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"Y a les gueux, y a les prospères
Y a l'pudding de ta grand-mère
Y a les mafieux, y a les faux-frères
Y a l'mauvais bleu et l'camembert
Y a l'soleil, y a l'tonnerre
Y a toi, y a moi, y a ta grand-mère"
La tordue, "Parano"
Calendrier : On est le jeudi 29 puis le vendredi 30 mars (et oui, on revient légèrement en arrière)
XXI. Harry. Des vertus de la marche et de la coopération
Quand je suis sorti du palais Cimballi, bousculant Tiziano qui voulait me retenir, je n'ai su faire qu'une seule chose : marcher droit devant moi. Ce n'est jamais une chose facile à mener à bien à Venise, et j'ai dû faire bien des détours pour y parvenir. Ma montre m'y aidait. Je lui avait dit "droit devant", et elle m'a redonné le cap après chaque pont, chaque passage, chaque contournement. Dommage que, malgré toutes ses fonctionnalités, elle ne puisse pas me conseiller quoi faire de ma propre vie !
Mais marcher est analgésique, on oublie son cœur, son corps, ses idées ; on devient des pieds, unis dans un effort répétitif et hypnotique. Combien Remus avait marché quand Cyrus était arrivé dans notre vie, je m'en souvenais. Je comprenais. Marcher pour retenir la tempête, le doute et l'incertitude. Marcher pour digérer les coups de la vie.
Il a fallu que la nuit tombe et que j'arrive au fin fond des quartiers moldus périphériques, loin des ors de la Venise éternelle, pour que j'arrive à poser des mots sur ma douleur : trahison, incrédulité, peur. Les yeux perdus dans l'eau sale de la lagune, je me suis rendu compte que je pleurais. Ça faisait un sacré moment que ça ne m'était pas arrivé. Tellement de temps que je ne savais pas dater la dernière fois. Mais le coup m'avait pris par surprise et dans un endroit trop sensible pour ne pas porter. Est-ce que Ada pouvait avoir des motifs ultérieurs de s'intéresser à moi ? Elle, qui avait eu l'air si détachée du pouvoir ou de l'argent ou de la politique, si défiante de tous ces attributs de la réussite humaine ? Je n'arrivais pas à y croire. Mon cœur s'y refusait obstinément.
Bien sûr, je savais qu'elle me cachait des choses - j'avais préféré jusque là me dire que je devais mériter sa confiance, mais ça revenait au même. Au-delà de la question de son vrai nom, j'avais rapidement eu des doutes sur la capacité de son seul salaire de préparatrice en herboristerie à payer pour son relativement grand appartement dans le ghetto. Je savais combien je louais ma toute petite chambre et je n'avais rien de quelqu'un de pauvre. Il était clair maintenant qu'elle avait dû hériter de son père, à moins même que sa mère ne lui verse une rente d'une façon ou d'une autre. D'autres zones d'ombre existaient : ses amis de Florence, la raison qui l'avait poussée à venir à Venise plutôt qu'ailleurs... Mais pouvait-on penser pour autant, comme l'avait insinué Tiziano, qu'elle cherchât une sorte de revanche sur ceux qui avaient massacré son père à travers moi ?
J'avais beau faire, je n'arrivais pas à voir comment cette revanche s'articulait. Et puis, elle avait parlé plusieurs fois devant moi d'amis garous... Tout ça ne collait pas... Ou bien j'étais incapable de voir plus loin que le bout de mon nez, je cédais une fois de plus à cet angélisme dont Severus s'était si souvent moqué ? Pouvait-elle en vouloir à Remus de la mort de son père ? Pouvait-elle avoir développé une haine aussi générale des garous ? Pensait-elle que ce serait un bon tour à lui jouer de me faire du mal ? Mais quel mal ? Me briser le cœur ? Tout ça n'avait pas de sens. Me faire déchiqueter à mon tour par des garous amis à elle ? L'idée est tellement incongrue qu'elle me fait rire malgré mes larmes. Je ne saurais jamais craindre des garous, ne serait-ce que parce que je suis sûr de mon animagus - un loup pour un autre.
"Et maintenant, quoi ?", je demande à voix haute à la nuit qui ne me répond rien.
