Playlist

Et en attaquant la soirée
Fatigué, un peu las
Au loin, j'entends voler les pavés
Qui brisent enfin la glace
Des gens dans la rue en colère
Main dans la main et qui espèrent
En criant d'une voix sensible
Qu'un autre monde est possible
Dans une manifestation
Et c'était la révolution

Les Ogres de Barback, L'ennui et le Jour

XXXXI Harry Des discours confisqués et des protections de la Lune

C'est Zeno qui m'a donné le livre sur les statuettes après l'intervention d'Ada. Il s'est levé et il a traversé la pièce pour me le donner – un peu comme Kane et Iris viennent me montrer leurs dessins, j'ai un peu bizarrement pensé – sans doute la fatigue. La seconde d'après, je me suis rendu compte que ça faisait un paquet de temps que je n'avais plus passé une soirée avec les jumeaux et j'ai eu honte de mon absence. Presque une désertion ! L'ouvrage imprimé en noir et blanc sur du papier moldu de mauvaise qualité pesait lourd dans mes mains – comme un écho à mes remords. Il était énorme, même si l'édition paraissait basique. J'ai machinalement tourné les pages pleines d'illustrations de statuettes et de graphiques et de textes imprimés petits et serrés comme si le papier avait manqué, sans réellement arriver à lire. Mon cerveau était clairement ailleurs.

« Tu comptais me parler de ce livre ? », je finis par formuler relativement lentement, comme si la phrase avait dû se battre contre l'ensemble des émotions contradictoires qui m'assaillaient pour avoir accès à mes cordes vocales. Et la manière dont Ada distillait les informations arrivait en bonne place parmi mes interrogations intimes. Pour dire les choses abruptement, pouvais-je même continuer à faire confiance à cette fille ?

« Je ne sais pas s'il répondra à tes questions, Harry », soupire Ada, comme si mon seul souci était là, tout en triturant une longue mèche blonde échappée de son chignon « Je n'ai rien d'une chercheuse ou d'une briseuse de sorts, mais je sais qu'il est tenu comme relativement complet et appliqué. »

« Tenu par qui ? », je questionne un peu au hasard, un peu sèchement aussi.

« Par Livia, par exemple », répond patiemment Ada.

Les questions sont de nouveau tellement multiples et énormes que je ne sais pas par quoi commencer qui ne ressemble pas à un reproche. Elles me ramènent toutes aux raisons de son silence partiel précédent – même Fiametta m'en avait dit plus qu'elle quand on y réfléchissait mieux !

« Ces statuettes, tu l'as déjà compris, sont utilisées pour contrôler les effets de la lune », reprend Ada, toute à ses propres pensées.
« Il peut s'agir de les amplifier comme les Wuelfern, plus souvent de les tempérer, mais aussi de les utiliser pour développer certains pouvoirs magiques – comme dans la cas de la recherche de la justice... »

«Et ça fonctionne bien ? », je ne peux m'empêcher de demander, incapable de croire qu'un tel pan de la magie me soit tellement inconnu. Pas qu'à moi, en plus, quand j'y songe!

Ada me regarde avec un air pensif, et je me rends compte de ce que ma sortie a pu avoir de méprisant ou d'agressif.
« Ça fonctionne suffisamment dans bien des cas pour que l'usage ait persisté malgré le mépris de la magie dominante », elle finit par formuler avant que je n'aie su m'excuser. « On en trouve même des formes dans les pratiques traditionnelles moldues... comme l'avait fait remarqué mon ancêtre Maddalena... »

Et je l'ai lu à la bibliothèque de Venise, je m'oblige à m'en souvenir et à me calmer. Faute de savoir comment effacer les mauvaises impressions que j'ai pu générer, j'opine. Je cherche comment reprendre la conversation et j'aboutis à une nouvelle quasi-accusation :
« Pourquoi ton oncle et ton cousin ne m'ont pas montré ce livre ? »

« Parce qu'il n'a pas été écrit par un Taluti », est la réponse spontanée d'Ada, plutôt satisfaite de son diagnostic, je dirais. « Ils sont ouverts aux lycanthropes mais pas au point de lire des livres écrits par eux ! »

Par acquit de conscience, je referme le livre. Je découvre sur sa couverture qu'il a été écrit par une longue série d'auteurs, dont Livia Astrelli. Il est intitulé Collezioni di statuette e cicli della luna - collezioni conosciute ed effetti constatati.* Sans doute plus des observations pratiques que de la théorie, je comprends.

«Oncle Almo et Cosmito cherchent à faire reconnaître les travaux de Maddalena et de Cosmo », elle reprend plus doucement. « Ils se concentrent sur la qualité des données, moins sur les applications pour les garous et les Moldus, c'est une stratégie qui se tient ! »
Je vais poser d'autres questions quand Zeno, que notre conversation devait ennuyer et qui regardait par la fenêtre, souffle : «Les voilà!»

Je suis le premier à sortir ma baguette – Ada et Andrea m'imitent – dans cet ordre-là. Je me demande brièvement ce qu'ils espèrent être capables d'accomplir avec.

« Livia, Lucca et les autres ! », corrige immédiatement Zeno, presque effrayé par notre réaction.

