Playlist
Je ferai ce que je peux
Jusqu'à la fin des haricots
Fantazio, La Fin des Haricots, The Sweet Little Mother Fucker Show
Calendrier On en fini avec le vendredi 30 mars
XXII. Cyrus. Des beautés de l'âge adulte et des difficultés d'avoir une famille
La Troisième Voix n'était pas seule. Il y avait deux autres personnes avec lui, elles m'ont empoigné avant que j'aie eu le temps de les repérer. Ils portaient tous des cagoules et des vêtements moldus sombres, et l'un deux me braquait une torche moldue dans les yeux afin que je ne les regarde pas.
"Vous ne m'en voudrez pas de vous délester de ce précieux petit morceau de bois", a commenté Troisième Voix. "Ainsi que de votre miroir..."
L'expelliarmus avait été non verbal et efficace bien avant que j'aie même songé à réagir. Tu perds tes réflexes, j'ai pensé, et puis j'ai réalisé que ces réflexes appartenaient en grande partie à Sirius, et cette réalisation n'a pas aidé à ce que je me sente combatif.
"Où est Archibald ?", je me suis contenté de demander. J'étais là pour ça après tout.
"Vous y tenez étrangement à votre ami", a répondu Troisième Voix. "C'est presque inespéré. Notre premier choix se portait évidemment sur votre petite amie, mais elle a disparu de la circulation en même temps que vous... Vous avez un frère dont on vous dit proche, mais Venise nous a semblé loin et malcommode... Franchement, nous n'espérions pas tant d'un obscur scribouillard !"
"Vous n'avez pas d'amis ?", j'ai rétorqué - c'est la première chose qui m'était venue à l'esprit - affolé de la menace tacite pesant sur Harry ou Ginny. La seconde d'après je me suis dit que j'aurais dû en profiter pour placer le pseudo d'Archi et réactiver la Trace.
Troisième Voix s'est contenté de rire de mon impertinence.
"Non, les amis sont pour les faibles et les émotifs, c'est ça ?", j'ai craché. "Vous avez tellement mieux que ça : un réseau, un but ultime de domination du monde, quel besoin avez-vous d'amis ou de famille?"
"Un but ultime de domination du monde ?", s'est esclaffé l'autre, comme si c'était la meilleure blague qu'il ait entendue depuis longtemps. Il a même secoué la tête, avant d'ajouter. "Quand Vassili m'a fait lire cette légende, j'ai tout de suite su que c'était ce que je cherchais : le nom était suffisamment obscur pour plaire aux Moldus, la légende était suffisamment forte pour terrifier les sorciers... exactement ce dont nous avions besoin !"
"Pas intéressé par l'ubiquité ou l'amour ?", j'ai ironisé par pure défense. J'avais l'impression d'avoir cru prendre pied sur une plage pour finalement m'enliser dans la vase, sans fond.
"L'or, l'argent, les dollars, les euros et les livres sterlings permettent d'acheter suffisamment de voyages et de services féminins pour combler tous mes désirs", il a répondu. "Mais levez-vous donc, Cyrus Lupin, nous avons mieux à discuter, non ?"
J'avoue que j'ai eu du mal à croire à l'ingénuité de son invitation.
"Mes collègues ne vous feront rien, tant que vous éviterez de vous en prendre physiquement ou magiquement à nous... Même si je vous pense plein de ressources, il ne vous reste d'ailleurs que la première option", il a observé. "Et je ne vous vois pas réellement comme un adepte du kung-fu ou du full contact... mais, pour le cas où je me tromperais sachez que mon ami", je crois qu'il va le nommer mais se reprend. "... tient un revolver braqué sur vous..."
Un revolver. Voilà bien un domaine où aucune expérience de Sirius ne pouvait me venir en aide, j'ai songé en me levant lentement. Rien. Les seules armes moldues qui l'avaient jamais intéressées avaient été les couteaux et les sabres... - son côté chevaleresque sans doute !
