Sept ans d'violon
Que je chante devant ta fenêtre
Sept ans c'est long
Cette maison entre nous
Moi j'aimerais plutôt qu'on y mette …
Une Lola, un p'tit Tom
Une Maya en personne
Premiers pas pour Anton
(Un mot de toi et c'est tout comme)
Mathieu Boogaert, Le Ciment
XXXVIII. Cyrus De la Symbolique et de la bonne tenue.
Drago vient s'assoir à côté de moi à la bibliothèque le jeudi. Il n'y a presque plus personne tellement il est tard. Peut-être a-t-il attendu exprès, je me dis, pas loin de la paranoïa.
« Symbolique ? », il commente inutilement, vu les livres ouverts autour de moi.
« Pas le choix », je soupire. Il y a une drôle de lueur dans ses yeux gris. On dirait de la curiosité franche. « Quoi, tu vas me dire que tu t'attendais à ce que je me rebelle contre Girasis et que je refuse de passer ces examens ? », je lance par pure dérision.
Il réfléchit plusieurs longues secondes à sa réponse.
« Je dirais que je m'étonne à me laisser encore surprendre par le fait que je ne comprendrais jamais comment tu penses et tu fonctionnes... »
« Peut-être que tu ne laisses pas assez courir ton imagination et que tu figes les gens et les positions sans sembler envisager que les choses, les caractères et les personnes évoluent », je lui suggère relativement suavement.
« Encore faudrait-il être capable d'anticiper dans quel sens cette évolution a lieu ! », il continue, l'air amusé de ma réplique - c'est subtil de savoir quand Drago est amusé, je vous l'accorde.
« Il est facile de m'enfermer dans le rôle du clown », je grince – l'heure et ma fatigue ne plaident pas pour la diplomatie.
« Certes », il souffle, l'air de Kane ou Iris quand je dis stop et que je les envoie dans leur chambre.
« Bon, et si me tu disais ce que tu voulais me dire ? », je soupire pas tellement d'humeur à ses jeux de chat et de souris.
« Merci », il commence lentement – oui, je veux dire encore plus lentement que lorsqu'il parle normalement, imaginez ! Comme je lève un sourcil étonné, il ajoute : « Pardon. »
« Tu m'inquiètes là, Drago, mes grands-parents t'ont drogué ou quoi ? »
« Astoria pense que... que nous ... Astoria espère que tu m'excuseras et que... Ginny et toi accepterez de venir dîner chez nous », il formule avec difficulté.
« Astoria ? », je relève, sidéré, parce que c'est une peu la dernière que j'aurais rendue responsable de cette évolution.
« Cyrus, vu qui tu as toi-même choisi, ne me dis pas que tu n'as pas un faible pour les jeunes femmes ayant du caractère », il finit par répondre, beaucoup plus calmement.
«Je ne doute pas du caractère d'Astoria, c'est juste que la dernière fois que je l'ai croisée à Sainte-Mangouste, elle n'avait pas l'air de juger que j'exerçais une bonne influence sur toi!»
Ça le fait rougir – un truc bien rare.
« Elle est désolée – elle espérait que tu avais oublié... », il m'avoue.
« Elle a dit que tu... aimerais me ressembler », j'insiste sans trop savoir pourquoi. Mais cette conversation que j'avais d'abord classée comme purement émotionnelle semblait avec le temps plus révélatrice de la réalité.
« N'exagérons rien », marmonne mon cousin - il aurait voulu paraître hautain et sec, il a l'air d'avoir envie de se lever et de s'enfuir.
« Eh Drago, une fois passée la surprise, c'est ça qui m'a amené à comprendre ce qui se passait vraiment avec le XIC », je lui raconte en posant ma main sur son bras, pour bonne mesure.
« Ça t'a bien fait rire, je suppose ? », il suppose avec acidité.
