Playlist
Il y a cette idée qui me taraude,
Il y a cette odeur dont je raffole,
Il y a cette histoire que l'on raconte,
Il y a des nouvelles qui mettent à terre.
Trop pur pour vivre, trop crâmé pour brûler longtemps,
Où sont Les Pôles de l'aimant, je ne sais plus qui est le fou, qui est le passant.

Les hurlements de Léo, Les Pôles, album : Temps suspendu

XVIII. Cyrus. Des rires et des larmes

L'image de Harry s'efface de mon miroir, mais je reste pensif jusqu'à ce que Ginny rie doucement à mes côtés.

"Au moins, elle le dévergonde", elle pouffe.

"T'as vu ça ?", je marmonne.

"Ça ne peut pas lui faire de mal de profiter de la vie", elle estime, plus sérieuse.

J'ai du mal à verbaliser l'impression d'étrangeté qui m'étreint. Ça fait trois ans que Harry se promène autour du globe, qu'il accumule les villes, les savoirs rares et les nouveaux amis sans que j'aie jusqu'à maintenant eu l'impression de voir se creuser un fossé entre nous. Cette mystérieuse Italienne n'est pas non plus la première fille avec qui il sort. Mais jamais je n'avais eu avant l'impression de passer au second plan, que mon frère doive se forcer pour me consacrer du temps. C'est sans doute exagéré, j'arrive à me raisonner à grand peine. Je suis tombé à un mauvais moment. Le sentiment d'abandon persiste pourtant, au point de réveiller la compassion bourrue de Sirius : "Tu ne vas pas pleurer comme une fillette ?" Je hausse finalement les épaules, pour demander aussi légèrement que j'en suis
capable :

"Tu l'as vue, la fille, Gin ? Tu crois qu'elle est comment ? Sous son maquillage, je veux dire ?"

"Déjà que je regardais que par dessus ton épaule ! Comment veux-tu que je te dise !", s'exclame Ginny, les yeux écarquillés, pas loin de m'accuser de la traîner dans un traquenard.

"Je ne sais pas, intuition féminine ?"

Elle préfère me tirer la langue que de me répondre. Ginny est une sage.

"Maître Cyrus, les petits maîtres sont couchés", annonce alors Linky avec son inévitable solennité.

"Je vais les voir", j'annonce en me levant.

"Mais maître Remus a dit que vous deviez le rejoindre chez le professeur Rogue !", s'inquiète la prévisible et fidèle elfe.

"J'y vais tout de suite après", je promets. Comme Ginny a un infime soupir, j'ajoute : "Je suppose que tu préfères rester là, Gin ?". Elle a un sourire de petite fille. "Tu leur liras une histoire ?"

"Avec plaisir", elle m'assure, et je sais qu'elle est sincère.

Dans la chambre, les jumeaux sont inhabituellement sages, chacun dans leur lit qui forment un L dans un coin de la chambre. Ils ne discutent même pas entre eux quand j'entre. Ils ont été aussi discrets pendant le dîner, se contentant de répondre avec circonspection aux questions que Gin ou moi leur posions. Je sais que c'est l'effet de la "discussion" de dix minutes qu'a eue Papa avec eux juste avant le dîner. Ils sont punis et ne pourront plus se promener seuls dans le château ou dans le parc jusqu'à nouvel ordre.

"C'est-à-dire jusqu'à ce que vous ayez acquis une saine prudence face à la magie", a précisé Papa assez fort pour que je l'entende de l'autre bout de l'appartement. "Que ce soit de votre faute ou non, il n'y aura pas toujours d'adultes par miracle là où vous vous attirez des ennuis. Apprenez au moins à éviter de vous mettre tous seuls en danger !"

Même si je n'y suis pas pour grand chose, je me sens un peu coupable de ce qui leur arrive et je suis triste simplement parce qu'ils le sont. Je m'assois sur le lit d'Iris - c'est mon habitude. J'ai leur deux regards gris braqués sur moi.

"Vous m'en voulez ?"

Iris hausse les épaules. Kane soupire.

"Papa savait avant que je lui en parle", je leur rappelle." Poudlard lui a dit", je précise en pensant qu'il est temps pour eux d'introduire cette donnée capitale dans leur analyse de la question.

