Bande son dédiée à Tonks

Ma mère elle m'écoute toujours
Quand je suis dans la merde
Elle sait quand je suis con et faible
Et quand je suis bourré comme une baleine
C'est elle qui sait que mes pieds puent
C'est elle qui sait comment j'suis nu
Mais quand je suis malade
Elle est la reine du suppositoire

Arno - Dans les yeux de ma mère

75. Harry. Des frissons rétrospectifs et des sens cachés

Brunissande est à peine disparue que de nouvelles balles sont tirées au jugé. Elles fendent l'air bien au dessus de moi pour se ficher dans le mur dans une explosion de plâtre. Les ombres en face n'osent pas éclairer – ou ils ne peuvent pas. Comme aucun sort n'est lancé, il est possible que je n'aie en face de moi aucun sorcier. Ça peut néanmoins rapidement changer puisque j'entends des appels depuis le bas – je me rends compte que j'aurais dû mieux situer mes opposants avant d'avoir la prétention de libérer Sorenzo, mais ils vont sans doute venir à moi. Il me semble que l'un de mes poursuivants retourne vers le palier central pour expliquer la situation. Autant pour la surprise, reste à faire face. Je m'oblige à respirer lentement et à me rappeler de mon environnement – On a quand même fouillé cet endroit pendant plusieurs heures avec Brunissande. Ne pas penser à Brunissande. Ne pas penser à tout ce que je peux perdre ou tout ce qui a de la valeur pour moi. Agir.

Je connais les lieux, je dois m'en servir. Je décide de transplaner en haut de l'escalier de service qui mène au troisième étage. D'abord parce que, jusqu'à maintenant, ils ne sont jamais montés jusque là. Ensuite parce que si je ne peux aller à Sorenzo horizontalement, je pourrais sans doute l'atteindre verticalement. Oui, j'entends éventuellement percer le plancher millénaire de cette noble demeure. Aucun scrupule.

Je me concentre sur l'acte magique et la formule catalysant ma puissance magique. Je ressens les sensations habituelles – enfermement, écrasement de mon corps physique, tourbillons rapides qui troublent les sens. Je roule sur moi même pour aider la dématérialisation et les tourbillons m'emportent... jusqu'au moment où je perçois que je suis arrivé à l'endroit où je voulais me re-matérialiser. Je contemple ma destination avec décision pour m'y arrêter, comme je l'ai fait des centaines de fois, peut-être des milliers. Pas toujours dans des situations aussi stressantes, mais bref.

J'ai l'impression très nouvelle que le flux est brutalement interrompu, comme suspendu, ma destination, soudain inaccessible. Alors que je suis a priori immobile, bloqué dans l'espace temps, la pression devient intolérable. J'ai l'impression que mes lunettes vont rentrer dans mon crâne, que mes poumons vont renoncer à respirer. Par pur instinct et sainte frousse, je mets davantage de puissance dans ma volonté d'arrivée au haut des escaliers. Quand j'y parviens, je saigne à plusieurs endroits – comme si je m'étais coupé. Je n'ai jamais vu quelqu'un se désartibuler, même si on m'a évidemment raconté moult histoires. Mais je sais que ce n'est pas ça qui m'est arrivé.

« Ils viennent de poser un sortilège anti-transplanage, je l'ai échappé belle ! », je marmonne pour me convaincre que je ne deviens pas fou, tout en appuyant sur mon bras où une longue estafilade, comme si la peau avait craquée sous la pression, tend à goutter.

Manquerait plus que je laisse des traces derrière moi comme le petit Poucet ! J'applique quelques sorts de guérison rapide en essayant de calmer la peur qui fait toujours battre mon cœur. Brunissande trouvait peut-être que je savais m'y prendre. Moi, je mesure assez précisément tout ce que je ne sais pas faire. Sortir seul Lorendan de ce guêpier me semble en faire partie.