J'envisage furtivement appeler Cyrus ou Ron mais j'arrive à la conclusion que je n'ai que des soupçons et qu'ils ne sauront pas quoi me dire de si loin. Je me refuse ensuite d'appeler Remus, parce qu'il serait immédiatement inquiet pour moi et que cette seule idée est encore plus insupportable que tout ce qui vient de m'arriver. Je me rends compte que je ne peux qu'avancer seul, décider seul de ce qui m'attache ou non à mademoiselle Aradia Taluti, dite Ada, son odeur de jasmin et son rire un peu grave.
Bizarrement peut-être, accepter cette responsabilité me rassérène un peu. J'arrive à essuyer mes larmes et à me secouer. Je ne vais pas rester là toute le nuit. Je vais affronter la question, je décide. Je vais aller demander à Mademoiselle Taluti le fond de sa pensée. Je reprends le chemin du centre de Venise, me disant que je transplanerai de la première ruelle un peu vide. Une rue plus tard, une chouette se pose brusquement sur mon épaule - si brusquement que je manque de l'abattre d'un sort. Puis je remarque le message glissé à sa patte, dans la bague aux armes de la poste magique de Venise. Après avoir regardé autour de moi pour vérifier que personne ne me regarde, je m' empare du parchemin.
"Harry,
Je t'attendais plus tôt. Tiziano dit qu'il ne sait pas où tu es, et Fiametta a faim.
Nous allons à la Taverna.
J'espère que tu nous rejoindras...
Je t'embrasse. Ada."'
Mes mains tremblent sur la première lettre qu'Ada m'ait jamais écrite. Maintenant. Justement ? Mon cerveau bute sur l'analyse de ce nouvel élément qui n'entre dans aucun des schémas que je viens d'élaborer fiévreusement. Un nouveau sentiment naît au profond de moi. Il bouscule les doutes et la colère qui s'étaient installés à leurs aises. Quelles raisons ai-je donc de douter d'Ada? Elle m'a déjà avoué que le nom de mon père l'avait d'abord empêché de me rencontrer : si la revanche l'animait, elle en serait restée là ou elle l'aurait exercée de loin sans m'offrir son lit, son rire, son affection. Elle ne professerait pas autant de mépris pour ceux qui généralisent les dangers de la lycanthropie ! Elle ne se proposerait pas de venir avec moi en Angleterre pour voir ma famille et sa réussite insolente. Tiziano était rattrapé une nouvelle fois par les préjugés de sa caste : les Taluti étaient des traîtres à la tradition, et la défiance s'exerçait même sur leurs descendants qui ne revendiquaient pas leur héritage !
J'allais emmener Ada à Londres, j'allais lui offrir la chance de mieux nous connaître, j'allais prendre ce risque, et on verrait bien.
oo
Je ne dirais pas que le doute disparaît immédiatement après ça. Mais il me conduit plutôt qu'il ne m'accable. Je retrouve Ada, Fiametta et le taciturne voire mystérieux Vico à la Taverna. Ada a l'air sincèrement contente de me voir. Elle me raconte sa journée, ses déboires avec un client qui lui laisse sur les bras plusieurs kilos de faines de hêtre jugées trop fripées, et son excitation d'aller à Londres.
"Tu veux toujours, hein Harry ?", elle questionne avec un air si jeune et si innocent qu'une boule énorme se coince dans ma gorge.
"J'espère finir tout ce que j'ai à faire d'ici là, mais le mieux serait que nous partions demain, le plus tôt possible", je réponds factuel et en écartant toute autre pensée. "Il faut que je te dise que lundi je commence mon stage à la Banque gobelin de Genève... On reviendra dimanche sans doute assez tôt..."
"Tu avais parlé du mois prochain", intervient Fiametta.
"Oui, mais ils veulent me faire travailler sur des magies lunaires et je dois être présent la semaine avant et pendant la pleine lune", je leur apprends.
"La pleine lune", répète Ada, un peu blanche.
"J'imagine que quelqu'un comme moi doit un jour s'y frotter !", je ris un peu jaune. On est si près du sujet, de la lycanthropie et je n'ose pas l'aborder.
"Ils te prennent pour ça", comprend lentement Ada, l'air sidérée.
