Playlist
Les gens raisonnables n'ont pas la belle vie
Ils regardent les gens pas raisonnables
Et puis souvent ils les envient
Les gens raisonnables ont plein de doutes, trop de soucis
Donc moins de souvenirs dans leur sac, à la fin de leur vie
Mickey 3D, Les gens raisonnables
(Je vous l'ai pas encore mise celle-là pour Cyrus au moins ? Elle lui va trop bien pourtant !)

XIV Cyrus. Des guérisons et des questions

J'entends d'abord des voix. Plusieurs, de timbres et de hauteurs différents. Incompréhensibles, toutes. Cette fois, il y a aussi cette lumière trop violente de l'autre côté de mes paupières, et je finis par cligner des yeux pour la faire partir.

«Il se réveille », annonce alors une voix de femme.

«Monsieur ? », m'appelle un homme.

Instinctivement, je me tourne vers lui, ouvrant un peu plus les yeux, et j'ai la peur de ma vie en rencontrant un visage caché par un masque vert en papier qui ne laisse échapper que des yeux assez sombres.

«N'essayez pas de parler, votre mâchoire est brisée. Nous venons de vous opérer », reprend l'homme, assez autoritaire. «Vous m'entendez ? Si vous comprenez, clignez des yeux ! »

Opéré n'a aucun sens pour moi, mais l'idée que ma mâchoire puisse être brisée est sacrément inquiétante. Je cligne, terrifié et perdu, mais obéissant.

«On vous a trouvé dans la rue, sérieusement dérouillé... vous vous souvenez ? Si oui, clignez des yeux ? Non alors», continue l'homme, même pas l'air déçu par mon manque de mémoire. «Vous voyez ma main, vous pouvez compter mes doigts ? Clignez quand nous atteignons le bon nombre: un, deux, trois, quatre...»

Satisfait de ma réponse muette, il continue ses questions :
«Vous n'aviez rien dans vos poches, même pas un porte-feuille ou un peu de monnaie, à part une unique baguette de tambour et un miroir cassé... »

Je dois avoir une réaction physique à la mention de ces objets – «ma baguette, rendez-moi ma baguette !» ; «mon miroir est cassé ?» - parce que l'homme pose une main apaisante sur ma poitrine.

«On a rien jeté, ne vous inquiétez pas ! L'Hôpital vous a pris en charge malgré l'absence de papiers, mais il nous faudrait votre numéro de sécurité sociale, vous le connaissez ? »

Mon absence de clignement lui répond - il est possible même que je le regarde avec des yeux ronds tout à fait expressifs, et il reprend avec un fatalisme qui traduit l'habitude :

«Quelqu'un que nous pourrions appeler et qui saurait nous répondre ?»

Je cligne des yeux plusieurs fois, content de leur proposition, et ils m'aident à m'asseoir avec beaucoup d'attention et d'efficacité. De cette position assise, je comprends que je suis dans un hôpital moldu ! A y re-réflechir, j'aurais dû m'en rendre compte tout de suite ! Le bruit de la branche cassée dans mon dos me revient, et je me demande qui a pu ainsi m'agresser sur le chemin du métro. Il y avait cet étrange brouillard qui me paraît moins innocent avec le recul.

«Écrivez votre nom, votre adresse, le nom de la personne à contacter, son numéro... Si vous avez plusieurs idées, n'hésitez pas ! » , m'instruit l'homme.

Je trace mes réponses en capitales un peu tremblantes. Le stylo moldu me paraît très difficile à manier. J'ai l'impression d'avoir cinq ans et j'hésite à chaque trait. Mais j'obéis :

«Cyrus Lupin, c'est votre nom ? Bien. 114, Park street ? Tout près d'où on vous a trouvé alors... Ginny Weasley ? C'est qui, votre petite amie ?»

Je cligne des yeux, et il poursuit : «Elle sera à la maison ? »

Comme je hausse les épaules, il insiste : «Quelqu'un d'autre ? Des parents ? »

Mes parents étant à Venise, je secoue la tête – ce qui se révèle une très mauvaise idée, et l'infirmière m'arrête immédiatement.