D'un même élan, nous allons tous à la fenêtre. On perçoit dans l'aube naissante un groupe qui avance, tranquille mais déterminé, vers la maison. Ils sont trop loin pour moi pour que je les identifie mais je me fie à Ada qui n'a pas l'air de remettre les choses en cause.

« Que des amis », elle annonce, ravie, et ça nous mène tous dehors à leur rencontre la seconde suivante.

Dans ma tête, Mae, Papa et Severus hurlent que c'est imprudent, pas la peine de le dire. L'air frais du tout petit matin nous cueille et nous fait frissonner.

« Vous auriez dû attendre dedans », proteste d'ailleurs Lucca quand il est à portée de voix.

« Tu vois Furio se transformer pour me tromper ? », raille Ada avec facilité. « Tu crois qu'il saurait faire ? »

« Ne le sous-estime pas », il plaide – ça m'émeut plus que mon amie, je crois.

« Vous êtes nombreux ! », elle se félicite plutôt en s'enfonçant dans le groupe – embrassant certains, serrant les mains d'autres. Je dénombre une vingtaine de garous. Essentiellement des hommes jeunes. Beaucoup ont des chiens – des bergers.

« Ils sont là pour toi, Ada », annonce Attilio, et un murmure répétant qu'il est honteux de la traiter comme ça confirme ses propos.

« Et plus encore sont en chemin », renchérit Livia, l'air relativement contente du résultat, je dirais, même si je ne la connais pas. « Le Grand Conseil va pouvoir avoir lieu. »

Les murmures reprennent cette idée de Grand Conseil avec une excitation patente.
« Et ça fait un moment que Furio s'est opposé à sa réunion », rajoute Attilio, se frottant ouvertement les mains. Des garous mais des politiques, je me dis avec un certain amusement.

« On y va ! », trépigne quasiment Ada avec un enthousiasme de petite fille que je ne lui avais connu jusqu'à présent que devant les Harley Davidson. Sauf que cet enthousiasme-là, évidemment plus important, me paraît singulièrement plus difficile à partager.

« Maintenant ? », je m'étonne – il doit être à peine cinq heures du matin.

« Les garous des montagne se lèveraient-ils plus tôt que ceux des villes ? », s'amuse Attilio, et ça fait rire autour de nous. Je pense à mon père, toujours debout avant toute la maisonnée, au point qu'on plaisante tous toujours sur le fait qu'il vit deux journées quand nous en vivons une, et je secoue la tête en souriant moi-aussi :
« Non, ce sont les sorciers qui sont paresseux ».

Tout est allé très vite ensuite. Ada, Andrea, Zeno et moi avons pris nos capes et on a marché avec les autres vers le Bourg. Autour de nous, les chiens courraient et le jour se levait progressivement révélant les alpages encore humides de rosée. La lumière croissante révélait différents groupes en marche un peu partout – tous allaient dans la même direction que nous.

« Tous des amis ? », je souffle à Lucca qui marche à côté de nous.

« Tous », il confirme gravement.

«C'est historique, Harry ! », renchérit Ada, toujours surexcitée, en me prenant le bras avec émotion. « Tu pourras dire que tu y étais !»

Quand je réfléchis à qui serait sincèrement intéressé à ma participation à cet événement historique je tombe si sûrement sur ma famille proche – Papa, Cyrus, Albus- et peut-être Thadéus, Michael, Hermione ou Mae, que je manque me mettre à rigoler. Mon petit frère avait bien raison de me dire que je faisais mon malin, comme un adolescent qui fait le mur pour la première fois alors qu'il aurait pu avoir le droit d'aller à la foire. Je ne prouvais pas grand-chose à quiconque en venant à Lo Paradiso sans assumer qui j'étais. Ça rend finalement mon pas plus facile sur le chemin alors qu'on distingue maintenant les maisons du Bourg.

« C'est quand même dangereux d'amener Harry, non ? », s'alarme alors Attilio qui s'est approché.

« Harry sait se battre »,annonce Ada à la cantonade. « Mieux que moi »

Quand on sait qu'elle ne m'a jamais vu combattre, à ma connaissance ; et que je n'ai aucune idée de ses compétences, je trouve l'information d'une utilité très limitée, mais Lucca hoche mystérieusement la tête comme si ça lui donnait une véritable mesure de mes pouvoirs de défense. D'autres, que je connais encore moins, l'imitent. Heureusement que je me pense de taille à les repousser tous autant qu'ils sont, je me dis – juste après, je réalise que tous ensemble, ça serait sans doute coton. Il ne me reste qu'à secouer la tête dans le vide pour rire de l'incongruité de la situation.

« Mais si quelqu'un le... mordait ? », insiste Attilio avec l'air de se faire violence pour aborder une pratique aussi taboue que la morsure hors de la pleine lune.

« Furio n'en est pas là ! », s'insurge d'ailleurs Ada avec inquiétude.

« Lui non, mais dans ses sbires, qui sait », soupire Attilio.

Lucca et Livia secouent leurs têtes en réponse à ce soupir. Tout ça n'est pas très engageant, évidemment, mais je décide d'essayer de parler pour moi même :
« Attilio, je ne sous-estime pas les risques mais j'ai grandi au milieu de loups garous. Aucun n'a jamais été vraiment hostile, mais je pense connaître les dangers et les signes qui les annoncent... Si besoin, j'ai un animagus », je décide de révéler, et ceux qui savent ce que c'est sont impressionnés.

