Bande son
habitants des mouillages
oh vous qui vivez là
tout près des sources chaudes
ou bien sur le rivage
de la vierge aux flèches d'or
il revient, le héros
il revient
Bertrand Cantat, Les mouillages
LXIII Harry. Des paranoïas contagieuses et des gens qui s'inquiètent pour moi.
Quand je reviens aux bureaux des Briseurs de sorts, ayant laissé Oan-Ni en grande conversation avec Crochpik, je tombe sur Franka qui quitte visiblement les lieux
« Alors ? », elle questionne sans ambages – je pense même qu'elle ne connaît pas la notion et que Severus, horrifié, la classerait définitivement comme une Gryffondor de la pire espèce.
« Heu, ça va », je réponds néanmoins, agacé de me sentir furtivement rougir.
« Ils te collent tout sur le dos ? », elle insiste.
« Certains essaient, d'autres me défendent », je lui livre – sincérité pour sincérité, un truc qui vient à me manquer.
« Sorenzo ? », elle creuse.
« Il semble être dans le second groupe », je formule prudemment – rien que les questions de Franka montre qu'il serait stupide de se montrer trop confiant. On n'a sans doute pas la carrière de Sorenzo à son âge sans avoir sacrifié certaines personnes si le besoin s'en est fait sentir. « Tu penses le contraire ? », je choisis même de lui demander.
Elle secoue la tête.
« Il est sur les dents comme je ne l'ai jamais vu – personne ne fait le malin de peur que tout lui retombe dessus. Mais il n'a rien insinué en ta défaveur. Totale neutralité, je dirais. T'es en rotation comme tout le monde – certains petits malins remarqueront peut-être que tu es de toutes les nuits à venir, comme lui. Mais la plupart seront surtout contents d'échapper un, au service de nuit, deux, à un service dirigé par un Sorenzo énervé lui-même... »
« Tu es une vraie boussole politique ! », je lui promets.
« Mais une trop grande gueule, sinon je serais au moins à la place de Piers voire de Sorenzo, je sais, on me le dit souvent mais on ne se refait pas ! », elle commente sans aucune amertume.
C'est rafraîchissant de se dire que quelqu'un comme Franka a pu faire carrière chez les Gobelins, je me dis. Un peu comme Remus ou Mae – des gens qui ont su trouver un compromis entre leur éthique et leur carrière. Un truc qu'il faudrait que je commence à formuler pour moi-même, je me rends compte.
« Il y a plusieurs façons de réussir », je souligne donc.
« Vraiment ? Ça vaudrait le coup qu'on en discute », elle estime. « Mais, je n'ai pas dormi depuis plus de vingt-quatre heures, je ne vais pas t'inviter à aller boire un coup. Désolée », elle s'excuse. « Mais fais gaffe à toi, Harry, Lorendan n'est peut-être que le cadet de tes soucis,OK?»
« Merci de t'inquiéter », je réponds, sincère.
Elle fait un geste rapide de la main qui semble dire que ce n'est pas la peine d'en parler et repart sans se retourner. J'entre dans les bureaux des Briseurs de sorts toujours en pleine rénovation, Franka n'est pas la seule à être partie. Sorenzo discute avec Piers devant un grand planning punaisé sur un mur fraichement repeint.
« Ah, Harry ! Viens voir », ordonne Sorenzo dès qu'il me voit. Je sens que tout le monde dans la pièce nous observe en dessous. Lorendan me montre une colonne indiquant HPL« Je t'ai mis des soirées à partir de demain et pour toute la pleine lune... Tu t'organises comme tu veux pour que les tests aient lieu... »
« Les tests ? », je le coupe sans doute trop vite. « Pardon, mais sans les statuettes... »
« Sans test effectif de tes potions, je ne peux pas valider ton stage », m'annonce froidement Sorenzo.
