Playlist
A se changer en roi
A hurler à la lune
A traquer la fortune
Tout ça pour traîner son poids
Noir Désir, Comme elle vient.
XIX. Harry. Des badinages et des lignages
Le Palais des Aquilone est vaste et rempli de convives pour le bal offert en clôture du Carnaval. Comme l'avait prévu ce traître de Tiziano, quand je retrouve Ada, très bien remaquillée, elle est entourée de trois jeunes hommes qui ont abandonné leurs masques - sans doute pour mieux observer le décolleté de mon amie. Je reconnais de vue le plus grand, comme une relation de Tiziano sans arriver à me rappeler de son nom. Je ne serais sans doute jamais un mondain.
Avant que je décide de la manière dont je vais m'imposer, Ada semble deviner ma présence dans son dos avant que de me voir. Elle se tourne d'un coup en s'exclamant : "Harry, où étais-tu ?" et fait les deux pas qui la placent ostensiblement sous ma protection.
"Ainsi voici l'heureux élu", commente un petit brun mondainement agressif.
Les jeux amoureux vénitiens sont relativement complexes et codifiés, et le duel pour une femme, globalement inenvisageable partout ailleurs, est toujours possible, voire encouragé, à Venise. Je me dis que Tiziano, qui espérait que j'en bave, va être content et je calque mon attitude sur celle que je l'ai vu adopter dans des circonstances similaires : j'offre ainsi à mon interlocuteur ce que j'espère mon regard le plus calme mais le plus ferme. Je manque de perdre mon sérieux en me disant que ça doit bien ressembler à la pose que peuvent prendre Remus ou Severus pour ramener le calme dans leur classe.
"Harry Potter-Lupin est un ami de notre cher Cimballi", intervient alors le grand dont je ne sais plus le nom. Deux sésames si l'autre veut laisser tomber - soit par révérence envers un ami des Cimballi, soit par souci de la bonne entente entre Venise et Poudlard, n'est-ce pas suffisant ?
"Ah oui, le fils du directeur de Poudlard", rajoute le troisième sans doute pour ne pas être en reste, mais l'idée que ma présence à Venise soit si généralement discutée dans les "bonnes familles" m'assèche un peu la bouche.
"Enchanté", je me force à répondre toujours calme mais ostensiblement sur mes gardes.
"Appolonio Demonstera", se présente alors le petit brun, un peu radouci. Je lui serre la main en me demandant où j'ai entendu son nom.
"Falco Aquilone", indique le troisième, et je sais alors que j'ai affaire à l'un des hôtes de la maison. Tiz m'avait fait un topo généalogique avant de venir, mais je ne sais plus du tout à quelle place figure ce Falco.
"Laerte Anziani", me rappelle le second ayant sans doute bien interpréter à mon regard que ma mémoire est assez limitée. "Nous nous sommes vus chez Alvise Fonsfata !"
"Voilà", je confirme car en effet la scène me revient avec cette information.
"Nous allons rentrer", propose Ada, un peu blanche, je trouve.
"Si tu veux", j'accepte facilement.
Je n'ai aucune envie de continuer ce jeu semi-mondain, avec ces gars dont l'opinion m'importe peu. Et puis rentrer avec Ada est un privilège dont je ne suis pas encore lassé. Nous quittons donc les trois Vénitiens sans autre chose que des salutations d'usage et des compliments sur la fête.
"Où sont Vico et Fiammetta ?", j'interroge quand nous nous dirigeons vers le vestiaire.
"Fia serait bien restée mais Vico avait fait le tour de ce genre de fête", elle répond avec un infime soupir de regret - je dirais. "Nos trois amis ont fondu sur moi comme un dragon sur sa proie !"
"Tiziano m'a engueulé quand il a su que je t'avais laissé seule", je décide de lui révéler. Une partie de mon cerveau se demande, pas pour la première fois, si Vico est un garou. Il a plus nettement le profil que Fiammetta avec son côté taciturne et anti-social.
"C'est un drôle de type, ton ami", elle sourit, de son côté. "Il est bien comme eux et en même temps très différent !"
