Chapitre 2 : Cogito Ergo Sum.

Il l'aida à se relever alors qu'elle grimaçait toujours en se tenant le front, leur principal suspect dans cette nouvelle affaire de meurtre, déjà soupçonné de proxénétisme aggravé ne l'avait clairement pas loupée en l'assommant.

- ça va aller ? Demanda Flack, en ne la quittant pas des yeux.

Sa main droite, qui encerclait par là-même sa taille, était encore posée sur son avant-bras droit en guise de soutien, le temps qu'elle retrouve un équilibre parfait.

- j'ai la tête dure, sourit Katey, encore sous le choc.

Il la lâcha aussitôt, mais le déroulement des derniers événements restait très flou dans l'esprit de la jeune femme, elle devait aller à la pêche aux infos.

- vous avez réussi à le coincer ?
- pas grâce à toi. Qu'est-ce qui t'as pris de te la jouer en solo ?

Le reproche était clairement perceptible dans la voix de son collègue de la criminelle, il lui en voulait de ne pas avoir attendu les renforts avant de pénétrer seule dans l'appartement de leur suspect, il jugeait son attitude totalement inconsidérée et lui faisait clairement sentir.

- il fallait agir vite, se justifia Katey, j'ai pensé …
- c'est ça ton problème West, tu penses pas.

Depuis la perte de Jessica Angell, il devait se l'avouer, il était plus que nerveux sur le terrain lorsque le moindre problème apparaissait et voilà qu'il reportait toute sa frustration sur elle à présent.

- si c'est une allusion à ma blondeur...

Sa tentative pour détendre l'atmosphère eut l'effet escompté, elle crut même apercevoir un petit sourire furtif au coin des lèvres de son interlocuteur.

- tu devrais faire vérifier ça, lui conseilla-t-il, d'un ton beaucoup plus avenant cette fois.

Avec quatre de ses doigts de la main gauche, il avait touché simultanément la ligne de son propre cuir chevelu afin de lui indiquer l'endroit de sa blessure juste avant de quitter la pièce. Sans tarder, Katey copia le geste de son collègue à son tour et se retrouva en effet avec un peu de sang à l'extrémité de ses doigts, heureusement pour elle, il y avait eu plus de peur que de mal.


- où étiez-vous quand vous avez entendu tirer ? Demanda l'inspecteur West à une madame Fox encore sous le choc de sa macabre découverte.
- dans notre chambre, je lisais, dit-elle, la voix tremblante.
- il s'est écoulé combien de temps avant que vous ne découvriez le corps de votre mari ? L'interrogea Flack à son tour.
- le temps que je descende les escaliers, faites le calcul vous-même, répondit-elle sèchement.
- quelles relations entreteniez-vous avec lui ? La questionna-t-il, avec insistance.
- comment ça, quelle relation ? Vous insinuez quoi par là ? Que ça n'allait plus entre nous et que j'ai eu l'idée de toute cette mise en scène, c'est ça ?
- madame Fox, intervint Katey, je sais ce que vous traversez mais…
- vous savez ? Vraiment ? Est-ce que vous avez retrouvé votre mari criblé de balle sur le tapis de votre salon en pleine nuit ? Vous ne savez rien du tout !

Le silence s'installa dans la salle d'interrogatoire, l'inspecteur West prit une profonde inspiration avant de reprendre la parole tout en fixant madame Fox dans le blanc des yeux.

- mon plus jeune frère s'est pendu dans sa cellule parce qu'il ne supportait plus d'être enfermé.

Cette révélation surprit aussi bien son interlocutrice que Flack qui toisait son équipière du regard en silence, totalement incrédule.

- alors je sais ce que vous traversez, avoua Katey, en posant sa main sur celle de madame Fox. Je vous l'assure.
- certaines personnes présentes hier soir avec votre mari à son travail m'ont rapporté qu'il leur avait parlé d'une récente découverte importante, reprit Flack avec calme. Est-ce que vous avez une idée de la nature de cette importante découverte ?
- aucune idée, répondit madame Fox, avec gentillesse cette fois.
- vous voyez quelqu'un qui pouvait lui en vouloir ? Lui demanda Katey sur le même ton. Est-ce qu'il avait des ennemis ?
- il avait l'impression d'être épié depuis quelques temps. Mais tout le monde l'admirait, je ne vois pas qui aurait voulu le tuer.
- malheureusement, l'envie et la jalousie sont souvent en tête des mobiles de meurtre, confia Flack, avant de quitter la salle.

