Bande-son conseillée
Bienvenue en mon cirque,
mon cabaret du ridicule
ce soir, vous faites l'homme fort
et moi, je joue les funambules
Lhasa et Arthur H - L'homme qui rit
73 Harry. Des frustrations révélées et des catalyseurs inconscients
Kuno Teuffer, participant sans doute actif du XIC et ravisseur en chef de Sorenzo Lorendan, a l'air carrément inquiet quand, sortant de sa chambre et se penchant par dessus la rambarde du palier central, il comprend qui l'attend dans son salon.
« On peut les virer », propose très bas Monsieur Franck.
« Sois sérieux – ils ne seront pas venus sans protection », renonce immédiatement Kuno sur le même ton. « Laissez-moi le temps d'être présentable, Père ! », lance-t-il plus fort avant de re-rentrer dans sa chambre, Franck sur les talons.
Celui qui doit être Markus a l'air d'avoir envie de les suivre mais il n'ose pas. Il agite nerveusement un pistolet moldu dans sa main. Je me demande où sont les deux autres et s'ils sont, eux, des sorciers. A un moment où un autre, nous aurons peut-être à les affronter.
« Et nous ? », me murmure Brunissande à l'oreille.
« Faut voir », je marmonne déchiré entre deux tentations contradictoires : en finir ou en savoir plus.
« On ferait mieux d'aller en bas avant eux, on prendrait moins de risque », estime Brunissande.
« On pourrait profiter de la réunion de famille en bas pour récupérer Sorenzo - il y a des chances que ça réduise la garde en haut », je lui rappelle avec des remords certains parce que j'ai terriblement envie de savoir ce qui va être dit.
« Tu ne veux pas en savoir plus ?", elle s'étonne un peu timidement.
"On est là pour Sorenzo", je me force à reconnaître. L'ordre des priorités, Harry, l'ordre des priorités !
"Il est blessé, tu crois ?" elle souffle, inquiète.
"Je pense qu'on se remet de ce qu'ils lui ont fait", j'ose formuler. "Physiquement s'entend."
Brunissande à l'air physiquement divisée sur le parti à prendre - un peu comme si elle était devenue le miroir de mon âme.
"Mais si on se sait pas ce qu'ils cherchent, comment reprendre la main ? Comment s'en sortir à long terme, convaincre les Aurors ou Crochpik », questionne-t-elle finalement, reprenant point par point mon propre argumentaire.
Cette fille m'écoute, à un point quasi délirant, je me rends compte avec un cœur qui s'affole un peu du cours de mes pensées.
« Il n'y a qu'une façon de le savoir", je soupire, en lui désignant l'escalier de service d'un coup de tête.
Elle hésite une dernière fois.
« Tu crois qu'il va négocier avec son petit-fils ? »
« Eh bien, c'est toute la question », je souffle suspendu à sa décision.
"Allons voir", elle décide brusquement. Je me contente de la suivre.
On descend à pas de loup – aucun souci jusqu'au premier étage. On entend ensuite en dessous de nous de l'agitation dans les cuisines et les appartements du personnel moldu. Des voix germaniques disent à Madame Francine et son équipe de rester là où elles sont. Un homme rajoute en allemand que c'est une honte d'employer du personnel moldu dans une maison sorcière ! Un autre lui dit de garder ses réflexions pour lui.
"Les messieurs Teuffer ne feraient pas ça", insiste le premier.
"La jeune génération fait visiblement un peu ce qu'elle veut", commente le dernier.
On est visiblement devant la garde des Teuffer, laquelle n'est pas sans savoir qu'il existe une guerre de succession.
« Trop de monde », je grogne avec frustration.
« Et ça ? », souffle Brunissande en me montrant une sorte de couloir modèle réduit qui part de l'escalier de service à mi-hauteur.
« Un couloir d'elfes ? », je me risque, vu la conversation saisie juste avant.
« On n'est pas très gros l'un et l'autre », elle estime. « A quatre pattes, on devrait y arriver. »
« Pour aller où ? »
« Peut-être qu'on trouvera un endroit d'où on peut entendre ? », elle suggère.
Je pense à Sorenzo, mal séché sans doute, terrifié et seul ou presque dans une chambre, là haut. J'hésite une nouvelle fois – est-ce que nous ne perdons pas notre temps ?