J'avance dans le couloir – tout plutôt que de rester immobile et trop penser à Brunissande. Le plan des lieux mentalement dans ma tête pour essayer de me retrouver au-dessus de la pièce où j'imagine est retenu Sorenzo. J'entends des bruits sourds devant moi – une équipe est montée, je me colle dans une encoignure de la porte, prêt à ralentir leur progression. Quand je perçois une ombre dans le noir, je lance un impedimenta qui fait tomber quelqu'un et reculer d'autres.

« C'est un sorcier ! », souffle une voix affolée - c'est pas lui qui a posé la barrière anti-transplanage, c'est un fait.

« Faut prévenir Messieurs Teuffer », juge une autre, plus calme.

« Faut s'en débarrasser, oui », gronde une troisième – je dirais que c'est Monsieur Franz.

« Les Teuffer ne se battent pas contre des Aurors », commente fraîchement la voix calme.

Un gars peut-être le même qu'en dessous, tire au jugé une fois de plus. Il n'a pas plus de succès que précédemment.

« N'importe quoi ! », juge la voix calme, « Tenez vos moldus, Franz ! »

Je n'attends pas de voir si l'un d'eux va aller jusqu'à utiliser la magie, je recule en glissant silencieusement le long du mur – je passe une porte et je renonce à l'ouvrir : m'enfermer dans une chambre serait relativement crétin. Retourner à l'escalier de service semble ouvrir plus d'alternatives. En reculant, je crée plusieurs illusions propres à inquiéter les Moldus et occuper les sorciers. J'arrive à la porte de l'escalier de service, elle s'ouvre avec un grincement qui les fait accélérer – et, pour certains, se coltiner l'attaque de mes illusions. Je suis assez fier de celle qui s'inspire de Touffue, elle plaîrait à Hagrid, je me dis.

Je m'engouffre dans l'escalier conscient que mon temps est compté, descendre est ma seule option, mais il faudrait trouver mieux. Comme je n'ose leur offrir une source de lumière, ma main glisse sur le mur pour m'équilibrer. Je manque de tomber quand elle passe soudain sur un trou. Un large trou. Assez grand pour un elfe – évidemment, pourquoi n'y aurait-il eu des passages qu'au rez-de-chaussée ? Comme ça se bouscule là-haut à la porte, je plonge dans le passage, la tête la première, et je m'aplatis dans une épaisse couche de poussière qui ferait mourir un asthmatique.

Mes poursuivants descendent en grommelant et en se bousculant. Personne, ni moldu ni sorcier, ne remarque le trou. À leur décharge, Brunissande et moi sommes déjà passés plusieurs fois devant sans rien remarquer. Je décide qu'un demi étage entre le troisième et le second étage est ma meilleure option de retrouver Lorendan – en plus de m'offrir la seule cachette envisageable pour l'instant. Je rampe ainsi en retenant mon envie d'éternuer pendant une dizaine de mètres. Je passe une première trappe grillagée qui donne sur une chambre plongée dans les ténèbres. J'écoute mais je n'entends pas de respiration ou de mouvements. Plus loin, on entend des cris assez hystériques de la petite bande qui me cherche. Je continue mon avancée poussiéreuse, conscient qu'un plus intelligent ou plus consciencieux que les autres va bien finir par revenir sur ses pas. Sans compter le nombre. Une deuxième trappe ne me donne pas plus de piste. Je continue. La quatrième est la bonne.

Elle donne sur une chambre qui a été débarrassée de tout bibelot – tapis, lampe, rideaux, rien. Sous la lumière crue d'une ampoule moldue sans abat-jour, il reste un lit sans draps, juste sous moi, et une armoire en bois sombre qui doit peser une tonne. Sorenzo est assis dans le coin opposé de la pièce, la tête entre ses bras. Il frissonne de loin en loin. Je décide que je n'ai plus le temps pour les subtilités. Je pèse sur la grille qui est là depuis tellement de temps qu'elle cède à ma deuxième pression, et je me laisse tomber dans la pièce sans chercher à amortir magiquement ma chute – il y a un matelas. Le lit proteste un peu de mon arrivée, mais ne casse pas. La qualité suisse, sans doute. Sorenzo se redresse brusquement, terrifié.

