Bonjour!

J'ai dû changer le rating, je n'aurai pas tenu longtemps... et du coup, changé le titre du recueil.

SomeCoolName, il est pour toi, afin de marquer ce jour comme il se doit, des mots qui valent des fleurs, en toute amitié.

Bonne lecture!


Diplômé

L'université de Londres au 6 Burlington Gardens est assiégée par Scotland Yard. Uniformes noirs, Bobbies en faction jusque tard dans la nuit. Tout ce petit monde s'enfuit, emportant le cadavre de l'étudiant, seuls sur les lieux un toubib et un limier. Le premier attend, le second fouine, inspecte, tourne et retourne entre les rayons de la bibliothèque.

L'endroit sent le vieux papier, l'atmosphère est sombre, meubles cirés, petites lampes allumées sur les bureaux de lecture dispersés. Et un silence reposant après la cacophonie de la police survoltée, bien peu à l'aise avec le meurtre d'un jeune homme de la haute société. Couteau dans le dos, flaque de sang sur le plancher, pas encore nettoyée.

Watson fait craquer sa nuque, il est fatigué mais jamais lassé de voir son comparse arpenter les lieux, sentir et déduire, d'un rien en faire un tout. Il le sait sur une piste, ça cogite, figure concentrée. Soudain, ce dernier cesse de tournebouler, vient le rejoindre.

« Affaire conclue, il ne reste qu'à interroger son compagnon de chambrée et trouver le livre emprunté... évaporé.

- Il est trois heures du matin Holmes, ça attendra demain, nous n'allons pas réveiller tout un dortoir, la veille d'un examen.

- La justice n'attend pas Watson!

- Justement, pour un punir un, il faudrait les condamner tous? Un diplôme trace toute une vie, respectons cela, voulez-vous?

- Jamais un bout de papier n'a dicté mon existence, je ne suis pas diplômé, je ne m'en porte pas plus mal. »

Inutile d'épiloguer face à un tel âne bâté! Watson, plutôt que répliquer, s'approche d'un bureau, tire papier, plume et encrier. Le poignet délié, il trace des arabesques, écrit, note avec sérieux. Un coup de buvard et il tend son œuvre. Le détective s'en empare, suspicieux puis sourit.

« Diplôme de l'ordre du plus Bel Amant? »

Le docteur s'approche, le pas lent, à peine boitillant, sourire impertinent, regard bleu océan. Une pression de la main sur le poitrail et il fait reculer le logicien jusqu'à buter contre une table. Et sans plus de cérémonie, commence à le déshabiller. Et l'autre laisse faire, forcément.

Watson, de son index, redessine la mâchoire, le torse musclé et marqué de quelques cicatrices.

« Beauté du corps, mention très bien. »

Le détective impatient ôte les vêtements de son amant, décidément, bien trop gênants. Il est surpris de tant de frivolité, excité, au supplice que Watson prenne tout son temps. Toujours si lent mais dans ces instants, ça n'a rien de dérangeant.

Leurs lèvres se rencontrent, se caressent, se pressent, échangeant les souffles brûlants dans un ballet exaltant.

« Votre bouche, prix d'excellence. »

Et ils jouent ainsi, frottant leurs deux corps nus dans de délicieux soupirs et gémissements.

« Votre voix, premier prix concerto allegro. »

La fièvre se fait ardente, les mains pressantes, le médecin culbute Holmes sur le bureau, accompagne le renversement, freine l'impact.

« Indécence et décadence, prix d'exception. »

Les corps s'emboîtent, les bouches se soudent, les bras s'étreignent, mouvements de hanches, bois qui grince sous les assauts. Et ça dure, ça ralentit, ça hausse le rythme, de synchronisé devient anarchique. L'extase les contactent dans un ultime sursaut. Cœur qui cogne contre cœur qui bat. Quelques derniers baisers, essoufflés, il est temps de se séparer, dans le silence soyeux et onirique des corps repus.

Une fois vêtus, Holmes se laisse glisser au sol contre un des rayons, tend la main, attire son bel amant qui se pose entre ses jambes, dos contre torse.

« Watson, vous avez oublié une distinction.

- Vraiment?

- Celle de ma précieuse pédagogie. Vous m'avez démontré quelque chose à laquelle je ne croyais pas comme je l'aurais fait d'une enquête... et monter au septième ciel, comme je vous l'ai si bien appris. »

Le médecin pourrait se froisser de si peu d'humilité et pourtant, il sourit.

« Vous êtes donc un bon professeur.

- Je devrais faire encadrer ce diplôme et l'accrocher dans notre salon.

- Faites comme il vous plaira. Tant que j'ai l'exclusivité de votre science.

- Vous savez bien qu'il n'y a et n'y aura jamais que vous, John. »

Leurs doigts s'enlacent. L'aube arrivera dans deux heures, le temps de reprendre son souffle, parfois goûter celui de l'autre.

Au matin, l'assassin est confronté et alpagué. Un toubib et un limier s'en repartent, impatients de s'allonger et s'endormir peau contre peau entre leurs draps blancs.

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''Ne dévoilons pas au premier venu les pensées de notre cœur : soyons semblables aux vieux diplômes, qui ne sont aisés à lire que pour ceux qui les voient souvent.'' - Félix Bogaerts


Voilà pour cette fois, j'espère que ça vous a plu...

A bientôt!