Playlist
"Je ne vois qu'une seule issue
Trouver le sens de ma vie
Le détourner à son insu
Fuir ce que je suis !"
Les Ogres de Barback - J'm'élance
XXVIII. Cyrus Des détours des enquêtes et de la construction des issues
Je ne dirais jamais qu'il a été facile de décider Drago à transformer sa stratégie de fuite du XIC en m'impliquant jusqu'aux oreilles en collaboration pleine et entière avec la Division. Ça m'a même pris deux jours pendant lesquels j'ai alterné chantage et empathie pour le convaincre - deux jours qui m'ont fait découvrir de nouvelles réserves inconnues de duplicité et de patience, à moins que ça ne soit de la détermination ou du désespoir. Qu'importe.
"Mais si tu m'as choisi comme issue, Drago, ne devrais-tu pas me faire confiance sur les moyens?", j'ai ainsi raisonnablement plaidé.
"Je suis désespéré, Cyrus, mais pas totalement à enfermer", il a rétorqué hautain et méprisant comme ses parents le lui avaient enseigné pendant tellement d'années. Mais il ne pensait pas réellement ce qu'il disait. Il était mort de trouille et ça le rendait agressif, je le voyais bien.
On n'a pas discuté pendant deux jours complets évidemment. Nous nous retrouvions tous les après-midi à la Fondation - en terrain neutre, je dirais. C'était facile pour moi d'y aller. Je devais rattraper mes cours et mes tutorats, et tout le monde à la maison trouvait impensable qu'on puisse m'attaquer à la Fondation ou même sur le chemin. Drago s'y terrait finalement depuis plus longtemps que moi quand on y pensait - mais personne ne semblait l'avoir remarqué. A moins qu'ils n'y aient pas accordé assez d'importance.
Entre nos cours, on a donc eu, dans le secret du laboratoire protégé par des sorts de silence qui auraient rendu fiers nos professeurs respectifs, des conversations aussi répétitives que circulaires. La première journée, Drago a commencé par nier que la décision dépendait de lui pour exiger des garanties de sécurité que je n'étais pas en mesure de lui donner.
"Le danger, Drago ? Le danger, c'est de t'être acoquiné avec eux !", je lui ai rappelé perdant relativement patience.
"Comme c'est facile de pérorer quand on n'a pas commis d'erreurs", il a amèrement conclu.
"Et t'avoir fait confiance, c'était quoi d'après toi ?", j'ai lâché dans son dos. Il a à peine eu une légère crispation des épaules avant de s'enfuir. Pas de quoi être fier.
Le soir même, Ginny a remarqué que j'aurais pu dire la même chose que lui. J'ai rétorqué que c'était faux mais, comme souvent, elle avait raison. En m'endormant, j'en ai conclu que je ne l'aurais qu'à l'usure. Le deuxième jour, quand ça a recommencé pareil, j'ai pourtant craint le pire - pour lui comme pour moi, parce qu'à un moment j'allais lui casser la gueule ou bien les sorts allaient voler. Autant pour l'usure.
"Tu sais, je pourrais rentrer ce soir, prendre Dora en aparté et tout lui raconter", j'ai donc très calmement menacé.
"Je ne savais pas que les Gryffondors jugeaient dignes d'eux de faire chanter les autres !"
"Je croyais qu'on avait dépassé ça, toi comme moi", j'ai -sagement, non ?- répondu.
"De toute façon, tu ne sais rien", il a maladroitement contré. Ce gars mourait de culpabilité, ça se voyait.
"Assez pour que Dora vienne te poser des questions !", j'ai donc insisté.
"Je nierai tout en bloc !", il a immédiatement réagi.
"On verra combien de temps", j'ai indiqué.
"Elle ne te croira pas !"
"Elle a cru des trucs plus improbables, tu sais", j'ai rétorqué - en retenant que l'héritage des Malefoy aiderait s'il le fallait.
J'ai bien fait parce que, la seconde suivante, mon cher cousin geignait comme un chiard : "Mais est-ce que tu penses trois secondes à ma réputation !"
"La quatrième, je décide que ma sécurité, celle de Ginny, celle de mes amis, voire la tienne, méritent que tu aides la Division à arrêter ces malades !"
"Tu ne comprends rien", il a soupiré.