« Pas de cri », je chuchote en italien – la langue maternelle est toujours la plus rassurante.

« Harry !? »

« La situation est un peu confuse, ils ont fini par me repérer mais ils pensent que je suis un Auror... bref, faudrait pas traîner... », je continue.

« Harry, mais comment tu... »

« On discutera plus tard, non ? »

Au même moment, et alors que la maison résonne des pas toujours plus nerveux et nombreux de mes poursuivants, s'élève le carillon le plus long et le plus joyeux que je n'ai jamais entendu.

« Qu'est-ce que c'est que ça ? », gronde une voix juste devant notre porte.

Sorenzo fait un pas sans doute instinctif vers moi. Je lui fais signe de ne pas faire de bruit mais je pointe ma baguette vers la porte.

« Quelqu'un a sonné », répond une autre voix, plus loin dans le couloir.

« Qui est-ce qui sonnerait à cette heure ? », grommelle la première voix, en s'éloignant, je dirais qu'il retourne vers l'escalier central de la maison.

On n'a pas le temps de réfléchir à la faisabilité du seul plan qui me vient – sauter par la fenêtre, en utilisant la magie pour amortir la chute, quand une voix amplifiée magiquement se met à annoncer d'abord en français puis en allemand :

« Brigade des Aurors de Genève, Monsieur Teuffer. Nous aimerions vous parler : veuillez ouvrir cette porte ! »

Sorenzo me regarde et, moi, je me prends à espérer très fort : « Si c'est déjà la cavalerie, bravo Brunissande ! »

Le chaos qui suit alors à l'intérieur de la maison est difficile à décrire. Il y a des portes qui claquent à l'arrière de la maison et des cris des Aurors qui veulent arrêter les fuyards ; des coups de feu et des sorts. Il y a des cavalcades dans toute la maison. Pire que lorsqu'ils me cherchaient. Sorenzo et moi, on fait tomber l'armoire pour avoir un rempart contre l'intrusion qui ne manque pas d'arriver – mais qui s'enfuirait sans son otage ? Monsieur Franz ouvre la porte à la volée, il ne s'attend pas à ce que je l'assomme.

« Et maintenant ? », souffle Sorenzo les yeux écarquillés.

« On attend que les autorités viennent nous chercher », je propose.

« OK », accepte Sorenzo qui a l'air totalement vidé de toute énergie.

« Ça va aller ? », je lui demande.

« Je ne sais pas », il souffle. « Je ne sais plus rien... »

Il se tait plutôt que de se mettre à pleurer. Je respecte son silence en montant la garde, mais personne ne passe plus dans le couloir. Les cris, les coups de feu et les sorts deviennent plus espacés. J'entends Madame Francine hurler que c'est une maison respectable, ici, qu'on entre pas chez les gens comme ça. Le calme s'installe comme on retient son souffle. Des pas officiels montent l'escalier. Deux hommes je dirais. Les portes sont ouvertes l'une après l'autre. Un des deux arrive évidemment à nous :

« Harry Lupin ou Sorenzo Lorendan ? », il questionne en français quand il voit ma baguette pointée vers lui.

« Les deux », je réponds en me redressant sans baisser ma baguette.

« Je suis l'Auror Cassin », il annonce en nous détaillant l'un après l'autre. « De la brigade de Genève. Votre mère est en bas, Monsieur Lupin », il termine en revenant sur moi semblant s'être fait une religion sur chacun de nous.

« Ma mère ? », je ne peux m'empêcher de vérifier. Je crois que je n'ai pas osé l'espérer.

Quand il acquiesce, je me rends compte que l'information a pris Sorenzo au dépourvu, encore plus que mon apparition. Il reste statufié, incapable de se lever ou de parler. Pire encore, je crois lire une lueur de méfiance dans son regard.

« Ma mère est Auror », j'explique assez gêné – je ne sais plus s'il le sait. « Brunissande devait l'appeler. »

« Premier Lieutenant de la Brigade Britannique », énonce Cassin avec respect. « Le Brigadier Corboz a accepté de suivre la piste qu'elle nous a donnée... J'avoue que nous avons hésité... ce sont les Teuffer tout de même ! Mais quand on voit la réception qu'ils nous ont donnée... »

« Vous les avez arrêtés ? », je le coupe.

