Hello !
Vraiment navrée de vous avoir fait attendre ! Pour tout avouer, les événements récents à Paris m'ont ôté l'envie d'écrire. J'espère qu'aucun de vous n'a été touché trop directement par les attentats. Personnellement, j'habite loin de Paris et mes amis qui y vivent sont sains et saufs. J'espère qu'il en est de même pour vous
J'ai quand même trouvé un petit moment pour vous poster la suite, en revanche je ne vais pas avoir le temps de répondre à vos gentilles reviews, j'en suis profondément désolée ! Je me rattraperai la prochaine fois, c'est promis.
Allez, je cesse de vous faire attendre et je vous laisse aux retrouvailles entre nos deux amoureux fétiches... En espérant être à la hauteur de vos espérances (même si je pense que vous ne vous attendez pas à cela).
Bonne lecture !
40. - Entre amour et haine
Le premier coup de tonnerre fit trembler le sol du bureau. Les portraits protestèrent vivement lorsque leurs cadres cognèrent contre le mur. Hermione tourna la tête vers eux, se rappelant brutalement de leur présence ; il était si rare qu'ils soient silencieux pendant si longtemps. D'après Harry, ils ne rataient pas la moindre occasion de faire des remarques.
Mais sans doute avait-elle songé trop vite à y échapper.
- Eh bien, miss... Granger, c'est ça ? commença le sorcier corpulent qui s'était plaint de son intrusion à peine quelques minutes plus tôt. Le professeur Dumbledore vous a raconté une bien étrange histoire. Mais qu'ai-je entendu ? Êtes-vous véritablement tombée amoureuse de l'horrible Drago Malefoy ?
La lionne jeta un regard de détresse à l'ancien directeur avant de bafouiller :
- Je... je crois bien que oui...
- Allons, Dexter, intervint Dumbledore, ne remuez pas le couteau dans la plaie. Miss Granger s'en sortira très bien. L'âme de Drago n'est pas aussi noire qu'il le prétend.
Avant qu'Hermione n'ait pu dire quoique ce soit, une voix s'éleva un peu plus loin, une voix qui la stupéfixa sur place.
- L'âme de Drago est noire comme du charbon et son cœur est incapable d'aimer.
La jeune fille pivota lentement sur ses talons pour faire face au portrait qui venait de prendre la parole et qu'elle n'avait même pas remarqué parmi tous les autres. Dumbledore se pencha dans son cadre pour l'observer par-dessus ses lunettes demi-lune.
- Voyons, Severus, tu as toujours apprécié Drago.
- C'est vrai, acquiesça Rogue en dévisageant Hermione de ses petits yeux noirs. Et c'est justement pour cette raison. Drago me ressemble en tous points.
La Gryffondor fronça les sourcils.
- Votre âme était peut-être noire, vous aussi, professeur, mais vous avez quand même aimé une femme, lui rappela-t-elle timidement. Et vous avez sacrifié votre vie pour elle.
- Après sa mort, précisa-t-il sèchement. Je n'ai jamais su aimer Lily.
Malgré sa voix dénuée de chaleur humaine, Hermione s'adoucit devant ses paroles.
- Il n'y a pas de mode d'emploi pour aimer quelqu'un, professeur.
- Drago vous fera plus de mal qu'autre chose, miss Granger, persifla néanmoins Rogue d'un ton cassant. Vous devriez fuir tant qu'il est encore temps. Allez donc vous marier avec cet empoté de Weasley, vous ne risquez rien avec lui.
À ces mots, Hermione sentit un pincement lui vriller le cœur.
- Je ne peux pas, professeur, ce n'est pas lui que j'aime.
- Drago ne saura pas vous aimer, insista-t-il lourdement. Vous devriez pourtant savoir que le mal et le bien ne vont pas ensemble.
La jeune fille scruta son visage aux traits sévères avec une soudaine tendresse ; de toute évidence, Rogue ne parlait pas que de son cas. Même si son attitude protectrice envers elle était plutôt déroutante, elle savait qu'il voulait simplement la mettre en garde pour que l'histoire qu'il avait lui-même vécue avec Lily ne se répète pas.
