Playlist
Je veux comprendre les enfants
Je veux comprendre leur sourire
Je veux comprendre leur temps
et leur envie de rire
Je veux comprendre les pépés
et comprendre leur passé
Je veux comprendre les mémés
leur façons de tricoter
Je veux comprendre les pourquoi
et comprendre les papas
Je veux comprendre les comment
et comprendre les mamans
Je veux comprendre en deux temps
Je veux comprendre à l'instant
Cette valse à trois temps
cette valse à mille temps
La Mathilde, Je veux comprendre
Et pendant qu'on y est, le chapitre est dédié à une toute petite licorne toute neuve baptisée Faustine.
On verra si ça fait d'elle un maître des potions plus tard !
XXXIV Cyrus Des engueulades méritées et des enquêtes spontanées
Le week-end me prend d'abord à rebrousse-poils. Alors que je n'ai pas encore totalement émergé du sommeil, Ginny prétend me traîner voir Dominique, sa nouvelle nièce - pour laquelle elle a tellement de cadeaux que je ne peux qu'y voir une forme déguisée de pression qui me rend plutôt morose. Elle dit qu'il fera beau et qu'on sera bien près de la mer, mais je ne suis pas dupe.
Alors que je fais de la résistance passive, en sirotant un énième tasse de café et en lisant la Gazette de la veille au lieu d'aller prendre une douche, je tombe sur le programme de Quidditch du week-end : les Harpies de Holyhead rencontrent les Clochettes de Brocéliande - c'est-à-dire la rencontre qui peut rattraper la défaite devant les Abeilles de Bruxelles. Un encadré indique que Gretel Billberryhill au poste de poursuiveuse à la place de Ginny Weasley est très attendue comme le test du week-end.
Elle a beau dire le contraire, je pense sincèrement que, sans moi, Gin aurait sans doute participé à la rencontre bruxelloise, voire au reste du championnat avant, éventuellement, de démissionner pour entreprendre des études médicales. Fuir Londres le jour de cette rencontre me paraît soudain une bonne idée. Je ne suis pas loin de m'être décidé à aller au Cottage des coquillages sans faire d'histoires quand mon miroir sonne - c'est Papa. Je réponds en espérant qu'il propose quelque chose qui m'évite de passer la journée devant un bébé.
"Cyrus, je te dérange ?", il commence.
"Non, non, je bois tranquillement mon café en lisant le journal", je me complais à lui dire.
"Je voudrais te demander un service", il enchaîne. "Tu peux dire non bien sûr", il précise.
"Dis toujours", je réponds avec plus de circonspection - un service que je pourrais refuser mérite au moins ça.
"Dora voudrait que je l'accompagne - je ne sais pas exactement pour combien de temps... On peut te laisser les jumeaux ?", il questionne donc.
"Pourquoi pas", je réponds avec sincérité, soulagé qu'on ne me demande pas - je ne sais pas, moi - de remplacer le nouveau prof de potions de Poudlard au pied levé par exemple ! Y a des septième année qui se souviennent beaucoup trop de moi comme condisciple pour me faire de bons élèves, à mon avis.
"Vous n'aviez rien de prévu avec Ginny ?", enquêtent Papa et sa mauvaise conscience.
Ladite Gin est revenue et écoute, appuyée contre la chambranle de la porte de la cuisine. Est-il nécessaire de dire qu'elle est prête à partir, elle ? Je vois aussi dans ses yeux noisettes que je suis plus que transparent avec mon café et ma Gazette d'hier. Je lui pose la question muette, et elle hausse les épaules en levant les yeux au ciel. OK, c'est tout ce que je mérite quand je joue les saintes-nitouches.
"Le truc c'est qu'on allait partir pour déjeuner et passer la journée avec Bill et Fleur... c'est presque plus simple que tu les envoies là-bas directement par cheminée", j'annonce donc, abandonnant tout espoir de fuite. Les yeux noisettes de Gin sont relativement admiratifs devant mon revirement, il faut le reconnaître.
"Si ça ne les dérange pas", hésite maintenant Papa.
"Ils joueront avec Victoire", avance Ginny assez fort pour qu'il l'entende. "Je les préviens !"
"Ça me semble bien", conclut Papa. "Ils ne tiennent pas en place en ce moment, je vais leur faire la leçon, mais n'hésite pas à t'imposer", il rajoute, et ça me fait sourire qu'il s'inquiète toujours que les mômes m'embêtent, moi, avec tout ce que j'ai pu faire comme conneries bien plus vieux qu'eux !
"J'ai des ressources", je lui rappelle.
"Je sais", il sourit avec facilité. "Merci encore, hein !"
"Je peux demander où vous allez ?", je me dépêche de questionner avant qu'il ne raccroche.
Il a l'hésitation de trop. Celle qui révèle qu'il a tout fait pour ne pas me le dire.
" Chez Andromeda et Ted...- on n'a rien dit aux jumeaux parce qu'ils feraient une crise pour y aller, mais ils vont discuter avec Drago, et ils ont demandé à Dora de venir... et elle veut que je l'accompagne", il explique avec pas mal de réticence.
"Et moi, non ?", je questionne abruptement, pas loin d'être en colère. Qu'on me demande de laisser l'enquête aux Aurors est une chose, qu'on m'exclue maintenant des discussions familiales me paraît la goutte de trop !
"Cyrus, imagine le contraire : voudrais-tu qu'on invite Drago à une explication familiale concernant tes choix, tes erreurs ou ton avenir ?", contre Papa sans animosité - avec son ton raisonnable qu'il peut employer avec nous tous quand on oublie de réfléchir avant de répondre. Je me sens rougir parce que je connais ma réponse. "Déjà, je trouve que ma présence tient plutôt d'une plutôt erreur du Choixpeau", il ajoute, et je comprends que j'ai mal interprété sa réticence.
"Ok", je souffle - totale reddition.
"Merci encore pour les jumeaux - ça leur fera du bien d'être avec toi", il répète.
"De rien", je redis moi aussi et je reste pensif devant le miroir en pensant à mon cousin et au conseil de famille qui se prépare. Je ne sais pas pour les jumeaux mais, pour moi, c'est clair : autant aller voir un bébé, je décide.
