Non, je ne viens pas en touriste
Je voudrais m'intégrer
Jusqu'au fond de ce que tu veux bien m'accorder
Loi du lieu, loi du sang
Sauve-nous bien des larmes
Nous sommes d'accord
Général Alcazar, Nous sommes d'accord, Des Sirènes et des Hommes
XXXV. Des décors florentins et de la prudence éternelle
Cosmo Arbori Taluti, le fameux cousin d'Ada, est un homme hors du commun. Je ne sais pas exactement à quoi je m'attendais, sans doute n'y avais-je pas réfléchi, mais quand je suis entré dans son atelier, j'ai immédiatement su que j'aurais du mal à le considérer comme un égal.
D'abord, « Cosmito », comme l'appelle toute sa famille, a plus de dix ansque moi ou Ada – c'est-à-dire plus que Bill ou Charlie ! Mais la différence d'âge n'explique pas tout – j'ai fréquenté suffisamment de gens intimidants et âgés depuis que je vis avec Remus pour ne pas m'arrêter à ça, après tout. Le fait qu'il soit un homme marié – sa femme, Popea, est aussi son assistante – et leurs deux enfants, jeunes encore, sont néanmoins présents dans l'atelier avec eux – renforce encore l'impression, mais là encore j'aurais pu m'y faire.
C'est peut-être le lieu. L'atelier Arbori occupe un vaste entresol dans une ruelle assez sombre et quasi déserte. D'ailleurs, c'est bien plus qu'un atelier en fait, c'est leur maison, leur vie. Je n'avais jamais vu d'endroit plus rempli de livres, de matériaux et d'objets magiques, de tapis et de sofas moelleux, de tentures précieuses, d'outils pointus et de jouets anciens – même chez grand-père Albus. Une véritable caverne d'Ali Baba, en un sens.
« Un musée, tu veux dire ! », a soufflé Ada quand je lui en ai fait la remarque.
Donc il y a le décor. Mais il y a avant tout l'homme. Comme son père Almo, qui passe ses journées dans un profond fauteuil près de la vitrine à attendre les clients, Cosmito est petit et mince. Vraiment petit – à peine plus grand que Filius Flitwick. Il a des yeux noirs en amande, un visage fin et des oreilles en pointe – pour faire court et sans avoir osé demander, il me semble probable que du sang de Folletti coule dans ses veines.
Prématurément et totalement chauve, Cosmito porte des vêtements extrêmement soignés, ajustés avec précision à son corps mince. Il s'exprime avec un débit lent et un vocabulaire mûrement choisi qui me donne l'impression d'avoir treize ans et de ne pas connaître assez de mots pour rendre compte de ma pensée. S'il fallait encore affirmer combien il est adulte, sa main droite porte une imposante chevalière d'or, distinction offerte aux faiseurs de baguettes continentaux par leur pairs – je l'ai appris en France. Popea, sa femme, n'est pas moins étonnante que lui – comme sa réplique en plus chevelue et plus brune pour faire court. Planqués dans ses jupes, leurs deux mômes – Almito et Cosima – braquent des yeux noirs et curieux sur tout ce qu'ils voient.
« Je m'appelle Harry, je suis très heureux de vous rencontrer », j'ai essayé.
« Nous sommes heureux nous aussi », a affirmé Diana, la tante de Ada – étonnamment grande, blonde au milieu de la famille Arbori.
« Et curieux aussi », a commenté Cosmito.
Moins d'une heure plus tard, je m'étais convaincu que c'était le principal sentiment que leur inspirait ma venue. Si on y réfléchissait, j'étais habitué à la curiosité, on ne s'appelle pas Harry Potter-Lupin sans connaître la curiosité des inconnus. Sauf que pour une fois, ces gens, la famille d'Ada, étaient plutôt curieux du Harry que du Potter et du Lupin. Peut-être parce qu'eux-même portaient des patronymes marqués par l'histoire et savaient les limites des légendes. Peut-être parce que je dépareillais des précédents amoureux d'Ada, comment savoir?
Ils voulaient davantage de détails sur notre rencontre que sur mes études et mes ambitions – ou sur celles de mon père. C'était relativement rafraîchissant - mais aussi déstabilisant comme toutes les choses nouvelles. Ils mourraient aussi d'envie de savoir depuis quand je connaissais la condition d'Ada mais n'ont pas osé le demander de but en blanc.
