Cher Neville,

J'ai passé une soirée douloureuse. En rentrant chez moi, ce soir, je me suis sentie triste et essoufflée. Essoufflée par la Vie et de sa dureté. Pendant de longues heures, ces pensées m'ont tourmentée. Ça m'attriste. Cela m'attriste tellement que j'ai préféré m'y soustraire, j'ai voulu oublier. Alors je suis sortie et la soirée d'été était particulièrement douce. J'ai contemplé les étoiles et mes souvenirs.

Neville, tu es une belle personne. Tu as été façonnée par la souffrance. Et si tes premiers pas en tant que héros ont été chancelants, tu en as fait une force. Une force exceptionnelle pour compléter l'homme que tu es. L'homme doux et attentionné, aimant et gentil qui a su faire taire mon deuil et ma colère, dont la gentillesse n'a d'égale en ce monde. Tu es une œuvre d'art.

Je te suis reconnaissante pour ces années. Je le suis plus que je ne l'ai jamais été. Tu m'as sauvé de ma solitude et tu as de ton grand cœur apaisé le chagrin qui me confrontait aux Sombrals. Tu as chassé avec une douceur dont toi seul sait faire preuve le froid qui m'habitait depuis la mort de ma mère. J'ai perdu cette colère à ton profit. Et je te suis profondément reconnaissante. Mais ma mère avait pour habitude de dire que lorsqu'on perd quelque chose, elle finit par revenir.

Parmi les étoiles, ce soir, parmi le tourbillon et le bourdonnement des étoiles, j'ai découvert quel était le souvenir que je chérissais le plus. C'est le même que je vois, que j'entends, quand je tournois soudainement sur moi-même, pour redevenir légère et libre, quand les gens me trouve soudainement folle. C'est ce souvenir, ça a toujours été ce souvenir qui s'est imprimé sous mes paupières. Ce sera sans doute le souvenir le plus difficile a abandonné.

Il est tard, et le ciel est constellé, magnifique. Il fait froid mais nous sommes dehors. Tu es là, à côté de moi, assis avec légèreté. Tout à coup, tu te tournes vers moi et tu souris. Tu souris avec tes lèvres, puis de toutes tes dents. Tu souris avec tes joues, avec tes yeux, avec tout ton cœur. Tu mets dans ce sourire toute la personne qui tu es, toute la personne que j'aime tellement. Tu apportes la chaleur du soleil et la douceur du coton, tu rapproches la lune et l'odeur pure du bonheur. Mon cœur flanche, je suis amoureuse de toi.

C'est ainsi que je me souviendrais de toi. Heureux, souriant, honnête.

Mais ma colère, Neville, ma colère est puissante et enveloppante. Elle me rattrape, elle rattrape toutes les années où tu me l'as faite oublier. Elle m'attrape, m'enserre, elle fait de moi sa prisonnière. Et j'ai trop tardé, je ne me suis pas battue assez tôt et il est à présent trop tard. Elle m'habite entièrement, a complètement pris possession de mon être. Tu l'as fait taire pendant des années mais maintenant je la crains. Je risque à chaque instant, à chaque sourire, à chaque moment tendre, d'imploser. Et j'ai peur de t'emporter dans ma chute. J'ai peur de t'ôter l'essence même de ce que tu es, par le tsunami que je deviens.

Et égoïstement, je veux me souvenir de toi ainsi, heureux, souriant, honnête. Pas détruit par procuration.

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Je t'aime, Neville, mais il est temps pour nous de prendre des chemins séparés.

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Je t'aime, Neville.

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Luna Lovegood Londubat