Playlist
(un peu tirée par les cheveux, mais en même temps, il fallait bien que je la mette quelque part)
Lève toi c'est décidé
Laisse-moi te remplacer
Je vais prendre ta douleur

Doucement sans faire de bruit
Comme on réveille la pluie
Je vais prendre ta douleur
Camille, ta douleur.

XXXII Cyrus. Des inquiétudes fraternelles et des plans de remboursement

Partir au Brésil tout de suite ou presque semblait étonnement facile. Ginny était enthousiaste. Elle se voyait offrir ses services au centre de santé local et apprendre sur le terrain, ou bien m'aider dans mes enquêtes. Elle semblait sincèrement contente de fuir les médias britanniques et leurs polémiques sur les ressorts de sa réorientation ; les souvenirs du XIC ; Londres et sa pluie. Il faut dire que l'interview donnée à Monsieur Lovegood n'avait pas suffi à faire taire les rumeurs, pire il avait amené certains fâcheux à tenir tribune sur le thème de la place d'épouse et de mère de le sorcière britannique. Sa grande cause semblait une épreuve un peu sans fin. J'avais bien quelques craintes qu'elle s'ennuie finalement sur place mais j'ai décidé de les taire.

Papa et Mae comme les Weasley étaient tout aussi enclins à penser que ce voyage venait à point nommé tant pour mes études que pour le changement de carrière de Ginny ou encore notre sécurité. Arthur et Molly parlaient même de venir nous voir - "et ils ne sont pas sortis d'Angleterre depuis nos vacances en Égypte !", se réjouissait Gin. "En plus, ils partiraient tous seuls ou presque !"

Inutile de dire que toute l'Université ou Poudlard me félicitaient à chaque occasion de cette chance qui s'offrait à moi. Il ne me restait donc qu'à mettre mes affaires en ordre en gardant un oeil sur l'enquête qui n'en finissait pas de s'enliser, apparemment. Après tant de semaines à lutter contre la marée, j'avais eu un peu de mal à accepter de me retrouver dans le flux - c'est-à-dire à faire ouvertement des choses approuvées de tous. Je m'en suis rendu compte quand Harry m'a appelé le lundi. Je pensais qu'il allait, comme moi, trouver un peu fort de café de laisser l'enquête à d'autres et de passer à autre chose. Je m'attendais presque à ce qu'il développe dans l'instant une théorie alternative à la direction prise par l'enquête officielle. Mais en fait, il s'en fichait profondément - surtout si personne n'était plus directement en danger. Il avait découvert la condition d'Ada, presque par hasard, et c'était son seul intérêt. Et si moi, j'allais le mois prochain au Brésil ; lui, il partait sur l'heure ou presque pour Lo Paradiso.

Comment dire, j'avais l'impression que mon éternellement raisonnable Harry nous faisait une espèce de crise d'adolescence tardive, faisant de sa relation avec Ada une déclaration d'indépendance ultime envers Papa. Quand j'ai dit ça à Gin, elle a éclaté de rire.

"Je suppose que tu sais de quoi tu parles !", elle a sobrement commenté quand mon regard a dû faire transparaître mon agacement.

"Honnêtement, comment peut-il dire qu'il n'est pas l'ambassadeur de la Fondation ? Comme si les autres n'allaient pas le juger en fonction de ça et comme s'il pouvait y échapper ?", je me suis sincèrement étonné. Le Harry que j'avais toujours connu avait été le plus ardent défenseur de Remus !

"Tu sais, Cyrus", a réfléchi Gin. "Si tu prends mes frères et mon père, je vous retrouve, Harry et toi... Ron est sans doute celui qui ressemble le plus à Papa de caractère, avec Charlie, et ils ont tous les deux fait les choix de carrière les plus opposés aux siens.. à l'inverse, Percy est celui dont la façon de penser est la plus différente de Papa et pourtant il n'a eu de cesse de bosser au Ministère... Alors pour moi, Harry, c'est de vous deux celui qui fonctionne le plus comme Remus, et on voit bien qu'il a besoin de montrer son indépendance... partir loin, dire qu'il y a d'autres façons de vivre la lycanthropie, etc... Toi, tu es celui qui se heurte le plus régulièrement à votre père et, finalement, tu es celui qui vas faire une carrière académique... Tu vois ce que je veux dire ?"