« Drago... », je soupire. « Je suis flatté, Ok ? T'es pas un gars dans la moyenne, toi-même ; j'avais plutôt l'impression que tu me supportais parce que j'étais de cette famille que la vie t'a imposée... Je suis ton cousin, que ça te plaise ou non, mais je serais fier d'être ton ami... »
Je retiens que j'ai davantage de gènes en commun avec lui qu'avec Harry ou mon père, mais c'est pourtant la réalité comme ses yeux gris me le rappellent douloureusement. Je me dis qu'il faut que je fasse un geste de paix encore plus clair et je propose :
«On révise ensemble cette saleté de Symbolique ? J'aimerais autant ne pas repasser l'examen l'année prochaine ; loin de moi d'oser une critique personnelle, bien sûr...On pourra reprendre notre passionnante discussion sur nos liens familiaux une autre fois, non?»
Il me regarde d'abord comme s'il cherchait un piège, longtemps, puis ses yeux se posent sur les livres, longtemps aussi. J'en suis à me dire que j'aurais mieux fait de ne pas lui rappeler son échec de l'an passé, que je suis de toute façon taré de croire que nous pourrions faire mieux que des potions ensemble, quand il hoche deux fois la tête avant de relever la tête avec un air supérieur qui lui ressemble mieux :
« Très cher cousin, je suis infiniment déçu de voir que tu ne sentes pas toute l'importance de la théorie magique, celle qui sépare des personnes réellement éduquées des sorciers de basse extraction, voire des elfes de maison, et tout particulièrement la Symbolique... »
« Drago... », je soupire, fatigué par avance.
« Au-delà de l'apport absolument sans pareil de la Symbolique à la connaissance des processus magiques, mon expérience approfondie - comme tu l'as souligné - de l'approche de cette discipline dans notre université m'a appris qu'il fallait mieux jeter au feu cet horrible opus bleu là-bas, écrit par Salomon Straightway, l'infâme critique de notre géniale directrice de Département, et se nourrir de la lecture de ses ouvrages à elle... Voyages dans l'âme de la magie et pratiques symboliques, étant à la fois le plus récent et le seul compréhensible en moins de dix ans d'études... », il ajoute.
Une drôle de flamme s'est allumée dans ses yeux – comme s'il était excité et gêné à la fois de s'essayer à la bouffonnerie.
« Obligé ? », je souffle parce que j'ai déjà tenté des articles de Girasis, et ça ne m'a pas donné l'envie de lire un livre entier.
« Si tu le cites quelque part, à mon avis, t'as direct la moitié de la note », il me confirme avec plus de simplicité que précédemment. Il me regarde encore une fois, l'air hésitant, puis sort un petit carnet de son sac et me le tend : « J'ai fait une compil' des citations possibles croisées avec notre programme... Si ça t'intéresse... »
« T'es sérieux ? », je souffle, totalement intimidé par le boulot accompli et plus encore par son geste de partage.
« Par contre, je n'ai jamais eu le courage de me plonger, comme toi, dans Pentagramme et nombre d'or : essai de sémiologie magique... et je pense qu'il me manque clairement les bases en arithmancie pratique pour le faire... Mais Girasis est une fan notoire, ça doit valoir l'investissement», il reprend en désignant le livre mordoré en face de moi.
« Le traité du Comte Aibon ? Tu veux que je t'explique ? »
« Si ça te parait possible, malgré mon faible niveau avéré l'an passé... »
oo
Pendant que, Drago et moi, on se construit de quoi avoir ce fichu exam de Symbolique du premier coup, l'achat de la vieille ébénisterie du quartier va très vite. Le jeudi soir, je retrouve Ginny chez les Gobelins qui vont se charger de transformer notre or en pounds et de faire établir tous les papiers nécessaires des deux côtés. Je vois dans le dossier que Ron et Hermione sont déjà venus signer, autant dire que ça ne chôme pas. J'ai bien le sentiment en sortant que je dois venir de vivre une étape dans ma vie, mais le calendrier est têtu et les examens proches. Je ne me laisse donc pas distraire et je me replonge dans mes bouquins pendant que Ginny va passer la soirée avec Hermione à planifier le reste de leur plan de bataille. Ouais, ça fait pas grand chose à raconter, en fin de compte.