- Les Malefoy sont incapables d'aimer, miss Granger. Lucius en est la preuve.
- Severus, l'interpella Dumbledore, laisse-leur une chance. Drago n'est pas comme son père. À présent, Hermione, ajouta-t-il à l'adresse de celle-ci, signalant par la même occasion que la discussion était close, il faut que je te parle de quelque chose d'autre et de beaucoup plus grave, tant que tu es là. J'ignore combien de temps il nous reste, mais le temps nous échappe cruellement.
Le sang de la lionne ne fit qu'un tour.
« Qu'y a-t-il de pire encore ? »
- Les Mangemorts n'ont pas transplané à Poudlard pour rien, ils pensent qu'il se trouve ici quelque chose qu'ils traquent sans relâche. Actuellement, Yaxley est en train de fouiller le château de fond en comble avec l'aide d'Avery tandis que leurs compagnons se battent contre les aurors.
Hermione retint sa respiration ; elle entrait enfin dans le vif du sujet. Elle allait enfin savoir ce qui se passait exactement, et pouvoir avertir ses amis avec qui elle essaierait de tout arrêter avant qu'il soit trop tard.
Dumbledore ficha son regard dans le sien avec une gravité qu'elle ne lui avait jamais connue.
- Il ne faut surtout pas qu'ils trouvent cet objet, l'avertit-il en appuyant sur chaque mot. En aucun cas. Cela pourrait causer des dégâts irréversibles dans le monde entier. Est-ce bien clair ?
- Très clair, professeur.
- Grâce à Everard qui possède un portrait de lui au ministère de la Magie, j'ai pu obtenir des informations il y a quelques jours et ainsi deviner ce qui se tramait dans la tête des Mangemorts. Il existe un objet dont la puissance est au-delà de toute limite. Il n'est pas dangereux de la même façon que les Horcruxes, mais son utilisation pourrait causer quelque chose proche de la fin du monde.
À ses côtés, Rogue hocha la tête en signe d'approbation.
- Cet objet est un retourneur de temps, mais pas l'un de ceux que possède le ministère de la Magie et qui permet de retourner cinq heures maximum en arrière, non, celui-là est tellement puissant qu'il peut effectuer un voyage de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois. Je suppose que tu comprends ce que cela signifie ?
Les rouages du cerveau d'Hermione qui fonctionnaient à toute allure lui firent réaliser l'étendue du désastre. Pétrifiée d'horreur, elle plaqua une main sur sa bouche, comprenant ce que cela impliquait.
- Les... les Mangemorts veulent s'en servir pour faire revenir Voldemort à la vie, s'effara-t-elle, sa voix étouffée par la paume de sa main.
- Exactement, confirma Dumbledore avec sérieux. Je suppose qu'ils comptent intervenir au moment où Harry est censé tuer Voldemort afin d'inverser le cours des choses. Bien entendu, ils ne se préoccupent pas des conséquences qu'un tel acte pourrait engendrer, trop obsédés par le désir de ramener le Seigneur des Ténèbres. C'est à celui qui y arrivera le premier et qui gagnera la reconnaissance éternelle de leur maître.
- Mais... mais, balbutia la jeune fille, terrifiée, cela pourrait entraîner des catastrophes...
- Ça serait un véritable désastre s'ils y parvenaient. Ils préfèrent sans doute fermer les yeux et ne réfléchissent pas à tout ce que cela pourrait causer. Leur obsession est telle qu'ils en oublient ce qui pourrait alors se produire.
- Mais, professeur, est-ce vraiment possible ? Peut-on faire revivre quelqu'un en remontant le temps ?
- Non, soutint Dumbledore, et une vague de soulagement submergea Hermione. Non, ce n'est pas possible. Mais ils y croient dur comme fer, et sont prêts à tout pour essayer. Hors, même s'ils échouaient, ils commettraient des dégâts impossibles à réparer. Le désespoir fait souvent faire des choses insensées.
- Mais, répéta la jeune fille avec l'impression de parler comme un robot, depuis quand un tel objet existe-t-il ? Qui l'a créé ? Comment l'ont-ils su ? Pensent-ils qu'il se trouve à Poudlard ? Pourquoi serait-il ici ?