"Vaguement", j'ai répondu un peu dépassé par toutes ses comparaisons. Dans le silence qui a suivi, je me suis demandé quel type de relations Kane, qui lui ressemble tant physiquement mais aussi dans le comportement, aura avec Remus. Je n'avais pas assez d'imagination, je me suis rendu compte.

"Bref, vous êtes une famille normale malgré tous vos efforts pour nous faire croire le contraire", elle a conclu, et on a rigolé de sa sortie un bon moment tous les deux avant que je ne reprenne :

"N'empêche, j'espère que ça ne va pas être trop dur, là-bas ! Et que Papa ne va pas le prendre pour lui !"

Ginny a acquiescé.
"Je suis plus inquiète du premier point que du second", elle a estimé. "J'imagine que ton père a déjà envisagé qu'Ada amène Harry à se reposer la question de la lycanthropie dans notre monde... Et même à ce qu'il y apporte des réponses différentes"

Comme elle avait raison, je me suis contenté de soupirer philosophiquement :
"Ça nous changera des Moldus !"

"Je comprends que tu t'inquiètes pour ton frère", elle a commenté en posant sa main sur mon bras, "mais il est solide dans sa tête et il a des vraies ressources magiques pour faire face à pas mal de situations... Il va s'en sortir !" Quand j'ai eu opiné, elle a ajouté avec moins d'assurance: "D'ailleurs, je me rends compte à quel point moi je devrais retravailler ma défense et aussi, vu les caractéristiques de ta famille, développer mon animagus."

"Ton animagus !", j'ai relevé - c'était comme si les envies de Ginny me prenaient toutes par surprise en ce moment !

"Eh bien, oui, avec deux lycanthropes dans la famille, ça devient important, non ?", elle s'est justifiée.

"Si tu veux", j'ai reconnu.

"Tu penses que je vais y arriver ?", elle a demandé timidement.

"Avec moi comme prof ? Quelle question !", je lui ai assuré, content de voir que je conservais la part belle de ses projets.

oo

Au milieu de ces préparatifs, je suis presque étonné de recevoir mercredi matin une convocation à la Division à propos de "l'enquête sur le groupe criminel se faisant appelé XIC". Comme on n'habite plus à Poudlard, je ne peux pas demander d'explications officieuses. Mais comme je sais quand même par ma mère et mon beau-frère que l'enquête n'est pas allée très loin, je ne vois pas bien de quelles informations je pourrais avoir la primeur.

A la Division, nous nous retrouvons Drago, Ron et moi, assis en rangs d'oignons devant Kingsley Shacklebolt, davantage comme trois écoliers devant le directeur asseyant son autorité sur la séparation physique offerte par son bureau que comme les témoins et victimes d'un réseau mafieux, si vous voulez mon impression. Au cas où ça ne suffirait pas, Mae est assise à sa droite et Dawn Paulsen, qui doit rédiger le compte-rendu d'enquête pour le Magenmagot, à sa gauche. Autant dire qu'on enterre l'affaire. Pas que je ne m'y attendais pas avant d'entrer, c'est juste que j'assiste à l'enterrement.

"Nous avons porté un rude coup à leur réseau non seulement ici, en Angleterre, mais aussi sur le continent", explique Shacklebolt avec presque assez de sérieux pour être crédible. "Nous avons mis fin à leur infiltration de la police moldue britannique..."

"Brookmyre va être jugé par qui ?", je le coupe.

Je suis sans doute le seul qui peut ici. Ron doit penser à sa carrière - sinon Gin va m'en tenir responsable, et Drago reste accablé d'une culpabilité rétrospective tellement développée que je me demande parfois si elle n'est pas un petit peu feinte - mais ce n'est pas la question.

"La justice moldue va le faire comparaître pour collusion avec le crime organisé et corruption", m'informe Dawn de sa voix la plus neutre.

Elle a sa main gauche sur son ventre. Ça me fait penser aux envies familiales de Gin, déjà suffisamment nourries par la naissance de sa deuxième nièce la semaine dernière, et ça me fait suffisamment transpiré pour que je décide de me concentrer sur la discussion.

"Ils peuvent ?", j'insiste.

"Mais cette mafia avait de nombreuses activités moldues", me rappelle la vieille copine de ma mère adoptive avec un air presque surpris. "Ce sont même eux qui ont fait appel à nous dans cette affaire..."

