Playlist
Tu connais mes envies Tu connais mes prouesses
Tu sais qui j'ai aimé avant qu'on se connaisse
Tu me confies tes peurs et tu partages mes doutes
Tu corriges mes erreurs et tu les pardonnes toutes
Je connais tes soupirs Je connais ton souffle
L'éclat de ton rire et le goût de ta bouche
J'écoute ta voix et son chuchotement
Et comment tu respires en t'endormant
Et si c'est le temps qui passe
Qui fait qu'on se connaît
Il faut que le temps passe
Et ne s'arrête jamais
Volo, Tu connais
XXXXII Cyrus Des trucs qu'il fallait dire
La piste ou l'hypothèse, comme vous voulez, de Brunissande me prend par surprise. Il existerait des statuettes anthropomorphes – peut-on imaginer magie plus symboliquement rudimentaire ? – qui permettraient de jouer avec les forces de la lune... La petite collègue française de Harry me raconte ça presque en chuchotant dans son miroir, comme si elle-même n'y croyait pas. Avec le bruit du pub, ça rend la conversation complètement surréaliste.
« Et donc, tu entrevois une protection ? », je demande quand elle a fini son exposé sur les effets positifs et négatifs supposés, même sur les Moldus.
« Cyrus, c'est la mission de Harry ! », elle remarque. « Je suis déjà allée beaucoup plus loin qu'il ne me l'avait demandé... mais c'est un truc dingue, à peine traité dans la théorie magique ! »
Tout ce que j'en sais – et je me suis tapé plus de théorie magique que la moyenne des sorciers –, ne peut que lui donner raison, alors j'opine.
« Je n'ai le temps de rien », je finis par soupirer après avoir envisagé et repoussé plusieurs solutions toutes aussi tordues. « Je vais essayer d'en parler à quelques personnes de confiance... » En d'autres mots, mon père, mon grand-père et Severus, mais je ne prends pas la peine de le dire.
« Je fais de même de mon côté », elle m'apprend. « Mais j'ai sans doute moins de ressource que toi ! »
Je ne fais pas mon naïf ou mon modeste.
« Fais attention, Brunissande », je souffle. « C'est un peu explosif comme truc, à contre courant de beaucoup de théories dominantes, tu risques de te griller si tu testes ça sur des connards », je résume.
« J'en étais à la même conclusion avant de t'appeler », elle sourit dans le miroir.
Je pense à Harry dans ses montagnes en plein roucoulement avec sa jolie garoute et je trouve, sincèrement et sans animosité, qu'il exagère. Lui qui ne m'a jamais aidé qu'au compte-goutte pour mes devoirs, comment il allait se justifier auprès de lui-même du temps que je prends sur mes études pour son boulot, hein ? Bon, il a de la chance que le fond est carrément passionnant et l'émissaire, jolie et sympathique.
« Faut que j'aille à Poudlard », j'annonce donc en revenant à la table de mes amis – ma bière est intacte.
« Maintenant ? », s'étonne Ginny.
« Faut que je parle à mon père », j'annonce en essayant d'avoir l'air totalement détaché.
"Je voulais passer chez Ron et Hermione", m'annonce Gin, l'air un peu embêtée de me proposer autre chose.
"Ils achètent un appartement ensemble", explique Luna aux autres. "Un grand atelier qu'ils coupent en deux appartements..."
"Ça a l'air chouette", commente Sinead alors qu'Archibald semble se demander s'il doit se vexer de l'apprendre comme ça.
"Ça serait bien que tu m'accompagnes", ajoute Ginny en me regardant avec une insistance peu commune.
Comme je croyais savoir que les plans étaient sacrément arrêtés et les travaux planifiés, je décide qu'il y a quelque chose à creuser, et j'acquiesce comme si je n'avais pas mon propre agenda.
"Comme tu veux", je marmonne en buvant un grand trait de ma bière.
"Qu'il est devenu galant, notre Cyrus !", s'amuse Sinead.
"Il l'a toujours été", estime Luna sans que je sache d'où lui vient cette opinion.