Je ravale le soupir qui me vient. Est-ce que cette position est un gage envers les Gobelins ? Qu'est-ce qu'il leur a vendu ? Qu'est-ce qu'il espère prouver avec mes potions – que je n'ai aucun intérêt à avoir fait disparaître les statuettes ?
« Il faut que je les re-prépare », je commente mollement tout en réfléchissant aux enjeux.
« Possible en une journée ? »
« Oui », je réponds sobrement, conscient que Piers ne s'est pas éloigné et semble bien jauger nos relations avec moins de bienveillance que Franka.
« L'atelier n'est pas en super état », remarque d'ailleurs ce dernier.
« Tu peux faire ça ailleurs ? », me questionne Sorenzo.
« Heu, sans doute, à Venise ou à Londres... », je réponds pris de court. Venise sans Ada ne vaut pas Londres, surtout avec les questions que je me pose.
« Tiens-moi au courant », conclut Sorenzo avec l'air de me congédier. « Je vais rester ici ce soir, sens-toi libre d'utiliser ma cuisine ou pas. »
« Je peux partir maintenant ? », je vérifie et je n'obtiens qu'un signe de tête on ne peut plus distant alors qu'il se repenche avec Piers sur le planning.
Je ne me fais pas prier. Je quitte assez vite la banque pour l'appartement de Sorenzo, non parce que je suis fatigué ou que je veuille me lancer seul dans de la cuisine mais parce que je brûle de récupérer mon miroir. Tant de gens à qui j'aimerais parler, je me dis en marchant à grandes enjambées dans les rues sorcières puis moldues. Cyrus arrive en tête – parce que Cyrus est celui qui a toujours assuré mes arrières : couvert mes conneries, compris mes silences ou soutenu mes positions. Cyrus connait les questions politiques, les soupçons du XIC, les loups-garous et les potions. Mais Cyrus est en Amazonie, je regrette sincèrement. Je pourrais obtenir avec un peu de chance une communication internationale en allant à la poste centrale – utiliser la cheminée de Lorendan me paraît trop risquée. Il faudrait qu'il soit près de la cheminée d'Aesthélia – et pour ce que je sais de ses enquêtes de terrain, c'est peu probable. Je soupire. Je ne manque pas d'amis, je m'oblige à me rappeler et j'accélère encore.
Mon miroir est sagement posé sur ma table de nuit et luit légèrement quand je m'en saisis et qu'il se nourrit de ma magie. Je vérifie d'abord si j'ai des messages. Seule Ada a appelé – deux fois, je me rends compte avec un mélange de nervosité et de joie. Je les écoute séance tenante: la première fois, assez tôt ce matin, elle me prévenait qu'elle aurait du temps pour qu'on se parle en début d'après-midi ; fidèle à sa parole, elle a rappelé vers deux heures, l'air agacé que je ne réponde pas.
« Bon, Harry, c'est moi... Je vais repartir à de nouvelles audiences... et après, ma mère m'emmène à un bal... bref... je n'aurais pas d'autres moments aujourd'hui... Et demain... ne m'appelle pas trop trop », elle rajoute avec un soupir. « Je ne sais pas trop quoi te dire comme ça, alors que je ne te vois pas... Rappelle-moi quand tu peux... Salut. »
Je regarde assez stupidement le miroir pendant une ou deux minutes en me rappelant qu'hier j'avais envisagé partir la rejoindre à Rome. Rien ne m'avait parû plus important. J'ai l'impression que plusieurs siècles se sont écoulés depuis ! Je m'oblige à l'appeler pour laisser, sans surprise, un message.
« Désolé Ada, j'avais bêtement oublié mon miroir ce matin... J'espère que tout se passe bien à Rome – ça a l'air ! J'ai eu la visite de Oan-Ni, mon contact Sirénéen... il doit te contacter... après la pleine lune... à Venise sans doute... on aura l'occasion d'en reparler, j'espère ! »
En parlant, j'ai réalisé l'imminence de la pleine lune et je me suis demandé où elle comptait la passer... chez sa mère à Rome me paraît exclus. Lui demander par message interposé me semble un peu inconvenant – peut-être à cause de la pudeur de mon propre père sur la question, je me rends compte.