"Ça fait partie de leur décision ; ils parlent diplomatiquement d'ouverture d'esprit", j'explique. Mais elle a raison sur le fond, et c'est quelque chose que je dois apprendre à regarder en face. En fait, je veux arrêter de fuir cette question.
"Tu as de fait l'esprit ouvert", estime Ada, et Fiametta acquiesce avec vigueur. Seul Vico qui regarde la salle d'un air absent a l'air indifférent à la question. Leur approbation m'aurait fait rougir si je n'avais pas passé l'après-midi à douter de leur sincérité.
"C'est plutôt que nombre de sorciers l'ont trop fermé", je rétorque. C'est une perche tendue, Ada en fera ce qu'elle voudra. Elle ne la saisit pas.
"Tu reviendras donc après la pleine lune ?", elle questionne plutôt.
"Oui, pendant plusieurs mois peut-être", je confirme sobrement. Je ne sais pas quel signe attendre, mais pourtant tout - mon corps, mon âme, ma raison et mon coeur - attende ce signe.
"C'est mieux que si tu partais pendant des mois entiers", commente Ada presque timidement, et mon cœur décide que ma raison et ses suspicions doivent aller se faire soigner. Est-ce que le signe n'est pas là, flamboyant et magnifique. Je l'embrasse, et ça fait rire Fiametta.
On quitte assez vite ensuite la Taverna - parce qu'il faut préparer nos bagages décide Ada, toujours plutôt enjouée et tournée vers le week-end à venir. On passe ainsi d'abord chez moi - endroit qu'elle n'avait jamais vu auparavant - pour que je prenne des affaires pour l'Angleterre et que je prépare celles pour la Suisse. Je fourre tout ça dans un sac sans fond offert par Hermione quand j'ai commencé mes études, pendant que Ada regarde mes livres et surtout les photos qui ornent les murs. Elle reconnaît mes parents et les jumeaux. Je lui montre Ron, Hermione, Cyrus et Ginny qu'elle a toutes les chances de rencontrer bientôt. Elle m'interroge avec une pointe de jalousie qui me fait plaisir - disons-le - sur Aurore et Mirna.
"Une Moldue, toi ?", elle s'étonne.
"Pourquoi pas ?", je réponds sobrement. Elle n'insiste pas.
Continuant son étude de mes photos, Ada retrouve, toute seule, Tiziano ainsi qu'Aliénor sur plusieurs.
"Aucune de Bruna... comment elle s'appelle déjà l'autre Française ?", elle remarque.
"Brunissande ?", je m'étonne.
"Voilà."
"On n'a jamais été en formation en même temps au même endroit et au même moment", je réponds un peu sur mes gardes sans savoir pourquoi. J'ai l'impression que si je lui dis que la cousine d'Aliénor a promis de me trouver un logement pour lundi, ça va jeter un froid.
"Oh, c'est pour ça", elle commente sibylline.
Il n'en faut pas beaucoup à ce stade que toutes mes décisions d'attente, de patience et de confiance explosent pour laisser le champ libre aux accusations et à l'acrimonie. Je ne sais pas ce qui me retient.
"Ce n'est pas un procès, Harry", elle précise alors en m'enlaçant. "Tu as eu une vie, et moi aussi. C'est même ce que j'aime en toi !"
Je ne suis pas sûr d'avoir totalement compris sa position, mais les battements de mon cœur sont moins incontrôlables. Je décide de laisser passer encore, de repousser la crise à plus tard. Je me rends à ses caresses comme à un oubli.
ooo
On débarque à Londres en fin d'après-midi le jour suivant sans que je sache bien où aller. Malgré mes efforts depuis le matin, je n'ai réussi à joindre personne. Je réessaie - Cyrus, Ron, Hermione, Mãe... - et je finis pas trouver Papa.
"Eh bien, vous vous cachez tous bien !", je râle quand je vois son visage dans le miroir.
"Harry ? Je peux te rappeler plus tard ?", il répond tellement distraitement que je manque de le laisser raccrocher de surprise.
"Heu, en fait, je suis à Londres, là : avec Ada", je précise, avec une certaine fierté en fait, je crois. "On vient d'arriver pour le week-end et..."
"Harry, rejoins-moi immédiatement à l'entrée du Ministère. Dans cinq minutes, je cesse de t'attendre", il me coupe et raccroche avant même que je n'ai pu poser une seule question.
