a écrit ?

Il hocha fièrement la tête.

- Avec ceci.

Sans se départir de son sourire démoniaque, il extirpa de sa poche un petit couteau dont la lame était tellement aiguisée qu'elle reflétait le peu de luminosité présente dans la forêt interdite.

Dolohov jeta un regard mauvais à l'objet.

- Tu as mis tes propositions à exécution. Tu as adopté de nouvelles méthodes de torture, constata-t-il, apparemment impressionné, même s'il tentait de le cacher.

Malefoy acquiesça lentement.

- Mon nom est donc gravé dans sa chair, Dolohov. Granger est à moi.

- C'est de la triche, protesta celui-ci. C'est toi qui l'a marquée.

- Et alors ? Personne n'a imposé de règles.

Dolohov parut s'enfler de rage.

- Tu as assez joué avec elle, maintenant, Malefoy, fulmina-t-il. J'exige que tu me la rendes !

Le Serpentard se pencha au-dessus de lui, réduisant la distance qui les séparait à deux misérables centimètres.

- Je n'en ai pas fini avec elle. Et puis, c'est à moi qu'elle revient, c'est moi qui ai supporté son sale caractère de miss-je-sais-tout pendant sept ans. Tu ne l'auras pas, Dolohov.

Le Mangemort serra les dents.

- Laisse-moi au moins le plaisir de la tuer.

- Non, refusa fermement Malefoy.

- De la torturer un tout petit peu, juste un Endoloris ou un Sectumsempra...

- Non plus.

- Ou bien de la...

- Tu n'auras rien, Dolohov, l'interrompit le Serpentard.

Celui-ci sembla encore plus furieux.

- Alors je m'arrangerai pour la tuer, jura-t-il en retroussant les lèvres.

- N'y compte pas, l'arrêta aussitôt son adversaire. Tu ne pourras rien faire tant qu'elle sera dans mon manoir. Et j'ai bien l'intention de l'y laisser.

Ce fut au tour de Dolohov de coller pratiquement son nez à celui du garçon.

- Je la tuerai, Malefoy.

- Si tu essaies ne serait-ce qu'une seule fois, menaça ce dernier, alors je te jure que c'est moi qui te tuerai.

Sur cette vision de leur affrontement, le souvenir s'épuisa. En une seconde, Hermione refit le même chemin qu'auparavant, et se retrouva dans les cachots, entre Malefoy et son moi du passé.

- Rien de bien grave, conclut la prisonnière en interprétant son silence comme une évidence.

- Oh si, justement, la contredit le Serpentard. La chose la plus grave qu'il ait jamais faite de sa vie.

- Et qu'est-ce que c'est ?

- Je ne te le dirais pas.

La Gryffondor décrocha complètement de la conversation pour actionner ses méninges. Ainsi, Malefoy avait menacé de tuer Dolohov s'il tentait de toucher à un seul de ses cheveux. Et, la preuve étant devant elle, il ne s'agissait pas de paroles en l'air. Les moments auxquels elle avait également assisté quand il était avec sa mère confirmaient son hypothèse : son ennemi n'avait jamais compté la torturer, ni la tuer, et encore moins la livrer aux Mangemorts. Il avait même été prêt à tuer leur chef pour l'empêcher de lui faire du mal.

Même si les mystères commençaient à s'éclaircir, une question les dominait : pourquoi ? Pour quelle raison tenait-il tant à la garder en vie ? D'après tout ce qu'elle avait pu voir, il ne savait pas quoi faire d'elle. Il était tellement indécis qu'il avait des sautes d'humeur : un jour il était odieux, le jour suivant, il lui confiait une partie de sa vie, même s'il paraissait amèrement le regretter ensuite, et c'était sans doute pour cette raison qu'il était encore plus méchant le lendemain. Il passait son temps à se torturer l'esprit, il était sans arrêt soucieux. Elle qui avait cru, lorsqu'elle était prisonnière, qu'il occupait ses journées avec une fille dénichée dans un bar du coin, avait eu faux sur toute la ligne.

Son attention se reporta sur ce qui se déroulait devant ses yeux. Apparemment, Malefoy était encore en train d'essayer de la convaincre qu'il avait bien agi.

- La mort fait partie de la vie, Granger. Et puis, je te l'ai dis, de toute façon, c'est un salaud. Il a tenté de te tuer, mais toi, tu t'en fous.

- Je ne m'en fous pas, protesta vivement la jeune fille. Je refuse simplement de m'abaisser à son niveau et de, sous prétexte qu'il a voulu me tuer, le tuer à mon tour. Je suis désolée, mais moi, je ne fonctionne pas comme ça.