Je me dépêche donc de me préparer, et on va aussi sec transplaner dans le vieux magasin abandonné à deux pas de l'appart'. Quand on arrive au Cottage aux coquillages, les mômes sont contents de me voir, et Bill et Fleur n'ont pas l'air de trouver qu'on les envahit en trop grand nombre. Victoire est plutôt ravie d'avoir des compagnons de jeu, et ils se roulent tous les trois sur la pelouse pendant que Fleur s'ébaudit devant chaque cadeau de Gin. Tout est "esquis" ou "trop zoli". Moi, je trouve que c'est très rose, et très petit, tellement que c'en est presque inutile vu le rythme auquel cette petite Dominique va - je l'espère pour elle - grandir. Pourtant, j'essaie - je promets que j'essaie - de ne pas laisser totalement percer mes sentiments devant la petite dernière Weasley, qui est une grosse larve sympathique - mais une grosse larve quand même.
Je crois que Bill s'en rend compte quand il me propose qu'on emmène les trois grands voir la mer. La benjamine s'arrête tous les trois mètres pour observer une fourmi ou cueillir un brin d'herbe et chouine après parce que les jumeaux sont loin devant et qu'elle veut leur montrer ses trésors. La troisième fois que ce scénario se reproduit - que Bill doit la porter pour qu'on les rattrape - , je décide d'essayer de briefer les deux sept ans et de changer la donne :
"Pourquoi vous ne marcheriez pas tous les trois devant ? Tenez-lui donc la main pour qu'elle puisse vous suivre", je propose.
"Ok", obéit Kane avec un regard protecteur et relativement attendri pour Victoire.
"Elle ne peut pas marcher seule ?", contre Iris, image même de la défiance en pleine croissance. A moins que ses gènes féminins ne protestent contre la présence d'une Vélane miniature à ses côtés, allez savoir.
"Elle ne peut pas courir comme vous, si vous ne lui tenez pas la main", me soutient Bill.
"C'est un bébé", juge ma petite soeur avec un reniflement méprisant. "Faut la porter ! On irait plus vite !"
"Je ne suis pas un bébé !", s'indigne - évidemment - Victoire.
"On fait tous une promenade, tous ensemble", commente Bill à la cantonade ; mais son regard agacé pour ma soeur ne m'a pas échappé.
"Ce n'est pas long", je crois bon de rajouter.
"C'est nul, c'est un truc de bébé, on ne peut pas aller avec toi, grimper dans les arbres ?" proteste Iris. Derrière elle, Kane accepte solennellement les cailloux offerts par Victoire. Il y a des philosophes.
"Plus tard, Iris, on verra", je temporise une dernière fois. "Là, on va voir la mer..."
"Maintenant !", exige Iris croisant les bras avec toute la défiance dont elle est capable. Bill se raidit d'agacement et, moi, je lui prends le bras en retendant ma main qui serait bien allée vers ses fesses - parce que je ne suis pas le plus calme de la famille, c'est un fait :
"Tu sais quoi, Iris ?", je gronde donc. "On peut rentrer tous les deux au cottage et aider à s'occuper du vrai bébé qui est là-bas pendant que Kane, Bill et Victoire vont voir la mer: tu choisis."
Iris pince les lèvres, essaie de soutenir mon regard mais n'y arrive pas complètement. Je lis dans ses yeux gris qu'elle se demande si je suis prêt à mettre mes menaces à exécution. J'essaie de faire dire clairement aux miens que s'il faut jouer à ça, elle va perdre - même si ça m'oblige à chanter des berceuses à une larve joufflue le reste de la journée !
"C'est trop nul", marmonne finalement Iris en se dégageant de mon empreinte et en se dirigeant vers Kane et Victoire qui sont dans leurs comptes de cailloux.
"Tu fais attention à Victoire, hein, Iris, je te regarde", je rajoute.
Elle ne me répond pas, mais je décide qu'elle n'a pas pris la main de la petite avec trop de violence et que je peux peut-être lui faire confiance.
"Je suis désolé", je dis à Bill - Papa s'excuserait, j'en suis sûr.
"Pas de quoi, Cyrus", il me répond. "Pour autant que je puisse en juger, tu as réagi comme il fallait ! Je ne crois pas que j'aurais su être aussi ferme que toi avec Ron et Gin quand ils étaient petits!"
"Ah, dis-moi que je suis un père qui s'ignore ! ", j'explose en essayant que ç'ait l'air d'une blague. "Ta soeur t'a payé ou quoi !"
"Gin a effectivement l'air gagnée par les hormones de la reproduction", il commente avec un sourire entendu.
"Un peu", j'avoue, gêné maintenant d'avoir mis ça sur le tapis. Devant nous, les trois gnomes avancent en chantant des chansons, au moins une chose qui roule.
"Et toi ?"
"Moi, je dis que je ne suis pas prêt - je suis peut-être un professeur supportable ; un grand frère capable de gérer les jumeaux ; ça ne fait pas de moi un père !"
"C'est la femme de ta vie, la famille que tu crées avec elle, qui feront ça", glisse Bill et il parle pour lui - c'est clair. C'est pas très loin de ce qu'a dit Papa, en moins développé. Mais ça n'enlève pas le sentiment que cette fichue décision de procréation est au dessus de moi comme le vieux Damoclès et son épée. Pas très agréable.
Je pense brusquement à Sirius - à moins qu'il n'ait attendu son heure pour lancer cette idée-là - et à sa certitude qu'il avait le temps. Je ne dis pas que ça serait simple si un véritable enfant de lui se promenait au Brésil aujourd'hui, mais au moins Aesthélia serait moins amère. Peut-être même qu'il aurait mieux équilibré ses responsabilités et qu'il aurait échappé à Azkaban ; élevé Harry avec Aesthélia... Bien sûr, je ne serais pas là, mais le scénario n'est pas insupportable quand on y pense. Il est même meilleur que bien d'autres...
Je suis loin dans mes pensées quand Bill me fait presque sursauter en me demandant :
"Tu as eu ton frère, récemment ?"