« Rappelle-moi avant la pleine lune », je souffle donc avant de mettre fin à la communication.
Je pense ensuite à appeler Tiziano puis Papa – juste pour me rendre compte que je ne pourrais rien leur expliquer par téléphone. Il me faut du temps et aucun risque d'être espionné. De nouveau, Londres me paraît la seule destination valable parce que c'est là que je pourrais réunir à la fois les informations complémentaires qui me manquent et produire les potions dont j'ai besoin. Je jette quelques affaires dans un sac et laisse un message sur la table de la cuisine pour Sorenzo promettant d'être de retour avec de nouvelles potions en fin d'après-midi demain. Craignant toujours d'être espionné, je me rends au centre international des portoloins où j'achète un transport pour Venise. A peine arrivé, je continue à dépenser mon or sans compter pour prendre un transport pour Paris – de là, je poursuis mon voyage toujours sans attendre pour Londres. Ce n'est pas une énorme diversion, j'en suis conscient, mais j'espère vaguement que Venise ait été une destination suffisamment plausible pour que mes éventuels poursuivants – qui soient-ils – n'aient pas jugé bon de me suivre effectivement, pensant savoir où me trouver si besoin. Trois portoloins plus tard, je suis donc en Angleterre et je décide d'oser un appel. Ron me répond immédiatement avec le sourire de quelqu'un content de parler à un vieux pote qui tend à peu donner de ses nouvelles.
« Hey Harry ! »
« Tu bosses, Ron ? », je vais droit au but.
« Heu, il me reste globalement à mettre mon rapport sur le bureau de Paulsen, et je retrouve Hermione... »
« Où ça ? »
« Heu, on a prévu de se retrouver chez Florian Fortarôme», il est presque gêné de me répondre. « Hermione a envie de glaces... »
« Je vous retrouve là-bas », j'annonce, en réfléchissant après que je me serais attendu à l'adresse d'un pub.
« T'es à Londres ? », il s'étonne.
Je ravale une remarque à la Cyrus qui dirait qu'il est un putain d'enquêteur. Toute moquerie gratuite me paraît extravagante.
« Envie de vous voir », je réponds avec sincérité.
J'arrive sur le chemin de Traverse en même temps de Ron – Hermione est déjà attablée devant la plus imposante coupe de crème glacée que je l'ai jamais vu ingurgiter !
« Ron n'a pas menti : tu as envie de glace ! », je commente donc avec bonne humeur mais Hermione rosit un peu avant de hausser les épaules.
« Excusez moi, je ne vous ai pas attendus », elle répond simplement. « Quelle belle surprise, Harry ! »
Je ne dis rien mais je sais qu'ils lisent tous les deux suffisamment en moi pour comprendre que je ne suis pas venu juste manger une glace avec eux.
« Allons commander », propose Ron et je le suis vers le salon de thé. « Ce que tu as à nous dire aurait besoin d'un lieu plus calme, non ? »
« C'est sans doute de la paranoïa... », je reconnais dans un soupir.