« On peut te demander ce que c'est ? », questionne avidement Livia.

« C'est un loup, son patronus aussi », répond Ada avant moi.
L'annonce déclenche des murmures passionnés, des tapes dans le dos, Lucca en a presque les larmes aux yeux. Je comprends leur réaction, mais j'aurais préféré le dire moi-même.

La conversation sur mes capacités magiques s'arrête quand nous atteignons la place. Je me dis qu'on est un peu moins de cent – je me base sur mes souvenirs de la grande salle. Bien sûr, ce sont des corps adultes qui m'entourent, mais je ne crois pas me tromper trop. C'est un groupe calme et déterminé – il y a une anticipation nerveuse dans l'air, perceptible dans certains éclats de voix – mais ce n'est pas ça qui domine. Et c'est réellement impressionnant de sentir cette force contenue, un peu comme une force magique inconnue et sans doute incontrôlable.

Des bâtiments du Bourg, d'autres sont sortis, réveillés par les rares aboiements de chiens, les murmures et les bruits de pas sans doute. Une fois renseignés sur nos motivations et nos intentions, quelques uns nous rejoignent mais la majorité est réservée, on le lit sur leurs visages. Attilio continue de les haranguer sur les méfaits de Furio et la nécessité de réagir jusqu'à ce qu'une femme refuse :
« Toi, lui, qu'est-ce que ça change ? On n'a pas d'autres soucis ? Des trucs plus importants que le nom de ceux qui décident ? »

« Ce n'est pas la question, Agnella », explique Livia. « On ne peut pas laisser une personne qui qu'elle soit décider qu'Ada n'a plus rien à faire ici parce qu'elle a préféré vivre ailleurs et... »

« Cette Ada, elle veut aller et venir librement, ramener des gens, changer les règles quand ça l'arrange... Moi aussi, si je pouvais, je le ferai... mais j'ai nulle part où aller, moi ! Ma vie elle est ici ! », argumente Agnella.

Ada fait un pas en avant pour lui répondre – pas très gentiment je dirais, à son visage, mais Lucca la retient en secouant la tête comme pour dire que ça ne sert à rien. Pourtant, cette femme doit être représentative de l'opinion d'autres. Un groupe assez conséquent de neutres se regroupe autour d'elle mais avec une distance marquée des premiers arrivés.

« On veut justement que tout le monde décide », essaie encore Lucca auprès de deux hommes indécis qui viennent l'aborder.

« Tu voudrais plutôt qu'on te donne raison, non ? Mais imagine qu'on en arrive à être d'accord avec Furio, tu diras quoi ? », objecte le premier.

« Vous voulez faire exploser la communauté », juge le second encore plus sévèrement.

La discussion aurait sans doute continuer longtemps si Furio n'était pas alors arrivé. Entouré d'une vingtaine d'hommes peu souriants donc la plupart portent le costume vert et gris des gardes croisés en arrivant. Ils n'ont pas de chiens mais des bâtons et l'air d'être prêts à s'en servir. Ça fait monter la nervosité d'un cran.

« Lucca, Livia, Ada, Attilio, voilà donc ce que vous avez tramé toute la nuit ! », lance Furio, l'air goguenard. « Vous avez pris la tête des bergers ? Nous prenez vous donc pour des moutons ? »

Sa remarque déclenche, bien sûr, les rires gras qu'il espérait au sein de ses partisans et des indécis et les grincements de dents tout autant attendus au sein de ses opposants. Moi, je me dis que j'ai déjà vu tout ça et que je croyais même en avoir fini. À l'âge de cinq ans, j'ai découvert la politique avec Remus en même temps que j'ai découvert la sécurité affective et la magie. Mon adoption était politique, son poste et sa carrière étaient politiques. Albus et Severus étaient des animaux politiques, et ils se sont suffisamment occupés de moi pour que ça laisse des traces. Il n'y a pas eu une visite ministérielle à Poudlard, un nouvel an au Ministère, un article de journal sur ma vie qui n'aient été politiques.

À quel moment ai-je décidé de refuser toute cette politique ? Je ne peux pas donner une date, c'est quelque chose que j'ai fait progressivement. Pas que je désavoue les combats de ceux qui m'ont élevé, mais je les leur ai laissés. Je voulais trouver les miens. Pas des combats offerts par une putain de prophétie incompréhensible, un problème de transformation mensuelle, la distribution des postes au Ministère, l'orientation de la Division ou l'évolution des droits civiques des créatures... autre chose. Et je me retrouvais là, dans le jour qui se levait, radieux, sur les Alpes, entouré de bergers en colère, accompagnés de leur chiens. Face à nous, les hommes avaient des gourdins. C'était ça aussi la politique, et je n'avais pas plus choisi ce combat-là que les autres. Il faudrait sans doute que j'en tire une conclusion...