« Quelque part, je l'ai toujours su », j'ai fini par dire. « Il a juste fallu que j'accepte de savoir... »
Ça leur a bien plu comme formulation, je crois. J'ai marqué d'autres points en expliquant que je travaillais en ce moment sur les magies de lune et que ça m'avait amené à chercher les manuscrits perdus de Maddalena Taluti. Après m'avoir posé suffisamment de questions pour me donner l'impression de passer un examen, Cosmito et Almo m'ont annoncé qu'ils me montreraient des choses le soir, après la promenade qu'ils avaient prévue à Arruze.
« Pourquoi ce soir ? », a plus ou moins protesté Ada – peut-être ne voulait-elle pas aller se promener.
« L'harmonie demande qu'on s'intéresse au cycle de la lune quand elle est levée », a répondu son oncle.
Ça a scellé l'affaire, vous l'imaginez bien.
oo
Cyrus m'appelle alors que nous sommes allés nous promener sur le site Arruzze à quelques kilomètres de Florence, pour visiter les traces magiques étrusques – autant dire les plus vieilles d'Italie. Cosmito commente de loin en loin des vestiges plus intéressants que d'autres – parfois, son père complète. En m'excusant de cette interruption, je laisse le groupe avancer pour prendre l'appel. Et je fais bien puisque je me retrouve à faire chanter à Brunissande la chanson qu'elle fredonne le matin sous la douche ! Y'a des journées qui vous feraient croire à la Divination quand même – pourquoi tout ça le même jour ?
« C'était ton frère ? », me questionne Ada quand je viens de raccrocher en me répétant qu'avec l'aide de Drago et Cyrus, Brunissande aura son antidote et que, non, je ne l'ai pas rendu suffisamment ridicule pour qu'elle refuse de jamais plus m'adresser la parole ! Toujours accroché à ma pensée positive forcée, je décide qu'il n'y a pas tellement de raison de mentir à Ada - ni d'en dire trop, et j'acquiesce donc. Évidemment, ça ne lui suffit pas et je dois expliquer :
« Il voulait être sûr de l'identité de quelqu'un, d'un autre stagiaire de Genève à qui j'ai conseillé d'appeler mon frère pour des conseils en potions... Ils sont encore tous paranoïaques là-bas ! », je conclus en espérant avoir clos le sujet.
« Ils doivent se montrer prudents », estime Ada sans que je sache si elle me croie un seul instant.
J'en aurais presque rougi, je crois, avant que je ne réfléchisse à toutes ces fois où elle avait dû se poser la même question, ou presque, dans l'autre sens. Elle n'a jamais rougi, je me force à m'en rappeler.
ooo
La lune se lève tard ce soir-là – je le sais parce que je n'ai jamais autant attendu son arrivée dans le ciel. Ce soir, je vais avoir accès aux écrits de Maddalena Taluti conservés par ses derniers descendants... Je suis relativement excité, en fait – ce que Ada observe avec un mélange d'amusement et d'exaspération avant de finir par se décider à sortir avec sa cousine Perlita.
« Tu t'intéresses bien aux moyens d'augmenter et de diminuer l'influence de la lune ? », commence Cosmito quand il me fait entrer dans un cabinet de lecture donc le plafond est transparent, donnant une vision complète du ciel.
« En particulier aux méthodes employant des figurines et des talismans », je confirme.
On en a déjà parlé plusieurs fois dans la journée ; j'ai narré mes observations de Genève et le résultat obtenu par Tarquino Cimballi à Venise. Dire que les Arbori sont fiers de savoir que « les travaux de Maddalena protègent maintenant la lignée Cimballi » est un euphémisme.
« Je ne crois pas que Harry puisse faire l'économie de s'imprégner du calendrier lunaire construit par Maddalena », intervient le vieil Almo, qui m'a l'air plus réveillé maintenant que toute la journée. Peut-être passe-t-il ses nuits à travailler dans ce cabinet et ses journées à somnoler aux côtés de son fils. Peut-être la journée ne commence-t-elle pour lui que maintenant. Je n'ose pas demander.
