Chapitre 6 : Scène de crime et scène de ménage.

-vous avez vraiment des yeux magnifiques.
- merci, répondit simplement Flack au compliment de sa jolie interlocutrice. Vous avez vu quelque chose ?
- vous êtes marié ?
- c'est moi qui pose les questions ici, madame.
- mademoiselle.
- bien, mademoiselle, racontez-moi ce que vous avez vu.

Zoey avait entendu quelques bribes de cette conversation en passant juste devant son homme et cette rousse canon qui le dévorait encore du regard alors qu'elle rejoignait l'experte scientifique Lindsay Monroe sur sa scène de crime à Bryant Park, sa grosse mallette en métal fermement en main. Après de nombreuses photos prises par ses soins, l'épouse de Danny Messer reposa l'appareil en question et se pencha à hauteur de leur victime.

-aide-moi à la retourner s'il te plaît.

Une fois ses mains gantées, Zoey s'exécuta sans tarder et nota que les cheveux de leur victime nageaient dans une vraie mare de sang.

-trauma contondant à la tête, observa immédiatement Lindsay.
-elle a une partie du crâne défoncée. Il y a eu plusieurs coups ? Se renseigna Zoey, avec attention.
- difficile à dire. Il n'y a pas d'éclaboussures. Elle peut avoir été frappée qu'une fois, tout dépend avec quoi.

Alors que Lindsay inspectait maintenant les alentours du parc à la recherche de l'objet en question, Flack vint à la rencontre de Zoey qui ne put s'empêcher de se renseigner discrètement sur l'identité de la jolie rouquine qui faisait du rentre-dedans à son homme quelques secondes plus tôt.

- c'est elle qui l'a trouvée ?
- elle devait aller voir Spiderman sur Broadway après une ballade dans le parc, confirma Flack, dans les deux cas elle avait toutes les chances d'en sortir traumatisée.

La jeune laborantine secoua la tête d'un air amusé, visiblement son homme n'était pas un grand fan des comédies musicales qui se jouaient dans le coin.

- au fait, merci pour ton aide tout à l'heure, dit Flack, avec son ironie légendaire.

Zoey lui adressa un regard confus, il n'était quand même pas entrain de lui reprocher de ne pas avoir fait de scandale en plein milieu d'une scène de crime, si ?

- t'aurais pu t'arrêter pour dire bonjour.
- et puis quoi ? « Pas touche, propriété privée » ?
- quelque chose comme ça, avoua le jeune lieutenant d'un œil rieur.
- je n'ai jamais été du genre jalouse.
- toutes les femmes le sont.
- mais je ne suis pas comme toutes les femmes ! Et tu sais, tu parles pendant ton sommeil, j'en déduis pas pour autant que tous les hommes font pareil.
- qu'est-ce que tu crois ? Moi aussi je suis un spécimen unique, répondit Flack, avec jeu.
- c'est fini la scène de ménage ?

La voix moqueuse de Lindsay les stoppa dans leur petit échange récréatif, elle venait de réapparaître avec un gros caillou en main enroulé dans un mouchoir.

-il y a du sang dessus, annonça-t-elle, avant de le passer à Zoey.
-ah ouais, ça peut le faire.
-donc elle a été tuée ici, elle n'a pas été transportée, déduisit Lindsay.
-ça ne devait pas être prémédité parce que faudrait être bizarre pour prévoir de tuer quelqu'un à coups de pierre, conclut Zoey, le caillou toujours en main.
- va savoir, le meurtrier a très bien pu la suivre, il s'est approché d'elle et boom ! Rideau ! Rétorqua Flack, fort de son expérience.
-ça peut aussi être à cause d'une dispute, suggéra Lindsay à son tour.

Zoey acquiesça puis rangea soigneusement le caillou maculé de sang dans un sac de preuves, un travail monstre les attendait à présent pour pouvoir coincer le coupable.


Toute l'équipe du CSI se retrouvait à présent en salle de réunion afin de faire le point sur l'affaire en cours.

- Sue Newton était la jeune collaboratrice d'un avocat d'affaires à 10 dollars de l'heure, elle travaillait jusqu'à 60 heures par semaine, commença Danny Messer, le dossier de leur dernière victime encore en main.
-elle ne devait pas avoir beaucoup de vie sociale, avec toutes ces heures passées au bureau, commenta Zoey avec empathie.
-les gouttes de sang sont tombées verticalement, sans déviation latérale, probablement de la lame du couteau, conclut le docteur Hawkes en passant son doigt sur les photos prises sur la scène de crime, elle a dû être plaquée contre la paroi du mur et c'est à ce moment-là qu'elle a été poignardée.