Je suis donc Troisième Voix dans un dédale de pièces sombres. Les deux autres, toujours silencieux, nous emboîtent le pas. Je ne me retourne pas pour savoir lequel des deux tient le revolver. Vous direz ce que vous voudrez de mon courage, mais je préfère ne pas savoir. Comme pendant les appels, on entend régulièrement un grondement très grave qui fait trembler jusqu'au plafond. D'autres bruits étranges, des musiques, des voix amplifiées nous parviennent parfois. Comme je tourne la tête vers le plafond quand les sons se font plus distincts, l'un des acolytes commente :
"Les mauvais côtés des sous-sols de l'aéroport d'Heathrow. Le bon étant, évidemment, qu'il nous faudrait faire énormément de bruit pour que quiconque s'intéresse à nous !"
Teuffer. C'est instantané mais je suis quasiment sûr que c'est Teuffer. Pas que je me croie capable de reconnaître sa voix en toute circonstance, surtout sous une cagoule déformant les sons, mais quelque chose dans la cadence de sa voix ne laisse aucun doute. Son reste d'accent suisse, je dirais pour faire court. Je ne sais pas si Troisième Voix est Légilimens, mais il se sent obligé d'intervenir.
"Ça ne nous dérange pas que vous connaissiez notre localisation, Cyrus Lupin : soit vous sortirez ici des nôtres, soit vous ne sortirez pas..."
Pas à dire, ce gars a un chic pour vous mettre à l'aise en toute circonstance. Je sens la sueur froide qui dégouline dans mon dos et ma respiration qui s'accélère. Je m'oblige à faire le vide, invoquant des heures d'entraînement avec Severus, pour reprendre le contrôle de mes fonctions vitales et de mon cerveau. Et je suis payé de retour : une nouvelle certitude emplie mon esprit dégagé de sa peur animale. Je mettrais ma main à couper que notre grand chef a les mêmes intonations que Teuffer. La filière suisse gagne des points. Sauf que je ne vois pas réellement ce que je gagne comme levier à savoir ça.
On arrive dans une toute petite pièce derrière une porte épaisse et métallique qui s'ouvre sans un bruit. Je me demande un peu inutilement si c'est grâce à la magie ou à la mécanique moldue. Allez savoir ! Dans cette petite pièce, il y a quatre chaises pliantes - comme par hasard - une table sur tréteaux couverte de matériel moldu. Sur un ordinateur sortable - je crois que ça s'appelle comme ça, on voit trois vues noir et blanc de couloirs vides ; sur la quatrième, on distingue Archibald allongé, à peu près dans la même position où je l'ai vu sur les messages. Mon estomac se tort.
"Technologie moldue", je commente faute de mieux. Parler d'Archibald serait une faiblesse.
"Elle a ses avantages", répond Troisième Voix en me faisant signe de m'asseoir.
J'obéis. A côté de moi, il y a des piles de boites de céréales et conserves de haricots blancs à la tomate, des packs de lait et de bière. Les gars sont là depuis un moment, je me dis.
"Jouons cartes sur table", je décide d'attaquer avant que les deux gars encagoulés et silencieux aient eu le temps de s'installer derrière moi. Je ne suis pas particulièrement optimiste sur mes chances, mais ne rien faire - se laisser balader - n'est pas plus prometteur. "Vous attendez quoi de moi ?"
Le rire de Troisième Voix me répond. Un frisson suit ma colonne vertébrale. Ce n'est pas que je ne m'y attendais pas. C'est juste que c'est sinistre.
"A votre avis ?"
"Un accès à l'enquête ?", je propose au hasard.
"Cyrus Lupin, vous l'avez dit vous-même : les seuls qu'on puissent accuser - et encore - sont dûment protégés. Je ne sais pas si vous jouez aux échecs mais, moi, je suis du genre qui n'avance pas de pion sans fou dans une encoignure pour coincer le petit malin qui voudrait le manger."
"Alors, à quoi rimait votre chantage d'aujourd'hui ?", je questionne avec une certaine sincérité.
"Une simple prise de contacts", il répond.