« Surtout si c'est un couloir elfe », insiste Brunissande. « Y en a dans le château de mon grand-père... généralement, ça mène droit aux endroits intéressants !»
« Si on trouve rien, on récupère Sorenzo », j'affirme peut-être pour ne pas me laisser distraire par l'image maintenant récurrente d'une jeune Brunissande – je l'imagine avec deux longues tresses, un peu comme ma petite sœur Iris – descendant des escaliers interdits la nuit, se traînant dans des passages d'elfes pour écouter des conversations d'adulte. Il y a des parallèles qu'il vaut mieux sans doute que je ne fasse pas.
Beaucoup plus focalisée sur la situation sérieuse dans laquelle nous nous trouvons, elle acquiesce sobrement, et nous voilà à quasi-ramper dans ce boyau étroit mais surtout très poussiéreux. Un paquet de temps qu'aucun elfe n'y est passé. Je me frotte le nez et me râcle la gorge plusieurs fois. Brunissande éternue, et nous nous figeons. Je pense à tous les passages sonores de Poudlard et je regrette, sans doute pour la première fois de ma vie, que ce ne soit pas Monsieur Rusard qui risque de nous démasquer. Le grand escalier, au dessus de nos têtes, résonne des pas de Kuno, lourds, un peu résignés, comme s'il se retenait d'accourir à l'appel de son père et son grand-père. Un pas plus léger et nerveux le suit – sans doute Monsieur Franck que j'imagine assez impatient. Nous retenons notre souffle, mais personne ne vient inspecter dans l'escalier de service.
« Profite du bruit pour avancer », je presse Brunissande qui me lance un regard incertain mais m'obéit.
On se tracte sur une vingtaine de mètres supplémentaires dans les moutons et la poussière jusqu'à se retrouver derrière une bibliothèque qui doit prendre tout le mur d'une grande pièce. Des voix graves nous parviennent brusquement et instinctivement, on se tapit contre le sol.
« Ton fils aime à se faire attendre », juge le vieux Meinrad Teuffer avec le même ton impérieux et las qu'il a opposé ce matin même à Sorenzo à la Banque des Gobelins.
« Je suis désolé, Père », s'excuse automatiquement un autre homme – la voix qui a résonné dans l'escalier tout à l'heure. Le père de Kuno – est-ce que je connais son nom ?
« Tu n'es pas responsable, Lüdger », continue le chef de la famille Teuffer, tout aussi automatiquement. « Quand je t'ai marié à Jördis Körbl, ce n'était pas pour concentrer en votre descendance, deux fois la lignée des Wülfern - même si ça plaisait à son père... c'était pour allier nos familles - et aujourd'hui, je ne sais pas si cette alliance est bien solide...»
Le nom de Körbl jeté dans la conversation entre les Teuffer nous a fait échangé un regard, à Brunissande et moi. En les écoutant, on s'est très lentement, très silencieusement assis en tailleur, le dos au mur, les mains sur les livres que j'ai furieusement envie d'écarter pour mieux voir. Le seul Körbl que je connais, c'est Traugott, le maître des potions aigri qui a fait un rapport mitigé sur mon travail, quand la question était encore de valider mon stage. Est-il le cousin ou le frère de cette Jöris ? Je regrette vaguement de ne pas avoir posé plus de questions à ma collègue Franka, qui avait l'air d'avoir l'arbre de la famille en tête, ou à Papa et Mae quand j'étais à Poudlard, il y a – réfléchissons, à peine trois jours !
« Kuno ne nous défierait pas ainsi sans l'influence de Jérémie, Père. Avec tout l'amour que je porte à ma sœur, Kreszenz est au moins aussi responsable que Jördis de la rébellion de nos enfants », objecte Lüdger sur un ton résigné.
Le nom de Jérémie me réveille - Cyrus pensait que c'était lui qui avait commandité l'enlèvement d'Archibald, puis le sien, sans parler du passage à tabac de Drago. Si j'en croyais la discussion entre les deux hommes, le XIC était bien hors de contrôle de la puissante famille Teuffer, une rébellion de la jeune génération contre l'ancienne... Et tout le monde descendait des Wuelfern, ceux qui manipulaient la lycanthropie et les magies de lune à coups de statuettes et de potions.