"Qu'est-ce qui se passe ?", questionne Ada, occupée à regarder les rues moldues du taxi où je l'ai faite entrer.
"On va rejoindre mon père", je réponds, plus inquiet que je ne l'aimerais mais n'ayant pas beaucoup plus à dire. J'indique au chauffeur de nous laisser. Vu le trafic moldu, on n'y sera jamais en cinq minutes sans transplaner.
Remus fait les cent pas devant l'entrée quand nous arrivons devant le Ministère. Dès que je le vois, je sais que c'est encore plus grave que je ne le craignais. Pas parce qu'il marche, mais parce que Ginny est, elle, immobile, appuyée contre le mur, son sac pressé contre son ventre.
"Cyrus ?", je souffle - parce que qui se met en permanence dans des histoires graves et inédites, je vous le demande ?
"Archibald a été enlevé, sans doute pour faire chanter ton frère", il répond presque sèchement tant il est inquiet. "On a monté un piège pour essayer de localiser les ravisseurs. Malgré la surveillance des Aurors qui le suivaient, Cyrus a lui aussi maintenant disparu..."
Ce n'est qu'à la fin de sa tirade que Papa regarde Ada qui, grâce au sortilège de traduction temporaire que je lui ai appliqué, a tout compris et est livide.
"Je suis désolé, Ada. Vous arrivez à un bien mauvais moment tous les deux", il regrette avec une gentillesse revenue.
"Mais vous faites quoi ici ?", j'interviens - Cyrus n'a sans doute pas disparu au Ministère.
"Cyrus a reçu plusieurs messages des ravisseurs", explique alors Ginny, en évitant de nous regarder. Je crois qu'elle fondrait en larmes. "Dora a récupéré les images de son miroir et travaille avec quelqu'un de la police moldue à les interpréter"
"C'est notre seule piste pour identifier l'endroit où Archibald est détenu", conclut Papa avec une certaine impatience.
"On peut venir ?"
"Je n'ai ni le temps ni l'envie d'essayer de te convaincre du contraire", il conclut en nous poussant vers l'entrée du Ministère.
La présence de Papa, directeur de Poudlard, mari du lieutenant Lupin et attendu à la Division, nous évite tous les contrôles de sécurité ou même d'identité. Je crois bien que ça bluffe totalement Ada, plus que la taille du Ministère, Londres entrevu du taxi ou la pluie qui n'a pas cessé depuis qu'on s'est matérialisés dans la capitale britannique.
"Ils laissent les... gens entrer comme ça ?", elle me chuchote sur le chemin de l'ascenseur.
"Non, seulement le Ministre, les chefs de Département et mon père", j'exagère à peine.
A la Division, des Aurors que je ne connais pas nous saluent avec un mélange de déférence et de condoléances qui me porterait vite sur les nerfs. Ils nous conduisent heureusement rapidement à la salle de réunion où travaille l'équipe de Mãe.
"Remus !", elle s'écrie en se retournant, soulagée de le voir, je crois. Elle se lève pour prendre les mains de Ginny sans doute pour lui assurer qu'elle fait son maximum - comme si quiconque en doutait. Puis elle nous distingue derrière Ginny, et sa surprise va croissante : "Harry ? Ada ?"
"Oui, on sait, ce n'est pas le bon moment, mais on est là", je résume abruptement.
"Vous avez quoi ?", demande Papa, pas moins pressant que moi à sa façon.
"Je vous présente Angelique Bosh", soupire Mãe en se retournant vers une table où une jeune femme châtain, vêtue en moldue, pianote sur un ordinateur. Des images globalement grises clignotent sur l'écran.
"Vous arrivez à faire marcher ça ici ?", je m'étonne malgré la situation.
"On a formé un cercle avec des boules d'or pour briser les champs magiques", explique alors fièrement Ron, qui s'est levé et m'a serré la main. Il n'a pas osé s'approcher de Gin, et je sens que la situation entre eux est relativement tendue.
"Une idée de ton grand-père, Harry", indique Mãe avec lassitude. Je retiens une remarque sur le fait que j'aurais dû penser qu'Albus ait connu les Sirénéens ; elle ne ferait qu'amener la conversation à diverger un peu plus de l'essentiel, et je hoche la tête. "Angélique est spécialiste de la surveillance vidéo et du retraitement des images. Dans cette enquête, nous avons appris à transférer des images magiques sur des supports moldus... numériques", elle corrige pour Angélique qui sourit brièvement.