Je ne dis rien. Il se tait. Les encagoulés bougent sur leurs chaises qui grincent. Je ne le quitte pas des yeux, en essayant de supprimer toute trace d'impatience ou d'inquiétude - il ne le sait pas, mais j'ai près de dix ans d'entraînement face à Remus qui arrive à se taire davantage que Albus ou Severus si le besoin est.
"Je voulais voir comment vous alliez jouer ça", il finit par développer - merci, Papa. "Et vous m'avez surpris jusqu'au moment où j'ai réalisé que vous n'aviez pas le choix. La géométrie ne permettait pas grand-chose d'autre, surtout que votre cousin a - parait-il - attaqué aussi fort que vous..."
"Laissons donc Drago en dehors de tout ça", je crache.
"Ce n'est plus votre nouvel ami ?", il s'amuse.
"Déçu ?", je contre-attaque.
"Honnêtement, je ne sais pas", il m'assure. "Je me suis intéressé à Drago d'abord pour ses connexions avec les Lupin, mais je le savais brûlé de naissance, pour ainsi dire. Vous seriez une recrue autrement plus intéressante !"
"Je ne sais toujours pas pourquoi !", je remarque en retenant que je ne suis pas non plus un agneau blanc comme neige.
"Ne me décevez pas", il me gronde comme un oncle gentil. "Vous savez bien ! Vous l'avez presque dit tout à l'heure !"
Je repasse nos discussions éclairs par miroir et je souffle, totalement incrédule :
"Des ingrédients ?"
"Évidemment."
"Vous surestimez les réserves de Poudlard ou de la Fondation", je réponds pas loin du rire.
"Allons, allons, vous êtes aussi élève de l'Université - pas n'importe quel élève : proche de Maninder, filleul de Da Silva... Vous avez accès non seulement à des ingrédients rares mais aussi à des savoirs et des recettes méconnues !"
Je préfère ne pas lui demander si j'ai bien compris. Il espère que je galvaude auprès du XIC des savoirs indigènes brésiliens ? Plutôt mourir. Puis je pense pêle mêle à Archibald et à Ginny et je ne sais plus.
"Je vous pensais plus intéressé par la Division !", j'avoue. Le silence serait trop la preuve de ma propre impuissance.
"Comme vous l'avez remarqué, j'ai déjà mes entrées dans l'enquête nous concernant", il répond avec un étrange mélange de satisfaction et de dédain. "Et puis, je ne surestime pas vos relations avec votre mère adoptive. Elle peut être utile pour détourner les soupçons, et c'est déjà bien."
"Si vous croyez qu'elle me couvrirait longtemps!", je m'esclaffe un peu douloureusement.
"Elle l'a pourtant fait efficacement quand vous avez été accusé d'empoisonnement", il remarque.
"Ainsi, c'était bien vous !"
"Indirectement, cette accusation était exactement le prétexte que j'attendais pour vous tester", il répond, l'air content de lui.
C'était exactement ce qu'avait dit Drago, je me souviens. Mais ça ne prouvait rien - bien au contraire, rétorque ma paranoïa.
"Je sais que vous n'êtes qu'un beau-fils", reprend alors Troisième Voix. "Nymphadora Lupin a quoi, douze ans de plus que vous ? Treize ? Je me doute qu'elle n'a pas vu d'un bon œil l'arrivée d'un deuxième beau-fils dans les pattes du garou qu'elle avait entrepris de séduire ! Et ce père qui vous a laissé neuf ans à l'autre bout de la terre, qui ne vous a récupéré qu'après le meurtre de votre mère ? Sans doute vous a-t-il adopté par loyauté, par un sens de l'honneur suranné, car un autre serait votre père biologique ? Allons, laissons-les à leurs amourettes et leurs idéaux. Nous avons des choses plus sérieuses à construire !"
Je bloque toutes émotions - colère, inquiétude, mépris, révolte. Ainsi c'est comme cela qu'il compte me séduire ? Avec de la psychologie de petite semaine, basée sur des informations fausses et parcellaires ? Je dois rester vivant, sortir Archibald de là et envoyer ces malades à Azkaban. Un plan, je m'y attache de toutes mes forces.
"Parlons donc d'avenir", je finis par réussir à articuler.