"Hier", je lui réponds un peu surpris que Harry arrive comme ça, sans introduction, sur le tapis. Comme Bill ne relance pas tout de suite, je rajoute un peu maladroitement : "Il prend des vacances, le salaud !"
"Je croyais qu'il était en stage à Genève ?," s'étonne ouvertement Bill.
"Oh, il y va une semaine toutes les pleines lunes", j'explique puis je me rends compte que je ne sais rien ou presque sur la nature de son stage chez les Gobelins. C'est pas d'Harry de ne pas nous avoir raconté, je me dis.
"Ah oui, c'est vrai", commente Bill, et je réalise brutalement que le grand frère de Gin bosse chez les Gobelins ici, en Angleterre. Il y a plus qu'une coïncidence, c'est clair...
"Qu'est-ce qu'il y a, Bill ?", je décide de questionner plus directement. On ne va pas tourner autour du pot tout l'après-midi. Ça le fait rire - plutôt comme un soulagement que comme une moquerie.
"Merci de rendre les choses plus simples, Cyrus", il reconnaît. "C'est une démarche assez étrange - je vous connais plus comme les potes de mon frère et de ma soeur que comme des professionnels mais..."
"Tu veux dire que ça t'épate qu'on finisse pas avoir des diplômes voire qu'on s'en serve ?", je le titille assez gentiment.
"Eh bien je me rappelle quand vous ne pensiez qu'au Quidditch ou à faire des cabanes au fond du jardin", il rigole. "Mais moi même, je mesure à quel point j'ai avancé, pourquoi auriez vous fait autre chose ? Faut que je me fasse à un Ronnichou bientôt Auror - et pas pour jouer !"
"Non pas pour jouer", je confirme.
"Bref, quand mon vieux pote Soranzo Lorendan - qui est briseur de sort à Genève, m'a demandé ce que je pensais de la candidature de Harry, je lui ai dit que c'était un gars sérieux, ouvert, intelligent, travailleur..."
"Et ?"
"Et il me dit qu'il a commencé le stage plutôt normalement, qu'il a même semblé prendre les choses très au sérieux, se lançant dans une vraie recherche, puis qu'il les a plantés là du jour au lendemain en prétextant une urgence à Venise... Je crois que ce qui surprend le plus Soranzo c'est qu'il ait à peine donné de ses nouvelles depuis... Il paraît qu'il ne le fait que par l'intermédiaire d'une autre stagiaire, que Sorenzo soupçonne d'ailleurs de couvrir Harry... et du coup, mon pote se pose des questions..."
"Il t'a appelé pour te dire ça ?", j'enquête.
"C'est un de mes meilleurs potes - je lui ai demandé d'être le parrain de Dominique et il a accepté", il m'explique.
Je rumine tout ça quelques secondes avant de proposer :
"Harry est amoureux."
"De la fille ?"
"Sauf s'il a développé une vie sentimentale encore plus compliquée que ce que je sais, non, d'une Florentine rencontrée à Venise... l'urgence c'était de partir en vacances avec elle."
"Eh bien, bravo, le mythe du Harry raisonnable et travailleur, s'effondre", s'exclame Bill.
"C'est souvent le cas avec les mythes", je commente en souriant. In petto, je me dis qu'il est plus que temps que quelqu'un sonne les cloches à Harry. S'il le faut, ça sera moi.
oo
On ramène les jumeaux, heureusement fatigués par le grand air et la mer, à Londres. On n'a pas de nouvelles de Papa ou Mae - "ça doit barder", a philosophiquement commenté Ginny quand je le lui ai fait remarquer. Comme on doit transplaner chacun avec un, ça amène une dispute totalement stupide sur qui ira avec qui.
"Cyrus est mon parrain", argumente Iris les larmes aux yeux quand Kane insiste que c'est toujours elle qui va avec moi.
Ginny me lance un regard désemparé. Bill et Fleur ont l'air de se demander si je vais m'en sortir. Rien de tel qu'un défi. Je sors de ma poche une pièce et j'annonce :
"Face c'est Kane, pile, c'est Iris, et le premier qui râle, je lui fais faire la vaisselle en arrivant !" J'ai un silence immédiat et absolu. Appelez-moi, Magic Cyrus. Je lance la pièce, et c'est face qui sort - et c'est vraiment le hasard, même si je trouve que ça tombe bien, en fait. Iris se contente d'une petite moue déçue - pas plus fan de vaisselle "à la moldue" que n'importe qui de normalement constitué. Quand elle part avec Gin, je m'excuse une nouvelle fois envers Bill et Fleur.
"Ils sont un peu intenables", je dis, en reprenant les mots de Papa. Kane pique heureusement du nez en m'entendant.
"Pas tant que ça", m'assure Bill, "ou tu as oublié l'ambiance au Terrier quand on était mômes... Tu avais quoi, neuf ans, la première fois que tu es venu ? Eh bien, je me rappelle de ta tête sidérée devant nos disputes !"
"Et puis z'est touzours intérézant d'observer des méthodes éducatives de pointe", commente Fleur, Dominique dans les bras. Je me demande si elle se moque.
A Londres, les jumeaux tentent bien d'obtenir un arrêt au parc entre le magasin fermé où on a transplané et la maison - et là, ils sont même d'accord sur l'idée.
"Vous deux, vous semblez ne pas vous en rendre compte mais vous êtes super fatigants", j'annonce en essayant d'être calme et posé comme Papa. Je crois que ça sort plutôt cassant et exaspéré, mais bref. "Là, c'est l'heure d'aller prendre un bain et de dîner et pas d'aller faire du toboggan et, je serais vous, je testerais pas trop ma patience, parce qu'elle est relativement à bout, là..."
Iris lève les yeux au ciel - ouais, carrément ; il suffit de me dire que j'aurais sans doute fait pire pour me dire que Remus est un saint. Kane est, pour une fois, plus avisé :
"Cyrus, on voulait pas t'embêter... mais ils devaient réparer le toboggan alors on voulait voir..."
Je crois bien que j'aurais abdiqué tout principe devant un tel argumentaire, mais Papa et Mae arrivent à notre rencontre.
"Et nous qui avions peur d'avoir abusé de votre patience", commente cette dernière, soulagée je crois de se dire que si on rentre si tard c'est qu'on a passé une bonne journée.