Le vendredi ressemble au jeudi sauf que le soir, alors que j'essaie d'apprendre par coeur l'aide-mémoire de Drago, Hermione et Gin arrivent à l'appart' avec Dennis Crivey. Je découvre comme ça que notre ancien condisciple est devenu architecte, travaille des deux côtés et qu'il est donc particulièrement bien désigné pour « notre projet ». Je retiens, tout à fait diplomatiquement, que trois jours plus tôt, "notre projet" était de partir au Brésil – ça aurait cassé l'ambiance, je crois. En plus, je n'ai pas de réelle objection au fait qu'on ait notre propre appartement quand nous reviendrons – c'est juste que je n'ai pas du tout la tête à ça. Je lis dans les yeux de Gin qu'elle le sait.
Préférant ne pas être trop hypocrite, je m'excuse donc rapidement avant qu'ils n'aient déroulé les plans sur la table basse, et porte mes livres sur le bureaux de mon père pour m'efforcer de continuer à bûcher. Je revois Papa travaillant si souvent, a priori efficacement, au milieu de nous tous sans recourir à une bulle de silence, et ça commande mon respect. Vu ce que la conversation, excitée mais pourtant adulte de ces trois-là, fait à ma concentration, je ne me moquerais plus jamais de lui quand il demande aux jumeaux de crier moins fort, j'en fais le serment.
Juste avant que j'abandonne, Ron arrive avec une tête des mauvais jours. Ça n'échapperait pas à Gin, ou à Hermione si elles arrivaient à s'extraire de leur discussion sur les mérites comparés de la rénovation de la façade à la moldue ou par magie.
« Si vous voulez privilégier l'intégration dans votre quartier comme vous me l'avez toutes les deux indiqué », estime Dennis, « je dirais que la rénovation doit être moldue, sinon elle paraîtra trop rapide et soulèvera des questions... Bonjour Ron ! Content de te voir ! Beau projet ! »
« Mais c'est beaucoup plus cher à la moldue», remarque Ginny.
« Le temps de travail », justifie Dennis.
« Tu en penses quoi, Ron ? », essaie Hermione qui a placé des plans devant son fiancé et remarque du même coup que celui-ci n'a pas l'air dans son assiette.
« Que je doute avoir de quoi payer des choses trop chères », il répond lugubrement sans réellement regarder ce qu'on lui montre.
« Si on ne fait ça que pour la façade, ce n'est pas si cher », essaie Gin à son tour.
Ron secoue la tête, se lève et part regarder par la fenêtre avec l'air de dire qu'il préfère se retirer de la conversation. Dennis finit par décider que « le projet doit encore mûrir » et annoncer qu'il a un chantier à visiter et doit malheureusement s'en aller. Gin le raccompagn,e et Hermione semble encore se demander comment aborder Ron, quand je me lève, sort la meilleure bouteille de Whisky pur-feu de la réserve de mon père. J'en tends un verre deux secondes plus tard à mon quasi-beau-frère – y'a des moments où seules les armes lourdes peuvent faire tomber les citadelles.
« Tu te rappelles de l'engueulade qu'on a pris tous les quatre la dernière fois que tu as ouvert une de ces bouteilles ? », s'amuse brièvement Ron quand il me remarque et analyse mon geste.
« Depuis, on est majeurs, et je sais où remplacer ce qui pourrait manquer », je contre avec facilité.
Cette fin d'été là, Gin et moi avions quinze ans et les grands frères seize. On avait mal calculé la durée de la sortie des parents, et on s'était servis sans doute un peu abondamment... le plus dur ayant été d'oser se verser le premier verre ! Ginny avait été malade, et Harry et moi avions dû repayer les bouteilles manquantes sur notre argent de poche – et découvrir que ce n'était pas une si petite somme, finalement. Mae m'avait fait la leçon sur le thème qu'on ne faisait pas boire les filles (sic). Remus avait en outre bien râlé que l'une des bouteilles était irremplaçable et fait mine de nous surveiller plus étroitement le reste des vacances, mais aucun des deux n'avaient rien dit à Molly et Arthur. Autant dire que j'avais pire en mémoire, et en bêtises, et en sanctions parentales.