Comme Archi n'a pas pu se retenir d'exploser de rire, je décide de faire de même le temps de terminer ma bière. Luna pose des questions à Sinead sur l'édition de fictions magiques. Je n'écoute pas réellement les réponses - Gin non plus. On se lève ne même temps en promettant de faire une fête avant notre départ pour tous nos amis.
"Dans le nouvel appartement ?", questionne Sinead.
"Avec de la chance", estime Ginny en lui jetant des regards qui pourraient avada kavrer des égos moins solides.
J'attends qu'on ait quitté le Chemin de Traverse et qu'on ait hélé un taxi pour poser des questions.
"Une urgence donc ?", j'enquête.
"Je suis désolée, Cyrus : j'imagine que ce n'est pas pour rien que tu voulais aller à Poudlard, mais j'ai promis à Maman de ne pas laisser Ron seul ce soir..." elle regrette.
"Hermione n'est pas là ?"
"Demain, c'est la commission de discipline qui doit rouvrir le dossier de Ron, et je ne suis pas sûre que ça soit une soirée qu'ils passeront mieux seuls... ça risque de faire remonter tout ce qui s'est mal passé ces derniers mois !"
"J'avais oublié la commission", j'avoue, content de savoir que l'urgence n'est pas architecturale. Sinead peut se moquer de moi autant qu'elle veut.
« J'ai une pression familiale colossale sur l'audience disciplinaire de Ron », m'avoue Gin en posant sa tête sur mon épaule. « Ça fait deux jours que je repousse l'idée d'appeler ta mère... »
« Mais qu'est-ce que tu crois qu'elle te dira ? À part qu'elle fera de son mieux ? »
« C'est ce que je répète à ma mère », elle souffle.
« Et ton père ? », je questionne avec des petites pointes acides dans l'estomac. J'aime bien Arthur, ne vous y trompez pas – c'est lui qui a du mal avec moi. Plus exactement, et j'ai mis du temps à bien le mesurer, il ne se pardonne pas de m'avoir traité de monstre il y a trois ans, en apprenant ma véritable nature. Il ne se pardonne pas de l'avoir fait devant la différence incarnée qu'est Remus et qu'il révère. Depuis, il ne s'est jamais plus permis la moindre remarque envers moi – et je ne trouve pas ça très sain.
« Il pense comme toi et moi que ta mère se met sans doute suffisamment la pression toute seule », avoue Gin. Comme ma question muette remplit toute la voiture moldue, elle soupire.
« La pression est effectivement colossale », je mesure
« C'est Ronnichou », elle se désole. « Tout le monde était tellement content pour lui... »
« Ok, c'est de ma faute », j'abdique en levant les deux mains.
« Dis pas ça, je ne vais plus dormir : tu ne me fais jamais autant flipper que quand tu te sens coupable ! », elle s'affole.
Je crois que le chauffeur de taxi se marre l'air de rien. Comme je pense qu'il nous épie un peu, je sors mon miroir en l'utilisant comme un téléphone moldu et j'appelle Mae.
« Cyrus ! », elle s'inquiète immédiatement. Peut-être que de voir mes cheveux ne la pousse pas à voir les choses du côté le plus optimiste.
« Je vais bien », je réponds en mettant tout ce que je peux de sourire dans ma voix. Est-ce qu'un jour, on pourra s'appeler sans imaginer le pire ?
« Harry ? », elle souffle quand même.
« Pas de nouvelles », je constate en me disant que parler des recherches de Brunissande nous emmèneraient trop loin.
« Ton examen ? », elle continue sur le même ton, et je me marre sincèrement.
« Ça devrait être honorable », je la rassure. « T'es où, là ? On peut parler avec toi ? »
« On ? », elle relève.
« Gin et moi »
« A propos de l'audience ? », elle comprend immédiatement.
« Pression familiale », je reconnais.
« Je suis avec Dawn et on bosse dessus », elle répond sobrement. « Rien à vous dire de plus que Ron est moins en cause que moi dans cette histoire... »
« Et tu vas savoir te défendre ? », je questionne, peut-être pas super diplomatiquement, admettons-le.