«Il faut y aller mollo, jeune homme ! Vous avez deux côtes fêlées aussi et de multiples contusions! Je vais vous shooter un peu, le temps qu'on appelle votre amie, le repos sera le meilleur remède !»

J'aurais bien protesté – sur la qualité de leurs remèdes comme sur mon envie d'être drogué, mais l'injection barbare qu'elle m'inflige à raison de mes faibles forces.

Quand je rouvre les yeux, il y a Ginny et Arthur au pied de mon lit en grande discussion avec un homme et une femme. Ils ont baissé leurs drôles de masques de papier vert, et je vois qu'ils sont relativement jeunes. À peine plus vieux que moi !

«Cyrus !», s'exclame Ginny en se jetant à mon cou, et ça me fait grimacer. «Oh pardon, désolée ! On va te sortir de là et te soigner vraiment», elle ajoute dans un souffle.

J'opine, un geste microscopique, je ne peux pas faire mieux.

«Quand pourrons-nous le faire transférer ? », enquête Arthur de son côté. «Sa famille tient à ce qu'il soit près d'eux... »

Je ne sais pas pourquoi mais la mention de ma famille me laisse l'estomac inquiet, même si je ne vois pas comment on pourrait me reprocher de m'être fait agresser dans la rue, après tout ! Peut-être parce que je me sens coupable qu'ils aient interrompu leurs vacances à cause de moi, je décide.

«Il faut voir avec la Police», répond le médecin avec une nette réserve. «Quant à le faire transférer en Écosse, je ne peux pas m'y opposer, mais rendez-vous compte qu'il va dérouiller à être trimballé sur des routes de campagne ! »

«Nous avons un équipement à la hauteur de la tâche», essaie dignement Arthur.

Personne n'ose le contrarier. Le personnel médical sort en annonçant l'arrivée prochaine de la police. Arthur les suit.

«Cyrus, il faut que je te prévienne », commence alors immédiatement Ginny. «Drago a été agressé presque au même moment que toi. Comme toi, il sortait de chez lui pour aller à l'université. Il n'a pas eu autant de chance : il a pris un mauvais coup à la tête et il est inconscient – à Sainte-Mangouste... Ron a jugé bon de tout raconter à ta mère », elle termine après une infime suspension.

Si je pouvais hurler, je le ferais. Là, je me redresse dans le lit, et mes côtes blessées protestent. Que Merlin occise tous les médecins moldus !

«On va te transférer à Sainte-Mangouste, et là, je pense que... qu'il faudra que tu répondes à des questions», elle essaie.

Je crois que je suis content qu'un type en uniforme de policier moldu entre à ce moment-là parce que mon sentiment d'injustice pourrait me faire confondre le message et son messager.

«Monsieur Lupin donc ?», il commence, lisant ses feuilles. «Avec le père de votre amie, nous avons préparé votre déclaration d'agression, si vous voulez bien la relire et la signer ?

Il me tend une feuille dactylographiée qui indique mon nom, mes prénoms, ma date de naissance au Brésil, mon adresse à Londres, un numéro de sécurité sociale que je n'ai jamais vu auparavant, mon groupe sanguin, mon poids et ma taille. Il y a aussi une liste étonnante de choses qui m'auraient été dérobées : une carte de crédit qui a un numéro et une date d'expiration, 40 livres, un téléphone portable, un abonnement de métro... Je décide de faire confiance à Arthur et je signe.

«Vous n'avez pas vu votre agresseur, Monsieur Lupin ? », s'enquiert l'enquêteur moldu. Je fais non très lentement de la tête. «Les médecins pensent qu'ils étaient au moins deux et qu'ils étaient armés de battes de base-ball », il m'apprend. C'est un ouvrier de voirie qui vous a trouvé. Vous n'avez pas d'ennemi, Monsieur Lupin ? »

Je secoue de nouveau la tête sans oser regarder Ginny ou Arthur – il me semble que quiconque me connaîtrait verrait que je mens.

«Bien, si quoi que ce soit vous revenait, si vous receviez des menaces..., n'hésitez pas à m'appeler», termine l'homme en me tendant une carte de visite moldue. «Avec tous nos vœux de guérison rapide !»