- Grindelwald, lâcha Dumbledore dans un souffle douloureux, et la Gryffondor sut aussitôt que ce nom était un point très sensible chez le grand sorcier. C'est lui qui a créé le Grand Retourneur de Temps il y a des dizaines et des dizaines d'années. Personne n'a jamais pu l'utiliser, car je l'ai battu en duel avant qu'il ne l'essaye, et l'objet a été mis en sécurité au ministère de la Magie pendant quelque temps. Mais les rares personnes qui connaissaient son existence avaient peur que quelqu'un le trouve et me l'ont confié, à moi, pour que je le cache. Ils me faisaient confiance, disaient-ils, et savaient que je ne m'en servirais pas. Je l'ai donc caché ici, à Poudlard, durant toutes ces années, même lorsque je n'en étais pas encore le directeur. Et personne n'en a jamais rien su.
Les portraits poussèrent des acclamations de stupeur.
- Le Grand Retourneur de Temps était caché ici, à Poudlard ?
- Comment est-ce possible ?
- Personne n'a jamais su ? Même Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom ?
- Tout ce temps, il y avait un tel objet dans cet établissement ?
Ils parlaient tous en même temps, s'interrompant les uns les autres. Hermione ne cessait de fixer Dumbledore qui avait l'air fatigué par leur agitation.
- Personne ne l'a jamais su, souligna-t-il une nouvelle fois.
- Comment les Mangemorts l'ont-ils appris ? s'enquit la lionne, faisant taire les portraits.
- Par les membres du ministère qu'ils ont enlevés et torturés, je suppose. L'un d'eux a dû finir par lâcher quelques informations, dont le lieu où il est censé se trouver. Les Mangemorts ont préféré saccager le château plutôt que venir directement me le demander.
La jeune fille lui jeta un regard paniqué.
- Tant mieux, professeur, il ne faut pas qu'ils vous fassent du mal.
- Je suis mort, ils ne peuvent pas me faire de mal. Je crois qu'ils n'ont simplement pas pensé que mon portrait se trouvait dans mon bureau.
L'affolement se répandit soudain dans les veines d'Hermione qui serra sa baguette magique.
- Que faut-il faire, professeur ?
Ce dernier la regarda droit dans les yeux.
- Le détruire.
Elle opina ; c'était évidemment la chose la plus sûre à faire.
- Pourquoi le ministère ne l'a-t-il pas détruit ? interrogea-t-elle curieusement.
- Tout porte à croire qu'ils étaient fascinés par tant de magie et qu'ils n'osaient pas la défier. Mais nous avons plus à craindre à le laisser intacte.
Il se redressa dans son cadre sans cesser de la détailler attentivement.
- Je vais profiter de ta présence ici, Hermione, pour te confier la lourde tâche de le détruire. Je te fais confiance. Tu peux demander à Harry et aux deux jeunes Weasley de t'accompagner ou de le faire à ta place, ce serait préférable au cas où quelque chose se passerait mal. Tu n'es pas obligée de le faire toi-même, Harry peut s'en charger, c'est comme tu le sens.
Ses yeux bleus parcoururent son corps saturé de blessures toutes plus affreuses les unes que les autres. Hermione hocha la tête pour montrer qu'elle avait compris, sans s'attarder sur son état.
- Que faut-il faire exactement pour le détruire ?
Un second coup de tonnerre vint interrompre leur conversation quelques secondes, suivi d'un troisième et d'un quatrième.
« Cette fois, ça y est, songea-t-elle. L'orage est là. »
- J'y ai longuement réfléchi, et j'en suis parvenu à la conclusion suivante : seul ce qui a permis sa construction peut permettre sa destruction, indiqua Dumbledore. Grindelwald s'est servi de la Baguette de Sureau, car seule une baguette si puissante peut créer un retourneur de temps si puissant. Il me semble qu'elle est la seule arme capable de le détruire.
À nouveau, la lionne acquiesça.
- Elle se trouve bien dans votre tombe, professeur ?
