Mon garçon,
Teddy, si tu as entre les mains ces parchemins, c'est parce que je suis mort pendant la bataille qui se prépare à l'instant où j'écris ces mots ou pendant la suivante. Autant te dire que je prie Merlin, Gryffondor et Bouddha pour avoir maintes occasions de brûler cette lettre.
Mais si tu l'as, c'est que je suis mort et que tu vas entrer à Poudlard. N'en veux pas à ce vieux château pour t'avoir laissé orphelin. N'en veux pas à Voldemort, aux Mangemorts ou quoi que ce soit. Les choses arrivent dans un certain ordre, rien ni personne ne peut les déjouer. De plus, tu es bien trop jeune et la vie est bien trop courte pour que tu te laisses aller à l'aigreur et au chagrin.
Nous nous sommes battus par conviction, bien sûr, mais notre combat s'est fait acharné depuis qu'on sait que ta mère est enceinte. On se bat pour toi, pour que tu ais une vie douce et insouciante. Pour que tu sois heureux. Toutefois, je suis désolé de t'avoir laissé orphelin, Ted, ça m'accable. Ted, je t'aime autant qu'un père peut aimer, même si je ne pourrais jamais te le prouver. Mais je sais qu'Harry, Molly, Andromeda et tant d'autres te le diront tout au long de ta vie. Ecoutes-les et crois-les. Ils te disent la vérité. Je suis infiniment triste de savoir que je n'ai pas pu te vois marcher pour la première fois, pas pu entendre tes premiers mots, que je n'ai pas pu t'apprendre à voler et à distinguer les dragons les uns des autres. Je déteste avoir eu à t'abandonner de façon définitive, mais je veux que tu saches que je t'aime vraiment et que je donnerais tout pour que nos vies prennent un cours différent.
Lorsque tu seras à Poudlard, tu entendras sans doute des millions de choses à mon sujet. Des choses parfois contradictoires. La plupart penseront que je suis un monstre, d'autres essayeront de me défendre. Ne t'en défends pas, ne me défends pas non plus. Ils disent vrai, Ted. Je suis un monstre. J'ai été mordu étant enfant et depuis, à chaque pleine lune, je deviens un loup sanguinaire, bien que j'essaie de faire le moins de dommage possible. Je suis un monstre, autant que je suis une personne. Et c'est ce qu'ont oublié les auteurs des lois anti-lycanthrope, des lois qui façonnent l'esprit des gens. Mais j'ai eu la chance de rencontré trois garçons qui étaient de l'extrême opposé et qui m'ont prouvés que j'étais une personne qui avait le droit à une éducation comme tout le monde malgré ma condition et qu'ils m'aimaient de la façon la plus inimaginable qu'il soit. Toutefois, je suis un monstre, un loup-garou et certains s'arrêteront sur ce fait. Ne les imitent pas, Teddy, je ne pense pas mériter ce traitement de la part de mon propre fils.
Je me suis toujours vu comme la communauté sorcière pense que je suis. Comme un monstre sanguinaire, bien que je ne me sois jamais transformé avec plaisir. Mais cet avis sur ma personne n'est qu'une face de ce que je suis, mon fils. Comme un miroir sans teint, si tu veux. Il y a d'un côté les lois, le Ministère et toutes les sorcières et tous les sorciers effrayés. De l'autre côté, il y a des personnes patientes et compréhensives, qui ont appris à comprendre et ignorer ma lycanthropie. C'est parmi ces personnes-là que tu vas grandir, du moins je l'espère. Ces gens, Teddy, ne sont pas comme le gouvernement, ils ont peur et l'assument. Et ils en parlent et de par mon expérience, tu peux leur faire confiance, pour quoi que ce soit. Parmi eux, il y a les Weasley. Tous les Weasley, bien que Bill et Fleur soient rarement au Terrier et malgré Percy et son coup d'éclat. Molly et Arthur sont comme les parents d'une grande famille, bien plus grande que la leur. Tu peux aussi faire confiance à certains professeurs de Poudlard. Il y a naturellement ta mère et ta grand-mère, qui sont dérisoires à citer. Andromeda avait les mêmes craintes que moi quant à la possible famille que ta mère et moi pourrions former. Ta mère a tenu bon, elle s'est battue, Andromeda a décidé de lui faire confiance et d'apprendre à me connaître. Leurs efforts ont payés, ta mère m'a eu et Andromeda a accepté le fait que je fasse partie de sa famille dorénavant. Et nous t'avons eu.
