Bande son conseillée
allez allez allons
à chaque coup de crosse
prends l'écorce du colosse
et du canasson
Camille, Allez, allez
72- Cyrus Des trahisons consenties et des gains temporels
J'ai dressé sans émettre une seule protestation ou un commentaire la liste des ingrédients et du matériel dont j'aurais besoin pour recréer la potion d'initiation du rituel de pleine lune. Garinov l'a emportée après qu'Hermosa l'ait validée. Je n'ai pas menti ou triché par omission. De toute façon, ils ont le journal de Bettany. Ça n'aurait été qu'une question de temps et de moyens pour qu'ils y arrivent.
Pour les quantités, j'ai basé ma liste sur la chanson répétée pendant l'initiation, pointant sur l'importance de Malghanica, la Croix du Sud. On pouvait prendre ça comme la vérification d'une hypothèse que j'aurais dû faire pour ma thèse. On aurait pu dire aussi que c'était une trahison des secrets vus lors du rituel, de la confiance donnée, la confirmation de toutes les craintes de Tiago ou Abilio. J'avais bien ça en tête, ne vous y trompez pas. Mes instincts gryffondors auraient voulu que je préfère la mort au déshonneur. Sauf que la trahison préexistait à cette liste – elle s'appelait Bettany et non Cyrus. Ma mort, celle d'Aesthélia, de Cristovao ou de Joachim ne suffiraient pas à effacer ce que l'Américaine avait consciencieusement écrit dans son fichu journal. Dommage qu'Aesthelia ne l'ait pas détruit, finalement !
On pouvait tourner les évènements dans tous les sens, il ne restait que la ruse : gagner, par une coopération active, la marge de manœuvre qui n'existait pas. Un pari raisonnable et désabusé comme Remus et Severus avaient su les faire pour sauver Harry ou déjouer les plans de leurs opposants politiques. Restait à prouver que j'avais appris quelques trucs en leur compagnie. Si l'enjeu n'avait pas été aussi effrayant, peut-être que j'en aurais souri.
En attendant que les ingrédients arrivent, ils m'ont donné une chambre, des vêtements propres, la possibilité de me laver, et j'ai remercié. Il y avait un bureau, du parchemin et une plume, mais je ne les ai pas utilisés. L'écrit avait perdu beaucoup de son attrait pour moi. J'ai préféré m'étendre sur le lit et réfléchir à leurs forces et leurs faiblesses. A nos chances.
Combien de temps faudrait-il à Ginny pour s'inquiéter ? Il me semblait qu'elle devrait s'interroger sur le fait que je ne lui envoie même pas un message un jour après la pleine lune, que je ne précise pas la date de notre retour. Mais que ferait-elle de cette inquiétude ? A qui en parlerait-elle ? Les menaces de Vassili Garinov montraient qu'elle était surveillée... Je n'en étais pas à souhaiter qu'elle ne fasse rien mais je ne pouvais pas espérer qu'elle en fasse trop.
Compter sur Amilcar était tout aussi peu engageant – plus j'y pensais et plus j'étais sûr qu'il était mort – un vieux cracmol qui n'avait sans doute pas envisagé une seconde de coopérer avec eux et eux de l'utiliser comme levier. C'était une conclusion logique. Révoltante, mais logique.
Que restait-il ? Il restait un lien transatlantique, un lieu substantiel mais... était-ce raisonnable ? Malgré tout, je me disais que Harry était ma meilleure chance. Il était le seul à savoir assez de choses pour voir le lien entre sa potion et la mienne... Mais peut-être que je me leurrais: que savait exactement Harry de mes travaux ? Pouvait-il faire rapidement le lien ? Pouvait-il seulement envisager que le XIC s'intéressait également aux siens ? Pouvait-il les démasquer à temps et imaginer dans quel cauchemar dans lequel j'étais tombé ? Ça paraissait beaucoup d'espoirs !