"Et ?", presse Ginny.
"Et des choses apparaissent", intervient Ron. "Elle partait d'une image toute noire et elle a trouvé des murs, des portes, des tuyauteries..."
"Visiblement les sous-sols d'un bâtiment important", commente ladite Angélique sans cesser de pianoter sur son clavier. "Toutes les images ramènent au même lieu. Même les appels de cet après-midi. Ils n'ont pas changé de planque."
"Mais où est-ce ?" questionne Papa.
"Eh bien, à intervalle régulier, on entend des bruits de circulation qui ne peuvent être des véhicules motorisés. Je penche pour des véhicules sur rail en raison de la régularité et de la fréquences des sons. Je dirais donc une grande gare, ou un complexe commercial à côté d'une grande station de métro... On entend aussi des bruits qui font penser à des avions... ça pourrait être le sous-sol d'une galerie marchande dans un aéroport... ayant un accès par métro..."
On reste tous totalement silencieux, abasourdis par ses déductions, mais ça ne semble pas troubler Angélique.
"Heathrow conviendrait bien à cette définition", elle reprend. "Je n'ai malheureusement pas accès à Internet ici pour trouver des plans ou des images permettant de recouper cette déduction..."
"Je peux envoyer du monde et le savoir très vite", intervient Mãe avec un ton de commandement que je ne lui ai jamais entendu.
"Il vous faudrait un élément formel qui nous permette de reconnaître les lieux", répond Angélique, en pianotant de plus belle sur son clavier. De nouvelles images apparaissent - non interprétables pour moi. "Reprenons le premier appel, nous avions plus de lumière, il me semble", elle ajoute.
"Tournée vers le sol", se rappelle Ron.
"Tournée précipitamment vers le sol, Auror Weasley", corrige Angélique.
"Quelle différence ?", je demande.
"Si je ralentis les images, on peut espérer trouver quelque chose qui... Bingo ! Regardez ça !"
On se penche tous vers l'écran, sans savoir ce qu'on doit voir. De la pointe d'un crayon, Angélique désigne sur l'écran des traces. Elle les grossit, leur applique des transformations successives. Et les traces deviennent des lettres et des chiffres.
"C'est une indication d'étage... H2D... on peut parier pour le deuxième sous-sol et une allée D... Vous croyez que votre équipe saura se repérer ?"
Mãe est déjà debout, et je sais ce qu'elle va dire.
"Je vais y aller moi-même"
"Nous y allons", corrige Papa.
"Remus...", commence Mãe d'un ton fatigué.
"Personne ne peut m'interdire d'aller dans les sous-sols d'Heathrow", il lui répond, et je me dis que la conversation est mal partie.
"J'ai l'impression que je ferais mieux de vous accompagner", déclare alors Angélique imperméable aux tensions de couple.
"Partons immédiatement", renchérit Papa.
"Attendez", intervient Dora avec plus de décision cette fois. "Dans une minute, vous rameutez Severus ou Molly et Arthur. Ceci reste une opération de Division et de Scotland Yard, ce n'est pas le clan Lupin contre le reste du monde !" Papa ouvre la bouche pour protester, mais elle est plus rapide. "Ces gars, qu'ils aient ou non développé les onze potions qui leur permettraient de contrôler le monde, ne sont pas des rigolos. Ils n'hésitent pas à tuer, à bastonner ou à enlever des gens !"
"Parce que les Malefoy étaient des enfants de chœur ?", j'aboie - non que je veuille entrer dans leur dispute mais je n'ai pas l'attention de ne pas partir à la recherche de mon frère moi non plus.
"Eh bien, si tu veux le fond de ma pensée, Harry, les Malefoy avaient un côté artisanal que n'ont pas les gars du XIC. On ignore la taille de leur réseau mais on sait qu'il est international et se joue de la frontière moldu/sorcier. Et ils ont su nous faire perdre Cyrus, alors que Carley lui-même le suivait. Ils ont visiblement un espion dans la place - ici, à Poudlard ou à Scotland Yard..."