"Mais tu lui as parlé", contre Iris. Pas de colère, juste du constat.

"Oui", je reconnais.

De nouveau le silence un peu têtu me répond. Je me demande si je dois ressasser les arguments en faveur de la prudence et puis je décide que ce n'est pas mon rôle :

"Eh, faites pas cette tête ! C'est pas la fin du monde ! C'est pas comme si il n'y avait pas plein de gens pour vous accompagner : Linky, Hagrid, même Papa ou Mae..."

"Toi ?", veut savoir Kane - il y a un test dans sa voix.

"Tant que je suis par là - et Ginny aussi", je promets.

"Tu voudras voir notre cabane ?", propose maintenant Iris. "Dans la forêt ?"

"Pourquoi pas", je souris, sans trop savoir si je fais bien, mais je me dis que je pourrais toujours négocier plus tard l'ampleur des entorses faites aux restrictions de Papa.

"Tu nous lis la suite ?", quémande alors Kane - plus trace de prévention dans sa voix, j'ai passé le test.

"Faut que j'aille rejoindre Papa chez Severus", je soupire. "J'ai promis."

"Ah", commente Kane clairement déçu.

"Est-ce que Ginny ferait l'affaire ?", je demande.

"Elle ne voudra pas", estime Iris avec une moue offensée. "Elle a dit qu'on était plus imprévisibles que des Scrouts à pétards !"

Pas besoin de légilimancie pour voir que ma petite soeur est relativement vexée de la comparaison.

"Je vous l'envoie", je promets en me levant pour les embrasser tour à tour, contents de les voir attendre Ginny avec un sourire revenu.

Je la trouve d'ailleurs dans le couloir. Appuyée contre un mur, elle écoutait.

"Des Scrouts à Pétards ?", je la titille dans un souffle.

"J'ai toujours adoré les bestioles, tu me connais !", elle commente avec une grimace.

"Allez, va te faire pardonner", je lui chuchote en l'embrassant elle-aussi. "On en était au chapitre treize."

"Va faire ton fils de directeur", elle rétorque. Puis elle doit regretter et elle souffle : "Avec un peu de chance, ils auront fini la bouteille de Brandy avant que tu n'arrives et ils seront trop saouls pour te parler de ton article !"

oo

Quand je me glisse sur le canapé de Severus à côté de Papa, il ne me faut que cinq minutes pour savoir que ce n'est pas moi qui passe un examen ce soir. Non, ce n'est pas ça. Il ne me faut que cinq minutes pour réaliser que Baldo Evrard a visiblement encore plus que moi le sentiment de passer un examen. L'invitation de Severus ne doit pas être courante et la présence de Remus ne doit pas aider. Il parle trop, il expose plus qu'il ne discute, il a les joues un peu roses et sans doute les mains moites. La conversation porte, il faut dire, sur la valeur marchande et la régulation des potions - un vrai sujet d'après-dîner, non ?

"Le simple fait de réguler la diffusion des potions conduit à donner un prix exorbitant aux potions dites interdites", soutient Severus assis sur le bord de son fauteuil préféré comme s'il allait se lever d'un bond à tout moment. "Comment s'étonner ensuite que le moindre petit préparateur de potions soit tenté par un gain facile et indu ? Si les potions tue-loup avaient été mises plus tôt sur le marché, notre directeur n'aurait pas autant d'élèves à la Fondation !"

Le pauvre Evrard semble ainsi découvrir que l'homme d'ordre qui fait trembler Poudlard déteste les régulations du Ministère et évoque la lycanthropie de leur supérieur hiérarchique de manière totalement décomplexée. Je crois qu'un paquet de gens jetteraient l'éponge, Evrard a le courage de répondre :

"Je suis évidemment prêt à regretter que des soins existants soient refusés ou hors de portée des gens qui en ont besoin en raison de leur prix", il élabore péniblement. "Mais pour reprendre votre exemple, professeur Rogue, ce n'est pas n'importe quelle potion, et peu de personnes sont capables de la préparer convenablement.. Moi-même, je n'ai jamais essayé mais j'en ai lu suffisamment pour comprendre que je ne m'y lancerais pas sans une certaine préparation !"

