Y a de la haine, on est d'accord
Y a des grenades et y a des morts
Des bouts de peau, des parcelles de corps
Y a du chagrin, y a des adieux
Des amours mortes et dans les yeux
Des larmes blanches, des armes et des aveux.
Y a des soupirs, des enfants et des rires
Y a des regrets, le silence et la paix
Y en a qui dorment sur des cartons
Y en a qui ont perdu la raison
Mais y en a une qui mérite une chanson
Imbert Imbert - Malgré moi

XXXXVII Harry Des principes féminins et des décalages

Ada m'entraîne dès la fin de notre petit-déjeuner tardif chez Bartolomeo. Quand je lui ai montré la liste d'ingrédients dressés par Cyrus pendant notre petit-déjeuner commun, elle a laissé échapper : "Dommage qu'on ait pas sû ça à Lo Paradiso, la petite alchémille, là-bas, je t'en aurais trouvé autant que tu en voulais !"

Je me suis contenté d'hausser les épaules. L'énumération des raisons qui faisaient qu'on avait pas eu les ingrédients à ce moment-là me paraissait encore plus longue que la liste de Cyrus.

Fiametta laisse tomber ce qu'elle fait dès qu'elle nous voit et clame les bras dressés vers le ciel:
"Les boute-feux ! "

Ada rougit. Les autres préparateurs sourient. Bartolomeo sort de son réduit.

"Tu viens travailler, Ada ?", lance un petit replet, pas l'air de croire bien fort à son hypothèse.

"Acheter", lui répond Ada en souriant, et elle tend ma liste à Bartolomeo. "C'est pour Harry ! Je devrais dire, pour la science !"

"De la petite Alchémille ?", relève l'herboriste.

"Le liant le plus puissant et le plus pur", je m'empresse d'expliquer parce que les autres grandes utilisations - merci, mais Severus m'a formé -, ont trait aux problèmes féminins. Je ne voudrais pas d'équivoque.

"Et du sisymbre de pleine lune" souligne Ada, ayant l'air de bien s'amuser. "Le monsieur est un client exigeant !"

"Et de la mauve douce", je complète, content d'avoir là un ingrédient beaucoup plus commun.

"Pour la communication avec les astres ? Mais tu vas nous préparer quoi avec ça, Harry ?", s'intéresse Fiametta en posant sur le comptoir un grand bocal de mauve séchée.

"Une nouvelle potion tue-loup sans doute !", s'amuse le replet de tout à l'heure. "Une prière perpétuelle à la clémence de la Lune !"

"On m'a dit qu'en Angleterre, un maître de potions essaie un tout autre traitement, un accompagnement basé sur les cycles", raconte un autre préparateur fluet avec de grands yeux timides. J'ai l'impression de l'avoir déjà vu avec Vico.

A la nature de leurs remarques et de leurs plaisanteries, je me demande instantanément s'ils sont tous garous. Que pensent-ils de Lo Paradiso est ma question - indicible - suivante.

"Tu connais cette potion, Harry ?", veut savoir Fiametta.

"Effectivement", j'avoue simplement. "Le professeur Rogue en prépare pour mon père - et d'autres lycanthropes qui le souhaitent - une potion basée sur le cycle lunaire... Si vous écoutez Severus Rogue, c'est une recherche non encore totalement aboutie", je rajoute avec un sourire indulgent intérieur pour ce que j'ai de plus proche dans ma vie d'un oncle bienveillant. "D'ailleurs, ce n'est pas réellement une potion, mais une série adaptée à la fois à la personne à soigner et au cycle de la lune... Ne me demandez pas comment elle se prépare ! J'ai lu la recette une fois - juste pour me convaincre que je ne saurais jamais faire ça seul !"

"Donc l'alchémille, c'est pour autre chose", conclut le préparateur replet et décidément curieux.

"Non, c'est pour... pour une commande, en fait", je reprends, finalement encore moins à l'aise sur mon propre projet que sur les travaux relativement confidentiels de Severus Rogue.

