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Tu as l'âge de tes cratères
O vielle lune
Sage-femme de l'univers
S'il en est une
Tu règnes sur le cours des mers
Et sur Neptune
Que caches-tu dans tes arrières?
Une fortune?

La tordue, la lune
(Oui, bon, encore la tordue... que voulez vous)

Calendrier vendredi 30 mars

XXIII. Harry. Des loyautés et des sangs de lune

Les Aurors nous accompagnent jusqu'à Poudlard, malgré nos efforts pour les convaincre que nous sommes capables de regagner le château seuls depuis Pré-au-lard.

"Ce sont les ordres", ils répètent à chaque fois. On laisse tomber.

A notre grande surprise - enfin, on n'est plus tellement capables de se sentir surpris, mais c'est quand même inhabituel - les portes du Parc sont solidement fermées. Les efforts des Aurors pour dépasser cet obstacle à l'accomplissement des ordres qu'ils ont reçus amènent l'apparition d'Hagrid, son arbalète à la main.

"Putain de comité d'accueil", commente Archibald.

Je crois que les Aurors pensent comme lui.

"Nous devons escorter ces messieurs à Poudlard", essaie d'imposer le plus gradé des deux.

"Monsieur le sous-directeur est en chemin pour les accueillir", répond Hagrid avec un ton qu'on connaît trop bien, Cyrus et moi : lui aussi, il a des ordres et il se ferait couper en morceaux plutôt que de ne pas les respecter. La loyauté à Poudlard n'a rien à envier au Ministère ou au corps d'élite des Aurors.

"Vous n'acceptez pas de nous laisser entrer ?", vérifie quand même le second.

"Non", confirme Hagrid, puis il ajoute pour nous : "Désolé les gars, mais le professeur Rogue ne va pas tarder."

"Pas de souci, Hagrid", je le rassure - ce qui me vaut un regard peu amène des Aurors. "On va prendre notre mal en patience..."

"Quelqu'un muni d'une baguette ne ferait pas apparaître un banc ?", confirme à sa façon mon petit frère.

Je m'exécute, je rajoute même le dossier demandé, et nous nous asseyons tous les trois. Archibald a l'air épuisé quand il pose sa tête sur l'épaule de mon frère. Les Aurors restent debout, jugeant sans doute indigne de leur statut de s'asseoir avec nous. Hagrid a l'air un peu embêté par ces développements, mais pas assez pour transiger. Je ne dois donc pas être le seul à être content d'entendre le bruit d'un carrosse de Poudlard sur le chemin. Severus en descend avec toute l'autorité naturelle qui le caractérise. J'ai l'impression que les deux Aurors se demandent brusquement s'ils avaient bien rendu leur dernier devoir de potions avant de quitter Poudlard.

"Messieurs", les salue sobrement Severus, une fois qu'il nous a rejoints. Hagrid a refermé la porte derrière lui.

"Nous devons escorter Harry et Cyrus Lupin ainsi que Archibald McLeish à Poudlard - ce sont les ordres du chef Paulsen", essaie le plus gradé.

"Eh bien, vous avez rempli votre mission", constate Severus - et dans sa bouche, ça a presque l'air d'un reproche.

"Nous devons les escorter au château", insiste le second.

"Le territoire de Poudlard n'est pas sous la juridiction du Ministère, je n'ai pas besoin de vous le rappeler", rétorque Severus. "De plus, le Directeur de Poudlard a spécifiquement indiqué avant de partir que la sécurité de l'école demandait d'interdire jusqu'à nouvel ordre toute entrée et sortie de l'enceinte - sauf autorisation spéciale. Je vais donc faire entrer vos trois protégés, puisqu'ils sont attendus ici, mais vous n'êtes pas autorisés à pénétrer dans l'école."

"Je me demande si vous interprétez correctement les ordres du professeur Lupin", s'échauffe le gradé.