"Donc, les régulations sont là pour compenser l'incompétence des préparateurs", juge Severus. "Ne serait-il pas plus judicieux de cesser de donner aussi facilement des titres ?"

Ça fait sourire Papa à côté de moi, mais je vois qu'il n'ira pas au secours de ce pauvre Evrard. Et peut-être parce que ce serait le déclarer incapable de se défendre seul - c'est le genre de choses que Severus et Remus m'ont apprises.

"Les régulations sont toujours là pour protéger", avance prudemment Evrard - ce qui fait lever au ciel les yeux de Severus.

"C'est aussi un jeu", je décide d'intervenir - après tout, qui oserait voir en moi un protecteur de qui que ce fut ? "Ce n'est pas comme si quelqu'un savait quelles potions on pouvait, ou non, mettre sur le marché de matière absolue et illimitée dans le temps. C'est la rencontre d'un savoir technique - le niveau moyen des préparateurs - et de l'acceptation politique de certains buts - soigner les garous mais aussi, comme au Brésil, amener les jeunes chamans à une expérience magico-spirituelle supérieure. Ce sont deux objectifs que le Ministère britannique réprouve et met du coup sur le même pied... Il s'est plus ou moins fait à l'idée de la potion tue-loup - ce qui montre qu'il peut évoluer. Mais il maintient pour l'instant sa suspicion sur ton travail sur l'accompagnement des cycles, Severus. Il est encore plus loin de même envisager l'utilisation de psychotropes pour développer d'autres préhensions magiques !"

"Ah donc, quand tu as failli intoxiquer tes petits camarades, tu voulais développer leur préhension de la magie ! ", s'amuse Papa.

"Tu sais bien que non", je réponds avec philosophie, et Evrard me regarde les yeux écarquillés. "Je suis prêt à reconnaître que mon comportement apporte de l'eau au moulin de ceux qui veulent toujours plus de régulation et plus de contraintes - par écrit si tu veux !"

"Mais Cyrus", intervient alors Severus lentement - ce qui indique l'arrivée d'une question piège. "Comment faire évoluer la position temporelle du Ministère ? En invitant le Ministre à dîner ?"

Il y a évidemment beaucoup de sarcasme dans sa dernière proposition et je souris.

"Sans doute en sortant l'approche technique de son contexte politique", je propose - parce que, en plus, j'y ai déjà réfléchi. "Une nouvelle approche des potions, que les gars de la régulation au Ministère comprennent à peine, associée à la question peu populaire du bien-être des garous, comment veux-tu que ça passe ?"

"Tu me proposes quoi, d'accompagner les cycles menstruels de Madame Scrimgeour ?"

"Je suis sûre que Susan te trouverait d'autres indications médicales plus honorables", je contre facilement. "Tiens, l'accompagnement des grossesses ?" A la satisfaction que je lis dans ses yeux, je comprends qu'il m'a mené par le bout du nez une fois de plus : "Mais tu ne m'as pas attendu pour penser à ça."

"Nous devrions publier un traité l'été prochain", il indique sobrement. "Quand l'enfant sera suffisamment grand pour que nous puissions envisager des conférences et toute autre communication utiles."

"Génial !", je commente, sans trop oser parler de l'enfant qui m'intimide avant même d'être né. Je crois que je l'imagine comme un mini Severus, qui me jugerait avant même que j'ouvre la bouche.

"Absolument", me soutient Evrard.

Papa fait tourner son cherry dans son verre comme s'il réfléchissait à la meilleure formulation de ce qu'il va dire.

"Tu vas nous quitter, Severus ?", il questionne finalement - pas si subtilement que ça, mais il compte sans doute parmi les rares personnes qui peuvent le faire.

"Cette question me paraît totalement... prématurée", répond brusquement Severus.

"Mais tu as besoin de plus de temps", estime Papa. Et leurs deux regards se heurtent. Le premier plein de douleur outragée, le second plein de tristesse et de compréhension. Je fais un petit sourire blasé à Evrard avant qu'il ne saute par la fenêtre.

"Je n'ai jamais cherché à échapper à mon devoir", articule le premier, raide comme la justice.

