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Je ne serais pas mécontent que se pendent à mon cou
Quelques félicitations, un peu de gloire et bonne presse
Soan, Emily

Dimanche 1er avril, lundi 2 avril
XXVI Cyrus. Des provocations utiles et des pièges à double détente

"Comme ça, toutes les pleines lunes, il va être à Genève", je remarque quand Papa revient d'avoir raccompagné Harry et Ada à la porte d'entrée.

Je coupe ainsi la narration dans le détail de sa détention par Archibald au profit de Grand-père qui lui a posé la question. Je sais que j'aurais pu attendre mais toute la journée j'ai dû m'empêcher de mettre mon soi-disant sage grand-frère face à ses propres contradictions.

"C'est aussi ce que j'ai compris", commente sobrement Papa, avec l'air de vouloir nous faire croire que tout ça ne le remue pas autant que moi. A d'autres.

"Pas avec elle", je souligne. Parce que la lycanthropie d'Ada ne me gêne pas autant que le silence hypocrite de Harry - et la seule explication alternative est pire encore, selon moi.

Papa soupire avant de me faire face.
"Cyrus, elle a vécu des pleines lunes sans lui avant... Elle a l'air en assez bonne santé, je pense qu'elle a accès à toutes les potions dont elle a besoin", il finit par développer.

Archibald est bien le seul à laisser une petite exclamation de surprise devant la confirmation de la "condition lycanthropique" de la demoiselle italienne. Ginny partage mes soupçons depuis le début, et Grand-père n'est jamais totalement étonné. Ils échangent d'ailleurs avec Papa silencieusement sur le sujet jusqu'à ce que je me risque à la seule vraie question :

"Tu penses qu'il sait ?"

"Harry ?" J'acquiesce silencieusement sans arrêter de le regarder. Papa a un sourire rapide quand il se rend compte que j'utilise son propre stratagème contre lui. "Et si je te disais que ça ne te regarde pas, Cyrus ? Leur relation leur appartient..."

"Quand même...", j'essaie.

"Cyrus, il n'est pas tombé amoureux d'elle pour me faire plaisir", il insiste. "Et... mes inquiétudes actuelles sur sa sécurité n'ont rien à voir avec Ada..."

"Elle a l'air très amoureuse de lui", estime alors Ginny, l'air pensive.

"Il ne peut pas ne pas savoir", je raisonne - parce que la sécurité de Harry n'est pas un vrai sujet selon moi. "Ça se voit comme le nez au milieu de la figure ! Il croit qu'on est aveugles ?"

"Ah ? Comment ça ?", s'intéresse Archibald, plutôt vexé, je le vois, de ne pas avoir deviné seul.

"Ses vêtements amples et couvrants... sa réaction au dessin des cycles lunaires des jumeaux, aux enfants ici tout à l'heure... Les cicatrices sur son cou... Je sais, moi !", je réponds rapidement. Il y a aussi tant de choses de l'ordre du ressenti et puis je ne vais pas faire un cours sur la lycanthropie, pas ici.

"Remus", intervient alors Ginny, "pour un garou, c'est évident ? Je veux dire, tu as su immédiatement en la voyant ?"

"Il serait plus juste de dire que j'en ai été sûr du moment que j'ai été assez prêt d'elle pour sentir son odeur", répond simplement Papa, le regard droit et stable.

"Donc, Thaddeus, Michael, les enfants, ils savent ?", elle continue.

"Je suis relativement convaincu que les deux premiers le savent... Pour les enfants, tout dépend de l'attention qu'ils lui ont portée ; elle était loin d'être le seul lycanthrope dans la pièce ou la seule attraction..."

"Est-ce que tu as l'impression qu'elle se cache ?", je questionne à mon tour.

"Un garou se cache toujours", rétorque Papa. Je hausse les yeux au ciel ; Grand-père toussote et Papa cède. "Disons qu'on aurait pu s'attendre à ce qu'elle se croit autorisée à plus de simplicité", il confirme.