"Les consommateurs sont ici, pas seulement, mais essentiellement ici. L'Europe me suffit", il précise. Un homme mesuré. "Mais les ressources sont ailleurs : dans les recettes comme dans les ingrédients. Je ne vous l'apprend pas, Cyrus Lupin, n'est-ce pas ? Donc je vous propose une place dans notre organisation : la direction des approvisionnements, on pourrait dire."
Je crois bien qu'un des deux encagoulés derrière moi protesterait bien. J'espère que ce n'est pas celui qui tient le revolver.
"Au Brésil ?," je questionne sobrement.
"Au Brésil."
"Quelle garantie que vous allez cesser d'enlever mes amis ?"
"Je ne peux sans doute pas garder votre ami 'Malvin-le-Repoussant', le temps nécessaire pour que vos intérêts et les miens soient liés de manière suffisante", il concède. "Mais vous saurez que cela est toujours possible, et je suis sûr que vous aurez à cœur de bien jouer votre rôle !"
Il l'a dit ! Il a prononcé lui-même les mots de la Trace ! Je n'avais pas osé le faire depuis que j'étais arrivé là, et c'est lui qui le faisait. Ça m'aide à sourire même si je ne sais pas ce que l'équipe de ma mère fera de l'information. Depuis quand ont-ils perdu ma trace ? Vingt minutes ? Plus ? Combien de temps pour arriver ici ? Je n'ai pas le temps d'y réfléchir.
"La tactique du jeu d'échecs, encore ?", je me moque même.
"Elle-même", il concède avec un certain rire.
"J'imagine que je verrai alors seulement votre visage", je commente avec toute la bonhomie dont je suis capable. "Mais comment vous appeler entre temps ?"
"Vous n'avez pas besoin de m'appeler, Cyrus Lupin", il assène. "N'allez pas trop vite à vous croire mon égal ou même mon adjoint !"
"Je suis très mauvais aux échecs", je lui apprends. "Toute ma famille me bat : mon père, mon frère, ma mère... les jumeaux pas encore, mais j'imagine que ça ne saurait tarder !"
"Et avez-vous déjà réfléchi à pourquoi ?", il questionne l'air intéressé.
"Je suis trop impulsif - mais j'imagine qu'on vous l'a dit", je réponds sincèrement. "Ce qui joue en votre faveur, il n'est pas certain que quelqu'un de plus réfléchi que moi accepterait votre proposition..."
"Avez-vous même le choix ?", il m'oppose. Il me semble que les Encagoulés dans mon dos rigolent sous leurs masques.
"J'en connais qui préféreraient la mort", je ne peux m'empêcher de le braver.
"C'est le choix le moins informé que quiconque puisse faire", condamne Troisième Voix. "Le choix de l'incertitude."
"Ça demande un certain courage", je remarque.
"Il existe bien des formes de courage, peu sont des marques d'intelligence", il estime sur un ton définitif.
J'essaie de prendre un peu de recul sur nos échanges et j'arrive à la conclusion qu'il est temps d'en finir.
"Et maintenant ?", je demande avec une pointe de fatigue.
"Maintenant ? Nous allons attendre que la nuit tombe et que des informations nous arrivent pour organiser votre remise en liberté", annonce Troisième Voix, et ce sont des ordres puisque les deux encagoulés se sont levés. L'un des deux m'empoigne sans grande tendresse.
"Je croyais que vous veniez de me recruter", je balbutie parce que vraiment ça me prend par surprise.
"Votre candidature à l'initiation a été acceptée", il corrige, et je n'ai pas besoin de voir son visage pour savoir qu'il se moque. Le salaud.
oo
J'ai beau savoir qu'ils doivent me regarder sur leur écran, quand ils me jettent dans la même pièce que mon ami, je me jette sur Archibald, je le réveille, je le détache. Enfin, je lui enlève son bâillon parce que ses mains et ses jambes sont retenues entre elles par des liens plastiques absolument incassables. Je m'en convaincs en manquant de m'arracher un ongle dessus.
"Cyrus ?", il chuchote incrédule, quand j'ai fini de l'asseoir. "Qu'est-ce que tu fiches là ?"
