Playlist
Quiconque
Ose se comparer avec Douga le vautour
Sera pulvérisé par le regard foudroyant du condor maître des nues
Pincez vos cordes griots
Gémissez guitares...
Idrissa Soumaoro, Djama.

XX. Cyrus. Des experts et des traîtres

Drago est blanc comme quelqu'un qui sort de l'hôpital, des cernes bleus sous ses yeux gris. Il a l'air presque rassuré de me voir entrer dans la salle de réunion de la Division, accompagné par l'elfe de protocole. Ron, quasiment vert à ses côtés, me fait un infime signe de tête. Il a l'air épuisé, déprimé et inquiet - je me dis que Harry m'étriperait s'il voyait son meilleur ami dans cet état. Puis je pense au mien et je vais encore plus mal. Je m'oblige à repousser Archi de mon esprit - loin ! -, à m'intéresser aux gens présents dans cette salle : je reconnais juste à sa droite Seamus Finnigan, qui était de la même année que Harry. Il consulte des notes prises sur un parchemin, mais il a l'air plus excité de participer à la réunion qu'autre chose. Je l'envierais bien de n'avoir que la gestion de sa petite carrière en tête !

Viennent ensuite trois personnes trahies par leurs vêtements, leurs cahiers à spirale et leur air incertain comme des enquêteurs moldus. Deux hommes et une femme. Mãe leur parlait avant de lever la tête à mon arrivée - volontairement en retard, je vous le dis tout de suite avant que vous y voyiez une nouvelle crise d'adolescence. L'idée est d'accréditer auprès de l'éventuel mouchard la rumeur de mes relations distantes et difficiles avec mes parents.
"Quelqu'un va y croire ?", j'ai soupiré quand Mãe a proposé ça.
"Quelqu'un qui ne te connaît pas réellement, oui", elle a estimé. "D'ailleurs, si le XIC a pris le risque de te faire chanter, c'est sans doute qu'on leur a présenter les choses comme ça... Et, soyons francs, Cyrus, on s'est peu vus les dernières semaines, et ils ont sans doute peu de raisons de croire autre chose !"
"Donc leur informateur ne me connaît pas tant que ça", j'ai préféré retenir.
"On peut émettre l'hypothèse", elle a confirmé avec un sourire un peu triste.

A sa droite, on a nos amis de la Coopération magique, puisque je reconnais Percy Weasley, jeune assistant entreprenant de Grand-père, plus généralement chargé des relations du département de la Coopération avec les autres services du Ministère que d'ambassades extérieures, si j'ai bien compris ce que m'a raconté Ginny. Comme Mãe n'a pas parlé de sa présence à ses côtés pendant son périple continental, j'imagine assez méchamment qu'il est venu pour se faire mousser après coup - Ginny sera folle de rage en l'apprenant. A côté du moins sympa de mes nombreux beaux-frères, une assez jeune femme à épaisses lunettes que je ne crois pas avoir déjà vue consulte ostensiblement sa montre en me voyant arriver. C'est sans doute elle la diplomate polyglotte qui a chaperonné les visites de Mãe en territoire étranger. Viennent ensuite Carley et Dawn Paulsen ainsi qu'un troisième Auror que je n'ai pas l'honneur de connaître mais qui a mis sa robe noire officielle pour m'aider à le situer.

Et qui est le traître là-dedans ? Rien que de poser la question, mon cœur s'emballe.

Plus raide que la justice, Mãe me fait signe de m'asseoir. Je m'exécute après avoir fermé un peu trop fort peut-être la porte de la salle, faisant reculer un peu brutalement l'elfe qui m'a amené jusqu'ici. S'en tenant à notre mise en scène hâtive, Dora fait mine de retenir un soupir puis d'abandonner l'envie de m'étrangler avant de s'adresser à tous :

"Maintenant que nous sommes au complet, je vous remercie tous de votre venue et de votre patience", elle commence. Elle appuie les mots "complet" et "patience" très joliment, et je me permets un sourire appréciateur qui sera sans doute perçu comme de l'insolence.

"Pour simplifier les choses, je vais présenter chacun des personnes présentes... Je vais commencer par nos deux - non, disons nos trois témoins : Drago Black, Cyrus Lupin et l'Aspirant-Auror Ronald Weasley", elle enchaîne désignant chacun de nous de son habituel crayon à papier jaune. "Carley Paulsen, mon bras droit ; Russel Foote et Seamus Finnigan qui travaillent depuis le début sur cette enquête ; Dawn Paulsen notre spécialiste juridique", elle indique ensuite.

