Bande son conseillée

Les rêves que tu fais parfois
Les jours que nous traversons
Ces mille plateaux aux incroyables promesses de vie

Que tout nous soit offert
Tout

La lutte, l'emprise le vent la brise
Non rien consentir
sentir seulement

Que tout nous soit offert
Tout

Nevchehirlian, Que tout nous soit offert

71 Harry. Des confidences décalées et des affaires de familles

Je transplane le premier dans le petit appentis. Il ne sert visiblement qu'à entreposer du matériel de jardinage à la moldue. Je bouscule un seau qui se renverse dans un grand fracas de métal sur du béton, je me relève en retenant mon souffle, mais personne n'arrive en courant pour voir ce qui se passe. Vivent les grandes maisons entourées de grands jardins, je suppose.

Quelques secondes après, Brunissande se matérialise, les yeux grands ouverts, les cheveux tirés en arrière comme dans un labo de potions, la baguette pointée devant elle comme je lui ai conseillé, tendue comme un arc. Relativement magnifique, il faut bien le dire.

« Tout va bien », je souffle, en lui faisant signe de me rejoindre près de la porte. Elle est vieille et disjointe – on peut observer le jardin. Sans doute serait-il plus raisonnable de parler de parc.

« Et on fait quoi maintenant ? », veut savoir Brunissande – il y a une sorte d'excitation dans sa voix au-delà de la peur.

« On observe s'il y a des mouvements, on vérifie qu'il n'y a pas de nouvelles protections magiques qui nous auraient échappé, on cherche à se rapprocher. »

Elle approuve le plan d'un bref signe de tête. Je crois qu'elle est rassurée que j'en ai un. Malheureusement, moi, connaître mon plan ne me rassure pas plus que cela. J'ai une pression persistante au niveau de l'estomac – entre la crainte d'aller trop loin et le risque de ne pas en faire assez.

Quelques minutes plus tard, n'ayant pas senti de barrières magiques supplémentaires ni observé un quelconque mouvement dehors, je propose une infiltration à la moldue, en courant sous le couvert des arbres, prêts à se jeter au sol au moindre signe de vie. Mademoiselle Desfée, la jolie et bonne élève, cousine de ma vieille copine Aliénor, accepte après avoir transfiguré ses chaussures pour en aplatir les talons. On arrive comme cela jusqu'aux massifs de fleurs à l'arrière du bâtiment. On reprend nos tests sans découvrir d'autres protections.

« C'en est presque étonnant », remarque Brunissande. « Il y en a plus chez mon grand-père en pays cathare ! »

« Ou c'est délibéré », je souffle. « Ils ne cherchent pas à attirer l'attention par trop de protections... On saura bien assez vite. Là bas, ça ressemble à un soupirail de cave. Aucune fenêtre ne donne dessus...On va entrer par là... On va s'approcher : voir comment c'est dedans et transplaner – c'est le plus rapide. »

On met rapidement ce plan à exécution, et nous voilà perchés sur un tas de vieux charbon qui crisse sous notre poids. Un chat laisse échapper un miaulement apeuré par notre apparition avant de s'enfuir. Au dessus de nous, nous parviennent les bruits d'une cuisine où s'affairent plusieurs personnes qui discutent en français de l'ordonnance d'un repas. «Monsieur Kuno a dit» revient plusieurs fois. Au moins, on semble au bon endroit. Rien dans leurs propos n'indique que le personnel de la cuisine nous ait entendu. Je vais faire signe à Brunissande de bouger quand je la vois poser un sortilège sur nos pieds. Quand nous commençons à descendre du tas de charbon, il n'y a pas un bruit.

« Charme de coussinage – un grand frère qui sortait beaucoup le soir, un escalier en chêne grinçant, une grande bibliothèque familiale », elle explique dans un souffle quand nous sommes passés dans la seconde pièce qui se révèle être un cellier.

« Heureusement que tu nous as fait des crêpes », je commente en regardant une file de jambons se balancer au-dessus de ma tête. Elle a un sourire en coin mais me fait signe d'avancer.