J'ai ensuite passé un bon moment à essayer d'imaginer comment envoyer un message vers l'extérieur sans magie, puisque sans baguette. Confier un message écrit à un colibri ? Même ça semblait impossible. Corrompre quelqu'un du personnel ? Avec quel or ? Sans compter que je ne savais même pas où j'étais !
Je n'étais pas loin du désespoir – poisseux et froid comme un matin à Azkaban, alors je me suis secoué. Je n'avais pas le droit de me laisser aller. Je devais continuer à me battre. Et que me restait-il ? L'intérêt que Jérémie Lavandin, ce mystère à pattes, semblait me porter. Au-delà de la représentation qu'il se faisait de mes capacités, je l'avais déjà senti dans les caves de l'aéroport d'Heathrow, Jérémie avait une opinion très poussée de qui j'étais. Il semblait postuler que j'avais une revanche assez proche de la sienne à prendre sur la vie et ma famille. Que nos ambitions pouvaient se rejoindre. Et Hermosa Foralquila avait confirmé le matin même qu'ils pensaient que je pouvais être sincèrement intéressé par leur philosophie de la vie. Sans parler de l'intérêt très personnel qu'Hermosa semblait, par ailleurs, avoir pour moi. Les facteurs humains, j'ai réalisé, étaient ma meilleur chance. Il fallait qu'ils gardent des raisons de s'assurer ma coopération positive. Le temps que je trouve de nouvelles idées.
oo
Quelques heures plus tard - je n'ai pas de montre, mais le soleil a baissé dans le ciel et on m'a apporté un repas -, un Malabar aussi massif qu'interchangeable avec le précédent m'amène au laboratoire de potions. On traverse un jardin absolument fabuleux pour y arriver. Autour, on devine un parc boisé sans doute vaste, et je crois voir une mouette dans le ciel – ça me fait penser qu'il faudra que je trouve le moyen d'observer le ciel ce soir. Tout indice supplémentaire d'où je peux me trouver serait un gain.
« Dis moi, Cyrus, qu'est-ce qui te motives le plus ? », questionne Hermosa, quand la porte se referme sur le Gros-Bras taciturne. « Ta chère marraine dans la pièce d'à côté ou la possibilité que tu ne retrouves pas ta petite rouquine ? », elle termine avec un regard profond et un sourire indéfinissable aussi menaçant qu'invitant.
« Travailler à tes côtés », je préfère répondre avec mon meilleur sourire mondain.
C'est mon armure : me montrer aussi léger, amoral, corruptible et sang pur qu'elle. Il faut flirter avec Hermosa ? Sa robe un peu trop ouverte sur la partie la plus intéressante de son anatomie pour un laboratoire de potion semble l'indiquer. Pas de souci.
Je ne pense pas qu'Hermosa soit réellement dupe mais ça lui plaît que j'entre dans son jeu – elle ne peut s'empêcher de lancer un regard de supériorité à Bettany, qui, malgré sa haute stature, semble terrassée. Et l'intuition me vient – il faut précipiter les choses, marquer des points, passer à l'attaque.
« Je ne sais pas exactement ce que Mademoiselle Faithborne a jugé bon d'écrire dans son précieux journal », je lance – Bettany se raidit en s'entendant prise à partie, « mais avant de nous lancer dans la confection de cette potion, je voudrais rappeler l'importance des cycles astronomiques dans sa préparation : je ne suis pas certain que les ingrédients fonctionneront de la même façon en dehors des cycles du rituel, tout était très précis... »
« Chercherais-tu des excuses pour faire traîner les choses en longueur? », demande Hermosa sur un ton qui indique qu'elle croit rêver.
« Notre amie Bettany m'a fait remarquer pendant le rituel que c'était la précision même des dosages qui faisaient que cette potion ne tuait pas les initiés », je continue mon travail de sape.
« Nous avons une pièce pleine de charmants cobayes », me rappelle fraîchement Hermosa.
« Et une experte en poison dans cette pièce même », je contre en pointant Bettany d'un coup de menton.