Je bâille pour la galerie, ça agace Percy et étonne Seamus, je crois, mais pour le reste je suis docilement la présentation de ma mère adoptive. Je remarque ainsi que Dawn est enceinte. Est-ce qu'on me l'a dit ? Je ne sais même plus l'âge de l'aîné - Theodor - dont Mãe est pourtant la marraine. Trois ans peut-être ? Je m'amuse presque en me disant que le bébé dans son ventre ira sans doute à Poudlard avec l'enfant de Severus et Susan ! Puis le sourire meurt sur mes lèvres. Si ça se trouve je ne vivrais pas assez longtemps pour voir tout ça - avec des gens comme les XIC sur le dos, onze ans est une éternité, non ?

"Nous sommes heureux que Amity Dougal et Percy Weasley du Département de la Coopération magique aient pu se libérer pour cette réunion", enchaîne Mãe de sa voix la plus neutre et officielle.

"C'est tout naturel", commente immédiatement Percy avec une sacrée dose de suffisance selon moi.

Je ne peux m'empêcher de regarder Ron afin de voir comment il interprète la prestation de son frère aîné. Je me rends compte qu'il fixe un point au dessus de ma tête, sur le mur derrière moi. Même si ses oreilles ne sont pas écarlates, je sens bien qu'il a avant tout peur de ne pas se dominer s'il sort de la transe où il s'est plongé. Loin de nos gamineries sans doute, Mãe continue ses présentations :

"Je tiens ensuite à remercier le Commissaire Michael Brookmyre de s'être libéré pour cette réunion. Nous sommes contents d'accueillir dans nos locaux ses deux collègues - Christopher Connelly, chargé de l'identification des suspects et Angélique Bosh, spécialiste scientifique", elle termine.

Elle est plutôt jolie, Angélique Bosh, je décide en la détaillant mieux que le première fois. Elle est petite, châtain, proportionnée. Elle n'a pas l'air de rigoler quand elle répond d'un signe de tête à la présentation de Mãe, mais je me fiche qu'elle soit jolie ou rigolote, en fait. Ce qui m'intéresse est qu'elle soit aussi bonne experte que Mãe le prétend et surtout qu'elle ne soit pas le traître. Je ne sais pas si elle sera capable d'analyser les images obscures enregistrées sur mon miroir et recopiées par Mãe hier soir. J'ai beaucoup de mal à y croire en fait, même si j'ai bien vu quelques films sur la police scientifique lors de nos sorties moldues dans le quartier. Gin et moi nous étions sincèrement demandés si c'était autant de l'affabulation que ce qu'ils appellent le genre fantasy et qui se pique de parler de magie. Pourtant, c'est la première piste de Mãe - déterminer par des méthodes moldues de traitement d'images le lieu où Archi est prisonnier. Elle m'a assuré qu'ils avaient déjà travaillé ensemble sur des images avec des résultats intéressants. Et après tout, qui suis-je pour douter de sa piste !

"Nous sommes tous réunis pour soumettre nos premières conclusions aux trois témoins dont nous disposons", conclut d'ailleurs Dora avec une pointe d'émotion dans la voix que je suis peut-être le seul à entendre.

Je ne crois pas que Drago pourrait avoir l'air de prendre plus sur lui qu'à ce moment-là. Ses yeux scrutent à tour de rôle chacune des personnes autour de la table et il semble prêt à sortir sa baguette à chaque instant. Son manège finit même par sortir Ron de son auto-apitoiement et il me lance un regard interrogateur qui me lâche brutalement quand Dora donne la parole aux enquêteurs moldus.

"Mon nom est Michael Brookmyre et, pour ceux qui ne m'ont jamais rencontré auparavant, mes parents étaient tous les deux sorciers. Je suis ce que vous appelez un cracmol", il se présente avec une pointe de fierté, voire de défi. "Ceci explique que j'aie été choisi par Scotland Yard pour diriger les relations avec vos équipes..."

"Ils savaient que vous êtes...?", l'interrompt abruptement Drago. Les sourcils froncés et les bras croisés, je trouve qu'il me fait de l'ombre en jeune homme irrévérencieux et impatient, si vous voulez mon avis.