Katey le rejoignit quelques minutes plus tard, visiblement son équipier ne savait pas comment aborder le sujet qui lui brûlait les lèvres depuis quelques minutes déjà.

- je ne savais pas...
- je suis fille unique.

Jusqu'alors compatissant, le regard du jeune inspecteur se fit plus dur, il lui reprochait clairement d'avoir menti à madame Fox.

- je t'en prie, je n'ai fait que lui dire ce qu'elle voulait entendre, elle avait besoin de croire que quelqu'un partageait sa peine et avait enduré ce qu'elle endure en ce moment. Et puis, on a eu les infos qu'on voulait, non ?

Flack n'en croyait pas ses oreilles, décidément ils n'avaient pas le même mode de fonctionnement tous les deux, c'était un doux euphémisme !


- attendez, j'ai peut-être une idée, annonça Zoey, en fouillant dans les deux poches de sa longue tunique. En principe, ça devrait marcher.

Flack la scrutait d'un air sceptique, il ignorait ce qu'elle avait en tête, il savait seulement que le temps jouait contre eux. Leur tâche ne s'annonçait guère facile maintenant que Danny et lui se retrouvaient tous les deux stoppés dans leur course-poursuite par ce putain de grillage, sans oublier le doberman qui leur montrait rageusement ses crocs de l'autre côté de ce dernier, c'était certain, ils ne reverraient jamais leur suspect, il devait déjà être loin !

- ne me dis pas que tu te balades toujours avec ce truc dans la poche Harlow, plaisanta Don, en la voyant avec ses deux pochettes de biscuits Oreo en main.
- je te le dis pas, dit-elle, d'un ton joueur.

Il esquissa un léger sourire en coin, cette fille avait absolument réponse à tout.
Elle s'approcha alors tout près du gros chien au pelage à la fois noir et marron foncé et lui tendit avec prudence un morceau de biscuits dans un des trous du grillage, à sa hauteur. Son astuce semblait fonctionner, le doberman se régalait.

- mais t'es un gros gourmand toi ! Sourit Zoey, tout en le caressant.
- continue à l'occuper surtout, l'encouragea Danny, en se postant juste devant le grillage.

Il l'escalada en premier, puis vint le tour de Don, les deux jeunes lieutenants réapparurent aux côtés de la technicienne de laboratoire seulement quelques minutes plus tard.

- il a filé, lui annonça Flack, dans un soupir agacé.
- je l'aurais parié en vous voyant revenir seuls.
- on dirait qu'il t'a adopté, remarqua Danny, en désignant le doberman du menton.
- et moi qui préfère les chats.
- juste quand ça commençait à coller entre nous, commenta Flack, avec humour.
- comment on peut ne pas aimer les chats ? Je comprends pas.
- ça aide quand t'es allergique, la renseigna Danny, avant de reporter son attention sur le chien derrière le grillage.

Le nouveau morceau de biscuit que Zoey venait de lui lancer avait atterri tout près d'une bâche de protection qui couvrait un stock de bois de chauffage et le doberman s'était soudainement mis à aboyer devant ce dernier.

- on dirait que ton nouvel ami a trouvé quelque chose, affirma Danny, avant d'escalader le grillage une nouvelle fois.

Sans tarder, il souleva la bâche en question et fut surpris d'y découvrir le corps sans vie d'une dâme âgée qui avait été poignardée à plusieurs reprises d'après ses premières constatations.

- je vais prévenir Mac, annonça-t-il, avant de s'éloigner pour téléphoner.
- c'est fou le monde qu'il y a dans cette ville, y a moyen de se débarrasser peinard d'un cadavre, ironisa Don, tout en fixant Zoey d'un air interrogateur.

A la fois immobile et silencieuse, la jeune femme ne quittait plus des yeux le cadavre de la vieille dame, comme sonnée par cette macabre découverte.

- tu la connais ?

Aucune réponse. Il se demandait ce qui pouvait la perturber autant, ce n'était pas la première fois qu'elle se retrouvait en face d'un cadavre, et pourtant, elle n'avait jamais eu une telle réaction auparavant.