« Merci de ta confiance, Cyrus ! », elle remarque d'ailleurs, mais il n'y a pas de colère dans sa voix. Plutôt de l'amusement
« Tu pourrais prendre ça pour de l'inquiétude filiale », je rétorque sur le même ton.
Elle pèse mes mots quelques secondes avant de soupirer:
« On y travaille avec Dawn et merci de t'inquiéter, mais tout ça ira moins loin que vos imaginations... »
« Si tu le dis », je bats en retraite.
« C'est ma bataille, Cyrus, occupe-toi de tes examens », elle insiste plus gentiment.
"On va passer voir Hermione et Ron", j'annonce.
"Répète-lui qu'il ne doit pas trop s'inquiéter", elle commente avec un nouveau soupir. "Il ressemblait à un chaudron sous pression cet après-midi !"
"On va essayer de lui faire prendre de la distance", je propose alors que Ginny grimace - sans doute en mesurant la tâche.
"Bonne chance", conclut Mae avec le ton de quelqu'un qui a mieux à faire que de parler dans un miroir.
"Et à toi et Dawn aussi", je réponds. "N'oubliez pas de nous donner des nouvelles !"
"Promis", elle répond et je crois qu'elle va couper la communication, quand elle reprend d'une voix un peu gênée " Cyrus, ça me fait penser... je dois emmener les jumeaux à Londres demain matin, des rendez-vous pris il y a longtemps que je ne peux pas changer, je me demandais..."
"Tu peux les laisser à l'appart pendant l'audience", je termine en sachant que Ginny ne m'en voudra pas de cette invitation.
"Ils sont très inquiets de savoir que tu vas partir, comme Harry, et ils te réclament", elle ajoute comme une justification.
"Pas de souci", je répète. "Moi aussi, je suis content de les voir le plus possible pendant que je peux."
"Merci Cyrus".
oo
La soirée chez Ron et Hermione mélange la veillée funèbre et la fête marquant la fin des examens. On boit tous sans doute trop. On dit quelques belles bêtises mais on se sent unis par le fait même de se serrer dans leur petit salon, comme on pouvait s'entasser dans un dortoir à Poudlard pour partager une bièreaubeurre chipée aux cuisines. Quand on part, il est déjà demain, mais Ron n'est plus en état de trop s'en inquiéter. Le lendemain midi, Mae nous amène les petits comme prévu. Malgré notre invitation, elle ne reste pas déjeuner, et je la sens nerveuse sans trop savoir quoi y faire.
"Merci vraiment Ginny", elle prend quand même la peine de dire avant de partir.
"Pourquoi que Ginny ?", questionne Kane.
"J'imagine que Cyrus a du travail", répond Mae. "Je vous ai expliqués qu'il doit préparer ses examens ; vous allez être sages, hein !"
« J'ai un autre examen demain », je confirme devant leur moue jumelle. « Mais on trouvera le temps d'aller au parc, promis ! »
Quelques heures plus tard, je suis au plus profond de mes révisions d'Astronomie végétale quand un grand bruit de verre me fait lever la tête.
« Iris, tu vas te faire tuer », j'entends Kane estimer avec une vraie inquiétude dans la voix.
Quand je vais à la porte du salon mesurer l'étendue des dégâts, Ginny est déjà là et la vitre de la porte-fenêtre est cassée...
« Mais qu'est-ce qui t'as pris de lancer ça dans la fenêtre ! », questionne ma Gin avec plus de perplexité que de colère. Elle tient un chandelier à la main.
« C'est ma maison plus que la tienne », répond ma petite sœur, des larmes dans la voix, mais une sacrée dose de défiance. « Je fais ce que je veux ! »
Je ne laisse pas à Ginny le temps de trouver quelque chose à répondre à ça. Je fonds sur Iris et je la soulève du sol pour repartir sans m'arrêter vers leur chambre
« Toi et moi, on va discuter », je commente sobrement.
Quand je la pose, pas spécialement doucement, au milieu de la pièce, j'ai un flash où je me revois dans l'esprit de Ginny m'agacer qu'un môme ait fait tomber mon livre. Ma violence potentielle me glace une nouvelle fois – je la tiens plus pour un sombre héritage génétique que pour le résultat d'expériences conscientes, et ce n'est pas une perspective bien souriante.