"Je négocie ta libération", je réponds.
"Sérieux ?"
"J'essaie", je reconnais, plus modeste. "Ils ont dit qu'ils nous relâcheraient ce soir..."
Je me demande brièvement s'ils ont prévu de nous passer à tabac et je décide de garder cette riante perspective pour moi.
"Il est quelle heure ?", s'intéresse Archi, l'air toujours essentiellement désorienté.
"Je dirais 17h ou presque", je réponds - ils ont jugé bon de me retirer ma montre, ma ceinture, mes clés, les stylos que j'avais dans ma poche... Honnêtement, je ne vois pas ce qu'ils pensaient que j'allais en faire ! Les deux encagoulés, que l'un soit ou non Teuffer, m'ont fouillé et jeté là sans un mot supplémentaire.
"Le soir ne devrait plus tarder", commente Archi, et je sens son impatience. Elle me fait évidemment mal. Depuis combien de temps est-il là ? Quarante-huit heures, plus ?
"Ils t'ont maltraité ? Nourri ?", je questionne une boule énorme en travers de la gorge.
"Pas réellement bien traité, mais j'ai mangé des céréales avec du lait... trois fois par jour, j'imagine", il soupire. "Nous libérer contre quoi ?"
"Pardon ?"
"Tu as dit qu'ils allaient nous libérer - contre quoi ?", enquête maintenant Archibald, l'air beaucoup plus sérieux et concentré que précédemment.
"Ma collaboration", je décide de lui avouer.
Ma réponse lui coupe toute répartie. C'est un cas rare, voire unique, si on y réfléchit plus précisément. En même temps, si j'espère sincèrement qu'on sera libérés ce soir, je serais tout aussi silencieux que lui si on me demandait comment je compte me sortir du pétrin dans lequel je me suis fourré. Je pense automatiquement à Papa et Mãe et je me demande s'ils entreverront une façon adulte, raisonnable et efficace de le faire. Le pire est que je n'arrive pas à le croire assez fort pour aller mieux.
"Ils m'ont enlevé pour te faire chanter ?", articule très bas Archibald, au bout d'un moment que je ne saurais mesurer.
"Oui", je confirme dans un soupir.
"Tu les connais ?", il questionne les sourcils froncés.
"Oui et non, Archi !", je m'agace - je n'ai aucune envie de lui parler du XIC, ou du fait que je lui ai caché mon enquête, ou de la future production brésilienne de potions illégales que je suis censé bientôt organiser. "Je crois que nous ferions mieux de parler d'autre chose !"
"Ah oui ? De quoi ?", il questionne avec acidité.
"Ils nous écoutent", je souffle faute de meilleure idée - en fait, je ne sais pas si leur dispositif capte le son en plus de l'image. Je suis une sacrée bille en technologie moldue, finalement.
Archi fait la gueule maintenant. Huit ans qu'on se connaît, hein, pas la peine de se mentir. J'imagine qu'il a ses raisons, qu'à sa place j'aurais des envies de meurtres, mais ça me fait mal quand même.
"Je suis désolé", je finis par proposer. "C'est de ma faute tout ça..."
Archi ne me fait pas l'aumône d'une réponse.
"Moins tu en sais, moins tu es en danger...", j'essaie.
Ça lui arrache un rire qui ressemble à un éternuement.
"Vu ce qui m'est arrivé quand je ne savais vraiment rien, tu me rends l'espoir", il assène.
ooo
Je crois qu'on s'est plus ou moins endormis après ça. Le silence s'était installé, nourri par le ressentiment d'Archi et ma culpabilité. Je ne saurais dire combien de temps cette attente silencieuse et sombre a duré. J'ai soudain eu l'impression de me réveiller parce que des coups de feux et des sortilèges éclataient de l'autre côté de la porte.
Je me redresse, immédiatement en alerte, et puis je me rends compte que Archi ne peut pas se déplacer seul. Je le charge sur mon épaule et je le porte de l'autre côté de la pièce, de façon à être derrière le battant de la porte - et donc protégé - si elle s'ouvre. Je lis dans ses yeux, qu'il a compris mon choix.