"Votre nouveau Ministère a proposé à notre gouvernement", explique Brookmyre en se rangeant volontairement hors de la sphère sorcière, "une série de fonctionnaires d'ascendance sorcière ou mariés à des sorciers dans différents secteurs-clé pour devenir des ambassadeurs entre les deux mondes. Ce n'est pas un travail très régulier, mais je suis cet ambassadeur auprès de Scotland Yard. Mes deux collègues ne connaissaient pas le monde sorcier avant cette enquête mais ils se sont engagés à ne pas révéler ce qu'ils allaient découvrir."

Les deux collègues opinent, et Brookmyre ajoute :
"Connally va vous présenter nos avancées en matière d'identification des membres du réseau que vous appelez XIC.."

"Vous l'appelez autrement ?," je questionne pas très poliment à mon tour.

L'idée est que j'embarque la réunion dans toutes les fausses pistes possibles afin de noyer l'important dans le brouhaha des questions minuscules. Quand j'avais craint de ne pas savoir faire cela, Papa m'avait lancé que je n'aurais qu'à être moi-même en pire. J'avais, évidemment, bien humblement remercié mon père adoptif de son appréciation.

"Nous les appelions "les fils de l'air" en raison de leur grande capacité à s'évaporer... D'ailleurs depuis vos agressions, peu ont été revus", répond Connelly sans sembler s'émouvoir ni de mon interruption, ni de mon sort. Il ouvre un dossier qu'il sort de sous son cahier. "Donc, peu de Britanniques, ou de purs Britanniques à part parmi les petits revendeurs qui ne nous sont d'aucune utilité", il embraye. Il lève une première photo que nous reconnaissons tous. "Le plus intéressant est sans doute Vassili Garinov, attaché à l'ambassade de Bulgarie ; il est fiancé à une héritière des supermarchés Billa, très bien implantés en Europe de l'Est..."

A un signe de Mãe, Seamus Finnigan fait presque un saut sur sa chaise avant d'indiquer :
"Pas d'ascendance magique connue de ce côté-là."

"Mais le Vassili est connu comme un homme à femmes", reprend Connelly, toujours détaché. "Je ne prendrais pas ces fiançailles très au sérieux..."

"Il n'a jamais fréquenté aucune école magique", ajoute alors Finnigan. "Ni Beauxbâtons, ni Durmstrand, ni Poudlard, ni aucune école américaine ou australienne... Rien ne prouve qu'il soit un sorcier malgré sa mère..."

"Je ne vois pas Hermosa McNair le fréquenter si ce n'est pas le cas", j'interviens. "Les écoles magiques ne sont pas la seule façon d'apprendre..."

"Mais on sait que Teuffer a fréquenté Beauxbâtons et Durmstrand et qu'il a croisé une partie de ses acolytes de cette façon", me répond Mãe comme si personne d'autre n'étaient là.

Il me semble que Carley est surpris de notre petit numéro mais il s'abstient de le faire savoir. Percy affiche un dédain marqué jusqu'au moment où sa petite collègue prend la parole - là, il a l'air de boire ses paroles.

"Et il ne faut pas grossir inutilement le rôle de mademoiselle Fioralquila McNair", intervient Amity Dougal. "Elle pourrait être utilisée par cette... bande... à son insu."

"Oui, il faut être prudent dans cette histoire", renchérit Percy presque automatiquement - je me demande ce qu'il sait de l'affaire finalement, pourquoi il est là, et ma paranoïa devient terrifiante. Vous imaginez ? Mon propre beau-frère de mèche avec les gars qui, non contents de m'avoir fait accuser de recel de potions interdites, m'ont cassé la mâchoire ? Le vertige est proche.

"La piste de Beauxbâtons est pourtant la plus sérieuse", intervient alors Dawn Paulsen. "Teuffer, comme Fioralquila, y ont été élèves, tous majors en potions..."

"Et les seuls cas ressemblants à ce que nous voyons ici aujourd'hui recensés par la police française, l'ont été dans le Sud du Pays, pas très loin de la frontière espagnole", intervient Connelly, qui a ouvert un autre dossier pour expliquer ça.

"Pas bien loin de Beauxbâtons, non ?", commente Ron en luttant assez bien contre l'envie de rougir quand tout le monde le regarde.

"Tout cela me paraît hâtif et tiré par les cheveux", juge durement Percy.