- C'est exact, approuva-t-il. Harry l'y a remise après la bataille finale. Elle n'a pas bougé.
- Pardonnez-nous à l'avance pour l'intrusion que nous allons devoir commettre, s'excusa-t-elle en songeant avec appréhension qu'elle devrait ouvrir la tombe de Dumbledore.
Ce dernier eut un sourire.
- Je vous pardonne. Maintenant, tu ferais mieux d'y aller.
Hermione hésita quelques secondes, son regard allant de Rogue, toujours silencieux, à Dumbledore, qui la contemplait sans cesser de sourire.
- Qu'y a-t-il ? demanda-t-il poliment.
- Vous... vous ne m'indiquez pas où se trouve le Grand Retourneur de Temps ?
Un peu honteuse de poser la question, elle baissa les yeux.
- Ce n'est pas nécessaire, assura l'ancien directeur. Je pense qu'il est préférable que tu ne l'aies pas sur toi si jamais les Mangemorts te tombent dessus, cela pourrait être dangereux. Il est sans doute mieux qu'Harry, Ron, Ginny et toi apportiez la Baguette de Sureau ici pour le détruire.
Soulagée, elle poussa un soupir discret.
- Vous avez sûrement raison, professeur. Je... je reviens donc dès que j'ai la baguette, avec Harry, Ron et Ginny. À tout à l'heure.
- Bonne chance, miss Granger, lança Dumbledore derrière elle.
Frissonnante, Hermione franchit le seuil du bureau et l'escalier en colimaçon la mena jusqu'en bas. Une fois dans le couloir, elle inspira profondément puis expira longuement pour calmer la panique qui tentait de s'imniscer en elle. Ce n'était pas le moment de s'affoler, elle avait une tâche de la plus haute importance à accomplir. La première chose qu'elle devait faire maintenant, c'était rejoindre ses amis pour les mettre au courant de ce qui se tramait.
Elle se souvint alors qu'elle les avait laissé se battre contre les Mangemorts aux côtés des aurors, et s'engagea aussitôt dans le long couloir, espérant de toutes ses forces qu'ils allaient bien. Une bouffée de culpabilité l'envahit lorsqu'elle songea à la façon dont elle les avait quittés, les abandonnant dans leur combat. L'urgence de la situation lui avait fait faire un peu n'importe quoi.
Elle s'avança à pas vifs dans le couloir du premier étage, l'adrénaline revenant peu à peu dans ses veines qu'elle avait désertées quelques minutes. Les nombreuses blessures qui recouvraient son corps avaient beau être horriblement laides à regarder, en cet instant, elle ne ressentait plus aucune douleur physique ; déterminée à en finir une bonne fois pour toutes, la Gryffondor mettait de côté ses petits problèmes personnels pour se consacrer à l'avenir du monde magique – et moldu par la même occasion.
Alors qu'elle tournait à l'angle d'un mur à toute vitesse, elle se heurta brusquement à quelque chose de solide et de doux en même temps ; quand son nez s'enfonça dans le tissu noir, ses narines humèrent malgré elles le parfum qui sembla soudain inonder l'atmosphère, aspirant la moindre particule d'oxygène pour la remplacer par cette odeur si familière. Irrémédiablement, tous les sens d'Hermione s'alarmèrent ; son cœur s'accéléra de manière douloureuse, sa gorge se noua et ses membres se mirent à trembler. Tandis qu'elle perdait l'équilibre et s'écroulait par terre, l'ensemble de ces éléments lui firent immédiatement deviner qui était le responsable de la collision.
En levant la tête, ses yeux chocolats croisèrent deux yeux gris et s'y accrochèrent. En dépit de tous ses efforts, elle fut incapable de se détourner.
- Granger ?
Une pointe de surprise se distinguait dans sa voix habituellement neutre. Hermione n'ouvrit pas la bouche, ayant perdu d'aplomb l'usage de la parole.
Il était là, devant elle, la surplombant de toute sa taille, ses cheveux blonds ébouriffés contrastant avec ses vêtements noirs. Un pli se forma entre ses sourcils lorsqu'il la dévisagea, mais aussitôt, son éternel masque chassa toute expression de son visage si parfait.