Il y a une série de regards qui courent dans le petit magasin. L'alchémille n'est pas un ingrédient comme les autres. Il entre dans la fabrication de la pierre philosophale - un bon souvenir, tiens ! Il sert aussi de base à une série de préparations médicales utilisées par les femmes.

"Une commande faite à un briseur de sorts ?", questionne un autre des préparateurs - mais n'importe lequel aurait pu le dire, je le vois bien.

"Mais oui !", s'amuse Ada. "Les Gobelins ne supportent pas de manipuler certaines statuettes qu'ils ont en stock, surtout à certaines phases de la lune ; la potion pourrait les aider !"

La tentation de la faire taire est immédiate. Je dois retenir ma main qui irait bien se poser sur son bras - je n'ose pas imaginer quelle serait sa réaction si je faisais ça.

"Des statuettes ?", répète Fiametta en regardant Ada avec des yeux écarquillés.

"Oui, ces statuettes-là", confirme mon amie d'un air léger un peu forcé, voire provoquant. "Ou des trucs qui y ressemblent fort."

Aux nouveaux regards qui circulent, je me dis que tout le monde ici sait de quoi elle parle. Pas de révélation donc, ni de risque de fuite, sans parler de publication... Ces gens ont décidé depuis longtemps, comme les Arbori, de taire les secrets des statuettes... Je me demande ce que Cyrus en dirait. La publication ou le secret, quelle est la meilleure protection ?

"C'est pour l'or ?", s'inquiète alors ouvertement Bartolomeo, la liste maintenant serrée contre sa poitrine comme s'il ne comptait jamais me la rendre. "Vous leur donnez ça contre l'or, c'est ça ? Ça leur servira à quoi cette potion ?"

"Je le fais dans le cadre d'un stage chez eux ; ils ont hérité de statuettes proches des... de celles qu'on trouve ici", je corrige, pas moins gêné par la vérité que par les hypothèses de Bartolomeo. "Et ils ne supportent pas les chants des statuettes !"

"Connaissant les Gobelins, ils les vendront sans doute dès qu'ils pourront les manipuler", estime Ada avec son air détaché travaillé qui ne trompe personne.

Bartolomeo soupire, se gratte la tête, hésite et puis n'y tient plus :
"Il ne faut pas trop leur en dire, Monsieur Potter-Lupin"

"Aux Gobelins ?", je vérifie inutilement.

"Ces statuettes elles aident les petites gens depuis des siècles, Monsieur Potter-Lupin... les petits sorciers mal formés, les garous, les Moldus, les sangs mêlés, les cracmols", il énumère avec un geste de la main qui semble induire combien la liste est longue. "Tous ceux que personne ne défend... "

"Sauf un ou une Taluti, tous les dix siècles", complète Ada en levant les yeux au ciel.

Ou un Lupin, je songe sans le dire. Ou une Aesthelia. Ou un Cyrus à sa façon.

"Je sais, Bartolomeo", je promets en espérant paraître sincère et convaincant. "Mon idée est de leur proposer une potion par essence temporaire - pas de les initier aux statuettes... Je ne suis qu'un stagiaire... Et je suis l'ami des garous", je rajoute faute de meilleur argument.

Ça les fait tous sourire et hocher la tête comme pour confirmer ma dernière sortie.

"N'empêche que tu dois te méfier des Gobelins", répète Bartolomeo en se mettant à préparer ma commande.

"Oui, Bartolomeo", je m'empresse de lui promettre.

"Et Lucca et toi, Ada, vous avez intérêt à trouver le moyen de financer vos petits rêves", continue l'herboriste en équilibrant les plateaux de sa balance.

"On va s'y mettre", promet Ada à son tour.

"Parce que sans or, ce ne sont que des rêves", souligne Bartolomeo. "Et les rêves brisés sont pires que des cauchemars..".

oo

"Ça n'a pas dû être difficile à négocier, tes absences, avec un patron acquis à la cause !", je lance quand nous sortons.

Ada hausse les épaules.
"Tu l'as entendu, il pense néanmoins qu'on prend des risques inconsidérés !"

"Il s'inquiète du financement", je précise.

