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Je suis un blanc
Mon sang est noir
Et moi j'adore ça
C'est la différence qui est jolie
SALIF KEITA, LA DIFFERENCE

LVIII - Cyrus Des vérités astronomiques et des compromis instables.

On arrive à grands pas, Ginny et moi, dans le dispensaire de Santa Felicidade, poussés par notre agacement contre Bettany. Suffisamment vite pour que des malades nous regardent curieusement et qu'une infirmière - une religieuse, comme tout le personnel moldu du dispensaire - fronce les sourcils et se place sur notre route.

« Je travaille avec Aesthelia Marin », je lui explique donc trop vite.

« Et moi, avec Diniz Marin », rajoute Ginny avec plus d'à propos.

« Ah oui, la stagiaire », se rappelle l'infirmière en la regardant avec moins d'inquiétude. « Dr Marin est avec Frère Vérassimo... Aesthelia est au fond, là-bas, avec l'enfant qu'ils ont amené. »

« Merci ma Soeur, » je réponds en faisant de mon mieux pour paraître plus calme.

Dans le fond de la grande salle de soins, on trouve Aesthelia, le gosse qui a l'air toujours plus terrifié qu'autre chose et une infirmière qui vient de lui bander le torse et range son matériel. Quand Cristovao me reconnaît, j'ai l'impression qu'il va sauter par la fenêtre ouverte derrière lui. Aesthélia s'en rend compte, elle lui prend la main tout en se retournant pour voir ce qui cause tant d'émoi.

« Tu n'as pas à avoir peur de Cyrus », elle lui affirme. « Il travaille avec moi... et il te ressemble plus que tu ne croies ! Voici sa fiancée, elle s'appelle Ginny et travaille avec le Dr Marin »

« Salut », lui lance Gin mais le gosse est stupéfixé sur son lit.

« Je vous laisse », annonce l'infirmière avec un air entendu. « Dans son cas, je pense qu'il vaut mieux qu'il guérisse lentement... Il ne gagnerait rien à aller mieux trop vite... »

« Évidemment, sœur Marisol », la rassure ma marraine. « Nous allons laisser agir le temps. »

Quand la sœur s'est éloignée de quelques pas, une bulle de silence vient nous envelopper. L'enfant se raidit, preuve qu'il a senti le champ. Un petit nombre de Moldus peuvent s'apercevoir d'une telle modification de l'atmosphère autour d'eux, mais nous savons tous déjà que Cristavao n'est pas un Moldu.

« Tu as senti ? », questionne d'ailleurs Aesthélia sur le ton de la conversation. L'enfant ne réagit pas mais elle continue : « J'ai placé un sortilège autour de nous pour que nous puissions parler tranquillement. Nous les entendons mais eux n'entendent qu'un murmure incompréhensible. Rien de ce que nous dirons ne sera entendu par des oreilles indiscrètes. »

L'enfant regarde autour de lui, l'air dubitatif, puis nous regarde par en dessous : Aesthélia qui tient sa main, Gin et moi assis au bout du lit, avant d'oser : « Un sort... »

« Un sortilège – une forme de magie », confirme ma marraine.

« La magie n'existe pas », souffle Cristavao sans surprise. Il y a de l'effroi dans sa voix.

« Les pierres ne volent pas non plus », je lui rétorque avec un sourire et un clin d'oeil.

« Non », il murmure en rougissant. « Je ne voulais pas », il ajoute.

« Mais il te faisait mal », propose Ginny.

« C'est mon oncle », objecte le môme comme si le lien de parenté expliquait tout. « Je n'ai que lui... Sans lui, ma tante m'aurait déjà... et je me suis fait renvoyer... elle va être furieuse ! »

« Diniz va te trouver un emploi ici », lui rappelle Aesthelia.