"Qui ?", il souffle avec plus d'inquiétude que d'anticipation positive.
"Les Aurors, s'ils ont retrouvé ma Trace", je réponds avec tout l'optimisme que je peux réunir.
"Pas une bande rivale ?"
"Je ne peux pas te le promettre - ça pourrait aussi être la police moldue, on est sous l'aéroport d'Heathrow ", je glisse.
Au même moment la porte explose - magie - et je me tourne contre le mur avec Archi pour nous protéger mais il n'y a pas beaucoup d'éclats ou de poussières. Celui qui a fait ça a dosé son sort avec précision.
"Cyrus ? Archi ?" - lance alors la dernière voix que j'aurais attendue.
"Harry ?" - je réponds, sidéré.
Mon frère fait deux pas vers moi. Sa baguette pointée devant lui, les yeux brillants d'un éclat froid et rageur, il a l'air intimidant. Il crie vers le couloir : "Mãe, je les ai trouvés !", et puis il s'agenouille l'air inquiet maintenant : "Vous allez bien ?"
"Oui, oui" je lui assure précipitamment "Mais dis-moi que vous tenez les trois types..."
"Trois ? On en a arrêté qu'un, un Moldu, muet...", il soupire. "Y'avait effectivement au moins deux autres types, des sorciers, mais ils ont transplané..."
"Vous avez donné l'assaut sans poser de barrière anti-transplanage ?", je m'étonne.
"Eh bien, on venait juste d'arriver ici, de se mettre à chercher quand on a reçu la Trace ! T'aurais pu y penser avant !", il m'engueule en plus.
"Pas réellement eu l'occasion", je marmonne en omettant que ce n'est même pas moi qui l'ai prononcée.
"Bref, soit on faisait une grosse opération, et on devait parlementer avec les autorités de tout poil, soit on essayait de vous libérer..."
"Mãe va en prendre pour son grade", je comprends. Harry a un haussement d'épaules qui semble dire qu'à sa place, il s'en ficherait. Harry n'a jamais été fait pour la discipline et l'esprit de corps.
"C'est le muet qui a tiré ?"
"Oui, lui et Angélique, l'inspecteur moldue qui nous a accompagnés."
Mãe entre alors dans la pièce, à grandes enjambées nerveuses.
"Merlin, Cyrus ! J'ai eu si peur !", elle s'exclame en poussant Harry pour me serrer dans ses bras. "Et toi, Archi, ça va ?"
"Mieux depuis que Harry m'a enlevé mes liens", il répond en se massant les poignets. "Et aussi depuis que Cyrus a dit qu'on allait être libérés...même si je n'arrivais pas à vraiment y croire. Alors, une opération conjointe avec la police moldue ?"
"Beaucoup trop tôt pour la conférence de presse, monsieur McLeish", rétorque Mãe avec un sourire.
"Lieutenant ?", appelle alors Ron, et Mãe nous pousse hors de la pièce en demandant à Harry de nous couvrir.
Ça me fait bizarre de me dire que je n'ai pas ma baguette. On entre dans la pièce où nous étions tout à l'heure. L'ordinateur a disparu, les chaises sont renversées, un homme sans cagoule est contre le mur, tenu en joue par le revolver de ladite Angélique. Il a plutôt l'air haineux.
"Cyrus et Archibald, vous êtes entiers", nous accueille Ron avec un soulagement visible.
"Vous avez trouvé nos baguettes ?", je questionne plutôt.
"On n'a pas cherché", reconnaît Mãe.
Plusieurs sortilèges d'attraction plus tard et après inspection du maigre mobilier de la pièce, il faut se rendre à l'évidence. Nos baguettes ne sont pas là. C'est une drôle d'impression, comme si jamais plus je ne serais un sorcier. Les sentiments quasi équivalents de Sirius désarmé à son entrée à Azkaban montent en vagues si puissantes que je n'essaie même pas de les arrêter.
"Lieutenant, il faudrait sans doute fouiller cet endroit en règle et prévenir les autorités", se risque alors Angélique, toute à la logique de l'enquête.