Alors que moi je menais ma petite enquête avec mes potes, au risque de faire enlever Archi... Ok, balai arrière !

"On sait comment ils le tenaient ?", je questionne donc.

"Ils le payaient", me répond Mae, cette fois. "Tous les mois, depuis onze mois... Ils l'avaient approché en tant que sorciers. Ils lui avaient même fait miroiter de lui "rendre sa magie"..."

"Et en attendant cette récompense suprême, ils arrondissaient ses fins de mois", complète Kingsley avec un soupir.

"Il aurait aimé être sorcier", remarque Ron pensivement, et Mae grimace.

Comme je m'étonne presque de leur réaction, je me rappelle alors cette histoire des amis vénitiens de Harry - cette fille qui avait perdu sa magie à sept ans. L'histoire avait beaucoup ému Ginny. Ils pensent peut-être à elle, je me dis.

"Eh bien, a priori, la famille Brookmyre a assez mal pris son manque de magie", nous apprend Dawn. "Michael était un bébé arrivé tard, après des années de traitement contre l'infertilité de sa mère, et ils avaient des attentes énormes pour lui. Jusqu'à ses onze ans, ils ont voulu croire que sa magie allait apparaître alors qu'aucun signe ne permettait d'y croire... - je sais bien que ça arrive, mais bon, gardez mon fils Theodor tout un week-end, et vous n'aurez pas de doute sur ses capacités ! Et vous connaissez tous les jumeaux Lupin... C'est très rare que ça ne soit pas net avant onze ans !"

Dawn a tenu à se justifier parce que dire que la magie est là depuis la naissance et guide l'enfant est souvent un discours de sangs-purs. Le fait est que la probabilité écrasante que l'enfant déclare sa magie entre trois et sept ans justifie pour certains de militer pour une mesure précoce de l'aura et à offrir un enseignement avancé aux plus forts. Ce sont les mêmes qui postulent qu'un enfant garou ne pourra jamais contrôler sa magie. Mais personne ne soupçonne Dawn de soutenir de telles thèses dans cette pièce. Tout le monde opine sans rien ajouter.

"Non seulement, les Brookmyre n'ont rien fait pour le préparer à son absence de magie", continue Mae, "mais ils lui ont mis en tête qu'il ne pourrait être qu'un Auror..."

"Beaucoup de petits garçons veulent être Auror", remarque Drago brièvement. Je me demande s'il l'a fait exprès mais il a jeté un froid. A y re-réfléchir, c'est sans doute délibéré.

"Donc à onze ans, il ne s'est révélé ni sorcier, ni futur Auror", reprend Mae après une infime pause agacée envers son cousin devenu son presque frère adoptif. "Et ses parents, déçus, sont partis au Tibet, dans un monastère, chercher la paix de l'âme, un cousin l'a élevé..."

"Moldu ?", s'intéresse Ron.

"Non, sorcier... il travaillait aux hippodromes magiques d'Epton", nous apprend Dawn avec un coup d'oeil à ses notes. "Il a été gentil avec lui, a priori... Mais Michael a gardé la blessure de cet abandon. Tout concourt à penser qu'il est devenu policier pour leur montrer qu'il était capable de défendre la lumière quand même..."

"...et il a fini par servir l'ombre", je soupire. L'histoire est finalement bien banale et triste.

"Et les vrais coupables ont disparu", note fort justement Ronald.

J'approuve de la tête en regardant Mae droit dans les yeux - ils ne nous feront pas tout oublier avec leur histoire de petit cracmol déçu et amer.

"La piste s'arrête aux Canaries ou presque", reconnaît Kingsley. "L'emploi d'un portoloin non officiel nous a d'abord offert une certaine coopération des autorités espagnoles. Mais, quand le nom des Fioralquila a été prononcé, la plus grande réserve a été de mise. Même s'ils n'ont pas pu nous empêcher d'arrêter les Waterman..."

"Ils vont être jugés ?", s'étonne ouvertement Drago avec presque une lueur d'espoir.

"Comme le garde muet, comme Brookmyre, ce sont de menus fretins", lui rappelle Dawn sombrement.

"Mais c'est la cousine de Garinov !", je m'exclame.