Flack fit son apparition dans la salle et après un furtif regard complice échangé avec Zoey, il commença son compte-rendu détaillé.

-la vidéosurveillance et l'ensemble de la sécurité ont été complètement neutralisés de l'extérieur grâce à un boîtier de raccordement, ceux qui ont fait ça n'ont laissé aucune trace. Le système a été neutralisé à minuit quatre comme le gars qui fait la nuit est loin d'être Sherlock Holmes ça a bien pris une heure avant qu'il ne réalise le problème. Le système a été rebranché à une heure vingt-quatre.
-Sid a établi l'heure de la mort entre minuit et une heure, les renseigna Lindsay.

A son tour, Adam entra dans la salle avec une tablette tactile en main qu'il dirigea sous les yeux de Mac.

-elle avait téléchargé l'appli enemy X.
-enemy X ? Répéta Jo, piquée dans sa curiosité.
-c'est une application de localisation qui vous permet d'éviter les indésirables là où vous voulez aller. Elle envoie un signal de géo-localisation de leurs téléphones au vôtre, lui expliqua aussitôt Zoey.
-qui indique où ils sont, comprit rapidement Mac.
- c'est ça, confirma Zoey.
- on dirait qu'elle avait quelques ennemis, constata Lindsay, le regard fixé sur la tablette tactile d'Adam.
-beaucoup, acquiesça ce dernier, mais d'après le journal d'appel de son téléphone et la bonne vingtaine de SMS et de messages vocaux effacés, un type en particulier la harcelait pour un rendez-vous, jusqu'à il y a ce matin où il a brusquement cessé. La victime faisait tout pour l'éviter.
- on a son nom ? L'interrogea Danny.
- le type s'appelle : Ray Adams, répondit Adam avec entrain. On aurait dû télécharger cette appli pour ton harceleur aussi Zoey, ça nous aurait permis de le mettre sous les verrous beaucoup plus tôt !

Le sourire jusqu'aux oreilles du jeune technicien disparut aussitôt quand il vit la mine défaite de Zoey qui lui faisait les gros yeux, il venait officiellement de faire une bourde aussi énorme que lui.

-quel harceleur ? Demanda immédiatement Flack, le front barré d'un pli soucieux. De quoi il parle ?
- restons concentrés sur Ray pour le moment, l'exhorta-t-elle, d'une voix peu assurée.
- oui, elle...elle a raison, confirma Adam avec embarras entre deux bégaiements.
-où peut-on le trouver ? Le questionna Mac, en recentrant la conversation sur leur affaire.
- ben je l'ai dit avant, il est en prison !
- Adam, soupira Mac, d'un air réprobateur.
- oh … vous parliez de Ray et pas du harceleur de Zoey … alors ça, c'est facile !

Grâce à l'application en question, il montra immédiatement du doigt l'endroit qui était désigné clairement sur la carte de sa tablette tactile.

-Ici !
-beau boulot, Adam.
-merci patron.

Se rendant compte qu'il se retrouvait dans la salle en compagnie seulement de Don et Zoey alors que les autres étaient déjà partis, Adam leur adressa un sourire gêné et quitta rapidement la pièce en refermant la porte derrière lui, il se sentait encore coupable et espérait que Zoey n'ait pas à payer les pots cassés par sa faute. Muet jusque-là, Don se contenta de hausser un sourcil en direction de Zoey, visiblement il attendait ses explications avec impatience.

- j'ai reçu plusieurs lettres de menaces devant ma porte. Sans enveloppe. Le ton est devenu de plus en plus menaçant au fil des jours. Adam m'a surprise entrain de les analyser au labo alors il m'a proposé son aide et par chance, l'ADN du suspect était dans le codis, on a pu l'arrêter et c'est là qu'on a découvert qu'il envoyait ses lettres à ma voisine. Pas à moi. Cet idiot s'est tout simplement trompé de porte.
- une belle tête de vainqueur, commenta Flack, avec son ironie légendaire.
- c'était son ex, il n'a pas accepté la séparation. Il était en probation, on l'a renvoyé en prison illico après son arrestation.
-quand est-ce que tout ça a commencé ?
-il y a deux semaines environ.
- deux semaines, répéta Flack, en serrant la mâchoire.

Deux semaines sans lui dire, deux semaines à faire comme si de rien n'était et sans la gaffe d'Adam, il aurait sûrement toujours été dans l'ignorance.