A la mention de la police moldue, je regarde Angélique qui soupire comme une confirmation.
"Angélique vient de trouver une piste, mais rien ne prouve que ça soit la bonne. C'est parce que j'ai une confiance limitée dans beaucoup de monde que je me propose d'aller vérifier. Ron m'appuiera et l'expertise d'Angélique me paraît décisive", développe Mãe. Je ne crois l'avoir déjà vue s'imposer comme ça à Papa ou à quiconque, à part les jumeaux peut-être. "Vu le type d'affaire que nous avons, je peux envisager de demander l'aide d'un briseur de sorts. Mais c'est bien là que tout ceci peut légalement s'arrêter !"
C'est la réaction inquiète de Ada - elle se saisit précipitamment de ma main comme si elle pensait que j'allais transplaner dans la seconde - qui me prouve que j'ai bien entendu : Mãe préfère m'embarquer moi plutôt que Papa ! Alors que j'attends l'explosion inévitable de ce dernier, Ginny monte évidemment au front :
"Dora, tu ne peux pas me demander ça ! Tu ne peux pas me refuser d'aller à son secours !"
"C'est très romantique, Ginny", juge sévèrement Mãe. "Mais que crois-tu exactement être capable de faire ? Il ne s'agit pas d'une excursion dans la Forêt interdite ou d'un match de Quidditch. Il s'agit de reconnaître un endroit entrevu sur de mauvaises images, d'évaluer combien sont nos opposants, combien sont sorciers et combien sont moldus... d'être prêt à se battre magiquement comme à éviter des balles moldues... Crois-tu que Cyrus serait heureux de te voir parmi nous ?"
"C'est injuste", proteste mollement Ginny mais je crois que le coup a porté. Ron a l'air soulagé en tout cas.
C'est alors que Papa reprend la parole.
"Nous allons vous attendre tous les trois ici", il annonce. On le regarde tous comme s'il venait de se transformer. "J'accepte tes arguments, Dora", il explique simplement. "J'imagine même qu'un groupe entraîné et limité sera plus efficace que trop de bonne volonté... mais..."
"S'ils sont là, ce n'est pas à cinq que nous aurons le dessus", répond rapidement Dora. "Je vais confier un deuxième groupe à Carley..."
"Il faudrait prévenir Brookmyre", commence alors Angélique.
"Pas de précipitation", la coupe Mãe avec assurance. "On va en mission exploratoire, Carley ici fera le lien si besoin."
"Mais je ne sais si j'ai le droit de ..."
"Inspecteur Bosh, c'est vous qui avez proposé de vous joindre à nous. Votre expertise m'est utile mais s'il faut attendre des autorisations ou prévenir trop de monde de notre mouvement, vous restez ici", tranche Mãe péremptoire.
"Vous m'accusez d'être de mèche avec ces types ?", s'étouffe l'inspectrice moldue.
"Je n'écarte aucune possibilité", rétorque sereinement Dora.
Avant que l'inspecteur Bosh ait eu le temps d'élaborer sa réponse, Mãe sort ensuite négocier avec Kingsley et prévenir Carley des derniers développements, après avoir indiqué : "Tenez-vous prêts, on part dès mon retour !"
"Elle est toujours comme ça ?", questionne la Moldue, qui a l'air de mal digérer de s'être faite accusée de trahison.
Personne ne lui répond. Mais un certain nombre de personnes ici ont sans doute des problèmes de digestion. Je vais essayer d'expliquer à Ada ce qui se passe - pour autant que je l'ai compris - quand le miroir de Ginny sonne. Elle le tire de son sac et pâlit encore plus :
"C'est Drago Malefoy", elle souffle. Personne ne lui rappelle qu'il ne veut plus être appelé comme cela.
"Réponds", décide Ron - et sans doute est-il le mieux placé pour prendre cette décision.
"Weasley, Ginevra ? C'est Drago", entendons-nous tous. "Est-ce que... est-ce que tu sais où est Cyrus ?"
"Non, il ne répond pas à mes appels", répond prudemment Ginny.
"Merlin", soupire mon cousin officiel. "Est-ce qu'on peut se voir, Ginevra ?"
Je vois que Ginny prend sur elle pour ne pas demander notre avis. Mais son frère fait oui de la tête, un geste véhément qu'elle peut voir sans avoir besoin de le regarder.