"Donc Harry ne sait pas", je reviens à ma conclusion antérieure. Et l'aveuglement de mon frère est mon seul vrai problème en fait.

"Ou il ne veut pas voir", estime Ginny.

"Et je répète que ce n'est pas vos affaires", assène Papa.

"Tu penses qu'on doit le laisser dans le noir ?", je m'insurge.

"Il a toutes les clés nécessaires pour savoir s'il le souhaite", répond Remus. "C'est leur histoire..."

"Tu ne veux pas dénoncer un garou, c'est ça ?", je crois soudain comprendre. "Même à ton propre fils ?"

Je saisis trop tard que je suis allé trop loin. Merlin, j'ai pourtant fait des progrès, non ? Mais là, le regard est froid et les mains raides, j'ai réussi à le rendre aussi souple et bienveillant qu'une banquise en hiver. Ginny a l'air désolée et Grand-père déçu.

"On dénonce les gens coupables de quelque chose, Cyrus", finit par balancer Remus en se levant pour aller à la fenêtre et regarder dehors. "J'imagine que vous allez rentrer à Poudlard avant la nuit?"

Ce n'est pas une question - même Archi pourrait le parier.

"Tu sais que tu es injuste ?", je commente en me levant à mon tour.

"Voilà qui me parait venir d'un expert", il grince avec un rire sans joie. Je m'enfonce. Ça doit être la débâcle.

"Tu crois que Archi peut rentrer chez lui ?", j'essaie encore - je sais, je ferais mieux de m'excuser mais ça ne me vient pas.

"Je serais vous, je vérifierais auprès de la Division", il répond sèchement.

"On le fera", affirme Ginny en prenant l'initiative de nous sortir tous du bureau avant un cataclysme.

"Cyrus, je serais content de te parler quand tu auras le temps", lance alors Grand-père - on est presque dehors. "Avant que tu ne partes au Brésil..."

"Bien sûr", je réponds au hasard - encore sous le coup de ce dérapage que je n'ai pas vu venir.

"Merlin, Cyrus, tu joues à quoi ?", m'engueule Ginny dehors. Sans doute sous-estime-t-elle l'audition des garous.

"Comment peut-il prendre ça comme ça ?", je réponds donc - plus pour mon père que pour elle.

"Comment peux-tu l'accuser de faire passer la lycanthropie avant ses enfants ?", elle m'oppose.

"J'ai pas dit ça", je soupire.

"Dommage, parce que ça y ressemblait", elle assène.

La vérité de son jugement me secoue comme une claque. Je manque de retourner dans le bureau et crever l'abcès, mais Gin me retient :

"Il te pardonnera, et tu le sais, quand vous serez tous les deux plus calmes - et puis tu as un cours à préparer, je te rappelle !"

Archi a une moue ironique en me regardant mais, heureusement pour lui, ne fait aucun commentaire.

oo

On rentre très silencieusement tous les trois, chacun dans ses pensées. Je n'arrive pas à totalement me distancier de ce sentiment que je ne comprends ni Harry ni Remus dans leur double aveuglement. Je ne sais pas à quoi pense Gin ou Archi - sans doute à mon incapacité à grandir. Ou à leurs propres problèmes peut-être.

Sans doute même plutôt à ça, de fait. A peine arrivé, suivant les conseils de mon père, Archibald appelle la Division depuis la cheminée de l'appartement à Poudlard. Mãe n'est pas là, mais Carley lui conseille de rester encore quelques jours là où il est.

"Pas grave, je sens que j'ai de quoi écrire deux ou trois épisodes de mon feuilleton", il commente après et il va même jusqu'à se mettre immédiatement au travail.

Une fois qu'il a disparu dans notre chambre à Harry et moi, Ginny prend la poudre de cheminette d'un air résolu et appelle Drusus Arden, son entraîneur, chez lui.

"C'est Ginny", elle annonce quand on voit sa tête apparaître dans les flammes.