« Mais les gens vont dire... Ma tante, elle pense que je suis le diable... Les voisins aussi », il raconte l'air abattu. « J'étais avec Tomasino près des chutes... mais je rêvais, et les nasses se sont détachées... trois allaient tomber et j'ai tendu la main », il mime la scène à son propre insu, je dirais. «Et elles sont revenues... Mais quand j'ai vu la tête de Tomasino, ce n'est pas les nasses que j'aurais voulu rattraper... j'aurais voulu changer ce que je venais de faire ! »

« Remonter le temps, ce n'est pas une magie de débutant », je l'informe.

« J'ai supplié Tomasino de me garder comme aide pêcheur ! », il continue sans me prêter attention. «Mais il n'écoutait rien, il répétait des prières ! J'ai voulu sauté à l'eau... il m'a attaché ! »

Cette fois, je ne trouve rien de comique à glisser dans la conversation.

« Mon oncle était fou de rage quand Tomasino a raconté... J'ai su tout de suite qu'il allait m'emmener chez l'exorciste... J'avais si peur ! Mais j'aurais jamais dû faire ça », conclut le gamin plongeant son visage entre ses mains. Il n'a pas pleuré sous les coups, mais là, il n'en est pas loin.

Je vais lui dire qu'on doit toujours se défendre quand Aesthelia m'arrête d'un geste. Elle passe un bras sur les épaules du gosse :
« Tu n'aurais peut-être pas dû frapper ton oncle avec cette pierre », elle reconnaît. « Mais si tu ne l'avais pas fait, nous n'aurions pas vu que tu étais comme nous... » Il tressaille en entendant l'information. « Ça ne va pas résoudre tous tes problèmes, mais il faut que tu te persuades de ce que je vais te dire : tu n'es pas le diable, Cristovao, tu es un sorcier. Nous sommes peu nombreux mais, juste maintenant autour de toi, nous sommes trois. Quatre avec toi », elle insiste. « Est-ce que nous avons l'air de diables ? »

L'enfant secoue la tête. « Diniz aussi est un sorcier en plus d'être un médecin», lui révèle Aesthélia. « Tu es à l'âge où la magie présente en toi devient forte et de plus en plus difficile à maîtriser. C'est l'âge où tu peux apprendre à devenir un vrai sorcier, qui ferait des choses consciemment et non parce qu'il a peur ou mal... tu comprends ? »

« Comme... », propose l'enfant en montrant l'air autour de lui.

«Oui, comme cette bulle de silence encore que ça ne soit pas non plus le premier sortilège à t'apprendre », confirme Aesthélia. « Plus tu maîtriseras tes pouvoirs, cette force qui est en toi, moins les autres – ton oncle, ta tante – se rendront compte de ta différence... Ils n'auront plus peur de toi.»

« Non ? »

« Mais pour cela, il faudra travailler dur, ici avec Diniz, hein ? Faire ce qu'il te dit et dire à ton oncle et ta tante que tu aimes ton travail ici et que cette fois, tu vas le garder ! Il faudra être patient et ne pas perdre espoir ! »

L'enfant la regarde avec un mélange de défiance et d'espoir et hoche faiblement la tête. Je ne sais pas ce que Aesthélia aurait ajouté parce que Ginny souffla alors en anglais.

« Ils arrivent ! »

Je regarde inutilement derrière nous. Diniz, Vérassimo et l'oncle s'avancent en effet.

« Je vois que tu as un beau bandage, Cristovao », note le premier. « Frère Vérassimo s'est entendu avec ton oncle pour t'embaucher comme garçon à tout faire ici... tu pourras commencer demain ! On fera attention à tes côtes au début ! »

« Merci Docteur Diniz », souffle l'enfant les yeux baissés.

« Il ne faudra pas nous faire honte ! », lance l'oncle pas réellement l'air plus à l'aise que le neveu.

« Non, mon oncle », souffle Cristovao.

« Je suis sûr que Cristovao se trouvera bien ici », affirma le frère Vérassimo avec une autorité tranquille qui me fit penser à Remus. « Nous avons besoin de jeunes bras et les taches sont suffisamment variées pour qu'il oublie de s'ennuyer ! »

« Que Dieu vous entende, Frère Vérassimo », commente l'oncle dubitatif.