"Tout à fait", reconnaît Mãe et, à l'entendre, je sais qu'elle aimerait procéder autrement mais qu'elle se plie à la discipline qu'elle impose elle-même aux autres. Elle sort un paquet de cigarettes vides - de toute façon, elle ne fume pas - et le tend à Harry.
"Ramène Cyrus et Archi à la Division, qu'on prenne leur déposition et, si les choses traînent ici, que des Aurors vous escortent à Poudlard - je crois que c'est encore le plus sûr pour l'instant... Dites à Carley de m'envoyer trois équipes - ce qu'il a. Angélique va prévenir Brookmyre, et on va s'arranger pour le côté policier", elle termine.
"Et lui ?", questionne Harry en désignant leur prisonnier d'un coup de menton.
"C'est un Moldu, il ne nous revient pas de l'arrêter", elle juge.
On a tous un hochement de tête d'acceptation qui en dit long sur notre fatigue nerveuse.
"Tu es sûre de ton portoloin ?", je ne peux m'empêcher de demander.
"Il a été fabriqué devant moi", elle m'assure avec un air relativement protecteur, faut l'avouer.
"Un message pour Papa ?", se risque alors Harry, presque rougissant.
"Non", répond Mãe l'air impénétrable. "Mais il a le droit de donner de ses nouvelles..."
Je fronce les sourcils me demandant ce que Remus peut être en train de faire - en y réfléchissant mieux, c'est étonnant qu'il soit absent alors que Harry, que je croyais à Venise, est ici. Mais mon grand frère me prend la main pour la poser sur le paquet de cigarettes dans un geste relativement sans appel. Je pourrais sans doute lui demander des explications plus tard, je me dis au moment où le crochet me prend le nombril.
ooo
Je ne sais pas combien de fois on doit raconter notre histoire, Archi et moi. Rien à voir avec les policiers en janvier, bien sûr : Carley et les autres étaient soulagés de nous voir et, dès qu'en bon adjoint, il a eu envoyé les trois équipes réclamées par Mãe, il s'est fait un devoir de nous faire servir un repas, des boissons et de nous faire examiner par un médicomage. Reste qu'il recherche désespérément des éléments permettant l'identification de nos ravisseurs et qu'on n'a pas grand-chose à lui offrir. Je ne trouve qu'une chose à mentionner qu'ils avaient sans doute un accent suisse et que je parierais que le deuxième sorcier était Teuffer lui-même.
"Parce qu'il a l'accent suisse ?", répète Carley, l'air désolé de ma réponse. Je préfère hausser les épaules.
On aurait pu se dire qu'Archi aurait eu plus de choses à raconter, mais les faits sont tout autres. Il a été assommé alors qu'il rentrait de La Gazette, assez tard le soir. La rue était déserte. Il n'a rien entendu. Il ne se souvient que d'une grande douleur à la tête. Quand il s'est réveillé, il était déjà ligoté dans sa cellule et il a eu beau hurler et tempêter, personne n'est venu répondre à ses questions.
"C'est l'expérience la plus flippante de toute ma vie", il commente.
Un homme taciturne, peut-être le Moldu muet croisé à Heathrow, est venu à intervalles réguliers le nourrir et lui proposer, sans un mot, de faire ses besoins naturels dans un seau hygiénique. Comme il a essayé de hurler, de le frapper et de le mordre, le gars l'a bâillonné.
"Il n'a jamais parlé de moi ou de rançon ?", je ne peux m'empêcher de demander.
"Non, jamais, Cyrus, c'est bien pour cela que j'étais si étonné de te voir !", il m'assure, et Archi n'a jamais su me mentir sans que je m'en rende compte.
Le silence de ces gars, leur maîtrise de nos agendas, des moyens moldus comme sorciers, leur professionnalisme en un mot, me fait froid dans le dos. Je pensais avoir rencontré mon lot de tordus avec les Malefoy il y a trois ans. Mais ceux-là ne sont pas du genre qui révèlent leur plan par forfanterie. Ils sont du genre qui se taisent et planifient soigneusement leur action et gagnent à la fin. Comme aux échecs.