Je m'oblige à me concentrer sur ma petite sœur qui à aucun moment de mon intervention ne s'est débattue ou défendue – et j'ai suffisamment d'expérience d'Iris pour savoir que, même coupable, elle ne perd jamais de temps pour se trouver des excuses. Plantée au milieu du tapis étoilé de leur chambre, elle semble tout bonnement figée, sans que je ne sache trop ce que ça veut dire.
L'incertitude pousse mon épaule contre la chambranle de la porte. Je revois Remus faire le même geste quand il nous avait rejoints après qu'Harry et moi ayons trouvé drôle de jeter des bébés acromentulas sur la table des Serpentard. La tête me tourne en mesurant un instant le genre de questions qu'il avait dû se poser. J'inspire pour me donner du calme et du courage et puis je contourne prudemment Iris pour aller m'asseoir en face d'elle sur le lit. Elle ne bouge pas.
« On peut savoir ce qui te prend ? », je demande.
Je n'obtiens aucune réponse. J'essaie le vieux truc Lupin de laisser le silence poser les bonnes questions. Le cas paraît désespéré : seul le silence et l'immobilité répondent au silence. A moins qu'Iris ne soit plus Lupin que moi...
« Iris ? Tu n'as rien à me dire ? », j'insiste, et ma petite sœur se contente de secouer la tête. J'essaie de compter jusqu'à vingt, une nouvelle fois, histoire de voir si elle ne craquerait pas. Sans succès. Reste la menace, je me dis, en ayant l'impression que je suis un manche – Papa ou Mae l'auraient déjà amenée à parler, non ?
« Tu te rends compte que, quand Mae revient de sa réunion, si on lui raconte que tu as volontairement cassé la fenêtre avec un chandelier, parce que l'ensemble t'appartenait, t'es mal barrée ? »
J'obtiens qu'elle passe plusieurs fois d'un pied sur l'autre – sans doute, elle mesure le problème – mais pas un mot de plus.
« Si tu ne veux pas que je t'aide, tu vas rester là toute seule à réfléchir à comment tu vas lui expliquer ça », je décide brusquement en me levant.
« Tu t'en fiches de moi ! », est la réaction sidérante et immédiate de ma petite sœur. Elle a relevé la tête et dire qu'elle est en larmes est un euphémisme. « Tu penses qu'à tes examens, tes livres, ton voyage », elle ajoute avec de gros hoquets entre les mots.
N'étant pas totalement naïf, je me demande sincèrement si elle vient d'inventer un truc pareil pour s'éviter des ennuis. Puis je me dis que ça me paraît suffisamment timbré et sincère pour expliquer l'acte de provocation gratuite de tout à l'heure.
« Je ne pars pas pour toujours au Brésil, Iris », j'essaie doucement, en essayant qu'elle me regarde mais ça ne marche pas.
« Quand tu reviendras, tu iras dans une autre maison ! », elle renchérit toute à sa colère. « Papa a dit que tu semblais bien avoir quitté le nid, cette fois, et Mae que vous alliez peut-être avoir envie de faire des enfants ! Je ne veux pas ! », elle conclut en tapant du pied.
Je n'ai pas pu m'empêcher de rougir en entendant les commentaires des parents, comme toujours rapportés au mot près. Pas que j'ignore que la décision de l'achat de cet appartement, s'ils l'ont officiellement jugé un sage investissement, a dû les secouer. Mais bref, je me passais relativement bien de savoir qu'ils en étaient au pari quant à la date de naissance de ce premier-né que tout le monde semble attendre avec une singulière certitude quant à sa venue. Juste après, je suis triste de ne pas savoir quoi dire à Iris. Je me sens terriblement vieux et démuni devant elle.
« Tu t'en fiches de moi », elle répète plus bas.
Je décide de la prendre dans mes bras et, cette fois, elle commence par se débattre - enfin une réaction normale ! Mais elle a sept ans, hein, je suis plus fort qu'elle.