« Dieu nous enseigne la patience, le pardon et l'espoir, Monsieur Ratao », lui rappelle le religieux. Et moi qui ne crois pas en sa religion, je prie que l'oncle du gamin l'entende et trouve un sens à tenir tête à sa femme et à ses voisins.

« Oui, Frère Vérassimo », se soumet l'oncle avec des regrets palpables.

« Dites bien à votre femme de venir demain, elle n'a qu'à accompagner Cristovao. Nous verrons comment se portent vos enfants et si elle a besoin de quoi que ce soit... »

« Merci, Frère Vérassimo. »

oo

« Vous avez mangé bien vite, Gin et toi », remarque Aesthélia quand l'oncle et l'enfant se sont éloignés, côté à côte mais sans un geste l'un pour l'autre. J'ai le ventre noué de les voir. Diniz a entrainé Ginny avant leur départ pour une visite plus complète des lieux. Nous restons tous les deux sur le porche du dispensaire.

« Il est des conversations qui coupent l'appétit », je soupire en réalisant qu'elle va m'engueuler quand elle saura que j'ai déjà perdu toute patience avec sa précieuse petite bigote américaine. Tout ça en même pas une journée !

« Déjà ? », elle soupire comme un écho de mes pensées.

« Tu sais, j'imagine, ce qu'elle pense des... gens ? », je réponds avec un geste pour la rue devant nous.

« Elle vient d'un clan très isolé, je te l'ai déjà dit... »

« Tu sais qu'elle pense que Remus n'a sans doute que ce qu'il mérite ? », je continue. La colère revient dans mes veines et me fait enfler la voix.

« Cyrus, elle n'est pas seule dans ce cas », elle tente. « Ce n'est ni la première, ni la dernière que tu rencontres !

« Voilà une bien belle excuse », je crache en me tournant violemment vers elle.

« En aucun cas ! », elle me répond vertement. « C'est uniquement un élément d'explication ! Je n'excuse rien ; j'espère juste la faire changer d'idées ! Une à une ! »

« Tu ne risques pas de t'ennuyer ! » j'ironise, furieux, « T'as tant besoin du fric de cette fondation que tu supportes cette... fille ? »

«Cyrus ! Je peux comprendre que tu défendes Remus, que tu n'aimes pas son positionnement, mais je ne tolèrerais pas que tu attaques mon intégrité !», elle affirme marquant le "mon" en posant ses deux mains sur sa poitrine.

L'air lourd me semble suspendu. Un mélange de douleur et de défi emplit ses yeux, et je recule.

« Je n'arrive pas à comprendre tes motivations », j'essaie un ton au dessous.

« Tu voudrais que je la renvoie à son clan et ses préjugés ? », elle me répond dans un murmure précipité et coléreux. « Tu crois que ça l'ouvrirait au monde ? Que ça l'empêcherait de mener à bien ses études ? Que personne ne la prendrait ? »

Appuyé sur la rambarde du porche du dispensaire, j'encaisse les arguments l'un après l'autre. Une bataille, elle a fait de Bettany une bataille, je réalise. Comme si ça devait m'étonner ! Aesthélia se bat depuis toujours. Elle se bat pour les Indiens, pour les plantes, pour les savoirs traditionnels magiques, ce n'est même pas la peine de le dire. Elle s'est aussi battue pour qu'un jeune macho britannique réalise qu'il ne savait pas tout de la magie. Elle a si bien réussi qu'il a faillit l'épouser. Sirius Black était peut-être moins péremptoire que Bettany mais il traînait un paquet de préjugés lui aussi, en son temps.

« Ok », je me rends en me redressant. « Ok, je ne lui ai pas laissé de chance mais reconnaît qu'elle me cherche ! »

« Évidemment qu'elle te cherche : comment serait-elle autre chose que totalement jalouse de toi ? », elle assène.

« Je fais quoi, alors ? », je soupire.

« Tu la retrouves, et vous me rejoignez à l'hôtel quand vous serez en état de travailler », elle répond en se levant.

