Chapitre 9 : Retour à la maison
Le 18 juillet 2012 - fin de matinée
Cela fait déjà plusieurs heures qu'Eren est remonté du bloc opératoire. Mike est venu me chercher dès la fin de l'opération. Mais tant qu'il est en salle de réveil, je n'ai pas le droit de le voir. Il m'oblige à aller manger quelque chose à la cafétéria et d'aller ensuite me reposer.
Mais il se prend pour qui ? Ce n'est pas mon père que je sache. De toute façon, je n'ai pas le temps de me reposer. Dans une heure, je dois être à une réunion très importante, même si le fait de devoir laisser Eren seul ne m'enchante guère. Enfin quand je dis seul, pas tellement. Erd vient en personne assurer la surveillance afin que personne ne puisse entrer.
Il faudra que je pense à contacter sa famille aussi. Rien que de penser que je vais devoir affronter sa peste de sœur), cela me rend malade.
La cafétéria du personnel hospitalier n'a rien à voir avec celle qu'il y a chez nous. Soit disant que l'hygiène et une bonne nutrition sont de rigueur. Ils peuvent repasser. Je vois des traces sur les verres, en dessous des tables sont collés des chewing-gums. C'est vraiment dégueulasse. Et la nourriture, je n'en parle même pas. Un bœuf carotte, plus proche de la soupe de bœuf vu la quantité de sauce que l'on te met dans ton assiette qu'autre chose.
-Levi, je sais que cela te rappelle de très mauvais souvenirs, mais tu ne peux pas le laisser s'en tirer comme ça cette fois. Il faut le faire condamner. Il y va de ton propre bien et de celui d'Eren.
- Je ne compte pas le laisser s'en tirer à si bon compte. Il est vraiment allé trop loin. J'avais déjà des preuves concernant la corruption et le chantage. Et là ses actes cruels qu'il a osé infliger à Eren sont la goutte d'eau. Tant qu'il s'en prenait à moi, j'en avais rien à cirer. Maintenant, c'est différent.
- Je vois. T'es vraiment accro à ce gosse.
- C'est à cause de la binoclarde. C'est elle qui a fait en sorte que je le rencontre. Elle connaît mes goûts y a pas de doute.
- En tout cas, tu as beaucoup changé depuis que tu le fréquentes.
- Tsk, t'es aveugle ou quoi ? Où est-ce que j'aurais changé ? Il ne faut pas te faire de film. Je suis toujours le même, froid, maniaque et intransigeant.
- Si tu le dis.
- Dis, faudrait franchement penser à changer de cuisinier et de personnel de ménage. Ça laisse plus qu'à désirer.
- Bon pour ça, c'est sûr tu ne changes pas. Bon, je vais retourner auprès de mon petit patient. Je t'appelle s'il se réveille avant ton retour.
J'attends qu'Erd arrive et je file au bureau pour tanner le travail le plus rapidement possible.
Au bureau d'ailleurs personne ne vient me faire chier sauf la binoclarde qui s'inquiète pour moi. Mais qu'elle aille voir ailleurs. Elle vient aussi aux nouvelles d'Eren, mais comme je n'en ai pas, elle n'en aura pas non plus.
Je sens que cela va être une journée de merde.
Le 18 juillet 2012 - soirée
Cher Journal,
Je t'écris mentalement, dommage que tu ne puisses pas retranscrire mes paroles sur le papier. Je suis en train d'émerger de mon nuage où je flottais. Tout est flou et je me sens vaseux. Mais la lumière est trop forte pour que je sois chez Levi. Je n'ose pas bouger, je n'ose pas ouvrir les yeux. J'ai peur d'être de nouveau avec Erwin. Je sens quelque chose à un de mes poignets, mais ce n'est pas un lien. Il y a quelque chose qui me rentre dans le nez et qui diffuse de l'air frais.
- Eren ! Eren !
J'entends une voix au loin. Une voix familière.
- Eren, je t'en prie ouvre les yeux. Parle-moi !
Mais je la connais cette voix. Je sens une main familière dans la mienne. Je sers ma main pour lui montrer que je l'ai entendu. Je veux lui parler, mais aucun son ne sors de ma bouche.
- Comment te sens-tu Eren ?
Mes yeux s'ouvrent lentement. Il est flou, mais c'est bien lui.
- Levi. Je suis où ?
