Playlist

J'ai dans les bottes des montagnes de questions
Où subsiste encore ton écho, où subsiste encore ton écho.
J'ai fait la saison dans cette boite crânienne
Tes pensées, je les faisais miennes
T'accaparer, seulement t'accaparer
D'estrade en estrade, j'ai fait danser tant de malentendus
Des kilomètres de vie en rose
Un jour au cirque, un autre a cherché à te plaire
Dresseur de loulous, dynamiteur d'aqueducs
Alain Bashung - La nuit je mens

XLIX Harry Des fausses relations de symétrie

Traverser Pré au lard avec Ada à mon bras un dimanche, c'est l'occasion évidemment de beaucoup de rencontres. Des tas de gens qui se contenteraient de me saluer d'un signe de tête, trouvent bon de me serrer la main.

« La plupart t'appellent Lupin », remarque Ada quand nous sortons du village à la recherche des carrosses de Poudlard.

Il me faut quelques mètres pour arriver à composer une réponse, en italien pour plus de sûreté.

« Je n'ai pas honte de mon nom de naissance », je commence prudemment. « Mais Harry Potter est un petit garçon de quinze mois qui a survécu à un mage noir grâce au sacrifice de sa mère et mis le reste de son enfance à comprendre ce que ça voulait dire... Harry Lupin a eu une enfance plus simple, malgré la lycanthropie de son père adoptif... Il m'intimide moins en quelque sorte... Et puis, pour les gens du village, je suis le fils de Remus », je conclus.

« Comme Ada, en quelque sorte », elle propose.

« Peut-être », je reconnais sans trop savoir comment elle va le prendre.

« Tu crois que les gens me prendraient plus au sérieux si je me faisais appeler Aradia ? », elle questionne avec une fragilité dans la voix.

« Il n'y a que toi qui fasses réellement la différence entre les deux », je prends le risque de lui affirmer.

D'abord ses yeux deviennent pétrole, et je me dis qu'elle va me planter là, puis elle secoue la tête, marmonne un truc que je ne saisis pas puis souffle :
« Ada est une louve, les gens l'oublient trop... »

« Et Aradia n'est pas plus désarmée, si ? », j'ose encore – je ne sais pas si c'est l'air de Pré-au-lard mais je voudrais bien des réponses.

« Non », admet Ada du bout des lèvres puis elle ouvre la bouche béante, prend mon bras et murmure :

« Qu'est-ce que c'est ? »

« Des Sombrals », je réponds en suivant son regard. « Ils tirent les carrosses de Poudlard – vous n'étiez pas venu comme ça avec Remus ? » Puis je réalise qu'elle les voit, qu'elle les voit sans doute parce qu'elle a vu tuer son père par des garous en colère. Et je me trouve exigeant et méchant avec elle. Est-ce que je ne sais pas quelles cicatrices laissent certaines épreuves ?

« Vous laissez des mômes près de trucs... pareils ! », elle articule, visiblement très loin de mes comparaisons hasardeuses.

« Les Sombrals sont pacifiques et très endurants », je lui promets. « On dit qu'ils pourraient voler jusqu'à Londres en quelques heures ! »

« Mais ils sont terrifiants ! »

« En fait, très peu les voient », je commente prudemment. « Il faut avoir assister à un.. décès pour les voir... ça limite les terreurs ! »

« Tu les vois aussi », elle remarque juste après.

Je n'ai aucune envie de lui parler de Karkaroff tué pour l'exemple par un Voldemort qui prévoyait de m'achever juste après.

"J'ai vu un homme mourir", je suis néanmoins bien contraint de lui avouer.

"Et tes parents", elle se souvient.

"Je ne sais pas si j'ai réellement vu mourir mes parents", je suis bien obligé de lui raconter. "Enfant, je ne les voyais pas, les Sombrals. Peut-être n'ai-je pas assez compris ce que j'ai vu pour que ça me crée cette capacité - un flash vert, la voix de ma mère suppliant Voldemort... c'était d'ailleurs davantage un cauchemar, qu'un souvenir... jusqu'à ce que je croise des Détraqueurs..."

« Des Détraqueurs ? », elle relève avec un dégoût marqué.

Le continent est généralement horrifié par la pratique britannique des Détraqueurs, faut le savoir. Pas que leurs prisons soient de grands jardins mais ils n'envisagent pas de priver de leur âme et leurs pensées joyeuses leurs prisonniers – enfin, plus.