"On était bien là bas", explique simplement Ginny.
"Et vous, vous avez été sages ?" demande Papa aux jumeaux.
Comme aucun des deux n'ose quand même prétendre que c'est la vérité, Mae leur fait les gros yeux, et ça accélère le retour à la maison.
"Ça ne vous dérange pas qu'on dorme là ?", veut savoir Papa - qui d'autre ?
"Absolument pas, Remus", affirme Ginny avant moi. Elle fait bien, tiens, presque il rougit.
A peine arrivée, Mae entraîne les jumeaux vers la baignoire, et Gin dit qu'elle veut nous faire une surprise pour le dîner et s'essayer à des pizzas maison. Ça nous laisse en tête à tête, Papa et moi.
"Ça ressemble presque à un complot", il commente en souriant.
"J'y suis pour rien", je promets. "Tu veux une bière ?"
"Avec plaisir."
"Alors, Drago, vous l'avez rhabillé pour la décennie ?", je questionne en revenant de la cuisine avec deux bières - autant vous dire que les pizzas à la moldue, ça met Ginny dans un drôle d'état - pas la peine de traîner dans la cuisine.
Papa hésite, je le vois, et puis il décide.
"Cyrus, je crois réellement que certaines choses n'ont pas besoin de tant d'audience !"
"Vous l'avez laminé", je comprends.
Il a un temps d'hésitation :
"J'ai essayé de rester en dehors de ça", il marmonne. "Je comprends que les Tonks se soient attachés à lui et soient blessés qu'il ne soit pas venu leur demander de l'aide... Je pense même que c'est bien pour Drago de se rendre compte qu'un nombre relativement important de gens s'inquiètent de son avenir... sincèrement... mais j'avoue que j'avais du mal à me situer dans leurs discussions..."
Je bois deux gorgées de bière en me demandant si je peux enquêter plus avant - pour arriver à la conclusion que je peux en deviner assez comme ça.
"Harry t'a appelé ?", je finis par questionner - autant revenir à notre petite famille et ses propres dysfonctionnements.
"Non", souffle Papa puis relève la tête pour demander : "Et toi ?"
"Non", je gronde. J'ai rarement été aussi en colère contre Harry James Potter-Lupin. Mais pour qui se prend-il ?
"Je n'aurais pas dû insister", annonce bizarrement Papa. "C'est une pression de trop... j'en fais souvent trop avec vous deux..."
"Tu vas arrêter de vouloir que ça soit ta faute !", je réponds peu aimablement. "T'as vu un peu tous les soucis qu'on te crée en permanence ? C'est un peu normal que tu t'inquiètes ! Et si j'ai dit le contraire, c'est que j'avais tort, ok ?"
"Présenté comme ça, je n'oserais pas te contredire !", il sourit presque.
"Tu ferais mieux !"
Ginny appelle alors de la cuisine.
"C'est prêt tout le monde, si vous voulez bien venir !"
ooo
Honnêtement, je vais mieux dimanche midi, une fois que j'ai engueulé Harry. Je suis même plutôt fier de moi d'ailleurs : je n'ai pas hurlé, j'ai été mesuré, mais direct et clair. J'ai même vaguement eu l'impression qu'il était déstabilisé par mon calme. Ça amène un air songeur sur le visage de ma Ginny quand je lui explique ça :
"Les jumeaux chez Bill, ton père hier soir et, maintenant, Harry, je me demande où ça va s'arrêter - t'as des trucs à dire à Albus ?"
"Ah, ah, ah", j'ai commenté un peu gêné. Je ne savais pas qu'elle avait écouté notre conversation hier - et ne parlons pas d'engueuler Grand-père !
La sonnerie de mon miroir m'offre pour la deuxième fois du week-end une heureuse diversion.
"Cyrus", je réponds à mon habitude
"Bonjour, je m'appelle Brunissande, je suis une amie d'Harry", annonce une très jolie brunette - faut le dire. Elle a un léger accent - français, je dirais
"Enchanté", je commente donc poliment.
"Voilà, Harry m'a conseillée de t'appeler", elle reprend visiblement un peu intimidée. Ginny lève des sourcils curieux et, moi, je ne peux pas m'empêcher de me dire que ça devait être avant que je ne l'engueule. "C'est pour un conseil pour une potion."
"Une potion ?", je répète, sidéré.
"Un contre-poison, plus exactement", elle précise.
"Carrément", je commente, toujours pas remis de ma surprise initiale.
"Harry dit que tu as travaillé sur un contre-poison récemment", elle insiste.
"Et ?", je questionne moins aimablement - je suis un apprenti chercheur en ethnomagie moi, pas un maître des potions.
"Que tu aurais peut-être des conseils à me donner", elle m'explique.
Je regarde Ginny qui se marre parce qu'elle doit lire sur ma tête que cette fille semble faire tout pour être la suivante sur ma liste d'engueulades méritées du week-end.
"Peut-on savoir quel est le poison ou dois-je deviner ?", j'essaie dans un dernier élan de charité.
"Eh bien, en fait, c'est un peu compliqué, je sais que c'est un poison maya, parce que c'est inscrit dans le testament - on me demande de préparer un contrepoison, tu comprends, je suis briseuse de sorts, enfin, bientôt... et un client doit prendre le poison et le contre-poison pour obtenir son héritage et... on a que le poison...", elle explique assez maladroitement - mais c'est une très jolie fille, remarque une partie de mon cerveau ; très distinguée.
"Et pourquoi c'est toi qui travailles là-dessus ?", je questionne sincèrement. Les Gobelins sont devenus fous. Bill peut dire ce qu'il veut de Harry, mais ils sont malades de filer un truc pareil à une gamine qui n'a pas l'air de savoir par quel bout prendre l'affaire.
"Je... on m'a demandé de la faire, mon chef a dit que c'était à ma portée...", elle avoue, assez gênée, je la sens proche de raccrocher.
"Mais rassure-moi, tu l'as analysé ce poison, tu as trouvé la recette, tu pourrais en préparer si besoin...?", je questionne assez sarcastique peut-être.