"Rassurez-vous, ils sont absolument limpides", lui rétorque Severus sans un battement de cil. "Tellement précis qu'ils m'imposent de m'assurer que ces trois jeunes gens sont bien les personnes qu'ils prétendent être et que vous-mêmes n'avez pas usurpé l'identité des deux envoyés de la Division afin de pénétrer indûment dans cette école."

Je regarde Cyrus et je me dis qu'il pense comme moi - pour que Papa ait laissé des directives pareilles, il a découvert des choses - sans doute le traître. Et mon sang s'accélère.

"Mais comment comptez-vous vous assurez de notre identité ?", s'enquiert benoîtement le plus jeune des Aurors. Sans doute imagine-t-il qu'il faut être Auror pour avoir des opinions sur la sécurité ?

"Monsieur Giles - Aonghus Giles si ma mémoire est bonne - je me souviens que vous avez mis près de sept ans à réussir à maîtriser une des bases pourtant fondamentales de la potion. Il a fallu que je vous fasse copier 1000 fois la définition, pour que vous vous décidiez à les retenir... Il s'agit?"

"Émincer n'est pas tronçonner", murmure le Giles écarlate. J'ai un bref moment de sympathie pour lui. Et son supérieur est déjà inquiet.

"Je vois avec plaisir que cet exercice apparemment stupide fait une fois de plus la preuve de son utilité", commente Severus en regardant le suivant, les yeux plissés. "Dean Kentigern ?"

"Oui, quelle mémoire, professeur !", commente le gradé - sans doute considère-t-il d'un autre œil la voie de la flatterie.

"Malheureusement pour moi", répond Severus. "Vous avez même été préfet si je ne m'abuse ?"

"Tout à fait, Professeur", confirme Kentigern du bout des lèvres, l'air de se demander en quoi cela peut se retourner contre lui.

"C'est donc bien vous que j'avais surpris après le couvre-feu dans un passage normalement interdit aux élèves - en galante compagnie, je précise", commente Severus avec un sourire carnassier. "Comment s'appelait déjà cette jeune fille que vous aviez entrepris de dévoyer ?"

Archi réprime un rire, et Cyrus baisse la tête sans doute pour cacher son sourire. Je m'oblige à penser au poignet de Tiziano en sang après le Pacte pour ne pas succomber.

"Vera... Vera Rutendo", bredouille le malheureux "Elle est depuis devenue Madame Kentigern", il croit bon d'ajouter.

"Voici un heureux dénouement", commente Severus olympien. "Une très jolie jeune fille, dans mes souvenirs. Vous lui transmettrez mes meilleurs sentiments."

"Merci, Professeur", souffle Kentigern absolument pivoine.

"Vous êtes satisfait, Professeur Rogue ?", s'enquiert alors Hagrid avec des coups d'œil nerveux pour nous - je crois que pour lui, nous faire attendre davantage est impensable.

"Oui, reste nos jeunes aventuriers", annonce Severus en se tournant vers nous. On se lève - est-il besoin de le dire ? "Comme si j'avais l'âge de passer autant de temps en devinettes... Monsieur McLeish, comment aviez vous cherché à faire taire les fantômes de votre château ancestral ?"

"Heu, en faisant une potion d'effacement... - avec Cyrus... ça n'avais pas réellement fonctionné comme prévu", il se sent obligé d'ajouter.

"Ne revenons pas sur votre incompétence doublée de présomption et de chance insolente ! Il me semble que les circonstances commandent une certaine compassion au regard de vos épreuves récentes...", intervient Severus, avec un soupir pour bonne mesure. Il se tourne ensuite vers Cyrus qui se raidit un peu à côté de moi. "Il a fallu que quelqu'un me pousse pour que je me tourne vers l'enseignement de la Défense des forces du Mal plutôt que de l'art des potions... qui cela peut-il bien être ?"