« Iris, je comprends que tu t'inquiètes », je me lance en ayant l'impression de faire du mauvais Remus – mais c'est sans doute toujours mieux que de la manière dont Orion Black aurait utilisé les sentiments d'une gamine pour en faire de la glaise. « Ça fait beaucoup de changements en très peu de temps – même pour Ginny et moi », je continue. « Mais si on change de maison, si on part en voyage, ça ne change rien aux sentiments : tu es ma petite sœur, ma filleule même, que je sois au Brésil ou à Londres ! »
« Mais comment on fera pour monter aux arbres ? », elle souffle au milieu de ses larmes.
« En Amazonie, il y a des arbres gigantesques, tu sais ! Quand vous viendrez, je t'emmènerai », je promets facilement.
« On viendra ? », elle s'intéresse au travers de ses larmes.
« Mae me l'a déjà dit et puis, si elle oublie ou si elle n'a pas le temps, finalement, on s'arrangera ; je promets », je la rassure.
« Et après ? », elle veut savoir.
« Dans la nouvelle maison ? », je vérifie et elle opine contre mon épaule. « Vous serez toujours bienvenus dans ma maison, Iris, comment peux-tu en douter ! », je la gronde gentiment. « Vous pourrez toujours venir nous voir quand les parents sont débordés...ou simplement quand vous en aurez envie ! »
« Même quand vous aurez des enfants ? »
« Eh, Iris, qu'est-ce que c'est que cette idée ? T'auras au moins huit ans de plus que le premier de mes enfants – si je décidais d'en faire un ce soir », je précise puis je croise son regard curieux et je me dis que c'était peut-être une précision superflue. « Presque autant qu'entre toi et moi ! Ils ne sont pas prêts de grimper aux arbres, si tu comprends ce que je veux dire ! »
Comme elle hausse les épaules, je décide que je suis sans doute trop elliptique.
« J'aurais toujours du temps pour vous, pour grimper aux arbres ou pour autre chose », je promets donc solennellement.
« Juré ? »
« Plus que juré, Iris », je réponds fermement et je sens dans son rougissement que cette fois, elle me croit.
« Je suis désolée », elle souffle.
« B'en, tu peux », j'estime sans trop de pitié cette fois. « T'as de la chance que le chandelier ne soit pas tombé en bas et ait blessé quelqu'un ! »
« Elle est cassée, la fenêtre... », remarque Iris avec une toute petite voix qui lui ressemble bien mal.
« Tu pensais qu'elle allait résister ? », je questionne.
Elle hausse les épaules et puis souffle :
« J'étais en colère, j'ai pas pensé », elle constate. « Tu vas la réparer ? », elle espère maintenant.
« Je ne suis pas vitrier », je remarque.
« Avec la magie », elle souffle tout bas – vraiment très très bas.
« On ne peut pas, Iris, tu le sais bien. Papa et Mae ne veulent pas de magie dans cette maison - sauf situation d'urgence... »
« C'est pas une urgence ? », elle quémande.
« Non », je constate pas loin de sourire à son air déçu. « C'est juste une grosse bêtise. »
Ma présentation l'inquiète, je vois bien, mais je ne fais rien pour la rassurer.
« On va téléphoner au vitrier », j'annonce donc en la lâchant.
« Il va venir tout de suite ? », elle veut savoir.
« Ça m'étonnerait », je reconnais avec honnêteté.
« Mais Mae... », s'affole maintenant Iris. « Qu'est-ce qu'on va dire à Mae ? »
« Qu'elle a une petite fille inquiète qui ne veut pas que son grand frère révise ses examens ou parte au Brésil », je propose, pas très charitablement, je sais.
« Non ! »
« Non ? », je fais mine de m'étonner.
« Cyrus, non ! », elle plaide maintenant. « Je suis désolée ! Je ne ferai plus jamais ça ! Jamais ! Jamais ! »
« Tu ne dirais plus à Ginny des trucs du genre « je suis chez moi, pas toi » ? », j'insiste.
Iris a la bonne grâce de rougir.