« Je crois que c'est toi, Furio, qui nous prend pour des moutons, qui pense que tu peux décider de qui a le droit de rester et de qui doit partir, de ce que doit être Lo Paradiso », répond Lucca après avoir consulté Attilio, Ada et Livia du regard. « Nous demandons la tenue du Grand Conseil ! »

« Vous vous faites mener comme des enfants par cette gamine trop jolie que vous prenez pour la réincarnation de son père et son petit copain anglais qui n'est même pas un garou ! », crache Furio. « Tu veux la guerre entre nous juste à cause d'eux ? Ils en valent la peine ? »

« Tout le monde en vaut la peine », intervient lentement Livia. « Ada vaut la peine, Harry vaut la peine, les bergers dont tu ne prends plus la peine de retenir les noms aussi... »

Sa sortie amène des murmures de soutien dans les rangs des bergers. Plusieurs voix reprennent de plus en plus fort : « Nous voulons le Grand Conseil ! »

« Je ne suis pas mon père », renchérit Ada en faisant un pas en avant – et les cris s'arrêtent pour l'écouter. Un « vas-y Ada ! » crié par Zeno, la fait rougir mais elle continue de parler : « Je ne suis pas Cosmo Taluti, je n'ai pas la moitié des connaissances magiques, des relations ou du savoir-faire politique qu'il avait. Je ne dirais pas non plus que je sais ce qu'il aurait dit ou fait aujourd'hui – il est parti trop tôt de ma vie pour que j'aie cette prétention-là», elle raconte – et je la revois me dire des choses proches avec beaucoup de plus de rancoeur et de colère. D'où lui vient soudain cette capacité de distance ? Ce sens politique ? Peut-être est-ce un legs de son père, je me dis. « Mais je suis des vôtres ; j'ai été mordue ici, près de la vire Agnelli ; j'ai fait mon apprentissage d'herboriste avec Livia ; j'ai gardé des troupeaux avec Andrea, Zeno ou d'autres ; j'ai fait du fromage avec toi, Agnella ; J'ai été votre ambassadeur à Rome avec Lucca... Que je vive à Venise ou ici, est-ce que ça efface tous ces moments-là ? Est-ce que ça m'interdit de dire ce que je pense ou de venir vous voir ? »

« Tu es partie comme une gamine capricieuse quand on t'a rappelé les règles fondamentales de notre communauté », intervient Furio, coléreux. « Tu reviens par caprice, rouvrir les plaies que ton départ a laissé ! »

« Une communauté d'égaux ne peut accueillir que des hommes et des femmes à la force de l'âge et sans attaches – pas de place pour les vieux, pour les malades, pour les enfants, pour les familles », crache Ada. « Je sais que c'étaient les bases de Lo Paradiso, mais des bases historiques ! Est-ce qu'elles sont toujours aussi justifiées aujourd'hui que nous avons la tannerie, la fromagerie et l'atelier de plantes ? Que nous avons de l'or ? Que nous avons montré que cette utopie pouvait durer plus qu'un hiver ? Rien ne peut donc changer ? »

« Mettre en péril toute la communauté pour une amourette ? », ironise Furio. « Pourtant tu l'as remplacé et pour mieux, non ? »

Je comprends qu'il parle de moi et de Lucca à la réaction des autres et pour la première fois, j'envisage de lancer un incendio à ce type pour en débarrasser Lo Paradiso quelles qu'en soient les conséquences pour moi.

« N'utilise pas notre relation, Furio », intervient Lucca. « Si elle avait dû durer, c'est sans doute moi qui l'aurais suivie ailleurs... Je ne crois pas qu'elle soit partie pour cela », il ajoute un peu plus bas et en baissant une seconde les yeux. « Et je me réjouis qu'elle ait retrouvé le chemin de Lo Paradiso, non pas parce que j'espère reconquérir son amour, mais parce qu'on a terriblement besoin de loups-garous éduqués, ayant vécu dans le monde et sachant comment il fonctionne... », il assène.

Ada en a les larmes aux yeux, des larmes que je comprends, mais qui m'intimident.

« Ah oui, l'école ! Les livres ! Encore plus important que l'amour », se moque Furio.

« ...si on ne veut pas que cet espace de liberté devienne une prison », termine Lucca d'un calme polaire.

« Des mots, des mots ! », essaie encore Furio mais je sens qu'il est mal à l'aise devant l'attaque. Livia et Attilio doivent arriver à la même conclusion parce qu'ils avancent de concert :

« Le débat doit avoir lieu selon les règles en vigueur », annonce Attilio. « Qui demande le Grand Conseil ? »

Il y a un frémissement dans la foule. Les bras se lèvent, d'abord notre groupe, puis par vague les indécis. Un instant, il ne reste que Furio et sa vingtaine de partisans. Ayant sans doute mesuré les risques de l'opposition systématique, il décide alors de lever la main – geste imité dans l'instant par ses gardes au bâton.

« Que c'est beau la liberté de penser », je ne peux m'empêcher de marmonner.

« Il accepte au moins la confrontation », me répond Ada avec un sourire dur.

« Il n'a pas le choix », j'estime.

« Il ne l'a plus », elle me corrige.

La décision fait un moment baisser la tension sur la place. Des groupes s'organisent pour amener des bancs, organiser un cercle, prévoir de quoi boire et de quoi manger ainsi que des roulements pour s'occuper des bêtes. C'est assez hallucinant et admirable à la fois, je me dis. J'aide comme je peux à porter des bancs. J'accepte un café et un petit pain. J'ai l'impression d'être à la veille d'une bataille, c'est très curieux. Peut-être parce que nous n'avons pas dormi.