- Zoey ?
- mmmh ? Non.

Il n'insista pas, il ne voulait surtout pas la bousculer, si elle ressentait le besoin de se confier à lui, elle le ferait naturellement.

- la broche ancienne, dit-elle finalement, en la désignant d'un signe discret du menton.

Flack acquiesça, elle avait toute son attention.

- ma grand-mère avait exactement la même. Elle s'en servait comme pince-foulard, avoua-t-elle, dans un sourire nostalgique. Elle nous a quitté peu de temps après mon père, elle n'a pas dû supporter que son fils s'en aille avant elle, c'est pas dans l'ordre des choses un truc pareil.
- ça va aller ?

Son ton se voulait doux, compréhensif, il ne cherchait pas à savoir si elle pouvait assumer pour l'enquête, il se souciait seulement de son bien-être.

- il faut coincer cette pourriture.
- on l'aura.

Il lui lança un regard des plus déterminés, cette affaire devenait sa priorité numéro un désormais.


- merci, lança Flack au barman avant de quitter son établissement, suivi de peu par Katey.

Lorsqu'elle se retrouvait à marcher à ses côtés, c'était toujours avec la même prudence, elle prenait bien soin de ne pas le toucher, en évitant soigneusement que leurs épaules ne se frôlent, restant à chaque fois à une distance raisonnable de lui, comme si elle se rappelait sans cesse cette sorte de ligne imaginaire à ne pas franchir.

- ta sœur ? Pesta Katey, en lui lançant un regard réprobateur. Sérieusement ?

Flack acquiesça dans un sourire victorieux, cela l'amusait qu'elle prenne la chose aussi mal. Il l'avait présentée à dessein comme sa sœur au barman qu'ils venaient d'interroger. C'était une manière de la tenir à distance, de dresser cette barrière nécessaire entre eux. Il avait commis l'erreur dans le passé de craquer pour une femme dont il partageait les risques du métier et où cela l'avait-il mené ? C'était un homme seul et brisé désormais.

- monsieur Tanner ? S'assura Flack, en tombant nez à nez avec le quarantenaire ventripotent qui se dirigeait tout droit vers le bar qu'il venait tout juste de quitter.

Le barman qu'il venait d'interroger avait totalement marché dans la combine du jeune inspecteur, le prenant pour un vieil ami de Tanner, il l'avait donc renseigné facilement sur son employé en question, un employé qui était devenu rapidement leur principal suspect dans cette affaire de meurtre.

- Tristan Tanner ? Vérifia Katey pour de bon.

L'intéressé fit oui de la tête, les deux policiers sortirent alors simultanément leurs badges.

- police de New York, annonça Don, dans un calme olympien. Les mains dans le dos, exécution !

Mais la réaction de Tristan ne se fit pas attendre et il prit rapidement la poudre d'escampette. Pas le moins surpris du monde, le jeune inspecteur se mit à soupirer en levant les yeux au ciel.

- je déteste quand ils font ça.

Flack s'apprêtait déjà à lui courir après d'une seconde à l'autre quand leur homme chuta lamentablement sur le trottoir à un mètre de lui. Il se tint la cheville de douleur pendant quelques secondes avant de se relever le plus « rapidement » possible et de continuer sa route comme si de rien n'était, alors que son allure équivalait à présent à celle d'une tortue centenaire boiteuse.

- il compte aller jusqu'où comme ça ? S'interrogea Don, en fronçant les sourcils devant pareille bêtise humaine.

En guise de réponse, Katey se contenta d'un léger haussement d'épaules alors qu'elle tentait tant bien que mal de garder son sérieux face à la scène qui se jouait devant elle à cet instant.

- c'est bon tu crois ou on lui laisse encore un petit peu d'avance ? Demanda-t-elle, d'un air franchement amusé.
- allons-y, ça me ferait de la peine qu'il se casse l'autre pied, lui signifia Don, avec son ironie légendaire.

Comme prévu, il ne leur fallut que quelques secondes pour arriver à hauteur de leur suspect et de le coffrer pour délit de fuite dans l'immédiat avant que d'autres charges beaucoup plus lourdes ne soient portées à son encontre.


Prochainement dans LBC : Katey se fait draguer par un suspect sous les yeux de Flack.