- Tu es à l'hôpital. Mike a dû t'opérer. Mais tout va bien, tu ne crains plus rien.
Quoi je suis à l'hôpital ? Mais ce n'est pas possible, je ne peux pas rester à l'hôpital. Mon père est médecin dans un hôpital. Non il faut que je parte. Je tente de me redresser, mais Levi m'en empêche. Il ne comprend pas la situation. Si mon père apprend ce qui s'est passé, c'est ma mort assurée.
- Et qu'est-ce que tu fous ? Tu dois rester allongé et ne pas bouger, ordre de Mike.
- Je ne peux pas rester ici.
- Pourquoi ?
- Mon père travaille à l'hôpital. Je ne veux pas qu'il sache que je suis ici et ce qui m'est arrivé.
- Et pour ça t'es près à te rouvrir tes blessures. Sois sérieux Eren. Reste tranquille et je vais voir pour m'arranger pour que ton père ne sache rien. En attendant que Mike vienne, bois un peu d'eau, cela te fera du bien.
- Merci.
Le silence s'installe entre nous. Malgré son air froid, je vois bien que je l'inquiète. Mais pour le moment, je ne veux pas parler de ses dernières 24h. Je me sens encore mal. Il faut dire que je n'ai pas eu le temps de repenser à tout cela. J'ai peur de perdre Levi si j'y pense. Il ne lâche pas ma main. Il a peut-être peur que je me sauve. Sa chaleur me calme dans un sens. Je me sens mieux. Je voudrais que ce moment ne s'arrête pas.
Je n'ai même pas encore fait le bilan de mes blessures.
On n'a pas eu si longtemps à attendre finalement. Mike est passé me voir une demi-heure après mon réveil. Il m'a ausculté et m'a dit que je devrais rester à l'hôpital quelques jours. Il m'a aussi expliqué sur quelle partie de mon corps il a dû intervenir. J'ai jamais été aussi gêné de ma vie. Heureusement, le temps de la consultation Levi est resté hors de la chambre.
- Au fait Eren, j'ai vu avec Levi pour ton souci de paternel et ne t'en fait pas, il n'est pas dans cette aile là. Les gens qui travaillent à ce service connaissant le respect du secret professionnel et donc n'iront pas divulguer quoi que ce soit.
- Merci.
- Demain matin, un psy viendra te voir. Il est préférable que tu le vois rapidement, car je le sais pour avoir vu Levi comme ça une fois il y a quelques années, que cela n'est pas bon du tout de tout garder en soi. Je sais que parler avec Levi va sûrement être difficile, mais sache qu'il n'attend que ça que tu lui parles. Il s'en veut énormément de ce qui t'est arrivé.
- Pourquoi ? Ce n'est pas lui le responsable.
- Ça, on le sait très bien tous les deux. Que comptes-tu faire contre Erwin ? Pour le moment, il est en garde à vue pour violence sexuelle sans consentement et diffusion de vidéo à caractère pornographique.
- Je... Je ne sais pas.
Il est drôle lui. Comme si je savais ce que j'allais faire maintenant. Il en a de bonne lui.
- Je ne sais pas.
Il est sympa que je réfléchisse. Je n'ai pas envie de repenser à tout ça moi.
Il est parti et Levi est de nouveau dans la chambre. Il n'a même pas demandé à Mike comment cela s'était passé. Il se rassoit dans le fauteuil à côté de moi. Il a l'air très fatigué.
Le 18 juillet 2012 - soir
Il a l'air si paisible quand il dort. Je ne me lasserai jamais de cette vue de lui. Nous n'avons pas échangé de mots une fois Mike reparti. Je ne sais pas ce qu'il pense. Mike me dit qu'il lui faut du temps. Je voudrais tellement l'aider.
Le 19 juillet 2012
Chez journal,
Cette nuit de sommeil bien qu'agitée par des cauchemars, m'a fait du bien. Mon esprit est plus clair. Levi n'a pas quitté mon chevet. Il s'est endormi sur le fauteuil, sa tête reposant sur le bord du lit. J'ai mal pour lui du coup, car la position n'est pas confortable. Il n'a pas lâché ma main. Il m'a rassuré à chaque fois que je faisais un cauchemar. Il me caressait la joue, embrassait mon front et mes paupières quand des larmes quittaient mes yeux. Ce n'est vraiment pas le même homme qu'au travail. Il y a deux Levi. Au travail et devant tout le monde, il y a le Levi froid et autoritaire. Et quand nous ne sommes que tous les deux, il y a le Levi attendrissant, fragile. J'aime ses deux facettes de lui.