"Oui, c'est ce qu'elle répète : elle n'a fait qu'aider son cousin à organiser des soirées, lui a rendu des services de nettoyage ; il lui a envoyé des clients... et son amie Hermosa leur a prêté la maison des Canaries en remerciement ... Oui, ils devaient éventuellement les rejoindre en Argentine... Ils attendaient un message", raconte amèrement Mae, essayant de refaire sans doute la voix de Jenna Waterman, mais l'imitation vocale n'a jamais été son fort. "Il n'y a pas grand chose à en tirer par des moyens légaux - le veritaserum ou la légilimancie sont réservés à des accusations bien plus graves que trafic de potions..."

"Mais il y a eu au moins deux morts et deux enlèvements !", je lui rappelle.

"Mais qu'avons-nous pour les relier à ces incidents graves ?", questionne Kingsley de sa voix de baryton. "Nous aurions sans doute eu les mêmes problèmes avec Fioralquila, Teuffer et Lavendin... Ils ont pris soin de nous laisser ceux contre qui nous avions des choses... Ce sont des rusés !"

"Et les autorités suisses ?", s'enquiert poliment Ron.

Le silence nerveux qui lui répond est suffisant pour que Drago soupire :
"Pour les Teuffer, leur héritier Kuno est parti - je devrais dire s'est réfugié - en Amérique latine parce qu'il était soumis à un "véritable chantage" de la part de sorciers britanniques et ils ne vont pas nous dire où le trouver pour que ces dits vilains sorciers ne le retrouvent..."

"Comment tu sais ça ?", je m'exclame en me tournant vers lui. Du coin de l'oeil, je vois les opinements de l'autre côté du bureau : les Teuffer ont dû dire peu ou prou ce que vient de proposer Drago.

"Parce que je connais Kuno, ou Hermosa, que je sais comment ils raisonnent ou manipulent leur entourage...", me répond calmement mon cousin sans même rougir. Je retiens qu'on aurait une vie plus calme s'il avait partagé tout ça avec nous plus tôt. On va dire que chacun de nous fait un effort.

"Et la famille Teuffer croit ce qu'elle dit ?", interroge Ron, les sourcils froncés.

Drago hésite puis hausse les épaules.
"C'est possible - encore que je pense qu'elle préfère couvrir l'héritier quitte à le surveiller elle-même de plus près..."

"Il est aussi possible qu'elle approuve ses activités", estime Kingsley. "Les Teuffer ont toujours été des prédateurs..."

"Mais on ne parle que de Kuno là, quid de Lavendin ?", je remarque. "Il m'est apparu comme le vrai chef de l'affaire !"

"La famille Teuffer prétend ne pas avoir de ses nouvelles", soupire Dawn et ça fait sourire amèrement Drago, pas surpris.

On rumine tous ces histoires de loyauté biaisée. C'est Ron qui se risque à changer de sujet :
"Et les Argentins ?"

"Eh bien, ils ne connaissent pas la même régulation des portoloins que les Européens... ça ne les dérange pas que des gens entrent ainsi sur leur territoire tant qu'ils ne provoquent pas de désordre. Ils reconnaissent qu'ils ont détecté des arrivées libres, comme ils les appellent, mais ne peuvent donner qu'une localisation très approximative", lui répond Dawn.

"Ils n'ont pas de Fioralquila, de Teuffer ou de Lavendin recensés... Mais ils ne manqueront pas de nous informer si des personnes de ce nom se faisaient connaître d'une manière ou d'une autre...", ajoute Mae, suffisamment sarcastique pour laisser percer ses doutes.

"Et on ne peut pas mener notre enquête là-bas ?", je demande.

"Tu crois que la Division a des forces secrètes à la moldue ?", m'oppose Mae semblant préférer prendre ça pour une blague.

"Tu ne voudrais pas continuer ton enquête solitaire, n'est-ce pas Cyrus ?", questionne Kingsley moins léger. Il a un regard inquisiteur et intimidant qui ferait rougir quiconque. Mais comme Drago, j'ai peut-être appris dans cette affaire que la honte ne faisait avancer personne.

"J'ai une seule enquête à mener, elle concerne les potions d'initiation des chamans sorciers guarani", je compose prudemment mais sincèrement ma réponse. "Je vous laisse les mafias, les relations diplomatiques et autres !", je lâche quand même. "Je préférerais juste savoir qu'ils ne vont pas revenir demain pirater mon miroir ou enlever mes copains !"