« Les Teuffer ? », il grimace. « Non, nous n'avons pas réussi à couper le réseau avant que le vieux Meinrad et son fils ne s'enfuient par la cheminée. Quand au petit Kuno, il s'est fait la malle par derrière... dans une voiture...Trois gars des Teuffer sont tombés pour le défendre... j'aurais jamais cru vivre un truc pareil, ici à Genève ! »

Je me retiens de lui répondre parce que l'amertume est là.

« Vous nous conduisez ? », je lui demande poliment en prenant le bras de Lorendan qui paraît toujours privé de toute initiative.

Oo

On descend lentement l'escalier principal. Le deuxième Auror nous a rejoints et ferme la marche. Ils nous mènent dans le grand salon que nous avons espionné tout à l'heure. Les meubles sont renversés, il y a des traces de sorts un peu partout. Mae et l'Auror qui avait mené l'enquête chez les Gobelins se tiennent au milieu. Il y a d'autres Aurors autour d'eux. Je reconnais avec une pointe de surprise Foote et Finnigan. Ainsi elle a opté pour la voie officielle ? Et elle est déjà là ?

« Nous les avons trouvés, chef », annonce Cassin.

Mae pivote et je lis le soulagement dans ses yeux, même si elle ne se jette pas sur moi pour m'embrasser. Corboz lui aussi me reconnaît mais, surtout, il reconnaît Sorenzo.

« Eh bien, Lorendan, il va falloir que vous m'expliquiez ce que vous faisiez là ! », il questionne en anglais – sans doute par hommage pour ma mère.

« Il faut demander à Kuno Teuffer », répond Sorenzo avec une profonde lassitude, en continuant de s'appuyer sur moi. « Mais il paraît que tous les diables se sont échappés... »

Le fait que nous sachions agace Corboz qui lance un regard noir au pauvre Cassin. Mae prend l'initiative :

« Je suis le lieutenant Lupin», elle se présente. «Vous êtes blessé, Monsieur Lorendan ? »

Il secoue la tête.

« Il l'ont torturé », je réponds pour lui. « Ils lui ont plongé la tête dans une baignoire pour qu'il parle... »

Il y a un frisson collectif dans le salon dévasté.

« Que voulaient-ils savoir ? », demande doucement Mae à Sorenzo, tout en me lançant des regards furtifs qui s'inquiètent de ce que j'ai pu vivre.

« Ils voulaient la recette d'une potion – la potion qu'a préparée, Harry... Ils voulaient surtout savoir comment la stabiliser », articule péniblement Sorenzo, toujours appuyé contre moi. Bizarrement personne ne nous a proposé de nous asseoir. Il suffirait pourtant de retourner un canapé... Est-ce que l'enquête leur impose de ne rien toucher ?

« La potion qu'a préparée Harry ? », répète Mae en me regardant.

« Celle que j'ai faite à Poudlard, l'autre fois », je confirme.

« Pouvez vous être plus spécifique, Monsieur Lupin ? », questionne avidement Corboz.

Contre moi, Sorenzo hausse les épaules, comme pour me dire que le temps des secrets et de la défiance envers les Aurors est passé.

« Une potion pour contrôler des statuettes trouvées dans un coffre... qui a appartenu aux ancêtres des Teuffer », je formule assez évasivement. Il me semble qu'on perd du temps - rattraper Kuno est autrement plus important que savoir pourquoi diable il a fait enlevé Sorenzo.

« Qu'est-ce que Poudlard vient faire là-dedans ? », creuse Corboz en essayant un peu trop ouvertement de ne pas demander à ma mère – la femme du directeur de Poudlard.

« Le laboratoire de la banque était dévasté », je lui rappelle.

« On aura le temps de revenir sur tout ça », intervient Mae avec autorité. « L'urgence est de ramener les responsables : les Teuffer. »

Je sens que Sorenzo comme moi se réjouit de cette intervention. Mais Corboz, comme son subalterne tout à l'heure, tique un instant. La puissance des Teuffer pèse sur la pièce.