-je sais que j'aurais dû t'en parler…
- mais tu as choisi de ne pas le faire, lui rappela-t-il, d'un ton glacial.
-Don…

Il lui lança un dernier regard noir avant de quitter la salle sans se retourner, Zoey prit une profonde inspiration avant de souffler, elle essayait tant bien que mal de retenir les larmes qu'elle sentait venir, la froideur qu'elle avait pu lire dans son regard l'avait bouleversée, il n'avait pas l'air en colère, c'était pire, il était sincèrement blessé par sa décision de ne pas l'impliquer dans toute cette histoire.


-qu'est-ce que tu fais ici ? Demanda Don à Zoey.

Le ton était peu avenant, s'il était heureux de la visite de sa compagne dans son commissariat, il le cachait vraiment à la perfection.

- livraison express de café !

Ne se formalisant pas de son accueil glacial, elle s'approcha de son bureau et déposa un gobelet fumant juste devant lui, en s'efforçant de sourire afin d'alléger un peu l'atmosphère qui se voulait pesante entre eux.

-je l'ai surnommé le café de la paix, comme on ne peut pas fumer ici.

Sa blague tomba lamentablement à plat, décidément son homme ne lui rendait pas la tâche facile.

-tu ne bois pas ?
-je viens d'en finir un.
- Don, je sais que j'aurais dû te mettre au courant, j'ai fait une énorme erreur, je suis vraiment désolée, et si cette histoire devait tout gâcher entre nous, je comprendrais.
- j'ai aussi ma part de responsabilité, c'est censé marcher dans les deux sens la confiance.
- ce n'est pas du tout ça, je te fais entièrement confiance Don, vraiment, c'est juste que…j'étais dépassée par la situation, je ne savais plus trop comment gérer tout ça, tu comprends ?
- j'imagine que c'est angoissant de se sentir harcelée.

Elle acquiesça en silence, elle se détestait d'avoir à lui faire gober tous ces mensonges.

-tu n'étais pas forcée de traverser ça toute seule, je suis là.

Son ton se voulait doux, compréhensif, pourquoi fallait-il qu'il se montre aussi attentionné et protecteur à son égard ? Ne pas craquer, surtout ne pas craquer.

- j'aurais aimé être là pour toi.

Comment résister à ce regard si sincère ? Il méritait la vérité, elle en avait assez de se jouer de lui, il était temps d'en finir, cette mascarade avait duré suffisamment longtemps.

-c'était pas moi la cible, avoua-t-elle, prise de remords.
- c'était ta voisine, je sais. Tu m'en as déjà parlé.
-non, en fait, c'était celle de Sam, on a d'abord crû que les lettres étaient destinées à ta sœur.

Flack la fixa d'un air éberlué, il ne s'attendait visiblement pas à cette révélation. Aucun son ne sortit de sa bouche, il était sous le choc.

-elle me les a amenées un jour à mon labo en fin de matinée, elle tentait de garder son calme mais je voyais bien qu'elle paniquait.
- et tu as manigancé tout ça avec Adam, conclut-il, sur le ton du reproche.
-non, il est tombé sur les lettres pendant que je les analysais, il a crû qu'elles étaient pour moi et je ne l'ai pas contredit.
-et bien sûr, personne n'a jugé bon de me tenir informé.
-j'ai insisté auprès de Sam pour qu'elle t'en parle, mais elle n'a rien voulu savoir.

Il n'y avait que des grands têtus dans la famille Flack, elle n'avait plus de doute à ce sujet.

- t'aurais dû insister plus. Bon sang, c'est ma sœur dont il s'agit, Zoey !
- justement ! Elle refusait que tu en fasses une affaire personnelle et j'avais peur qu'elle règle cette affaire toute seule sans l'aide de personne, qu'est-ce que j'aurais pu faire d'autre ? Je n'avais pas le choix !
-on a toujours le choix. Elle aurait pu être vraiment en danger, tu te rends compte ?
-elle ne courait aucun danger, j'ai tout fait pour assurer sa sécurité, tu peux me croire. Tu me crois, n'est-ce pas ? Don ?

Comment lui faire encore confiance ? Après tous les mensonges qu'elle lui avait débités sans sourciller depuis la veille ? Il reporta à nouveau toute son attention sur son rapport à rédiger du jour, il était tellement pratique pour pouvoir fuir le regard de sa compagne et il ne s'en privait pas.

-j'ai beaucoup de travail, ajouta-t-il, en ne quittant pas son dossier des yeux.

Zoey acquiesça en silence puis quitta le commissariat complètement abattue, le message était clair, elle n'était plus la bienvenue ici. Elle n'était plus la bienvenue dans sa vie.


Prochainement dans LBC : toujours en froid, Zoey et Flack se rendent sur une scène de crime avec Danny.