Avant que le charme de cet instant suspendu ne retombe, l'équipe d'Avalon Ambulance prend le contrôle de ma chambre. Comme souvent les sorciers, ils sont condescendants avec les Moldus, même s'ils connaissent leurs habitudes, et ils en font un peu trop. Je protesterais bien si j'en avais le moyen et je resterais dans ce havre moldu. Mais avant même de l'avoir totalement réalisé, je suis allongé dans une ambulance un peu trop luxueuse et confortable pour un équipement moldu et devant Sainte-Mangouste... Jamais je n'ai été aussi prêt de maudire l'efficacité de la magie.

Quand le brancard traverse la salle d'accueil, je vois un instant Papa qui se lève, mais Susan Smiley Rogue prend tout mon champ de vision.

«Bon, je vais t'ausculter immédiatement, Cyrus - Remus, Ginny, Arthur et tous les autres, vous pouvez nous laisser. »

À part Madame Pomfresh, je n'avais encore jamais vu quelqu'un avoir autant d'autorité sur toute ma famille. J'embrasserais bien Susan pour ce répit passager !

«Voyons voir comment ils ont traité ça », annonce Susan en pointant sa baguette vers ma mâchoire. «Hum, ingénieux bricolage ! Mais si on te laisse comme ça, tu vas te nourrir à la paille pendant un mois.»

Comme c'est plus ou moins ce qu'avait annoncé le médecin, j'opine précautionneusement.

«Les côtes, ce n'est rien, une potion, et ça n'y paraîtra plus. La mâchoire, faut que j'y aille par étape à cause du matos qu'ils ont mis là-dedans ; on ne voudrait pas que tes os et leurs vis fassent corps, n'est-ce pas ? Je vais d'abord renforcer suffisamment pour qu'on puisse les enlever – j'ai un collègue suffisamment versé dans la chirurgie moldue pour le faire, mais il faudra qu'on t'endorme, évidemment. Ensuite, des potions toutes les heures, et disons que, demain matin, tu devrais pouvoir parler... si tu en as envie », elle rajoute.

Je la regarde avec d'assez grands yeux pour qu'elle s'explique toute seule.

«Si tu as besoin de plus de temps, nous pouvons étaler ça sur plusieurs jours », elle insinue.

J'ai de nouveau un saut de l'estomac qui dit bien qu'il pressent que je vais me faire engueuler à en devenir sourd. Mais ne pas faire face, ne pas participer, laisser Ron seul jouer à l'équilibriste face à tous les parents sans doute affolés, je trouve ça définitivement trop lâche pour être envisagé. Et puis, moi aussi, j'ai des questions à poser. Je secoue donc longuement la tête.

«Même pas peur ?», elle interprète. «Severus avait donc raison ».

Les soins durent toute la soirée et, même si les potions battent toute la médecine moldue sans souci, je dérouille salement. Sans parler de ma deuxième opération de la journée. Susan estime plus simple et plus humain de m'endormir. Je ne sais pas comment ils s'y prennent pour me faire ingurgiter des potions toutes les heures durant la nuit, je ne m'en rappelle plus. Quand je me réveille vraiment, crevant de faim, la tête comme un Cognard, il fait jour dehors. Remus et Ginny sont assis au pied de mon lit.

Il me faut quelques secondes pour me convaincre que je peux parler. J'articule précautionneusement mais ma voix est un souffle :

«Salut... »

«Cyrus ! », clament les deux avec un ensemble qui vaudrait une médaille d'après moi.

«C'est le matin ?», je questionne gauchement.

«Tu as faim ?», s'inquiète Ginny. «Ils ont dit que si tu veux manger, ils t'amèneraient quelque chose ! »

«Si c'est possible», je reconnais, et Gin se lève immédiatement. Elle va sortir quand elle se rend compte qu'elle me laisse seul face à Remus. Ça se lit tellement clairement sur son visage que Papa et moi, on rit en même temps – ça fait étonnamment peu mal, je me rends compte. Un point pour la magie, finalement.

«Ça va aller », j'ose lui promettre, et ma petite amie se tourne vers mon père avec l'air d'exiger une confirmation formelle.