« J'imagine qu'on peut commencer par le Manoir Teuffer », il annonce à regret.

« Non, Mae, non ! », j'essaie de m'interposer. « On s'en fiche de Meinrad et Lüdger – ils étaient venus plutôt négocier la libération de Lorendan qu'autre chose ! C'est Kuno qu'il faut attraper ! Tout de suite ! »

« Harry, tu en as fais beaucoup - voire trop. Laisse-nous donc terminer cette affaire », répond Mae en secouant la tête.

Je perçois qu'elle n'adore pas que j'ai l'air de lui donner des ordres alors qu'elle a sans doute tordu bien des bras pour être là, pour venir à mon secours. Corboz la soutient en silence avec un air de dignité affrontée que Severus reconnaîtrait comme légitime.

« Mae, Kuno saura où est Cyrus ! », j'insiste malgré tout – parce que me taire serait mentir sur ce que je sais et trahir mon frère.

« Harry », elle soupire comme si je faisais un caprice dans une boutique de Quidditch. Encore que généralement, elle ait toujours répondu favorablement à nos envies même déraisonnables dans un tel cadre.

« Mae, le XIC, c'est Kuno, pas les vieux Teuffer qui se sont faits dépasser – demande à Brunissande ! », je plaide, douloureusement conscient du temps qui passe. « Où est-elle d'ailleurs ? »

Les deux chefs Aurors se retournent alors vers la seule personne assise dans cette pièce, ma... - comment dire ? - camarade française.

« Eh bien, je ne sais pas exactement ce que vous appelez le XIC, mais Meinrad Teuffer et son fils sont venus ici pour renverser Kuno contre son cousin Jérémie... Ça c'était clair quand on a écouté leur conversation », explique Brunissande avec des regards rapides vers moi comme inquiète que je veuille qu'elle dise autre chose.

Je crois que Mae se retient de mener une vraie enquête sur ce qu'on a pu faire pendant cette soirée, sur les risques qu'on a pu prendre, deux pauvres petits civils sans défense contre les méchants du XIC. J'imagine que j'y aurais droit plus tard et que, si j'arriverai sans doute à lui faire admettre que je ne suis pas sans défense, elle ne laissera pas tomber la question des risques que j'ai fait courir à Brunissande. Enfin, comme dirait cette dernière, sans doute si on n'a pas des nouvelles... dévastatrices du Brésil et si on capture le XIC... Le répit qu'elle m'accorde tient seulement à l'ampleur des risques qui demeurent.

« Si je peux me permettre », intervient alors Lorendan qui a toujours l'air d'avoir cent ans, comme si le liquide dans la baignoire avait été l'inverse d'une potion de jouvence. « Meinrad et Lüdger ne vont pas s'envoler – mais se cacher derrière leurs avocats... Kuno... Kuno a tout à perdre... M'enlever était une mesure tout à fait... radicale... Il y a visiblement une urgence pour lui... C'est après lui que vous devriez courir... »

« Et il y a une chance que la famille toute entière accepte de négocier si nous le tenons avec des preuves suffisantes... », commence à accepter Corboz en regardant Lorendan comme pour évaluer le poids de sa preuve vivante. A moins qu'il soit content de se dire qu'il tient un briseur de sorts à sa merci.

« Je me range à votre décision, Adam », abdique Mae diplomatiquement.

Elle ne va pas aller contre son collègue qui veut aller dans mon sens, sans doute. Alors que j'ai l'impression qu'elle évite mon regard, je me demande un instant si elle n'a pas fait exprès de le laisser prendre la décision... ça me fait frissonner.