« Les Lupin ne sont jamais paranoïaques pour rien », il commente assez sérieusement. « La dernière fois que ton frère l'a oublié, ça a mal fini pour lui ! »
Comme c'est notre tour, et Florian lui même vient me dire bonjour, ça m'évite de répondre – mais ma conscience est bien inquiète de l'avis du plus clairement Gryffondor de mes amis. Si ma paranoïa ne lui paraît pas ridicule alors, peut-être, que je prends des risques stupides en m'affichant avec mes vieux copains en plein Chemin de Traverse. Pire, je les mets en danger ! Ça me coupe tout appétit et il faut que Ron commande d'autorité mes parfums préférés : caramel, chocolat, menthe, banane. Je dois quand même avoir l'air bien morose pour quelqu'un armé d'une telle coupe parce que Hermione lâche en me regardant revenir :
« Tu as l'air bien stressé ! »
« Un peu », je reconnais en me retenant de jeter des regards nerveux autour de moi. «J'aimerais autant en parler ailleurs qu'ici... »
« Tu nous ferais peur », commente Ron en fronçant les sourcils. Ça en a l'air, mais ce n'est pas réellement une boutade : il est inquiet pour moi. Je songe à toutes ces fois où il m'a vu ou su en danger. Toutes ces fois où il m'a aidé. Ça ne rend pas la glace plus appétissante.
« Je me monte peut-être la tête », j'essaie de détendre l'atmosphère. « J'ai besoin de vos regards. Vous en savez assez pour me comprendre tout en ayant le recul qui me manque... »
« Ada...va... bien ? », questionne Hermione l'air gêné et grave à la fois.
« Comme la veille d'une pleine lune », je décide de répondre. « J'aurais aimé être avec elle. »
« Mais tu ne l'es pas », souligne Hermione alors que Ron a décidément les sourcils froncés.
« Non », je soupire, presque agacé de son insistance. Plus vite j'en aurais fini avec les statuettes, les potions de lune et les familles suisses, plus vite je pourrais m'occuper de Ada, quelque part. « Il se passe des choses à Genève... des choses qui m'amènent ici plutôt qu'à Venise ou à Rome.. On en parlera sans doute plus tard! »
Hermione et Ron se regardent assez longuement et hochent la tête sans trouver quoi répondre à ça.
« Parlez-moi de vous », je reprends. Ai-je déjà eu autant besoin que des gens aillent bien ?
«Tu verras tout à l'heure qu'on a quasiment fini nos travaux », commence Ron après un autre regard pour Hermione. Il me répond un peu comme on récite sa leçon à son professeur. «Ça se passe plutôt bien à la Division et Hermione... est occupée, comme d'habitude ou presque!»
« On a eu la visite de Tiziano – il nous a expliqué ce projet d'édition de correspondance... délicat de la part de Cyrus de l'avoir introduit à Girasis », formule prudemment Hermione.
« J'avoue que là tout de suite, je voudrais bien savoir ce que Cosmo Taluti a pu écrire sur... sur les cycles de la Lune », je réponds sur le même ton. « On dirait, comme ça, que personne n'a jamais travaillé sur ça, et plus j'avance et plus je vois qu'ils sont utilisés... et pas que par des gens comme nous », je rajoute.
« Tu veux dire des gens comme... Ada ? », questionne Ron mal à l'aise. Étrangement mal à l'aise, je dirais – et ce n'est pas la lycanthropie d'Ada qui peut le mettre aussi mal à l'aise. Pas Ron.
« Pas seulement », je secoue la tête. « Des gens qui circulent entre différents mondes... un peu comme ceux sur lesquels vous avez enquêtés, Cyrus et toi », j'insinue.
« Un peu ? », il vérifie, encore plus tendu.
« Peut-être même davantage », je continue.
« Est-ce ça qui t'inquiète ? », reformule prudemment Hermione – elle a posé une main sur l'avant-bras de Ron comme pour l'inviter au calme.
« Notamment », j'avoue – ça me fascine un peu, la main d'Hermione.
« Tiziano a parlé de potions très particulières... », continue cette dernière.
« Elles ont été détruites hier lors de l'incendie de la Banque de Genève », je souffle, avec un coup d'oeil tout à fait paranoïaque pour la rue. Les gens rentrent chez eux, les bras chargés de leurs emplettes. Nous sommes seuls en terrasse. Je m'oblige à m'en rendre compte.. « Il faudrait d'ailleurs que je les refasse d'ici demain soir », je rajoute en essayant de sourire de mes malheurs.