« C'est vrai », concède Hermosa à contrecœur mais avec classe : genre, je perds avec bonne grâce ma partie de croquet sur le gazon. « Que penses-tu de l'objection de Cyrus, Bettany ? Les étoiles jouent un rôle important dans tout ça ou c'est du folklore... ? », elle questionne la minute d'après.
« C'était leur hypothèse », reconnaît Bettany en faisant des efforts manifestes pour ne pas me regarder. « Le professeur Marin et... Cyrus pensaient que la conjonction pleine lune et Croix du Sud était importante... Je les ai aidés à faire plein de calculs astronomiques sur l'instant du rituel – c'est dans mon journal... et Cyrus a cité plusieurs fois devant moi les travaux de Cosmo Taluti – ses travaux sur le cycle lunaire et le renforcement des magies symboliques... Il faisait comme s'il voulait les lire – je n'ai pas réussi à savoir s'il les avait lus...»
« En d'autres termes, tu vois dans son objection une poursuite de ses hypothèses de travail », résume Hermosa pensivement. Bettany se contente d'acquiescer. « Un gage de bonne foi ? », elle me demande en se retournant vers moi.
« Hermosa, tu sais très bien que j'accepte de vous aider en échange de la vie de mes amis », je réponds très calmement. « Si je pouvais refuser et être le seul à en porter les conséquences, vous n'auriez aucune chance avec moi – et Jérémie le sait aussi. Arrêtons de jouer au chat et à la souris : je suis la souris, vous m'avez attrapé. Je ne gagne rien à vous faire de fausses promesses. Autant clarifier vos attentes... »
« Nos attentes ? », fait mine de s'amuser Hermosa mais je sens que je l'ai surprise – et la surprise est bien la moitié de l'attaque.
« Il va sans doute me falloir plusieurs essais pour retrouver les proportions exactes de la potion – on se fiche des conjonctions astrales pour retrouver ces aspects-là – mais ça ne va pas me prendre un mois », je précise sans la quitter des yeux. « Et après, vous allez faire quoi de cette recette ? Même si on contourne le problème astral, vous n'allez pas trouver un paquet d'acheteurs pour ce truc de toute façon. Mon intuition est que vos ambitions vont plus loin que cette potion – vous vous intéressez aux effets de catalyse... Vous avez d'autres potions qui fonctionnent selon les mêmes principes... Donc à un moment ou un autre, c'est là-dessus que vous allez m'interroger. Je propose de gagner du temps. »
Hermosa est un peu dépassée par ma bonne volonté affichée et mes propositions théoriques, je le vois bien. Elle fait mine de réfléchir avec son détachement hautain appris dans la petite enfance - je sais de quoi je parle - mais elle ne peut trop cacher son excitation.
« Bettany, commencez à préparer les ingrédients avec Cyrus – je vais envoyer quelqu'un vous surveiller », elle rajoute par acquit de conscience avant de lâcher une confidence qu'elle aurait mieux fait de taire : « Je dois parler avec Jérémie ! »
J'ai l'impression que l'Américaine va protester à l'idée de rester seule avec moi mais elle ne dit rien, finalement. Hermosa quitte la pièce et, moi, en me refusant le luxe d'un soupir, j'entreprends de classer les ingrédients dans l'ordre indiqué par la chanson : d'abord les racines de mauve puis les feuilles d'ajosacha. Je n'adresse pas la parole à Bettany ni ne lui demande son aide.
« Je suis désolée », elle souffle finalement en venant se placer à ma droite alors que je mets les graines de Kunami dans un bol.
Je hausse les épaules pour toute réponse, retournant aux ingrédients pour sortir délicatement les rameaux d'ayahuasca de leur panier.
« Je ne croyais pas... si j'avais su », elle reprend en ayant l'air de chercher ses mots.