"Moi ?", répond mon frère avec une sorte de sourire rassuré, alors que tout le monde - moi compris - le dévisage avec surprise. Tout ça remonte à l'époque où j'avais cru, une première fois, en avoir fini avec Voldemort... Sans doute n'avais-je pas trop réfléchi aux motivations de Severus quand il avait changé d'enseignement. Mais l'idée que Cyrus - lutin impétueux et insolent - ait pu le conseiller alors sur ses choix de carrière, était étonnante.

"Bien, il nous reste, Harry... Voyons, voyons, quelle question te poser ?", continue Severus avec ce masque d'indifférence devenu une seconde nature.

"On peut faire l'inverse si tu veux... Je peux te prouver que je suis Harry en te posant une question dont je serai l'un des seuls à connaître la réponse", je propose. Comme son silence me semble valoir acceptation, je continue : "Qu'y avait-il dans la lettre d'anniversaire que Cyrus et moi t'avons envoyé quand tu étais en séminaire de potions en Bulgarie ?"

"Des Chocogrenouilles", répond Severus avec une mine un peu déçue que je n'ai pas trouvé quelque chose de plus noble à lui demander. Pourtant personne n'ose commenter. "Nous allons donc aller au château - Monsieur le Directeur ne devrait pas tarder, lui aussi."

Kentigern a un geste pour intervenir quand nous passons la grille et que Hagrid referme la porte vers nous. Personne ne le regarde.

oo

"Ada va bien ?", je ne peux m'empêcher de demander à peine assis dans le carrosse - je me fiche du rire, moins étouffé cette fois, d'Archibald.

"Les jumeaux lui tiennent compagnie", indique Severus. "Ils lui ont fait visiter le château."

Je ne sais pas si je suis jaloux - je crois que j'avais imaginé guider Ada dans Poudlard, ou si je suis inquiet qu'elle se soit ennuyée avec les petits, ou si c'est le regard scrutateur de Severus qui me fait tourner la tête et regarder le parc défiler.

"Papa arrive ?", s'inquiète maintenant Cyrus.

"Oui", confirme Severus.

"Tu sais où il était ?," insiste mon frère.

"Je pense qu'il est le mieux placé pour raconter", commente sagement Severus même si ça fait soupirer mon petit frère.

Arriver en fin d'après-midi à Poudlard, alors que la plupart des élèves n'ont plus cours, c'est déjà prendre le risque d'attirer les regards. Arriver escortés par Severus, le jour même où est tombée une interdiction de sortie - et je me rappelle maintenant qu'on est à la veille du week-end -, je vous laisse imaginer... Bien sûr, la compagnie de Severus a aussi des avantages : personne ne vous dévisage bien longtemps - même le plus inconscient des Gryffondors. On laisse Radio Poudlard commenter de tout son saoul notre manque d'information donnée, en s'enfonçant rapidement dans le passage menant à l'aile des professeurs. Il n'y a que ça à faire.

Dès qu'on passe la porte, les jumeaux nous sautent dans les bras. Ada se relève, elle faisait un puzzle avec eux sur le tapis. Il ne lui faut que deux pas pour me prendre le bras et demander avec des yeux inquiets:

"Va bene, Harry ? Non sei ferito"

"Elle ne parle plus anglais", commente Iris avec un soupir.

"Du coup, on faisait un puzzle", ajoute Kane.

"Ok", je coupe court à leurs explications. Je prends juste le temps de sourire à mon amie avant de reposer le charme et de lui répondre : "Nous allons tous bien, ne t'inquiète pas : je te présente mon frère, Cyrus, et son ami, Archibald. Voici Aradia, elle préfère qu'on l'appelle Ada."

"Enchanté Ada", se lance Cyrus en lui prenant la main. Il me semble que son regard est plus scrutateur qu'il ne devrait, mais je décide que je dois lutter contre toute paranoïa - c'est normal qu'il soit curieux.

"Enchantée aussi, Harry parle beaucoup de son petit frère !", elle répond avec un léger rosissement des joues. "Et il faut que j'apprenne ce charme, Harry ! C'est terrible de ne pas pouvoir communiquer !"