« Cassin, interroge tous ceux qu'on a capturés : priorité à toute piste d'où il aurait pu se réfugier», ordonne Corboz à l'homme qui nous a trouvés au deuxième étage. « Deux autres avec lui. Lapierre, contrôle des centres de portoloin et des transplanages transfrontières... Réveille du monde si besoin. Il faut aussi contacter la police moldue pour la mercedes noire... - quelqu'un a noté l'immatriculation ? » Un des gars restants lève la main. « Alors, c'est pour toi, Kraften », décide Corboz. « Lieutenant Lupin, vous souhaitez sans doute rester avec votre fils... »

« Je peux laisser Foote et Finnigan pour protéger les civils », elle répond avec fermeté.

« Merci », accepte Corboz – sans doute n'a-t-il pas le choix que d'accepter qu'elle lui colle au train. « Mais ils ne peuvent pas rester ici, nous allons sceller la maison, et nous allons devoir les interroger – Sernoz va rester avec eux et les rapatrier à la Division ». Il attend que Mae ait acquiescé pour conclure avec une dernière réticence : « En attendant de nouvelles pistes, je pense qu'il convient d'aller recueillir le témoignage de Meinrad Teuffer, qu'en pensez-vous ? »

« Je vous suis, » elle accepte en le suivant avec un nouveau bref regard pour moi. Il semble m'adjoindre de ne pas faire de conneries - mais je projette peut-être un peu.

Quand ils sortent, je n'ai plus en face de moi que Brunissande assise, fragile, dans un fauteuil trop profond. Ses yeux mangent son visage fin. La fatigue la rend... immatérielle... un peu comme une fée dans les albums moldus... On se dévisage sans oser se dire quoi que se soit.

« Ce n'est pas ma mère, Harry, mais à mon avis, elle est furax contre toi », commente alors assez légèrement Seamus Finnigan.

Russel Foote, son mentor, arque diplomatiquement un sourcil – il ne me connait pas assez pour donner son opinion mais semble penser comme son aspirant.

« Elle a de quoi », j'admets en inspirant lentement. Je me rends compte que je suis épuisé, que j'ai faim et que j'ai soif. J'espère qu'à la Division, ils nous donneront à manger. « Mais je n'ai pas menti – c'est Kuno qui compte. » Puis je pose la question qui me taraude depuis que j'ai vu des visages britanniques au milieu des Aurors suisses : « Vous étiez déjà en Suisse ? »

«Le lieutenant Tonks-Lupin a convoqué une réunion d'urgence en fin d'après-midi - hier en fait », il précise avec un regard à sa montre. « Avec l'accord du Commandant, elle a envoyé Paulsen et Weasley au Brésil sur la piste du XIC et elle a pris la tête de notre groupe ici », confirme Foote avec un certain décorum.

« Elle n'a dit qu'à Genève qu'elle tenait l'information de l'enlèvement de Lorendan de toi », glisse Finnigan avec amusement. « Comme Weasley a laissé entendre que sa sœur et ton frère étaient dans leur collimateur au Brésil, ça faisait un peu trop personnel sans doute ! Shacklebolt aurait peut-être tiqué ! »

«Notre famille a tendance à se retrouver la cible de gens qu'elle ne connaît pas », je soupire. «Vous n'avez aucune nouvelle du Brésil ? »

Finnigan hausse les épaules et Foote hésite avant de me confier avec une certaine sympathie :

« Je... j'ai cru comprendre que... ton père était parti avec Paulsen et Weasley et qu'ils avaient rejoint la sœur de Weasley... Ils auraient aussi identifié la troisième médaille – un métisse indien, dont la famille pourrait les aider à trouver la dernière localisation de ton frère... Tout ça c'était avant même qu'on soit à Genève et que le lieutenant secoue Corboz pour qu'il s'en mêle – ils ont l'air d'avoir de pires relations avec les Gobelins que nous, j'aurais pas cru possible ! Du moment où ta petite copine a appelé ta mère, nous n'avons plus eu le temps de contacter qui que ce soit!»

Je me tourne alors lentement vers Brunissande qui est restée timidement là où elle s'est placée au début de la discussion - c'est mieux que de penser aux médailles, à Cyrus, à Aesthélia, à l'angoisse de Ginny et Papa... Oui, c'est mieux.

« Ça va toi ? », je lui lance en essayant un sourire rassurant – si ça pouvait me rassurer moi, déjà, ça serait pas mal.