« Un calendrier ? », je m'intéresse plutôt, très poliment. Dire que je doute a priori manquer d'informations sur les cycles lunaires serait un mensonge.
« Un calendrier des effets », indique Cosmito en sortant un parchemin roulé d'un étui de protection de cuir sombre.
Je me penche sur les graphiques et les colonnes de chiffres qui emplissent le manuscrit.
« C'est une compilation qu'avait réalisée Cosmo, le père d'Ada », commente Almo.
Il me faut un peu de temps mais, très vite, je mesure l'importance de ce que je suis en train de lire. Ça représente des nuits, presque une vie, d'observation de la lune, et de ses effets sur les plantes, les hommes, les créatures... Il y en a des mètres et des mètres... J'en suis encore au stade de la surprise émerveillée quand Cosmito sort un deuxième parchemin – laissant pour la première fois transparaître qu'il peut avoir des impatiences ou des réactions impulsives :
« Cosmo en a tiré des coefficients plus synthétiques... »
« Maddalena avait commencé », intervient Almo.
« Il a complété ses premiers travaux », insiste le fils.
« Mais il ne les a pas publiés », je remarque.
«Le monde n'était pas prêt à les accepter », juge Almo, et je comprends tellement ce qu'il veut dire que je ne pose aucune question.
Le soleil me trouve endormi, le lundi matin, au travers des parchemins de Maddalena. Il est clair que je suis loin des statuettes mais je suis entré dans le monde lunaire de Maddalena, ses logiques et ses perspectives. Il me semble que tout a changé : les hommes, les animaux, les plantes, les garous... tout ça a pris une nouvelle dimension.
"Tu vas être épuisé pour aller à Lo Paradiso", commente avec une once de reproche Ada.
"Epuisé ?", je relève avec fatigue.
"C'est dans la montagne, Harry, inaccessible autrement qu'à pied", elle explique avec un air étrange, un peu supérieur, je dirais.
"Ca va aller", je minimise. "C'était bien avec ta cousine ?"
"Sympa", elle avoue avec un sourire de petite fille, presque gênée. "Ils nous attendent pour le petit-déjeuner".
"Je te suis", j'articule en dépliant avec un difficulté certaine mon corps mal réveillé.
Alors que je n'ai pas fini ma première tasse de café, Ada annonce que pour « continuer notre voyage », il nous faut faire quelques emplettes.
« Il va falloir vous passer d'Harry jusqu'à ce soir », elle conclut donc pour son cousin et son oncle comme si elle les soupçonnait de vouloir m'enfermer toute la journée dans leur cabinet de lecture.
« Tu veux vraiment l'emmener là-bas ? », questionne alors sa tante sans autre introduction et sans sourire.
« Il veut aller là-bas, Dianita » répond Ada avec un mélange nouveau d'agacement et de plaidoirie qui dit bien ce qu'est leur relation.
Tous les regards se portant maintenant sur moi, il ne me reste qu'à confirmer.
« Je suis très curieux de cet endroit, unique en Europe », je commence, sans doute trop mondain pour mon audience. Je le sens dans leurs yeux. « J'ai entendu des choses très contradictoires, bien sûr, mais j'espère y aller l'esprit ouvert, sans a priori... grâce à Ada... »
« Nul ne se déplace sans a priori, jeune homme », remarque le vieil Almo. « L'essence même du déplacement, comme de son contraire, est l'a priori ! »
« J'imagine, Harry, que tu veux dire sans chercher à comparer l'expérience de Lo Paradiso avec celle menée par ton père dans sa fondation », reformule Cosmito. « Je pense que tu y échapperas facilement : ça a autant à voir que le bouleau et le chêne ! »
« Tu crois savoir de quoi tu parles, Cosmito ? », intervient Ada, avec colère. « Tu n'as jamais mis les pieds à Lo Paradiso ni à la Fondation Sirius Black ! »
« J'ai sculpté de mes mains assez de baguettes utilisées par des lycanthropes pour savoir faire la différence entre la recherche de la science et celle de la force », il répond sans paraître s'émouvoir.