"On fera ça", je promets.

Avant que j'aie eu le temps d'en dire plus, Papa et Ginny entrent dans la pièce, et Cyrus se précipite vers eux comme si ce n'était pas lui qui venait de se faire enlever mais bien le contraire.

"Mais vous étiez où !?", il clame même en prenant Ginny dans ses bras. "Quand on m'a dit que vous étiez partis tous les deux à l'aventure, j'étais fou d'inquiétude !"

"Vraiment ?", s'enquiert Papa avec un rire qui ressemble à un exorcisme.

"Mãe est furieuse, tu sais", ajoute mon frère visiblement imperméable à l'ironie de la situation.

"J'imagine", lui répond sobrement Papa. "Mais si je respecte sa position légaliste, je n'allais pas laisser Ginny se rendre seule au rendez-vous de Drago - parce que, malgré tes accusations, je pense à la sécurité de tout le monde !"

"Ta vision de la sécurité n'imposait pas de se méfier de Drago ?", s'enquiert Cyrus assez agressif.

"Au point d'attendre une éventuelle escouade d'Aurors pour aller à son rendez-vous ?"

"Sans doute pas", reconnaît mon frère avec une grimace.

"Comprends-moi bien, Cyrus, ce n'est pas un reproche. Ou alors il vaut autant pour moi que pour toi. Nous ne sommes pas des gens qui attendent tant qu'ils peuvent agir... et rencontrer Drago était mieux que d'attendre..."

"Et il vous a dit quoi ?", j'interviens parce que je les sens en train de glisser dans une de leurs conversations comme quoi ils diffèrent sur les moyens plus que sur les fins ; s'adorent, se ressemblent mais s'opposent ; s'agacent mais se pardonnent toujours... Je les connais toutes un peu trop !

Le regard de Papa se pose alors sur les jumeaux, restés prudemment derrière nous, je me rends alors compte. Ils protestent immédiatement.

"Non, non, on ne s'en ira pas !", clame Iris.

"Toujours quand c'est intéressant !", la soutient son jumeau.

Papa détourne les yeux avec cet infime raidissement de la mâchoire que je sais une invitation à garder son calme. Je regarde Cyrus qui grimace comme à chaque fois que les deux partis nous semblent si compréhensibles qu'on déteste être, par droit, du côté des adultes.

"Même si je vous donne une mission ultra-importante ?", essaie Papa. Faut lui reconnaître ça : même épuisé, il essaie généralement d'éviter l'opposition frontale.

"Comme faire un gâteau pour ce soir ?", ironise Iris, plus défiante et excédée que stratège pour une fois.

"Comme préparer la chambre de Harry et Ada avec Linky", répond Papa.

Ça prend tout le monde par surprise. Ce coup-ci, on échange un sourire optimiste avec Cyrus.

"Mais, Harry a une chambre !", remarque Kane.

"Il va la prêter à Archibald", explique Papa. "Et puis, c'est comme Cyrus et Ginny, il leur faut une chambre d'amoureux !"

Oui, je rougis, que voulez-vous, mais Ada a l'air plus positivement surprise que gênée.

"Ils sont fiancés ?", vérifie Iris.

"Ça n'est pas important", contre Papa.

"Ils vont avoir des bébés ?", veut savoir mon filleul.

"Ça ne te regarde pas", répond fermement Papa - Merci, Merlin !

"Mais moi, je voudrais bien qu'ils aient des enfants ! On aurait des gens pour jouer avec nous !", développe mon petit-frère.

Cyrus, qui est le plus près, le décolle du sol :
"Hé microbe, tu te plaindras peut-être quand tes petits neveux foutront le bazar dans ton train ou tes précieuses figurines ! Et, tu sais qu'on est toujours d'accord pour jouer avec vous - regarde, même Ada qui ne vous connaît même pas ! Si vous lui faisiez une chambre de princesse pour la remercier ?"