"Severus tu ne peux pas mener de front une telle recherche, tes enseignements, la direction de la maison Serpentard, celle de Poudlard et accueillir ton enfant", argumente patiemment Papa.

"J'ai un exemple précis en tête qui m'a semblé capable de concilier un nombre relativement élevé de fonctions !"

"Avec de l'aide, Severus, beaucoup d'aide, notamment la tienne, non seulement pour diriger Poudlard mais aussi pour maintenir ma santé", lui rappelle Remus. "Et je sais les limites de la santé."

"Tu comptes me reprendre l'enseignement de...", proteste déjà son adjoint.

"Ce n'est pas l'endroit où je vois facilement comment te remplacer pour l'instant. Ce n'est sans doute pas impossible, mais je mets les critères de ce poste très haut et je doute de trouver quelqu'un qui me satisfasse dans un délai court", le coupe Papa. "Le seul poste que tu pourrais déléguer selon moi, est la direction de Serpentard."

"Vraiment, mais à qui donc ?", questionne Evrard avant moi. Puis se rendant compte qu'il n'aurait sans doute pas dû poser cette question, il essaie de faire machine arrière : "Ce n'est bien sûr pas ma place de..."

"Pasten ?", lâche alors Severus, ses yeux rivés sur Papa.

Il me faut deux secondes pour me rappeler qu'elle est la nouvelle prof d'histoire. Je n'ai pas dîné assez souvent avec eux tous pour avoir une opinion sur elle, si ce n'est qu'elle-même me regardait comme une étrange créature magique non identifiée. Prudence et sens politique étaient sans doute deux bons atouts pour le poste.

"Nous pourrions lui en parler", confirme Papa en reposant son verre sur la table.

"Quand je pense qu'on devait discuter de mon article !", je me marre alors, content de les sentir d'accord.

"Ah oui, ton article", commente lentement Severus. Il me regarde longuement avant de lâcher. "Il est excellent."

Je dois m'empourprer suffisamment pour qu'Evrard décide de me venir à son tour en aide :

"Si votre objectif était de montrer la précision de la préparation traditionnelle de cette potion et la maîtrise des différents éléments constituants par les Chamans guarani", il renchérit, "il est plus qu'atteint !"

"Je l'ai trouvé affreusement technique avec toutes ces plantes inconnues et leurs effets", indique Papa avec un faux bâillement.

"Tu n'as jamais rien compris aux potions, Lupin", soupire Severus.

"Non, c'est vrai", reconnaît Remus avec un large sourire de contentement. Et on rit tous les quatre.

ooo

Il doit être encore tôt - il fait sombre, mais un truc est tombé de tout son poids sur mon lit et m'a réveillé en sursaut. Ginny a un petit cri de surprise qui propulse ma main vers la table de nuit à la recherche de ma baguette, quand Iris clame :
"Faut te lever, Cyrus, Mae est là !"

Je ne lâche pas ma baguette en reconnaissant la voix de ma soeur, mais je retiens le sort qui m'était venu. Mes yeux vont vers la porte.

"On ne l'avait pas fermée ?", je demande.

"Si", répond Ginny l'air peu réveillée.

"Elle ne voulait pas s'ouvrir", nous informe Iris, l'air outrée. "J'ai insisté !"

"Insisté ?", je relève.

"Je lui ai dit : sale porte, c'est ma maison, ouvre toi !"

Le rire nerveux de Ginny ponctue la présentation de ma soeur.

"Jolie formule", je marmonne.

"Ça a marché", insiste Iris.

"Je vois ça : rien de tel que la magie spontanée pour défaire des trucs que tu as mis des années à apprendre à faire !", je soupire.

"Tu veux dire que j'ai fait de la magie ?", s'enthousiasme ma petite soeur.

"On dirait", je souris cette fois.

"Papa, Mae ! Cyrus dit que j'ai fait de la magie !", clame Iris en sortant de notre chambre. Ça nous laisse le temps de nous habiller.

"Désolé, on ne l'avait pas vue partir", s'excuse Papa quand nous les rejoignons pour le petit-déjeuner.

Ils sont collés tout les quatre comme s'il n'y avait pas de place autour de la table. Ça m'arrache un sourire avant même que j'y réfléchisse.