Je la regarde, médusé, se diriger vers le port fluvial.
« Mais l'hôtel... », je commence en pointant du doigt l'autre direction.

« Je pense que j'ai largement le temps d'aller discuter avec ce Tomasino avant que vous ne soyez prêts », elle estime sans se retourner.

Ooo

Je retrouve Bettany là où je l'avais laissée. Au restaurant au bord du fleuve. Elle déguste une imposante part de gâteau au citron en lisant un livre. Elle n'en lève les yeux que lorsque je m'assois en face d'elle.

« Oh, j'ai dit au patron que vous ne reviendriez pas », elle m'annonce. «Désolée pour ton assiette ! »

« Mais tu nous attendais », je remarque.

Une expression rêveuse traverse son visage, mais elle fiche bien droit ses yeux bleu pâle dans les miens pour répondre :
« J'ai hésité à vous suivre... mais, un, le professeur Marin nous avait dit de finir notre repas... deux, je n'avais aucune envie de t'entendre déformer mes propos auprès d'elle... Je me suis dit que j'allais vous laisser et voir ce qui se passerait... »

« Aesthélia nous attend à l'hôtel pour travailler », je réponds, en espérant que son côté bon élève l'emporte sur le reste. Ça marcherait avec Hermione.

« Tu lui as dit quoi ? », veut savoir Bettany sans bouger.

« Que j'avais perdu mon calme en succombant stupidement à tes provocations », j'avoue. « Que ça ne se reproduirait plus. »

« Je n'y crois pas », elle affirme calmement.

« Il est sûr que si tu continues à me provoquer, j'aurais du mal à tenir ma promesse », je décide de répondre. « Mais je compte pourtant bien essayer.»

« Je ne crois pas que ça se soit passé comme tu le dis », elle estime, les yeux plissés comme si elle lisait ses réponses loin derrière moi et sans lunettes. « Tu l'as sommée de choisir entre toi et moi et, comme tu n'as pas eu gain de cause, sans doute pour la première fois de ta vie, eh bien, tu viens, la queue entre les jambes, essayer de rattraper le coup ! »

« Tu es totalement folle », je lâche de nouveau saisi par la colère. « J'ai croisé un paquet de gens timbrés dans ma vie mais, toi, tu sors véritablement du lot ! »

« Hum, nous avançons dans la coopération », elle remarque en se coupant une large cuillerée de gâteau au citron vert.

Je domine l'impulsion de me lever et de la planter là. En détournant les yeux pour me calmer, je me rends compte que j'ai faim et qu'Aesthélia va avoir le temps de traiter la mémoire de Tomasino et de tous les pêcheurs du port, voire de toute la ville. Je me retourne donc vers le patron et lui indique, en portugais, que je prendrais la même chose que la jeune fille qui me pile les nerfs. Et un café aussi. Quand je reviens vers Bettany, elle a enfin l'air surprise.

« Je ne vais pas partir », je lui annonce très bas, comme une menace. «Quoi que tu penses de ma famille, je mérite d'être là autant de toi. J'ai bossé très dur pour obtenir cette bourse, comme j'ai bossé pour chacun de mes examens. Être le fils de mon père ou le filleul d'Aesthélia ne m'ouvre pas les portes aussi mécaniquement que tu sembles le croire. »

« Tu ne sais rien de ce que je crois ! », elle prétend.

« Eh bien, sauf si tu joues extrêmement bien la comédie, je crois pourtant que tu me prends pour un petit rigolo que sa marraine a à la bonne et que tout le monde a couvé depuis sa naissance. Ce n'est pas vrai », j'affirme aussi tranquillement que je peux.

« Tu n'aurais pas les publications que tu as à ton âge sans quelques coups de pouce », elle lâche à corps défendant.

« Admettons. Mais je n'aurais pas non plus eu la directrice de mon département sur le dos, à exiger plus d'examens réussis qu'aux autres pour autoriser mon départ, si elle n'avait pas des comptes personnels à régler avec mon père ! », je force à peine le trait.