"Oui", je lui accorde, sans trouver quoi rajouter. On est là, comme deux hypocrites, à juger les amis de l'autre, je me dis avec une certaine gêne.
"Et sa sœur est une grande dame", elle ajoute avec une ferveur nouvelle.
Les elfes des Aquilone nous tendent alors nos capes, m'évitant d'avoir à trouver une réponse à une telle affirmation.
"Et nos trois Vénitiens, ils n'étaient pas... trop pressants, j'espère ?", je finis par demander alors que nous nous dirigeons vers la sortie.
Un drôle de sourire traverse le visage d'Ada.
"Que ferais-tu si je te disais oui ? Tu retournerais te battre contre les trois ?"
"Ça fait partie de leurs jeux", je réponds en haussant les épaules.
Je garde pour moi que je ne me sens pas menacé par l'idée d'un duel avec trois rejetons de vieilles familles passant plus de temps à choisir leur prochain costume qu'à s'entraîner à une quelconque magie. La vérité est aussi que si je me retrouve baguette à la main, je risque bien de revoir Ur-Oan et de perdre mes moyens. Pas de raison de frimer, je me dis. Pas de raison de se cacher dans un trou non plus.
"Tu n'es pas obligé de te plier à toutes leurs traditions", estime Ada. "Profite donc de ton statut d'étranger célèbre !"
"Je me battrai pour toi s'il le fallait", je me sens obligé de préciser.
Mon affirmation la laisse un peu rêveuse, le temps que nous sortions du palais.
"Ils sacrifiaient à une autre de leurs traditions préférées en essayant de retracer mon arbre généalogique jusqu'à la fondation de Rome", elle finit par indiquer avec un agacement rétrospectif marqué.
"J'imagine qu'ils ont été bien reçus !", je commente avec une certaine satisfaction. Ma relation avec Ada ne se compte peut-être qu'en semaines mais je sais déjà que commencer par ses origines est une mauvaise idée.
"J'ai feinté et utilisé le nom de ma mère", elle sourit en posant sa tête sur mon épaule.
Je ne dis rien, on descend l'escalier qui mène aux quais où attendent des gondoles. Ada finit par rajouter : "Rossi - le nom le plus courant parmi les sorciers italiens."
Dire que je suis content qu'elle m'ait avoué le nom de famille de sa mère est en dessous de la réalité.
"Et ça a marché ?", je m'enquiers le plus légèrement que je peux.
"Eh bien, courant ne veut pas dire des milliers de personnes", elle reconnaît. "Tu es arrivé à point... "
"Tant mieux", je réponds, en retenant toutes mes autres questions. Un jour ou l'autre, je saurai le prénom de sa mère ou l'histoire de son père. Un jour, elle sera prête à me les raconter. Et moi même, je serai peut-être alors prêt à parler de Voldemort. "Gondole ?"
Elle plisse les yeux pour regarder les embarcations qui attendent dans la nuit ; semblant chercher quelque chose puis accepte d'un geste un peu brusque.
"Même si on tombe sur un gondolier aussi désagréable que la première fois, on rentrera ensemble", je plaisante.
"Je ne donnerai pas mon or à un adepte de la poésie troll et de la chasse aux garous", elle répond beaucoup plus sérieusement que moi, je crois.
"Non, choisissons un gars sympa", j'abonde, étonné de sa véhémence rétrospective.
Nous embarquons avec le plus jeune qui est, en effet, sympa et bavard, admiratif de nos tenues et de la fête, léger comme un Vénitien. Les façades des palais sont encore souvent éclairées, la fête est encore dans la ville, Ada est dans mes bras. Rien à voir avec cette première rencontre, pourtant.
"Tu sais, si le gondolier était agaçant, je n'oublierai jamais cette première fois", je glisse un peu spontanément.
"Évidemment", elle souffle et elle à l'air sincère.
Le gondolier nous laisse tout près de chez Ada, et nous n'échangeons presque aucun mot jusqu'à l'appartement, fatigués tous les deux par la soirée. Ce n'est que blottis l'un contre l'autre dans son grand lit que je me risque de nouveau :
"Tu viendrais avec moi à Londres le week-end prochain ?"