Confuse, submergée d'une dizaine d'émotions à la fois, la lionne ne bougea pas et se contenta de garder les yeux rivés sur ce Serpentard aux multiples mystères. Elle n'avait pensé qu'à lui durant des heures et des heures, et maintenant qu'il se dressait devant elle, elle se retrouvait comme un petit animal apeuré et blessé pris au piège par un prédateur. Et quel prédateur !
Malefoy jeta de rapides coups d'œil dans le couloir désert avant de reporter son attention sur la jeune fille étalée par terre, deux baguettes dans une main et un bout de parchemin déchiré dans l'autre.
- Que fais-tu là ? cracha-t-il d'un ton sec.
Il n'y avait pas la moindre trace d'humanité dans son regard gris aux tintes dangereuses. Brutalement sortie de sa transe comme s'il lui avait lancé un maléfice, Hermione se releva d'un bond, et, folle de rage, le gifla de toutes ses forces.
- Tu ferais mieux de la fermer, Malefoy ! explosa-t-elle en lui hurlant au visage.
Sous le choc, la tête du Serpentard était partie en arrière. Il resta immobile une seconde puis frotta doucement sa main sur sa joue qui se colora de vilaines plaques rouges. Le corps tremblant entièrement tellement la fureur qui l'animait était forte, Hermione pointa un doigt accusateur sur la poitrine du serpent qui ne broncha pas.
- T'es vraiment un sale type ! rugit-elle avec toute la hargne qu'elle contenait en elle. De quel droit te permets-tu de décider où je dois être ? Quels droits as-tu sur ma vie, hein ? Tu es un monstre, une vermine, un fumier, un salaud, un...
Son dernier mot fut étouffé par la main du Serpentard qui venait de se plaquer contre sa bouche. D'abord stupéfaite, la lionne écarquilla les yeux, puis la colère reprit subitement le dessus.
- Ne dis pas ça, murmura-t-il d'une voix qui venait tout à coup de perdre toute sa froideur.
Mais Hermione n'avait pas l'intention de se laisser manipuler une énième fois ; elle ouvrit violemment la bouche et mordit de toutes ses forces la main du jeune homme qui poussa un cri de stupeur ou de douleur – elle n'en savait trop rien – avant de la retirer. Le goût du sang se répandit sur la langue de la Gryffondor mais elle ne s'en préoccupa pas.
- Arrête ça tout de suite, Malefoy ! s'égosilla-t-elle d'une voix enragée qui vibrait d'émotion. Cette fois, tu ne m'auras pas !
Elle recula de quelques pas, désirant s'éloigner de lui au plus vite. Mais il ne parut pas l'entendre de cette oreille, et s'approcha rapidement d'elle. Encore plus énervée par son comportement, la lionne posa ses mains sur son torse pour le repousser du mieux qu'elle le put ; en vain. Sa force était misérable comparé à la sienne, et Malefoy ne frémit même pas.
- Dégage ! s'époumona la jeune fille, si fort que son hurlement retentit en écho dans tout le couloir. Ne t'approche pas de moi ! Ne me touche pas !
- Hermione, lâcha-t-il dans un souffle, si près que son odeur envahissait tout l'espace.
- Non ! Je ne veux pas t'entendre ! Je ne me ferais pas avoir une seconde fois ! DÉGAGE !
Elle avait beau reculer, elle toucha bientôt le mur et se retrouva coincée contre un Malefoy beaucoup trop proche. Tout en veillant à ce qu'aucune partie de son corps n'entre en contact avec le sien, Hermione brandit sa baguette entre eux deux, le foudroyant du regard.
- Un pas de plus et c'est moi qui te fait dégager, menaça-t-elle d'une voix glaciale.
La soudaine austérité de son ton contrasta étrangement avec ses cris qui avaient retentis à peine une seconde plus tôt. Son regard meurtrier se chargea de transmettre au Serpentard toute la haine qu'elle éprouvait pour lui et qui, en cet instant, dominait tout le reste. Elle se doutait bien qu'une simple menace, bien que parfaitement fondée, ne le ferait pas reculer, pourtant il ne l'approcha pas davantage et se contenta de poser ses yeux sur elle.