« Une fois... - je n'ai pas tellement envie d'en parler », je commence en la guidant jusqu'au carrosse en me plaçant entre elle et les Sombrals. « Enfin, c'est quand même grâce à eux que j'ai réussi ma première transformation d'Animagus : j'ai voulu leur échapper et c'est le seul moyen que j'ai trouvé ! »

« Il faudra que tu me le montres, un jour, ton loup », elle sourit quand elle a avalé mon histoire.

J'acquiesce mais je détourne les yeux parce que, d'un coup, j'ai entrevu sa transformation à elle. Oserai-je le parallèle ? Remus avait mis tant d'années à accepter que je le vois transformé – d'ailleurs, il n'aurait sans doute jamais accepté aussi tôt si Cyrus ne l'avait pas mis devant le fait accompli. Incapable de discuter tout ça avec Ada, je claque la porte du carrosse, et les Sombrals s'élancent.

oo

Quand on entre dans le château, il y a pleins d'élèves réfugiés contre la pluie printanière. Il y a aussi Papa, en discussion avec la prof d'histoire dont j'ai encore oublié le nom. Je nous pilote droit sur eux avec des sourires aux téméraires qui me saluent et l'idée que Radio Poudlard va adorer parler de la jeune femme qui m'accompagnait ce soir..

« Harry ! Ada ! », s'étonne Papa en se retournant à notre approche – on ne le surprendra jamais totalement, j'imagine.

« Pardon, je n'ai pas prévenu », je réponds en l'embrassant. « Bonjour Professeur... », j'embraye en tendant la main à la jeune prof qui l'accompagne, sans toujours me rappeler de son nom.

« Voyons, Harry, appelez-moi Victoria », insiste la jeune femme, et je vois que ça fait sourire Papa, même si elle ne s'en rend pas compte. Moi, ça ma rendu son nom complet, rangé quelque part dans ma cervelle.

« D'accord. Victoria Pasten, professeur d'Histoire ici », je fais les présentation. « Voici mon amie... »

« Aradia Taluti », complète Ada avec une certaine décision.

« Je vois que tu t'es mise à l'anglais, Ada », remarque Papa.

« C'est le sortilège de traduction de Harry, il fait qu'on apprend un peu en même temps », explique Ada quasiment toute seule, je le vois bien à la vitesse de son débit et à ses hésitations.

« C'est le sortilège des Briseurs de sorts », je précise avant qu'on ne me crédite de sa découverte.

«C'est vrai que tous les Briseurs de sorts que j'ai rencontrés parlaient des dizaines de langues», commente Victoria Pasten avec un visible intérêt pour le procédé.

« J'en suis loin », je tempère.

« Italien, Français, Allemand, Japonais... », commente Ada l'air de rien.

« C'est un bon début », sourit Victoria Pasten

Je vois qu'elle va poser de nouvelles questions mais Papa la bat de vitesse :
« Professeur Pasten, je ne m'estime pas quitte de cette discussion sur l'intérêt de proposer une option sur l'histoire de la magie en dehors des îles britanniques mais je crains que mon fils et son amie aient peu de temps – Nous reprendrons plus tard ? »

« Comme vous le souhaitez, Professeur Lupin », admet Pasten un peu frustrée je dirais.

« Allons à l'appartement », nous propose Papa en nous indiquant inutilement l'entrée du passage.

« Tu l'as un peu plantée là », je commente en souriant quand nous montons l'escalier.

« Elle me retrouvera, ne t'inquiète pas pour elle – et je suis sûr que des jeunes gens comme vous ont tout un planning dans lequel n'entre pas l'enseignement comparatif de l'histoire de la magie... », me répond Papa avec légéreté.

« Je dirais que tu as honteusement profité de notre présence pour remettre la discussion à plus tard, voire la refiler la Severus », j'insinue essentiellement pour rigoler.

« Peut-on 'refiler' une discussion à Severus sans son accord ? », questionne Papa de manière rhétorique mais en souriant lui aussi. « Tu sais qu'il est enfin Papa ? »

« Je sors de Sainte-Mangouste ; j'ai accompagné Cyrus », je raconte alors que nous arrivons sur le palier.

« Tu es venu exprès ? »

« Pour la fin des examens de mon petit frère et de Drago », je raconte. « Ça c'est décidé très vite, pas le temps de te prévenir... »

« Comme s'il fallait me prévenir », marmonne Papa en ouvrant la porte. « Tu ne prenais pas beaucoup de risques en passant à l'improviste... »

« Non, deux possibilités selon Mae... »

« Tu les as vus ? »

« Ils allaient à l'anniversaire du petit Paul », je confirme. « Faut que tu emmènes Mae en vacances », je continue, et Ada fait trop visiblement comme si elle n'écoutait pas notre conversation. J'espère juste qu'elle entend que c'est un homme normal, à qui on peut parler de tout et de n'importe quoi, pas un demi-dieu inabordable !