L'inspection de la cave n'ayant donné aucun résultat, nous prenons l'initiative de monter au rez-de-chaussée. Dire qu'on est tendus est une blague. Je crois qu'on sauterait au plafond si une araignée descendait sur notre épaule ! On est dans un recoin près de la porte – toujours les bruits de la cuisine qui nous parviennent par vague ; quelqu'un a l'air d'adorer chanter.

« Offenbach », diagnostique Brunissande. A mon regard vide, elle précise « De l'opérette française. »

Je vais dire que opérette ou pas, on doit pouvoir se risquer plus loin – j'en suis à parier que les cuisinières sont moldues et qu'un confundus suffirait à nous protéger de leurs éventuelles enquêtes, quand des pas sonores prennent possession de l'escalier. Je me ratatine dans mon recoin avec plus de célérité que quand j'entendais Miss Teigne à Poudlard. Brunissande m'imite – je me rends compte qu'elle retient très bien son souffle.

« Madame Francine », crie l'homme avec un fort accent suisse allemand.

« Monsieur Kuno a besoin de quelque chose ? », demande une femme en sortant de l'office. Ils sont devant la porte de la cave.

« Il dînera dans son bureau au deuxième étage... Mes hommes descendront dîner deux par deux dans l'office. »

« Tout sera prêt pour 19h30, Monsieur Franz », répond Madame Francine.

« Bien », répond l'homme abruptement, et j'ai le sentiment qu'ils vont repartir chacun de leur côté quand la femme revient sur ses pas.

« Monsieur Franz », elle commence assez timidement. « Et... l'invité de Monsieur Kuno ? »

« Oui ? »

« Où prendra-t-il son dîner ? »

Il y a un silence lourd, et Monsieur Franz répond : « Il ne prendra pas de dîner »

Madame Francine médite cette réponse quelques secondes avant de se rendre à l'autorité supérieure - « à 19h30 alors ? »

« Excellent », commente le fameux monsieur Franz avant de retourner dans les étages.

On retient notre souffle tant qu'on entend ses pas.

« Deuxième étage », on souffle en même temps.

« Faut monter », j'ajoute. Elle opine en regardant sa montre.

« On a une heure avant qu'ils descendent dîner. »

oo

Pariant sur le fait que tout le monde soit occupé, nous rejoignons le premier étage par le grand escalier. Je suis sûr qu'il doit y avoir des escaliers secondaires mais nous n'avons pas le temps de les chercher. Le sort de coussinage de Brunissande est une bénédiction.

Du palier central partent deux couloirs rythmés par de nombreuses portes.

« On continue », souffle Brunissande en montrant l'escalier.

« Vaudrait mieux savoir... - je sais qu'on est là pour Sorenzo, mais fouiller rapidement l'étage permettrait de repérer des escaliers secondaires, des endroits pour se cacher... Prenons chacun un couloir », je décide par réflexe – avec Cyrus, Ron, Tiziano, Hermione, c'est ce que je ferais. Puis j'ai un doute : « Si tu veux... »

« Baguette en avant », elle refuse avec un clin d'oeil et elle s'éloigne vers l'Est. Je fais de même vers l'Ouest.

Je viens d'ouvrir la porte d'une troisième chambre d'ami vide quand Brunissande m'appelle avec un geste assez impératif pour que je la rejoigne. Je ne vois pas de raison de ne pas aller voir ce qu'elle a trouvé. Je la rejoins en essayant de conjuguer rapidité et discrétion.

« Un laboratoire de potions ! », elle explique dès que je suis plus près.

J'opine – parler est une mauvaise idée - et nous entrons de concert dans la pièce. Nous refermons la porte derrière nous.

«Si quelqu'un arrive, tu te caches là», j'indique en montrant le dessous d'une paillasse excentrée. «Tu ne t'occupes pas de moi. »

« On verra », elle marmonne.

« Brunissande, ce n'est pas un jeu », je m'inquiète.

« Mais je n'ai pas ton entraînement », elle m'oppose. « Je ferai ce que je pourrais ! J'aurais sans doute trop peur pour me rappeler même tes conseils !»

Comprenant qu'elle ne peut s'appuyer sur des réflexes acquis, sachant pertinemment le prix élevé de cette acquisition, je ne peux qu'acquiescer avec une pointe d'angoisse. C'est à moi de nous tirer de là, d'être plus vigilant que nos opposants... Commençons par ne pas perdre de temps, je décide en regardant autour de moi. Sur la plus grande paillasse au centre de la pièce, il y a un chaudron sale, de l'alchémille, de la mauve...