Sa tension est minime mais sensible. Le silence me paraît durer des siècles.
"A Londres ou à Poudlard ?", elle questionne. Je ne saurais vous rendre comment elle prononce le nom de l'école de sorcellerie britannique. Je trouve ça à la fois ridicule et tellement beau, ça me donne envie de rire et de la serrer dans mes bras.
"Sans doute un peu les deux", je reconnais le cœur battant.
"Pourquoi pas", elle souffle.
oo
Ada dort encore quand je me lève le lendemain matin. Je sais qu'elle travaille l'après-midi et je lui laisse un mot sur la table en lui souhaitant une bonne journée. La ville me paraît assommée par la dernière nuit de fête. Je ne croise que peu de monde, moldus ou sorciers. Mais Brunissande, elle, m'attend fraîche et pimpante devant la Banque.
"Tu n'es pas nerveux, dis-moi !", elle m'apostrophe quand elle me voit.
"Je ne suis pas en retard, si ?", je m'inquiète en regardant ma montre - offerte pour mes dix-sept ans par grand-père Albus. Bien plus qu'une montre, évidemment. Mais elle donne aussi l'heure. J'ai cinq minutes d'avance.
"Moi, j'ai toujours peur d'être en retard", elle me confie comme un secret honteux. Ça me paraît bien aller avec sa tenue tirée à quatre épingles. Je l'imagine avoir toujours voulu bien faire depuis qu'elle est toute petite - un peu comme sa cousine Aliénor, en pire.
"Tu ne t'ennuies pas à attendre ?", je lui demande sincèrement, et ça la fait rire aux larmes.
On monte donc assez joyeusement les escaliers de la Zecca sous le regard désapprobateur des gardes gobelins.
"Nous avons rendez-vous avec Crochpik de Genève", annonce Brunissande.
"Les stagiaires ?", questionne sèchement le Gobelin chargé de l'accueil. Nous opinons. "Vous devez attendre, il a un entretien important".
"Évidemment", soupire Brunissande.
"Nous attendrons", j'assure au cerbère de la Banque et je conduis Brunissande à un banc. "Il finira bien par nous recevoir. Tu avais d'autres rendez-vous ?"
"Pas réellement, mais Crochpik a le chic pour te faire poireauter", elle chuchote. "Je trouve ça aussi mal élevé que d'être en retard !"
"Rendez-vous avec Tiziano peut-être", je décide de plaisanter. Comme elle rougit, je me dis que je ne suis pas très loin de la vérité. "Tu peux me le dire, ça m'évitera de le chercher toute la journée!", j'insiste, camarade.
"Il m'a invité à visiter la lagune", elle soupire. "Mais je ne crois pas que j'irai."
"Non ? Tiz connaît la ville mieux que n'importe quel guide !", je commente prudemment.
"Mais il a aussi tendance à prendre beaucoup de choses pour acquises", elle rétorque. Elle hésite à peine avant d'ajouter : "Et il se croit amoureux de moi..."
"Il se croit amoureux de toi", je répète étonné par sa formulation.
"Il ne me connaît pas, Harry. Il aime l'image qu'il se fait de moi. C'est la malédiction du sang de Mélusine", elle soupire avec une sincérité qui me paraît difficile à feindre.
"Tu ne le connais pas tellement toi non plus, si ?", je décide de défendre mon copain.
"C'est un roitelet dans un royaume d'illusion", elle affirme assez sévèrement. "Sors-le d'ici, des palais, des gondoles et des intrigues vénitiennes, et qui sera-t-il ?"
"Je connais Tiz depuis trois ans et j'ai vécu avec lui sur trois continents, tu peux me croire, c'est un prince, où qu'il soit !", je m'agace réellement cette fois.
"Qui a dit que je cherche un prince ?"
Je regarde ses yeux, écarquillés comme si la question les agrandissait, ils semblent plonger droit dans mon âme pour vérifier que je ne suis pas celui qui estime qu'elle cherche un prince. Je me sens stupidement rougir.