« Ne me parle pas de ta sœur », soupire le vieux Meinrad, sur un ton qui me paraît étonnamment sincère. « N'ai-je pas été patient avec elle ? Ne lui ai-je pas donné les moyens d'élever son rejeton au sang mêlé ? L'ai-je mise dehors alors qu'elle avait refusé tous mes plans, tous les partis avantageux qui lui avaient été présentés ? J'ai été trop faible avec elle, crois-moi, Lüdger. Elle n'a pas su montrer à son fils sa place dans le clan. Rien d'étonnant puisqu'elle même n'a jamais compris quelle était la sienne ! »
« Jérémie a de vrais qualités de chef », remarque Lüdger.
« C'est l'ironie, n'est-ce pas ? C'est le descendant qui ne porte mon nom, qui refuse mon aide et mon parrainage qui se révèle le prédateur le plus dangereux de sa génération », abonde Meinrad, l'air désolé.
« Je m'excuse, père, de ne pas être aussi... inventif », répond Lüdger avec une habitude rodée.
« Tu n'as pas besoin de l'être ! Ces enfants font absolument n'importe quoi – attaquer une banque Gobelins ! Ils mettent toute la famille en péril. Nous devons les arrêter ! »
« Bien sûr, Père. »
« Nous arrêter ? », s'enquiert une nouvelle voix qui veut paraître amusée mais suinte la nervosité.
« Entre, Kuno, assieds-toi », lui répond Meinrad d'un ton aimable. « Cela fait longtemps que je ne t'ai parlé ! »
« Nous ne te savions pas en Suisse », commente Lüdger, un peu acide. « Tu n'as même pas donné de tes nouvelles à ta mère ! »
« Oh, Jördis ! », sourit Kuno. « Désolé, Père. Je ne suis pas sûr que pleine de potions comme elle est, elle m'aurait reconnu. J'ai préféré ne pas perdre mon temps ! »
« Tu parles de ta mère ! », s'indigne le fameux Lüdger.
« Je parle de votre femme, Père », le corrige sèchement son fils. « J'ai fait le deuil de ma mère et de sa folie il y a bien longtemps ! »
Les paroles résonnent dans la pièce pendant quelques secondes très inconfortables. Brunissande à côté de moi se mordille les lèvres sans que je sache réellement à quoi elle pense.
« Je pense que tu peux demander à ton ombre de nous laisser », reprend Meinrad.
« Si les vôtres retournent, elles aussi, dans leurs niches ! », contre son petit-fils qui semble en avoir soupé avec la prudence ou la nervosité.
« Kuno, je te prie de garder en tête le respect... »
« Laisse ce jeune homme s'affirmer, Lüdger », intervient doucereusement Meinrad. « Il est de son âge d'avoir envie de tracer sa propre route... »
On entend un claquement de doigts et des bruits de pas. « Monsieur Franz... », demande lentement Kuno. De nouveaux pas résonnent – tout près de la bibliothèque. On peut supposer qu'il n'ait plus dans la pièce que les trois Teuffer.
« Merci Kuno », commente presque joyeusement son grand-père.
Brunissande me fait signe, nous avançons de moins d'un mètre, il y a un espace entre les rayonnage qui nous donne une vision partielle et d'autant plus surréaliste de la scène.
« Ainsi, tu as enlevé ce petit briseur de sorts ? », reprend sans attendre Meinrad enfoncé dans un profond fauteuil de cuir. Il n'y a pas réellement d'émotions positives ou négatives dans sa voix.
Kuno assis en face de lui avec un nonchalance un peu affectée a un simple geste de la main pour toute réponse.
« As-tu aussi volé les statuettes ? », s'enquiert Lüdger – il est debout appuyé au manteau de la colossale cheminée au centre le pièce.
« Ainsi ce n'était pas vous, Père ? Je suis déçu : en incendiaire téméraire, j'avoue que vous me plaisiez assez ! », répond Kuno sans le regarder. Il a l'air concentré sur les tasses de grog posées sur une table basse.
« Ainsi... », commence Meinrad.
« ...c'est Traugott », termine Lüdger, lugubre. "Qui aurait cru ça de lui !"