Mais mes efforts de légèreté tombent de nouveau à plat. Hermione regarde Ron qui a l'air proprement effaré.
« De Genève », il répète d'un air entendu, et je ne peux que acquiescer. Ma glace est en train de fondre dans sa coupe, tellement j'ai oublié de la manger.
« Je me fais peut-être des idées, mais il y a des noms qui reviennent », je finis par articuler. «Celui des Teuffer, par exemple... »
« Harry », commença Ron nous interrompant malgré la main d'Hermione. Son ton est urgent, sérieux et retenu – on dirait Arthur quelque part. « Tu espères quoi, là ? Parce que si je n'ai appris qu'un truc cette année, c'est que de me mesurer de près ou de loin au XIC tout seul était la pire inspiration que je pouvais avoir. Tu as un accès direct au numéro deux de la Division des Aurors, Harry ! Quelqu'un qui peut carrément plus qu'un Aspirant ! »
Hermione a une grimace qui ne cache pas qu'elle partage l'avis de Ron.
« Vous croyez », je souffle un peu piteusement. « Archi a été enlevé, Cyrus et Drago tabassés... et Dora a été bloquée politiquement... »
« C'était avant tout ce que tu viens de nous raconter », estime Ron. « Ce sont de nouvelles pistes, de nouvelles données, et ça peut rouvrir largement le dossier...C'est ta mère que tu dois aller voir »
« Sans compter que c'est à Poudlard que tu pourras préparer le plus facilement ces potions – c'est une mauvaise idée d'aller faire ça à la Fondation, à mon avis », rajoute Hermione.
« Tu sais quoi, Harry », continue Ron en se levant. « Toi et Hermione, vous allez à Poudlard... moi, je vais chercher Drago - si les noms que tu amènes ne lui disent rien, il pourra toujours t'aider avec tes potions - et je vous retrouve là-bas. »
« C'est un peu... », je commence.
« Tu es venu me voir, Harry, et c'est mon conseil », me coupe le Ron que j'ai souvent retenu de faire des bêtises quand on avait six ans. « Vous partez les premiers, comme ça, je vois si quelqu'un vous suit »
Je reconnais brutalement la voix. C'est celle de l'Auror. Pas celle de Ron. Hermione se lève avec une bonne grâce qui ne trompe pas. Je l'imite sans trouver quoi répliquer.
« C'est tout nouveau mais Ron est... très protecteur », s'excuse presque Hermione, quand nous sommes arrivés au coin de la rue.
« Il a raison », je réussis à articuler.
Hermione a un petit sourire fugace.
« Quoi ? » je demande.
« Il a raison, et des raisons que tu ne connais pas », elle avance, avec un mélange d'excitation et de gêne que je ne lui ai jamais encore vu. « Je suis enceinte. »
Ooo
On arrive à Poudlard juste avant le dîner des élèves en ayant fait peu de commentaires sur nos souvenirs, nos belles années dans cette école ou autre badinage. J'ai félicité Hermione, évidemment, mais on n'a pas épilogué non plus. On a transplané juste à côté de l'enceinte une fois que j'ai eu vérifié que ce n'était pas contraire à son... état ?
« Je suis enceinte, Harry, ce n'est pas une maladie ! », a commenté Hermione en souriant. Je me suis bizarrement dit que Ginny aurait été plus incisive, et j'ai encore plus bizarrement été incapable d'imaginer ce que Ada aurait dit.
Du portail, j'ai envoyé un patronus annoncé notre venue – ce qui fait que Papa et Severus sont dans le Grand Hall quand nous montons l'escalier. Papa a un sourire inquiet qui me rajeunit. Il a aussi cet air fatigué et tendu qui dit que la pleine lune est dans moins de deux jours – comme si j'avais besoin de m'en rappeler. L'un dans l'autre, je me dis que c'est injuste que je revienne lui apporter de nouveaux problèmes – ai-je été autre chose que des problèmes dans sa vie quelque part ? Des problèmes qu'il s'est montrés particulièrement efficaces à régler, admettons-le, qui lui ont sans doute donné suffisamment confiance en lui pour affronter ses propres combats, mais des problèmes quand même.