« Mais ça ne serait pas le moment de se mettre le Lieutenant Lupin à dos, hein, un truc comme ça ? », intervient alors Ginny les yeux sur son frère. J'ai toujours pensé que cette fille avait un don inné pour la légilimentie.
« Je croyais que ça allait mieux ? », je m'étonne alors qu'Hermione questionne des yeux Ron, qui rougit et préfère prendre le verre que je lui tends.
« Moi aussi », il souffle quand il en a bu une gorgée. « En fait, on ne peut pas dire qu'elle est sur mon dos, plutôt que Kahn et ses potes sont sur le sien, en un sens... » Comme il se rend compte que tout le monde le regarde, il soupire. « Vendredi, jour de réunion hebdomadaire des deux équipes : organisation des gardes du week-end, suivi des affaires, programmation des priorités de la semaine prochaine, rien de très palpitant...mais si t'es dans la maison, t'es obligé d'y assister. On croyait tous en avoir fini quand Tania Sawbridge, qui représente le personnel, demande si Egon Saltegg va bien passer en audience disciplinaire pour avoir tabassé son prévenu qui tentait de s'enfuir en début de semaine... »
« Tabassé ! », s'émeut Hermione pendant que Ginny et moi, on doit revoir notre ancien condisciple Serpentard : ayant dû deux fois lessiver à la main toute la Grande salle après avoir été pris à me battre avec lui, je ne peux pas dire que sa violence actuelle me surprenne totalement.
« Rien de permanent », l'absout presque Ron, abruptement, « mais le gars a porté plainte et Shacklebolt n'a pas pris le truc à la légère... » Comme on opine tous, il reprend : « Quand Nympadora a confirmé que oui, Savage, son mentor, s'est levé et a demandé si on en était revenu au bon vieux temps du deux poids, deux mesures... »
« Savage n'est pas contre Mae, si ? », je m'étonne.
« Généralement neutre, même s'il est dans l'équipe de Robards, qui lui-même est trop malin pour être ouvertement et systématiquement contre ta mère », confirme Ron.
« Ce qui fait qu'il est dans la même équipe que Kahn », comprend Hermione à haute voix.
« Oui, ils s'entendent plutôt bien d'ailleurs ; je me suis payé plein de missions avec le jeune et prometteur Saltegg par voie de conséquences », soupire Ron. Le petit Egon doit toujours être aussi charmant.
« Et quoi ? Mae t'a lâché pour équilibrer ? », je résume abruptement.
« Non, pas exactement », précise amèrement Ron. « Comme notre grand capitaine Shacklebolt n'a pas tout de suite saisi le fond du problème, le lieutenant Robards est monté au créneau...»
Ginny me regarde, mais je hausse les épaules : pour ce que j'en sais, Robards n'est pas l'ennemi de Mae, mais il a quinze ans de plus qu'elle dans la Division et il pourrait se trouver à la place de Shacklebolt. Qu'elle soit le lieutenant de l'équipe A, de fait le bras droit de Kingsley, n'est sans doute pas toujours facile à accepter pour lui, lieutenant de l'équipe B.
«Il a rappelé que c'était le lieutenant Tonks-Lupin qui avait jugé - sans aucune concertation, il y a quelques semaines, que je méritais le même traitement", développe Ron toujours amer, "avant de se demander si elle avait maintenant décidé, sans plus le consulter, que ce n'était plus nécessaire... », développe le même Ron l'air désolé de se retrouver au milieu de tout ça. «Je ne me rappelle plus comment il a formulé ça, mais il a sous-entendu que cette évolution n'était peut-être pas sans lien avec le mariage quasiment annoncé dans les journaux de son fils avec ma sœur... »
« Merlin, quel sac de serpents », soupire Ginny.
« Et là ? Dora a dit quoi ? », j'enquête, parce que ma mère n'est pas arrivée là où elle est sans quelques progrès notables en diplomatie et en politique de couloirs.
« Hum, elle était mal, j'ai bien vu... Elle a dit que rien de tel n'avait été décidé, que bien sûr toutes les décisions disciplinaires étaient prises en conseil... Shacklebolt nous a demandé de sortir - sauf eux trois, Kahn, Sawbridge et Savage », répond Ron avant d'avaler une dernière rasade de whisky.