« Il semble bien », reconnaît Papa avec une grimace fugace. « Mais Severus a donné tellement de son temps quand vous étiez petits, tous, je ne peux pas lui demander d'en faire autant maintenant. »

« Je croyais que Pasten s'occupait des Serpentards... - Cyrus a dû m'écrire ça », je remarque en m'asseyant sur le canapé. Ada m'imite.

« De là à lui confier l'intégralité du château en son absence, il y a encore un pas », soupire Papa en prenant place en face de nous. « Minerva écrit son livre et n'a plus l'énergie suffisante, même si elle avalerait son tartan plutôt que de le reconnaître...Pomona et Flitwick ne sont pas intéressés... Je n'ai pas beaucoup d'alternatives... Mais merci de t'en inquiéter, vous n'êtes néanmoins pas là pour ça ! »

« Tu peux juger sur pièces que nous sommes vivants », je continue sur le mode ironique. « J'ai eu l'impression que vous aviez rivalisé d'imagination, Cyrus et toi... J'aurais pu donner plus de nouvelles », je rajoute quand même pour finir par une touche moins conflictuelle.

« Je dirais plutôt que nous avons tenté de nous calmer mutuellement », il contre avec une nouvelle petite grimace. « Mais, OK, vous allez bien, et c'est l'essentiel », il admet en retour, écartant lui aussi le conflit ouvert. «Vous prenez quelque chose ? Du thé ? »

Comme on acquiesce, il se penche vers l'âtre pour passer la commande aux cuisines. Puis se retourne vers nous avec un sourire presque timide :
« Vous seriez prêts à raconter un peu ? »

« Sinon, on ne serait pas là », je prétends alors que Ada s'est tendue à mes côtés. Papa le sent comme moi, je le vois. Peut-être plus que moi, je réalise juste après - je suis entre deux lycanthropes qui ont des perceptions que je n'ai pas.

« J'ai cru comprendre que les idées défendues par cet ardent Lucca Astrelli avaient fini par être débattues collectivement », formule Papa avec sa prudence et sa diplomatie légendaires.

Ça marche une fois de plus, je dirais, à regarder Ada se détendre légèrement et répondre :
« C'est vrai que Lucca se bat depuis longtemps pour la formation des jeunes, la possibilité que des familles s'installent ou qu'on élargisse nos ressources », elle reconnaît, sans doute contente de parler de quelqu'un d'autre qu'elle. Je connais ce sentiment. « Maintenant les attentes sont énormes et il ne va pas falloir les décevoir parce que des attentes brisées nous renverraient des années en arrière, j'en ai peur... » Comme Papa acquiesce, elle conclut un peu abruptement : «Il nous faudra de l'argent. »

« Évidemment. Sans la fondation, je n'aurais jamais accompli la moitié de ce que j'ai pu entreprendre », concourt Papa ; le visage assez peu expressif – son masque officiel que j'ai si souvent détesté enfant. Peut-être que Ada n'avait pas tellement tort en s'attendant à être jugée, je me dis. Mais je connais Remus, elle aurait dû en dire davantage sur ses projets avant de parler d'argent...

« Lucca , votre fondation l'inspire beaucoup », insiste Ada avec ardeur. « Il veut qu'on fasse le tour des grandes fortunes italiennes pour créer un fonds de soutien... Le plus dur étant sans doute d'obtenir les premiers subsides, nous... nous allons démarcher mon beau père... il est immensément riche ! », ajoute-t-elle comme si elle le regrettait.

« Et ouvert à la question ? », s'enquiert Papa, curieux quand même.

« Sincèrement ? Pas vraiment. Mais c'est le mari de ma mère, et il voudra peut-être lui faire plaisir à m'accordant ce caprice », elle estime froidement.

« Je vois », sourit Papa, mais c'est encore son sourire officiel et non celui qu'il réserve à ses proches.

« Comment... comment avez-vous fait pour convaincre Sirius, Sirius Black ? », questionne alors innocemment Ada et Papa a un bref coup d'oeil pour moi – croit-il que je livrerais les secrets de mon frère comme cela ?