"C'est nul, les princesses", proteste pour la forme mon petit frère, mais il n'a plus l'air aussi remonté.

"On y va ?", questionne même Iris, en prenant la main de Linky apparue entre temps à la demande de Papa.

"Elle doit s'intéresser davantage à la décoration qu'à la pâtisserie", je souris.

"J'ai hâte de voir les dragons qu'ils vont vous coller sur les murs", commente Cyrus, et on rit tous autant qu'on est.

ooo

"Drago voulait te voir, Cyrus. Il m'a appelé moi parce que tu ne répondais pas à ses appels", explique Ginny, quand tous les adultes officiels se sont installés dans le salon, une bulle de silence autour de nous pour bonne mesure. Severus s'est même joint à nous.

"C'est ce qu'il te dit", maugrée Cyrus, sombrement.

"Eh bien, s'il savait que tu venais d'être enlevé, il le cachait bien", répond Gin, agacée. "Je peux comprendre que tu te méfies de tout le monde, mais Drago était plus inquiet que manipulateur - et moi aussi, je le connais depuis l'enfance !"

Leurs deux regards sont plongés l'un dans l'autre, reflets du même mélange de défiance, d'amour, d'inquiétude et d'intransigeance qui fait leur relation, et ils nous ont oubliés.

"Drago est notre cousin", j'explique mezzo vocce à Ada. "Mais on a des rapports un peu compliqués avec lui..."

"Cyrus, Drago a volontairement partagé avec nous ses soupçons", intervient Papa, avec précaution.

"Et pourquoi avec vous et non avec la Division ?", enquête immédiatement Cyrus.

"Parce que le traître est pour lui un des enquêteurs", lui répond Ginny.

"Un des enquêteurs ?", relève Severus assez simplement, et je lui en suis gré. Mãe ? Carley ? Ron ? - j'aurais été sans doute inutilement agressif dans ma question.

"Un des enquêteurs moldus, un des hommes, mais il ne sait pas lequel", répond ma future belle-soeur.

"Il a des preuves ? Il est où d'abord ?", questionne Cyrus toujours extrêmement défiant.

"Il est chez les Greengrass : ils donnent un dîner pour sa sortie d'hôpital, il ne pouvait pas ne pas y aller", explique Papa. "Mais il est terrifié, Cyrus, terrifié qu'on s'en reprenne à lui, à Androméda et Ted, aux Greengrass ou à nous à cause de..."

"Moi ?", propose Cyrus venimeux.

"De votre enquête", corrige Papa. "Vous êtes tombés sur un gros poisson, ça je ne peux pas donner tort à Dora ! Et c'est bien qu'il les prenne au sérieux !"

"On ne sait toujours pas pourquoi il soupçonne les enquêteurs moldus", maugrée mon frère dans ce qui ressemble à un baroud d'honneur.

"Quand il a fait, à ta demande, de l'entrisme chez Hermosa McNair...", commence Ginny.

"Pas de ma faute si Narcissa en aurait fait sa belle-fille !", crache Cyrus, toujours aussi mauvais quand il se pense en tort.

"...il a entendu plusieurs conversations autour de la police moldue qui était facile à manipuler", termine Ginny absolument pas impressionnée par les sorties de son fiancé.

"Hermosa McNair lui a dit ça ?", enquête maintenant Archi; l'air franchement étonné.

"Non, mais il a entendu des discussions entre elle et Vassili", rapporte Gin.

"Ça ne suffit pas à incriminer les enquêteurs", remarque calmement Severus.

"Mais il y a plus. Deux choses", répond Papa avec un regard pour Ginny comme pour lui demander sa confirmation. "Il a été attaqué par derrière, comme toi Cyrus - dans le passage au fond de la cave de son immeuble d'où il transplane régulièrement. Il n'a rien vu ou rien entendu."