«Ça va aller, Ginny, c'est lui qui le dit », il essaie, avec une légèreté un peu forcée. Ma petite amie ne lâche pas, et il rajoute plus sobrement : «Je ne compte pas lui hurler dessus, je te le promets, Ginny ». Avec un regard qui dit bien qu'elle vérifiera, Gin sort finalement.

«C'est pas une promesse un peu exagérée ça ? », je questionne immédiatement. J'ai toujours détesté que Remus m'engueule, mais plus encore attendre qu'il se décide à le faire.

«Cyrus, à Venise, on avait déjà eu une matinée plus... plus qu'animée, quand on nous a appris que Drago était à Sainte-Mangouste, puis toi à l'hôpital... J'ai dû prendre cinq ans en une journée», il conclut sombrement. «Tu crois que j'ai envie de hurler ?»

Je hausse les épaules sans trop savoir quoi lui répondre. Je demanderais bien ce qui s'est passé à Venise et puis je décide que ça aurait l'air d'une fuite.

«Qui t'a fait ça, Cyrus ? », il reprend avant que j'aie trouvé par quoi commencer.

«Je ne l'ai pas vu, je devrais dire «les» d'ailleurs, d'après la police moldue : ils étaient deux. Mais évidemment, vu que Drago s'est fait casser la gueule le même jour que moi, il y a plusieurs possibilités... »

«Plusieurs ? »

«Ron a dû vous parler des Onze Coupes, j'imagine », je me lance, avec un pincement à l'estomac qui ne trompe pas.

«J'ai peur qu'il mette plusieurs semaines à oser adresser la parole à Dora sans mettre Lieutenant dans la phrase», confirme Papa dans un soupir.

«Ça ne devait pas se passer comme ça », j'essaie.

«Je crois qu'on a compris ça », il répond du tac au tac, et je me dis que je vais l'exaspérer si je me cherche des excuses.

«Donc, soit c'est eux qui nous ont repérés... soit ce sont les deux gars dont on a pris les identités pour essayer d'en savoir plus qui se sont vengés... », je résume.

«Toi et Drago », souligne Papa comme si c'était un point important de la question.

«Nos intérêts concordaient », je réponds.

«Faudra un jour que tu m'expliques comment tu définis ton intérêt ! », il explose un peu, mais il y a une énorme dose d'affection dans sa voix, j'en rougirais presque.

La porte s'ouvre alors sur Ginny et Dora. La première porte un plateau dont la simple vue me fait saliver.

«Alors, tu es réveillé », remarque Mãe qui reste debout devant la porte. Elle a l'air tendue comme un arc. Autant pour les vacances.

Je m'empare du plateau flottant , je le positionne de mon mieux devant moi avant d'oser répondre :
«Tu as sans doute des questions. »

Dora s'appuie sur le mur, regarde Papa qui s'est retourné vers elle, puis secoue la tête.

«J'aurais des photos à te montrer, essentiellement pour confirmer le témoignage de Ronald... Tu en reconnaîtras peut-être d'autres, mais ça peut attendre... »

«Et Ianninek et Begic, vous les avez cherchés ? », je questionne en avalant une délicieuse cuiller d'haricots à la tomate qui me donne du cœur au ventre.

Le regard de Dora, gris comme le mien, se fait calculateur.
«D'après Ron, ils sont en Australie... »

«Ben, c'est ce que disait Drago mais il peut se tromper, et s'ils étaient moins loin, si le XIC les a contactés, ils ont peut-être eu des problèmes et voulu se venger », je développe l'hypothèse que j'ai construite pendant le transfert, tout en continuant d'avaler des haricots.

«Ok, je vais mettre Ron sur l'affaire», elle décide, et sa main est déjà sur la poignée de la porte. Elle va sortir – comme ça sans un mot de plus quand elle se retourne et ajoute : «Quand cette histoire sera finie, toi et moi, on ira boire le nombre de bières nécessaires pour comprendre pourquoi tu ne sais pas communiquer autrement qu'en te fichant dans la merde ! »

Ginny ravale un rire nerveux, Papa sourit et, moi, après avoir vainement cherché une réponse maligne, je souffle :
«Ok. »

Susan vire ensuite tout le monde, malgré l'insistance de Ginny à me tenir compagnie, en affirmant que j'ai besoin de me reposer. Elle me fait avaler assez de potions pour que j'aille d'une traite jusqu'au soir sans me poser trop de questions ou avoir mal. La nuit tombe quand une infirmière m'amène un dîner et, juste derrière, Ginny et Ron entrent. Dire que le second a une sale gueule serait un euphémisme.