Le premier débat est procédurier - et donc très long, surtout pour moi. Qui va présider la séance ? Les trois membres du Conseil restreint sont écartés à l'unanimité - même Furio n'ose pas aller contre cette évidence. Livia et Lucca sont ensuite refusés par une courte majorité au motif de leur implication contre Furio. Ada refuse tout net de se proposer comme animatrice des débats - et je me dis que ça serait se priver de pas mal de liberté de paroles.. Massimo, le chef des bergers, rate la consécration de très peu, ainsi que le premier des gardes que nous avions rencontré en sortant de la vire Agnelli. Je reprends un café parce que je sens que ça va encore durer. Je ne retiens pas les noms de ceux qui prennent ensuite la parole mais sans réunir une vraie majorité en leur faveur.

"La dernière fois, ça avait pris autant de temps", souffle Livia à Ada qui a l'air au martyr de frustration à ma gauche.

"Je ne sais pas si ça me console", lui répond mon amie. "La dernière fois, on n'a réussi à rien !"

"Et toi, Asfodelo, tu ne veux pas ?", lance alors une voix et le silence qui suit me tire de ma semi-torpeur.

"Bien joué", souffle Ada les sourcils froncés.

"C'est qui ?", je m'intéresse - j'imagine un jeune berger qui a pris comme surnom une fleur de montagne.

"La fille de Furio", explique laconiquement Lucca.

De fait, une jeune femme s'est levée. Très brune et très simplement vêtue mais avec une certaine distinction. Je me rappelle même l'avoir vu à l'atelier des plantes embrasser et rire avec Ada.

"Il l'a mordu par accident quand elle avait sept ans, et on pense avec Livia que c'est de cet accident que vient son refus des familles", ajoute Ada.

"Elle est jeune et instruite mais n'ira pas contre son père", juge Lucca.

"C'est une fille bien", estime Livia, sans qu'on sache bien si elle diverge ainsi de l'avis de son fils..

"Tu acceptes ?", lance le berger Massimo en frappant le sol de son bâton de berger comme pour marquer son soutien.

"Si j'accepte, c'est pour que le débat ait lieu", répond lentement Asfodelo. "Je ne prendrais pas partie sauf pour couper les insultes inutiles et les monologues stériles... Je veillerai à ce que chacun ait le même temps de parole mais si trois personnes d'affilée répètent la même chose, je les arrêterai... Le vote suffit et nous avons tous des choses plus importantes à faire !" Les têtes sans doute déjà fatiguées de la longue discussion qui a précédé opinent. "Si vous acceptez tous ces règles, je me dévoue", elle conclut très droite.

Furio fait un geste qui semble bien dire qu'il laisse la décision à l'autre partie. Attilio, Lucca, Ada et Livia se consultent du regard et haussent les épaules de concert :

"Nous acceptons des règles de justice et d'efficacité, confirme Attilio.

Asfodelo vient s'asseoir au centre du cercle et demande d'une voix un peu émue :
"Qui veut proposer un débat au Grand Conseil ?"

Immédiatement Lucca et Furio lèvent la main. C'est tellement simultané que certains saluent leur geste par le rire, et même Asfodelo sourit.
"Je crois que nous devons commencer par Lucca - c'est lui qui représente ceux qui ont demandé le Conseil - mais je lui demanderai de ne pas faire d'attaques personnelles ou d'accusations. Le Grand Conseil est avant tout un débat d'idées..."

Lucca se lève, apparemment calme devant la foule qui l'observe - et je me dis que, moi, je ne saurais pas.
"Je pense que beaucoup savent que j'aimerais changer des choses ici... D'abord parce que nous le méritons : nous avons le droit de rêver à des jours meilleurs, d'être ambitieux pour nous-mêmes et de réclamer nos droits à exercer pleinement la magie qui coule en nous. Donc ma première idée est bien l'ouverture à l'éducation magique... Je ne remets pas en cause l'apprentissage qui fait que notre communauté est capable de perdurer, je dis juste qu'il ne peut suffire à fabriquer des membres libres et utiles pour Lo Paradiso. Et je dis aussi que maintenant nous en avons les moyens", il proclame. La foule boit ses paroles. Même Furio. "Ce n'était pas normal que les loups-garous soient pourchassés par les sorciers, et c'est pour cela que Lo Paradiso a été créé. Ce n'est pas normal aujourd'hui que seuls les garous riches soient formés. Ce n'est pas juste que les seuls qui sachent lire couramment ici soient Ada, Asfodelo ou moi... que même nos gardes ne soient pas en mesure de repousser une attaque magique si elle était capable de passer au travers des défenses mises à la création de notre communauté... Combien de nous savent comment elles fonctionnent, ces défenses ? Pouvons-nous abandonner tout ce champ aux sorciers qui nous veulent du bien ? Ne devons nous pas le prendre en main ?"

"Tu as fini ?", questionne Asfodelo l'air surprise quand il se rasseoit en laissant la question flotter dans les airs.