« Sirius était mon ami – un très bon ami », il commence lentement. « Et il était convaincu de l'importance de la cause bien avant que l'idée de Fondation n'émerge. Je n'ai pas eu à le convaincre de toute façon – j'ai hérité de la gestion de sa fortune... en vertu de mon autorité paternelle sur Harry et Cyrus qui sont ses héritiers », il explique en phrases courtes et mesurées. « Je n'ai pas dilapidé ce capital, j'ai négocié avec les Gobelins de leur prêter une partie de cette fortune contre l'usage des dividendes pour la Fondation... C'est le principe d'une Fondation. »

« Lucca aurait des tas de questions », regrette Ada.

« Il peut me contacter autant qu'il le souhaite », lui promet Papa. « Je ne sais pas si la législation italienne est comparable avec la nôtre mais je serais heureux de répondre à ses questions ou de l'envoyer vers des gens qui pourraient le faire ! »

« Merci », souffle Ada réellement reconnaissante, je crois.

« Pour en revenir à votre idée d'obtenir le soutien de personnes riches et influentes, je crois que c'est une bonne piste... Les Gobelins cèdent souvent quand ils sont mis en concurrence... »

L'idée est là, tellement nette et évidente que je m'étonne de l'avoir ignorée auparavant.

« Il faudrait demander aux Sirénéens », je lâche. « Ça, ça serait une bonne compétition pour les Gobelins italiens ! »

« Je crois qu'on a plus de chance de convaincre mon beau-père que d'obtenir une audience auprès des Sirénéens », soupire Ada.

« Je... il se trouve que j'en connais... », je commence un peu gêné parce qu'en fait personne dans la pièce ne sait les détails de mes aventures sirénéennes... Et je critique Ada !

« Tu connais des Sirénéens ? », s'ébahit d'ailleurs mon amie.

« J'en connais réellement un... mais il est responsable de la sécurité auprès du Kabi-T-Oan de Venise, ce n'est pas une mauvaise porte d'entrée », je révèle en repensant à mes propres contacts houleux avec les petits êtres translucides. « Oan-Ni prétend me devoir quelque chose... je dois vous obtenir au moins une entrevue... »

« Si tu le connais, tu dois nous accompagner », affirme Ada.

« Je ne suis ni un financier, ni un élu de Lo Paradiso, je ne vois pas ce que je viendrais faire là-dedans », j'objecte calmement, en évitant de regarder ce que peut en penser Papa. Est-ce que j'irais voir moi-même les Sirénéens pour la Fondation ? La vérité est que je n'en sais rien.

« Mais pour nous présenter, pour montrer que tu nous soutiens », argumente Ada.

« Si... si ça se révèle nécessaire », je concède à contrecœur, m'attendant plus ou moins à ce que Remus prenne partie comme si je me disputais avec Cyrus... évidemment, il ne le fait pas, s'intéressant plutôt à nous servir le thé que les elfes ont apporté.

« Mais au-delà du financement ? », il questionne en tendant une tasse à Ada. « Comment vont les projets de Lo Paradiso ? »

« Nous sommes en train de mettre sur pied des formations sur la base du volontariat et de chercher des stages au dehors – pouvoir aller et venir est tellement important ! »

« Tout à fait », sourit Papa, et c'est un vrai sourire.

« Combien de jeunes garous sont en ce moment à Poudlard ? », elle s'enquiert alors.

« Aucun », répond calmement Papa. « Deux en septembre, je l'espère fortement. »

« Ils doivent réussir un test pour entrer – un test qui n'est pas imposé aux autres élèves », je complète hâtivement. « L'année dernière, un jeune a échoué... deux vont tenter en septembre mais ils suivent une préparation depuis plus longtemps et on y croit », je conclus.

Comme on regarde tous les deux Remus après ça, il a un sourire triste :
« En effet, si Haydée et Baldric ne réussissent pas, c'est largement sans espoir... »

« Sans espoir », répète Ada, comme si elle doutait brutalement de l'efficacité du sortilège de traduction.

« Que ce combat est sans espoir pour l'instant... trop tôt, trop ambitieux... ça ne veut pas dire que j'arrêterais de présenter des candidats à chaque fois que ça sera possible mais que je leur dirais de ne pas trop en attendre – d'ailleurs, même s'ils sont pris, je leur dirai de garder en tête leurs ambitions, leur différence, et de continuer à se battre avant tout pour eux-mêmes... De ne pas remercier, surtout... oui, surtout, de ne pas remercier », conclut Remus avant de se plonger dans sa tasse de thé.

On fait tous de même.

Ooooo Ron et Hermione

Quand on sort de Poudlard, dire que Ada est songeuse est sans doute une blague. Je lui prends la main, elle me laisse faire, c'est déjà ça.