"Hein, Cyrus, que j'ai fait de la magie ?", intervient Iris.

"J'ai bien failli t'assommer parce que je pensais la porte fermée", je lui fais remarquer avant de me rendre compte que je viens de la désigner une fois de plus comme imprudente en deux jours. Je n'assume décidément pas.

"Peut-être ça lui aurait servi de leçon", estime Mae avec un soupir que je sais faux, mais qui amène une expression de circonstance sur la frimousse de ma petite soeur, immédiatement imitée par Kane.

"Ça m'aurait traumatisé, moi", je marmonne avec sincérité. "Mais c'était bien de la magie !", je confirme plus fort - après tout, elle a envie de savoir et elle a raison.

"Sauf que si ça n'avait pas été des sorts posés par Ginny et Cyrus, ta seule volonté magique au mieux n'aurait pas suffi, Iris", la sermonne Mae que Papa a bien dû briefer de l'incident du calamar. "Au pire, cette magie se serait même retournée contre toi. Avoir des pouvoirs ne suffit pas, Iris, ils se travaillent et se maîtrisent, et vous en êtes encore très très loin !"

"Pourquoi tu fermes la porte, Cyrus, d'abord ?", veut quand même savoir Kane - rien à faire, il n'a pas foncièrement la prudence dans le sang. A moins qu'il ne veuille aller au secours de sa soeur, cette fois, au risque de s'attirer des ennuis. Je parierais bien ma baguette sur sa future maison à celui-là...

"Je crois que si tu avais deux petites terreurs comme frère et sœur, tu fermerais ta porte", intervient Papa m'évitant une explication foireuse mais, vu la tête dépitée des mômes, je préfère adoucir l'affaire et je me penche, conspirateur, vers mon petit frère pour commenter :

"Et si t'avais deux parents aussi dans les parages, je t'en parle même pas !"

Les adultes et les enfants sourient, c'est déjà ça.

Linky nous amène des tasses et des toasts, ouvertement heureuse que nous soyons tous réunis.
"Il ne manque que maître Harry", elle pépie avec entrain.

"Je l'ai eu hier", je signale. "Il allait à un bal costumé avec ses copines vénitiennes..."

"Tu vas lui reprocher d'aller danser ?", veut savoir Papa, clairement amusé.

Je hausse les épaules, étale de la marmelade sur mon toast avant de répondre avec sincérité :
"Disons que ça me fait bizarre qu'il ne soit pas là..."

"Mais il n'a aucune raison d'y être, Cyrus", intervient Mae. "C'est une enquête et non une quelconque vendetta familiale ! C'est un hasard que Drago et toi y soyez mêlés ! Et on s'est battus pour ça, Cyrus : pour un Ministère et une Division suffisamment autonomes et indépendants pour traiter toutes les victimes sur le même pied !"

Je ne sais pas trop comment lui faire comprendre que c'est une toute autre affaire personnelle qui m'a conduit à mener cette enquête. Puis je me dis qu'elle le sait bien. Ma seule objection valable est ailleurs :

"Tu crois au hasard maintenant ?", je contre avec une grimace.

"Qu'est-ce que tu veux dire ?", s'intéresse Papa avant que Mae puisse développer une réponse.

"Eh bien, Drago pensait que le XIC s'intéressait à moi avant que je ne m'intéresse au XIC", je leur indique. "Qu'ils étaient sans doute ceux qui avaient incité les copains d'Ackerley à m'accuser de l'avoir empoisonné...Il pensait qu'il n'avait pas été approché au hasard non plus..."

Mae a un regard indécis vers les jumeaux, et j'entends : ce n'est pas le moment de développer tout ça.

"Mais comment était ton voyage ? Fructueux ?", je questionne donc. Elle répondra comme elle voudra.

"Beaucoup d'infos, compliquées à relier entre elles", élabore lentement ma mère adoptive en ayant arrêté de manger pour réfléchir avant de le faire. "Et l'ensemble des victimes sera entendu ce soir par l'équipe dirigeant l'enquête", elle ajoute. "Tu devrais recevoir un hibou officiel dans la matinée."

"L'ensemble ?", relève Ginny.