« Je devrais te plaindre ? »

«Tu devrais arrêter de fantasmer sur le caractère idyllique de ma situation», je réponds sans la lâcher des yeux.

Elle grimace un peu et hausse les épaules dans un geste que je décide de prendre positivement. La serveuse, un peu intimidée par nos échanges, sans doute un peu bruyants, dans une langue qu'elle ne connaît pas, dépose devant moi gâteau et café. Je la remercie en portugais et je lui demande si elle est la fille du patron, juste histoire d'avoir une conversation normale avec quelqu'un. Elle me répond avec le sourire un peu enjôleur et en jouant avec son plateau. Elle veut savoir si le petit Cristovao va bien. Je la rassure et quand elle repart, Bettany a l'air de méditer sur l'opportunité de me dénoncer auprès de Ginny.

« Il y a néanmoins une chose de vrai dans ta petite sortie de tout à l'heure», je propose en guise d'armistice quand j'ai mangé un tiers du gâteau. Bettany ayant l'air sincèrement curieuse, j'enchaîne : « Si j'étais vraiment allé trouver Aesthélia pour lui demander de choisir entre toi et moi, je serai en train de faire mes valises... » Elle a une moue amusée, et j'insiste : « Crois-moi, Aesthélia n'est pas le genre qui m'ait jamais passé de caprice, Bettany. Ni hier, ni aujourd'hui. »

« Décidément, tu sembles entouré de gens bien exigeants », elle persifle moins méchamment que tout à l'heure.

« Bettany », je soupire néanmoins, inquiet de nous retrouver encore si près du point de départ.

« Tu ne serais pas là si... 'Aesthélia' ne l'avait exigé ? »

« Non », je reconnais.

« Tu me méprises... »

« Non », je la coupe. « Ton mépris pour les magies que tu ne connais pas me tape sur les nerfs...»

« Les Moldus n'ont aucune magie », elle souligne plus étonnée que vexée par ma sortie.

« Va savoir », je réponds – et toutes les histoires d'Harry et Brunissande sont là pour me soutenir.

« Tu n'es pas sérieux ? »

« Tu sais que les premiers sorciers européens qui sont arrivés en Amazonie ont pensé que les peuples indiens étaient dépourvus de magie parce qu'ils n'utilisaient pas de baguette magique ? », je lui rétorque.

« Ça n'a rien à voir ! »

« Et toi, aujourd'hui, tu fais une étude sur la notion de remède dans les magies traditionnelles indiennes », je continue – Aesthélia veut que je l'éduque, allons-y. « Peut-être que dans – je ne sais pas – cinquante ans, un ethnomage – ton fils, tiens – fera sa thèse sur la magie résiduelle des Moldus ! »

Bizarrement, ça la fait sourire quand je pensais la faire exploser.

« Tu n'aurais pas lu les travaux de cette vieille Italienne... comment s'appelait-elle...Taluti, je crois ! »

« Tu connais Maddalena Taluti ! », je m'étonne sincèrement.

« Toi aussi ? »

« Et les travaux de son arrière petit-fils ? », je continue sans répondre.

« Cosmo ? On m'en a parlé... C'est bien ? »

« On m'en a parlé aussi », je suis contraint d'avouer.

On finit l'un et l'autre notre gâteau dans un silence moins tendu avant qu'elle reprenne, presque timidement :

« On m'a dit qu'il avait été tué par un... lycanthrope. »

« Il paraît », je confirme sans ciller.

« C'est que je me méfie des lou... des lycanthropes qui t'a fait péter les plombs », elle affirme soudain, me prenant par surprise.

« Tu crois que je n'y suis pas habitué ?», je contre et elle a l'honnêteté de hocher la tête. Je décide d'être aussi honnête, pour voir. C'est maintenant ou jamais. « Malgré tout, j'ai du mal à encaisser trop de généralisation. Rien à faire. Je ne mets pas tous les Moldus dans le même sac ; je suis le fils de Remus Lupin et je défendrai toujours les garous devant quiconque... »

« Quoi qu'il arrive ? », elle me coupe, et je me retrouve à réfléchir vraiment à ma formulation. Même Remus ne trouverait pas réellement d'excuses à un garou qui mordrait volontairement d'autres humains, je le sais.