« Je vais appeler Ron et Hermione », j'annonce finalement en sortant mon miroir.

« Tu comptes toujours aller les voir ? »

« Il n'est pas si tard, encore », je me justifie prudemment.

« Tu veux que je vienne ? », elle questionne moins prudemment.

« Ce sont mes amis, Ada, ils ont envie de te connaître »

« Ce sont TES amis et ils ont envie de TE voir, de TE raconter leur merveilleuse installation dans un joli appartement où apparaîtra bientôt un magnifique bébé roux ! », elle lâche plutôt venimeuse.

J'en suis estomaqué et je me contente de la regarder. Les larmes lui viennent aux yeux.

« Tu me vois mère, Harry ? Pour mordre un jour par mégarde mon enfant ? Pour manquer de mourir pendant la grossesse quelque soit le nombre de statuettes et de potions dont je m'entoure ? », elle sanglote maintenant.

« Si tu veux être mère, pourquoi te refuserais-tu ça ? », je lui oppose. « Tu es du genre qui se bat et refuse de se laisser enfermer dans une case, non ? »

« Tu es gentil », elle pleure encore plus fort. « Tu es tellement gentil... que ça me fait mal. Parfois, je me demande quel est le prix à payer pour toute cette gentillesse ! »

Je repense à ce que Cyrus m'a dit – "comment ferais-je autrement que de lui faire plaisir ?" Est-ce qu'on paie toujours d'une façon ou d'une autre ?

« Mon prix est de t'avoir auprès de moi... est de savoir que je peux compter sur toi », je propose. « Je ne souhaite qu'une relation symétrique et équilibrée, Ada... il n'y a pas de calculs cachés dans tout ça ! »

« Un jour comme ma mère a voulu des enfants normaux, tu voudras une fille normale dans ton lit », elle continue dans son chagrin.

« Et puis je changerais de père », je riposte, brûlant de colère. « Et puis, si je veux des gens totalement normaux, je changerais de frère et d'amis aussi, parce que finalement je ne connais personne de normal, Ada. Je ne sais même pas ce que tu entends par là ! J'ai eu une petite amie moldue, était-elle 'normale' ? Un garde-chasse demi-géant m'a appris à m'orienter en forêt, était-ce un compagnon 'normal' pour un enfant ? Mes parents ont été tués par un mage noir – était-ce bien 'normal' ? Que dire de la sœur de Tiziano qui a perdu sa magie en raison d'un pacte avec les esprits de sa maison ? ! Tu me parais bien 'normalement' jalouse et manipulatrice quand tu cherches comme maintenant à me faire croire que tu es sempiternellement la victime ! »

Ça fait un grand silence quand je cesse de hurler. Elle ne pleure même plus mais elle est livide.

« Manipulatrice ? », elle articule finalement.

« Désolé, mais je fais des efforts permanents pour te montrer mon soutien et mon affection et tu es toujours en train de mettre tout en doute... Tu crois que je cherche une mère pour mes enfants ? Je ne sais même pas si je souhaite des enfants ! Tu es plus importante pour moi que ça ! Je cherche la compagne de ma vie – avec ou sans enfants », je formule moins véhément.

« Mais si cette... compagne, sa vie c'est aussi une cause ? »

« Ça doit être possible de chercher un équilibre, Ada ! Moi, je veux y croire ! »

« Ta belle-mère, elle en a assez parfois de l'engagement de ton père... »

« Mais elle a elle aussi une carrière et elle comprend... et ils partent en vacances ensemble », je plaide.

Elle a un sourire vague avant de souffler avec une timidité de petite fille : « Ils vont penser quoi, tes amis ? »

« Qu'ils doivent compter pour moi puisque je traîne une aussi jolie fille voir leur merveilleuse installation, etc, etc... »

« Tu ne vas pas leur dire ça ! », elle s'effraie avec deux immenses yeux bleus.

« Seulement si tu m'accompagnes ! », je tente, et elle fait mine de me frapper – mais mine seulement.

oooooooo
Personnages non canon

Oan-Ni
un jeune Sirénéen qui pense devoir quelque chose à Harry

Victoria Pasten
sorcière britannique, professeur d'histoire à Poudlard, directrice des Serpentard depuis la démission de Severus.

Baldric Tanner et Haydée Loneman sont deux loups-garous de onze ans qui pourraient intégrer Poudlard en septembre. On y croit, on y croit.

Le chapitre 50 confié à Cyrus s'appelle des souffles retenus... tellement de raison de retenir son souffle...