Voici le chapitre suivant !

Bonne lecture


37. - Alerte rouge

En une seconde, elle se retrouva dans la chambre de Malefoy, couverte de sueur, de sang et de larmes, les membres tremblants et la respiration saccadée. Sous ses yeux, la surface du liquide qui emplissait la pensine ondulait gracieusement, déformant les images qui y figuraient. Son propre visage s'y reflétait, ses yeux rouges d'avoir trop pleuré, ses lèvres gonflées et ses cheveux sales en bataille. Sa poitrine montait et s'abaissait au rythme de son souffle irrégulier tandis qu'une larme s'échouait dans les souvenirs, se mêlant à eux.

Hermione recula d'un pas trébuchant jusqu'à heurter la porte du minuscule placard de Malefoy, sans cesser de fixer la pensine verte qui semblait si innocente comparé aux terribles souvenirs qu'elle enfermait. Pétrifiée, elle demeura immobile un temps indéfini, jusqu'à ce que les battements de son cœur reprennent un rythme à peu près normal.

Lorsqu'elle eut retrouvé plus ou moins son calme, elle s'extirpa de sa transe, lâchant enfin la pensine du regard. Pendant un instant, elle fut surprise de constater l'état des lieux : des oreillers éventrés, des objets cassés, les rideaux et la couverture du lit déchirés ainsi que des plumes éparpillées dans toute la chambre. Puis elle se souvint qu'elle était à l'origine du massacre et surtout, elle se souvint pourquoi.

La réalité lui revint en mémoire comme un coup de poing à l'estomac qui lui coupa le souffle quelques secondes. Malefoy l'avait emprisonnée ici pendant que ses amis se battaient face aux Mangemorts pour la libérer. Malgré tout ce qu'elle venait de voir et d'apprendre, la fureur reprit le contrôle de ses émotions. Elle n'avait pas envie de réfléchir à tout ce que la pensine lui avait révélé, parce qu'au final, elle était encore plus perdue qu'avant. Tout ce qu'elle devait faire maintenant, c'était ce qu'elle aurait dû avoir comme réflexe à l'instant même où Malefoy l'avait abandonnée dans le manoir.

Et tant pis si elle n'avait pas trouvé de baguette magique ; elle se débrouillerait sans. Combien de temps s'était écoulé depuis qu'elle avait quitté la bataille ? Hermione n'avait pas la moindre idée des minutes ou des heures qui passaient lorsqu'on explorait des souvenirs. Animée d'une nouvelle énergie, elle sortit de la chambre comme une furie et dévala les escaliers jusqu'au couloir du deuxième étage. Priant mentalement pour que, une fois dans sa vie, Malefoy ait oublié de verrouiller le passage secret, elle s'accroupit devant celui-ci, le cœur battant la chamade. Elle n'osait même pas imaginer sa déception si elle découvrait que...

Au contact de ses doigts sur le panneau, Hermione sentit qu'il s'ouvrait, interrompant ses sombres pensées. Avec un cri de joie, elle tira dessus jusqu'à ce que le passage apparaisse en entier. Le soulagement envahit chacune de ses veines alors que le long couloir s'étendait sous ses yeux.

- Merci, Malefoy ! s'écria-t-elle sans pouvoir s'en empêcher.

Souriant pour la première fois depuis longtemps, elle se faufila à l'intérieur sans prendre la peine de refermer la petite trappe derrière elle. Puis elle avança le plus vite possible à quatre pattes, avec pour seul éclairage la minuscule lumière que le couloir du manoir laissait passer derrière elle. La lionne songea à sa baguette qui lui manquait terriblement et sans qui elle se sentait nue, mais, avant que la nostalgie remplace la détermination, elle s'obligea à cesser d'y penser.

Enfin, elle parvint au bout du long couloir et se redressa pour s'en extirper. L'anxiété s'empara à nouveau d'elle : et si les sortilèges de protection autour du manoir l'empêchaient quand même d'en sortir ? Se mordant nerveusement la lèvre inférieure, elle tenta le tout pour le tout ; prenant son élan, elle s'appuya sur le rebord et se hissa dans l'herbe verte. Un instant, elle se figea, craignant d'être expulsée comme l'avait fait la porte principale ; mais ce ne fut pas le cas. Le souffle court, elle se leva lentement, tous ses sens en alerte.