« Remus Lupin ne fait pas des recherches, il transmet des savoirs qui seraient sinon interdits aux lycanthropes », argumente Ada, les joues étonnamment rouges. « Il ne mène pas une expérience, il organise un partage ! »
De nouveau les regards des Arbori sont sur moi – moi, dépassé par le tour pris par la conversation.
« Je ne suis pas là en ambassadeur de mon père », je réaffirme bien plus calmement que je l'avais fait devant Tiziano. « Je confirme que sa principale ambition est l'éducation et l'égalité des chances – c'est un professeur jusqu'au fond de son âme... Je n'en sais pas assez sur Lo Paradiso, pour prendre parti dans votre discussion... »
« Aradia », intervient alors Diana, assez solennelle, « ton père aurait voulu qu'il y ait des écoles à Lo Paradiso... »
« Comme Harry, je ne retourne pas là-bas pour être l'ambassadeur d'autres », répond sombrement mon amie.
«Je me souviens d'un temps où tu pensais que les ambassades se faisaient dans l'autre sens», remarque alors très doucement Popea.
« Et je me trompais en me croyant prête... je suis devenue plus prudente et moins ambitieuse », répond Ada en se levant – c'est une fuite, visiblement.
« La prudence demande parfois d'être ambitieux », commente Almo quand nous sortons de la pièce.
Je ne sais toujours pas où nous allons quand nous sommes au bout de la rue.
« Devons nous prendre la moto ? » je m'enquiers.
« Non », répond Ada avec un petit rire. « Excuse-moi, ils m'agacent... même si je sais qu'ils s'inquiètent pour moi... Enfin, ils aimeraient surtout que je sois à la hauteur de mon nom – même quand ils disent le contraire... Diana a une telle vénération pour son petit frère ! Imagine appeler son fils pareil et pousser sa belle-fille a décliné le prénom au féminin ! »
Il y a trop de choses dans la réponse d'Ada, je décide de reprendre les éléments un par un :
« Ils s'inquiètent que tu retournes à Lo Paradiso ou que tu sortes avec moi ? »
Elle se détourne à peine trop vite mais pourtant je sais que j'ai posé la bonne question.
« Harry... je... Je t'ai parlé de Lucca... de son rôle d'ambassadeur... lui non plus n'a pas que des amis, tu sais... Il se bat à l'extérieur pour que Lo Paradiso continue et, de l'intérieur, pour que Lo Paradiso change... ça fait beaucoup de combats perdus d'avance, bien sûr, j'ai fini par le comprendre quand je suis devenue son assistante... dans tous les sens du terme... J'ai presque compris ce que ma mère avait fui, tu sais... Je suis partie avant d'avoir à laisser trop de choses derrière moi... »
Je retourne tous ces éléments et une question assez insidieuse s'impose : pourquoi aurais-je préféré qu'ils s'inquiètent de mon influence à moi ?
"Je veux me tourner vers l'avenir, Harry", elle ajoute brusquement me prenant les mains en pleine rue. "Je n'entretiens aucune admiration complaisante pour les oeuvres de mon père, ou les choix d'autres... j'ai déjà choisi, ne t'inquiète pas !"
Je fouille ses yeux bleus brillants d'émotion, plus expressifs que souvent. Je ne crois pas y voir de calcul ou de retenue. Alors j'opine.
"Allons acheter de quoi t'équiper pour la montagne", elle conclut en me tirant vers un magasin que je n'avais pas remarqué auparavant.
ooo
« Il ne nous manque plus rien ? », je questionne quand nous sortons de la boutique une demi-heure plus tard.
Des chaussures à la veste technique enchanté magiquement pour s'adapter à la température, c'est elle qui a tout commandé. Je n'ai eu le choix que des modèles et des couleurs. Le vendeur a bien compris que j'allais faire de la haute montagne pour la première fois et il m'a souhaité une "bonne découverte" après avoir indiqué que nos achats seraient livrés chez les Arbori dans la journée.
« Non, on a tout ; on peut partir demain », répond Ada avec un sourire satisfait. On fait trois pas, et elle ajoute : « Il ne nous reste qu'à appeler ton père »
« Mon père ? », je relève avec un mélange assez détonnant d'agacement et de satisfaction de la voir affronter les choses aussi frontalement cette fois.