En voyant les regards faussement détachés qui font semblant de glisser sur notre petit groupe, je fais néanmoins dans la salutation légère : « Radio Poudlard va exploser en théories ! »
« Radio Poudlard avait tendance à tourner en boucle ces derniers temps sur les amours tumultueuses d'une Gryffondor et d'un Serpentard », commente Papa, un peu sur le même ton que moi. Comme une confirmation de notre proximité avant tout. Il me serre contre lui et c'est suffisant.
« Une union contre nature », grince Severus sur un ton qui m'apprend qu'il ne le pense pas et qu'il veut aussi être de notre complicité.
Je souris donc – ce qui semble rassurer Hermione sur l'état d'esprit général.
« Alors, tu commences par quoi ? », questionne alors Papa avec son air faussement flegmatique. Insensiblement, il est passé aux choses sérieuses. Comme je fronce les sourcils parce que je ne m'attends pas à m'expliquer en pleine zone public, il précise : « Je cite ton patronus : 'J'ai besoin des conseils d'une Auror, d'un laboratoire de potions et d'un dîner pour Hermione'... L'ordre est-il négociable ? »
« Ron et Drago pourraient nous rejoindre plus tard », je décide de prévenir loyalement. « Et il faudrait mieux qu'Hermione ait mangé avant... »
« C'est grave ? », souffle Papa toute prétention de flegme envolée.
« Difficile à dire », je reconnais dans un soupir - malgré la réaction de Ron, je reste partagé entre l'idée que je fais une crise de paranoïa et la crainte de ne pas prendre les choses assez au sérieux.
« Besoin d'une couverture à ta présence ici ? », intervient alors Severus. « Je veux dire en plus des conseils du clan et de mon laboratoire ? »
« Peut-être », je reconnais, étonné d'être surpris qu'ils soient tous si vite prêts à m'aider et si efficaces à le faire. Comment ai-je pu ne pas compter sur eux ? « Si on va au bout de la paranoïa », je précise.
« Alors vous dînez à la Grande Table », il décide. « Deux anciens élèves qui pourront partager leur fraîche expérience professionnelle avec les septièmes années après le dîner. J'imagine qu'à cette heure messieurs Weasley et Black seront arrivés. »
Papa approuve de la tête, et je ne peux que leur faire un nouveau sourire en retour.
Quand Hermione et moi regagnons l'appartement des parents, les jumeaux sont couchés, Ron et Drago sont arrivés. Tout le monde sauf nous a un verre de cherry devant lui. Le temps qu'on ait échangé des salutations avec ceux qu'on n'a pas encore vus, on a des verres – celui d'Hermione contient du jus de citrouille sans qu'elle ait rien dit et ça la fait rougir. A part une nervosité diffuse ambiante, on pourrait croire à une réunion de famille sans histoire, je me dis, quand Ron lui prend la main avec prévenance. Drago n'a pas été aussi froid depuis le début de la septième année – j'irais jusqu'à dire qu'il me regarde avec haine – mais il a l'air sincèrement heureux de voir Hermione. Je m'assois là où m'attend mon verre en réprimant de mon mieux l'impression que je vais passer un examen présidé par le pire des jurys imaginables : des gens qui s'inquiètent pour moi.
En évitant de les regarder et de noter leurs réactions, en gardant les yeux rivés sur mon verre et mes idées cantonnées aux faits, je leur raconte en détails les dernières jours – les potions, l'apport décisif de Fiametta et Ada, les statuettes, l'expert suisse, l'incendie, les révélations de Franka. Personne ne me coupe jusqu'au moment où j'indique que Ron ne m'a pas laissé le choix. Severus lève les yeux au ciel, Mae a l'air outrée et Papa a un haussement d'épaule blasé qui est presque le pire.