« Ils n'ont pas réussi à la stabiliser », diagnostique Brunissande avec une petite satisfaction.

« Donc il n'ont ni mon rapport ni les échantillons donnés à Teuffer », je raisonne.

« Guerre de succession ? »

« Et nous au milieu », j'abonde en me tournant vers un bureau couvert de parchemins et de livres de potions. Il y a un traité de symbolique médiévale qui est peut être une bonne piste – je n'ose pas l'ouvrir.

« Regarde », souffle Brunissande de l'autre côté du bureau. Elle a dans la main trois médailles dorées, ornées de rubis. Les rubis sont taillés en forme d'étoile et placés pour former une constellation. Un coup de poing au ventre serait moins douloureux. Je les retourne et les larmes manquent de m'empêcher de lire en entier les noms.

« Tu as ton miroir ? », je souffle à Brunissande – qui est livide devant ma réaction.

« Oui. Tu le veux ? », elle propose : sans doute ça se lit sur ma tête, je me dis.

Elle l'active et me le tends – je murmure en anglais : « Nymphadora Tonks Lupin où qu'elle soit. C'est Harry. », dedans.

« Harry ? Quel ton solennel pour m'appeler ! Tout va bien ? », sourit ma mère adoptive dans le miroir quelques secondes plus tard.

« Mãe, écoute, je n'ai pas beaucoup de temps... », je commence.

« Tu es où ? », elle veut savoir.

« J'infiltre une maison du XIC à Genève : c'est bon, tu vas m'écouter ? », je réponds furieusement tout en essayant de ne pas hausser la voix. Comme je l'entends s'empêcher sans doute à grand-peine de me répondre, je continue en détachant les syllabes : « Est-ce que tu sais où est Cyrus ? »

« Qu'est-ce que c'est que cette charade, Harry ? Au Brésil, avec Aesthélia... tu ne te rappelles pas du fameux rituel qu'ils devaient aller observer à la pleine lune ?», elle répond sans savoir si elle doit exploser ou non.

« Je viens de trouver sa médaille dans le laboratoire de potions, ici, à Genève. »

« Pardon ? »

« Tu sais, sa médaille brésilienne, celle avec la Croix du Sud dessus, en rubis, je l'ai devant moi», j'ai beau faire, ma voix se craquelle. Brunissande a l'air sincèrement désolée de ce qu'elle apprend.

« Comment sais-tu que c'est la sienne ? »

« Il y a son nom gravé dessus », je lui rappelle en tournant le miroir vers ma découverte. « Et puis il y a aussi celle d'Aesthélia... et d'un certain Joachim Cayubi Ventura », j'ajoute en soignant ma prononciation par réflexe.

Son silence me dit qu'elle est convaincue de ce qu'elle voit.

«J'essaie de les joindre, mais sors de là, Harry, tu m'entends ? Je ne sais pas à quoi tu joues... »

« Je joue à sauver mon directeur de stage », je réponds avant de couper la conversation et de désactiver le miroir pour bonne mesure avant de le rendre à Brunissande.

« Elle va être folle d'inquiétude », elle murmure.

« Je sais. Ça va la rendre efficace, je la connais », je réponds sombrement. « Elle va peut-être mettre des semaines à me pardonner mais... »

« Ça, c'est si tout le monde s'en sort », ponctue sagement Brunissande

Je la regarde sans rien dire.

« Je ne t'en voudrais pas », elle annonce. « Maintenant, si nous continuions notre inspection ? »

ooo

On quitte le laboratoire toujours sur la pointe des pieds – à la montre de Brunissande. Après un temps d'hésitation, j'ai replacé les médailles où je les avais trouvées - pour toute leur importance symbolique, elles ne valent pas que Kuno et sa bande soupçonnent avoir des visiteurs. Il nous reste une vingtaine de minutes avant que les « hommes » ne descendent manger et qu'un repas soit apporté à Monsieur Kuno.

« On monte ? », elle souffle.

« Je crois qu'on a vu tout ce qu'il y avait à voir à cet étage », je confirme à regret.