« Je ne partirais pas sans l'avoir rassuré », elle confirme.
« Tu ne crois pas que tu exagères », je m'agace cette fois. « Son problème, c'est qu'il veut toujours tout contrôler, ce n'est pas toi ! »
« Je l'appelle d'abord pour moi, Harry », elle explique étonnamment grave. « Je ne me regarderais pas en face si je ne le faisais pas... »
Je la crois. Et les implications ne sont pas toutes agréables. J'avais été content que mon père soit connu en Italie, content pour lui ; la fascination d'Ada, peut-être plus compréhensible maintenant que j'en devinais les causes, déclenchait un truc curieux en moi, proche de la jalousie : je n'étais qu'un môme à côté de Remus, un môme qui n'avait pas fait grand-chose pour l'instant de sa vie...
« Tu crois qu'on peut l'appeler maintenant ? », elle reprend me sortant de mon introspection.
Je regarde ma montre et je me dis que le repas est encore assez loin pour qu'il soit sans doute disponible.
« On peut essayer », je marmonne donc en sortant mon miroir de ma poche.
Ada m'entraîne dans le Giardina Delli Simplici tout proche et, pour plus d'intimité, je place autour de nous une bulle de silence. Ada active un sortilège de traduction avec une aisance qui devrait me faire plaisir, j'imagine.
« Tu veux l'appeler toi ? », je demande – peut-être pas très gentiment.
« Ça lui paraîtrait très curieux », elle refuse.
Et je décide de ravaler mon agacement et de m'exécuter. Remus ne me laisse pas attendre deux sonneries.
« Harry ! » Il y a un mélange d'inquiétude et de soulagement sur son visage, et je vois aux tableaux qui défile derrière lui qu'il s'éloigne des couloirs les plus fréquentés pour me répondre.
« Je te dérange ? », je questionne un peu pour retarder le moment de lui passer Ada.
« Non, bien sûr », il m'assure, mais je rembraye avec une nervosité d'adolescent qui ne fait rien pour calmer mon agacement :
« Ada voudrait te parler », j'annonce donc en tendant le miroir à mon amie qui a l'air peu impressionnée par mon introduction. Je ne peux pas lui en vouloir.
« Remus ? C'est Aradia Taluti », elle commence avec une certaine distinction. Je me dis que c'est même la première fois que je l'entends affirmer l'intégralité de son nom avec aisance.
« Bonjour Ada », répond Papa avec simplicité et gentillesse. Finalement, il s'est toujours adressé à elle avec beaucoup de gentillesse, quand j'y pense. Mais faut sans doute mieux que je n'y pense pas trop.
« Je voulais te parler », reprend Ada avec un peu plus de nervosité mais autant de détermination que précédemment. « Harry sait... ce que j'aurais dû lui dire moi même bien plus tôt sans doute... et, c'est sans doute normal, il a envie d'en savoir plus... Nous sommes dans ma famille à Florence et demain, nous partons pour Lo Paradiso... »
« Je suis content de savoir que vous avez surmonté ce choc-là », répond Papa après un petit silence.
Je me dis très cyniquement qu'il devait même avoir préparé plusieurs phrases dans ce style avant de me rappeler qu'il ne pouvait pas s'attendre à ce que Ada l'appelle elle-même.
« Je suis désolée du choc », souffle Ada avec un honte palpable.
Il y a un nouveau silence, je me détourne pour regarder le jardin, gêné de cette conversation à trois.
« J'imagine », finit par commenter Papa. Il se tait de nouveau avant de reprendre : « Je ne sais pas si mon opinion vous aidera en quoi que ce soit, l'un comme l'autre, mais... disons que je n'arrive pas à ne pas me réjouir que mon fils ait vu en toi une femme avant de voir une louve... Pour le reste, je vous fais plutôt confiance... Et c'est tout ce que j'ai à dire... »
Je sens le regard d'Ada sur moi, je me retourne quand elle reprend :
« Remus, il y a beaucoup de choses dont nous aurions dû parler... Je ne sais même pas trop par quoi commencer ! Lo Paradiso n'est pas mon idéal de la lycanthropie... enfin pas comme ce lieu fonctionne aujourd'hui pour l'instant... je n'embarque pas Harry dans une visite promotionnelle...»