"Je ne te connais pas assez pour affirmer une chose pareille", je conviens.
"Tu n'as d'ailleurs rien dit de tel", elle souffle avec un sourire radouci qui ne me rassure pas totalement.
Un bizarre silence s'installe entre nous.
"Amis ?", je questionne timidement.
"Amis !", elle affirme avec ce sourire éblouissant qui est le sien.
J'en suis encore à me demander ce qui vient de se passer quand une voix très aiguë, que je ne pensais pas réentendre de sitôt, pépie à côté de moi :
"Ha-Ry ! Ici ! Et Mag-Da ? Non, fille plus jolie !"
"Oan-Ni ?", j'articule avec surprise en tournant la tête vers la voix.
J'ai un peu de mal à croire ce que je vois. Le Sirénéen que j'avais laissé blessé dans l'hôpital de Poveglia volette sereinement au milieu du grand Hall. Mieux, il est coiffé d'un turban de tissu doré et entouré d'une garde peu souriante de ses congénères, qui me fait frissonner.
"Oan-Ni nouveau chargé de sécurité des coffres", il explique avec une belle satisfaction, sans même que j'aie besoin de demandé.
"Ici ?"
"Ici et ailleurs ! Sir-Oanessi de Venise bons pirates, beaucoup de coffres !", explique le Sirénéen avec un bel enthousiasme. "Oan-Ni bientôt assez d'or pour choisir femme !"
"Je suis content pour toi", je commente avec sincérité.
"Oan-Ni invitera Harry à son mariage !", pépie joyeusement le Sirénéen. "Avec jolie fille si Harry veut !"
"J'en serai honoré", je réponds avec sincérité. Puis me disant que Brunissande en a sans doute assez d'être réduite au rang de "jolie fille", je me décide à prendre les devants : "Je te présente une amie, Brunissande... Elle travaille auprès des Gobelins de Genève.."
"Gobelins durs en affaire", soupire Oan-Ni. "Pires que Sir-Oanessi !"
L'affirmation me tire évidemment un sourire mais je n'ai pas le temps de développer.
"Oan-Ni n'a pas à se plaindre, il vient d'obtenir le meilleur taux jamais octroyé à une communauté sirénéenne", intervient alors un nouvel arrivant. "Oan-Ni devrait partir bien vite avant que mon cousin ne regrette de s'être laissé embobiner par un si jeune Sirénéen !"
Celui qui vient de parler est un Gobelin ventru et sévère. "C'est Crochpik", me souffle Brunissande.
"Gobelins veulent plus Or sans risque", juge Oan-Ni avec une certaine hauteur. "Or obéit aux Sir-Oanessi parce que Sir-Oanessi se battent pour Or !"
"Si les Sirénéens voulaient apprendre, l'Or pourrait se multiplier entre leurs mains comme il se multiplie entre les mains des Gobelins", répond Crochpik, serein. "Les Sirénéens sont de bons pirates mais de mauvais gestionnaires - encore qu'une nouvelle génération plus prudente pourrait être en train de naître - si j'en crois ta rencontre, Oan-Ni !"
"Oan-Ni sert Ka-Bi-T-Oan de son mieux", commente le jeune Sirénéen enturbanné.
"Tu connais mes stagiaires, Oan-Ni ?", interroge alors le Gobelin l'air presque souriant. Un truc que je n'avais jamais vu auparavant.
"Je connais Ha-Ry", explique simplement le Sirénéen. "Harry vrai ami de Oan-Ni ! Harry a appris beaucoup de choses à Oan-Ni !"
"Voici qui parle en votre faveur, monsieur Potter-Lupin", commente le Gobelin en me détaillant comme si j'étais un objet sortant des forges gobelines dont il fallait évaluer la valeur. "Si votre ouverture d'esprit ne se limite pas à la diplomatie, vous êtes sans doute celui dont nous avons besoin..."
ooo
"Ça s'est bien passé alors !", conclut Tiziano en repoussant sa tasse de café.