"Pas seulement", affirme Ada. "Il est beaucoup moins ambitieux que son frère, crois-moi ; un petit Paradis réservé à un petit groupe bien sage lui allait très bien !"

"Tu es dure", je soupire.

"Tu ne me crois pas !"

"Ada, tu le connais mieux que moi. Mais je connais aussi... je sais que c'est toujours difficile de suivre les plus ambitieux, si tu veux bien l'entendre... C'est normal de voir les embûches ou les risques plutôt que les bénéfices hypothétiques - je ne dis pas qu'il a raison, mais c'est normal qu'une majorité voie le verre d'abord vide..."

"Ton père voit les verres vides ?"

Et revoilà Remus, là où il détesterait être, je pense sombrement avant d'essayer d'expliquer mieux.

"Je ne connais qu'une seule personne plus pessimiste, paranoïaque ou sceptique que mon père, son adjoint à Poudlard, Severus Rogue", je réponds. "Mais son pessimisme méthodologique ne l'a pas empêché de venir m'adopter, de prendre la direction de Poudlard, de regarder dans les yeux un Ministre qui ne voulait pas lui serrer la main ou de créer la Fondation", j'argumente. "La peur ou le réalisme ne sont pas obligatoirement des limites !"

"Pour certains êtres d'exception mais ..."

"Regarder les problèmes en face est la meilleure façon de leur trouver une solution", je reformule plus agressivement.

"Tu veux dire..."

"Que trouver du fric semble plus que nécessaire, oui", je conclus avec une certaine fatigue. Pourquoi discuter de n'importe quoi avec Ada peut se révéler si épuisant, devenir un conflit quand nous sommes sur des positions tellement proches que nous devrions nous sentir confortés ? - je me demande avec angoisse

"Je sais qu'il faut de l'argent", elle souffle l'air triste maintenant. "Lucca est obsédé par l'argent... Il veut que j'aille avec lui à Rome, qu'on aille voir ensemble mon beau-père pour essayer de le faire intercéder en notre faveur auprès des Gobelins... voire d'investisseurs privés..."

"Ce n'est pas une mauvaise idée", je juge.

"Mon beau-père", elle souligne.

"Bah, se servir d'un connard devrait te faire plaisir", je souris.

"Comme tu y vas !"

"Je ne le connais pas", je tempère assez vite. "J'imagine juste ! Tu sais, mon père, il a fait admettre que les garous pouvaient se marier..."

"On est en pleine rue, Harry !"

"Parlons anglais alors", je propose.

Elle secoue la tête puis soupire.

"Vas-y, le mariage des garous", elle répète un peu fort en italien. C'est un défi qu'elle se pose à elle même - je le vois. Je décide de l'embrasser avant de répondre.

"Il a obtenu ce vote du Magenmagot en obligeant quelqu'un d'influent à s'abstenir - il faut dire que la femme de ce type avait juste offert des objets de magie noire à mon frère, c'est une longue histoire, mais disons qu'il avait de quoi les faire chanter..."

"Pas de remords ?", elle questionne avec un sourire.

"Il a dit un truc comme 'il y a plusieurs façons de régler ses comptes, les armes des ennemis sont souvent les meilleures'... Je ne me rappelle plus exactement, j'étais un gosse encore..."

"J'aurais bien aimé te rencontrer quand tu n'avais pas de barbe au menton", elle sourit de nouveau. Sur les photos, tu avais l'air trop mimi..."

"Tu as des photos de toi, enfant ?", je contre, souriant moi aussi maintenant qu'on semble avoir fini de s'opposer pour des raisons trop obscures pour moi. *

"Ce soir", elle promet.