"J'ai cherché dans les livres les recettes connues de poisons mayas et j'ai vu que la plupart étaient préparé à base d'agave et de..."
"Tu ne l'as pas analysé ?", je m'exclame.
"Eh, bien, on n'en a pas beaucoup et si on en détériore une partie..."
"J'imagine que tu en as peu, mais la base de toute étude de poison ou de contre-poison c'est de déterminer les composants et la recette employée et même de refabriquer le poison pour avoir de quoi travailler...", je lui rappelle.
"Je connais la théorie mais, dans ce cas, comme c'est un poison exotique, j'espérais pouvoir..."
"Je ne crois pas que l'espoir soit un bon contre-poison", je la coupe sèchement. Ginny réprime une peu charitable envie de rire à côté de moi.
"Sans doute, mais puisqu'il s'agit d'agave, je me disais qu'un contre-poison utilisant une décoction de noix de cola pourrait dégrader la base et..."
"Dis-moi, il y a plusieurs héritiers ?", j'interviens.
"Pardon ?", balbutie notre apprentie empoisonneuse française.
"Je ne sais pas si tu as suffisamment de poison pour travailler mais si ta méthode est d'essayer le contre-poison directement sur l'héritier, j'espère que tu en as plusieurs !"
Ginny rit franchement cette fois, et ça finit d'agacer mon interlocutrice. Elle est hautaine et sèche quand elle annonce :
"Excuse-moi de t'avoir dérangé, Cyrus, Harry disait que tu pourrais sans doute me donner des conseils, mais je vois que je tombe à un mauvais moment..."
Brusquement je me demande d'où Harry connaît cette fille et si c'est elle, la stagiaire qui le couvre chez les Gobelins. Ça mérite une petite enquête, non ?
"Tu travailles à Genève ?" - je questionne donc. "Avec Sorenzo Lorendan ?"
A sa pâleur soudaine, je crois qu'elle se dit que je connais tellement bien son chef que je vais l'appeler juste après. Elle se contente d'acquiescer.
"Et tu aides Harry dans ses recherches", je continue.
"Il t'en a parlé ?"
"Non, Lorendan en a parlé à Bill Weasley - le frère de ma fiancée - qui me l'a rapporté", je lui explique et je vois qu'elle comprend les implications. Ce n'est jamais très bon d'être le sujet de rumeurs dans un petit milieu comme les briseurs de sorts.
"Je n'ai pas fait grand-chose - il a dû partir en urgence à Venise... J'ai juste fait ses dernières observations pour lui...", elle m'explique avec une telle volonté de me convaincre que je me dis que Harry, il en a de la chance, quand même...
Puis je me dis aussi qu'il me manque décidément une pièce : Harry, partir comme ça, mettre son stage en péril ? Pourquoi est-il rentré si précipitamment à Venise ? En utilisant cette fille, en plus ? Je décide que je ne peux pas laisser filer ma meilleure piste :
"Tu sais quoi : tu es libre là ?", j'improvise.
"Pardon ?"
"Si tu viens avec un échantillon de ta potion, on peut chercher une base un peu plus sérieuse que la dégradation de l'agave par la noix de cola..."
"Maintenant ?"
"Eh bien, le plus tôt est le mieux... On pourrait se retrouver à la Croisée des chemins à Londres, on ira dans un laboratoire auquel j'ai accès..."
"Maintenant ?... Je ne sais pas si j'aurais facilement un portoloin, mais dans une grande heure?", elle décide précipitamment, à son tour. La potion, ça doit urger !
"Parfait", je commente en coupant l'appel.
"Dans quoi tu te lances, là ?", questionne Ginny très sérieusement. Je ne dirais pas qu'il y a de la réprobation dans sa voix mais elle ne rit plus, c'est un fait.
"Dans une enquête sur mon frère", je lui avoue.
oooo
"Salut Michael", je lance avec sourire et décontraction quand la porte s'ouvre.
"Cyrus ?", il s'étonne.
"Oui, je sais, c'est dimanche, mais j'ai besoin du labo", j'annonce - autant être franc, je me dis.
"Du labo ?" - il relève immédiatement suspicieux.
"Zen, Michael, zen, pas de descente de police en vue, je viens juste analyser un truc avec cette jeune fille", je continue en montrant Brunissande qui a un peu rougi devant l'accueil. "On en a sans doute pour l'après-midi, mais c'est comme un tutorat pour une étudiante étrangère après tout ; rien qui ne va poser de problèmes..."
"Ton père sait.. ?"
Mon père... évidemment.
"Non il ne sait pas - mais si tu l'appelles, dis-lui que je donne un cours privé à une amie française de Harry", je propose en continuant d'avancer et en espérant qu'il évitera de gâcher le dimanche de Papa avec ça. " Tiens, dis lui que c'est la cousine d'Aliénor et, tu verras, il ne s'inquiétera pas !", je rajoute sans m'arrêter afin de montrer combien il y a peu de raisons de s'alarmer de mes projets.
Michael soupire, ferme la porte d'entrée qu'il avait laissée ouverte et ajoute :
"On a réparé la porte du labo, essayez de ne rien faire exploser !"
"Compte sur nous", je lui réponds en guidant Brunissande dans les couloirs.
"On est où, ici ?", elle souffle.
"On est à la fondation Sirius Black pour le progrès magique, à l'école pour les enfants garous créée par mon père qui dirige la Fondation en plus de Poudlard et au programme de coopération pour l'éducation universelle des sorciers ; je donne des cours plusieurs fois par semaine", j'explique - oui, je crâne un peu, disons-le.
"Pourquoi cet homme... craint-il une descente de police ?"
"C'était une blague de ma part", je mens. Elle n'a pas l'air de me croire mais elle ne trouve rien à répondre à ça. J'ouvre la porte flambant-neuve du labo et je pose mon sac sur la paillasse.
"Y a plus qu'à sortir ton poison", je lance - genre on n'est pas là pour rigoler. J'aurais bien le temps de la faire parler plus tard.
Elle s'exécute avec un peu de raideur pendant que je sors deux petits chaudrons et trois fioles de réactifs, une balance, une pipette.
"Tu veux t'y prendre comment ?", elle enquête le flacon bien serré dans ses mains.