«Ton père m'a appelée de Venise où il est retourné chercher les petits. Il viendra avec eux sans doute demain », annonce Ginny.

«Tu ne devrais pas être en train de t'entraîner ? Eh mais, t'as pas un match en Allemagne ce soir ! », je me rends compte.

«Il est possible que j'aie été rayée de l'équipe de ce soir», elle répond en évitant mon regard. «Ils n'ont pas apprécié que je les plante là hier, même s'ils reconnaissent maintenant que je ne pouvais pas te laisser dans un hôpital moldu ! Mais si on les écoute, on ne devrait pas avoir de famille ou de désir – à part jouer au Quidditch ! »

«Oh », je commente prudemment. Je jette un coup d'œil au beau-frère qui n'a pas l'air plus ému que ça par l'évolution de la carrière de sa sœur. Je dirais qu'il a l'air au dessus de ça.

«T'inquiète, Cyrus, je ne regrette pas mes priorités, et ça fait même un moment que ça me titillait, et tu le sais», m'assure Ginny. «Si tu veux t'excuser, tu ferais mieux de consoler Ron qui a interrompu ses vacances, s'est fait massacrer par ta mère et maintenant n'a plus de mentor ! »

«Pardon ? »

«Kahn m'a laissé tomber. Il a refusé de reconnaître que je lui avais parlé des Onze Coupes... et refuse d'ailleurs que je reste son apprenti», répond Ron d'une voix monocorde.

«Mais, et alors ? », je m'inquiète.

«Le lieutenant Lupin m'a attaché provisoirement à son équipe - 'pour mieux me surveiller'», il indique avec un soupir. Le je-vais-mettre-Ron-là-dessus d'hier prend un nouveau sens. «Une commission disciplinaire devrait se réunir après cette enquête, si j'ai bien compris... »

«Elle ne va pas te laisser tomber », je commente sans doute étourdiment. Et Ron a un rire sans joie :

«Pour l'instant, j'aimerais autant qu'elle oublie mon existence, en fait ! Elle me fait bosser comme un dingue et critique tout ce que je fais !»

«Hum, tu paies pour moi », je constate sincèrement désolé.

«Je crois que je paie d'abord pour ma désinvolture par rapport à la Division », répond Ron, magnanime - je ne me rappelle pas avoir jamais vu Ron aussi magnanime auparavant ! «La seule chose à faire est de serrer les dents et de finir cette fichue enquête...»

Comme il a quand même grandement raison, je prends le temps d'avaler un toast que ma mâchoire dissèque avec une satisfaisante aisance avant de poser mes propres questions.

«Ianninek et Begic ? C'est toi qui es dessus ?»

«Eh bien, c'était sans doute une bonne intuition», annonce Ron avec un soupir. «Je ne sais pas si c'est eux qui t'ont tabassé, mais sache qu'on les a trouvés tous les deux... morts. L'un par magie l'autre d'une balle de revolver, l'un en Irlande, l'autre à Brighton... On travaille même avec la police moldue sur le deuxième crime, et aucune piste pour l'instant ! Et, je suis chargé des rapports, je le saurais!»

«Morts ?», je répète affolé. «Mais pourquoi eux et pas nous ?»

«Tout dépend de ce que savent les gars du XIC », estime Ron et, comme je hausse les sourcils devant son affirmation péremptoire, il indique rougissant : «C'est l'opinion de... du Lieutenant. »

Je n'ose pas lui répéter que ma mère va se calmer, qu'elle se calme toujours. J'espère juste qu'il saura lui montrer tout ce qu'il sait faire. Et je me promets surtout de ne pas m'en mêler. Mais une nouvelle idée me vient, et je manque de renverser mon petit déjeuner.