Ça amuse terriblement Kuno, cette déclaration. Brunissande me jette un rapide coup d'oeil de confirmation mais je ne vois aucune raison de ne pas les croire. C'est le cousin de la branche cadette, le maître des potions, celui que Meinrad jugeait ce matin même trop bigot qui aurait volé les statuettes. Réclamait-il aussi l'héritage commun des Wülfern ? Ce qui est effrayant, c'est le contrôle du vieux Meinrad sur tout ce qui se passe à Genève : il a su l'enlèvement de Sorenzo comme il a su le vol des statuettes...
« Tu dois le relâcher, Kuno », commence Meinrad Teuffer, avec une voix de patriarche habitué à être obéi. « Nous avions un accord avec lui... »
« Vos accords ne m'engagent pas. »
« Si », affirme Lüdger.
« Vraiment ? », répond Kuno avec une bravade d'adolescent.
« Que t'as promis, Traugott ? », questionne son grand-père sur le ton de la raison.
« Les statuettes et la potion », répond Kuno après une infime hésitation.
Les deux hommes plus âgés sont un instant déstabilisés par sa réponse. Il me semble même qu'ils sont affolés par l'ampleur de l'offre.
« Et ? », s'enquiert son père, sur le ton de quelqu'un qui a décidé de rester calme quoi qu'il arrive mais qui a du mal.
« Nous étions intéressés », reconnaît Kuno sur ses gardes.
« Tu n'imagines quand même pas... renouer avec la voie des Wülfern ?», s'inquiète si ouvertement – si paternellement – Lüdger que et Kuno et Meinrad lèvent les yeux au ciel.
« La noble et lupine voie de nos aïeux ? », s'amuse le jeune homme. « Elle tente Traugott, je crois, même s'il s'en défend. Mais nous avons d'autres ambitions, Jérémie et moi, qu'hurler à la lune, Père ! Mais le procédé, les principes à l'œuvre, nous intéressent... »
« Il vous demande quoi ? », le presse Lüdger après un bref regard à son propre père.
« Trop », juge Kuno avec une évidente fierté. Il est content de se retrouver en position de supériorité devant son père et son grand-père, ça se voit. Je me demande s'il va garder le contrôle ou si cette satisfaction va l'amener à en dire trop. « Mais ça n'a plus d'importance », il rajoute d'ailleurs en croisant les bras avec satisfaction.
« Sorenzo vous a donné la potion », fait semblant d'approuver le grand-père, confirmant mon intuition que Kuno aurait mieux fait de garder le silence.
Ça me fait penser brièvement à Remus qui aime tant le silence. Il doit être mort d'inquiétude maintenant que Mae a dû le prévenir de mon appel, je réalise avec un coup de poignard à l'estomac. C'est un terrain trop dangereux, je m'en rends compte, de penser à ma famille, je referme le dossier avec empressement. Je regarde Kuno hésiter de nouveau entre la vantardise et la prudence. A moins qu'il ait tellement besoin de la reconnaissance de sa famille qu'il soit prêt à faire alliance...
« Quasiment », reconnaît-il finalement. Malgré sa sobriété, sa réponse est sans doute encore trop longue.
« Restent les statuettes », l'encourage son père, qui a l'air d'un chien de chasse sur une bonne piste.
Kuno hausse les épaules, trop ouvertement méfiant, je me dis, sans trop savoir pourquoi j'ai plus d'empathie pour lui que pour ses aînés. Ne sont-ils pas tous cinglés et dangereux ?
« Vous n'avez plus besoin des statuettes », interprète Meinrad, très bas.
« Peut-être », admet Kuno du bout des lèvres.
Plus besoin des statuettes ? Par quoi les remplaceraient-ils s'ils s'intéressent au procédé ? Je dois me mordre les lèvres parce qu'une intuition me saisit. Je fais signe à Brunissande que je veux que nous ressortions du passage, mais elle est toujours saisie par la scène.
« Je veux parler à Jérémie », annonce alors Meinrad. "Il est toujours en Amérique latine ?"
« Voilà quelque chose de nouveau », dit Kuno – il y a un certain agacement dans sa voix derrière l'amusement de façade.