"Assez classiquement, détermination des éléments sur liquide puis sur extraits secs..."
"Et si les émanations sont toxiques ?"
"On va commencer par l'analyse du liquide", je précise.
Elle garde le flacon contre elle, toujours un peu indécise.
"Tu pourras réellement en refaire ?"
"Normalement oui, j'ai déjà reconstitué des potions relativement complexes, tu sais... C'est même un truc que je maîtrise plutôt davantage que les contre-poisons !", je réponds assez simplement et je sens que ça la rassure un peu.
Elle pose le flacon entre nous deux. Je prends la pipette et en extrais une petite dose. Je lance un Specialis revelio - puisqu'il semble bien qu'il faille repartir de la base. Le résultat est bizarre pour le moins. D'abord il se passe rien, comme si le sort s'était perdu dans l'espace. Puis l'image d'une plante apparaît : une agave ; j'attends autre chose mais après quelques secondes, il faut se convaincre que c'est tout ce qu'on apprendra par un Révélasort de Scarpin. .
"Comme moi", commente Brunissande avec une pointe de soulagement, je crois.
"Tu as bien sûr fait des recherches sur le Révélasort", je suppose à haute voix. J'ai quand même une Briseuse de sorts à côté de moi. Elle confirme d'un signe de tête.
"La seule chose qui me paraissait faire sens est la mention que parfois les potions sont protégées des Révélasorts par une image implantée..." elle ajoute - preuve que j'ai été inutilement méprisant et mesquin quand elle m'a appelé.
"L'agave", je réfléchis à haute voix. "Mais est-ce que ça veut dire qu'ils ont choisi l'agave parce qu'elle est présente dans la potion ou au contraire est-ce un double leurre ?"
"J'ai lu que les Mayas utilisaient la plupart du temps le jus d'agave comme base", elle me rappelle.
"La plupart du temps", je souligne. "L'idéal serait d'aller à la bibliothèque d'ethnomagie mais je crains qu'on n'ait pas trop le temps... et puis quelles garanties a-t-on que cette potion est réellement maya ? Et puis de quelle époque et de quelle région ? On en aurait pour des jours ! Non, faut reprendre notre analyse... Comme tu l'as déjà indiqué, agave dit noix de cola", je conclus.
Je me lève pour fouiller dans les placards pour trouver un flacon un peu poussiéreux contenant trois noix rosées. Je coupe l'une d'elle en deux, prélève un morceau avec mon canif. Je le place dans un petit récipient et je fais tomber une goutte de potion depuis la pipette. Rien. Ça ne pèse pas pour l'agave, je me dis sans verbaliser cette pensée.
"Tu peux faire chauffer de l'eau ?," je lui demande en me remettant à chercher des ingrédients dans le placard.
Je sors de la bave de crapaud - le catalyseur le plus universel qu'on puisse trouver. Quand l'eau bout, j'en dissous une cuiller puis je prends le morceau de noix imbibé de potion et je le mets dans le chaudron. Je lance un specialis revelio sur la fumée : cola, évidemment, mais pas d'agave. Le deuxième élément qui apparaît est un drôle d'arbuste aux feuilles rondes et aux fleurs violettes...
"Qu'est-ce que c'est ?", murmure Brunissande.
"Je crois que c'est un savonette, le nom latin c'est lonchocarpus - j'en ai vu plusieurs fois au Brésil... c'est un bon insecticide mais l'écorce est hallucinogène...", je souffle en écrivant le nom sur un parchemin.
Une nouvelle image apparaît, une liane grimpante avec de jolies fleurs que Brunissande reconnaît comme moi :
"Passiflore..."
"Un bon mélange en effet - pas sûr que ça le tue, ton héritier, mais ça lui fichera la frousse de sa vie", j'estime.
"Et c'est tout ?"
"A priori, oui, mais maintenant qu'on a cette base-là, on peut sans souci produire un extrait sec et graduer les éléments", je reprends.
La porte s'ouvre alors lentement - elle ne grince pas, elle est neuve. Je me retourne m'attendant à Michael - voire à une enquête de Papa, et je me trouve face à Drago.
"Désolé, je passe juste prendre mes cahiers", il balbutie en me voyant. Il n'a pas l'air bien à l'aise - croit-il que je vais l'engueuler à mon tour ?
"Tu ne me déranges pas, Drago", je m'empresse de lui assurer. "J'aide Brunissande à trouver la composition d'une potion maya..."
"Bonjour", ponctue timidement ladite Brunissande quand les yeux de Drago se posent sur elle.
"Brunissande, mon cousin, Drago - un vrai maître des potions, lui, d'ailleurs - Brunissande est une amie de Harry", j'indique aux deux parties qui se dévisagent avec pas mal de gêne. "Tu sais, toi, comment on bloque un Revélasort de Scarpin avec une fausse image ?"
"Tu veux bloquer ou débloquer ?", questionne Drago du bout des lèvres - j'ai l'impression qu'il préférerait s'enfuir mais qu'il n'ose pas.
"Là tout de suite, on débloquerait, qu'on gagnerait du temps", je constate.
Drago hoche la tête puis nous regarde à tour de rôle.
"Dîtes-moi d'abord sur quoi vous travaillez !"
"Un poison maya, trouvé dans un coffre à Genève..."
"A Genève !", s'écrie Drago - j'aurais pu dire : "voilà Voldemort en flacon", je n'aurais pas eu plus de succès !
"Je suis stagiaire à la banque des Gobelins de Genève", essaie d'expliquer Brunissande.
"A Genève, Cyrus !", répète Drago, les yeux terrifiés.
"Tous les Suisses ne font pas partie du XIC", je tente de calmer l'affaire, mais Drago fait déjà marche arrière vers la porte.
"OK, on appelle Harry et il confirme l'identité de Brunissande, ça te va ?", je me dépêche de proposer en sortant le miroir de ma poche. Drago s'est arrêté, je prends ça pour un oui. Brunissande a l'air trop sidérée pour verbaliser les questions que tout ça doit bien lui inspirer.
"Il est à Florence avec Ada", je commente quand ça sonne dans le vide et pour meubler le silence. "Pas sûr qu'on l'intéresse beaucoup..."