On aurait dit qu'il était écrasé par la vie. Et j'ai donc baissé d'un ton : "Explique-moi."
Un instant, j'ai cru qu'il allait craquer. Ses yeux gris me dévisageaient avec un mélange d'exaspération et d'espoir que je comprenais finalement assez bien. Puis la défiance est revenue balayant le reste. Il a hautainement prétexté un tutorat pour m'abandonner. Je n'ai même pas souligné combien ça me paraissait une solution de pleutre. Le gars était paniqué, je le savais. Je suis donc allé à mes propres tutorats en essayant de faire abstraction des limites de mon approche patiente. Harry ou Remus auraient procédé de la même façon, j'en étais convaincu. L'après-midi était presque terminée quand il est revenu au laboratoire, transparent à force d'être pâle.
"Toujours là ?"
"Toujours intéressé par tes explications", j'ai répondu en faisant mine de continuer à écrire.
"Mes explications", il a répété.
"Ce que tu sais, ce que tu caches, ce que tu crains, en vrac", j'ai explicité.
Il m'a regardé sans rien répondre, et j'ai insisté.
"Ce que tu crains tant, par exemple. T'as bossé pour eux comme préparateur ou revendeur ?"
"Non", il a lâché en détournant les yeux.
"Alors quoi ?"
"Alors, rien", il a quasiment craché avant de ramasser en vrac ses affaires pour s'enfuir définitivement du laboratoire. Je n'ai même pas fait un geste pour essayer de l'arrêter.
Je suis rentré avec encore moins d'espoir de réussir que la veille. La fierté, sans doute mal placée, de Drago le rendait imperméable à mes efforts de médiation. Mais lâcher en vrac la Division et Mãe sur lui sans en avoir mesuré les conséquences me semblait trop bas pour être envisagé. En arrivant à Poudlard, j'ai ainsi décidé de laisser encore une journée à mon cousin avant de cracher le morceau.
Comme la veille, Mãe n'était pas encore rentrée, Ginny avait attendu toute la journée en vain des nouvelles de Drusus Arden ou de son club, et les jumeaux voulaient que je fasse une bataille explosive avec eux. Bref, pas trop de risques d'avoir à mentir, même par omission. Gin avait lu dans mes yeux que je n'avais rien de spécial à lui apprendre. Après le dîner de l'école, Papa est remonté pour dire bonne nuit aux mômes. Il avait eu un appel d'Aesthelia qui voulait savoir pourquoi je ne la tenais pas au courant de la parution de l'article, et ça m'a donné un truc à faire en attendant le retour de Mãe.
Je finissais un long hibou expliquant les dernières modifications éditoriales demandées et validées par Maninder et moi, Gin presque endormie en boule à côté de moi devant le feu, lorsque Dora est entrée dans l'appartement. Personne ne lui a posé de questions avant qu'elle ait avalé deux assiettes de ragoût sur un rythme qui indiquait qu'elle n'avait pas dû réellement déjeuner. Quand elle a repoussé l'assiette, elle a lancé :
"Bulletin secret à ne pas divulguer - une seule diffusion..." On s'est tous retournés vers elle, elle a presque souri. "La surveillance de Brookmyre a apporté de nouvelles preuves de sa compromission avec le XIC - on a même des photos de Vassili lui donnant une enveloppe contenant de l'argent moldu."
"C'est étonnant qu'ils ne soient pas plus prudents", a relevé Papa.
"A se demander s'ils ne veulent pas tout lui mettre sur le dos", a renchéri Ginny soudainement très réveillée.
Leur réaction leur a valu un regard appréciateur de Mãe - moi, je continuais de regarder le feu sans rien dire. J'avais une boule énorme dans la gorge en pensant à ce temps perdu à chercher à tâtons des choses que Drago aurait peut-être pu indiquer.
"Kingsley vient de décider de réaffecter les surveillances à un nombre plus large de suspects", nous a appris Dora. "Nous avons nous aussi l'impression qu'on cherche à nous faire oublier la forêt qui se cache derrière l'arbre"
"Ou à organiser un repli", j'ai lancé un peu pour ne pas rien dire.