« Je ne le pensais pas ! »
« Tu vas aller lui dire ? »
Elle opine, l'air d'un petit lapin apeuré. J'ai bien du mal à continuer ma grande leçon de morale.
« Tu viendras me parler – si je ne suis pas là, tu m'écriras – avant de casser des trucs pour que je m'occupe de toi ? », je demande quand même.
« Oui, Cyrus », promet Iris très solennelle, et je décide qu'elle a quand même compris deux ou trois trucs dans l'affaire. Je repense à toutes ces fois où Remus m'a donné une chance quand quiconque m'aurait mis au pain sec et à l'eau pendant des semaines.
« Alors si le vitrier ne peut pas venir sur l'heure, je crois qu'on va dire à Mae qu'il y a eu un grand coup de vent qui a projeté la fenêtre dans le chandelier », je propose, et Iris se jette à mon cou.
ooo Poudlard
On est au parc quand Mae nous appelle vers 17h, elle a l'air épuisée.
"Bon, on n'a pas fini de se disputer", elle chuchote, une fois que je lui ai menti et promis que les jumeaux étaient sages. "Si ça peut rassurer Ginny, Kingsley a renvoyé Ron chez lui, et la sanction se limite à un blâme écrit - rien de bien grave... Mais ça a dégénéré en guerre de clans à la Division, et on tient un conseil de chefs ce soir..."
"Ça va ?", je m'inquiète.
"Je crois que des choses devaient être dites et que c'est l'occasion", elle répond avec un soupir "Je ne peux pas rester, j'ai plein de boulot par ailleurs..."
"Tu veux qu'on ramène les petits à Poudlard ?" je comprends.
"Je sais que tu n'as pas que ça à faire", elle répond.
"Bah, on peut s'inviter à dîner, j'imagine", je réponds en me disant qu'après tout c'était l'occasion de voir Papa et de lui parler des recherches de Brunissande. Et puis ça nous évitera de mentir à propos de l'état des fenêtres.
"Surtout qu'Albus vient dîner", elle commente, toute à ses propres logiques. "Il sera content de te voir !"
"Bon, eh bien, c'est décidé", je conclus.
On arrive tous les quatre à Poudlard pile pour le dîner - Ginny ayant même jugé qu'elle pouvait envisager de dîner avec deux cent jeunes sorciers qui la dévisagent sans qu'elle soit sur un balai. Je pense que c'est un geste d'amour total pour moi et je pèse mes mots. Papa, Albus et Severus arrivent dans le Hall d'entrée, au moment même où Monsieur Rusard nous ouvre la porte avec son air de penser qu'on doit avoir des bombabouses dans nos poches et que c'est une profonde injustice qu'il ne puisse nous les confisquer..
« Ah, Cyrus, Ginny ! Merci de les avoir ramenés », nous accueille Papa.
« Tu vas bien nous garder à dîner - quand il y en a pour deux cents, il y en a pour deux cent deux, non ? », je fais le pitre. Ce qui me rajeunit, je crois, et fait sourire Grand-Père.
« Vous seriez prêts à supporter l'équipe au complet sans contrepartie ? », continue d'enquêter Papa un peu pour rire mais je sens que Severus le bénit.
« OK, j'ai des questions pour des sorciers plutôt éduqués, ouverts aux théories alternatives et aux idées farfelues », j'annonce un ton plus bas.
« A table ? », s'enquiert Papa sobrement. En fait quand on y réfléchit, plus il vieillit, moins il emploie de mots, je dirais.
« Sans doute pas », je lui concède.
« Albus doit passer un peu de temps avec l'équipe après dîner, il vous faudra être patients. Vous dormez là », il conclut.
« Oui ! », crient les jumeaux qui se sont glissés entre nous, comme les jeunes grenouilles qu'ils sont, quand ils ont été sûrs que je n'allais pas déballer les tous nouveaux besoins en vitre de l'appartement.
Les elfes rajoutent des couverts, et la Grande Salle nous regarde plus ou moins à la dérobée. Madame Pomfrey et Ginny ont une longue conversation dont j'imagine le sujet. Albus raconte au profit de tous les enjeux actuels de la coopération scientifique magique ; expliquant notamment que le Ministère n'arrive pas à prendre une position face au nombre croissant de fondations de tout pays qui se positionnent sur le sujet.