« Oui », elle dit tout bas, j'ai l'impression qu'elle se jetterait bien à mon cou mais qu'elle n'ose pas. Peut-être que je projette sur elle mes propres envies.

« Tu les a appelés ? », je continue sans oser bouger moi non plus.

« Dès que j'ai transplané... Ta mère - ta mère, elle m'a posé pleins de questions pour être sûre que ce n'était pas un piège mais en fait, avec le peu que tu avais dit, ils avaient déjà établi que la dernière fois que tu avais été vu, c'était en quittant la Banque pour aller chez moi... Ça a aidé... Elle m'a demandé la chanson que je chante sous la douche – tu crois qu'elle sait cette histoire d'où ? », elle questionne avec une certaine curiosité.

« Drago. Mon cousin Drago », je réponds étonné d'être certain d'avoir raison. Elle opine en se souvenant de sa présence quand Cyrus m'avait appelé pour identifier Brunissande.

Finnigan a un petit sifflement étonné.

« Respect Harry. A la crémaillère de Cyrus et Ginny, tu étais avec une jolie Italienne, on te retrouve en Suisse avec une jolie Française ! Tu t'emmerdes pas ! »

« Finnigan, aies un peu de respect pour le fils du Lieutenant », s'interpose Foote alors que Brunissande rougit violemment. Je crois que si je n'étais pas épuisé et affamé, je lui dirais de s'occuper de ses affaires.

«Laissez-le, Auror Foote », je souris plutôt en espérant que Brunissande ne se formalisera pas. «On a passé sept ans dans le même dortoir, ça crée certains droits ! »

Jugeant qu'on a sans doute fait le tour de ce que nous avions à nous dire, le fameux Servoz se racle la gorge et nous rappelle que nous sommes censés rejoindre la Division.

« J'espère que vous aurez de quoi nourrir Lorendan », je lui dis.

« Vous verrez un médicomage », il promet. « Et vous mangerez... »

« Merci. »

« La procédure fait que je ne peux vous laisser transplaner par vos propres moyens », il reprend avec un peu de raideur comme s'il anticipait une protestation.

« J'ai perdu ma baguette », soupire Lorendan qui n'a pas l'air en état de jeter le moindre sort.

« Foote, je peux vous demander de l'escorter ? », s'enquiert trop poliment Servoz – il se méfie peut-être de moi, je me dis. « Finnigan, je vous confie mademoiselle Desfées ? Monsieur Lupin, je préférerai que vous me donniez volontairement votre baguette – c'est une preuve de ce qui s'est passé ce soir, et tout le monde serait moins nerveux... »

J'hésite un instant – il pourrait être à la solde des Teuffer, dit cette petite voix paranoïaque qui s'est bien réveillée depuis quelques heures. Sa petite sœur, l'analyste des situations périlleuses, remarque qu'il se désignerait comme coupable. Finnigan et Foote savent que je suis avec lui. D'ailleurs, Foote a grimacé quand il a compris la logique de la répartition des escortes.

« Je n'ai aucune objection », je finis donc par répondre en tendant ma baguette en espérant très fort que ma petite voix analyste n'est pas totalement à la masse.

ooooo

Note sur les personnages

Meinrad, Lüger et Kuno Teuffer, trois générations de riches manipulateurs, divisés entre eux. Ils descendent des Wüelfern, les propriétaires initiaux des statuettes qui ont mis Harry dans toute cette histoire...

Kuno Teuffer a trois hommes de main – Monsieur Franz, Markus et Hugo.
Il a aussi une intendante moldue, Madame Francine.

Les ombres des autres Teuffer n'ont pas de nom. Mais ils ont des voix plus calmes en général.

Le Brigadier Adam Corboz est accompagné d'une une équipe de 8 hommes dont Cassin, Kraften, Lapierre et Servoz.

Dora est accompagnée de l'Auror Russel Foote et de l'aspirant Seamus Finnigan.

La suite amazonienne s'intitule Des diversions hasardeuses... Lundi prochain.
Bonne semaine à tous.