"Un Moldu l'a trouvé plusieurs heures plus tard", ajoute Ginny, l'air triste.

"Il n'est sorti du coma juste hier matin, et seules les personnes les plus proches de l'enquête le savaient", reprend Papa. "Or, à peine deux heures plus tard, Hermosa a appelé sur son miroir, heureuse qu'il aille mieux après son "malencontreux" accident dans sa cave.."

"Ça dit juste qu'il y a un traître parmi les enquêteurs, pas que c'est un Moldu", commente Cyrus et je ne peux pas lui donner tort, même si j'ai un instant de sympathie pour mon cousin. J'imagine combien il a dû se sentir seul et menacé.

"Mais en fait personne ne savait réellement pour sa cave", intervient Ginny. "Je veux dire personne de l'enquête sorcière - on a vérifié auprès de Ron par miroir. Sur le rapport sorcier, copié du rapport moldu, il a été trouvé chez lui. Or c'est faux!"

"Ginny et moi, nous sommes mêmes allés interroger le fameux voisin moldu qui a répété qu'il avait trouvé Drago dans la cave, tout au fond. Lui-même était descendu parce qu'il attendait une livraison de vins de France et qu'il voulait faire de la place...", explique Papa, et je comprends qu'ils ont été bien occupés pendant qu'on cherchait Cyrus dans les sous-sols de Heathrow.

"Il a entendu un gémissement et a cru à un chat coincé", ajoute Gin.

"Et c'était Drago", je conclus pour eux. Ada, à côté de moi, frissonne.

"Quand il est sorti, Drago est allé chez Andromeda et Ted en attendant la réunion. Il les a enjoints à replacer toutes les protections possibles sur leur maison", reprend Papa - et à sa narration décousue, je sens combien il tient à nous convaincre que Drago est innocent. "Il a reçu un message mystérieux - comme toi, Cyrus - lui disant qu'il valait mieux pour lui qu'il ait compris la leçon..."

"Ça faisait deux menaces dans la même journée", remarque Archibald, avec un air appréciateur.

"Il voulait t'en parler, mais tu ne l'as pas laissé le faire", ajoute Papa à l'intention de Cyrus qui hausse les épaules.

"Archi passait d'abord", il affirme avant d'ajouter avec une pointe de gêne. "Pour être tout à fait franc, je l'ai presque soupçonné d'être le traître"

"Il l'a bien compris", lui confirme Ginny avec une pointe de rire dans la voix.

"Vraiment ?", s'inquiète maintenant mon frère.

"Il a bien compris pourquoi", lui assure Papa.

"Mais comment savait-il que sans doute on me faisait chanter ?", reprend Cyrus après une minute de réflexion. Il a du mal à abandonner ses soupçons, pas de doute.

"Il l'a deviné parce qu'il est lui-même menacé et que c'est sa plus grande peur", répond Severus sur le ton de l'évidence.

"Et comment fait-on pour empêcher que les craintes de Drago se réalisent ?", j'interviens en me penchant en avant pour bonne mesure. Il me semble que le temps de l'action est venu.

"Je ne crois pas qu'ils oseraient s'en prendre à Greengrass, c'est tout de même le responsable du Commerce et de l'Industrie", estime Ginny.

"Ils préféreraient pouvoir le faire chanter en impliquant leur futur gendre dans le trafic", juge Severus.

"Ils voulaient à toute force me recruter", avoue alors Cyrus. "M'envoyer au Brésil organiser leur approvisionnement en plantes et en recettes." On le regarde tous avec des yeux trop ronds pour qu'il ne rougisse pas - Ada a même réprimé un léger cri. "Qu'est-ce que vous vouliez que je fasse? C'était ma vie et celle d'Archi contre ma promesse de les aider !"

"S'ils ont une preuve de ton accord, tout cela n'est pas fini", soupire Papa.

"Faut prévenir Mãe", je décide - parce que le potentiel politique et policier de toute l'affaire me semble tout sauf désamorcé.