"J'ai des dizaine de points sur lesquels j'aimerais que Le Grand Conseil se prononce, mais ça ne sert à rien de faire une liste sans fin", lui répond Lucca sans se relever. "Je pose la question de la formation des jeunes comme des plus anciens. Ne voulons nous pas être plus ambitieux ? C'est ma question."

Asfodelo regarde son père comme pour voir s'il veut répondre et ce dernier lève les yeux au ciel :

"Tu le savais en le laissant commencer, Asfodelo", il commente sobrement. "Voilà, nous allons passer la journée à nous demander si nous avons le temps d'envoyer nos enfants à l'école. Nous allons faire cela alors que les brebis ont faim, que les cuirs s'abîment dans les chaudrons, que les mouches tournent autour de la laiterie", il énumère et il a des soutiens dans la foule, évidemment. "Et je réponds : quels enfants ? Il n'y a pas d'enfants ici. Il y a soit des jeunes gens qui préfèrent le travail manuel et qui s'ennuieraient sans doute dans une école, soit des gens trop âgés et occupés pour s'asseoir devant un tableau. Il y a ici des gens qui veulent vivre libres, pas suivre des cours du soir ou étudier l'arithmancie.", il développe. "Et je suis heureux qu'il n'y ait pas tant d'enfants garous dans toute l'Italie qu'il faille leur ouvrir une école spécialement pour eux. Qui peut souhaiter la lycanthropie à un enfant ?", il questionne, et le murmure de la foule lui répond : personne.

Ada à ma droite lève la main et Asfodelo acquiesce.
"Donc c'est simple", relève l'héritière des Taluti. "Si tu as le malheur d'être un lycanthrope italien, soit tu aimes l'étude et tu te caches parmi les Moldus pour essayer d'apprendre le maximum de choses sans être découvert par les sorciers qui pourraient te priver de toute liberté ; soit tu as la chance d'aimer le travail manuel - uniquement le travail manuel, attention - et tu peux te réfugier ici à partir de tes treize ans. Tu abandonnes en même temps toute prétention à maîtriser ton environnement ou tes pouvoirs - mais tu as de la chance, les quelques fous amoureux des livres viendront peut-être t'aider si tes problèmes dépassent la production des fromages ou des ceintures !", elle ironise

"Tu caricatures !", tonne Furio.

"Parce que comment fait-on pour vendre les fromages et les ceintures à bon prix quand on ne sait pas bien compter ou lire un contrat?", questionne Ada sans lui répondre. Ses yeux font le tour du cercle, s'arrêtant sur chacun comme pour le convaincre personnellement. "Comment apprendre à classer de nouvelles plantes sans savoir lire les nomenclatures ? Comment préparer les potions dont nous avons besoin ? Comment aller discuter avec le Ministère quand on ne sait pas comment fonctionne le monde autour de nous - le moldu comme le magique ? Lucca parle d'être ambitieux mais, quand j'entends Furio, je me dis qu'il s'agit simplement d'être réaliste et raisonnable ! Ce n'est pas ambitieux, c'est juste la condition de notre survie en temps que communauté libre !"

"Mais s'ils apprennent et que, comme toi, ils partent ?", lance alors un homme, devançant Furio.

"Sans toi, Livia n'arrivait plus à préparer suffisamment de potions", renchérit une femme.

"Mais qu'ils partent !", explose Lucca. "Qu'ils partent et qu'ils reviennent ! Qu'ils voyagent, expérimentent et partagent ! Plus ils seront nombreux à apprendre, et moins ça sera un problème ! Le problème c'est que seules Livia et Ada sachent lire une recette de potions, pas qu'elles puissent partir ou revenir !"

"Lucca, si demain la moitié des bergers part se promener, qui s'occupera des troupeaux ?", s'inquiète Massimo. Il a l'air sincère, pas de lancer ça selon un plan établi.

"Mais pourquoi partiraient-ils tous demain en même temps ?", intervient Ada. "On vous parle de proposer des formations, ici ou ailleurs, et vous en concluez que tout le monde va partir ? Mais si vous en avez aussi envie, qu'est-ce que vous faites là, alors ? Vous attendez quoi pour partir ?"

"Mais toi, tu es partie", relève Agnella.

Lucca, qui a grimacé à la dernière intervention d'Ada, va reprendre la parole mais cette dernière lui fait signe de la laisser répondre :

"Bon, on n'y coupera visiblement pas", elle constate. "Même si Asfodelo, et je la remercie, a souhaité qu'on évite les attaques personnelles, je vais vous répondre. Je suis partie parce que je ne vois pas mon avenir, ma vie, dans un lieu qui se ment autant à lui-même. Nous ne sommes pas libres ; pas vraiment ; nous sommes beaucoup trop dépendants du bon vouloir des sorciers pour cela ! Je l'ai compris en accompagnant Lucca à Rome. Demain, ils décident que cette particularité italienne de Lo Paradiso les dérange finalement, et nous ne tenons pas une demi-journée devant une descente de sorciers entraînés à combattre ! Nous sommes dépendants du bon vouloir de quelques marchands moldus qui achètent nos produits ; nous sommes dépendants de quelques amis extérieurs, comme Bartholemio à Venise qui achètent nos plantes et nous fournissent à moindre coût sur les ingrédients que nous ne produisons pas - c'est... c'est un mirage... une illusion de sécurité ! Nous nous mentons en pensant que nous sommes ici tellement à l'abri du monde extérieur que nous n'avons pas besoin de nous intéresser à lui !"