« Ce n'est pas que je ne comptais pas venir vous voir ou vous demander... », je commence.
« Harry, ne perdons pas de temps en excuses », me coupe Papa. « Comme tu l'as souligné, tu as à peine vingt-quatre heures pour refaire ces potions et pour préparer un plan d'action. Je suis content que Ron ait réalisé qu'il fallait être une équipe nombreuse et qualifiée pour obtenir ce résultat ! »
« Je crois que s'il avait accompagné – et donc précipité – un autre membre de ma famille dans une action sans espoir et sans queue ni tête... », commence Mae, sans trop s'inquiéter du rougissement de mon vieux copain – elle doit être habituée, avant de soupirer. « Au final, il y a enquête des Aurors suisses, ou pas ? »
« Au final, il me semble que non », je réponds prudemment. Corboz avait l'air assez mécontent quand il est parti.
« Est-ce que la Division britannique, sans évidemment faire allusion à l'incendie malheureux qui vient de toucher la Banque des Gobelins, ne pourrait pas réitérer ses demandes d'informations sur les agissements de la fameuse famille Teuffer ? », demande Severus à la cantonade.
Mae acquiesce avant de répondre : « Je ne suis pas sûre que ça suffise mais... »
« Il s'agit de leur mettre la puce à l'oreille... », précise l'adjoint de Papa avec son ton fielleux inimitable.
« J'avais compris », affirme très sèchement Mae. « Je me demande si nous ne pourrions pas trouver un moyen de demander des informations sur les Körbl... ce sont des experts en potions après tout – on pourrait leur demander leur avis sur nos maigres prises... un autre coup de pied dans la fourmilière. »
« Et tu crois que ça va provoquer quoi, toute cette agitation, cousine ? », s'indigne Drago. «Qu'ils ne vont pas faire le lien entre Harry et sa mère adoptive ? Vous oubliez bien vite de quoi ils sont capables ! »
« Les méchants n'ont-ils pas fui en Argentine ? » le coupe Ron, incisif.
« Ils ont brûlé la Banque de Genève depuis l'Argentine ? », lui rétorque Drago.
« Moi », j'essaie d'intervenir, « j'ai du mal à voir l'intérêt d'un laboratoire comme Körbl und Sohnen, réputé dans toute l'Europe à se compromettre avec des mafieux de seconde zone comme le XIC ! »
« Je ne connais un peu que Ingolf », commente étrangement Severus. « Traugott est de la génération avant nous... Ingolf n'aurait jamais eu son poste, voire son diplôme, sans le nom qu'il porte. »
«Traugott a publié des choses intéressantes quand il était jeune », approuve Drago. «Notamment sur les applications gazeuses des potions. Mais depuis que Ingolf a pris la direction officielle, il n'a jamais plus rien publié... »
« Vous essayez de nous dire quoi ? », questionne Papa en se penchant en avant.
« Que c'est Ingolf qui définit les intérêts de Körbl und Sohnen et que Traugott n'a pas beaucoup de marge de manoeuvres – les règles du clan sont très rigides... », résume Drago – Severus opine.
« Vous nous proposez de nous pencher sur les affaires Körbl ? », s'esclaffe Mae amèrement. «De tels intérêts économiques, vous croyez qu'ils vont coopérer ? »
« Les Lupin ont su faire face aux préjugés, à la magie noire, aux prophéties obscures, aux jeux politiques », énumère Severus dans un soupir las,comme si ces succès le fatiguaient. « Ils auraient peur finalement de l'argent ? »
ooo
La suite des aventures de Harry ayant pris enfin forme, je peux poster celui-là. Reste à faire de même pour les aventures de Cyrus -ce qui n'est même pas commencer... - et je pourrais vous proposer Du matérialisme magique et des méthodes occidentales...