Un coup de vent lui effleura le visage et elle ferma les yeux à ce contact si doux. Inspirant profondément l'air pur qu'elle pouvait enfin percevoir, Hermione écarta les bras comme pour embrasser l'atmosphère. Elle avait l'impression qu'elle n'avait pas ressenti ça depuis des années, et c'était l'une des plus belles choses du monde.

- La liberté, enfin !

Ses bras retombèrent mollement, et elle rouvrit les yeux, pleine de volonté et de courage. Ce n'était pas le moment de perdre du temps. Une nouvelle fois, il fallait sauver le monde.

Hermione prit ses jambes à son cou et détala dans l'herbe fraîche, parcourant l'allée centrale jusqu'au portail. Elle se doutait bien que les sortilèges de Malefoy finiraient par lui signaler sa fuite, mais avec un peu de chance, elle serait déjà loin. Parvenue au bout de l'allée, elle appuya sur la poignée, mais, évidemment, le portail ne s'ouvrit pas.

Repoussant sa déception, la Gryffondor fit volte-face pour rejoindre la haie par laquelle elle s'était enfuie le jour où Malefoy l'avait libérée, espérant de toutes ses forces qu'aucun sortilège, même celui du Bouclier, ne bloquait la sortie qui constituait son seul moyen d'échapper au Serpentard.

La chance était peut-être de son côté car, lorsqu'elle se glissa dans le trou, aucun sortilège ne l'expulsa, et, en un rien de temps, elle fut dans la rue, sur le même trottoir que des semaines auparavant. Le soulagement se fit plus intense encore, et des frissons d'excitation lui parcoururent l'échine. Enfin, elle était libre.

Hermione s'éloigna rapidement du manoir, au cas où les sortilèges auraient déjà prévenu Malefoy de sa fuite. Ses souvenirs de ce soir-là, alors qu'elle était perdue et pleine de terreur, revinrent à la charge. Au moins, à ce moment-là, elle avait sa baguette.

La lionne secoua la tête. Il fallait qu'elle se concentre sur son objectif, à savoir : rejoindre la demeure de Yaxley. Le seul problème, c'était qu'elle ne connaissait pas le chemin depuis le manoir Malefoy.

« Peut-être, mais j'ai parfaitement mémorisé le trajet depuis le Chemin de Traverse, se rappela-t-elle. Si j'arrive à m'y rendre, je pourrais le retrouver facilement. »

Hochant la tête pour elle-même, la jeune fille scruta les alentours. Cette rue lui était inconnue, mais elle espérant qu'en marchant un peu, elle finirait par rejoindre un lieu plus familier. Elle se mit donc en route, marchant à grands pas, guidée par l'espoir de retrouver et d'aider ses amis à combattre les Mangemorts. Le ciel était noir, l'obscurité très épaisse. À peine quelques étoiles étaient visibles là-haut, mais l'absence de la lune était assez inquiétante. De toute évidence, le vent apportait de gros nuages, signalant sûrement l'arrivée d'un autre orage.

Tandis qu'elle traversait plusieurs rues sans savoir où ses pas l'amenaient, Hermione ne pouvait s'empêcher de se remémorer certains passages de la pensine. Elle ne savait plus quoi penser. D'un côté, sa haine pour Drago Malefoy se forgeait de minute en minute, et de l'autre, l'amour qu'elle lui portait semblait souvent balayer le reste. Que devait-elle faire ? Que devait-elle croire ? Qui était-il réellement ? Cette dernière question revenait constamment, et en dépit de toutes ses découvertes, elle ne parvenait pas à y attribuer une réponse claire et sûre à cent pour cent.