Kingsley a un regard rapide pour Mae - comme pour juger comment elle prend ma réponse.

" Je comprends et partage ton souci, Cyrus, crois-moi. J'ose croire que même si nous n'arrivons pas à obtenir une coopération officielle active, nous avons planté chez nos collègues espagnols, suisses ou argentins, suffisamment de questions pour qu'ils soient plus vigilants...", il soupire.

Ça me paraît un peu léger mais je décide de garder ça pour moi.

"Il me semble tout à fait certain qu'ils recommenceront, en Argentine ou ailleurs", estime alors Drago avec son débit traînant et hautain.

"Ils se sont habitués à l'argent facile", soupire Dawn.

"Ils aiment beaucoup trop la manipulation et la sensation de pouvoir sans partage qu'elle leur donne", la corrige mon cousin avec conviction. "L'argent n'est qu'un moyen pour eux... comme les drogues ou les enlèvements... La seule chose dont ils ne peuvent se passer, c'est d'inventer des stratagèmes pour manipuler les autres !"

"Bonne chance aux Argentins", conclut sombrement Ron, et personne ne trouve rien à ajouter.

"Tu as des nouvelles de Harry ?", me demande Mae quand, après être sortis du bureau de Kingsley, on a laissé Ron retourner bosser sur son rapport et que Drago a préféré fuir plutôt que d'affronter un debriefing avec ce qui lui sert de famille proche quand ça l'arrange.

"Je l'ai eu lundi", je réponds lentement, détestant par avance être le porteur de secrets.

"Il a fini son stage à Genève ?"

"Pour ce mois-ci, si j'ai bien compris", je concours toujours aussi prudent.

"Il était content ?"

Je me rends compte qu'on n'en a pas parlé et aussi que soit Mae veut me faire parler, soit qu'ils n'ont réellement pas d'infos fraîches sur mon frère. N'ayant jamais été une balance, je biaise :

"On n'a pas parlé de ça", je décide de répondre.

"Ah bon ?", s'étonne Mae, l'air sincère, je décide.

"Il voulait des informations sur l'enquête", je réponds. "Je lui ai dit que nous partions sans doute au Brésil... il a dit qu'il prenait des vacances avec Ada..."

"Ils vont où ?", elle questionne logiquement.

"A Florence et dans les Alpes", je résume sobrement mais en détournant les yeux - je suis un bien piètre menteur malgré toute l'expérience que je pourrais avoir en la matière.

"Dans les Alpes ?", relève Mae pas beaucoup plus finement que moi, si vous voulez mon avis.

"Elle lui a dit", je décide d'avouer - après tout, il ne sera pas privé de sortie, de balai ou d'argent de poche. Il n'a pas besoin que je lui invente une couverture. Il a pris une décision d'adulte - il a même insisté sur ce point.

"Et il prend ça comment ?", questionne presque timidement Mae après une demi-seconde de réflexion.

"Comme un défi", je résume après à peu près le même temps de pause. Elle acquiesce comme si elle approuvait ma formulation. "Je ne crois pas qu'il soit prêt à en parler à Papa", je rajoute.

Mae soupire.
"Vous êtes deux têtes de mule, chacun dans votre genre !"

"On l'adore, hein, ne tire pas de conclusions inutiles de tout ça", je réponds. Dans le silence qui suit, je suis étonné de trouver que ce n'est pas une mauvaise façon de présenter les choses.

"Sauf que si Harry ne lui dit rien, Remus va se ronger les sangs", elle remarque.

"Envoie le donc jouer au billard avec moi", je propose avec un fatalisme feint - c'est sur ma liste de chose à faire avant de partir au Brésil.

Ça la fait rire.
"Faut qu'il en profite avant que tu sois trop loin", elle approuve.

ooo

Je l'attendais presque dès le lendemain, mais Papa vient le vendredi soir. Il m'a appelé en fin d'après-midi pour vérifier que j'étais disponible ; j'ai dit oui, évidemment. On se retrouve directement au club de billard parce que j'arrive d'une conférence d'un Pakistanais invité de Maninder et que Ginny est sortie avec Luna. Mais c'est pas mal comme ça, je crois. J'arrive évidemment après lui, et il s'est déjà installé.