Le menton relevé, elle le défiait de faire la moindre tentative. Au bout de quelques secondes à se dévisager mutuellement, elle lâcha d'un ton placide :
- Qu'est-ce que tu veux ?
Ses yeux gris ne la quittaient plus, cependant, ils se baissèrent quelque part sur la droite le temps d'un clignement de paupière avant de revenir vers les siens. Malefoy ouvrit la bouche, la referma puis la rouvrit, mais aucun son n'en sortit.
Hermione hocha la tête avec amertume, prenant son silence pour une évidence.
- Je suppose qu'il vaut mieux pour toi que tu ne répondes pas, siffla-t-elle. Eh bien, dans ce cas, nous n'avons plus rien à nous dire.
Furtivement, elle se glissa entre le mur et lui, échappant à son emprise. La petite voix dans sa tête lui affirma que Malefoy n'avait rien fait pour l'empêcher de s'en aller, mais elle l'ignora. Ce dernier resta immobile, face au mur, la tête légèrement tournée dans sa direction.
Ne souhaitant pas savoir pourquoi elle hésitait à prendre ses jambes à son cou tant qu'elle le pouvait, la Gryffondor fit volte-face, s'apprêtant à abandonner son pire ennemi et premier amour dans le couloir. Mais il bougea soudain, et sa voix s'éleva dans son dos.
- Ne pars pas, s'il te plaît.
Hermione se figea, pétrifiée par la douceur qu'elle venait de percevoir, une douceur à laquelle elle n'avait pas eu droit depuis longtemps. Son cœur se mit à battre si fort que le sang afflua jusqu'à ses joues, les rosissant probablement. Ses doigts commencèrent à trembler malgré tous ses efforts pour garder le contrôle d'elle-même.
« Ne te laisse pas avoir, la rabroua une petite voix dans sa tête. Ne le laisse pas te manipuler. »
Déchirée entre sa haine et son amour pour lui, la jeune fille demeura statique et muette.
- Hermione, prononça-t-il, et elle ferma les yeux à l'appellation de son prénom que seule sa bouche rendait si mélodieux. Je n'ai jamais voulu te faire de mal. Je ne te ferai plus jamais de mal.
Péniblement, elle déglutit, les paupières toujours closes.
- Tu dois me croire, insista sa voix savoureuse qui lui procura des frissons. Je t'en prie, Hermione. Il me faut un peu de temps, mais je vais tout t'expliquer.
« Bien sûr, ricana la petite voix d'un ton sarcastique. Il suffit juste de s'expliquer ! »
La lionne voulut la faire taire, mais elle n'en avait pas la force.
« Tu te laisses aveugler par tes sentiments pour lui, alors que tu sais très bien qu'il essaie juste de te manipuler une énième fois. Ça a toujours été comme ça, pas vrai ? »
N'avait-elle pas raison, au fond ?
- J'ai besoin que tu me croies. Tu sauras tout, mais il faut juste que...
- Que quoi, Malefoy ? l'interrompit-elle en soulevant subitement ses paupières. Qu'est-ce que je vais devoir encore supporter ? Tu penses peut-être que je n'ai pas subi assez ?
Lentement, elle pivota sur ses talons pour lui faire face. Le Serpentard se tenait deux mètres derrière elle, la mine sombre. Inexplicablement, son bras droit tremblait, mais elle ne s'attarda pas sur ce détail.
- Je te le promets, affirma-t-il d'un ton pourtant dépourvu d'assurance.
- Mais que valent tes promesses, Malefoy ? rétorqua Hermione en le fixant d'un regard de feu.
Il se tut, ne trouvant sûrement rien à redire.
- J'ai peur que ta parole ne soit pas suffisante, gronda-t-elle en reprenant volontairement les mots utilisés par Dolohov juste avant son exécution.
La jeune homme ne releva pas cet acte qu'il ne dut néanmoins pas apprécier.
- Que veux-tu de plus ?
Hermione secoua la tête, terrassée par la souffrance qui étreignait son cœur.