Il y a aussi Harry. Il faut que tu saches qu'Harry est le fils unique d'un de mes bons amis de Poudlard, malheureusement mort trop tôt. Il est aussi celui qui m'a secoué à plusieurs reprises, quand j'ai, par exemple, pensé à vous abandonner, ta mère et toi, parce que j'avais peur que tu ne sois un loup-garou toi aussi. Il avait grandi sans parent et était déçu, profondément déçu que je fasse volontairement subir un traitement pareil à mon enfant. Ça m'a tenu éveillé. Et je suis évidemment retournée auprès de ta mère. C'est pour cela que lorsque tu es né, je lui ai demandé d'être ton parrain. Il a grandi orphelin et avec une telle guerre, il me fallait penser à ce qui serait le mieux pour toi. Il sait quelle douleur c'est, que de se sentir seul et malaimé, sans famille. Et puis il connait personnellement ta mère et moi, il pourra te rassurer, te dire combien nous nous aimions et avec quelle impatience nous t'attendions. Donc, dans le cas où tu devras lire cette lettre, dans le cas où je suis mort, j'ai pensé qu'il ferait une bonne figure paternelle pour toi. Et puis, bien qu'il ne l'est connu que quelques mois, il a beaucoup appris de Sirius, son propre parrain. Mais j'espère tout de même que tu n'auras pas à avoir cette lettre, et que je t'accompagnerais voie 9 ¾ pour ta première rentrée. Et toutes les autres.
Le parrain d'Harry est aussi un de mes vieux amis de Poudlard. Sirius Black. Une nouvelle fois, tu entendras sûrement des histoires sordides à son sujet. Ne crois que celle d'Harry. Il a été un de mes meilleurs amis quand j'étais moi-même au château. Nous étions quatre, à arpenter les couloirs du château, à faire les quatre cents coups. Nous étions de vraies terreurs et nous nous étions surnommés les Maraudeurs. La légende à subsister, tu en entendras parler. Sirius Black, James Potter, le père d'Harry, et Peter Pettigrow. Ils étaient tous exceptionnels, à leur façon. Mais les garçons que j'ai connus sont tous morts. Lors de la pleine lune, j'avais l'habitude de mentir à mes camarades de chambre. Je leur disais que je devais m'occuper de ma mère, que j'étais malade, ou autre, alors que je me glissais sous le Saule Cogneur et que j'allais à la cabane hurlante pour me transformer en loup. Ils ont rapidement compris que je leur mentais et quelle était la vérité. Ils se sont mis en tête de trouver un moyen de m'aider. Autre que la potion Tue-Loup, bien sûr. Quelques années plus tard, ils sont devenus des Animagi et, à mon grand étonnement, à leur côté, j'étais bien plus apaisé les soirs de pleine lune. C'était en quelque sorte ma meute. Bien qu'ils soient un chien, un cerf et un rat. Souvent, nous allions errer dehors, ce qui nous a valu de connaître par cœur chaque couloir de Poudlard, chaque branche de la Forêt interdite, chaque brin d'herbe du parc et chaque ventouse du Calamar Géant. Nous avons tous cartographiés et j'espère que tu hériteras de la Carte du Maraudeur. Ces trois garçons, rencontrés au hasard, sont assurément les plus belles rencontres que j'ai faites et ils m'ont prouvé l'une des plus belles choses au monde : on peut être accepté tel que l'on est foncièrement, il suffit de le vouloir.
Le temps presse, Teddy, je dois donc conclure ma lettre. Puisque je suis mort, voici donc ce que je te souhaite : une vie heureuse, pour commencer. Malgré les heures sombres. Des amis fidèles, prêt à tout pour toi, même si c'est illégale, même si c'est dangereux, malgré tes protestations, qui veilleront sur toi. Tu ne connaitras jamais les miens, mais tu feras sûrement très tôt la connaissance d'Hermione et Ron, qui sont les amis fidèles, jetés à corps perdu dans cette guerre aux côtés d'Harry. De tomber amoureux et de connaitre le bonheur que j'ai connu avec ta mère. Et d'être ouvert et compréhensif envers le monde.
J'espère que tu apprendras ceci à tes dépens, mais les parents se montrent toujours exigeants envers leurs enfants. Alors j'exige de ta part ce qui suit : vis. Comme tu l'entends. Profite de ta vie et pense aux conséquences quand elles te tomberont dessus. Mais évite les conséquences. Fais tout ce qui te passe par la tête et vis sous l'adrénaline. Apprends chaque règle par cœur et trouve le meilleur moyen de les contourner au mieux. Et évite les conséquences. Meurs sans regret. Et vieux, très vieux. Tu es jeune et ni le chagrin ni la colère ne doivent t'atteindre.
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Je suis fier de toi.
Je t'aime Teddy
Papa