« OK. Disons plutôt que c'est comme les Moldus, je n'excuse pas tout ce qu'ils peuvent faire mais je refuse aussi les amalgames. On ne se fait pas mordre parce qu'on l'a mérité – c'est une tragédie. Les victimes ont besoin d'aide et non de rejet », je martèle.

Elle grimace à moitié convaincue seulement, je le vois bien, mais je ne peux pas la faire changer entièrement d'idées en une conversation, je le réalise. J'ai vu le temps nécessaire pour que des parents ou des conjoints de garous se convainquent de ce que je viens d'affirmer.

« On va rejoindre, Aesthélia ? », je propose avant de me reprendre, «pardon, le professeur Marin ? »

« Elle doit être folle de rage de nous attendre », elle commente en se levant et en pâlissant.

J'aurais dit qu'elle se rongerait les sangs mais je ne corrige pas.

Oooo

« Vous voilà enfin ! », lance Aesthélia quand nous pénétrons dans sa chambre à l'hôtel.

Bettany a l'air sincèrement d'une gamine qui aurait fait le mur et qui rentrerait pour tomber nez à nez avec son père – oui, je sais de quoi je parle. Autant attirer la foudre sur moi, comme ça Bettany verra qu'Aesthélia ne fait pas dans le favoritisme.

« On avait des trucs à se dire », je commente donc.

« Mais rien à préparer pour notre mission ? », rétorque ma marraine bien sur le ton que j'attendais.

« Bah, avec le décalage horaire, tu sais que je vais m'écrouler dans peu d'heures mais me réveiller avant le soleil », je remarque, faussement badin. « Et puis, j'ai rien fichu jusqu'ici... Ne te prives pas ! »

Elle a un soupir faussement fâché – je la connais, si elle avait un autre truc à dire, elle ne se retiendrait pas.

« Puisque tu te portes volontaire, j'ai un truc pour toi, Cyrus : plein de calculs astronomiques comme tu sais que je les déteste et que tu es censé maîtriser d'après Maninder », elle annonce. « Je voudrais qu'on ait un calendrier le plus précis possible, genre par dix minutes, du ciel pour inscrire les évènements du rassemblement et voir comment les pratiques shamaniques s'en servent... »

« On en avait parlé », je me rappelle alors qu'elle fouille sur son bureau pour sortir un épais rouleau de parchemin. Bettany a l'air de découvrir l'idée.

« J'ai commencé mais j'ai pas trouvé le temps de finir... Et, je serais toi, je reprendrais tous les calculs », elle commente en déroulant le parchemin.

« Me voilà occupé », je réponds en regardant ses tableaux aux trop nombreuses colonnes. Ils me rappellent ce que Harry m'a raconté brièvement à Venise sur les travaux de Cosmo Taluti. « Tu crois qu'on a besoin de tout ça ? La lune ne suffirait pas ? »

« Ce n'est pas parce que les shamans parlent de rassemblement de la lune que nous devons prendre ça pour argent comptant, Cyrus », elle objecte. «Seul un tableau complet de toutes les étoiles connues d'eux permettra de confirmer l'hypothèse. »

« Cette histoire de cycles liés », je comprends me souvenant d'un article qu'elle a publié il y a une dizaine d'années.

Elle opine l'air presque timide.

«Vous avez quelque chose pour moi, professeur ? », veut savoir Bettany. «Sinon, je peux l'aider ».

ooo

Bien, bien, bien... un ou deux trucs de faits, je dirais... Le prochain signé Cyrus nous emmènera en pirogue mais, avant, on va retrouver Harry, son stage et ses ramifications inattendues. Ça s'appelle Des cuisines vénitiennes et des flammes innocentes... J'espère que ça vous inspire !