"Exactement", a approuvé Mãe, en se levant de table et en s'étirant comme un chat. "Nous pensons aussi qu'il peut s'agir d'une diversion. Ils nous livrent un coupable dont ils n'ont plus besoin..."
"Tu es de garde cette nuit ?", a questionné Papa, presque timidement, brisant le silence pesant qui s'est installé.
"Non, sauf si quelque chose de réellement important arrivait", elle lui a répondu en allant vers lui, et Ginny et moi on a préféré regarder les flammes et leur laisser l'intimité dont ils avaient besoin.
"La Gazette payerait notre poids en or pour avoir notre niveau d'information", a commenté Gin quand nous nous sommes retrouvés seuls devant le feu quelques minutes et bonne nuit plus tard.
"J'imagine", j'ai confirmé dans un souffle. De fait, la Division avait beau se taire, la mobilisation constante avait fini par attirer l'attention de ses indicateurs. Kahn, sans nul doute, pestait régulièrement contre Mãe quand des articles spéculatifs mais mal informés questionnaient l'usage des "forces d'élite de défense de notre communauté !"
"Faudrait que ça ne tarde pas trop", a jugé Ginny.
"Je sens Drago si proche de craquer", j'ai avancé.
"Mais ?"
"Peut-être est-ce trop dur de craquer devant moi", ai-je hasardé.
"Je crois au contraire que tu es le seul à qui il peut se confier", elle a bizarrement estimé. Ça m'a pris au dépourvu comme un coup de poing au ventre.
"Parce que j'ai sans doute un doctorat en conneries ?", j'ai presque craché.
"Non, parce qu'il t'admire, parce qu'il t'a déjà demandé de l'aide", elle a calmement répondu.
Cette sortie-là m'a scotché.
"C'est ce qu'a dit Astoria à Sainte-Mangouste", j'ai réalisé dans un murmure.
"Si tu n'arrives à rien, j'irais la voir", a annoncé Gin avec décision.
"Serait-ce une menace ?", j'ai souri.
"Presque", elle a reconnu en replongeant dans son traité d'obstétrique.
oo
Toute notre attente prend fin le troisième jour, dans une espèce d'accélération subite qui nous prend presque par surprise. On a à peine fini notre petit déjeuner que Drusus Arden appelle Ginny pour lui demande si elle peut venir à midi au Club. Gin me regarde, et j'opine - j'irais à la Fondation après.
"Pas de problème", elle indique assez froidement.
"Tu seras accompagnée ?", s'enquiert Drusus.
"Je pense que mon conseiller en communication sera disponible", répond Ginny avec un détachement parfaitement maîtrisé. J'aurais applaudi si je n'étais sidéré qu'elle puisse me considérer comme un "conseiller en communication".
"Ton...?", s'étonne à son tour Drusus - Ginny n'a t-elle pas refusé mordicus d'avoir un agent depuis deux ans ?
"Archibald McLeish", annonce Gin à ma seconde surprise
"Je ne le connais pas", avoue Drusus.
"C'est un journaliste", annonce ma fiancée, sans perdre son détachement blasé. "Un vieil ami en qui j'ai toute confiance..."
La tête de Drusus dans les flammes dit bien que l'entraîneur est blessé de la défiance avouée par Ginny envers lui ou le club, mais juge plus opportun de ne pas commenter. Je le comprends d'autant plus facilement que je ne suis pas loin de penser comme lui : depuis quand Gin et Archi font-ils des plans derrière mon dos dépassant les préparatifs de mon anniversaire ?
"Cyrus aussi ?", s'enquiert encore assez suavement, je dirais, l'entraîneur.
"Je ne pense pas qu'il aura le temps", elle annonce - troisième surprise. Je manque de faire un pas en avant pour protester.
"Il est le bienvenu", insiste Drusus et, d'un seul coup, je comprends le choix de Ginny.
"Tu as eu peur qu'ils m'utilisent pour saper ta position ?", je lui demande quand elle a mis fin à la conversation par des politesses d'usage.
"Ils sont persuadés que j'arrête pour toi, ou ils aimeraient bien que ce soit ma position officielle, afin que les fans gardent l'idée qu'une femme sorcière n'a que deux choix : le Quidditch ou une famille", elle confirme avec un calme et une détermination qui font d'elle ce qu'elle est. "Je compte bien être plus ambitieuse que ça, pour moi, pour nous voire pour toutes les filles qui 'aimeraient ne plus avoir à choisir !"