"Quel rapport avec les gens qui nous ont agressés ?", questionne fiévreusement Drago. "Ce n'est ni Garinov et encore moins Hermosa ! Tout ça est ridicule !"

Une fois encore, on dirait que mon cousin a le même objectif que moi, rendre cette réunion totalement inutile. Sauf que c'est moi qui dois partir en claquant la porte si je veux mener à bien notre soi-disant plan. J'inspire donc pour chasser toute angoisse et raison et puis je me lève :

"Bien, j'ai entendu assez de bêtises", j'annonce quand tout le monde me regarde. "Vous ne savez rien de plus sur cette bande que ce que moi, Drago et Ron avions découvert. Je peux me refaire tabasser demain, n'importe où, sans que vous n'ayez rien vu venir ! Je ne me sens d'aucune utilité ici et j'invite les autres à se poser la même question."

"Cyrus !", proteste Mãe - comme prévu.

"J'espère que tu sauras me trouver si jamais ta super équipe découvre quoi que ce soit", je réponds avec un mépris affiché et je sors.

Je ne finis pas le couloir que Drago me rattrape : "Cyrus, attends ! Tu es fou de partir comme ça !"

"Tu fais ce que tu veux de ton temps, cher cousin", je rétorque sans ralentir, hésitant entre la fuite et l'envie de lui casser la gueule.

Parce qu'avant même cette petite mascarade, Drago est celui qui m'a maintenu éveillé la nuit dernière. Je sais qu'il sort tout juste du coma, mais il est clair qu'il est aussi celui qui m'a entraîné dans cette affaire de XIC. Il est également celui qui a distillé ses informations au compte-goutte depuis des semaines quand on y pense. En fait, si on y ajoute qu'il peut très bien avoir mis au point un plan tortueux de vengeance contre ce que ma famille a fait de la sienne, il présente beaucoup d'aptitude à la carrière de traître potentiel. Même Mãe n'a pas totalement su l'écarter hier soir. Ce n'est pas sa prestation tout à l'heure, ni le fait qu'il coure après moi dans les couloirs qui m'amènent à moins de soupçons.

"Tu as raison, tu sais : ils s'y prennent comme des manches. Il faut qu'on parle", me répond d'ailleurs mon cher cousin, continuant à alimenter mes craintes.

"Ce n'est pas à moi qu'il faut parler, Drago", je lâche les dents serrées.

"Cyrus, ne me dis pas que tu leur fais confiance ? Pas après ce qui vient de se passer !", il presse.

"Je vois surtout les limites de ce que nous pouvons accomplir seuls", je contre prudemment.

Non, je ne partirai pas avec Drago dans une nouvelle quête solitaire et foireuse, même pour le démasquer !

Ma prudence l'étonne sans doute. Il me fixe avec des yeux assez fiévreux avant de lâcher :
"Ils te tiennent, c'est ça ? Qui ? Ginny ? Je croyais qu'elle était avec toi à Poudlard... Harry ?"

Le fait qu'il soit arrivé seul à la conclusion d'un enlèvement m'assèche la bouche. C'est presque la confirmation qui manquait.

"Je te laisse à tes petits jeux, Drago", j'articule très lentement. "J'ai mieux à faire !"

Il doit percevoir la menace sous-jacente dans mes paroles parce qu'il me lâche le bras et fait un pas en arrière. Il a l'air sidéré maintenant. Quel comédien ! Je plonge mes mains dans mes poches pour m'éviter un geste malheureux et je sors sans qu'on échange un mot de plus.

ooo

Je marche plusieurs minutes droit devant moi, tellement enragé, blessé par l'idée que celui que j'ai fini par considérer comme mon cousin puisse être le traître, que j'en oublie presque Archi ou le plan. Quand mon miroir vibre, je me fige dans la rue, pas loin de me sentir aux abois. Je m'oblige à me rappeler que sans doute quelqu'un me suit, que Mãe est derrière moi d'une manière ou d'une autre, j'inspire et je réponds sobrement :

"Cyrus."

"Il aurait été dommage que je me trompe de correspondant", répond mon interlocuteur. Pas la peine de préciser que l'écran est de nouveau totalement noir et le ton suffisant.

"Comment va Archibald ?", j'attaque, ça fait rire mon interlocuteur.

"Vous pensez réellement que votre petit numéro à la Division va améliorer sa santé ?"