Peut-être finira-t-on par apprendre à échanger plus simplement ? Peut-être finira-t-on par se faire confiance, je me prends à espérer. On est arrivés devant la Scuela. Elle hésite de nouveau mais, moi, je l'embrasse sans hésiter avant de la laisser partir pour ses réunions techniques, stratégiques ou financières.

ooo

Quand j'ai accepté d'aller à la fête de Cyrus, je pensais qu'on aurait vite fini sa fameuse potion - ce serait même l'occasion de lui montrer le résultat. J'ai donc immédiatement appelé Ada en insistant pour qu'on parte tôt - "On ne va pas arriver à Londres à minuit, la fête sera finie !" et obtenant qu'elle me retrouve à la Scuela. La suite a révélé que j'étais par trop optimiste - ce n'était pas la décoction qui était compliquée à obtenir, c'était sa stabilisation. On s'est réellement inquiétés Brunissande, Tiziano et moi, après le deuxième chaudron foutu en l'air.

"Ton frère...", commence à suggérer Brunissande.

"Mon frère planche sur un examen de Symbolique", j'écarte fermement la solution tout en me disant que ce n'est pas une meilleure heure pour obtenir l'information de Severus, par exemple.

"Vous recommencez", soupire Tiziano," et moi, je cherche une solution à la bibliothèque ?"

A défaut de donner une réponse immédiate, ça parait raisonnable. Mais les pistes indiquées par Tiz par miroir - clous de girofle et toile d'araignée ; racine de curcuma et silice pilé ; sel de Sibérie et oeil de morue séché n'empêchent pas nos échantillons prélevés du troisième chaudron de tourner comme les précédents. Brunissande continuait de touiller ce qu'il nous restait pour empêcher de tout devoir recommencer.

"On est mal", conclut -elle sobrement juste avant que Ada et Fiametta s'engouffrent dans le laboratoire, les joues roses et l'enthousiasme en bandoulière comme elles savent être.

"Fia vient avec nous à Londres - ça se fait de ne pas avoir de cavalier à Londres ?", lance Ada en m'enlaçant par derrière. "B'en, dis-moi, ça n'a pas l'air de bien marcher votre truc !"

"Gâcher de si bons ingrédients !", renchérit Fiametta en ouvrant de grands yeux d'herboriste choquée. Brunissande, stoïque, continue de tourner le reste de la potion dans le chaudron sans que je puisse juger de ce qu'elle pensait de l'intrusion de ces deux filles qu'elle connaissait à peine.

"Désolé", je marmonne, agacé de mon impuissance à maintenir cette fameuse potion dans un état stable et aussi de me retrouver à devoir gérer une Brunissande que j'avais exclue de la promenade londonienne alors qu'elle connaissait bien mon frère maintenant. Ça m'avait paru plus simple, ça me paraît égoïste et indélicat maintenant.

Ada s'empare alors du parchemin où j'ai griffonné les conseils de Tiziano.
"Du curcuma et de l'alchémille ? Comme si ça pouvait marcher ! L'alchémille se manipule avec précaution", elle affirme, presque avec dédain.

"Le mieux serait un esther d'edelweiss", annonce alors Fiametta qui continue de tourner avec curiosité dans le laboratoire.

"Si on veut aller à cette fête, faudrait essayer autre chose", juge Ada. "Un truc tout prêt..."

"Des larmes de sirène", propose alors Fiametta sans même s'immobiliser. Je lis dans les yeux de Brunissande une surprise mêlée de déférence qui doit faire un joli miroir à mes sentiments.

"Évidemment !", juge Ada avec entrain. Il existe visiblement de multiples Ada, inconnues de moi, notamment celle qui a des opinions sur les potions. Une part de moi adore ces surprises - une part seulement. "A part du sang de licorne, on ne trouvera pas plus pur !"

"Et les sirènes aiment pleurer - ce qui rend la récolte moins glauque", juge Fiametta.

"Mais," je formule prudemment. "Des larmes de sirène... je croyais qu'on devait les réserver à des potions, comment dire, pour les femmes..."

"Je ne connais pas plus féminin que l'alchémille comme ingrédient", répond Fiametta sur un ton définitif.

"Mais la base est censée être neutre", remarque Brunissande, qui semble - Merlin soit loué - sur la même interprétation que moi.

"La neutralité finale ne préjuge pas de l'orientation des ingrédients", estime de nouveau Fia.