Je siffle d'admiration sincère.
"Sacré programme !"
"T'inquiète, j'avais plein d'exemples de combat importants autour de moi, j'ai décidé d'en choisir un...", elle répond avec un demi-sourire. Je me souviens combien sa vie lui paraissait vaine il y a quelques mois et je suis sincèrement heureux de la voir s'affirmer dans ses choix.
Une heure plus tard, on retrouve Archi sur le Chemin de Traverse. Il est particulièrement chic, et je sens que pour lui aussi l'enjeu est important. C'est un tournant pour sa carrière sans doute. La matière nécessaire pour se faire un nom dans le milieu du sport tout au moins - ou au pire, un épisode de Malvin-le-Repoussant.
"J'aurais ses intérêts à cœur comme si je défendais la sœur que je n'ai pas", il me glisse inutilement quand je les laisse après deux ou trois blagues qui ne font rien pour briser la nervosité ambiante.
"Je sais", je réponds avec sincérité avant de replonger dans une cheminée qui m'amènera pas trop loin de la Fondation.
ooo
"Toi aussi ?", m'accueille Michael.
"Quoi, moi aussi ?", je relève surpris de son apostrophe.
"Drago est déjà là, depuis une bonne heure, alors que ses cours sont cet après-midi, comme toi", il explique. "C'est un jour spécialement adapté aux potions compliquées ?"
"Non", je réponds sans bien comprendre moi-même pourquoi la présence de Drago m'inquiète tant et si vite. "Les anomalies sont la clé de toute enquête", murmure Sirius, ou son instructeur Auror, dans un recoin de ma tête. Je dois me forcer à remercier Michael et à monter normalement l'escalier. Je ne suis pas sûr qu'en bon lycanthrope il n'ait pas senti les battements plus rapides de mon cœur.
Comme une confirmation, la porte du laboratoire résiste. Je perds de longues minutes à essayer divers sortilèges d'ouverture. Finalement, je lance un sortilège d'explosion qui résout le problème avec sans doute trop de bruit et de fumée pour éviter une enquête, mais je n'en suis plus là.
Drago est allongé sur le sol avec un flacon et un parchemin à côté de lui. Je ne prends même pas la peine de renifler le flacon - les gènes Malefoy contiennent, selon moi, un réel penchant pour le mélodramatique. J'ouvre à la volée le tiroir qui contient deux bezoars. Je dois forcer pour ouvrir la bouche de mon cousin et lui glisser la petite pierre sous la langue.
"Qu'est-ce qu'il a ?," questionne Michael logiquement arrivé sur les lieux entre-temps.
"Une crise de conscience", je marmonne en me relevant le flacon à la main.
Le nom du poison est écrit dessus. Drago espérait-il que j'arrive et que je le sauve ? Je n'ai pas le temps de peser cette question. Il me faut un vomitif et un médicomage.
"Peux-tu appeler Susan Smiley-Rogue à Sainte-Mangouste ? Dis-lui qu'on a un empoisonnement au jasmin de Virginie... j'administre un vomitif en l'attendant mais si elle a d'autres conseils..."
"OK", souffle Michael en partant en courant vers une cheminée.
"Drago, t'as intérêt à t'en sortir", j'affirme en desserrant de nouveau les dents de mon cousin pour lui faire avaler la mixture assez épaisse.
Ses réflexes sont très bas et il manque de s'étouffer avec. Mais avant le retour de Michael, il se met à vomir à flots nauséabonds et spasmodiques.
"A croire qu'il avait l'estomac quasiment vide", commente assez pertinemment Michael. "Thaddeus attend Susan et nous l'amènera", il ajoute. "C'est quoi votre nouveau problème ?"
"Il est moins nouveau que tu ne le croies", je lui avoue en essayant de maintenir Drago dans une position dans laquelle, il ne peut pas s'étouffer.
Susan arrive juste après, la démarche un peu pesante, suivie par un Thaddeus qui doit déjà se demander s'il doit appeler mon père. Ça se lit sur sa figure. Susan conjure une espèce de lit d'examen ou nous installons Drago qui n'arrive plus qu'à vomir de la bile.