« Garde tes excuses pour Aesthélia ou Joachim qui tous les deux avaient des rêves pour toi », je réponds très très bas – aucune idée de si nous sommes espionnés. « Moi, j'ai jamais attendu grand chose de toi... »
Ses mains tremblent mais elle se force à imiter mon exemple pour sortir des fleurs fraîches de Vittoria-Regia. Je revois la petite Josimara qui les a préparés et je ne peux m'empêcher d'être méchant :
« Il nous faudrait une vierge pour les préparer correctement... Nous sommes sûrs que ce n'est pas la qualité première d'Hermosa », je souligne. « Mais toi, j'imagine que tu as eu à cœur de ne pas faire croire trop de choses à Joachim... Nous sommes sauvés ! »
Ses mains tremblent un peu plus. Je n'en tire aucune satisfaction – elle a des remords ? La belle affaire ! Elle arrive tout en bas de la liste des gens pour lesquels je compte avoir de compassion. Va falloir qu'elle s'y fasse.
« Tu as l'air de les connaître », elle reprend un peu plus tard. « Tu sais... comment ils sont... »
« Ils tiennent quelqu'un de ta famille ? », je questionne – frappé que ç'ait aussi été la question de Drago il y a quelques mois. Ai-je tant envie que cela de lui trouver des excuses, malgré tout ?
Elle secoue la tête.
« Non, je n'ai pas cette excuse », elle répond très raide. « Juste, je ne pensais pas que tu connaissais des gens comme eux... »
« Mais penses-tu, Bettany ? », je contre avec lassitude.
Pour la première fois, nos regards se croisent. Elle essaie de ne pas pleurer, je me sens froid comme le marbre face à son chagrin. On retourne sans un autre mot à nos ingrédients.
« Ça avance là-dedans !? », lance Vassili entrant dans le laboratoire sans l'ombre d'une déférence quelques minutes plus tard. « Mon marché vous va ? »
« Tout y est », je réponds sobrement. Je viens de déposer un panier de fruits de huito à côté d'herbes des marais, de fruits de fromager et de bouquets de feuilles de chacruna.
Je n'ai pas de plan pour Vassili. Je me dis que je peux éblouir Hermosa, lui faire croire que ce qu'elle veut est à portée de mains. Je compte sur son avidité, ses caprices de petite fille riche et sa fascination pour les sangs purs. Je peux donner à Jérémie le sentiment qu'il m'a acheté, qu'il sait tout de moi, qu'il sait me manipuler. Mais Vassili, la seule chose que je sais de lui c'est que notre méfiance me semble réciproque.
« Vous allez faire quoi ? », il fait mine de s'intéresser.
« Préparer les ingrédients », répond Bettany l'air sidérée de la question – sans doute n'imagine -t-elle pas qu'on puisse faire partie du XIC et être une bille en potions. Aucune imagination, cette petite, décidément.
« Ah oui », fait Vassili comme s'il avait attendu la réponse. Il s'assoit sur une table l'air de se demander pourquoi il a accepté ce rôle. Il aurait de fait pu envoyer un Malabar sans cerveau dont il a un stock.
« Il me faudrait un pilon », j'annonce de la voix la plus neutre possible, un faisceau de racines de mauve dans la main. « Pour les écraser. »
« B'en voyons », se marre Vassili.
« Bettany, ça va te faire du boulot », je conclus sans m'émouvoir et je vais m'asseoir sur une chaise près de la fenêtre ; on a vue sur le magnifique jardin, ça aide à tenir le rôle.
Personne ne dit rien, mais j'imagine Bettany regarder Vassili.
« Je ne peux pas lui donner une arme ! », argumente ce dernier.
« Je ne vais pas faire toute la préparation toute seule ! », proteste Bettany sur un ton boudeur.
« Pourquoi donc ? Tu as si bien commencé ! », il rétorque.
Je me permets de sourire à sa sortie de potache mais je ne tourne pas la tête vers eux.
« Il y en a pour des jours », elle insiste. « Ils étaient dix à le faire au rituel ! »
« Bien, je vais ramener notre ami dans sa cage et nous allons voir Jérémie », décide Vassili.
Voilà au moins une après-midi bien utilisée, je me dis en m'allongeant sur mon lit avec satisfaction – j'ai des graines de Kunami dans la poche – un poison – et eux, toujours pas de potions.