"Heu, où ça ?", elle souffle donc.
"Où tu veux, dis-moi", il répond étonnamment indifférent. "Plutôt, donne-moi une énigme - il se peut que mon miroir soit piégé..."
"Piégé ?", répète Ginny sans avoir besoin de réfléchir à sa réponse cette fois.
"Je t'expliquerai", soupire de nouveau Drago.
Pendant l'échange, Ron a griffonné quelques mots sur un parchemin, et Ginny les lit rapidement avant de répondre à Drago : "Que dis-tu de... La légende dit qu'elle hurle mais, en sept ans, je ne l'ai jamais entendue... ?"
"Elle hurle mais...? Oh, Ok", acquiesce Drago avec une pointe de soulagement. "Je pars maintenant."
"Moi aussi", répond Ginny en coupant la conversation.
"Je t'accompagne Ginny", annonce Remus sur un ton qui laisse aucune place à la contestation. Mais je ne peux pas m'empêcher de le mettre en garde :
"Papa, Mãe ne va pas adorer ton plan...", je tente en sachant que la probabilité qu'il m'écoute n'est sans doute pas réellement supérieure à zéro.
"Avec tout le respect que je dois à ta mère, Harry, la Division ne peut pas m'interdire d'aller voir mon petit cousin par alliance ou de me rendre à la Cabane hurlante ! Mesdemoiselles", il a déjà ouvert la porte, et Ginny lui a emboîté le pas. Ada me regarde avec indécision.
"Elle sera en sécurité à Poudlard, Harry", indique inutilement Papa.
J'opine un peu dépassé par les événements et puis j'ajoute en italien : "Je suis désolé, Ada, c'est la folie cette histoire..."
"Sois prudent, hein, Harry ?", elle me répond avec un air inquiet, et je ne sais qu'acquiescer de la tête.
Quand la porte se referme sur eux, on reste tous les trois silencieux - sans doute pas pour les mêmes raisons - jusqu'à ce que Ron soupire : "Ta mère va tous nous tuer, Harry !"
Je n'ai pas le temps de tenter de rassurer mon ami parce que Mãe revient déjà, accompagnée de Carley.
"On a des plans d'Heathrow, on va pouvoir choisir un point de transplanage", elle annonce en déroulant des parchemins sur la table. "Où sont Remus et Ginny ?"
Quand Angélique et Ron se tournent vers moi, avec l'air de penser que c'est à moi d'expliquer les choses, j'ai vaguement l'impression d'avoir treize ans et de devoir justifier les maraudes de Cyrus. Au-delà du renversement des acteurs, on dirait que mon rôle ne change pas beaucoup : je suis le médiateur entre les impatients et les autorités. Quand j'ai fini de poser les faits, dire que l'initiative de Ginny et Papa est mal accueillie est sans doute un euphémisme.
"Carley, est-ce que tu peux appeler mon mari et exiger qu'il accepte une équipe d'Aurors sur cette affaire", tranche finalement Mãe quand elle a fini de jurer en employant des mots qu'elle interdirait à à peu près tout le monde dans la famille.
"Moi ?", essaie faiblement Carley.
"Si je l'appelle, j'ai peur de divorcer en même temps", elle répond brusquement, et il n'est pas besoin d'être Légilimens pour deviner les émotions contraires qui tempêtent sous son crâne.
"J'envoie qui ?", choisit de questionner Carley.
"Finnigan et Foote, au moins, tu en auras pas pour des heures de briefing", elle indique avec un poil plus de certitude.
"Ce sera fait", répond simplement l'adjoint de Mãe.
"Nous, on est partis", elle indique alors sans attendre davantage.
oooo
Notes sur les personnages non canon
Carley Paulsen est toujours le vieux copain et adjoint de Dora.
Angélique Bosh est Détective à Scotland Yard avec une spécialisation en traitement des images... bien utile dans ce chapitre.
Michael Brookmyre est son supérieur.
Je passe sur Archi, hein, vous connaissez Archi maintenant
Je ne crois pas oublier quelqu'un..
Le suivant voit tout le monde réuni - depuis le temps que certains réclamaient ça !
Cyrus raconte sous le titre Des beautés de l'âge adulte et des difficultés d'avoir une famille