Une petite voix dans sa tête lui soufflait qu'elle devait lui faire confiance et croire en lui. Cette petite voix s'accompagnait d'images et de sons durant lesquels Malefoy la protégeait envers et contre tout, avait des gestes de tendresse à son égard ou menaçait de mort quiconque s'approcherait trop près d'elle. Il y avait aussi tout cet amour qu'il portait à sa mère, et la souffrance à laquelle elle avait assisté, impuissante, lorsqu'il avait découvert sa mort.

Mais elle ne pouvait pas non plus ignorer le reste. Ses propositions de tortures, son retour très sombre chez les Mangemorts même s'il s'agissait de sa survie et de celle de sa mère, et puis surtout, tout ce à quoi elle avait été témoin dans la réalité quand elle était Cressida Clag. Le souvenir du pauvre petit Né-Moldu torturé pendant des heures sous ses yeux la hantait.

Elle continua de marcher un très long moment, plongée dans ses réflexions. Les rues qu'elle traversait ne lui disait rien, mais elle suivait son instinct et avait l'espoir de tomber sur un endroit qui pourrait l'aider à se repérer.

Alors qu'elle tournait à l'angle d'une rue, Hermione fut brusquement tirée de ses songes par l'apparition d'un lieu familier. Elle ignorait quelle distance elle avait parcouru en marchant si longtemps, en tout cas, ses pas l'avaient menée vers le centre ville de Londres. Le manoir des Malefoy se trouvait donc à une petite heure à pieds du centre ville, ce qui était plutôt étonnant. Elle n'allait de toute façon pas s'en plaindre : d'ici, elle était parfaitement capable de se rendre au Chemin de Traverse, et donc de rejoindre ses amis à la demeure de Yaxley.

Sans pouvoir s'empêcher de penser qu'elle avait de la chance que Malefoy ne l'ait pas retrouvée, elle accéléra le pas, ignorant les regards surpris des passants posés sur elle ; ses vêtements sales et déchirés attiraient un peu trop l'attention, mais elle n'avait pas le temps de s'en préoccuper. Elle parvint rapidement au cœur de Londres et repéra facilement le Chadron Baveur, coincé entre une librairie et une boutique de disques sur Charing Cross Road.

Satisfaite, Hermione ne prit pas la peine de s'y arrêter ; elle reprit aussitôt sa route, guidée simplement par sa mémoire qui avait retenu le trajet à prendre entre le Chemin de Traverse et la demeure de Yaxley. À chaque rue dans laquelle elle s'engageait, la suite venait d'elle-même, lui rappelant qu'elle avait tourné à tel angle et traversé tel passage piéton. Au fur et à mesure qu'elle s'éloignait du centre-ville, la peur se faufilait dans son estomac, mettant de côté l'excitation et la joie qu'elle avait ressenties quelques minutes plus tôt. Elle savait désormais qu'elle allait devoir se battre, même si elle n'avait aucune idée de ce qui l'attendait.

Elle ne mit pas longtemps à atteindre sa destination ; lorsqu'enfin, la demeure de Yaxley se dressa devant elle, ses tripes se nouèrent d'appréhension. Mais après avoir fait tous ces efforts, elle ne pouvait plus faire marche arrière. Ses amis avaient besoin d'elle.

Pleine d'assurance, Hermione franchit le portail laissé ouvert et contourna l'immense demeure jusqu'à la petite trappe dissimulée dans l'herbe par laquelle Yaxley l'avait faite passer quand elle était revenue de sa mission. Elle se glissa dans le passage et suivit le long couloir taillé dans la terre humide. Partout où elle allait, il semblait qu'elle était obligée d'emprunter ce genre de tunnel. Au bout, elle poussa la petite porte, se souvenant du même geste qu'avait fait Malefoy dans l'autre sens lorsqu'il était allé rejoindre sa mère à son manoir, dans le souvenir de la pensine. Une fois à l'intérieur, elle s'apprêtait à descendre jusqu'au sous-sol où la bataille devait faire rage, puis elle se rendit compte que sans baguette, elle ne serait d'aucune aide à personne.