« T'étais sur la liste quand ils sont sortis », je suppose en le resservant.
« Évidemment », confirme Ron lugubrement.
« Oh Ron », se désole Hermione. « Avec tous les efforts que tu as faits ! Mais tu n'as pas à t'inquiéter : mener une enquête hors cadre n'a rien de commun avec tabasser un suspect ! »
« Je dirais ça à Dawn Paulsen – elle assurera mon conseil », il grince.
« Eh ! Dawn est la meilleure ! », j'estime pour le rassurer.
« Surtout la meilleure amie de ta mère – autant dire que je ferai mieux de changer durablement d'équipe... », soupire Ron, réellement déprimé par la politique interne.
« Tu veux que je plaque ta sœur pour faire pencher la rumeur en ta faveur ? Après tout elle n'a même pas été capable de rester dans l'équipe des Harpies ! », je propose. « Je peux aussi essayer de me débarrasser de ma mère, mais j'ai moins de motifs... »
« Cyrus ! », proteste Hermione alors que Gin hausse philosophiquement les yeux au ciel avant de commenter :
« Cyrus est désolé de ne pas pouvoir passer en commission à ta place, j'espère que tu l'auras compris, Ron », elle explique à son frère avec une grimace d'excuse.
« Pendant qu'on en est à chercher des sens cachés", intervient alors Hermione, "ça me paraît clair que tu n'es qu'un prétexte, Ron, dans leurs luttes internes - comme sans doute aussi ce petit énervé de Saltegg. Tu ferais bien de leur montrer que tu l'as compris, que tu ne le prends pas comme un jugement de ta propre valeur comme Auror... quel qu'il soit ! »
« Tu me marqueras ça sur un parchemin, que je l'explique à Papa et Percy ? », questionne Ron, la voix un peu pâteuse à la fin de son deuxième verre. Je décide qu'il est temps de refermer la bouteille.
ooo
Le lendemain matin, j'explique à Gin que je rentrerais tard en raison de mes plans de révision commune avec Drago. Comme elle a une expression de doute amusé, je lâche un "quoi", un peu agressif.
"Bah, je ne vous avais jamais vu comme ça, avoir autant envie de faire plaisir à Androméda !"
"C'est toujours moins pénible de poser des questions à quelqu'un que de fouiller les rayons pour trouver le bon dictionnaire", je lui réponds avec un soupir épuisé. "Honnêtement, on est plutôt complémentaires !"
"Quelle surprise !", elle se moque encore.
"Tu es comme Drago, en fait, tu voudrais que personne ne change jamais !", je m'agace.
Elle ouvre des yeux noisettes totalement sidérés devant ma sortie - que je sais fausse en plus - mais avant même que je ne trouve une réponse, elle souffle :
"Allez, je serais la plus contente si vous avez tous les deux ce fichu exam surprise du premier coup !"
"On s'y emploie", je promets en l'embrassant rapidement avant de partir.
C'est encore une journée où je cours tout le temps de l'Université à la Fondation, où je mange mal, où je passe de la surexcitation totale à l'envie d'aller me coucher en moins de temps qu'on ne fait une métamorphose. C'est dix-neuf heures quand on se retrouve, Drago et moi, à la Bibliothèque. On n'y reste finalement pas tant de temps parce qu'on s'essuie des remarques comme quoi on parle trop. Faut dire que s'interroger ou s'expliquer des trucs demande de parler... - ce que j'essaie sans trop de diplomatie d'énoncer à la bibliothécaire jusqu'à ce que Drago choisisse de nous expulser avant qu'elle n'en réfère aux autorités supérieures.
"Ça ne va pas marcher", il commente en sortant. "On ne peut pas bosser ici ni aller à la Fondation à cette heure-là !"
"On peut aller chez moi", je propose.
"Ou chez moi", il contre. "Je suis sûr qu'Astoria sera ravie - elle a très envie de vous avoir à dîner !"
"L'idée est de bosser, Drago... Je ne vais pas t'expliquer les travaux de Juste Aibon au dessert!", je proteste.