"Je m'en occupe", déclare Papa en se levant.

"Les Miroirs ne sont pas une bonne idée", ajoute Cyrus. "Et elle doit être entourée de policiers moldus !"

"Il existe d'autres moyens moins modernes, moins connus et plus sûrs", rétorque Papa en s'éloignant vers son bureau.

"Espérons que ces moyens sont aussi capables de couper court aux disputes de couple", je ne peux m'empêcher d'ajouter quand la porte s'est refermée sur lui.

"Un bon Auror s'intéresse plus aux informations qu'on lui amène qu'à son orgueil", juge alors Cyrus sentencieux comme il sait l'être.

"Et puis votre père est connu pour sa diplomatie", ajoute Ginny.

"Quel dommage que je puisse rien écrire sur tout ça !", soupire alors Archi avec un vrai regret dans la voix qui nous fait sourire, "ça ferait un article du tonnerre !"

"Comme j'aimerais que nous n'ayons pas la mauvaise surprise de voir que quelqu'un ait écrit sur tout cela avant vous Monsieur McLeish", le tempère Severus. Et je n'ai plus envie de sourire.

ooo

Papa sort du bureau moins de vingt minutes plus tard. Il dit que Mãe arrive dès qu'elle peut et que lui même doit aller dîner dans la Grande Salle, afin de faire baisser d'un cran les rumeurs.

"Quelles rumeurs ?", veut savoir Ada.

"Avec Cyrus, on appelle ça Radio Poudlard... Et la famille Lupin est une de ses sujets préférés", je raconte.

"Et là, avec toutes les allées et venues, la Radio doit exploser !", renchérit Ginny.

"Surtout qu'en plus des figurants habituels, on a le retour de Malvin-le-repoussant et une nouvelle tête", s'amuse Cyrus.

"Archi écrit des histoires sous le nom de Malvin et...", je commence à expliquer à Ada.

"Et je suis la nouvelle tête", elle complète sans acrimonie particulière. Je lui embrasse furtivement la main.

"On leur montre, Gin ?", se moque alors Cyrus en enlaçant sa fiancée.

"Arrêtez immédiatement !", je proteste.

"Harry, Ada, on a fini !", déboulent alors les jumeaux dans la pièce.

"Pas devant les enfants, Ginny", lance Cyrus.

"Si j'ai des dragons sur mon mur, on change de chambre", je riposte.

Devant l'air sidéré d'Ada, Ginny lui prend la main avec un grand sourire. "Oui, ils sont quasiment tout le temps comme ça !", indique la petite sœur de Ron.

On se rend tous les sept dans la nouvelle chambre, contiguë de celle de Cyrus et Ginny. Finalement, on est plus dans le style drapé et baldaquin que Dragon et chevalier - ouf. C'est très coloré et brillant. Ça ressemble à Poudlard et aux jumeaux. Et Ada adore tout de suite. Elle reste scotchée par le calendrier lunaire perpétuel placé au dessus du lit.

"Pourquoi ?", elle questionne d'une voix perplexe. Elle semble regretter tout de suite après.

"Parce qu'on est des sangs de lune, les enfants de Papa", explique Kane l'air important.

"Toi et Iris, mais pas moi", je corrige, un peu machinalement.

"Par adoption", décide mon petit frère après un instant de réflexion. "Ton patronus et ton animagus sont des loups à cause de Papa... c'est toi qui me l'as dit !"

"Ok", j'accepte en me disant que trop de théorie magique serait malvenue.

"Laissez-les donc s'installer ! Venez, on va voir avec Linky ce qu'on peut manger", décide Cyrus en tirant quasiment les petits hors de la chambre.

"Ton patronus et ton animagus ?", relève Ada.

"Oui", je confirme sans trop oser la regarder.

"Le loup est pour toi une sécurité ?", elle insiste.