- D'accord, convint le Serpentard. Alors, si je te dis qu'il a tué des centaines de personnes, qu'il a torturé à l'aide des sortilèges les plus terribles que tu n'oserais même pas imaginer, qu'il ne pense qu'à la magie noire, que son plaisir personnel est de faire le mal ? Tu trouves toujours qu'il ne mérite pas ce qui lui arrive ?

Essoufflée et à court d'arguments, sa prisonnière se contenta de la fixer d'un regard de feu.

- Il y a des gens qui sont nés dans le mal, Granger, lâcha-t-il lentement. Qu'importe ce que tu pourras attendre d'eux, ils te décevront toujours.

À cet instant, la vraie Hermione comprit que Malefoy parlait de lui ; c'était clair, c'était flagrant. Cette constatation sema le trouble dans son esprit, mais elle n'eut pas le temps d'y réfléchir : déjà, le souvenir s'enlisait. Une cuisine se constitua autour d'elle, et Malefoy et sa mère apparurent. Le jeune homme était appuyé dans l'encadrement de la porte, le visage toujours aussi soucieux, pendant que sa mère, à l'aide sa baguette magique, pelait des carottes et coupait de la viande en même temps.

Manifestement, les habituels elfes de maison avaient déserté le manoir.

- Tu n'as toujours pas trouvé de solution concernant Hermione Granger ? s'enquit Narcissa d'une voix douce qui indiquait qu'elle ne souhaitait pas le brusquer ou lui mettre la pression.

Le Serpentard secoua négativement la tête.

- Pas encore.

Sa mère posa le couteau et se tourna vers lui.

- Tu sais, mon chéri, j'ai bien peur que ça commence à faire long.

- Je sais, maman, soupira-t-il en passant une main dans ses cheveux blonds d'un air las.

Elle lui adressa un sourire compatissant.

- Je suis sûre que tu finiras par trouver une solution.

Un ange passa ; puis Malefoy rendit les armes.

- En fait, si, j'en ai trouvé une.

Il se mordit nerveusement la lèvre.

- Mais elle te déplaît, devina sa mère.

Il opina lentement. Elle n'insista pas, et attendit patiemment qu'il parle de lui-même.

- Je crois qu'il ne me reste plus qu'à l'évacuer.

À en juger par son air contrarié, cette idée ne lui plaisait vraiment pas.

- Les Mangemorts croient qu'elle est morte. Je peux la faire sortir discrètement, et m'arranger pour qu'elle soit en sécurité chez les moldus. Je devrais trouver un moyen, quitte à la rendre à Saint Potter et Weasmoche.

Il leva les yeux vers sa mère qui hocha la tête.

- C'est une bonne idée. Je savais que je pouvais te faire confiance.

Malefoy ne répondit pas. Il fixait le sol en se mordant l'intérieur des joues.

- Pour quand est-ce prévu ? interrogea-t-elle avec curiosité.

Il écarta les bras en signe d'ignorance.

- Je ne sais pas trop. D'ici quelques jours, sans doute...

Laissant sa phrase en suspens, il s'immergea dans ses pensées, sous le regard attendri de sa mère. Hermione cligna des yeux, abasourdie, tandis qu'un nouveau souvenir prenait forme autour d'elle. Les mêmes personnes demeurèrent à ses côtés, mais le lieu divergea : un feu de cheminée, une bibliothèque et un canapé lui indiquèrent qu'elle venait d'atterrir dans un des multiples salons du manoir. Malefoy faisait les cent pas dans la pièce, et elle sentait jusque dans son immatérialité les rouages de son cerveau qui tournaient à toute vitesse. Il marmonnait une suite de mots incompréhensibles et à peine audibles. Elle s'approcha dans l'espoir d'en entendre davantage, en vain. Elle chercha alors autour de lui quelque chose pouvant lui révéler l'objet de ses réflexions ; ses yeux se posèrent alors sur un petit bout de papier lancé à la va-vite sur la table basse près du canapé. Satisfaite, elle se pencha pour déchiffrer l'écriture fine de Malefoy.

« Vaincre une armée de Mangemorts » était écrit en haut de la page. Le reste était complètement vide, mais une pile de livres de magie noire était disposée juste à côté. Hermione lut le premier titre : Le Guide des Sortilèges de magie noire. Son cœur fit un bon spectaculaire dans sa cage thoracique ; c'était le livre que Ron lui avait montré et dans lequel elle avait trouvé la définition du sortilège Foudroyus Identique.