Cette fois, on choisit un escalier de service à l'extrémité opposée du laboratoire – selon une application tout à fait arbitraire de la loi des probabilités. La porte palière étant ouverte, on reste un moment cinq marches en dessous. Il y a tellement peu de bruit que je finis par faire une recherche de sortilèges – ce qui m'amène à vérifier qu'il y a bien un silencio consistant sur une partie de l'étage. On se hisse quasi en rampant jusqu'au pallier. Je passe ma tête dans la chambranle. Le couloir est vide.

« J'y vais, tu me couvres »

« C'est-à-dire ? »

« Tu tires sur tout ce qui bouge. »

« Tirer ? », elle s'alarme.

« Je ne te parle pas de sortilège de mort, un Expelliarmus peut suffire. L'idée est de me donner le temps de réagir », j'explique patiemment.

« Ok », elle souffle l'air intimidé mais quand même décidé.

Je me glisse donc le long du couloir rasant le mur, prêt à me jeter au sol. J'espère que Brunissande ne perdra pas ses moyens, si j'ai besoin d'elle. Arrivé sans encombre au palier principal, je reconnais Monsieur Franz, l'air calme, presque blasé, planté dos à moi face à une porte. Par la porte ouverte, je distingue une baignoire et trois autres hommes. Deux plongent à intervalle régulier la tête du troisième dans l'eau... c'est brutal et sans doute moldu, comme méthode... mais j'imagine sans peine qu'ils veulent briser sa résistance et le faire parler. Si on les voit, on entend rien, même pas le bruit de l'eau et j'imagine qu'il y a un silencio sur la salle de bains. Peut-être pour ne pas inquiéter les cuisiniers moldus. Peut-être parce que Monsieur Franz n'aime pas entendre des cris, même s'il en est la cause.

De fait, ils lui posent des questions, j'en suis presque sûr aux mimiques des uns et des autres. Le cœur serré à l'idée du supplice subi par Sorenzo, je suis content que Brunissande soit restée en couverture. Est-ce qu'elle n'aurait pas perdu toute l'étonnante bravoure dont elle fait preuve depuis tout à l'heure ? Soudain, je sursaute et recule un peu parce qu'une porte s'ouvre avec fracas devant Kuno Teuffer. Il a l'air nerveux et inquiet - l'inverse de son bras droit.

« Alors !? », il apostrophe Monsieur Franz. « Il a parlé ? »

« Hugo ne m'a pas fait signe. »

Kuno sort sa baguette et lève le sortilège de silence, on entend le clapot de l'eau et la voix étranglée de Sorenzo.

« Je ne sais rien d'autre ! »

« Il a parlé ? », intervient Kuno.

« Il parle de larmes de sirènes, Monsieur, ça paraît un peu ridicule, non ? »

Kuno prend le temps de réfléchir – pas qu'on m'ait parlé de lui comme quelqu'un de particulièrement bien équipé pour ce genre de choses !

« Ça stabiliserait la potion ? », il prend la peine de demander, confirmant notre théorie sur ce qui cloche dans le laboratoire.

« C'est ce qu'a dit mon stagiaire », répond Sorenzo avec difficulté. Il s'est tourné vers l'héritier Teuffer avec une certaine fatigue, une accusation muette. J'ai peur qu'il ne me voie et je recule encore.

« Vous en avez à la Banque ? », questionne Kuno sans le regarder. Je crois qu'il n'assume pas totalement ses ordres.

«Il.. mon stagiaire a préparé... les potions... ailleurs... à Venise, je crois », halète Sorenzo, et qu'il soit capable de mentir sur un tout petit fait, dans sa situation, m'impressionne. Qu'espère-t-il? Pourrai-je jamais le savoir ? Vont-ils le tuer ? Vais-je assister à ça ? Est-ce que j'interviendrais ? Les questions fusent dans ma tête sans trouver de réponse.

« Venise, c'est un coin où ils doivent avoir des sirènes », ironise Monsieur Franz.

« Je vais me renseigner », décide Kuno, essayant ostensiblement d'avoir l'air de savoir ce qu'il fait, qu'il est le chef. Il retourne dans la pièce dont il est sorti. « Remettez le dans... ses quartiers... Pas la peine de le sécher... puisqu'il aime les sirènes ! », il ajoute brusquement avant de refermer la porte.