Une fois qu'il est convaincu qu'il a tiré de nous tout ce qu'il y avait à tirer, Carley nous laisse passer des appels. Archi refuse d'appeler sa mère - "ça la ferait plus flipper encore que le fait que j'ai été enlevé. Je l'appellerai dimanche, comme d'habitude !"
"Tu pourrais aller la voir plutôt", je lui suggère.
"Il faut que je fasse poser des protections sur le château McLeish", intervient Carley.
"Tu crois qu'ils s'en prendraient à ma mère ?"; questionne Archi pour la forme, je le vois bien, il est gris rien qu'à l'idée.
"Je ne pensais pas qu'ils envisageraient seulement de s'en prendre à toi", je confirme sombrement.
Pendant notre échange, Harry, lui, a appelé Ada. Leur conversation est plutôt longue et totalement en italien - ce qui épate Archi quand il a convenu que la protection des Aurors serait sans doute suffisante pour que le XIC cherche d'autres cibles.
"Bon, Papa et Ginny sont toujours en vadrouille, et Ada se sent un peu abandonnée à Poudlard sans nouvelles", nous apprend ensuite Harry. "Je lui ai dit qu'on n'allait pas tarder", il ajoute avec un léger rosissement.
"Mais d'abord, il est où, Papa ?", je demande - ça fait après tout un moment que je me pose la question.
"Il avait rendez-vous avec Drago à la Cabane Hurlante à Pré-au-lard, si j'ai bien compris la charade proposée par Ron", m'apprend Harry.
"A la Cabane Hurlante ?", questionne Carley - si j'avais le temps d'analyser je dirais qu'il s'offusque.
"Avec Drago ?", je préfère m'inquiéter.
"Drago a appelé Ginny", m'explique mon frère. "Il a demandé à la rencontrer et Papa a décidé de l'accompagner. Ça va ?"
J'ai dû blêmir - pas de doute. Y'a qu'à voir la tête des autres. Mais l'idée de Papa et Gin avec le peut-être traître... C'est au-delà des mots. Harry doit le sentir :
"Mais Carley devait envoyer des Aurors en renfort - hein, Carley ?"
"Je n'ai pas réussi à lui imposer l'aide que voulait lui apporter ta mère, Harry", soupire l'interpellé, l'air terriblement inquiet maintenant. "Et il a refusé de me dire où il était !"
"On attend quoi ?", je craque.
"Eh bien, tu n'as pas de baguette, plus de miroir, et Archi a besoin de repos selon le médicomage", m'oppose mon frère - l'éternel raisonnable. "Je propose qu'on l'appelle et qu'on voie où il en est", il ajoute avant que je n'explose.
C'est toujours un frère. Il me prête même son miroir pour appeler Papa :
"Harry ?", répond Remus sans doute sans regarder - la sonnerie l'aura induit en erreur.
"C'est Cyrus", je corrige trop rassuré de l'entendre pour lui en vouloir.
"Ils t'ont trouvé !", il commente avec un soulagement énorme lui aussi.
"Ils nous ont trouvés, oui", je précise. "Archi va bien. Mais les sorciers de l'équipe se sont échappés."
"Évidemment", il commente sobrement.
"Et vous, vous êtes où ?", je questionne avec plus de vigueur. "Ginny est avec toi ?"
"Oui, elle est là, mais je ne peux pas t'en dire plus par miroir", il répond. "Retrouvons-nous à Poudlard. On arrive le plus vite possible !"
Il a raccroché avant que j'aie le temps de poser des questions supplémentaires.
oooNotesooo
Angélique Bosh
Détective de Scotland Yard, spécialiste en traitement d'images.
Michael Brookmyre
Détective en chef de Scotland Yard, cracmol chargé des relations entre le Ministère et la police moldue.
Kuno Teuffer (que Cyrus doit reconnaître)
Sorcier suisse, membre du XIC, étudiant en potions avec Drago.
Le suivant termine le week-end londonien avec Harry au récit sous le titre Des loyautés et des sangs de lune...
Puis-je faire un titre plus explicite ?