"Ginny, mais où avais-tu donc disparu !", s'écrie l'homme l'air sincèrement content de la voir.

"Je me suis occupée de Cyrus", elle répond du tac au tac. "Et puis, j'ai réfléchi..."

"Réfléchi", répète Arden avec précaution, et je ne peux pas lui donner tort.

"Je démissionne", elle confirme.

"Ginny, prends ton temps, tu peux prendre tout le temps que tu veux, je suis désolé de ne pas avoir compris l'ampleur de...", s'empresse de proposer Arden.

" C'est au-delà de l'agression de Cyrus", elle le coupe. "Je me suis rendue compte que le Quidditch n'était pas ma voie, pas à ce niveau-là. Il y a des dizaines de filles qui n'attendent que leur chance de tout donner pour leur équipe... Moi, j'ai d'autres priorités. Rien ne pourra changer ça, Drusus..."

J'écoute rigide et intimidé. Est-ce que je pourrais jamais avoir la moitié de sa décision et de son courage, je me demande, ému. Est-ce que je saurais être aussi adulte qu'elle ?

"Ginny, j'espère que tu ne regretteras pas", il finit par soupirer. Et je pense tellement comme lui que c'en est douloureux.

"Si j'ai autant attendu, c'est que je voulais en être sûre", elle constate.

Le feu craque plusieurs fois avant que l'un des deux ne reprenne la parole. C'est l'entraîneur.
"Tu veux faire ça comment, Ginny ?"

"Pardon ?"

"Démissionner ne suffit pas, tu t'en rends compte ! On reçoit chaque jour un sac de lettres de fans qui veulent savoir où tu es, quand tu reviens... Nous ne pouvons que rendre la chose publique", il explique.

"Tu veux que je tienne une conférence de presse ?", s'affole Ginny, pour la première fois depuis le début de la conversation.

"On peut essayer une longue interview - mais, pour le club, une conférence de presse serait mieux", estime Drusus Arden sur un ton raisonnable qui me fait penser qu'il avait sans doute davantage anticipé la décision de Gin qu'il l'a montré au début de leur conversation. "On la tiendrait ici et on pourrait affirmer qu'on ne se quitte pas fâchés, tu comprends, Ginny ?"

Pour la première fois, Gin me cherche des yeux comme on cherche un appui. Comment lui dire que sa décision sera la mienne ? Je soutiens simplement son regard et ça semble marché.

"Il faut que j'y réfléchisse", elle essaie d'une voix plus ferme.

"Est-ce que tu accepterais de venir en discuter ? Avec la direction du Club - tu peux te faire accompagner, bien sûr", il ajoute comme s'il craignait qu'elle n'envisage un traquenard.

"Je dois...", elle commence, cherchant visiblement un échappatoire, puis je sens la décision revenir : "Quand ?"

"Je dois demander leur disponibilité... Je peux te rappeler ?"

"Je suis chez mes beaux-parents, à Poudlard", elle indique.

"C'était donc là que tu te cachais !", laisse échapper Arden.

"Si je trouve des journalistes devant les grilles demain matin, il n'y a plus de rencontre ou de conférences de presse", prévient immédiatement Ginny. Et l'homme blêmit devant sa propre cheminée.

"Ginny, comment peux-tu croire... ?"

"Je m'entraîne au pire", elle répond sereinement. "J'attends ta proposition, Drusus."

Et elle met fin à la discussion.

"Tu n'as pas été très gentille avec lui", je remarque du fond de la pièce. Ce n'est pas un reproche, je suis extrêmement fier de sa décision et de son intransigeance. Mais je sais le prix de la non-diplomatie.

"Pas envie", elle répond en se relevant de devant le feu.

"Tu voudras que je vienne ?", je questionne.

"Si tu veux", elle accepte doucement.

"Tu n'as pas peur que je fasse tout merder ?", je souffle.

"J'ose imaginer que tu ne traînes pas le même besoin de reconnaissance envers eux qu'envers ton père", elle soupire.