"Le cœur est régulier", elle annonce, et je me reproche immédiatement de n'avoir même pas pris son pouls alors que je savais que le jasmin de virginie avait des effets sur le cœur. "Je vais lui administrer une substance neutre pour calmer son estomac."
Convaincu que le pire n'aura maintenant pas lieu, je me glisse jusqu'à Thaddeus qui a presque un mouvement de recul devant mes vêtements maculés.
"Faut faire venir ma mère", je lui annonce. "C'est elle qui doit interroger Drago."
"Dora ?", il vérifie inutilement - peut-être veut-il même me mettre en garde.
"Je te promets qu'au final, tout le monde sera content", je lui affirme en exagérant mes espoirs.
Il a un signe sec de la tête et il quitte la pièce. Michael hésite et puis le suit. Je lance un sort de nettoyage à mes vêtements avant d'offrir mes services à Susan.
"C'est lié à ce qui vous est arrivé cette tentative de suicide ?", elle enquête. On est tous plus ou moins devenus enquêteur, on dirait.
"Évidemment", j'avoue. Il me semble que le temps du silence ou de l'omission est révolu.
"Vous êtes des jeunes gens bien compliqués et turbulents", elle juge dans un soupir.
Ça me fait un peu sourire qu'elle me mette dans le même chaudron que Drago avec autant de facilité mais je ne peux pas réellement la contredire, je décide.
"J'espère qu'on va pouvoir mettre un terme à toute cette petite aventure", je commente donc. Mes yeux tombent alors sur la lettre laissée par Drago. Je la ramasse, elle m'est adressée. C'est décidément la journée des surprises.
"Cyrus,
Je sais que tu ne veux qu'une chose, m'aider, et j'ai réellement cru que tu pourrais le faire mais finalement je me rends compte que je te demande de porter des choses que j'ai moi-même essayé de fuir. Ça ne marchera pas, j'en suis maintenant convaincu.
Je n'ai pas voulu travailler pour le XIC, j'ai juste voulu me créer de nouvelles relations ; je n'ai pas voulu vendre des secrets de Greengrass ou t'impliquer dans tout cela, mais une compromission en entraîne toujours une autre, il n'y a pas de fin...
Je ne veux pas plus d'oprobe sur moi, sur Astoria que j'aime ou sur les Tonks. Je meurs avec mes secrets et je mets ainsi fin au chantage du XIC.
Pardon
Ton cousin, Drago"
"Quel imbécile prétentieux", je siffle entre mes dents. Mourir sans dénoncer le XIC clairement ne met fin à rien, j'en suis convaincu.
Dora, Thaddeus et Papa entrent juste après. Autant dire que les parents sont gris d'inquiétude, et ne plus revenir sur la question. Je leur tends la lettre.
"Mais pourquoi se suicider ici ?", questionne Thaddeus sans doute inquiet de la réputation du lieu plus que de la santé physique et morale de mon cousin.
"Cyrus, tu sais quoi ?", interroge plutôt Mãe. Son regard indique plus que clairement que nul ne gagnerait à lui mentir - surtout pas moi.
"Que le XIC fait chanter Drago, un peu comme ils ont essayé de le faire avec moi ; qu'ils font aussi chanter Hermosa - enfin, Drago le prétend, c'est à vérifier..."
"Hermosa est rentrée en Espagne précipitamment cette nuit", répond Mãe avec un soupir. "Elle a pris un portoloin acheté initialement par une jeune sorcière qu'on a retrouvée depuis sous imperium..."
"Opération de repli ?", je tente - j'essaie de faire le brave, mais l'idée qu'ils puissent nous glisser entre les doigts m'affole.
"Lavendin, Teuffer et Garinov sont introuvables, donc je pense que oui", elle admet lugubrement.
"Et les patrons de Babouchka Cleaning ?", je continue, le cerveau en ébullition.
"Les Waterman ? On les cherche eux aussi", elle confirme mes pires soupçons.
"Je les croyais surveillés", s'immisce Papa.
"Moi aussi", souffle Mãe.
"Canari", articule alors péniblement Drago.
On se tourne brusquement vers lui. Il a le visage tiré, les yeux fermés mais il doit sentir nos regards car il répète. "L'opération canari... Her... Hermosa avait dit une fois, "libre comme un canari..."