"Ce n'est sans doute pas ce qu'on apprend à Poudlard", commente Ada avec un peu de réticence. "Mais à... - là où j'ai appris, on a une approche assez traditionnelle et symbolique des processus. Je ne pourrais pas t'expliquer pourquoi ça marche, à part que l'alchémille fonctionne mieux avec d'autres principes féminins."

"On ne risque rien d'essayer", juge alors Brunissande quand je la regarde. "Tu me remplaces, Harry ? Je vais voir si on peut avoir ça dans la réserve de la Scuela..."

"Je peux t'accompagner ?", demande Fiametta avec la simplicité directe qui la caractérise. "J'aimerais bien voir à quoi à quoi la réserve d'une grande école de magie peut ressembler!"

"Pourquoi pas", estime Brunissande, un peu surprise mais de bonne volonté.

"Je vous appelle pour vous dire", annonce Fiametta sortant un miroir de sa poche avec un enthousiasme de petite fille. "Comme ça, si y'en a pas, Ada, tu pourras essayer d'appeler Bartolomeo pour savoir où en trouver avant minuit... "

"OK", accepte Ada avec une gêne fugitive que je crois saisir.

"Elle a un miroir", je remarque dès que la porte s'est refermée sur nos amies respectives - tout en tournant régulièrement la mixture qui semble toujours ne désirer qu'une chose : se diviser en plusieurs liquides antagonistes.

"Je lui ai offert", admet Ada avec plus de facilité que je l'ai jamais vue en afficher en réponse à mes questions. "J'en ai offert un aussi à Lucca, avant que tu n'en fasses une montagne. Ils ne sont pas aussi perfectionnés que celui que tu m'as offert, mais le fait est que c'est bien pratique... Plus réactif que les hiboux..."

"On dira que j'ai ainsi offert une aide logistique à la cause", j'essaie de positiver.

"Brunissande vient avec nous à Londres ?", s'enquiert Ada en guise de réponse.

"Je ne l'ai pas invitée", j'indique, pas loin d'avouer que je le regrette.

"Elle n'est pas avec Tiziano ?"

"A priori, elle ne le souhaite pas - c'est ce que dit Tizz", je réponds en essayant d'avoir l'air totalement indifférent aux implications de la conversation.

"C'est une bien jolie femme pour ne pas avoir de petit ami", commente Ada en me regardant avec toute l'intensité de ses yeux bleus.

"C'est vrai", je reconnais en haussant les épaules.

oo

Dans le taxi qui file dans la nuit londonienne, c'est finalement Tiziano qui joue le guide pour les filles. Moi, sans réellement l'avoir décidé, je m'abîme dans la contemplation des lumières qui me paraissent étonnamment exotiques... Suis-je parti depuis si longtemps? - la question est de nouveau là, comme si elle me narguait.

"Quelque chose ne va pas, Harry ?", me glisse Ada à l'oreille.

"On arrive tard", je lâche un peu étourdiment, je le vois bien, à sa réaction - elle se demande si c'est une critique pour elle alors que sans leurs conseils on serait toujours à se demander comment stabiliser cette décoction. "Je voulais arriver tôt ; c'est l'occasion de me rattraper auprès de mes amis - c'était l'anniversaire de Ron et je ne l'ai même pas appelé... c'est mon meilleur ami depuis qu'on a six ans...", j'explique un peu confusément.

"Tu lui as amené un cadeau ?", elle m'interroge à ma grande surprise - je n'y ai même pas pensé.

"Non, la question n'est pas là", je réplique avec un agacement pour moi même qui n'est pas loin de déborder sur les autres.

"Tu voulais passer du temps avec lui", elle comprend.

"Un truc comme ça", je marmonne.

"Il y a Fia, Tizzi, ton frère et son amie que je connais un peu, ne t'inquiète pas pour moi", elle affirme en serrant ma main. Je la regarde par en dessous pour jauger si c'est sincère, cette belle affirmation. "Et je suis autonome avec mon sortilège de traduction", elle ajoute.

"De toute façon, on arrive tard", je soupire en reconnaissant les maisons dehors - on ne doit plus être loin.