"Alors si, en plus, tu t'entraînes", je fais mine de m'agacer en posant ma veste.

"Tu habites plus près que moi, tu peux venir quand tu veux", il riposte en souriant.

"J'ai trop de travail", je prétends. "J'écris une thèse, moi !"

"Plains-toi donc", il conclut.

Je décide de choisir une queue plutôt. La troisième me convient.
"Mae n'est pas de service ?", je questionne alors qu'il rassemble les boules au centre de la table.

"Grâce à toi et à ton cousin, elle ne manque pas d'heures à rattraper", il me rappelle. "Tu casses?"

"On s'entraîne un peu d'abord ?"

"Je t'en prie."

Je me concentre pour exploser efficacement le tas triangulaire qui fait pack au milieu du tapis vert et je suis payé de retours : deux boules directes, ce n'est pas mal. J'enchaîne en annonçant les numéros que j'aspire à rentrer et je réussis tout ce que j'entreprends.

"Finalement, on aurait dû jouer pour de vrai", remarque Papa appréciateur.

"J'aurais sans doute joué plus mal", je bougonne, et ça me vaut un regard inquisiteur.

"C'est toi qui as proposé qu'on joue..."

"Tout à fait", je reconnais facilement. "Alors, avant que ça ne devienne sérieux, dis-moi : vous avez des nouvelles de Drago ?"

"Hum, d'après Dora... d'après Dora, les choses avancent. Il a accepté d'aller dîner chez les Greengrass et de lui expliquer toute l'affaire..."

Je ne sais pas si c'est de penser au stress de mon cousin mais je manque mon tir.
"Quand ça ?", je questionne en me relevant.

"Hier."

"Et alors ?", je m'intéresse sincèrement.

Papa ne me répond pas tout de suite. il est occupé à viser. Il bloque sa respiration, produit un coup sec qui envoie la boule rebondir sur deux bandes avant de glisser nettement dans le trou.

"Alors Astoria et Drago se fiancent à la fin du mois - sans doute avant votre départ"

"Pardon ?"

"Écoute, je pense qu'Androméda te raconterait ça mieux que moi - ou Drago, mais a priori Greengrass s'est montré magnanime, plus que magnanime même. Il les aurait même remerciés de leur sincérité et de leur courage... Jamais il n'aurait su reconnaître ses erreurs à leur âge - un truc comme ça", explique Papa avec un sourire en coin, comme s'il se racontait une blague connue de lui seul. "La sept en trois bandes", il annonce.

"Arthur dit tout le temps que le pire défaut de Greengrass, c'est son incapacité à reconnaître quand il a tort", je commente. Remus se penche le regard calculateur; la boule sept part avec un effet intéressant et rebondit effectivement sur trois bandes. Elle manque de peu de finir dans le trou. "Dommage", je souffle.

"En même temps, comme tu l'avais d'ailleurs fait remarquer, Greengrass s'était rendu compte que des informations sur lui arrivaient dans la presse étrangère et il avait même des soupçons sur la source... Mais il n'avait pas envisagé que sa fille et son gendre soient tellement en danger - il s'inquiétait uniquement de leur vénalité, pas de leur sécurité... Je crois qu'il s'en veut rétrospectivement de ne pas avoir enquêté plus avant..."

Je hoche la tête pour dire que je comprends plus ou moins.
"La cinq en deux bandes", j'annonce en me penchant. Mais ma queue ripe un peu et la boule n'atteint jamais la seconde bande. "Il aime bien jouer avec le feu Greengrass quand même..."

"J'en connais qui reprochent à leurs parents d'intervenir trop directement dans leur vie", commente Papa.

"Ça va, ça va, c'est déjà à ton tour de jouer !", je maugrée. "Donc, il pense que le mieux c'est de marier Drago et Astoria..."

"Je crois qu'il veut leur dire qu'il leur fait confiance pour ne pas retomber deux fois dans les mêmes pièges", il estime. Comme je prends un air entendu, il ravale un rire de confirmation et manque son tir.

"Un point partout", je remarque. "Bon, on verra si on est invités..."

"Ça ne fait aucun doute, selon moi", m'assure Papa. "Madame Greengrass leur prête d'ores et déjà un petit cottage dans la grande banlieue de Londres... Je crois qu'ils emménagent ce week-end !"