Ooo
Ils ont mis un temps fou à envoyer un Musculeux me chercher - le soir se mettait à tomber quand il est arrivé. Suffisamment de temps pour que je remette en cause plusieurs fois mes paroles et mes choix, que je me déclare tour à tour plus malin qu'eux, vaincu, perdu, gagnant sur le long terme sans savoir à quel moment je pouvais avoir eu raison. J'avais eu le temps, une nouvelle fois, de demander mentalement pardon à Aesthélia, à Cristovao, à Ginny, à Remus et Mae qui seraient dévastés, aux jumeaux ou à Harry. Je m'étais mis dans une énorme connerie comme seul j'étais capable de les attirer et de ne pas les voir venir. Et ils n'étaient même pas là pour me rattraper par mon fond de culotte et me faire la leçon. Je leur avais aussi promis que je ne renoncerais pas, malgré tout.
J'avais pourtant plusieurs fois envisagé d'avaler ma provision de Kunami séance tenante et d'abandonner mon plan compliqué comme une partie de billard ou d'échecs contre Papa, comme une interro surprise de Severus ou une maxime d'Albus... J'avais eu le temps de me dire que j'avais trahi l'ambition que Sirius avait eu pour moi...en me regardant droit dans les yeux dans la glace de la salle de bains pour bonne mesure. J'avais fini par reprendre une douche afin de ravaler mes larmes de gamin qui a été inclu dans un jeu de grands et qui ne savait pas qu'on ne pouvait pas dire pouce.
J'ai donc sauté sur mes pieds à l'invite du Embauché-pour-ses-muscles parce que rester encore une minute seul dans cette chambre aurait suffi à me faire totalement péter les plombs. Il m'a fait traverser la maison, toute en longueur. J'ai découvert que le fabuleux jardin continuait de l'autre côté, qu'il y avait des paons et une piscine... On a croisé des serviteurs qui ont fait une révérence incertaine à mon approche, hésitant visiblement à établir mon statut – il m'a semblé qu'ils chuchotaient entre eux en espagnol et non en portugais. Mais c'était fugace.
Le malabar aussi peu bavard que les autres a frappé à une double porte qui s'est ouverte sur une sorte de bibliothèque au milieu de laquelle trônait un imposant bureau de teck sculpté. La table était couverte de parchemins, de traités de magie, d'objets moldus aussi comme une calculatrice, un ordinateur portable et un étrange objet qui pouvait être un téléphone. Sauf que tous les téléphones que je connaissais avaient des fils – sauf les portables. Mais celui-là était énorme pour un portable... Où l'esprit ne va-t-il pas se réfugier quand il est stressé !?
Faut dire que derrière ce bureau siégeait Jérémie. Hermosa était assise sur le large accoudoir droit de son fauteuil, Vassili était debout derrière eux. Aucun ne m'a dit un mot ou souri. Je me suis dit que j'étais au cœur du XIC, que j'en avais trop vu maintenant, qu'ils ne me laisseraient jamais sortir vivant. Jérémie a fait signe au Malabar de nous laisser et a soupiré quand les portes se sont refermées, sans dire un mot.
« Faut-il que je me prosterne ? », j'ai lâché.
Hermosa a essayé de ne pas sourire – Vassili a détourné les yeux avec colère, et Jérémie est sorti de son silence par une entrée en matière aussi directe que la mienne – peut-être qu'il avait raison et que, sur certains côtés, on se ressemblait.
« Tu nous proposes réellement une théorie sur les conjonctions astrales symboliques et les potions ? Tu penses qu'elles déterminent les catalyses ? », il a ainsi questionné.
« C'est une hypothèse relativement... hérétique, je sais. Néanmoins c'est le fonctionnement apparent de la potion du rituel d'initiation... et d'autres potions sur lesquelles j'ai lu », j'ai répondu plus ou moins prudemment.