Un spasme le plie en deux, et nous pensons tous qu'il va vomir de nouveau - Susan trouve même un chaudron à placer sous lui, mais le spasme passe.
"Drago Malefoy-Black, il serait temps d'en dire plus", annonce durement Mãe.
Mon cousin opine faiblement en se rejetant sur le lit d'examen.
"Je dirais ce que je sais... Vous verrez, ça ne suffira pas..."
"Laisse-nous en juger !", j'interviens.
"Cyrus, tu me laisses poser les questions, Ok ?", s'agace Mãe, et Papa me fait un signe de tête qui peut autant m'inviter à venir à ses côtés qu'à laisser tomber. Je fais les deux.
"Drago, je suis prête à te croire", reprend Mãe moins durement. "Même quand tu penses que tu n'as pas des preuves suffisantes pour nous permettre de les arrêter. De fait, ce sont des malins. On en a largement la preuve. Néanmoins, il est possible que tu saches des choses qui nous mettent sur une vraie piste ou qui complètent des éléments que nous avons déjà..."
"Un beau dossier sans vrais coupables ou alors plein de faux coupables", ironise Drago. Comme il est faible et sa gorge en feu, ça ressemble à un coassement, et c'est moins acide que triste.
"Tu as peur pour toi ?"
Drago ne prend pas la peine de répondre, et je me tortille comme un gosse de cinq ans sur sa chaise, mais personne ne me donne la parole.
"Bon, tu savais qu'il existait une opération de repli, appelée Canari", reprend Mãe sur le ton de la conversation. Acquiescement silencieux de Drago. "Hermosa t'en a parlé ou tu l'as entendue en parler ?", elle insiste avec cette autorité maternante qu'elle prend parfois pour raisonner les jumeaux. Je ne sais pas si j'apprécierais, mais ça semble détendre mon cousin.
"Les deux", il admet à contre cœur. Mãe attend, personne ne bouge, pas même pas Susan, et Drago cède : "Teuffer et elle avaient des tas de phrases codes comme celles-là, et j'ai mis du temps à l'isoler... Ils se demandaient souvent l'un à l'autre s'ils avaient bien leur canari... ça n'avait pas grand sens mais, un jour, Lavendin leur a dit devant moi de ne pas parler de ça, et ça m'a mis la puce à l'oreille... sauf que je ne voyais toujours pas à quel canari ils pensaient... Quand je suis retourné chez Hermosa - à la demande de Cyrus", il précise, le traître, "elle... elle était bien contente de me voir. Elle disait qu'elle avait toujours su que je verrais mon intérêt, qu'elle avait dû me défendre contre Lavendin... que je lui devais tout et que je ne devais pas l'oublier..."
Il y a des larmes silencieuses sur ses joues et il ne fait rien pour les essuyer. Je repense au fait que je l'ai effectivement jeté dans les bras de cette minette louche malgré son objective réticence et je ne suis pas très fier de moi.
"Et qu'est-ce que tu répondais à cela ?", s"intéresse Mãe - il n'y a plus de maternage dans sa voix mais de la vraie compassion.
"Je faisais comme si je prenais ça à la légère... Je plaisantais en disant que je ne pouvais pas l'oublier, elle, et ça lui plaisait... Je crois", il avoue, presque rougissant de faire montre de ses capacités de drague mondaine. "Un jour, j'ai osé lui demander si elle n'avait pas peur d'avoir des ennuis avec les autorités", il souffle avec difficulté et on sent tous que c'est important. "Elle m'a dit: 'si ça tourne mal, il restera le canari... le canari, c'est la liberté'..."
"Le canari...", répète Mãe en détachant les syllabes comme si la solution se trouvait entre les sons.
"Un autre mot pour portoloin ?", suggère Susan, qui s'est assise entre-temps sur le coin de la paillasse et enserre son ventre de ses deux bras d'un geste protecteur.
"Sans doute, mais pas seulement, je le parierais..." lui répond Mãe.
"On ne peut évidemment pas imaginer qu'ils aient simplement eu les îles Canaries en tête", intervient Papa avec un mélange de fatalisme et de doute.