Il me faut quelques secondes pour digérer l'info et me rendre compte que je suis plutôt content pour mon cousin.

"Bon, deuxième essai pour la cinq" j'annonce. "Deux bandes, encore..." Ce coup-ci ça rentre et je me sens pousser des ailes : "La sept maintenant... deux bandes, soyons fou... Ah, zut !"

"Tu prends trop d'angle", estime Papa en replaçant la boule là où elle était. "Essaie plus directement..."

"Mais c'est à toi !"

"On s'entraîne, rappelle-toi !"

Je me penche une nouvelle fois sur la table et j'ai plus de succès même si la boule n'entre pas dans le trou à la fin.

"A toi quand même", je soupire en me relevant, mais Papa ne bouge pas.

"Harry est déjà parti ?", il souffle plutôt en me regardant avec un air trop détaché pour être honnête selon moi.

"Aucune idée", je soupire. "J'essaierai de l'appeler demain si tu veux..."

"J'ai essayé hier et aujourd'hui...", regrette Papa avant de se faire violence et de désigner la boule sept. "Une bande..."

Cette fois-ci, il marque sans problème. "La trois", il annonce donc. Pas plus de difficulté.

"Ne mets pas trop d'enjeu là-dedans", je décide de commenter pendant qu'il abat les boules les unes après les autres avec une méthode et une rage qui ne trompent personne. "Il est vexé de ne pas s'être rendu compte tout seul, sans doute réellement amoureux d'elle, et il fonce vers l'inconnu comme un pur Gryffondor..."

"C'était bien la peine que je demande de l'aide à Severus quand il était petit", soupire Papa.

oooo

"Y'en a qui ont de la chance", a résumé Ron quand Ginny et moi lui avons raconté les arrangements pris par la famille Greengrass pour Drago et Astoria le lendemain.

On ne pouvait pas totalement lui donner tort à Ron, encore que j'étais mal placé pour dire que la vie donnait si peu de secondes chances que ça... Peut-être que Ron n'en avait jamais encore eu besoin, en fait, de réelle chance... - Non, je ne lui ai pas dit ça ! Mais ce n'était pas totalement faux, si on y réfléchissait bien... Bref. D'ailleurs, Gin n'a rien laissé passer :

"Comment, Ron, tes beaux-parents n'ont pas de cottage incartable à te prêter ? Mais comment choisis-tu ta petite amie !" Comme les oreilles de Ron ont sérieusement donner des signaux de surchauffe, ma Gin a jugé bon de souligner qu'elle plaisantait : "Tout le monde sait bien que j'ai choisi Cyrus afin de pouvoir toujours me réfugier à Poudlard en cas de pépin ; y'a pas plus sûr !"

"N'empêche que j'aimerais bien qu'on ait un logement sorcier", a fini par articuler Ron. "Je me rends compte que, par mon métier, je mets Hermione en danger - je n'y avais jamais réfléchi comme cela avant : j'acceptais des risques et elle devait accepter que je les courre... mais l'affaire XIC montre bien qu'on ne peut pas toujours tout compartimenter..."

"Ça se trouve un logement sorcier", j'ai estimé.

"Eh bien, pas si facilement... on n'est pas fan ni l'un ni l'autre du Chemin de Traverse ou de Pré au lard... Et Godric Hollow est clairement au dessus de nos moyens..."

"Godric Hollow ?", a relevé Gin.

"Je rigole, hein, je ne cherche pas un grand terrain à la campagne pour faire un élevage intensif de Weasley", a commenté plus légèrement Ron. "Mais un truc pas trop loin de Londres...même une maison ou un appartement moldus, mais qu'on pourrait modifier..."

"Et ?", a compris Ginny avant moi - mais c'est son frère.

"Et on n'a pas assez d'argent à nous deux... et les Gobelins n'ouvrent pas très facilement leurs coffres à un Auror aspirant et une stagiaire du Département des Mystères...", a ouvertement regretté Ron, avant de conclure avec regret. "Va falloir qu'on attende un peu encore, je crois."

"Et un prêt Weasley ?", a proposé Ginny au bout de quelques secondes de silence.

"Pardon ?"

"On s'y met tous : Charlie a sans doute pas grand chose de côté, mais Bill, Percy, moi ou les jumeaux, on doit bien arriver à vous aider, non ?"