Elle resta immobile, ne sachant que faire. Quelque chose clochait. Le couloir dans lequel elle se trouvait était parfaitement désert, mais ça encore, ce n'était pas très surprenant. En revanche, l'absence de bruit était inquiétante. Il devait se passer quelque chose d'anormal.

Poussée par son instinct, Hermione passa devant les portes du grand salon, également vide. Elle poursuivit son chemin jusqu'à la cellule où elle avait été prisonnière. La dernière fois qu'elle l'avait quittée, Pansy était étendue raide morte sur le sol, tuée par Yaxley qui s'était empressé de rejoindre le sous-sol pour aider les Mangemorts à combattre. La lionne avait donc pris la baguette de la jeune fille avant de se laisser guider par les cris et les grondements qui retentissaient dans toute la demeure.

Ce n'était plus le cas maintenant, pourtant seulement quelques heures devaient s'être écoulées depuis qu'elle avait quitté cet endroit. À l'angle du mur, Hermione se figea. Le cadavre de Pansy Parkinson était toujours là, dans la même position. Rien n'avait changé autour d'elle. Alors que se passait-il ?

« Je vais prendre le risque d'aller voir, décida-t-elle finalement, sans oser s'approcher davantage du corps. J'ai l'impression qu'il n'y a plus personne... »

Elle tourna les talons, faisant le même chemin en sens inverse. Elle repassa devant les portes du grand salon et dévala les escaliers jusqu'aux étages inférieurs. Arrivée au sous-sol, elle fut troublée par le silence qui régnait. Il était effrayant, mais au moins il garantissait sa sécurité, puisqu'il n'y avait personne. L'immense pièce était entièrement vide, exceptant bien sûr les nombreux cadavres qui jonchaient le sol.

Les battements de son cœur s'accélérèrent. Elle ne comprenait pas ce qui se passait, et quand Hermione Granger doutait, cela n'augurait rien de bon. À pas lents, elle s'avança vers le premier corps. Heureusement, il s'agissait d'un Mangemort.

« Pourvu qu'il ne soit rien arrivé à Harry, Ron, Ginny et les autres, supplia-t-elle intérieurement. Je ne m'en remettrais jamais si l'un d'entre eux mourrait par ma faute. »

Indécise, elle se mordit une nouvelle fois la lèvre. De toute évidence, la bataille était finie ici. S'étaient-ils déplacés ? Où auraient-ils pu aller ? Avaient-ils découvert sa disparition ? Tant de questions se bousculaient dans sa tête. Prise d'une impulsion, Hermione se pencha sur le cadavre et tâta sa cape noire. Ses doigts touchèrent un petit bâton, et elle poussa un soupir de soulagement.

« Maintenant que j'ai une baguette, je peux les rejoindre. »

Mais où pouvaient-ils tous être ? Tout en faisant machinalement tourner la baguette dans sa main, Hermione se creusa la cervelle. Elle n'en avait aucune idée. Tous les Mangemorts avaient dû rappliquer, et la bataille avait dû être terrible. Pourtant, ses amis avaient sûrement dû être témoins de sa capture. Ils étaient tous autour d'elle lorsqu'elle s'était battue avec Malefoy, ils avaient donc dû alerter les autres qu'elle n'était plus là. Mais pourquoi seraient-ils tous partis ? Et où auraient-ils pu aller ?

Frustrée, la Gryffondor poussa un grognement. Yaxley avait également déserté les lieux. Mais pourquoi aurait-il abandonné sa demeure ainsi ? Elle n'était pas la seule prisonnière...

Une véritable décharge électrique se propagea dans tout son corps. Il y avait d'autres prisonniers. Alors qu'attendait-elle pour les libérer, tant qu'elle était seule et que personne ne pouvait l'en empêcher ?