Mãe tourne brusquement la tête vers nous et commente :
"Personne n'est à l'abri de trop de suffisance, on va vérifier..." Elle se penche alors vers son miroir qu'elle tenait ouvert sur ses genoux, je le remarque maintenant "Carley, tu t'en charges ?"
"Bien reçu, enquête sur des transplanages vers les Canaries ou des portoloins non déclarés, je vois avec la Police... Faudra peut-être l'accord de la Coopération..."
"Vois ça avec Weasley et Dougal", lance Mãe distraitement, l'air de dire qu'elle se fiche de ce type de limitations, je dirais.
"Je croyais qu'on n'avait pas de très bonnes relations avec l'Espagne", j'ose.
"Je crois qu'on va passer outre", confirme ma mère adoptive avant de se retourner vers Drago toujours allongé sur sa table d'examen improvisée. "Dis-moi Drago, d'autres choses sur des cachettes secrètes ou des lieux de repli ?"
"Non, ils ont toujours prôné devant moi la souplesse, le changement de lieux et les canaris..."
"Dommage" soupire Dora. "Je ne peux pas te laisser dans la nature, Drago... Tu es une cible et tu es aussi notre principal témoin, doublé d'une source d'informations dormante.."
"Je ne peux pas aller chez Androméda et Ted", il la coupe se dressant pour la première fois.
Ils se mesurent du regard.
"Tu imagines bien que je prendrais des précautions..."
"Le problème n'est pas seulement sécuritaire...", reconnaît Drago.
"Mais il va falloir l'affronter, Drago", le coupe Dora. "Ils ne t'ont pas traité comme leur neveu, comme le petit frère que je n'ai jamais eu, pour que tu ne les regardes pas en face et que tu ne leur expliques pas tes erreurs comme tes efforts pour y remédier..."
Mon cousin - à moins que je ne doive le considérer maintenant comme mon oncle ? - de mieux en mieux ! - se rejette sur le lit d'examen dans un geste désespéré.
"Et aussi à Greengrass pendant que tu y es...", il souffe.
"A quel point Astoria est impliquée dans cette histoire ?"
J'ai l'impression que Drago aimerait rentrer dans le lit et disparaître mais le silence persiste et il décide qu'il a perdu - il est plus fort que moi pour reconnaître cela, peut-être.
"Elle m'a aidé la première fois... Selon Hermosa, il s'agissait de se faire de l'or facilement... en vendant des infos confidentielles à un journal espagnol... après ils me tenaient... J'ai fait des efforts désespérés pour garder mes distances et ils m'ont laissé faire tout en me rappelant régulièrement qu'ils pouvaient révéler ma duplicité à tout moment à mon éventuel futur beau-père..."
"Si jamais on les attrape, ils te balanceront sûrement", estime calmement Mãe. Drago ferme juste les yeux. "Mais s'ils restent libres, tu ne le seras jamais plus..."
"Et à combien estimes-tu nos chances de les attraper, Nymphadora ?," il questionne assez fiévreusement.
"Veux-tu un autre mensonge ?"
"Alors à quoi bon ?"
"Rester maître de son destin ?", propose Mãe très sérieusement. Je regarde Papa qui a un sourire ineffable qui sans doute échappe à Drago.
"Quelle différence avec le suicide ?", presse douloureusement mon cousin.
Qu'est-ce que je vous avais dit sur le mélodrame et les Malefoy ?
"Merlin, Drago, de deux choses l'une", j'explose, "soit vos informations n'avaient rien de très important, et je comprends bien que Greengrass ait fermé les yeux, soit elles auraient déjà provoqué une crise supplémentaire entre l'Espagne et nous ! Le XIC a juste voulu voir si vous étiez manipulables et, contents d'en être quasiment sûrs, ils vous ont utilisé à bas régime en attendant une meilleure occasion..."
Drago me dévisage avec un air tellement surpris que ça fait rire Susan.
"Si tu veux mettre tout ça derrière toi va falloir arrêter de penser que t'es juste une victime, Drago", j'ajoute sans prêter trop d'attention aux réactions des uns et des autres. "Oui, t'es sacrément coupable de ce merdier mais t'as aussi des moyens de t'en sortir, t'entends ?" Il ouvre la bouche et je conclus : "Et on compte tous sur toi ici."