"Mais vous avez vos propres projets !" s'est récrié Ron, les oreilles de nouveau écarlates.

"Alors là, moi, tout de suite, je pars au Brésil et je fais des études de médicomagie, ça ne va pas me ruiner..." a jugé Gin avec un haussement d'épaules. "Et les jumeaux gagnent plus qu'ils n'arrivent à dépenser... Je ne ne te dis pas qu'on va vous payer la baraque de vos rêves, mais notre taux sera meilleur que les Gobelins !"

"Si Hermione accepte", a murmuré Ron clairement tenté.

"Elle a intérêt", a répliqué Ginny, "parce que sinon, elle peut oublier son titre actuel de belle-soeur préférée de toute la famille !"

ooo

Hermione ayant accepté, je ne vois pas trop Ginny les jours qui suivent parce qu'elle fait le tour de ses frères et va aussi visiter des appartements avec Ron et Hermione, arguant qu'aucun des deux n'a de réel sens des affaires... Ayant suffisamment sur mon agenda avec mes cours et mes recherches, je ne cherche pas trop à me mêler de leurs histoires. Dans ma grande paranoïa constitutive, j'envisage un instant que Ginny ait envie d'acheter un appartement sans oser me le dire parce que j'ai mal réagi à ses autres projets d'avenir. Dans la crainte de ranimer des discussions qui dépassent la recherche de son animagus, je garde ça pour moi. Pendant qu'ils courent la campagne, je laisse toutes les demi-heures des messages à Harry. Le dimanche midi, il daigne me rendre mes appels.

"Ok, ok, rappelle ta meute, je suis vivant", il lance en guise de bonjour.

"Excuse-nous de tenir un peu à toi - tu sais ce que c'est, l'habitude...", je rétorque.

"On est arrivés à Florence ce matin", il m'annonce en guise de non-réponse. "On a pris notre temps..." il ajoute. "Mais on va manger avec la famille d'Ada tout à l'heure"

"La grande présentation !"

"J'en sais rien, Cyrus, mais un pas de plus, c'est sûr", il me répond, plus Harry tout d'un coup que depuis le début de la conversation. Mais ça ne dure pas - la carapace revient : "C'est toi qui es allé raconter à Papa que j'allais à Lo Paradiso ?"

"J'ai dit que tu allais dans les Alpes avec Ada, tout le monde a le droit de faire ses propres déductions..."

"Je t'avais pourtant expliqué que j'avais besoin de temps et d'espace !", il gronde immédiatement.

"Tu te rappelles quand tu me faisais chanter pour que je joue au billard avec Papa ?", je réplique. "Pourquoi ça ne serait bon que pour moi de grandir ?"

"Il ne s'agit pas de grandir", il essaie faiblement, une fois qu'il a avalé le coup qu'il n'avait pas vu venir - pour une fois.

"B'en t'y réfléchiras, Harry", j'insiste. "Tu le rassures, il te fiche la paix - je crois que c'est la base de la relation père-fils, en fait !"

Ça lui arrache un petit rire.
"Tu jouerais pas au grand frère sentencieux, là ?"

"Quand t'en as besoin, je suis là", je promets.

oo

Petite note réglementaire sur les personnages qui m'appartiennent

Dawn Paulsen, Auror britannique, amie de Dora.

Theodor Paulsen, fils de Dawn et Carley Paulsen, filleul de Dora.

Michael Brookmyre, Cracmol, Detective Chief Inspector Scotland Yard, payé par le XIC pour fermer les yeux sur leurs agissements

Fioralquila, famille sorcière espagnole alliée aux McNair. Le père a été ministre de la Magie, la fille Hermosa serait membre du XIC. Les principaux chefs du XIC ont disparu depuis leur maison des Canaries.

Waterman, couple anglo-bulgare et mixte moldu-sorcier, membres du XIC. La femme, Jenna est la cousine de Vassili Garinov, un autre membre avéré du XIC.

Kuno Teuffer, sorcier suisse, dirigeant du XIC.

Jeremy Lavendin, sorcier monégasque, cousin de Kuno Teuffer, dirigeant du XIC.

Dans le prochain, De l'héritage des lycanthropes et des miroirs insistants, Harry se penche sur les magies de lune et sur la préparation de son voyage à Lo Paradiso