"Tu crois que je dépasserai ça un jour ?", je la presse - parce que Ginny est mon double.

"Aucune idée", elle répond avec tellement de sincérité qu'on explose d'un rire nerveux tous les deux.

ooo

Je reste debout jusqu'au retour de Remus parce que je n'envisage pas d'aller dormir ou de le laisser veiller sans avoir ramené nos relations à plus de normalité. Il rentre suffisamment tard pour que je sois sûr qu'il a espéré que je disparaisse de sa vie.
Je sais, j'exagère.
La preuve ? Il m'appelle sur mon miroir depuis le carrosse qui le ramène avec les jumeaux de Pré-au-Lard pour me demander mon aide - "si je ne suis pas couché". Je suis en bas quand le carrosse se range devant les escaliers. Je prends Kane dans les bras, Papa se charge d'Iris. On n'échange pas beaucoup de paroles jusqu'à ce qu'ils soient chacun dans leur lit.

"Une bière ?", propose alors Papa.

Je ne connais personne qui fasse aussi systématiquement le premier pas.

"Même une tisane si tu veux", je réponds donc avec sincérité.

J'obtiens la moitié d'un sourire - ce qui est sans doute plus que je n'en mérite.
On s'assoit donc dans le salon avec deux bières - aussi silencieux l'un que l'autre pendant un bon moment.

"Tu sais, Cyrus, quand j'ai rencontré Ada à Venise, je me suis posée les mêmes questions que toi : Harry, sait-il ? Attend-il que nous découvrions tout seuls ?", il me révèle, et l'information me surprend tellement que je vais embrayer sur le duplicité de mon grand frère, mais Papa me fait signe d'attendre. "Et puis j'ai trouvé beau qu'avec toutes les informations dont il dispose, il choisisse de voir la femme là où d'autres verraient la louve...", il élabore. "Si je n'avais pas autant confiance en son Animagus peut-être trouverais-je la situation intolérable, mais intervenir, le prévenir, serait aussi douter des sentiments et de la volonté de bien faire avec cette jeune femme... Je suppose qu'elle aurait à coeur de le protéger... Tu me trouves trop optimiste ?"

Je prends mon temps pour répondre, convaincu qu'il faut bien analyser les termes posés par Remus pour avoir une chance de ne pas répondre n'importe quoi.

"Je crois que moi, je m'interroge sur leur relation", je commence donc - écartant prudemment l'idée que je puisse juger de son optimisme ou de son expertise dans tout ça. "Qu'elle ne lui dise pas qu'elle est une garou le premier soir, je le comprends aisément. Qu'elle ne le fasse pas quand elle en sait assez sur lui pour ne pas avoir de doute sur..."

"Comment peut-elle en être sûre, Cyrus ?", il me presse.

"Harry refuserait une louve ?"

"Tu n'en sais rien, Cyrus, tu ne sais pas comment il réagirait", il estime. "On ne sait jamais comment les gens vont réagir... Je le vois chaque jour à la Fondation."

"Tu parles de Harry !", je m'agace de nouveau.

"Il n'a rien contre les garous, je le sais, mais serait-il prêt à construire sa vie avec une ?"

"Comme si la question était là, s'il l'aimait, je suis sûr que oui !", je lui oppose avant de me rendre compte qu'il m'a amené par provocations exactement là où il voulait.

"Donc, c'est un jeune couple comme un autre, avec sa propre alchimie, ses propres besoins de transparence et de mystère", il triomphe - modestement, mais il triomphe. "Tant qu'aucun des deux ne souffre ou n'est en danger, je ne me donne pas le droit d'intervenir. Pas parce qu'elle est une louve, mais parce que leur relation est jeune et balbutiante et que toute intervention est malvenue, selon moi..."

"Ok", je souffle surtout pour m'excuser de mon raccourci de l'après-midi.

On boit chacun une longue gorgée de bière avant que je ne reprenne :
"Mais la pleine lune aurait dû faire tomber les masques, non ? Elle aurait bien été obligée de trouver une explication... ça l'arrange bien qu'il parte à cette période-là !"