« A moins que tu n'envisages de négocier avec nous », intervient Lüdger. Je ne crois pas qu'il mente quand il laisse paraître que c'est ce qu'il souhaite.
« Moi », grince Kuno.
« Tout dépend de la place que te laisse Jérémie », ajoute le grand-père avec détachement – ça se veut un conseil désintéressé. « Je ne sais pas grand chose de vos relations. »
« Il me fait confiance », répond Kuno, avec beaucoup trop d'agressivité.
« Nous aussi, Kuno. Nous aurions sans doute dû te le montrer plus tôt », promet son père, un peu trop condescendant.
« Vous cherchez à me manipuler », accuse Kuno en se levant. « Vous pensez que je peux vous rejoindre ! Que je peux me contenter de miettes ! C'est trop tard ! »
« Tu te trompes », insiste Meinrad d'un ton pensif.
« Tu crois que Jérémie va partager ? », ajoute Lüdger très bas. « Tes entrées, ta fortune, ton nom le servent aujourd'hui, mais demain ? »
« Non », marmonne Kuno, refusant l'appât offert.
« Non ? Il t'a promis de partager ? », s'étonne ouvertement Meinrad.
« Nous partageons tout – la fortune comme les difficultés... nous sommes unis et forts ! », affirme son petit-fils.
«Et quand il aura cette potion et ses catalyseurs... Quand Jérémie aura les 11 potions qu'il convoite... tel le maître du conte...», continue le grand-père d'un ton pensif.
« Tu ne vois pas qu'il ne peut que te trouver encombrant », insinue son père.
« Tu es l'héritier des Teuffer, toi seul, Kuno », conclut le grand-père, plongeant le salon dans un silence oppressant.
Kuno va-t-il accepter l'offre de son père ou de son grand-père ? Va-t-il refuser ? Va-t-il – ce qui serait plus intelligent de sa part – gagner du temps et différer la décision ? Rien ne m'est plus égal, je réalise. Nous en savons assez pour mesurer l'urgence de récupérer les médailles dans le laboratoire et Sorenzo et de filer d'ici avant que la chance nous abandonne.
« Sortons de là », je presse Brunissande qui a toujours l'air fascinée. « Sans bruit ». Comme elle ne bouge pas, je lui serre la main : « Sorenzo ! », je lui rappelle. Ça marche.
oo
Kuno, Meinrad et Lüdger se tournent toujours autour, mêlant promesses, menaces et conditions, sans réelles avancées quand nous sortons du passage. Je bénis le sortilège de coussinage de Brunissande quand nous remontons l'escalier dans la maison qui semble retenir son souffle. Au premier, je l'arrête alors que mon amie se dirige avec décision vers le second étage.
« Je voudrais récupérer les médailles », je souffle.
« Je... je comprends que tu t'inquiètes pour ton frère mais... »
« Tu te rappelles ce que tu as dit ? A quoi peuvent-elles leur servir symboliquement ? C'est peut-être une connerie, mais maintenant qu'il a dit qu'ils n'avaient plus besoin des statuettes... »
« Deux raisons pour une bêtise ? C'est presque trop », elle rend les armes, et nous nous engageons prudemment dans les couloirs moquettés du premier étage.
Pas une lumière ou un bruit. C'est oppressant. Devant la porte, je décide que je ne peux ni succomber à la tentation de fouiller le bureau de Kuno maintenant que j'en sais plus sur ses projets, ni oublier qu'il y a des « ombres » dans cette maison et qu'elles peuvent imaginer d'opérer des rondes voire des missions de sauvetage du prisonnier allié contre son gré à une des factions de la terrifiante famille Teuffer.
«Va les chercher », je souffle avec un signe de tête à Brunissande qui ouvre de grands yeux. «Je fais le guet. Ne touche à rien d'autre, fais gaffe qu'il n'y ait pas de nouvelles protections... »
« Ok », elle accepte avec l'air un peu intimidée.
« Je te couvre, ne t'inquiète pas », j'ajoute avec une ébauche de sourire rassurant.
Elle acquiesce et ouvre la porte, la baguette pointée devant elle. Elle aura au moins appris ça. Elle est ressortie en moins d'une minute.
« Maintenant ? Sorenzo ? », elle demande en tapotant sa poche comme pour me dire où sont les médailles.