Sa position sur mon bras, fait qu'il est tout engourdi. Je n'ose pas le réveiller. Une infirmière rentre régulièrement dans la chambre pour voir si ma perfusion coule toujours et vérifier ma poche où s'écoule le mauvais sang comme disent les toubibs.
Je tourne ma tête et je regarde Levi dormir paisiblement. Cela me fend le cœur de devoir le réveiller, car il va devoir aller travailler. Je voudrais lui dire tellement de choses, mais je n'ose pas. Cela reste coincé dans ma gorge.
Une aide-soignante cette fois vient et apporte deux petits déjeuners. Je n'ai pas le choix, je dois le réveiller. Je me redresse tant bien que mal, car malgré le matelas moelleux pour un hôpital, j'ai toujours aussi mal quand je m'assois. Je me penche vers Levi et dépose un baiser sur son front. Il remue. Il n'a pas l'air content qu'on le réveille. Cela me fait sourire.
Soudain, il se redresse se souvenant où il est exactement et me regarde. Je ne sais pas s'il est réveillé ou encore endormit, mais ses mains capturent mon visage et ses lèvres se déposent sur les miennes. Son baiser et tendre et violent à la fois. Je me mets à gémir sous cet assaut inattendu. Il se recule aussitôt. Il me regarde comme si je revenais des enfers. Je lui souris ou plutôt je dois grimacer.
Je lui montre le petit-déjeuner qui est arrivé.
C'est à ce moment-là que je me suis senti le plus vulnérable. J'ai voulu me mettre debout. Je ne pensais pas souffrir autant. À peine sur mes jambes que celles-ci ont décidé de me lâcher. Levi dans un réflexe surprenant me rattrape.
- Tsk. T'es peut-être à l'hôpital, mais je doute que tu veuilles prolonger ton séjour. Reste tranquille.
Oui, je le retrouve, c'est bien le Levi que j'aime. Sec dans sa façon de parler. Je le regarde et lui souris.
- Je ne vais pas rester scotché à ce lit indéfiniment. Et puis je dois aller quelque part.
- Et où ça à part le lit ?
- Aux toilettes. Et je veux me laver aussi.
- T'as le personnel pour ça.
- Ah non. Je ne veux pas que ses femmes me touchent partout. Et ma fierté dans tout cela.
- Reste assis deux minutes. Je reviens.
Je le vois partir. À ce moment-là, je ne savais pas ce qui m'attendait. Il revient quelques minutes plus tard avec un sac. Il y sort des affaires de rechange. Il ferme la porte de la chambre à clef et je le vois envoyer un sms. Il est vraiment bizarre.
- Vu que tu ne veux pas qu'une femme te touche et que moi, je ne veux pas que cela soit du personnel masculin qui te touche, je vais donc m'en charger, me lance-t-il avec un sourire carnassier.
- Hein, mais non, je peux le faire tout seul. Faut juste m'aider à aller dans la salle de bains.
- Tu n'as pas le choix gamin. Soit c'est moi, soit c'est la vieille qui est dans le couloir. Et de toute façon, je dois prendre aussi une douche avant d'aller au travail.
Je n'ai pas envie qu'il me voie pourtant nu en ce moment. Je ne sais même pas à quoi mon corps peut ressembler, mais je me doute bien qu'il doive être couvert de cicatrices.
Il prend une chaise roulante et m'aide à m'installer le plus confortablement possible et m'emmène dans la salle de bains.
L'avantage des chemises de nuit d'hôpital, c'est qu'elle s'enlève facilement.
Il me laisse seul le temps que je fasse ce que j'ai à faire. Il revient à mon appel et m'installe sur un fauteuil de douche prévu à cet effet. Je te garantis mon journal que ce n'est pas facile avec tous les branchements que j'ai sur moi.
Levi règle l'eau et se déshabille aussi. J'ai l'impression que cela fait une éternité que je ne l'ai pas vue nu devant moi. Je me mets à rougir et je crois qu'il le remarque.
- Ne me dis pas que t'es toujours aussi intimidé.
- Non, non, ce n'est pas ça. Il fait chaud dans la pièce, c'est tout.