"Sans doute", il reconnaît facilement. "Mais tes souvenirs devraient t'aider à savoir que les proches finissent toujours par démonter les mensonges, les plus élaborés soient-ils..."

"Tu sais que ça fascinait Sirius, ta transformation, plus que James ?", je lui livre sur une impulsion venue de très profond.

"Bien sûr", il confirme avec un sourire rapide.

Il n'a pas besoin de Sirius ce soir. C'est entre son fils et lui. Et ça me va comme ça.

"Je ne sais pas si je saurais me taire longtemps", je finis par avouer.

Ça le fait carrément rigoler.

"Je n'ai même jamais envisagé te le demander !", il annonce.

"Ça fait plaisir", je bougonne pour la forme.

"Promets-moi juste de ne pas le faire par miroir ou par lettre", il reprend plus sérieux. "Si votre conversation en vient jamais là, j'aimerais qu'il..."

"... puisse me casser la gueule ?"

"Que tu puisses lui tenir la main après", il propose sans me quitter les yeux.

Voilà, il pense à Harry avant tout, remarque ce fond sage en moi qui manque souvent de coffre pour se faire entendre.

"Je promets."

"Tu vas aller le voir ?", il questionne juste après.

"Tiens, aurais-je récupéré ma capacité de mouvement ?", j'essaie de me retrouver une contenance.

"Je n'envisage pas que tu restes éternellement ici... Il va bien falloir qu'Archi, Ginny et toi, vous repreniez votre vie !"

"Faudrait en parler au Lieutenant Lupin", je continue de plaisanter, mais je suis bien content qu'il soit dans cet état d'esprit.

"Dès qu'on la verra", il promet à son tour.

Et il ne nous reste qu'à finir nos bières.

ooo

Le lieutenant est là pour le petit-déjeuner.

"Et Ron ?", je demande pour Gin et moi, je le sais.

"En surveillance", elle répond cryptiquement

"Waterman ? Vassili ? Teuffer ? Hermosa ?", je balance.

"Brookmyre", elle corrige.

"Carrément. Le petit Ron ?"

"En tandem avec Carley - faut bien apprendre..."
Elle ponctue l'information d'un petit haussement d'épaules qu'on aurait tort de prendre pour de la désinvolture.

"Tu lui fais confiance", je conclus.

"Un peu", elle reconnaît presque gênée.

"Peut-on demander si ça avance ?", je continue - ça fait sourire Papa.

"Cyrus, c'est plus une course de vitesse qu'une progression régulière", me répond Mae avec un infirme soupir. "Tout le monde avance - le XIC aussi, j'en suis sûre - la question est de savoir qui arrivera le premier..." Elle mange distraitement un toast avant de reprendre : "Pour reprendre où nous en étions hier matin, nous avons la confirmation que Jenna Waterman est bien une sorcière même si elle n'a jamais fréquentée d'école formelle. Nous avons aussi découvert grâce à Angélique Bosh et Christopher Connelly, à mon avis contre les espérances de Brookmyre, qu'un des directeurs techniques de Babouchka cleaning était un cousin de Kuno Teuffer..."

"Jérémie Lavendin ? C'est un sorcier ?", je m'intéresse trop vite sans doute.

"Tu le connais ?", questionne Mae avec beaucoup trop de suspicion.

"Albus nous en a parlé hier après-midi ; je t'ai dit qu'il avait des pistes à partager avec toi", intervient mon Papa - qui d'autre ? "Notamment le fait que ce Lavendin serait de mèche avec Kuno Teuffer pour accéder plus vite à la fortune des Teuffer."

"Hum, eh bien, si on sait que ses parents se sont rencontrés à Beaux-Bâtons, Jérémie serait allé à Durmstrang selon certaines sources. Sa belle-mère d'origine autrichienne aurait insisté pour qu'il y aille... C'est le rapport que m'a amené Percy hier soir... Je comprends mieux qu'il ait eu l'information si vite - Albus avait déjà dû la lui demander !"