La lionne fit aussitôt volte-face pour refaire le même chemin dans l'autre sens. Elle se rendit jusqu'à sa cellule, puis poursuivit un peu plus loin, là où les autres devaient se trouver. Ce ne fut pas difficile de repérer les cachots qui ressemblaient étrangement à ceux du manoir Malefoy. Avec des yeux ébahis, elle parcourut l'immense couloir de long en large ; toutes les cellules étaient occupées ! À son arrivée, quelques prisonniers levèrent un regard vide ou désespéré vers elle. Bouleversée de les constater si nombreux, certains serrés les uns contre les autres en tremblant comme des feuilles, la jeune fille fit un effort pour retenir ses larmes.

Il y en avait de tous les âges, des enfants d'une dizaine d'années à peine jusqu'aux vieillards. Ils étaient tous plus ou moins dans le même état qu'elle physiquement, certains pleuraient, d'autres se balançaient d'avant en arrière en signe de désespoir, et d'autres encore demeuraient immobiles, le regard vide.

- Qui êtes-vous ? questionna une voix de femme derrière la Gryffondor.

Elle était plutôt jeune, environ une trentaine d'années, et serrait contre sa poitrine un petit garçon d'environ cinq ans. Son visage était ravagé par les larmes, chaque trait exprimant une souffrance insupportable. Hermione baissa les yeux sur la tête brune qu'elle étreignait de toutes ses forces et qui ne paraissait pas donner le moindre signe de vie.

- Je suis... Hermione Granger, répondit-elle d'une voix étouffée.

Elle venait de s'apercevoir que cette jeune femme enlaçait son fils mort contre elle, et cette image lui soulevait le cœur.

Il y eut des hoquets de stupeur dans toute la pièce et, bientôt, une quarantaine de visages se collèrent aux barreaux, se poussant les uns les autres pour mieux la distinguer.

- Hermione Granger ? releva la jeune femme, et dans ses yeux une flamme s'alluma le temps d'un battement de cœur, pour s'éteindre immédiatement.

- C'est vraiment toi Hermione Granger ? demanda un autre petit garçon un peu plus loin.

Il leva son adorable visage vers elle, et la Gryffondor lui sourit tendrement.

- Oui, c'est vraiment moi.

- On ne vous reconnaît pas, commenta le vieillard qui pressait l'épaule de ce petit garçon.

Malgré elle, Hermione baissa les yeux sur ses vêtements sales et déchirés qui la recouvraient à peine, sur les écorchures, les bleus, les cicatrices qui barraient son corps, sur le sang séché qui collait à sa peau.

- Moi non plus, souffla-t-elle doucement.

Le petit garçon agrippa les barreaux.

- Toi aussi tu étais prisonnière ?

Celui qui devait être son grand-père fronça les sourcils, sûrement prêt à le réprimander pour avoir posé cette question, mais Hermione hocha la tête.

- Oui, moi aussi.

- Depuis quand ?

Il avait une voix d'ange, et voir les blessures qui saturaient son corps rendait la lionne folle de chagrin et de colère.

- Je ne sais même plus, avoua-t-elle. Peut-être trois semaines, peut-être plus. Sûrement plus.

Le petit garçon écarquilla les yeux, comme beaucoup d'autres autour de lui.

- Vous avez tenu trois semaines ? s'étonna son grand-père en la dévisageant avec stupéfaction.

Avant qu'Hermione n'ait pu répondre, le petit garçon ajouta d'une voix tremblante :

- Ma maman est morte au bout de deux jours.

Un voile sombre tomba devant les yeux du vieillard. Ceux d'Hermione se remplirent de larmes en dépit de tous ses efforts pour les retenir.

- Je suis désolée, murmura-t-elle, vraiment désolée.

Elle se tourna vers les autres prisonniers dont tous avaient le regard rivé sur elle.

- Je suis désolée pour vous tous, désolée que vous ayez perdu des proches, désolée que vous ayez subi ça. J'aimerais pouvoir tout réparer mais je ne peux rien changer au passé.

La jeune femme qui serrait son fils mort entre ses bras ouvrit la bouche comme un automate, ses yeux vides la détaillant simplement.

- Personne ne peut rien changer au passé, Hermione Granger. Ce n'est pas de votre faute si nous en sommes tous là. Vous êtes dans le même bateau que nous.