La présentation d'Ada me fait réaliser le peu que je sais de Lo Paradiso, finalement. Je sais que Papa a essayé de plusieurs façons de créer des liens avec eux et que ça n'a conduit nulle part. Je crois même que je ne me suis pas tellement intéressé aux raisons profondes de leur désaccord.
« Harry est assez grand pour se faire ses propres opinions », remarque Papa. « Je suis plutôt content qu'il y aille avec et pour toi que pour toute autre raison... Et je ne défends pas une vision unique de.. »
« Je sais, Remus, je ne te connais pas beaucoup, mais ça je l'ai compris ! », l'interrompt Ada avec une certaine fougue. « Peut-être même l'ai-je compris par Harry plutôt que par toi », elle précise, et il y a tellement d'émotion dans sa voix que ça fait fondre ma garde agacée et que je prends sa main.
Papa est de nouveau silencieux dans son couloir de Poudlard. Je l'imagine appuyé contre un mur, entouré d'une bulle de silence et cherchant ses mots.
« Lo Paradiso est une belle utopie », il finit par énoncer.
« Une réserve folklorique », le contre Ada.
« Aussi », admet Papa avec un rire sans joie. « Mais j'avais cru comprendre qu'une jeune génération essayait de changer pas mal de choses là-bas... Je ne l'ai pas rencontré hors du Conseil mais on m'a parlé d'un certain Astrelli ? »
« Lucca est un incurable optimiste », soupire Ada et, moi, je n'arrive même pas à m'étonner que ce rival ait déjà pris tellement de place dans ma vie.
« Les cyniques ne font pas toujours le poids devant les optimistes », estime Papa, et ça se veut sans doute un encouragement mais, moi, je prends ça comme un coup de couteau dans le dos.
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En dehors des personnages empruntés à une autre, et de Ada que vous connaissez bien à force nous avons, par ordre d'apparition:
Cosmo Arbori Taluti - sorcier florentin, faiseur de baguettes réputé. Fils de Almo Arbori et Diana Taluti. Cousin d'Ada. Petit, chauve, il porte du sang de folletti, une espèce italienne de lutins. Dit Cosmito pour le différencier de son oncle, Cosmo Taluti.
Popea Arbori Taluti - faiseuse de baguettes florentine. Mariée à Cosmo. Mère de Cosima et Almito. De sang lutin elle aussi. Son prénom est celui de la femme de Néron, empereur romain de triste renommée. C'est aussi un opéra de Monteverdi. Et un prénom rigolo d'après moi, et malgré tout ce que je viens d'écrire.
Almo Arbori - faiseur de baguettes florentin à la retraite. Porte du sang de lutin. Père de Cosmito Arbori Taluti, oncle d'Ada. Son prénom veut dire âme et son patronyme évoque les arbres, quoi de plus indiquer dans sa profession ?
Diana Arbori née Taluti - soeur de Cosmo Taluti, descendante de Maddalena Taluti, tante de Ada. Elle est grande et blonde. Diana est la déesse romaine de la chasse.
Tarquino Cimballi - sorcier vénitien, grand-père de Tiziano, ami briseur de soeur de Harry. Alchimiste, il s'est penché sur les magies de lune et les écrits de Maddalena Taluti pour créer des talismans protecteurs.
Brunissande Desfées - sorcière française, briseuse de sorts stagiaire de la Banque des Gobelins de Genève. Amie de Harry.
Lucca Astrelli - sorcier romain, loup-garou, ambasadeur de Lo Paradiso. Ancien amour d'Ada. Avec un prénom qui veut dire lumière et un nom de famille qui évoque les étoiles, pas étonnant qu'il soit présenté comme optimiste.
Le prochain chapitre, confié à Cyrus, s'intitule De l'art du persiflage et des ressorts de l'inquiétude. Disons qu'on y retrouve une fois de plus, Cyrus, en face de toute sa famille...
En matière de défi, j'ai reçu celui de LaSilvana - et non des moindres... Si Cyrus était allé à Serpentard... On va dire que j'accepte d'y réfléchir mais que je ne promets rien ! Et les autres, pas d'envie ou d'idées ?