«Quelqu'un a interrogé Hermosa McNair ? »

Ron se lève sans rien dire et sort avec un regard de gratitude. Avant que Ginny n'entame sa propre enquête, je lance :

«Des nouvelles de Drago au fait ? »

«Il a vraiment pris un très mauvais coup sur la tête... Il n'y a pas de lésions graves mais des risques importants d'oedème. Pour Susan, il ne faut pas le réveiller avant que ces risques soient écartés ! Daphnée et Astoria ne quittent pas son chevet – ta grand-mère non plus », elle indique.

Comme cette dernière n'a pas jugé bon de venir me saluer, je me dis qu'il ne faudrait pas trop vite penser que tout ça va se calmer facilement.

«C'est dommage, c'est sans doute lui qui en savait le plus», je commente un peu inutilement.

«C'est ce qu'a essayé de faire valoir Dora auprès de Susan...», sourit bizarrement Ginny.

«Et ?»

«Celle-ci lui a demandé comment elle menait les enquêtes sur les meurtres, quand les gens étaient morts et qu'ils ne pouvaient pas aider la police !»

Je siffle de surprise.

«Ça a dû lui plaire, tiens !»

«Je crois qu'elles ne se sont plus parlées depuis.»

ooo

Le lendemain matin, Susan estime que je devrais essayer de marcher dans le service, pour voir si je souffre de vertiges et pour reprendre confiance en mon corps. Ginny m'accompagne avec le sérieux accompli d'une infirmière - je n'ose pas lui reparler de Quidditch ou de son entraîneur. On ne parcourt que deux couloirs avant de tomber sur Astoria Greengrass, les yeux rouges, échevelée comme je ne l'ai jamais vue auparavant. Quand elle nous voit, elle pile et puis se jette sur moi en criant :

«Tout ça c'est de ta faute ! J'ai bien dit à Drago qu'il ne gagnerait rien à vouloir t'imiter !»

«M'imiter ?», je répète faiblement - Ginny a fait un rempart de son corps entre nous.

«Il t'admire, il te trouve libre et brillant», Astoria répond – enfin, elle semble plutôt prendre l'ensemble de forces naturelles à témoin. «Je lui ai dit que tu étais tête brûlée et présomptueux comme tous les Gryffondors, mais il n'a rien voulu écouter, et voilà !»

«A t'écouter ce n'est pas Drago qui les a emmenés à une soirée avec ces types tatoués d'un X d'un I et d'un C», rétorque Ginny, d'un ton péremptoire. «Ne serait-ce pas lui qui a traîné mon frère et mon fiancé dans cette histoire ? L'a-t-on forcé à préparer du Polynectar ? »

«Mais c'est Drago qui est dans le coma ! Et tu vas me dire quoi, Weasley, qu'il l'a mérité !», explose Astoria, en larmes cette fois.

Je vais écarter Ginny pour essayer de calmer le benjamine des Greengrass, quand la porte d'une des chambres s'ouvre à la volée devant Andromeda.

«Vous n'avez nulle part ailleurs pour vous disputer !», elle lance sur un ton qui n'a rien à envier à Mãe en colère.

«Pardon Androméda», s'excuse immédiatement Astoria.

Je n'ai plus qu'à faire pareil, imité par Ginny qui n'a pas l'air bien sincère, mais Androméda a pris le bras de Astoria et lui chuchote :

«Il a bougé, Astoria, pour la deuxième fois il ne faut pas perdre espoir, viens lui parler et l'appeler, il va t'entendre !»

Astoria se laisse guider vers la chambre, et je vais m'éloigner, quand Granny ressort, l'air moins - comment dire ? - agressive.

«Tu as l'air d'aller bien», elle estime en me regardant.

«Je suis désolé, Granny... Il a vraiment bougé ?»

«Deux fois depuis ce matin, le docteur Smiley-Rogue pense que c'est bon signe, mais elle refuse de hâter le processus. Son corps a besoin de temps pour se réparer et dans ce coma, il ne souffre pas.»

«J'espère», je lance avec sincérité.

«Tu vas sortir ?», elle questionne plus gentiment.

«Demain si tout va bien», je réponds, gêné de ma bonne santé toute fraîche. «S'il se réveille...»