Ses propos déclenchent évidement de vives discussions dans les rangs des lycanthropes. Pendant qu'Asfodelo essaie de les faire taire pour donner la parole à Nerina qui s'est levée, je me demande ce que Remus penserait de ce débat. Il serait tellement d'accord avec Ada et Lucca ! Il aimerait leur fougue et leur analyse réaliste de leur situation. Évidemment. il aurait même des conseils à leur donner. Moi, j'apprends à chaque phrase que je suis venu ici l'esprit ouvert, mais la tête et les mains vides. C'est terrifiant.

"Écoutez Nerina", crie Asfodelo en désespoir de cause. Comme ça ne suffit pas, Livia sort sa baguette et lance des explosions dans les airs un peu comme les professeur de Poudlard quand la grande salle est intenable. Quand tout le monde la regarde, elle dit :
"Écoutons Nerina", ce qui finit d'exaspérer la responsable des achats.

"Moi, je sors d'ici et je rencontre ces fameux amis moldus et sorciers de Lo Paradiso ; et je vous le dis, ça ne me donne pas envie d'être comme eux ! Notre vie est peut-être trop simple pour ceux qui aiment les bals de Venise ou les intrigues politiques de Rome, mais elle est en harmonie avec nos montagnes, nos troupeaux, notre cycle lunaire", développe Nerina dans une envolée lyrique que je ne lui aurais pas soupçonner.

"Mais, te sens-tu de taille à négocier avec eux ?", questionne Attilio et tout le monde se tait pour écouter la réponse.

"Bien sûr", affirme fièrement Nerina. Et je me dis qu'elle n'a visiblement pas vu l'ampleur du piège que le vieux tanneur vient d'ouvrir sous ses pieds.

"Pourquoi ?", interroge un homme dans la foule.

"Je sais la valeur de nos produits, leur qualité, les prix des marchés..." énumère Nerina.

"Comment sais-tu cela ?", insiste très doucement Lucca.

"Je suis fière de participer à la vie de ma communauté, de lui donner mes savoirs", se défend immédiatement Nerina. "Si je savais mieux coudre le cuir, je laisserai la place et.."

"Mais tu as été mordue à plus de vingt ans et tu avais déjà appris à lire et à écrire et aidé tes parents qui tenaient une boutique à Florence", complète Ada. "Nous te remercions de mettre ton savoir-faire au service de la communauté, mais nous serions encore plus contents que tu formes des gens pour pouvoir éventuellement un jour te remplacer !"

"Je suis en pleine santé !", s'agace Nerina.

"Ah, tu comptes tenir ce rôle jusqu'au moment où tu te tromperas dans les chiffres ? que tu ne pourras plus descendre dans la vallée sans qu'on te porte ?", ironise Ada, et Lucca secoue la tête juste avant qu'Asfodelo répète qu'elle ne veut pas entendre d'attaques personnelles.

"Moi, je voudrais savoir pourquoi le prix du fromage a baissé au village", intervient alors Massimo.

"Tu m'accuses de mal négocier ?", s'alarme Nerina.

"Je ne sais pas, je veux comprendre. Lucca et Ada ont l'air de dire que tu sais le prix par les livres ?"

"Par les journaux", précise Zeno fier de savoir la distinction.

"Est-ce que les journaux disent pourquoi le prix des fromages baissent ?"

"J'ai dû accepter de baisser le prix - Marco au village dit qu'il n'y gagne pas assez sinon... et qu'il ne pourrait plus acheter les ceintures sinon..." soupire Nerina.

"Et il n'y a que Marco dans toute la région pour acheter nos fromages et nos ceintures", conclut Lucca exaspéré. "Ca n'a rien d'une attaque personnelle, Nerina, mais c'est bien le problème soulevé par Ada : on est trop dépendants de quelques personnes ; essentiellement parce que nous sommes trop peu nombreux à avoir des contacts avec l'extérieur ..."

"Et est-ce que le Conseil n'aurait pas dû être mis au courant de la négociation avec Marco ?", questionne Agnella, soutenue par un groupe d'hommes et de femmes.

"Je l'ai dit à Furio...", essaie Nerina.

Le cercle explose en commentaires assez peu flatteur pour Nerina et Furio jusqu'à ce que Livia réitère ses étincelles à la demande d'Asfodelo qui donne la parole à Attilio.

"Je crois qu'on peut déjà demander au Conseil de se prononcer à la question de Lucca. Voulons-nous offrir des formations autre que les apprentissages traditionnels aux membres de Lo Paradiso ?"

Il y a une marée de mains qu'il n'est pas très important de dénombrer.

"Mais vous croyez que vous allez mettre ça sur pied en deux jours !" s'agace Furio. "Que ça ne va rien coûter ? Que ça va marcher du premier coup ?"

"Moi, j'ai déjà réfléchi à plusieurs dispositifs pratiques", annonce alors Ada, et même Lucca est surpris de sa sortie, je le vois bien. Je ne sais pas si ça me rassure sur le fonctionnement du cerveau de mon amie.