« Exécution », confirme Monsieur Franz aux deux autres qui ont l'air incertains. « Réveillez ensuite Markus pour qu'il le garde et allez prendre votre repas à l'office. Dites à Madame Francine que nous attendons le nôtre.»

oo

Planqués au troisième étage, au dessus de la charmante bande de Kuno, nous attendons que la nuit et le sommeil tombent sur la maisonnée pour tenter une offensive. On échafaude des plans pour libérer Sorenzo, en savoir plus sur les intentions de Kuno – on en arrive toujours au problème des gardes qui se relaient, et au fait qu'on n'a pas appris grand-chose sur les motivations profondes du XIC.

« On sait qu'il n'est pas de mèche avec Körbl – sinon il saurait pour les larmes de sirène », souligne Brunissande qui est toujours finalement obnubilée par l'incendie de la banque.

« Ils seraient tous après ces potions et ces statuettes, chacun de leur côté », je suppose.

« Körbl aurait une tête d'avance sur les autres, avec la formule de la potion, et il s'est arrangé pour piquer les statuettes – Sorenzo avait raison », elle conclut avec une certaine satisfaction.

« Du coup, les Teuffer sont sur la brèche – le grand-père en piquant les potions à Sorenzo, le petit-fils en l'enlevant... »

« Chacun pour soit », renchérit Brunissande.

«Mais qu'est-ce qu'ils espèrent accomplir sans statuettes ? », je marmonne. « Ça me paraît compliquer à écouler à large échelle sur le marché moldu comme sur le marché magique ! Mais surtout, Qu'est-ce que fichent les médailles de Cyrus et de sa marraine, ici ? »

Comme Brunissande n'ose même pas me répondre, je continue d'explorer mes inquiétudes.

« On a dit que le XIC s'était réfugié en Amérique latine... mais Kuno est ici... Il est revenu avec la médaille de Cyrus ? Quel lien entre tout ça ? »

« Qu'est-ce que c'est que ces médailles ? », demande Brunissande quand elle est sûre que j'en ai fini.

Je prends une profonde inspiration avant de re-raconter pour la énième fois, le conte familial dans sa version la plus sobre.

« Remus est mon père adoptif », je rappelle en guise d'introduction. « A peu près au moment où je suis né, lui et mon parrain ont beaucoup voyagé au Brésil...», je précise afin de garder une part de vérité dans le mensonge. «Il a rencontré une ethnomage, Laelia Coelhio - Cyrus est leur fils. Laelia est morte quand Cyrus avait neuf ans, et Remus nous a dès lors élevés ensemble... Bref, Laelia venait d'une famille assez ancienne brésilienne, le genre de famille où on porte des médailles avec la croix du Sud... »

« Le symbole du Brésil », remarque Brunissande, sans doute pour me montrer qu'elle suit. J'opine. « Mais ces médailles n'ont pas de pouvoirs particuliers ? »

« La chaîne s'adapte en longueur à l'endroit où tu la portes», je me souviens. «Elle est quasiment incassable – une fois Cyrus a perdu la sienne sur le toit de Poudlard parce qu'il a glissé et qu'elle s'est accrochée dans une tuile... Elle est tombée dans une gouttière et elle a été rapporté à mon père - Cyrus a passé un sale quart d'heure», je me souviens avec un mélange de chagrin et d'affection pour mon petit frère tête brûlée. L'idée qu'il puisse être en danger est paralysante. Celle que le danger l'ait déjà trouvé au-delà de ma capacité d'imagination. Je m'oblige à me souvenir de la question de Brunissande comme on s'enfuirait : « Mais à part ça... Au Brésil, j'ai vu que c'était un sésame : tu es dépenaillé, perdu, sans le sou, tu montres ta médaille et on te fait crédit... mais Cyrus ne m'a jamais rien raconté d'autres... »

« Ok, mais ça m'étonnerait que ça soit la raison pour laquelle la médaille est là », raisonne Brunissande, sans doute davantage capable que moi de distanciation. « C'est une médaille très symbolique – pureté magique, étoile repère de l'hémisphère Sud... Vue la masse de symboles qui s'accumulent dans cette histoire, j'ai du mal à croire que ça soit innocent... »

« T'as raison », je soupire, désolé de ne pas avoir d'autres idées.