Je ne sais pas si Brunissande s'est finalement rendue à son invitation car j'ai passé l'après-midi à la Scuola à faire valider un stage débutant lundi prochain. J'ai décidé de ne pas aborder le sujet s'il ne le faisait pas le premier. Brunissande a dit qu'elle m'aiderait à trouver un logement à Genève, et je pense qu'il est plus prudent de garder une grande neutralité de cette affaire.
"Sauf que je commence lundi !", je lui rappelle. Je crois bien que c'est cette précipitation qui m'agace le plus.
"Super !", s'enthousiasme Tiziano en bon ami qu'il est. "Le Carnaval est terminé de toute façon !"
Je ris légèrement avant de reprendre ma plainte :
"J'avais prévu de retourner à Londres ce week-end... ça va faire court ! En plus, je voulais emmener Ada !"
"Ah oui, la belle et mystérieuse Ada... Rossi", articule lentement Tiziano beaucoup moins léger tout d'un coup.
"Oh, je vois, on parle", je réponds, pressentant que les trois bellâtres ont passé le reste de la soirée à essayer d'établir l'exacte identité d'Ada.
"Elle croit vraiment que quiconque va penser qu'elle s'appelle réellement comme ça ?", questionne Tiz avec une certaine colère.
"Non", je confirme avec indifférence.
"Les Rossi de Florence ont eu un seul fils qui n'a lui même engendré que des fils", indique Tiziano, tout à sa propre logique.
"Mais cet homme a bien des sœurs ?", je questionne un peu moqueur.
"Une, Lucrezia.. qui a épousé le sulfureux Cosmo Taluti"; développe Tiz.
"Une vraie enquête, dis-moi !", je persifle, agacé de sa démarche et du fait qu'il en sache déjà plus que moi sur Ada - mon Ada.
"Pas besoin, Harry, tout le monde en Italie connaît la malheureuse histoire de Lucrezia Rossi et Cosmo Taluti !" Comme je m'ancre dans le silence, Tiz soupire mais reprend : "Lucrezia était une très jolie jeune fille pour qui ses parents avaient de grands projets... elle était fiancée au rejeton d'une des plus anciennes familles romaines quand elle a rencontré l'entreprenant Cosmo Taluti, dix ans plus âgé qu'elle, orateur passionné, défenseur acharné des thèses de sa grand-mère Maddalena, agitateur redouté de toutes les autorités magiques italiennes..."
Il a un geste qui indique que sa présentation de Cosmo Taluti pourrait durer des heures.
"Elle a brisé ses fiançailles", je comprends me prenant d'une certaine sympathie pour la jeune Lucrezia avant de me rappeler combien elle semblait loin de sa fille aujourd'hui.
"Leur union n'a duré que deux ans...à peine le temps que ton Ada naisse... Lucrezia s'est enfuie ensuite, affolée de devoir partager sa maison avec des harpies et des garous - ne me regarde pas comme ça, Harry, tout le monde n'est pas prêt à ce genre de chose, et Cosmo n'a sans doute rien fait pour faciliter les choses à Lucrezia !"
"Ada m'a dit que sa mère l'avait abandonnée", je souffle, assez ému par ce que j'apprends. La violence et la réserve de mon amie me paraissent relativement justifiées maintenant.
"Je ne sais pas les détails. Lucrezia a réussi à se faire épouser en seconde noce par le fiancé qu'elle avait préalablement éconduit. Je ne pense pas que les Erritini aient souhaité rencontrer la petite Aradia... c'est sans doute le prix qui a été exigé."
"Charmant", je commente avec acrimonie.
"C'est une histoire qu'on raconte aux jeunes gens bien nés pour les inviter à choisir leurs unions avec sagacité", répond Tiziano avec juste la bonne distance dans la voix pour que je comprenne combien lui-même s'en fiche. Il est très fort à ce jeu-là, faut le reconnaître.
"Et tout le monde a deviné ?", je veux savoir quand j'ai commencé à digérer l'histoire.