Le taxi se gare quelques secondes plus tard dans une rue de l'autre côté du parc par rapport à l'appartement de mes parents. Pas trop loin, ni trop près. Juste cette distance que je semble singulièrement incapable de mettre avec les choses.

"Vous êtes arrivés", annonce le taxi en désignant un bâtiment recouvert d'échafaudages que mes amis italiens regardent avec une certaine curiosité. "Vous parlez très bien anglais", me félicite encore l'homme quand il me rend ma monnaie et que je lui dis d'aller plutôt boire une pinte à ma santé.

"Je suis Anglais", je réponds surpris d'être pris pour un étranger dans mon propre pays.

"Vraiment, je pensais que vous étiez... Espagnols... Mais ce serait un drôle d'endroit pour des touristes !"

"Ils sont Italiens, et nous allons... chez mon frère", je me justifie, sans doute stupidement.

"Bonne soirée, alors", conclut l'homme, sa curiosité sans doute étanchée.

ooo

Je crois que Cyrus ne m'attendait plus. Ginny me glisse: "C'est bien que tu sois venu", juste avant de demander pourquoi on n'a pas amené Brunissande - mais quel film se sont-ils faits tous autant qu'ils sont ? Je n'ai pas le temps de réellement enquêter parce que Ron et Hermione me tombent dessus et que je me laisse entraîner. Je vois de loin qu'Ada discute avec diverses personnes et je décide que, si ça se passe mal, je le saurais assez tôt.

"J'ai oublié ton anniversaire, vieux", je m'excuse avant même d'avoir un verre à la main.

"Que pèse mon anniversaire face à une révolution !", il répond faussement indifférent et en me versant du whisky pur feu d'autorité.

"Je vois que les nouvelles vont vite !", je réponds en trinquant, pas sûr de mériter que Lo Paradiso me serve d'excuses.

"Ça a dû être passionnant", commente Hermione. "Ça doit même l'être encore davantage d'imaginer la suite !", elle se corrige.

"Ça les occupe beaucoup", je réponds sobrement, et mes deux plus vieux potes entendent la distance - ils échangent un regard.

"Mais tu cautionnes ?", vérifie quand même Hermione.

"Évidemment !", la coupe Ron en levant les yeux au ciel avec cette solidarité sans faille qu'il m'a quasiment toujours accordée.

"Ada a besoin de ton soutien et de ton réseau", réfléchit Hermione à haute voix - et si quelqu'un sait réfléchir, n'est-ce pas ?

Je retiens que je me demande parfois dans quelles proportions respectives elle a besoin de mon réseau et de mon soutien et je me contente d'un sourire.

"Et puis il y a cette histoire de statuettes", reprend Ron.

"Encore une histoire passionnante, Harry!", s'enthousiasme Hermione. La politique, la théorie magique tout ce que Hermione a toujours adoré !

"Encore un truc trop gros pour moi", je corrige en riant. "Heureusement je suis bien entouré ! Il ne manque que toi, Hermione !"

Elle rougit brièvement et puis soupire :

"Honnêtement, de ce que j'en ai compris, c'est un sujet pour le Département - s'il était prêt à s'y intéresser. Il faudrait de grosses publications qui fassent beaucoup de bruit pour que ça se passe", elle estime en secouant la tête et ses mèches s'échappent de la queue de cheval pour me rappeler des tonnes de souvenirs. "Tu sais, Harry, le Département approfondit plus souvent les recherches des autres qu'il ne se lance sur de nouvelles pistes inexplorées !"

"Finalement, c'est le lot des institutions", commente Ron avec fatalisme. "Elle essaie de suivre la société, et non de la précéder. Comme les Aurors essaient de rattraper les sorciers noirs non de les démasquer avant qu'ils n'aient mis sur pied des réseaux aussi mondiaux qu'insaisissable !"

"Pas de nouvelles du XIC", je comprends, et je me rends compte que j'ai cessé de m'informer sur la question depuis un moment ! Ron hausse les épaules, et je continue : "Tu n'as pas eu trop d'ennuis ?"