Apparemment, elle était moldue, ou Née-Moldue, parce que l'expression qu'elle venait d'utiliser était inconnue aux sorciers. Elle paraissait détruite de l'intérieur, comme si la mort de son fils avait également tué une partie d'elle.

Hermione ravala ses sanglots. Elle se sentait tellement stupide de pleurer devant tous ces gens.

- Je sais, mais j'aurais vraiment aimé faire quelque chose.

Son regard s'attarda sur le petit garçon blotti contre sa poitrine. Sa mère parut le remarquer.

- Michael est mort dans mes bras il y a trois jours, révéla-t-elle d'une voix sans âme. Il a succombé à ses blessures. Les Mangemorts l'ont... l'ont...

Son visage se crispa de douleur et Hermione secoua énergiquement la tête pour lui montrer qu'elle n'était pas obligée de poursuivre. Instinctivement, elle tendit la main vers elle, la passant à travers les barreaux. La jeune femme lui serra les doigts si fort que la lionne se retint de grimacer.

- C'est fini, maintenant, promit-elle d'une voix plus forte.

Elle s'éloigna de la jeune femme pour se planter au milieu des rangées de cellule. Tout le monde l'observa avec de grands yeux. Cette vision de tous ces gens qui s'agglutinaient contre les barreaux pour l'inspecter était effroyable, car la détresse qu'elle avait lue dans leur yeux était aussi mortifiante que l'espoir qui y figurait maintenant.

- Je vais vous libérer, leur expliqua-t-elle en scrutant chaque visage un à un.

Mettant ses paroles à exécution, elle s'approcha de la première cellule et pointa la baguette magique dessus.

- Confringo !

La serrure explosa dans un bruit sourd, ouvrant aussitôt la porte sur les cinq personnes enfermées à l'intérieur. L'admiration et le bonheur qu'elle découvrit dans leurs yeux valaient tous les remerciements du monde.

Ils se précipitèrent hors de leur cage, parvenant tout juste à y croire. Il y avait deux hommes, une femme et deux enfants. Ils se tournèrent vers elle avec de grands yeux remplis d'un immense respect.

- Merci, Hermione Granger, dirent-ils d'une seule et même voix.

La Gryffondor leur sourit et se concentra sur les cellules suivantes dont les occupants frémissaient d'impatience. Au fur et à mesure qu'elle faisait exploser les serrures, elle se sentait de plus en plus légère, comme s'il venait de lui pousser des ailes. Distinguer le soulagement dans leurs yeux ne faisait qu'accroître ce sentiment de bien-être qui s'enflait en elle. Hermione sut que pour rien au monde elle n'aurait agi autrement.

Bien vite, tous les prisonniers furent dans le couloir entre les rangées de cellules, hésitants et maladroits mais bel et bien vivants. Évidemment, cet acte ne leur rendrait pas leurs proches et n'enlèverait pas la souffrance qu'ils avaient tous subi mais Hermione se sentait pratiquement aussi soulagée qu'eux.

- Il n'y a plus personne ? s'enquit-elle en se penchant pour vérifier dans chaque cellule. Tout le monde est bien sorti ?

- Non ! remarqua aussitôt le petit garçon avec qui elle avait parlé juste avant.

Il pointait du doigt une cellule un peu plus loin. Hermione s'y précipita et découvrit la jeune femme qui étreignait son fils mort contre sa poitrine. Elle était assise sur le sol de pierre gelé et le berçait en pleurant et en gémissant.

- Mon bébé, sanglotait-elle. Mon unique enfant...

À nouveau, les yeux d'Hermione s'emplirent de larmes.

- Venez avec nous, l'intima-t-elle presque d'un ton suppliant.

Mais la jeune femme secoua la tête.

- Mon chéri... Mon petit bébé à moi...

Sa voix était hachée par ses pleurs, étranglée par ses sanglots. Les larmes roulèrent sur les joues de la Gryffondor qui poussa la porte et entra dans la cellule. Les autres prisonniers s'approchèrent pour les observer sans pour autant dépasser la limite.