"Ah, Ada va revenir parmi nous comme maîtresse d'école", grince Furio.

"Il faudrait que tout le monde accompagne à tour de rôle ceux qui peuvent apprendre des choses", développe Ada sans lui accorder un regard. " Accompagner Nerina dans la vallée, voir comment fonctionne le marché ; venir à la production des potions... il faudrait que tous ceux qui savent lire transmettent ce savoir à au moins une autre personne ; ceux qui sont plus avancés, je pense à Andrea ou Zeno, pourraient dans des périodes creuses aller faire des stages auprès de gens qui accepteraient de les former plus largement... il faut commencer par des choses petites et pratiques, et s'appuyer dessus pour avancer... comme nous l'avons toujours fait !"

"Moi, je sais lire", annoncent différentes voix. "Moi, je sais sculpter et je veux bien apprendre à d'autres", affirme un homme pas très loin de moi. "J'avais appris par ma mère à faire des potions... ça me reviendrait peut-être...", annonce un autre. Il est vite impossible d'entendre chacune des propositions émises à haute voix sur la placette du Bourg. "Il faut un autre Conseil", crie alors une voix plus forte que les autres. Je crois qu'elle vient d'un berger. Et la phrase est reprise comme un slogan en quelques secondes. Furio et Nerina sont blêmes.

"Il est temps de changer", lance Andrea.

"Moi, je vote pour Asfodelo : elle est intelligente, elle nous écoute et elle est jolie !" propose Zeno.

Malgré les rires et quelques grognements, sa proposition est suivie par une nouvelle marée de mains qui sidère l'intéressée et fait rire Lucca.

"Moi, je dis qu'Agnella a posé pleinde bonnes questions aujourd'hui", déclare alors Attilio. Je lui laisserais bien ma place au Conseil si vous êtes d'accord !"

La majorité est peut-être moins unanime que précédemment mais suffisante pour entériner la décision.

"Je propose que Livia soit la voix de la science et de la sagesse dans ce nouveau Conseil", propose alors Lucca.

"Lucca ou Ada, vous devez siéger !", protestent plusieurs personnes.

"Le Conseil doit avoir davantage que la réforme en tête", refuse Lucca. "Et j'espère que vous voulez bien que je continue à jouer les ambassadeurs - avec tous ceux qui voudront m'accompagner, bien sûr. Il vaut mieux que le Conseil restreint soit composé de gens qui restent ici... Il y a trop de choses à faire pour qu'elles soient confiées à des gens parfois absents !"

"Je ne souhaite pas siéger au Conseil", ajoute péniblement Ada quand les regards se tournent vers elle.

"Trop maligne pour prendre des responsabilités", grince Nerina.

"Je serai heureuse d'enseigner tout ce que je peux, de trouver des professeurs à ceux qui en auront besoin, mais... Asfodelo, Agnella et Livia me paraissent mieux placées que moi pour prendre des décisions tous les jours !"

"J'ai hâte de voir ça", marmonne Furio en quittant la réunion brusquement, suivi de quelques hommes seulement.

"Est-ce que quelqu'un veut rajouter quelque chose ?" demanda Asfodelo dans le silence un peu effrayant qui suivit le départ de son père. Comme aucune main ne se leva, elle conclut : "Je déclare le Grand Conseil levé !

"Je propose que nous nous réunissions ce soir avec l'ancien conseil", propose Livia. "Ils ne peuvent pas arrêter du jour au lendemain; nous avons besoin de leur aide!"

Ada semble hésiter à se mêler à la discussion pratique qui s'engage alors puis elle se tourne vers moi en repoussant les mèches folles qui cachent son beau visage :

"C'est dingue, non, Harry !"

Je vais abonder dans son sens - je suis relativement sidéré parce que tout ce qui vient de se passer et les implications des discussions. Ça tourne dans ma tête en créant autant de vertiges que le mystère des statuettes, je dirais. Mais Zeno se jette sur nous, prend la main d'Ada et la presse :

"Ada, Ada, tu vas rester cette fois, n'est-ce pas ?"

ooooo

Le livre s'appelle Collezioni di statuette e cicli della luna - collezioni conosciute ed effetti constatati. Fenice avec ses racines italiennes croit toujours que tout le monde comprend, mais Fénoire lui rappelle que non : Collections de statuettes et cycles lunaires : collections connues et effets constatés.

Quelques trucs que je sais sur une poignée de garous italiens :
Furio – responsable de la sécurité, membre du Conseil restreint opposé à Lucca.

Asfodelo – fille de Furio, elle travaille avec Livia Astrelli comme herboriste.

Attilio – le tanneur, frère de Bartolomio, l'herboriste de Venise, allié de Ada. Membre du Conseil restreint

Nerina – responsable des achats, plutôt proche de Furio. Membre du Conseil restreint

Zeno, Andrea, Massimo – des bergers. Massimo est leur chef, il est membre du Conseil élargi.

Agnella – une indécise, travaille à la laiterie.

Livia et Lucca Astelli – Garous d'origine romaine. Membres du Conseil élargi.

Le suivant, est confié à Cyrus sous le titre "Des trucs qu'il fallait dire "