"La faute aux belles-mères", je murmure en repensant à la diatribe de ce-sans-doute-Lavendin dans les sous-sols d'Heathrow.

"Pardon ?", s'offusque presque Papa - y'a des semaines comme ça.

"Quand ils ont cherché à me recruter, le gars m'a longuement entrepris sur le fait que je n'avais à être loyal envers mon père ou ma belle-mère", j'explique donc immédiatement. "Il avait plein d'informations sur moi : ma date d'arrivée en Angleterre, la mort de ma mère biologique, la date de votre mariage... et il avait construit une fable du malheureux petit garçon embarrassant pour son Papa et sa belle-maman en pleine ascension politique..."

"Il parlait de lui", interprète Gin.

"Il me semble bien", je confirme, et Mãe pose une main sur la mienne.

"J'espère que la fable n'était pas assez bien faite pour te faire douter..." elle murmure.

"J'avoue que j'ai eu du mal à pas rigoler, en fait", je lui assure.

"Bon, on en sait plus sur l'organisation du XIC et les liens entre ses chefs mais, et Brookmyre, vous le surveillez pour savoir quoi ? S'il les connaît ?", questionne alors Archibald.

"En fait, on surveillait Hermosa - ça fait un moment maintenant. Elle est prudente mais malgré tout, elle ne peut pas rester cloîtrée... Hier soir, elle est allée dans une boîte moldue - Foote et Finningan ont failli ne pas la suivre dedans, mais heureusement Carley leur a conseillé de prendre le risque. Ils l'y ont vu en grande conversation avec notre ami Brookmyre..."

"Sauf qu'on n'a toujours aucune preuve qu'elle soit un membre actif du XIC", remarque Archibald.

"Je ne la vois pas s'occuper de la production ou de la distribution", j'estime. "Mais pour ce qui est du recrutement, on ne peut pas dire qu'elle soit en reste !"

"Carley a pris sur lui d'organiser une surveillance directe de Brookmyre pour voir s'il a d'autres contacts que Hermosa."

"Mais il pourrait les reconnaître !", s'inquiète Ginny.

"Ils devaient changer régulièrement de déguisement", indique Mãe avec une confiance plutôt haute.

"Tout ça ne nous dit pas quand nous pourrons reprendre une vie normale", glisse alors Papa.

Le nous est magnifique, non ?

"Ginny doit aller rencontrer la direction de son Club, Archi reprendre son travail et moi, retourner à mes cours", je complète. Je ne suis pas du genre qui laisse les autres mener ses combats.

"Je sais", soupire Mãe. "Je ne peux pas vous interdire de vivre normalement - surtout maintenant que vous avez de nouveau vos baguettes... Mais je n'insisterais jamais assez sur la nécessité de limiter vos déplacements, de rester dans des endroits fréquentés, voire ensemble au maximum et d'être toujours prêts à vous défendre !"

On acquiesce tous les trois gravement.

"Je me sentirais plus tranquille d'ailleurs si on faisait tout à l'heure une petite révision de vos sortilèges de défense, surtout avec une nouvelle baguette que vous ne connaissez pas bien !" Je me contente de lever les yeux au ciel parce que je pense que c'est une bonne idée pour Gin ou pour Archi. "Et si notre maison n'est pas devenue insupportable, je pense que ça serait bien d'attendre encore un peu avant de retourner dans vos appartements respectifs...", elle termine, presque rougissante de demander cela.

"On va prendre notre mal en patience", je lui promets.

On a à peine fini de petit-déjeuner que le feu vrombit d'un appel pour Ginny. La Direction du Club veut manger avec elle ce midi. Comme Gin sait que mon cours à la Fondation est en début d'après-midi, elle demande si ça peut être le soir, et ça lui est accordé. De fait, je décide que le plus simple est que j'aille square Grimmaurd dès maintenant, histoire de préparer mon matériel et d'organiser mon cours.