- Rien. Je n'attends rien de toi, Malefoy. Je ne sais pas ce que tu veux, mais je ne te donnerai rien.
Elle baissa la tête, assaillie de remords.
- J'aurais dû savoir que t'aimer était voué à l'échec.
Elle n'avait plus ce courage qui l'avait emplie dans le bureau du directeur, elle n'avait plus cette force dont elle avait fait preuve en sortant. Si la certitude que son amour pour lui allait l'aider à tout surmonter l'avait frôlée lorsqu'elle n'avait pas pris au sérieux les conseils de Rogue, ce n'était plus le cas désormais, et elle réalisait maintenant ô combien il avait raison.
Aimer un Malefoy apportait trop de souffrance. Hélas, pour elle c'était inévitable.
« Tu prends la bonne décision », approuva la petite voix dans sa tête mais, curieusement, son encouragement ne l'aida pas à se sentir mieux, bien au contraire.
Une seconde fois, elle s'apprêta à partir et, une seconde fois, il la retint aussi facilement que s'il l'avait ligotée.
- Non, protesta-t-il en la voyant faire demi-tour. Reste avec moi.
Hermione souffla un bon coup pour évacuer sa peine et sa colère. Sans résultat.
- Arrête ça, Malefoy, le prévint-elle. Arrête ça tout de suite.
Qu'elle se détestait d'être si faible ! Même pas capable de lui tourner le dos. Par Merlin, qu'est-ce qui clochait chez elle ?
- Fais-moi confiance, hasarda le Serpentard d'un ton hésitant.
La jeune fille se retourna d'un bond et pointa sa baguette sur lui, le regard assassin.
- Comment oses-tu me demander une chose pareille ? s'enflamma-t-elle. Ne me dis plus jamais de te faire confiance, Malefoy !
Ce dernier poussa un profond soupir de désolation qui rendit Hermione encore plus furieuse.
- Tu t'attendais à ce que je te tombe dans les bras, ou quoi ? Tu pensais qu'en me balançant deux ou trois promesses, j'oublierai tout ce qui s'est passé, c'est ça ? Eh bien, non, rien de ce que tu pourras me dire ne me fera changer d'avis !
Son corps tremblait toujours mais sa baguette fermement pointée sur lui ne bougeait pas, elle.
- Non mais je rêve ! Il me semble que tu n'as pas conscience de ce qui s'est passé, Malefoy, aboya la Gryffondor en l'incendiant du regard. D'ailleurs sans doute étais-tu trop occupé à tuer des moldus et des Sang-de-Bourbes pour t'en rendre compte !
À ces mots, celui-ci fit un pas en avant et ouvrit la bouche, mais elle le devança.
- Non, tais-toi et reste où tu es ! Ne t'avise plus de m'approcher ou je t'explose la cervelle.
Ses yeux restèrent plantés dans les siens pour mettre plus de poids à ses paroles. Elle remarqua alors que sa main droite tremblait de plus en plus, et qu'il tenait sa baguette dans sa main gauche, ce qui n'était pas habituel. Mais elle refusa d'y prêter attention.
- Reste loin de moi.
Ce furent ses derniers mots. Avant qu'il n'ait le temps de réagir, elle s'enfuit en sens inverse. Dévalant les escaliers à toute vitesse, Hermione courut dans le hall d'entrée, serrant étroitement sa baguette magique et le bout de parchemin. Dans sa course folle, la baguette du Mangemort avait dû lui échapper mais elle s'en fichait, elle n'en avait pas besoin.
L'air humide et l'atmosphère orageuse furent savourés par la jeune fille qui s'arrêta sur les marches du porche pour reprendre son souffle et se remettre de ses émotions. La tempête était là, à présent : de grosses bourrasques de vent secouaient les arbres et ses cheveux, et une pluie battante tombait à verse. En seulement une dizaine de secondes, elle se retrouva trempée jusqu'aux os, ses cheveux mouillés collant à son visage couvert de sueur et de larmes. Les lambeaux qui lui servaient de vêtements se déchirèrent un peu plus, découvrant les nombreuses cicatrices et blessures saturant ses épaules, son ventre et ses jambes, mais c'était bien la dernière chose à laquelle elle faisait attention. Une seule chose la préoccupait, un seul nom, comme une obsession.