- Michael ne souffre plus, murmura la lionne d'une voix douce. Il ne souffrira plus jamais.

Elle s'assit à côté d'elle et lui pressa l'épaule.

- Vous ne pouvez plus rien faire. Vous savez, je pense qu'il est mieux maintenant. Il doit sûrement vous observer de là-haut et vous supplier de ne pas pleurer et de vous reprendre. Je suis sûre qu'il aurait besoin que vous soyez forte.

La jeune femme cessa ses gémissements pour poser ses yeux larmoyants sur elle.

- Il faut que vous vous battiez, reprit Hermione avec conviction. Vous devez vous battre pour lui. Vous ne pouvez pas le faire revenir. Laissez-le partir, il restera toujours avec vous, ici.

Lentement, elle posa une main sur son cœur. La jeune femme baissa la tête vers sa propre poitrine, desserrant petit à petit son emprise sur la tête brune de son fils. Elle tâta son côté gauche, à l'emplacement du cœur, avant de relever les yeux vers Hermione qui lui sourit à travers ses larmes.

- Vous ne pouvez pas rester ici. Il ne l'aurait jamais souhaité. Il aurait regardé la porte ouverte et vous aurait dit de vous enfuir. Et si vous partez, il viendra avec vous.

Une nouvelle fois, elle tapota sa poitrine du côté de son cœur. Les grands yeux pleins de douleur de la jeune femme étaient fixés sur elle, et Hermione soutint son regard sans se départir de son sourire serein. Elle voulait aider cette femme, elle le voulait vraiment.

- Venez avec moi, lui recommanda-t-elle en effleurant sa main. Sortez d'ici et reprenez le cours de votre vie. Michael aurait voulu que vous soyez heureuse et que vous surmontiez tout ça.

La lèvre inférieure de la jeune femme se mit à trembler.

- Vous... vous croyez ?

Hermione acquiesça d'un air sage. Quelque chose se mit à briller dans les yeux de son interlocutrice, quelque chose d'infime mais de bien réel.

- J'en suis certaine.

Doucement, elle se leva et l'incita à en faire de même. La jeune femme cligna ses grands yeux un instant, puis caressa les cheveux de son fils, visiblement indécise.

- Portez-le jusqu'à l'extérieur, proposa la Gryffondor. Une fois libéré, vous pourrez lui rendre hommage comme il le mérite. Rejoignez votre famille et acceptez leur soutien.

La jeune femme déglutit, battit des paupières, jeta un regard tendre à son fils, puis opina et commença à se redresser. Mais elle refusait de lâcher son petit garçon, alors Hermione l'attrapa délicatement jusqu'à ce qu'elle soit debout. Elle le reprit aussitôt et le porta en le serrant contre son cœur. Lentement, elle suivit Hermione hors de la cellule, sous les sourires des autres prisonniers qui avaient attendu sans rien dire.

- Je vais vous guider vers la sortie, décréta la lionne.

Il y eut des murmures d'approbation, puis ils lui emboitèrent le pas alors qu'elle remontait les escaliers et parcourait les couloirs. Tout en les menant vers la liberté, Hermione se sentait utile, fière d'elle, légère, comblée de joie à l'idée d'avoir pu aider tous ces malheureux. Rien ne la rendait plus heureuse en cet instant que d'agir de cette façon. Elle les mena jusqu'au petit passage par lequel elle était rentrée, les fit traverser le grand jardin en contournant la demeure. Ils franchirent le portail en poussant des cris de joie et la remercièrent chaleureusement, la serrant dans leurs bras ou lui souriant simplement, et Hermione sentit qu'avec cette force, elle pouvait désormais tout affronter.


Je sais que vous étiez impatient(e)s de découvrir les chapitres suivant la pensine et j'imagine que vous restez un peu sur votre faim. Mais je voulais absolument qu'Hermione libère les pauvres prisonniers sinon ce n'était plus Hermione ^^

J'espère que ces chapitres vous ont plu !

A très vite

Merci d'avoir lu

J'attends vos avis avec impatience