"Mais si Ginevra tient compagnie à Astoria, on pourra s'éclipser facilement !", il affirme.
Je suis tellement sidéré par la proposition et le raisonnement que je ne trouve rien à répliquer.
"Je te confirme demain", en conclut mon cousin avant de transplaner.
Si Ginny est ravie de me voir revenir si tôt, elle n'est pas du tout enchantée par les projets de dîner de Drago.
"Je n'ai pas grand-chose à raconter à Astoria !", elle estime.
"Tu peux l'écouter ?", je lui suggère - pour moi, les filles comme Astoria ont par naissance de la conversation.
"Cyrus, comment peux-tu me demander une chose pareille !", elle explose.
"Je ne te demande rien", je bats immédiatement en retraite. "S"il maintient son invitation, je suis obligé d'y aller, et tu fais ce que tu veux !"
De son coin de canapé favori, Ginny me regarde, l'air dubitatif, puis lâche un truc qui lui ressemble à défaut d'être logique :
"Bon alors, d'accord."
Malgré cet assentiment raisonné, on est plus que nerveux le lendemain soir au moment de se rendre à Egham. On passe un temps qu'on n'a pas à chercher comment s'habiller - de la tenue habillée sorcière au décontracté moldu.
"On croirait qu'on va à une soirée au Ministère", soupire Ginny en enlevant une robe sorcière vert d'eau qui lui va pourtant bien.
"C'est un peu ça", je lui réponds en décidant qu'une chemise grise un peu brillante et un pantalon noir seront à la fois plus formel que d'habitude, mais pas "trop" sorcier non plus. On n'est pas censé appartenir à cette jeune génération qui envisage de porter autre chose que des robes violettes étoilées ?
"Rajoutes-en, et je reste ici", menace Gin en enfilant un robe moldue relativement habillée, achetée pour une soirée "Comme les Stars du Cinéma moldu", organisée par Luna l'année dernière. Elle met ses formes et ses longues jambes en valeur, faut le dire.
On se sourit dans le miroir de la grande armoire de mes parents - le sol autour de nous est couvert de fringues variées. Mais on assume notre apparence et le bordel qu'on laisse derrière nous en sortant de l'appartement. Reste à faire la même chose avec notre retard et transplaner.
Quand on arrive dans leur rue, à la lisière de la petite ville ou des champs - c'est selon, on sent de loin les protections magiques qui entourent la maison et on sonne sagement sans essayer de nous approcher.
"Prudents, je vois", commente Drago quand il vient nous accueillir.
"La double férule de Remus et de Severus m'aura au moins appris à me méfier des gens qui ont toutes les raisons du monde de se montrer paranoïaques !", je remarque légèrement mais sincèrement.
Il ne répond rien, Drago, juste une ombre mélancolique dans ses yeux, et il nous fait signe de le suivre. En chemin, je me demande pas pour la première fois ce qu'il pense au juste, si on a autant tiré un trait sur nos différends que je l'espère.
"Bienvenue !", lance joyeusement Astoria quand nous pénétrons dans le cottage. "J'ai préparé quelque chose de très simple... nos grands savants ont - paraît-il - du travail !"
"Il paraît", sourit poliment Ginny. Comment pourrait-elle être dupe ? Molly est la reine de la "chose simple" suffisant à nourrir tout Pré-au-lard !
"Toujours moins risqué que quand ils s'improvisent enquêteurs", soupire Astoria avec un soupir de connivence pour Gin qui ne sait pas trop quoi en faire. Je cherche mon cousin des yeux et il me sourit pas moins complice. C'est un drôle de moment.
"Mais servez-vous donc !", reprend Astoria, avec un geste pour les différentes tables basses réparties dans la pièce et offrant des assortiments de salades et de sandwichs présentés avec art. Je ne peux m'empêcher de me demander s'ils ont un elfe de maison ou s'ils ont acheté tout ça chez un traiteur.