"T'as eu une idée d'un truc rigolo ?", veut savoir Archi avant de se remettre à l'écriture "d'au moins mes trois prochains épisodes".

"Je pense qu'on va faire des potions météo - un nuage qui pleut, ce n'est pas trop compliqué si je les aide", je lui révèle.

"Pourquoi on ne faisait jamais des trucs aussi marrants avec Rogue ou Ash ?", gémit mon ami.

"Parce qu'on apprenait réellement à les faire, alors que moi je fais de l'initiation et de la théorie... je peux reprendre la main quand je veux", j'explique, loyal envers les professeurs de potions que nous avons eus. Ça finit de désespérer Archibald que l'explication soit rationnelle.

oooo

J'arrive donc avant midi à la Fondation, un sandwich dans mon sac, et trop envie de retrouver mes élèves. C'est Thaddeus qui m'ouvre - fait rarissime quand on y songe.

"Le retour du professeur de potions", s'amuse ce dernier.

"Eh bien, personne n'a jugé bon de m'assommer", je réponds avec un sourire. "Je suis bien content de revenir ici, tu sais."

"Nous sommes bien contents également - c'est un peu trop calme sans toi", il rétorque.

"Pluie en fin d'après-midi", j'annonce, en m'élançant dans le grand escalier. Sirius n'avait pas le droit de courir ou de glisser sur la barre - je peux jurer que je l'ai vengé.

"Le résultat de la potion ?", vérifie Thaddeus avec un temps de retard - je suis déjà sur le premier pallier.

"Si tout se passe bien", je confirme en m'enfonçant dans le couloir qui mène au labo.

"Sinon ?", il crie.

"Surprise", je réponds, en gloussant à l'idée de sa tête inquiète en poussant la porte du labo.

Je ne sais pas si Thaddeus m'aurait prévenu si je lui en avais laissé la chance, mais Drago est là. Ça m'arrête sur le pas de la porte plus sûrement qu'un mur.

"Bonjour Cyrus", il commente sans se retourner.

"Comment sais-tu que c'est moi ?"

"Michael m'a dit que tu revenais aujourd'hui, et je ne connais personne qui fasse autant de bruit dans les couloirs", il explique sans cesser de tourner la mixture dans le chaudron devant lui. "Si ce que ma mère m'a raconté sur son oncle et sa tante est vrai, ils n'auraient pas apprécié que leur descendant se conduise aussi bruyamment..."

Ainsi c'est comme cela qu'il veut la jouer ? Comme si rien de spécial ne venait de se passer ? Comme si les menaces ne restaient pas intenses et multiformes ? Comme s'il ne me devait pas quelques explications ?

"Si ce qu'on m'a dit est vrai, peu de choses dans l'aménagement actuel de leur maison leur siérait", je réponds donc.

"Tu disposes parfois d'un vocabulaire étonnant", il relève.

"Toi, tu as plus de culot qu'on tend à le penser", je rétorque, en fermant la porte derrière moi.

Je pose ensuite, un peu rageusement, mon sac sur une paillasse, j'ouvre le cahier où je note mes expériences avec les loupiots et je m'empare d'une plume pour tracer la date d'aujourd'hui. J'ai eu un cousin, il s'appelait Drago Black - je ne sais plus trop à qui j'ai affaire en ce moment.

"Tu reprends tes cours ?", questionne ce nouvel inconnu en continuant de tourner un mélange blanchâtre qui peut être tellement de choses différentes que je ne me risquerais pas aux devinettes.

"Je suis sûr que Michael te l'avait dit."

Je me lève et j'ouvre le placard d'ingrédients pour voir si je dispose de tout ce dont j'ai besoin ou s'il faut que j'aille acheter ce qu'il manque.

"Cyrus, je n'y suis pour rien", souffle alors Drago dans mon dos.

"J'aimerais tellement en être sûr", je réplique sans me retourner.

"Tu ne l'es pas ?"