Un drôle de pincement me prend vicieusement l'estomac à la confirmation qu'il y avait bien un traître à la réunion de Mãe. Mais je me raccroche au plan :

"Comme s'ils avaient parlé de quoi que ce soit que vous ne saviez déjà ! Hermosa, Teuffer, ce Vassili... franchement, vous les saviez déjà surveillés et déjà protégés par vos appuis politiques ! Ce n'est pas ça que vous attendez de moi !"

Je ne sais pas comment interpréter le silence qui suit.

"Vous jouez avec la vie de votre ami", commente sèchement la voix mais je dirais pourtant que j'ai ferré le poisson. Je le sens dans mes tripes.

"Non je veux le sauver", j'insiste donc, le cœur battant quand même.

"Vraiment ?"

"Ecoutez-moi, je ne sais pas qui vous êtes exactement, mais j'ai quand même une petite idée", je contre-attaque. "Je n'ai pas de nom, évidemment, mais quand même ! Je ne peux que vous prendre au sérieux ! Je sais que vous êtes nombreux, je sais que vous êtes puissants et que vous visez à l'être plus encore ! Pourquoi croyiez-vous que je me cachais ! Je me disais bien que vous ne vous contenteriez pas de me casser la gueule... J'attends juste de comprendre ce que vous attendez de moi ? Des ingrédients ?"

Le silence qui suit est plus long, et j'entends mon cœur battre dans ma poitrine. J'ai joué toutes mes cartes, mes appâts. Je m'offre contre Archibald, fort de la protection des miens.

"Vous n'avez pas froid aux yeux", estime mon correspondant d'une voix totalement neutre. "J'ai du mal à croire que vous soyez prêt à tant pour votre misérable ami !"

"Je ne crois pas que je survivrai à la colère des fans de Malvin le repoussant", j'ose répondre en évitant de me demander si je suis crédible quand j'ose ça. Mais il faut bien poser la Trace - combien de personnes à Londres pouvaient prononcer en une journée le nom "Malvin le repoussant ?" Au pire, on aurait une idée de la popularité du feuilleton d'Archi ! Mãe n'avait trouvé aucune objection à ça.

"Vous êtes finalement relativement intriguant", estime la voix avec une pointe de sourire pour la première fois. "Vous voulez donc me rencontrer ? Je mets les choses en place et je vous rappelle."

Faute de meilleure idée, je continue à marcher dans la ville moldue, en attendant le deuxième appel du ravisseur d'Archi. Je vais droit devant moi, je ne me retourne pas. C'est aux Aurors de me trouver et me protéger, ce n'est pas à moi de m'en assurer. Et puis, si je me retournais et je ne voyais personne - ce qui serait dans l'ordre des choses - je risquerais d'être terrifié. Un risque bien trop grand. Je dois marcher un quart d'heure avant que le miroir se mette à vibrer.

"Cyrus Lupin ?", s'enquiert une autre voix, mais sans attendre ma réponse, elle poursuit : "Au bout de la rue dans laquelle vous marcher, il y a un arrêt de bus. Prenez le prochain qui s'arrêtera."

"Quel numéro ?", je questionne - content de savoir comment cela fonctionne, mais déjà l'autre a raccroché. Je m'arrête trente secondes pour regarder le miroir redevenir miroir et refléter ma propre image. Je suis livide. Quand je relève les yeux, je vois la haute stature d'un bus à impérial qui se profile au bout de la rue. Imaginant le rater à cause de mon indécision, je cours comme un fou, regrettant même de ne pas pouvoir laisser la place à Patmol.

Je bouscule les badauds sur mon passage, certains protestent. Un souvenir remonte : Sirius court dans une rue moldue. Il court après Peter. Je bloque le souvenir en accélérant encore. J'arrive juste au moment où les portes du bus se referment dans un soupir qui ressemble à une protestation. Le conducteur les rouvre pour moi.

"Je vous ai fait courir !", il commente, bonhomme.

"Oui, un ticket, s'il vous plaît", je réponds haletant.

En rempochant mon porte-monnaie moldu, en m'enfonçant dans le bus, je me demande si ma "garde" a pu suivre. Et je comprends avec une montée d'adrénaline que le XIC a justement voulu s'assurer que j'étais seul.

"Malvin le repoussant", je souffle donc en m'asseyant à une place libre. La jeune femme en face de moi est légitimement surprise. "Mes parents ne m'aimaient pas beaucoup", je rajoute donc avec une grimace. Elle préfère se barricader derrière son magazine plutôt que de sourire. C'est décidément ma journée.