«Je viendrai te prévenir », elle promet avant de rentrer dans la chambre et de refermer la porte.

Planté au milieu du couloir, je regarde Ginny en ayant bien envie qu'elle sache pour moi ce que je dois faire.

«Reste à attendre les rapports des Aurors », elle estime.

«Ça va être dur de ne rien faire », je reconnais – s'il y a quelqu'un à qui je peux l'avouer c'est sans doute Ginny.

«Hum, il y aurait bien cette première version de votre article que m'a confiée le professeur Maninder ce matin », elle essaie.

«Tu me vois m'inquiéter de recherche fondamentale, là, maintenant ?»

«Eh bien, c'est quelque chose où tu pourrais exceller sans avoir de nouveaux ennuis », elle se moque carrément.

«Va savoir », je maugrée, mais je la suis jusqu'à ma chambre pour lire ce fameux parchemin.

C'est dans cette lecture attentive – avec prises de notes et tout - que me trouvent Papa et les jumeaux qui me ramènent différents cadeaux de Venise : des sucreries, un chapeau d'Arlequin et une étrange pipe en ivoire en forme d'éléphant qu'ils ont trouvé dans une vieille boutique du Ghetto.

«Harry ? », j'ose demander, sincèrement surpris qu'il ne soit pas là.

«Il est avec Ada », m'apprend Iris l'air important.

«Il est possible que je l'aie dissuadé de venir», rajoute Papa faussement léger. «J'ai pensé que Ginny devrait encore te protéger contre quelqu'un de supplémentaire qui croit que t'aimer l'autorise à te tirer les oreilles quand tu mets ta vie en jeu. Et je crois qu'il s'en serait pris aussi à Ron s'il était venu, et lui aussi a déjà assez à faire avec sa propre famille et son Lieutenant.. Non?»

«Tu lui as dit ?»

«Très rapidement et vaguement...Il est possible qu'il t'appelle... ça me fait penser qu'il faut faire réparer ton miroir», il répond, toujours avec cette fausse légèreté avec laquelle il semble avoir décidé de traiter la chose. «Mais il vrai que cette Ada rencontrée au Carnaval t'offre aussi une bonne diversion ! »

«Il est amoureux ? », je m'étonne – je ne sais pas pourquoi, mais il me semblait que Harry avait décidé de remettre l'amour à plus tard.

«Elle m'a l'air de l'avoir totalement ébloui », répond Remus avec un petit rire rêveur – je sais que nous voir amoureux lui fait toujours un peu ça.

«Elle est comment ? », veut savoir Ginny– ça fait un moment qu'elle souhaite une belle-sœur identifiée, et non une collection de jeunes filles qui ne semblent faire que passer – ou le rendre malheureux.

Papa semble chercher ses mots un moment avant de souffler un peu grave :
«Inhabituelle.. »

«Ça veut dire quoi, inhabituelle pour Harry ? Comme s'il nous avait ramené des filles banales jusqu'ici ! », je continue de m'étonner.

«Jolie, exotique, sans doute », il reformule, l'air de chercher ses mots. «Sorcière, je vous le dis avant que vous ne demandiez... voire un peu plus que ça, si je ne me trompe pas... »

«Tu veux nous faire mourir de curiosité ! », je proteste.

«Eh bien, mets ton énergie à ce qu'il te la présente, ça me paraît une activité relativement dépourvue de risques... », me lance Papa.

«Quand il aura fini son article », intervient Ginny.

Je les regarde tous les deux, complices dans leur encadrement sans doute abusif de mes activités. Je n'arrive pas à leur en vouloir, et je hausse les épaules.

oooo

Note temporelle
1- Cyrus et Drago ont été attaqués le 6. Cyrus sort donc le 8 de l'hôpital.

Ça fait longtemps que je n'ai pas embrassé officiellement Alixe, Dina, Fée Fléa(u) et LaPaumée pour avoir lu toutes les versions, cogité avec moi aux suites possibles, traqué les conditionnels abusifs et les participes passés non accordés... Les filles, que ferais-je sans vous ?

Le prochain chapitre retourne à Venise... Vieilles magies, nouvelles questions, et les larmes d'un ami... Mercredi prochain normalement