Ma grande tirade le laisse rigide, assis, face à moi sur sa table d'examen capitonnée. Il me regarde, pas d'émotion ou d'expression identifiables dans ses yeux gris si semblables aux miens. Je ne flanche pas - ce n'est pas le moment.
"Hermosa... Hermosa a une maison sur un îlot des Canaries", il articule très précautionneusement comme s'il n'avait pas parlé depuis longtemps et que parler était une expérience étonnante.
"Incartable, je parie ?", intervient Mãe sur le ton de la conversation.
Drago acquiesce.
"Sauf que... je sais le nom de l'îlot et que j'en ai vu des photos..."
"On est partis pour la Division", conclut Mãe sans autre commentaire. On a peut-être trop parlé tous autant qu'on est.
Quand la porte se referme sur eux, je me retrouve avec Papa dans le Hall d'entrée de la Fondation. On est seuls - sans doute Thaddeus et Michael y veillent.
"Désolé pour la porte du laboratoire", je finis par lancer faute de meilleure idée.
Papa me fait l'aumône d'un sourire.
"Tu sais que tu es persuasif quand tu t'en donnes la peine ?", il me lance.
"C'était un peu sauvage comme persuasion, non ?" je remarque un peu nerveusement.
"Les circonstances avaient sans doute épuisé toute diplomatie", il m'exonère avec un haussement d'épaules qui souvent m'aurait fait plaisir.
Je le relancerais bien sur Drago, la confiance qu'on peut lui faire ou ses chances de se pardonner lui-même un jour mais mon miroir vibre. C'est Ginny.
"Tu peux venir très vite ? La conférence de presse va commencer..."
ooo
J'estime qu'à ce stade de lecture, la mention de Michael, Thaddeus ou Susan ne doit pas réellement vous poser de problème... mais bon, je mets un aide mémoire quand même :
Aesthélia Sylva da Marin.
Sorcière brésilienne. Ethnomagicienne. Ancien amour de Sirius. Modèle de Laelia, mère fictive de Cyrus. Marraine de Cyrus. Son prénom évoque l'étoile, son patronyme la forêt et la mer... on va dire que je l'aime bien.
Amity Dougal
Sorcière britannique, employée de la Division pour la coopération magique sous les ordres de Percy Weasley. A accompagné Dora en Europe sur l'enquête du XIC.
Hermosa Fioralquila McNair
Sorcière espagnole, nièce du McNair du canon, fille de l'ex ministre de la magie d'Espagne, étudiante en potions, participe aux soirées du XIC.
Kuno Teuffer
Sorcier suisse. Étudiant présenté comme médiocre en potions, connaissance de Drago via Hermosa McNair. Son passeport est suisse, et ses relations troubles... Kuno est un prénom germanique, signifiant clan et famille, et Teuffer est inventé par moi en partant de Teuffel, le diable en allemand... ça lui va très bien.
Jérémie Lavendin
Sorcier monégasque. Cousin de Kuno Teuffer, il détient un passeport monégasque et on ne sait pas grand-chose de lui encore. Cyrus le soupçonne d'être le chef du XIC.
Vassili Garinov
Sorcier bulgare. Attaché de l'ambassade moldue bulgare à Londres. Cousin de Jenna Waterman.
Jenna Waterman
Sorcière bulgare mariée à un moldu, Ian Waterman, directeur de Babouchka Cleaning.
Babouchka Cleaning
Entreprise paravent du XIC en Angleterre, gérée par Jenna Waterman, la cousine de Vassili Garinov, un autre membre avéré du XIC, et son mari Ian..
Susan Smiley-Rogue
Sorcière britannique. Médecin à Sainte-Mangouste. Mariée à Severus pour ceux qui en douteraient.
Thaddeus Miley
Sorcier britannique, éducateur en chef de la Fondation Sirius Black pour l'enfance magique en danger, fin psychologue, plutôt souriant mais défenseur opiniâtre de la Fondation.
Michael Truman
Loup-garou britannique, sans famille, vivant en permanence à la Fondation, dévoué à Remus, voire jaloux du fait qu'il ait une famille.
Pendant que Drago parle, Harry est à Venise... ça s'appelle Des mensonges transparents et des fuites impossibles... si votre curiosité n'est pas piquée avec ça !