Il commence par mouiller mon corps. Il prend un gant et met une bonne dose de savon dessus. Il se rapproche de moi et le pose sur mon torse. Par réflexe, je ferme les yeux et je sers les dents appréhendant la douleur qui ne vient pas. Il est si doux dans ses gestes. Je finis par rouvrir les yeux et je le vois concentré sur sa tâche. Il passe sur mon corps sans appuyer dessus. Je suis le mouvement de sa main des yeux et je vois pour la première fois ses longues plaies qui viennent des coups de cravache.
Je veux les toucher, mais il m'en empêche et me regarde fixement.
- Il ne vaut mieux pas pour le moment. Si tu fais tout ce que Mike te prescrira en conseil, tu ne devrais plus garder de traces.
- Levi.
- Hum ?
- Est-ce qu'après tu pourras me montrer ce à quoi je ressemble ?
- Je ne pense pas que cela une bonne idée.
- Pourquoi ? Tu le vois bien toi. Je veux voir tout ce qu'il m'a fait.
- On verra. On va déjà finir par te laver.
Il a presque fini de me laver. Il remet du savon et passe le gant sur mon entrejambe. Cette fois, je ressens une vive douleur et un cri s'échappe de ma gorge. Il se sert un peu plus contre moi, baise mon front. De sa main libre, il me caresse les cheveux, tandis que l'autre continue de me laver. Il me rince. Il se dépêche de se laver à son tour et nous sèche. Il m'aide à me revêtir. Je ne veux plus rester le cul nu, mais je me rends compte que la mise en place d'un boxer ne sera pas pour aujourd'hui.
On passe devant la glace et je le force à s'arrêter, il me regarde à travers le miroir et moi, je contemple les ecchymoses un peu partout sur mon corps. J'aime les yeux de Levi. Ils n'expriment rien et donc aucune pitié. Je n'ai besoin de la pitié de personne.
On s'installe ensuite à la petite table et on déjeune tranquillement. Il me parle un peu du travail. J'ai envie de retourner travailler. J'aime en plus mon travail. Je peux travailler et réaliser ma passion. Du coup, je lui demande de me donner les coupures de presse pour que je puisse continuer ici. Cela m'occupera l'esprit en passe devant la glace et je le force à s'arrêter, il me regarde à travers le miroir et moi, je contemple les ecchymoses un peu partout sur mon corps. Mais moi si je ne fais rien cela va nuire à ma santé mentale. J'ai quand même réussi à le faire plier.
Il part au travail après qu'Erd soit arrivé. Apparemment, j'ai le droit à un garde du corps personnel.
Le 22 juillet 2012
Youpie mon cher journal, je suis enfin sortie de l'hôpital. Levi est venu me chercher après qu'on met retiré tous ses tuyaux et aiguilles de mon corps. Je me sens revivre. Bien évidemment Levi ne m'a pas ramené chez moi. Il m'a ramené directement à son appartement. Je me sens mieux chez lui. Je ne suis pas prêt à affronter ma famille.
Bien sûr Levi a quand même prévenu Mikasa. Il a prétexté un voyage pour la société.
J'arrive à marcher un peu seul. Mais m'asseoir reste toujours douloureux.
Avec Levi, on a fini par reparler de ce qui s'est passé et je lui ai répété, je ne sais pas combien de fois, qu'il ne devait pas se sentir responsable. Qu'est-ce qu'il peut être lourd quand il s'y met. À la fin de notre discussion, on était convenu que je devais aller porter plainte. Cela ne me fait pas du tout plaisir de devoir parler de la torture que j'ai subie, mais pour amour pour Levi, il faut que je le fasse. Je dois aller déposer plainte demain. J'espère que j'y arriverais.
Le 22 juillet 2012
Eren est enfin à la maison. Je me sens rassuré. Il n'a pas été contre d'aller chez moi. C'est une bonne chose. On s'est assez pris la tête hier en reparlant de ce qui s'était passé. Bon, cela s'est quand même bien terminé. Je l'ai rassuré que je ne le forcerai à rien tant qu'il ne se sentait pas prêt à nouveau. Ce sera à lui de faire le premier pas, car je sais ce que c'est que de coucher à nouveau avec quelqu'un quand chaque geste te rappelles ta torture.
Dès lundi, il retournera au travail.Dès lundi, il retournera au travail.
Demain, je l'accompagnerai au commissariat. Je lui ai déjà trouvé les meilleurs avocats pour le représenter.