"Je sais, ce n'est pas courant", je reconnais dans un souffle. Puis je pense à Cyrus, et j'amende : "Ce n'est pas l'image exacte de mon père, mais... je suis un enfant adopté, Ada, alors oui, le loup est ma plus grande sécurité !"

Cette fois, je la regarde. Ses yeux bleus brillent étonnamment dans la pénombre avant qu'elle se détourne pour regarder de nouveaux le calendrier lunaire.
"Ils connaissent le cycle par coeur", elle remarque.

"Il rythme notre vie de famille", je confirme. "Remus aime dire qu'il est le seul de notre famille à craindre réellement la lune..."

"La lune", répète Ada avec une pointe de nostalgie dans la voix.

Je me dis que c'est maintenant. Peut-être est-ce bizarre quand on pense à l'enquête ou à notre affrontement de l'après-midi avec ces mystérieux gars du XIC. Mais c'est le moment où jamais pour essayer d'aller plus loin. Peut-être pas parler de son père, non, mais... avancer.

"Ada", je commence, sans trop savoir comment je vais formuler ça. "Ada, un jour j'aimerais rencontrer tes amis lycanthropes..." Elle se fige, livide, presque statufiée, et j'ajoute le coeur battant : "A moins que je n'en connaisse déjà une, voir deux..."

"Deux ?", elle répète d'une voix sans timbre.

"Je n'ai pas beaucoup plus qu'une prémonition", je lui concède. "Ça ne fait pas un mois qu'on se connaît, je ne les ai pas vus avant et après la pleine lune mais... j'avoue que je pense que Fiametta et Vico sont des garous."

Elle hoche la tête avant de répondre.

"Comme ça, parce que je t'ai dit que j'avais des amis garous, ou bien...?", elle questionne lentement.

"Fiametta entend trop de choses de trop loin, et elle a une chevelure particulièrement abondante", je relève. "J'imagine qu'elle a, par son métier, accès aux potions nécessaires pour ne pas avoir un visage et un corps trop marqués... J'ai déjà vu des gens tellement détruits physiquement par leur lycanthropie, si tu savais !"

"A la Fondation de ton père", commente gravement Ada.

J'opine. Un peu comme je m'étais dit qu'on avait le même type d'humour, je me dis qu'on a les mêmes expériences.

"Et Vico ?", elle questionne encore.

"Je le connais beaucoup moins... - il est peut-être simplement timide et méfiant, mais... je le sens comme possible... Mais je reconnais que je ne me serais peut-être pas posé la question si tu n'en avais pas parlé la première", je souffle et puis je sais que c'est faux. "Non, je crois que j'y aurais pensé au bout d'un moment..."

"Vraiment ?", elle sourit.

"Je crois", j'estime.

On se regarde longuement, toujours devant le calendrier lunaire sorti de l'imagination de mon frère et ma sœur. J'ose poser une main sur sa taille, glisser dans son dos, l'attirer vers moi. Elle se laisse d'abord faire, je savoure déjà l'idée même que je vais l'embrasser quand je la sens se raidir. La seconde d'après, Kane ouvre brutalement la porte, en clamant : "Harry, Ada, faut venir manger !"

oooo

Notes
Aonghus Giles - Auror assez vieux pour avoir eu Severus en potions. Aonghus est un dieu irlandais de la jeunesse et Giles voudrait dire jeune chèvre.. on va dire que ça s'équilibre !

Dean Kentigern - Auror assez vieux pour avoir eu Severus en potions. Dean et Kentigern veulent dire chef d'une manière ou d'une autre... Ouais, je me suis pas cassée.. puisqu'il est le chef de cette petite expédition !

Vera Rutendo Kentigern - femme de Dean Kentigern. Son nom veut dire foi. Elle est originaire d'Afrique du Sud - même si ça ne sert à rien.

Le prochain arrive à nous parler du samedi aussi...Confié à Cyrus, il s'intitule Des choses publiques et des jardins secrets... On va y recroiser la question de la lune, je crois...