"Quelle jolie tenue, Ginevra ! Je n'oserais jamais porter quelque chose d'aussi court et décolleté mais, bien sûr, tu peux te le permettre !", elle continue quand Ginny s'installe dans un fauteuil en faisant attention à la manière dont elle s'assoie - le principal désagrément des robes moldues, selon elle. Je remarque à ce moment-là qu'Astoria robe plus sobre que celle de Ginny mais, comme Drago, choisie dans un registre moldu chic,
"Merci Astoria", balbutie presque ma Gin sans me regarder, peut-être pour ne pas décider de s'enfuir ou de rompre définitivement avec quelqu'un qui l'embarque dans des trucs aussi tordus. J'attaque donc, c'est ce que je fais de mieux :
"Je ne vois pas ce que tu ne pourrais pas te permettre, Astoria", j'annonce alors - un peu flirteur, je reconnais.
"Oh, merci, Cyrus", s'empourpre à son tour Astoria, avec un bref regard pour Drago pour évaluer comment elle doit prendre ma remarque.
"Mon cousin est très protecteur de sa fiancée", explique alors Drago, et le regard de sa propre petite amie sur nous change : un peu moins de condescendance, je dirais.
"J'aimerais en fait... Je connais mal les boutiques moldues... mais ma soeur et moi, nous avons décidé de changer ça...", elle nous livre alors - enfin, elle s'adresse à Gin mais je suis là
"Vraiment ?", s'amuse Gin ouvertement.
"Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais notre père nous a confié la direction de la fondation pour les études sorcières qu'il a créé juste avant d'accepter la proposition de Rufus Scrimgeour...", explique alors Astoria, moins mondaine, je dirais.
"Charité bien ordonnée", je commence, mais Gin me met un coude dans les côtes.
"Disons que si nous avions postulé au Ministère, tel que nous le souhaitions initialement, les rumeurs auraient été encore plus déplaisantes", commente Astoria avec aplomb. Juste ce qu'il faut pour que je me dise que j'en ai pour la monnaie de ma pièce. Je suis trop bien placé pour la comprendre sur le fond.
"Attribuer des bourses d'études, c'est intéressant", estime poliment Ginny.
"Et ça permet plus de choses qu'on pourrait le croire", renchérit Astoria. "Notamment en termes de promotion féminine - c'est notre nouveau programme à Daphné et moi."
"Je n'ai pas besoin d'une bourse", se méprend Ginny avant que je n'aie le temps de l'arrêter.
"Par contre notre première promotion a besoin d'une marraine", la corrige Astoria. "Et après tes déclarations dans la presse, nous pensons, ma soeur et moi, que tu serais parfaite pour ce rôle!"
ooo
1) Les arithmathéticiens et leurs travaux
Nikomaka Girasis, Directrice du Département d'Arithmancie de l'Université de Londres. Auteur de Voyages dans l'âme de la magie et pratiques symboliques.
Salomon Straightway, sorcier britannique, critique des travaux de Nikomaka Girasis.
Comte (Juste) Aibon, sorcier français admiré de Girasis... Il a écrit Pentagramme et nombre d'or: essai de sémiologie magique. Il est possible qu'il est animé une émission télé moldue dans les années 70... ;-)
Merci à Fée Fléea(u) pour son aide en Arithmancie !
2) Plongée dans le monde merveilleux des Aurors
Tania Sawbridge Proudfoot– auror plutôt Tonksophile, on la croise dans Un supplément d'âme chapitre 5. Je crois qu'elle va hériter à terme de Ron...
Peredur Kahn - Auror, mentor démissionnaire de Ron, ennemi politique de Nymphadora. Peredur est la forme galloise de Percival et signifie «lance dure»...
Gawain Robards est un personnage canon, qui prend la direction des Aurors après Scrimgeour... mais j'en fais ici le chef de l'équipe B sous l'autorité de Shacklebolt.
Savage aussi est canon et Auror. Il se retrouve mentor de Egon Saltegg, serpentard de l'année de Cyrus et Ginny.
Carley Paulsen - Bras droit de Nymphadora Tonks-Lupin; ancien Poufsouffle comme elle, il est marié à Dawn, la meilleure amie de Dora.
Dawn Paulsen - Conseillère juridique de l'équipe, elle a été à Poufsouffle avec Nymphadora.