"Demonstera sans doute pas, c'est un crétin comme toute sa famille", estime Tiz, méprisant. "Mais Laerte Anziani est cousin par sa mère des Erritini et Falco Aquilone est plus malin... Rossi était déjà une information de trop pour des gens comme eux !"
Je ravale le "pour des gens comme toi" qui me vient. L'urgence est ailleurs.
"Mais qu'est-ce que ça peut vous faire qu'elle soit une Taluti ou une Rossi ? Son père est mort, Ada est préparatrice dans une herboristerie, elle ne réclame ni l'argent de sa mère, ni le nom de son père !", je m'enflamme.
"Tu ne te poses pas les bonnes questions, Harry", soupire Tiziano, l'air sincèrement désolé maintenant. "Je comprends très bien qu'elle n'ait aucune envie de parler de son père ou de sa mère avec le premier sorcier venu. Je m'interroge beaucoup plus maintenant sur les ressorts de son intérêt pour toi !"
"Pardon ?"
"Sais-tu comment est mort Cosmo, Harry ?", questionne mon ami après une infime hésitation qui me fait plutôt craindre la suite. Je secoue la tête. "Il a été attaqué, mordu et déchiqueté par deux garous qui refusaient de vivre dans la réserve de Il Paradiso, dont Cosmo était un ardent défenseur."
Je dois sans doute blêmir. Tiziano détourne les yeux, prend le temps de plusieurs profondes inspirations avant de revenir vers moi.
"Alors questionne-toi, Harry : que fait la fille d'un homme massacré par des garous avec le fils adoptif d'un des plus célèbres lycanthropes d'Europe vivants ?"
oooooo
Les Vénitiens- toujours plus nombreux et pourtant je me retiens...
"Ada", Aradia Taluti Sorcière florentine. Fille de Cosmo Taluti et Lucrezia Rossi. Ça fait d'elle la descendante de Maddalena Taluti, "la sorcière qui voulait aider les Moldus". Elle a les cheveux blonds, les yeux bleus, elle se parfume au jasmin et a la voix un peu grave. Elle travaille dans une herboristerie avec sa copine Fiammetta. Elle sort aussi avec Harry.
Cosmo Taluti. Sorcier florentin. Père de Ada. Sorcier engagé dans la défense des créatures, des garous et des relations avec les Moldus. A été tué par deux garous qui refusaient de vivre dans la Réserve de Il Paradiso quand Ada avait dix ans.
Lucrezia Rossi Sorcière florentine. Mère de Ada. A divorcé de Cosmo Taluti quand Ada avait deux ans. Vit à Rome remariée dans une famille sang-pur, les Erittini. Pour la petite histoire, Eritto est un mage décrit par l'écrivain romain Lucain...
Alvise Fonsfata Sorcier vénitien. Ami de Tiziano Cimballi, chevalier servant de Umbretta Cimballi. Neveu du professeur Fonsfata.
Falco Alquilone Sorcier vénitien de bonne famille. Les faucons et les aigles se sont penchés sur son berceau au moment du baptême.
Appolonio Demonstera Sorcier vénitien de bonne famille. Un peu crétin, faut dire que j'ai croisé Appolon et Monstre pour le nommer !
Laerte Anziani Sorcier vénitien de bonne famille. Il porte un prénom vénitien ancien dont j'ai oublié le sens. Anziani veut dire anciens...
Tiziano Cimballi. Sorcier vénitien de bonne famille. Etudiant briseur de sorts et ami de Harry.
Les Sirénéens
Oan-Ni Jeune Sirénéen qui a aidé Harry et Magda à s'enfuir de l'îlot de Poveglia.
Sir-Oanessi Nom que se donnent les Sirénéen, Oannes étant leur dieu tutélaire.
Kabi-T-Oan Chef d'une communauté de Sirénéens.
Gobelins et associés
Crochpik Gobelin de Genève qui sera le responsable de stage de Harry.
Brunissande Desfées Sorcière française, cousine de Aliénor Poussin-Desfée. Briseuse de sorts stagiaire à Genève.
Le prochain confié à Cyrus à Londres et aux prises avec le XIC, s'intitule, Des experts et des traîtres