"Eh bien, tout le monde me le répète et, j'ai beau être obstiné, j'aimerais les croire. Sauf que mes tripes gardent ce sentiment que tu n'as pas tout dit ; que tu aurais pu en dire davantage et plus tôt; et que, quelque part, le piège m'était destiné et que tu le savais."

Voilà, j'ai craché mon venin. Je n'avais encore révélé à personne l'étendue de ma rancoeur. Je sors le grand bocal de graines de nénuphar et je le mets de côté comme une ponctuation à mes accusations. Le silence de Drago est pire qu'un aveu selon moi, et j'ai les mains qui tremblent quand je me saisis du bocal d'yeux de limaces.

"Je te l'ai dit", souffle alors Drago.

"Quoi donc ?"

"Je t'ai dit plusieurs fois qu'ils étaient intéressés par toi, par tes connexions, par tes capacités - j'avais même cru que tu l'avais compris !", il s'énerve. "Ici même, je te l'ai dit !"

"Comment le savais-tu ?", je questionne quand j'ai avalé ces informations et plus ou moins accepté leur pertinence.

"Je l'avais déduit des propos d'Hermosa", il révèle du bout des lèvres.

"Et quelles autres magnifiques déductions as-tu gardées pour toi ?"

"Pas grand-chose", il essaie.

"Laisse-moi donc en juger", je crache en me retournant. Je crois que je pourrais lui casser la gueule, là, maintenant.

"Cyrus", il a blêmi. "J'ai tout fait pour te mettre sur la voie, pour que tu ne sois pas pris par surprise... et puis, ils ont découvert nos couvertures - je ne sais pas trop comment ; Lavendin peut-être..."

"Tu connais donc Lavendin ?", je relève.

"Je vois que l'enquête est plus avancée que je ne le pensais !"

"Tu vas pouvoir leur dire", je l'accuse.

"Je n'ai jamais fait l'agent-double, Cyrus ! Tu ne peux pas dire ça ! Je suis une victime comme toi ! Ils me font juste chanter depuis plus longtemps et..."

"Ils exigent quoi ?", je le coupe.

"Des sujets d'examen, des projets de Greengrass... des recrues potentielles..."

"Moi ?", je demande en prenant la table à deux mains pour ne pas envoyer valdinguer le chaudron. Mais je pourrais aussi renverser la table sur lui... tentant.

"Ils savaient que tu étais mon cousin", il biaise. Il y a de la crainte dans ses yeux gris mais aussi beaucoup de courage, je décide. "Le fils du lieutenant Lupin et du directeur de Poudlard, c'est exactement ce qu'ils adorent ! En tenant Hermosa, ils tiennent l'ex-Ministre de la Magie d'Espagne - te rends-tu compte ?"

"Oh, la voilà victime, elle aussi ?"

"Eh bien presque, Cyrus, presque. Elle continue parce qu'elle ne voit pas d'issue - on lui proposerait une solution, je crois qu'elle se rangerait.."

"Et toi ?"

"Mais tu es mon issue, Cyrus ! Je les ai aidés à te contacter parce que je pensais que si quelqu'un était capable de leur faire face, c'était toi ! Qu'on les vaincrait et que je sortirais la tête haute de tout ça !"

C'est délirant, mais le pire est qu'il a l'air sincère. La preuve ? Sa potion commence à attacher et il n'y prête aucune attention.

oooooooo
Et un nouveau personnage, un :
Drusus Arden
Sorcier britannique, entraîneur des Harpies de Holyhead.
Son nom veut dire Costaud qui est haut... On se marre comme on peut, je sais, je sais...

Un autre qui va entrer dans le vif du sujet, c'est Harry. Le chapitre s'appelle Des correspondances et des anomalies

Je dois toujours beaucoup à l'oeuvre d'une dame anglaise (est-ce que quelqu'un sait si elle écrira autre chose un jour ?), à la patience d'Alixe, Dina, LaPaumée et FéeFléau... je suis désolée pour mon blog laissé en jachère, je n'assume pas l'intégralité de ma vie numérique en ce moment...