« Tu penses que c'est crucial ? »
J'ai pris le temps de réfléchir. Aesthélia, dans sa mise en garde par trop visionnaire, avait donné un début d'hypothèse.
« Je pense que c'est méconnu, utilisé de manière déstructurée et opportuniste... Cosmo Taluti avait commencé une étude systématique de la question... »
« C'est ce que tout le monde dit, mais ses travaux sont perdus », a répondu Jérémie.
Un nouveau pari s'ouvrait devant moi... avec ses risques et ses gains éventuels... j'étais allé trop loin pour reculer :
« Nikomaka Girasis à Londres dispose d'une correspondance... qui serait un bon point de départ... »
« Girasis ! », a laissé échapper Hermosa avec un pointe épaisse de dépit. Elle n'avait pas dû avoir de très bonnes notes avec elle.
« Comment sais-tu ça ? »
« Elle m'a proposé de travailler dessus avec elle – mais je venais ici », j'ai révélé, tranquillement.
« Et tu nous vends quoi ? Que si tu te pointes, elle va te laisser l'accès à ses archives ? », ironise Vassili.
« Ça se tente », je réponds sobrement.
« Bien sûr, on va t'envoyer à Londres, et tu vas revenir ! », il a éternué.
Pendant que leur complice montrait l'étendue de sa méfiance envers moi, Hermosa et Jérémie se regardaient. Ce dernier a tranché :
« Pourquoi pas. Je t'ai acculé, tu revois ta position, je dois prendre cette nouvelle donnée en compte »,il a lentement avancé. « Je reçois ta proposition. J'avoue que j'aimerais qu'elle soit sincère. Ai-je besoin de dire que si elle se révélait... oiseuse... je n'aurais aucune pitié ? »
« Jérémie ! », proteste Vassili.
« Personne ne me cherche à Londres, mon ami. Ils n'ont rien contre moi. Et une partie de notre expertise est en Europe... Je saurais la valeur de sa proposition – et je vérifierai que Kuno avance comme prévu », explique Jérémie en se levant.
La dernière remarque fait sourire Hermosa peu charitablement alors qu'elle joue avec l'étrange téléphone qui est sur son bureau.
« Tu veux que je commande l'hélico ? », elle demande, confirmant que c'est bien un moyen de communication.
«Oui, dans une heure. Vous, vous surveillez tous nos amis – fabriquer la potion occupera Cyrus», ordonne Jérémie.
« Pour cela, il faudrait que je puisse utiliser un couteau ou un pilon », je remarque, le plus calmement possible.
« Je m'y suis opposé », explique Vassili, presque nerveux.
Jérémie hoche la tête en me regardant.
« On va devoir prendre des précautions. »
« Vous avez déjà une pièce pleine de précautions », je proteste.
« Je ne suis pas sûr que cela suffise à brider ton envie d'assommer ton gardien », estime calmement Jérémie.
« Tu penses à quoi ? », s'intéresse Hermosa – on dirait un chat qui ronronne.
« Un serment sorcier de ne pas utiliser un quelconque objet du laboratoire pour blesser quiconque », propose le chef a priori peu contesté du XIC.
Vassili a un sourire carnassier. Je décide que le fait qu'il se croie vainqueur est une réussite de plus.
ooo
Notes
Vous n'aviez pas oublier Jérémie Lavendin - fils de Kreszens Teuffer et d'un né moldu, Hermosa Fioralquila McNair et Vassili Garinov, j'espère ? Le XIC est de retour pour la fin de cette histoire comme beaucoup l'ont vu venir !
Nous avons toujours les mêmes ingrédients et la même chanson pour guider les travaux de Cyrus - "Malva, Ajosacha, Kunami, Ayahuasca, Lupuna, Huito, Ayahuasca, Nuc-nuc pichana, Irupé, Chacruna, Ayahuasca"
Le prochain retrouve Harry et Brunissande face aux Teuffer, XIC ou non. Ca s'appelle Des frustrations révélées et des catalyseurs inconscients.
Portez vous bien et écrivez moi.