"Drago s'est réveillé naturellement aux premières heures du jour - on aurait dû vous le dire avant", lui répond Papa. "Susan estime qu'il sera capable de participer à cette réunion..."

Je me demande ce que Drago sera désireux d'expliquer. Je crains sans trop savoir pourquoi qu'il ne s'attire des ennuis dans le processus. Mais je garde ces idées-là pour moi :

"Donc, Drago et moi ?", je me décide à interroger plus sobrement - on dira que c'est pour épargner l'innocence relative des jumeaux qui écoutent en se faisant tout petits. Ils savent bien qu'un mot de trop les écarterait de la discussion des grands.

"Il nous semble que c'est le moment de tester auprès de vous les quelques théories que nous avons commencées à élaborer à partir de notre enquête", répond calmement Mae.

"Tu nous conseilles de nous faire accompagner par un avocat ?", je lance avec une pointe de dérision mais une crampe aux entrailles.

"La Division en elle-même ne pourrait vous reprocher que l'usurpation d'identités - sauf que les deux personnes que vous avez utilisées sont mortes avant de porter plainte", elle me répond sans me quitter des yeux.

"J'espère", je souffle avec honnêteté.

oooo

Mae passe le reste de la matinée à se balader avec les jumeaux, et Papa abandonne même ses dossiers pour les rejoindre. Je reçois alors mon fameux hibou officiel de la Division m'invitant à une audition des principaux témoins sur les avancées de l'enquête. Pris d'un acquis de conscience, j'essaie sans succès d'appeler Ron. C'est alors que Gin émerge de son livre pour me rappeler un truc :

"Tu les as écoutés finalement tes messages inconnus ? C'était bien Harry ?"

Je ravale la grimace qui me vient - je ne sais pas pourquoi, ces messages mystérieux me paraissent presque adressés par ma mauvaise conscience. Mais Ginny ne reprend pas son livre, et je me décide à murmurer l'incantation qui permet de les écouter.

Le premier message est daté du même jour que mon tabassage à deux pas de ma maison.

"Cyrus Lupin ? J'espère que tu as compris maintenant", dit une voix désincarnée.

Ce n'est pas qu'il n'y a pas d'image, on voit Drago allongé sur un sol bétonné. Il y a une tache de sang à côté de la tête de mon cousin qui me prend aux tripes.

"C'était un homme", remarque Ginny quand l'image disparaît.

"Pas spécialement slave", j'ajoute, faute d'être capable de commenter sur l'état de Drago.

"Ça ressemble à une voix que tu connais ?", s'enquiert Gin.

Je me contente de secouer la tête.

"Écoutons l'autre", décide Ginny avec cette force et cette décision qui me font être sûr de l'aimer pour toute ma vie.

"Tu crois qu'ils vont demander de mes nouvelles ? S'excuser peut-être", je grince mais j'obéis.

"Cyrus Lupin ?", commence le nouveau message - de la même façon que le premier. C'est encore un homme, mais ce n'est pas la même voix. Ou elle a été contrefaite. Cette fois, le message a été enregistré dans un lieu tellement sombre qu'on ne distingue rien des traits de la personne qui me parle. "Tu t'en es mieux tiré que ton cousin, il paraît. Mais tu n'es pas revenu chez toi. Ta petite amie non plus. Elle n'est même pas réapparu au Club. Tu te caches ? Tu as peur ? Tu as raison d'avoir peur", affirme la voix très calme. "Parce que tu ne te cacheras pas toujours, et nous serons là. Nous t'attendons, Cyrus. Le temps est avec nous".

"Il croit nous faire trembler !", s'indigne Ginny.

"Il y en a un autre", je remarque alors. "Il date de ce matin."

Gin n'a qu'un geste de la main.