Tout à coup, Malefoy cessa ses va-et-vient pour se laisser tomber sur le canapé. Il attrapa le gros livre et l'ouvrit pour faire défiler les pages qu'il parcourut rapidement des yeux. Il tomba alors sur le mot qu'Hermione avait cherché dans ce manuel ; ses sourcils se froncèrent. Il lut la description, et peu à peu, les traits de son visage se détendirent.

Foudroyus Identique est un sortilège de magie noire qui requiert d'importantes connaissances, une expérience suffisante ainsi qu'une très grande puissance magique. Il n'est que très rarement réussi car extrêmement compliqué. De plus, les conditions pour y parvenir sont très strictes : non seulement le sorcier doit posséder une force morale hors du commun, mais en plus, il doit avoir acquis des pouvoirs magiques exceptionnels.

Ce sortilège consiste à capter l'ensemble des atouts qu'un éclair peut fournir. En effet, lors d'un orage particulièrement violent, il est possible, si toutes les conditions sont réunies, d'absorber la foudre afin d'en faire une arme. Pour cela, il faut veiller à plusieurs choses : d'abord, être sur le qui-vive à un tel point qu'à la demi-seconde où l'éclair apparaîtra, être capable de lancer le sortilège en se concentrant de toutes ses forces. Il faut donc être extrêmement doué en magie noire, incontestablement déterminé et prêt à faire des sacrifices si jamais il échoue – en y perdant sa propre vie, dans les cas les moins horribles. Le sorcier doit également penser au plus important afin de réussir son coup : visualiser dans son esprit les éléments qui permettent à l'éclair d'identifier celui qu'il souhaite toucher. S'il s'agit de plusieurs personnes, il faut trouver un élément en commun sur toutes ces personnes. Cependant, il y a un danger : ces éléments qui relient les différentes personnes ne doivent pas se trouver sur le sorcier lui-même, sinon il se verra également touché par le sortilège.

Une fois ces conditions respectées, le sortilège et l'éclair sont censés fusionner entre eux et éclater avec une telle puissance que le sol s'en trouvera affecté. À ce moment-là, les personnes visées seront éliminées, si les conditions sont toutes parfaitement respectées, sans aucun défaut. En revanche, il peut y avoir des variations selon la qualité de réussite du sortilège : soit il manque quelques éléments moyennement importants, auquel cas les personnes seront simplement blessées ou assommées, soit l'essentiel est oublié, auquel cas les conséquences peuvent être désastreuses.

Apparemment content, Malefoy reprit sa plume.

« Sortilège : Foudroyus Identique » écrivit-il. Puis il leva le nez pour réfléchir quelques secondes. Son visage exprimait une très forte concentration ; Hermione le contempla librement avec un petit sourire. Comme c'était formidable d'avoir enfin devant elle un Drago Malefoy expressif ! Justement, le regard de celui-ci s'éclaira, et il trempa sa plume dans son encrier.

« Élément commun : marque sur le bras qui symbolise l'appartenance encore actuelle à un groupe (sang, secte... aucune précision). » Hermione, qui lisait par-dessus son épaule, fronça les sourcils. En réfléchissant bien, elle comprit son intention : Malefoy devait savoir que les Mangemorts finiraient par s'attaquer à lui, et qu'à ce moment-là il serait seul. Alors il préparait d'avance un moyen de les battre tous à la fois en garantissant plus ou moins sa survie : le sortilège Foudroyus Identique paraissait être la meilleure solution. Pour l'élément commun, c'était bien trouvé : il visait la Marque des Ténèbres signifiant l'appartenance encore actuelle à un groupe, ce qui l'excluait d'office car désormais il ne faisait plus vraiment partie des Mangemorts depuis qu'il avait tué leur chef sous leurs yeux ; ainsi, la marque sur son propre bras ne comptait plus.

Certainement soulagé, le Serpentard poussa un soupir et posa sa plume. Alors qu'il s'enfonçait dans le canapé sans doute avec l'envie de se reposer, sa silhouette devint floue, puis translucide. Quelques secondes plus tard, Hermione se regardait elle-même enfermée derrière les barreaux dans les cachots, à côté de Malefoy. Encore une fois, il était assis sur le sol de pierre gelé et paraissait attendre le réveil de sa prisonnière qui dormait à poings fermés. La lumière du jour perçait à travers les fenêtres mais, le sortilège fonctionnant toujours sur la jeune fille, elle était plongée dans le noir.