« Ouais... On passe par l'autre escalier – plus proche de sa chambre... On va essayer mais... il y a des chances que les gardes de Kuno soient avec lui... Je... on risque de se battre, Brunissande », je décide de la mettre en garde.
« On... on ne peut pas partir sans lui », elle raisonne à haute voix. Presque elle me supplie.
« Tu pourrais partir seule, Brun... », je souffle, intimidé.
« Tu crois que je vais te gêner ? », elle reformule de la dernière façon que j'aurais anticipée. Mais est-ce que cette fille n'a fait autre chose que me surprendre depuis qu'on a commencé à travailler ensemble, questionne une partie de mon cerveau assez excité par le phénomène, il faut le dire.
« Je ne supporterais pas qu'il t'arrive quelque chose », je rajoute impulsivement mais sincèrement.
« Parce que tu crois que l'inverse n'est pas vrai ?! » elle s'agace un peu trop fort. Je pose mes doigts sur ses lèvres. Elles sont tièdes et émouvantes. Disons le.
« Si tu sors d'ici avec les médailles, tu peux appeler les secours et, quoi qu'il arrive... on n'aura pas tout perdu », je propose.
« Mais tu n'as pas besoin de moi ? », elle insiste.
« Si s'était entraînés ensemble... on gagnerait certainement en sécurité », je reconnais. « Mais là... je ne peux pas me battre et te protéger en même temps... Si je peux me dire que si ça tourne mal, tu es dehors avec les médailles et que la guerre n'est pas finie, ça libérera ma tête... »
« Dis comme ça, je peux le faire », elle marmonne. « Je ne t'arrive sans doute pas à la cheville en combat... mais je devrais arriver à rappeler ta mère... »
« Tu transplanes directement et assez loin d'ici », je continue peu désireux de me laisser entraîner sur un autre terrain que la planification froide.
« N'importe où ? »
« Tu connais mieux que moi les environs. Un endroit que je peux trouver et auquel ils ne penseront pas ? »
« Mais s'ils te prennent... », elle s'inquiète, et ses grands yeux bruns me transpercent.
« Même si je parle... tu auras l'avantage de la position », je la coupe.
« Le chalet fermé où on s'est arrêtés tout à l'heure », elle propose. «Les dépendances étaient ouvertes... »
Je vais la féliciter de son choix quand un craquement de plancher m'alerte dans mon dos. Je me retourne pour voir une silhouette se planquer en toute hâte au coude formé par le couloir. Je pointe ma baguette vers le mouvement en me demandant si je délire. Un coup de feu tiré au jugé me fait jeter Brunissande au sol.
« Transplane ! », je la supplie.
Elle a un hoquet qui me fait craindre qu'elle refuse puis un craquement sonore me rassure. Elle est partie.
oooo
Notes sur les descendants des Wülfern - parce que c'est ce qu'ils ont en commun.
Meinrad Teuffer - le grand-père, le chef du clan, un poil dépassé par la jeune génération. Il est lui même le petit-fils de Ortrun Wülfern.
Lüdger Teuffer - son fils. Pas rebelle pour un gallion. Père de Kuno.
Kreszens Teuffer - fille de Meinrad, soeur de Lüdger, mère de Jérémie Lavendin. Sans doute plus rebelle.
Kuno Teuffer, fils de Lüdger Teuffer et Jördis Körbl. Deux fois descendant des Wüelfern du coup. Etudiant en potions, un des chef du XIC.
Jérémie Lavendin - fils de Kreszens et d'un né moldu. Grand chef du XIC. Ecarté par les règles d'héritage des Teuffer et relativement revanchard. Plus malin que son cousin Kuno.
Jördis Körbl, petite fille de Reinhild Wülfern (soeur de Ortrun) mariée à Lüdger Teuffer. Elle est tenue pour folle par son fils.
Traugott Körbl - cousin de Jördis et donc allié par mariage aux Teuffer. Maitre de potions assez irritable. Aurait brûlé la banque pour récupérer les statuettes... Tenu pour bigot par Meinrad Teuffer qui a l'air de se tromper.
Parmi les "ombres", il y a Monsieur Franck, Hugo et Markus, la garde rapprochée de Kuno.