"C'est qui, Ada ?", soupire Drago avec un air de martyr. Brunissande a curieusement baissé les yeux au même moment - je me dis qu'elle s'intéresse peut-être pas à mon frère seulement pour son pedigree de briseur de sorts. C'est sans doute pour cela qu'elle le couvre - ces filles, alors !
"Dora ne t'a pas parlé de la nouvelle petite amie de Harry ?", je questionne plutôt mon cousin.
"J'espère bien qu'elle n'en parle pas à tout le monde !", commente la voix alarmée de Harry - j'avais pas vu qu'il prenait l'appel.
"Harry, j'ai Brunissande et Drago avec moi", je commence sans le laisser finir - c'est pas trop leurs affaires, je me dis.
"Brunissande ?", il relève immédiatement.
Je tourne le miroir vers la jeune française, qui m'a l'air de lutter pour ne pas rougir, en expliquant: "Elle est venue pour que je l'aide sur sa potion."
"Ah, très bien !", se félicite mon frère, l'air sincèrement content de ce développement. "Ça marche ? Vous trouvez des trucs ?"
"On a avancé, mais Drago voulait que tu confirmes que tout ce qui vient de Genève n'est pas dangereux", je commente en retournant le miroir vers moi.
"Moque-toi", gronde sourdement mon cousin.
"Vous voulez que je vous prouve qu'elle est bien Brunissande ?", reformule Harry. "La paranoïa devient générale, là !"
"Écoute, tu lui poses une question personnelle, et on raccroche - j'imagine qu'on te dérange...", j'insinue pas très gentiment peut-être, mais quand je pense à la liste des questions que je lui poserais bien, il a plutôt de la chance !
"On se promène avec le cousin d'Ada et sa famille... bref... Je ne sais pas moi... Quel costume portais-tu au bal...?", commence Harry. Je note qu'il a baissé la voix.
"Si c'était un bal, n'importe qui peut savoir", intervient fermement Drago.
"Ah... OK", soupire Harry. Il semble chercher plusieurs minutes avant de lancer :"Je ne trouve pas mieux que... Est-ce que tu peux chanter la chanson que tu chantes le matin sous la douche...? - je ne sais pas son nom, désolé... mais tu la chantes très bien !" - il ajoute précipitamment. Harry a toujours été un piètre dragueur, si vous voulez mon avis.
Drago regarde Brunissande comme si elle avait plusieurs têtes et, moi, je me dis que peut-être je ne connais pas si bien que ça mon frère. La Française détourne d'abord les yeux, gênée sans doute par les implications présentes dans nos regards. Elle serre les poings, soupire et finit par se rendre à je-ne-sais-quelle raison :
"Je n'ai pas trop le choix", elle souffle avant de s'éclaircir la gorge et de chanter d'une voix un peu chevrotante avec l'émotion: "'J'ai demandé à la luuune... le soleil ne le sait pas
Je lui ai montré mes brûluuuures Et la lune s'est moquée de moi..."
"C'est ça", l'interrompt Harry l'air sincèrement embêté maintenant. "Ça vous va, les gars?"
Je regarde Drago qui acquiesce.
"OK, on va lui préparer son antidote", je conclus, alors que j'aimerais sincèrement savoir comment il sait quelle chanson elle fredonne sous la douche.
"Je vous revaudrai ça", promet Harry, l'air soulagé.
"J'en prends bonne note", je réponds assez fermement.
Ça lui coupe la réplique quelques secondes.
"Ne te fais pas plus dur et malin que tu n'es, Cyrus", il rétorque.
"N'oublie pas d'appeler Papa", je tiens bon.
"C'est déjà fait", il annonce sèchement et il ferme le miroir.
Là tout de suite, je ne voudrais qu'une chose, appeler Remus - mieux aller le voir et vérifier que ma famille tient le coup. Sauf que j'ai un maître des potions et une briseuse de sorts en face de moi - et incidemment, un contre-poison à préparer avant la nuit. On aurait difficilement moins de libertés!
"Bon, alors ?", questionne d'ailleurs Brunissande - ses yeux allant de Drago à moi avec insistance.
Avant que je n'ai ouvert la bouche, Drago fait les trois pas qui le séparent de la paillasse et observe notre installation, le flacon, mes notes.
"Si vous avez raison, ce n'est pas réellement un poison mais plutôt une drogue..."
"C'est ce que Cyrus a dit", commente très loyalement Brunissande.
Drago me jette un regard rapide, et je sens qu'il faut que je répète que je veux de son aide.
"Tu peux l'enlever cette image, alors ?"
"On peut prendre un nouvel échantillon ?", il questionne.
"Eh bien, si c'est ce qu'a pris Cyrus, je pense que oui", estime Brunissande.
Mon cousin se saisit de la pipette et prélève une petite dose de potion. Il pointe alors sa baguette vers la pipette - avec juste la petite dose de nonchalance qui vous fait dire qu'il est content de savoir, et pas vous.
On échange un regard avec Brunissande et on est bien d'accord. Drago nous a fait tout un foin pour un truc qu'on aurait pu trouver tout seuls avec un peu de temps. L'image de l'agave flotte dans les airs comme une confirmation inutile. Drago doit sentir qu'il n'a pas totalement convaincu son public et il ajoute d'une voix notablement factuelle :
"Juste pour être sûr qu'il y en a qu'une..."
"Et après ?", je questionne
"Imagem destructum", indique Drago presque rosissant.
"Et c'est tout !", s'exclame Brunissande toute aussi agacée que moi, je crois.
"Non, faut vérifier, sur l'échantillon que le Révelasort fonctionne correctement maintenant... Il y a des systèmes avancés qui font que l'image se recrée plusieurs fois..."
Ça me rassure presque que le truc ne soit pas aussi enfantin. Je me dis vaguement que dès que j'aurais cinq secondes, je ferais des recherches sur tout ça. Pendant que je soliloque avec moi-même, Brunissande, qui ne doit plus en pouvoir de frustration elle aussi, a lancé le révelasort. On retrouve nos ingrédients - le savonette et les fruits de la passion mais aussi une nouvelle liane inconnue.
« Tu connais ? », elle demande en me regardant.