Au bout de quelques secondes, Hermione vit son souvenir s'éveiller lentement. Elle s'étira, n'ayant apparemment pas remarqué la présence du Serpentard à ses côtés, qui savait se faire discret. Puis elle resta songeuse un bon moment, et son futur comprit que c'était le moment où elle pensait à ses amis, et surtout à un certain rouquin, à qui elle n'avait jamais dit ce qu'elle ressentait pour lui.

« Si j'avais su que mon amour pour lui préfèrerait ensuite un Mangemort... » Une vague de tristesse pour son meilleur ami l'envahit brusquement. Coupant court à ses réflexions, son double soupira d'un ton désespéré :

- Oh, Ron ! Tu me manques tellement...

D'abord, le visage de Malefoy exprima clairement de la surprise. Puis la colère se peignit sur ses traits et il ricana méchamment, la faisant sursauter.

- Commence pas à fantasmer sur cet incapable maintenant, Granger.

- Malefoy ?!

- Qui d'autre ?

- J'ai le droit de penser ce que je veux ! Tu n'as aucun pouvoir sur cela ! s'enflamma aussitôt la jeune fille, rouge de fureur et de honte.

- Tu n'es pas obligée de me faire part de tes fantasmes sur cet imbécile. D'ailleurs, je dois t'avouer que je serais bien content d'en être privé.

- Je ne t'ai pas forcé à m'écouter, Malefoy ! s'écria-t-elle.

- Franchement, qu'est-ce que tu lui trouves à cette belette ?

Tandis que le jeune homme se lançait dans une longue description des multiples défauts de Ronald Weasley sous le regard offusqué de sa prisonnière, Hermione, comme à son habitude, examina consciencieusement son visage. Il était à présent à demi levé et parlait à toute vitesse, réduisant les chances de son adversaire de l'interrompre à néant. Ses sourcils étaient tellement froncés qu'ils dessinaient une barre au-dessus de ses yeux qui lançaient des éclairs. Il paraissait à la fois choqué et furieux, mais ce n'était rien comparé à la rage qui tempêtait dans l'esprit de la jeune fille en face de lui.

Quant à la Gryffondor, elle ne comprenait pas pourquoi Malefoy s'énervait à la simple mention du nom de Ron. Ce n'était pas comme s'il n'avait jamais entendu son prénom de sa vie ! Il l'avait vue en sa compagnie pendant sept ans, alors pourquoi le fait qu'il lui manquait le dérangeait-il à ce point ?

Un mot se forma dans son esprit, un mot qu'elle chassa aussitôt. C'était trop stupide. Comment pouvait-elle penser une seule seconde que lui, Drago Malefoy, pouvait être jaloux ?

Pendant qu'elle réfléchissait, le Serpentard avait achevé sa piètre imitation de Ron devenu mendiant sous les ponts, alors que sa prisonnière, tremblante de rage, crachait avec hargne :

- Tu me dégoûtes, Drago Malefoy.

Hermione se souvenait de la vague de haine qu'elle avait ressenti à son égard.

- Comment peux-tu critiquer quelqu'un comme Ron alors que tu n'es pas un dixième à sa hauteur ? Il est sensible, gentil, fidèle et courageux, tout ce que tu ne seras jamais, Malefoy...

Sa voix tremblait, mais était si puissante qu'elle retentissait dans toute la pièce.

- Mais surtout, Malefoy, comment peux-tu parler librement du verbe aimer alors que ce mot est banni du vocabulaire de quelqu'un comme toi ?

Le visage du Serpentard venait de s'assombrir à un tel point que le ciel lui-même parut virer à l'orage. Un grondement sourd s'éleva de sa poitrine, un grondement terrifiant qui fit dresser les petits cheveux sur la nuque de la vraie Hermione.

Inconsciente du danger, son double se redressait lentement en poursuivant sur sa lancée.

- Je sais très bien qu'un Serpentard est incapable d'aimer, surtout toi, Drago Malefoy...

Les poings de ce dernier se serrèrent, sa mâchoire se crispa, son regard devint tranchant.

- Alors ne me parle pas d'amour tant que tu n'auras pas connu ça, Malefoy...

- La ferme.

Cinglante, sèche et sans appel, sa voix aurait découragé le plus brave des sorciers. Pourtant elle continua.

- Tu es lâche, plus lâche que Ronald ne le sera jamais.

- Tais-toi, rugit-il une nouvelle fois. Tais-toi ou je te jure que tu vas le regretter.

Les menaces étaient fondées, mais elle était aveuglée par la colère. Hermione, loin de ressentir la même chose, était morte de peur, alors qu'elle n'était même pas réelle.

- Tu es un monstre, Drago Malefoy. Un monstre.