« Tu crois qu'on peut amener Kuno à parler ? »

« Avec sa garde rapprochée mi-magique mi-moldue, baguettes et révolvers ? », j'ironise douloureusement. « On ne voit même pas comment récupérer Sorenzo ! »

« Si on faisait comme eux ? On place le garde sous impérium, il le libère, on se casse », propose Brunissande, assez excitée soudain.

« On ne lance pas comme ça des impardonnables », je marmonne en évitant son regard.

« Tu l'as déjà fait », souffle Brunissande - ce n'est pas une question.

« Pas un impérium », je réponds – pas que les deux autres alternatives soient réellement plus recommandables.

« On a sans doute pas le choix parfois », elle commente assez froidement.

« Écoute, te fais pas de films romantiques. Je préférerais ne pas savoir faire certaines choses – ça voudrait dire que ma vie aurait été plus... normale ! »

« A tout prendre, je trouve heureux de savoir se défendre contre une bande de malades qui croit justement que personne ne sait », elle me répond sans seulement ciller des yeux.

« Des fois, on peut se demander si ce n'est pas plutôt une malédiction », je marmonne avant tout pour moi même – parce que cette discussion dans un placard est des plus surréalistes.

« Tu parles comme un loup-garou qui veut qu'on lui dise qu'il n'est pas un monstre », remarque Brunissande d'une voix égale.

« Te lance pas au hasard sur un sujet pareil », je souffle.

« Quoi ? Que tu te prends pour un monstre ? Ou les loups-garous ? »

Je ne réponds pas et elle se penche vers moi

« Ma mère est médicomage, Harry. Elle soigne des garous. Pas des centaines mais quelques uns qu'elle connaît depuis des années. Ils lui en envoient d'autres. »

« Une aubaine », je souffle, amer malgré moi.

« Elle serait heureuse de l'entendre, tiens ! »

Je préfère me taire et ça la rend pensive.

« Je connais personnellement plusieurs garous, Harry, j'en fais pas une maladie – tu n'es pas obligé de te mettre à me faire un cours contre les discriminations », elle propose.

Je hausse les épaules.

« Sujet tabou ? », elle insiste plus doucement, avec ce geste de côté de la tête qu'elle a quand elle s'intéresse aux gens.

«Ada... a peur de mon père, de son jugement, de son regard sur nous... c'en est insupportable », je finis par lui confier. « Elle en a peur parce qu'il est une sorte de modèle inaccessible pour elle... et un père – un truc qu'elle n'a pas eu bien longtemps... »

Bizarrement ma confidence la fait rougir. J'en suis à me demander comment continuer la conversation sans que ça ne dégénère en dispute ou en malaise pour elle quand un gong retentit dans la maison – d'autant plus immanquable qu'elle est silencieuse. Juste derrière, il y a une série de bruits – comme des flashs - et une voix forte et grave, relativement impérieuse, appelle :

« Kuno ? Kuno, tu es ici ? »

« Cheminée », souffle Brunissande.

J'opine et nous sortons de notre réduit pour nous approcher de la rambarde sans oser nous pencher. On entend le garde armer son pistolet et crier avec pas mal de crainte dans la voix :
« Qui va là ? »

« Vous êtes au service de Kuno ? », demande la voix. « Allez lui dire que son père et son grand-père voudraient lui parler. »

ooooooooo
Notes

Kuno Teuffer - sorcier suisse, petit-fils de Meinrad Teuffer, ancien condisciple de Drago en potions, cousin de Jérémie Lavendin, membre avéré du XIC.

Monsieur Franck, Hugo, Markus, et un autre sans nom, forment sa garde rapprochée mi-moldue, mi sorcière.

Je tiens donc à souligner qu'à la fin arrivent Meinrad Teuffer, qui a fait chanter Sorenzo le matin même, et son fils Lüdger - qu'on n'a jamais encore rencontré. Interro dans deux semaines.

Le suivant retourne dans cette maison bordée de terrasses en bois, quelque part en Amérique latine... Cyrus seul face au XIC - Des trahisons consenties et des gains temporels, ça s'appelle.