Le trajet se poursuit dans sa monotonie, me laissant l'esprit totalement libre de m'inquiéter d'avoir pris le mauvais bus, quand le miroir vibre dans ma poche. Je fais bien attention de l'utiliser comme un téléphone moldu. Je ne vois donc pas l'image sans doute aussi sombre que précédemment de toutes façons.

"Oui ?"

"Vous descendez au prochain arrêt", annonce de nouveau la deuxième voix, et il raccroche.

Je suis sûr que j'ai blêmi ou rougi. Enfin, la fille d'en face me regarde de nouveau avec curiosité. Je me force à me lever et à demander le prochain arrêt. C'est un peu comme dans un rêve que j'exécute ces actes moldus. J'ai l'impression que ça se voit, que tout le monde me regarde. Mais le bus s'arrête dans une courbe, devant un parc que je ne connais pas, sans que quiconque ne m'ait adressé la parole.

Je descends, incertain de ce que je dois faire. Je vais répéter l'invocation choisie pour la Trace, quand un SDF moldu s'approche de moi en titubant, une canette de bière à la main. Avant que je ne m'écarte, il perd l'équilibre et se rattrape à mes vêtements de sa main libre.

"Elle est vide", il marmonne. "Prends-la !"

"Merci, mais...", je proteste faiblement en essayant de le redresser et de l'écarter de moi.

"Prends-là !", il ordonne pressant et menaçant.

Je jette un rapide coup d'œil alentour : il n'y a personne. Je décide qu'obéir est sans doute le plus simple pour le calmer. Je saisis donc la canette, il me lâche aussitôt et s'éloigne avec un équilibre retrouvé presque surprenant. Je sens alors cette immanquable sensation de crochet au nombril qui ne peut signifier qu'une chose. Un portoloin.

Quand l'espace cesse de me malaxer comme de la pâte à modeler, je suis dans le noir.
"Bienvenue, Cyrus Lupin !", m'accueille la troisième voix.

oooo
notes

Note temporelle : on est le vendredi 30 mars 2001

Les trop nombreux personnages non canon
1) Les Aurors
Carley Paulsen - Bras droit de Nymphadora Tonks-Lupin. Il a été à Poufsouffle avec elle et est marié à Dawn, la meilleure amie de Dora.
Russel Foote - mentor de Seamus Finnigan
Seamus Finnigan - Aspirant
Ronald Weasley - Aspirant
Dawn Paulsen - Conseillère juridique de l'équipe, elle a été à Poufsouffle avec Nymphadora.

Theodor Paulsen, fils de Carley et Dawn Paulsen. Dora est sa marraine.

2) Les représentants du Département de la Coopération magique (dirigé par Albus Dumbledore, je rappelle)
Percy Weasley ( oui, c'est méchant pour Ron)
Amity Dougal, dont le prénom et le nom signifient l'amie de l'étranger sombre.. polyglotte à lunettes

3) Scotland Yard
Michael Brookmyre - cracmol, Detective Chief Inspector Scotland Yard
Christopher Connelly - Moldu, Detective Inspector Scotland Yard
Angelique Bosh - Moldue, Detective Inspector Scotland Yard, spécialisée en traitement d'images de surveillance

Pour baptiser mon équipe de flics moldus, j'ai mélangé les noms de mes deux écrivains de polar préférés, Michael Connelly et Christopher Brookmyre, et de leurs héros respectifs, Harry Bosh et Angelique de Xavia. (Un deuxième Harry aurait été much too confusing)

4) Le XIC identifié
Kuno Teuffer
Étudiant présenté comme médiocre en potions, connaissance de Drago via Hermosa McNair. Son passeport est suisse, et ses relations troubles... Kuno est un prénom germanique, signifiant clan et famille, et Teuffer est inventé par moi en partant de Teuffel, le diable en allemand... ça lui va très bien.

Hermosa Fioralquila McNair
Sorcière espagnole, nièce du McNair du canon, fille de l'ex ministre de la magie d'Espagne, étudiante en potions, participe aux soirées du XIC.

Vassili Garinov
Sorcier bulgare. Attaché à l'Ambassade moldue de Bulgarie.

Pour le traître, je vous laisse à vos propres déductions - sachez qu'aucune de mes bêtas n'avait trouvé à ce stade... gniark...