- Ferme-la, sale Sang-de-Bourbe. Tu vas le payer.

- Tu as beau avoir une gueule d'ange, en réalité tu es un vrai démon, un démon qui ne pense qu'à tuer... Un démon qui ne changera jamais, en dépit de toutes mes espérances à ton sujet.

Son ennemi était hors de lui, parcouru de frissons de haine. En une seconde, sa baguette fut dans sa main, et il ouvrit lentement la porte de la cellule.

- Dernier avertissement, Granger, menaça-t-il d'une voix tellement glacée que les deux Hermione eurent l'impression d'avoir été congelées de l'intérieur.

C'était du suicide. Pourquoi ne s'était-elle donc pas tu ?

- Ton masque d'indifférence ne sert à rien. Tu apparais au grand jour à tout le monde pour ce que tu es : un monstre. Et je n'ai pas peur de toi.

- Pourtant tu devrais, gronda-t-il en s'approchant d'elle.

Comment n'avait-elle pas pu distinguer tous les avertissements qu'il lui avait donnés ? Maintenant, cela paraissait clair : il avait essayé de la faire taire, elle n'avait rien voulu entendre. Hermione était prête à parier que rares étaient ceux qui y avaient droit.

- Tu me dégoûtes.

La phrase de trop venait de jaillir de la bouche de son moi du passé comme la plus insultante des injures. Le visage de Malefoy s'était littéralement transformé en un masque de haine, et c'était l'une des choses les plus terrifiantes qu'elle ait jamais vue.

Alors qu'il levait sa baguette, sa prisonnière s'effondra par terre en poussant un hurlement à glacer le sang. Son corps fut rapidement secoué de spasmes tandis qu'elle se roulait au sol, faisant monter les larmes aux yeux de son futur qui ne supportait plus la torture, même si actuellement elle ne la ressentait pas. Éclatant soudain en sanglots en se remémorant tout ce que lui avait fait subir Yaxley, elle put néanmoins discerner la lueur rouge qui traversa le regard de Malefoy avant de disparaître totalement, remplacée par une expression d'horreur grandissante. Il se pétrifia sur place, les yeux exorbités.

Les hurlements qui retentissaient dans tout le rez-de-chaussée lui écorchaient les oreilles. Hermione se mit à lui crier d'arrêter, même si cela ne servait strictement à rien puisqu'il ne pouvait pas l'entendre. Mais la douleur mentale était insupportable ; elle revoyait Yaxley et son sourire démoniaque, Yaxley qui traçait des lignes sur son corps avec un couteau parfaitement aiguisé, Yaxley qui se délectait de sa souffrance.

- Arrête ! s'égosilla-t-elle. Je t'en supplie, ARRÊTE !

Sa voix se brisa et elle tomba à genoux, aux pieds de Malefoy, juste à côté de son moi du passé. Tout son corps tremblait de terreur, elle pleurait en gémissant, formant un véritable concert de sanglots à elles deux.

Puis soudain, les hurlements de son souvenir cessèrent, et automatiquement ses supplications également. Haletante presque autant que son double, Hermione rouvrit lentement les yeux, s'apercevant qu'elle s'était recroquevillée sur elle-même. Le corps de la jeune fille à côté d'elle était encore agité de soubresauts, mais elle tentait de reprendre son souffle, prouvant ainsi que la souffrance avait déserté ses entrailles.

Peu à peu, les muscles d'Hermione se détendirent. Son visage était mouillé de larmes ; d'un revers de la main elle tenta de l'essuyer. Lentement, elle se releva en se tenant au mur, encore tremblante. À ses pieds, son moi du passé gardait ses paupières closes et se trouvait dans l'incapacité de bouger ne serait-ce que le petit doigt.

Hermione posa ses yeux sur Malefoy. Il était parfaitement immobile, les yeux fixés au sol. On aurait dit une statue. Son masque de glace avait remplacé le masque de haine, et il restait simplement là, sans rien dire, sans rien faire. Elle s'approcha donc, légèrement craintive. À l'instant où elle se plantait en face de lui, son regard la happa toute entière, comme précédemment, et elle eut le fol espoir de comprendre enfin pourquoi il s'était mis dans un tel état de rage.


Pour DragoHermione (et les autres évidemment !) : ce chapitre s'appelle ainsi parce que d'abord Drago lui sauve la vie face aux Mangemorts, mais finalement il "dérape" car il entre dans une colère noire et la torture. Je n'ai pas été chercher plus loin !

Merci d'avoir lu

La suite ne tardera pas à arriver !

J'attends vos avis avec impatience