"Cyrus Lupin ?", lance une troisième voix. De nouveau, la personne qui m'appelle parle dans le noir le plus complet. Il y a un son - je dirais un grondement, mais je ne sais que faire de cette information - et l'inconnu attend qu'il ait terminé pour reprendre. "Cette réunion à la Division, tu vas y aller, tu n'as sans doute pas le choix. Tu ne parleras pas de nos messages. Tu écouteras par contre ce que les autres diront. Et tu te tiendras prêt. Nous allons te recontacter, ne t'inquiète pas" La voix a un petit rire cruel presque couvert à un moment par d'autres voix bizarres et incompréhensibles. "Pourquoi tu ferais ça, tu te demandes, hein ? Parce que tu veux revoir ton meilleur ami en meilleur état que ton cousin. Je suis clair ? Je suis sûr que tu as compris. On m'a dit que tu étais un garçon intelligent, tête brûlée mais intelligent... Quelque part, nous sommes faits pour nous entendre...A bientôt, Cyrus Lupin."

"Qu'est-ce que tu vas faire ?", questionne Ginny livide.

Sans répondre, j'appelle Archi - j'ai peut-être deux consciences et deux frères, mais je n'ai pas deux meilleurs amis. On me répond immédiatement. J'entends de nouveau ce grondement sourd et ces drôles de voix, un peu métalliques au loin. L'image est noire, mais je sens que le miroir est déplacé jusqu'à un endroit qui est brusquement éclairé. Je vois Archi, bâillonné, ligoté et allongé au sol. Il tressaille dans la lumière, conscient sans doute mais affolé.

"Tu as la confirmation qui te manquait ?", demande la même voix qu'au troisième appel avant de raccrocher.

"Comment ont-ils fait pour savoir que tu étais ami avec Archi ?", s'interroge Ginny, les deux mains sur la bouche comme pour retenir un cri.

"Ce n'est pas difficile à savoir : n'importe qui ayant été à Poudlard en même temps que nous peut leur dire !", je réponds sombrement.

"Et pour la réunion à la Division ?"

"C'est une question bien plus intéressante", je reconnais.

"Tu ne peux rien dire, ils le sauront", elle s'affole.

"Mais qui m'empêche de parler à Dora ici ?", je lui oppose.

"Mais si elle ouvre une enquête sur la disparition de Archi, ils le sauront", elle insiste.

"Quelqu'un va bien finir par remarquer qu'il a été enlevé ! Sa mère, son rédacteur en chef, sa propriétaire parce qu'il ne paiera plus son loyer !", je m'agace.

"Mais dans combien de temps, Cyrus ? Ils vont te rappeler cette nuit et ils vont agir tout de suite en fonction de ce que Dora a découvert", raisonne Ginny. Le pire est qu'elle a évidemment raison.

"Je peux lui en parler avant", je propose.

Elle hoche la tête puis se mordille les lèvres et remarque :

"Si la fuite provient bien de la Division et non d'ici."

"Vas-y, c'est Papa, les jumeaux, Linky, voire toi ? - j'aurais dû reconnaître du style dans les coups de batte que j'ai reçus l'autre matin !"

"C'est sûr que la Division est plus probable", elle admet, "mais y'a de quoi être paranoïaque non?"

"Si on les rejoignait dans le parc", je décide en me levant. "C'est sûr que c'est l'endroit le plus difficile à espionner..."

"Je ne vois que ça à faire pour l'instant", elle acquiesce.

Et nous sortons de l'appartement comme on s'enfuit.

En chemin, en nous retenant de nous retourner à chaque instant, nous mettons un vague plan de bataille en place pour le cas où nous serions espionnés. Marcher nous rend un calme relatif, une certaine maîtrise de l'adrénaline qui pulse dans nos veines. On les trouve dans leur clairière habituelle en train de jouer au Quidditch. Enfin, là, Iris et Kane se font des passes, Papa essaie d'intercepter, et Mae lit la Gazette sur un plaid. On ne saurait trouver de meilleure géométrie.

"Cyrus, Ginny ! Venez jouer !", nous accueille Iris.

"Le balai de Mae est libre", rajoute Kane, fidèle écho pratique de la première.

"Je le prends", annonce Gin sans attendre.

"Papa, tu dois jouer", insiste Kane.

"Je vais laisser ma place à Cyrus, je ne fais pas le poids", avance Remus en secouant la tête.

"Non, non, je ferai l'arbitre", j'insiste. J'ai besoin de plus de liberté de mouvements que ce que me permettra un balai.