« Y'a un paquet de lianes qui ressemblent à ça », je suis obligé de lui avouer.
« On échappera pas au dosage à sec », soupire donc Drago en versant son échantillon dans le chaudron. Dix minutes plus tard, après confrontation des réactions avec Les tables complètes des éléments de potions ; 16e édition, on sait donc que le troisième élément est de l'Ipomée violette.
« Autant dire qu'on a l'antidote », conclut Drago quand j'annonce le nom. Devant notre silence, il a beau jeu de développer : « L'ipomée est un excitant, si elle est déjà présente dans le mélange, elle sera le meilleure antidote ! »
La logique de Drago s'infiltre dans nos deux cerveaux et presque en même temps, on opine qu'on a compris.
« Mais on va trouver ça où un dimanche ? », s'inquiète maintenant Brunissande.
« Les herboristes du Chemin de Traverse ne ferment pas le dimanche », je réponds en prenant ma veste. « Je reviens tout de suite... »
ooo
Quelques heures plus tard, on accompagne Drago et moi, Brunissande et son flacon de décoction pure d'ipomée violette à la Salle des Départs internationaux du Centre londonien des Portoloins. En quittant la Fondation, Drago a appelé Astoria et moi, Ginny, qui a eu l'air presque surprise que je ne lui annonce aucune catastrophe. Brunissande n'a appelé personne, je l'ai noté et j'ai eu un peu de peine pour elle. On a ensuite réservé pour elle un portoloin pour 23h et on est allé dîner d'un curry moldu que Drago a trouvé mangeable en parlant à bâtons rompus de nos études.
C'est marrant comme après une demi-journée, j'ai l'impression de la connaître. Ça me fait carrément bizarre de la voir partir comme ça et de me dire que, peut-être, je ne la reverrais jamais plus. Je pense ensuite à ce qu'elle fait pour mon frère et je décide qu'il faut qu'elle parte pas trop désespérée par la famille Lupin.
« Désolé pour ce matin », je lui glisse, et ça l'épate, je le vois bien.
« Pas de quoi... je pensais que Harry t'en aurait parlé », elle m'avoue – avec ce que je prends pour une pointe d'agacement.
« Il n'a pas totalement toute sa tête en ce moment », je lui réponds et je vois les questions muettes défiler dans les yeux de Drago. « Il ne faut pas trop lui en vouloir... »
« Il ne me doit rien », elle commente la tête haute, avec un peu de dépit quand même.
«Ce n'est pas ce que j'avais compris », j'insiste. « Et c'est plutôt le genre qui m'aurait prévenu...»
« Mais il a mieux à faire », elle soupire. Elle fait deux pas, comme pour mettre une fin physique à notre conversation et puis elle me confie : « Tu sais quand il est parti, il avait l'air tellement inquiet, je n'ai pas pensé que c'était pour partir en vacances avec Ada... ils s'écrivaient tous les jours et je le savais amoureux mais... son stage finissait le lendemain ! J'ai cru que quelque chose de terrible était arrivé ! »
Je pèse brièvement ce qu'elle vient de me dire. A son arrivée catastrophe à Venise, mon frère a découvert la lycanthropie de sa petite amie. Il me manquait des pièces mais je voyais un scénario se dessiner.
« En quelque sorte, quelque chose de grave est arrivé », je souffle dans une défense nouvelle de mon grand-frère. Drago ravale de nouveaux ses questions mais je me dis que je n'y échapperais sans doute pas dans un futur proche.
Brunissande, elle, me dévisage longuement avant d'accepter cette affirmation.
« Pas trop grave, j'espère », elle murmure.
« C'est un peu tôt pour le dire », je me rends compte. « Mais il n'a jamais autant eu besoin de ses amis... »
« Je serai là », elle promet.
« Moi aussi », je réplique. Puis je me dis que c'est maintenant où jamais de réparer mes accès de colère : « Si tu présentais à Lorendan l'antidote comme le résultat d'une coopération entre Harry et toi, ni Drago ni moi ne serions vexés... »
Je flippe carrément que mon cousin hausse les sourcils ou que Brunissande refuse tout sec , mais le premier lève les yeux au ciel et la seconde me regarde longtemps avant d'acquiescer.
« L'antidote, une réponse un peu cohérente à Lorendan, je vais décidément te devoir beaucoup, Cyrus Lupin », elle finit par dire avec un sourire entendu.
ooo
Quelques sorciers non canons
Gretel Billberryhill
Sorcière britannique. Poursuiveuse des Harpies de Holyhead à la place de Ginny
Brunissande Desfées
Sorcière française, briseuse de sorts. Cousine de Aliénor Poussin, amie de Harry.
Deux petites notes de l'auteur
1) La suite s'appelle : Des décors florentins et de la prudence éternelle - un pas de plus de Harry dans le monde de Ada. Il devrait être mis en ligne vers le 25 août, histoire que je sois en vacances loin d'Internet
2) Ça me titille depuis un moment, comme un truc déraisonnable. Mais écrire des fanfictions n'est pas une activité raisonnable...
Alors voilà, maintenant que le cycle compte cinq saisons, je me dis que vous avez sans doute des curiosités, des envies, des frustrations... des envies d'exploration... Bref, je vous invite à les partager avec moi sous la forme d'un défi...
Il peut s'agir de lignes alternatives du récit - qui seront postées comme telles : genre "et si Aesthélia avait eu un enfant de Sirius" ou "Ce Sirius adulte, il aurait fait quoi quand Harry aurait abattu Voldie"... vous voyez le genre. J'espère sincèrement que vous serez davantage inspirés par des détails dans mon univers : "où Cyrus avait-il trouvé les scooters en 5e et 6 année ?" ou toute autre question à laquelle je n'ai pas pensée mais qui vous intéresse... Ces défis peuvent porter sur chacune des saisons et même le futur - "Comment Iris arrivera-t-elle à présenter son petit ami à ses frères ?"... On verra comment les poster de manière cohérente plus tard...
Je ne sais pas si je répondrai à tous les défis, ni dans quel ordre, mais plus vous me surprendrez plus je ne penserais qu'à ça - je me connais ;-).
Bel été