Après dîner, on prétexte, Ginny et moi, vouloir passer du temps avec les jumeaux pour s'éviter la case « soirée avec les profs ». On fait bien parce que ça dure. Quand Papa et Albus reviennent, je me dis même que je ne vais pas être capable d'expliquer la théorie de Brunissande.
« Harry m'en a parlé », me coupe rapidement Albus quand je m'y essaie – et la tête de Papa, qui pense "et pas à moi" n'a pas besoin de sous-titres. « Ce sont de vieilles magies, méprisées comme telles, et pourtant sans doute leur potentiel existe. Vous l'avez vu à Venise, et il se réjouissait d'avoir sans doute accès aux travaux de Maddalena Taluti par le biais de son amie Aradia... »
L'idée que Harry ait pu s'intéresser à Ada en raison de sa filiation avec les Taluti me paraît totalement ridicule, mais je me somme de garder mon calme et de ne pas sur-interpréter les propos de mon grand-père adoptif.
« Tarquino Cimballi à Venise avait produit des amulettes », commente sobrement Papa.
« Harry avait des pistes de potions », nous apprend Albus mais, cette fois, il se rend compte du visage fermé de Papa. « Remus, il pensait que vous seriez ulcéré par les pratiques des Wuelfern, c'est pour ça qu'il a évité de vous en parler... »
« Je n'aurais rien pu faire pour l'aider de toute façon ; je suis totalement ignorant dans les domaines qu'il aborde », répond Papa avec la raideur qui fait les statues.
« Qu'est-ce qu'on dit à Brunissande ? », je questionne histoire de sortir la conversation des marigots orgueilleux où elle semble se complaire.
« Devons-nous intervenir ? », m'oppose Papa. Autant dire que ça doit être la tempête là-dedans.
« Il s'agit de l'aider en attendant que Harry réapparaisse et décide de ce qu'il partage avec les Gobelins », je propose en faisant attention à chaque mot que j'emploie. « Ce qui ne saurait trop tarder... »
« Comme tu l'as fait remarqué, Cyrus, nous sommes dans des domaines où les peurs superficielles sont importantes », juge Albus avec un soupir. « Je crois que cette jeune femme devrait éviter d'agir seule et de mettre trop vite et trop clairement ce qu'elle a découvert en avant... Si Harry a trouvé des choses de son côté... »
« Elle ne doit pas prendre de risques pour lui », juge Papa avec presque de la colère – je sens qu'il évite de céder à ses émotions, mais elles sont là.
"Jusqu'à présent, elle a eu l'air de s'en sortir", glisse Gin avec une dose de colère rentrée, je le vois bien, comme si elle prenait pour elle, les conseils donnés à Brunissande.
Papa la regarde comme si elle avait changé de tête, je me demande comment intervenir quand le miroir de Papa sonne. Il sonne avec la petite musique qu'il réserve à sa famille proche, et tous dans ce salon le savent.
"Mae ?", je souffle en repensant à ces histoires de Division en ébullition, et Papa tire son miroir de sa poche et secoue la tête. Il ne reste donc qu'une seule solution.
"Allez le prendre ailleurs, Remus", conseille alors Grand-père qui doit être arrivé aux mêmes conclusions que moi.
"Prends-le", j'insiste.
Et Papa se lève un peu livide, acquiesce et se dirige vers son bureau le miroir à la main. Je n'ose pas imaginer ce que Harry et lui vont pouvoir se dire.
oooooo
Trop longtemps que je n'ai pas publiquement serré sur mon coeur mon équipe de choc : Alixe, Dina, Fée flea(u) et LaPaumée !
La suite revient vers Harry donc - ce qui permet notamment de parler de ce fameux appel ; je ne suis pas aussi méchante que vous le penser !
Comme y'a des vacances scolaires, des déplacements professionnels prévus, etc... à voir quand la suite arrivera...
ça vous laisse le temps de m'envoyer de vos nouvelles !