Papa me regarde, un peu surpris, mais accepte en faisant d'autres commentaires sur son peu de chances de marquer le moindre point face à Ginny. Sous le prétexte de poser la veste de la grande championne sur le plaid, je glisse mon miroir sur les genoux de Mae.

"Écoute très discrètement les trois messages inconnus", je souffle. "On en parle après !"

Je retourne sur le terrain sans me retourner. Papa s'est mis avec Iris contre Kane et Gin.

"Un garçon partout ? C'est bien !", je commente. Je me saisis du Souaffle et le lance dans les airs en criant : "Que le meilleur gagne !"

Gin s'en empare évidemment, mais elle se laisse arrêter par Iris, ravie. La passe de cette dernière pour Papa est assez précise pour que Kane prenne le souaffle. C'est parti pour durer.
Je n'ose pas regarder Mae. Combien de temps pour écouter trois messages ? Mon coeur bat à grands coups sourds dans ma poitrine. Le Souaffle échappe à mon petit frère et part dans les fourrés, je vais le chercher. Je refais l'engagement, et alors une voix résonne à mon oreille droite.

"Cyrus, c'est moi, Dora, ne te retourne pas."

"Mais comment...?"

"J'ai un miroir amélioré - un prototype pour les opérations des Aurors. Le chef d'équipe peut parler à chacun de ses coéquipiers en ayant l'air de parler à son miroir. Les inventeurs appellent ça un Chuchoteur..."

"Mais moi, j'ai rien", je m'étonne malgré toute mon angoisse. On ne se refait pas.

"Je te vois, ça suffit pour diriger la magie... C'est un peu fatiguant, mais ils doivent améliorer ça", elle explique brièvement.

"Ok", je réponds en me disant finalement que je m'en fiche et qu'on perd du temps.

Le Souaffle manque de m'assommer. Gin le récupère en experte avant qu'il ne se perde en forêt. Je recule de deux pas de l'action.

"J'ai écouté les messages", reprend Mae. "Rien ne prouve qu'ils tiennent Ar..."

"J'ai appelé Archi, ils me l'ont montré, ligoté", je la coupe.

"Une autre voix ?", elle questionne, factuelle.

"La troisième", je réponds. "Faute, Papa ! Tu ne peux pas agripper Gin comme ça !"

Je refais un troisième engagement à la faveur de l'équipe de Ginny qui n'a pas besoin de ça.

"Tu l'as formellement reconnu ?"

"Un leurre est toujours possible, Mae", j'admets. "Mais je ne prendrais pas le risque ! Et puis comment auraient-ils son miroir ?"

"Je suis d'accord pour prendre tout ceci très au sérieux", elle m'assure. " Attention, Kane va tomber !"

Je cours pour remettre mon petit frère en selle. Le jeu reprend, toujours dominé par Ginny malgré ses efforts pour distribuer le Souaffle. Papa est tout ébouriffé, ça me ferait rire une autre fois.

" Il y a un ou plusieurs traîtres dans cette affaire", je reprends.

"Clairement. Et je comprends tes précautions. Je vais essayer d'en dire le moins possible à la réunion tout à l'heure... Mais la fuite peut venir d'ici, de Sainte-Mangouste, voire d'ailleurs..."

Ses soupçons rejoignent les nôtres - ce n'est pas pour me rassurer.

"Si on prétendait être sur une fausse piste ?", j'essaie.

"Les autres enquêteurs, moldus et sorciers, en savent trop pour que je joue à ça", elle estime.

"Ok", je bats retraite.

"On va s'en sortir, Cyrus, garde ton calme. S'ils attaquent, c'est qu'on n'est pas loin de les prendre !"

"Tu parles d'Archi, Mae !", je proteste, abandonnant toute posture d'arbitre pour me retourner et la regarder.

"Je ne pense qu'à lui, Cyrus", elle promet.

Elle ferme le miroir, se lève et essuie des larmes qui coulaient sur ses joues.

ooo

Bon, grâce à un jour de tempête, je vous poste la suite...

Je ne promets rien pour la semaine prochaine, mais bref, j'essaierais...

Par contre, hein, pas de mise à jour de la playlist, à vous de chercher !

Le suivant confié à Harry est presque plus léger sous le titre Des badinages et des lignages..