Hermione tourna son visage vers le ciel pour que les gouttes de pluie lavent toutes les saletés qu'elle portait encore sur elle. Se débarrasser de cette crasse qui s'était accumulée au fil des semaines était si agréable qu'elle avait l'impression de renaître – et elle ne pensait pas seulement aux impuretés physiques. Elle qui avait constamment eu l'impression d'être sale se sentait légèrement mieux maintenant.
Le repos fut de courte durée ; bien vite, ses pensées revinrent à la charge, et elle ne put s'empêcher d'analyser la situation. Pendant ces trois semaines où elle avait été prisonnière dans le manoir de Yaxley, Malefoy n'avait pas su que Cressida et elle ne faisaient qu'une seule et même personne, elle en était pratiquement sûre. Mais lorsqu'elle s'était retrouvée face à lui lors du duel, il avait assisté à sa transformation car elle s'était elle-même jeté le contre-sort du sortilège de Capitonnage. Et il n'avait pas paru surpris. Pourtant, n'importe qui l'aurait été, non ? Même Malefoy ne pouvait pas feindre l'indifférence devant une telle révélation. Si ?
Ou alors, il avait toujours su qui se cachait derrière l'apparence de Cressida. Mais ça, la lionne refusait de l'envisager. Même si elle ne doutait plus maintenant que Malefoy ne l'avait jamais aimée – en dépit des paroles de Dumbledore, car pour une fois, il se trompait, il n'y avait aucun doute là-dessus –, elle n'osait pas imaginer une telle éventualité.
Dans tous les cas, Malefoy savait désormais qu'elle avait été la soit-disant Cressida. Alors pourquoi tentait-il de la manipuler à nouveau ? Que cherchait-il, cette fois ?
Toutes ces questions qu'elle se posait depuis le jour où elle s'était réveillée enfermée dans une cellule de son manoir la fatiguaient, et elle n'avait plus la force, ou même l'envie, d'y apporter les réponses. Cet homme resterait sans doute éternellement un mystère pour elle ainsi que pour tous ceux qui avaient croisé son chemin.
Elle baissa la tête et ouvrit les yeux. Elle n'arrivait pas à croire qu'elle, Hermione Jean Granger, consentait à laisser des questions sans réponses. Une miss-je-sais-tout première de la classe qui se résignait à ne pas tout savoir était étourdissant.
« C'est surtout que tu sais que tu n'auras probablement jamais les réponses, précisa la petite voix dans sa tête. Tu ne renonces pas par choix, tu renonces parce que justement tu n'as pas le choix.»
Une bourrasque de vent la désarçonna, la ramenant brusquement à la réalité. Qu'importait ses problèmes personnels, elle avait une mission. Sa rencontre inattendue avec Malefoy avait complètement écarté ses priorités. Dumbledore avait confiance en elle, il devenait urgent qu'elle aille retrouver ses amis qui devaient sûrement encore se battre alors qu'elle était tranquillement plongée dans ses réflexions.
Hermione n'attendit plus et détala en direction du parc où ses amis combattaient. L'obscurité était si épaisse qu'elle discernait à peine le sol sous ses pieds, et les nuages étaient si noirs qu'ils effaçaient la limite entre le ciel et la terre. Le vent se liguait contre elle, lui fouettant le visage tandis que la pluie martelait son corps abîmé, sans doute avec l'espoir de l'affaiblir davantage. Ce déchainement de la nature était si violent qu'il lui rappelait ce qu'elle subissait actuellement à l'intérieur d'elle-même.
- Oui, articula-t-elle à mi-voix. C'est exactement la même tourmente que dans mon cœur.
Encore désolée de ne pas vous répondre ! Sachez en tout cas que j'apprécie chacune de vos reviews, alors n'hésitez pas.
DragoHermione, je pense que le titre de ce chapitre est assez clair ;)
Merci d'avoir lu !
J'attends vos avis avec impatience