"Je crois que l'affaire est enterrée cette fois", commence Ron, "même si Percy dit qu'il faut toujours se méfier des vieilles histoires. Percy disait aussi que j'allais être le dindon de la farce, qu'un aspirant sans poids politique faisait un coupable idéal pour une réconciliation entre chefs, mais il se trompait !"

"Ta mère a protégé Ron", indique Hermione l'air reconnaissante.

"Ta mère a sauvé sa place, réaffirmé son autorité et, tout ça, sans me sacrifier", énumère Ron, avec plus de simplicité et d'humilité que je lui connaissais.

"Ce n'est pas son genre de sacrifier les autres", je commente en ayant l'impression que je me trouve un peu trop souvent félicité des résultats des autres.

"Ça rendra le paiement de nos traites plus faciles", indique Ron avec son inimitable mélange d'humour et de manque de confiance en lui.

"Ah oui, l'appartement", je fais l'effort de m'intéresser. J'ai à peine regardé celui de Cyrus et Ginny depuis mon arrivée. Ça a l'air spacieux, je décide en pivotant sur moi même. Je découvre ainsi Cyrus et Ada en train de danser ensemble - tableau qui me fait espérer je ne sais quoi. "Il ressemble à celui-là ?"

"A peu près", reconnaît Hermione avec une gêne fugitive.

"On a fait beaucoup de choses, Gin et moi", explique Ron. "J'avais du temps !"

"Et puis moi, je n'ai pas trop le sens de ces choses-là", rajoute Hermione avec sincérité.

"Tu veux visiter ?", propose Ron et je ne peux qu'accepter.

"Je propose à Ada", je décide, alors que nous allons sortir.

"Bonne idée", estime Hermione.

Quand j'enlève Ada à Cyrus, ce dernier me paraît bizarrement soulagé. Mais Ada, elle, est souriante et aimable avec Ron et Hermione. Faut sans doute que j'arrête d'interpréter le comportement des autres.

"Je n'ai pas eu le courage de faire des travaux dans l'appartement que j'ai acheté à Venise", elle leur explique. "J'ai caché la misère avec quelques charmes et des tentures !"

"J'aurais sans doute fait de même si Ron n'était pas là", avoue Hermione l'air contente de rencontrer une autre femme pas passionnée par l'idée de concevoir un foyer.

"On a fait comme Cyrus et Gin, une grande pièce avec une cuisine séparée par un bar", commente Ron. "Mais eux après, ont laissé le haut en deux pièces, une immense chambre et un immense "on verra plus tard", nous, on a fait quatre pièces - trois chambres et un bureau. Il faudra bien les faire un jour de toute façon !"

"Trois enfants déjà planifiés ?", interprète Ada avant moi.

"Le bureau d'Hermione d'abord - sinon on va buter sur des grimoires de magie temporelle partout", commente Ron. "Et puis, on a besoin d'une chambre d'amis..."

"Et la dernière chambre ?", je questionne et, au rire de tous les autres et au rosissement d'Hermione, je comprends. "Vous avez un truc à me dire ?"

"Pas encore, vieux, mais on y travaille", me répond Ron avec plus d'aplomb que bien souvent.

Cyrus d'abord et puis Ron. Pourquoi moi, en étais-je encore à me demander si la fille qui partageait mes nuits pouvait aussi partager mes jours ?

oooo
notes en vrac
La potion conseillée par Cyrus est basée sur une décoction de petite alchémille – pour la pureté alchimique, enrichie de mauve douce – connue pour ses vertus de communication avec les astres – et de sisymbre récolté à la pleine lune pour ses vertus d'imitation de la forme prise.

Fiametta Rossi est toujours la grande copine d'Ada, toujours herboriste, toujours fêtarde

Bartolomeo est herboriste et frère d'un loup garou - Attilio, le tanneur

Le suivant confié à Cyrus, commence le lendemain et s'appelle "Des jeux d'enfants"... Sa publication pourrait entraîner la publication d'un bonus - on me souffle que c'est Noël bientôt... ça tombe bien ;-)!