Bande son
Here I come again
Troddin' with da same aim
Free myself and my people from da chains
U may seh it's vain
That da villain will always remain
Yet I know, I get to carry on fightin'
Cuz sitting and cryin' just won't
Save my ass from da mental strain
Trad à l'arrache soixante secondes avant de poster
Et me revoilà
Recherchant le même but :
Me libérer, moi et les miens, de nos chaînes
Vous pourriez dire que ça ne rien à rien
Qu'il y aura toujours des vilains
Mais je sais que je continuerai de me battre
Simplement parce que rester assis à pleurer
Ne me protégera pas du stress mental
Mei Tei Sho - I will stand up and fight again (Parait que c'est un groupe français...)
76 Cyrus Des diversions hasardeuses
Bettany me tend ma baguette – la baguette d'acajou et crin de licorne amazonienne qui est venue remplacer celle de bouleau et plume de phœnix que le XIC m'a déjà dérobée, il y a quelques mois seulement. Deux fois en si peu de temps... c'est sans doute une sorte de record. Ou le rappel que les choses commencées se terminent un jour.
C'est bien ma baguette, je la reconnais : une veine du bois, à la base, est un peu plus foncée, presque noire. Mes doigts me démangent. C'est comme si elle m'appelait. Mais je m'empêche de la prendre. Je m'oblige aussi à dévier mon regard pour soutenir celui bleu pâle de Bettany.
« Donne-moi une seule raison de te croire », je gronde très bas.
« Jo... Joachim ? », elle souffle très timidement.
Ses yeux brillent. Je pourrais succomber. Je pourrais croire en sa sincérité si elle ne venait pas de jouer si efficacement la comédie pendant deux semaines.
« Tu peux négocier qu'ils le relâchent », je remarque froidement. « Ils te doivent bien un jouet. »
« Ils... ils ne savent pas... pour lui et moi », elle avoue, rougissante.
« Pas un mot sur Joachim dans ton journal ? »
« Non », elle confirme en baissant les yeux.
« Tu savais qu'ils le lisaient en direct », je comprends avec un mélange inédit de colère et de fatigue. Il y a de la curiosité aussi – j'ai eu cette intuition que le journal était magique ; Aesthélia a failli le brûler pour des raisons pédagogiques... Par humanité, on a tous les deux laissé courir... On aurait mieux fait d'écouter notre instinct ! Encore une fois, on ne gagne rien à ne pas finir les choses.
Bettany, elle, opine toujours gênée mais il y a autre chose dans ses yeux – comme un soulagement que les choses soient dites. Mais je délire sans doute – cette fille nous a vendus, faut pas que je l'oublie.
« La condition pour la bourse ? Tu crois que je vais croire ça ? », je reprends avec hauteur.
« C'est pourtant la vérité », elle murmure.
On reste dans le noir sans doute une pleine minute sans oser un seul mot.
«Je ne savais pas qu'ils allaient vous enlever ou... tuer Amilcar», elle reprend finalement. «C'est un cauchemar, Cyrus ! Qu'est-ce que je pouvais faire une fois qu'ils vous avaient tous assommés? Ils m'auraient tuée... je suis sûre qu'ils ne me gardent que pour confronter ce que je sais à ce que tu fais... Ils me tueront – ils nous tuerons sans doute tous ! », elle est quasiment hystérique à la fin de sa tirade.
C'est alors que des pas, sonores dans la nuit calme,résonne sur la terrasse de bois. Sans doute un Malabar... Bettany a l'air très sincèrement terrorisée de l'entendre quand elle s'accroupit dans les rideaux. J'hésite un instant et puis je me jette en croix sur mon lit – je ne sais pas ce qu'on peut voir de la terrasse, mais c'est là où je devrais être. Le temps s'étend, les pas se rapprochent et s'éloignent. On attend l'un et l'autre deux bonnes minutes avant de se redresser. Un temps suffisant pour me dire que sa réaction est relativement rassurante – si Bettany voulait me faire prendre, le garde serait entré dans ma chambre, aurait vérifié que je dormais...
« J'aurais pas dû crier », elle s'excuse la première quand le silence est revenu. « J'aurais dû penser aux gardes ! »
« Tu sais comment ils font leur tour ? Ils sont combien ? Ils surveillent quoi ? Tu sais ? », j'enquête – il me faut des gages, beaucoup de gages pour que j'accepte la tentation et le risque.
Bettany se laisse aller pensive contre les rideaux.
«Ils sont deux. Ils font le même tour mais à l'envers. Ils sont Moldus tous les deux. Ils ont un fusil – Hermosa trouve ça excitant », elle explique avec une moue de dédain. « Ils font le tour de la maison, traversent le parc, font le tour du laboratoire et reviennent. Ils se croisent de temps à autre... deux fois par tour... »
«Ok », je remercie en fermant les yeux pour visualiser le tour, sa longueur, sa durée, ses angles morts – il me faudra faire un énorme cadeau à Monsieur Rusard si je sors vivant de tout ça. «Est-ce que tu sais où nous sommes ? »
« Au Pérou, pas loin de l'Amazonie », elle répond sans une hésitation.
« C'est ce que je me disais », je réponds content que des pièces tombent en place. « Et le domaine est immense ? »
« Des milliers d'hectares. Une partie est une exploitation forestière moldue – Jérémie en possède la moitié, je crois », elle soupire comme si la richesse de Jérémie lui pesait physiquement.
« Protection magique ? », je continue.
« Pas de transplanage, c'est tout. Plus ils prendraient le risque que les autorités magiques péruviennes s'intéressent à eux », elle indique. « C'est Hermosa encore – elle est bavarde... »
« D'où l'hélicoptère qui est venu chercher Jérémie », je comprends. Je ne fais pas de commentaire sur Hermosa.
« Ils ont aussi trois grosses voitures très hautes sur roues », m'informe Bettany, surmontant son mépris pour la technologie moldue. « Elles sont dans le bâtiment là-bas », elle précise en montrant un long bâtiment bas que je peux voir de ma fenêtre. « C'est des voitures qui passent partout, tu sais... ?
Un début de plan se forme dans ma tête, mais j'hésite encore. C'est tout risquer, tout remettre en cause. Mais ai-je d'autre choix ? Bettany a sans doute raison de penser qu'ils nous tueront dès que nous ne leur serons plus utiles...
« Les prisonniers, ils sont toujours au même endroit ? Il y a un garde ? », je reprends donc mon enquête.
« A l'intérieur seulement », elle répond, sobrement.
Je vois qu'elle espère très fort que je suis en train d'accepter. Soit c'est une comédienne qui s'est fourvoyée dans la recherche fondamentale, soit... elle est sincère, je me dis une nouvelle fois. Ça m'agace, mais je me rends compte que j'aimerais qu'elle soit sincère.
« Un Moldu ? Tonio ? », je questionne de ma voix la plus neutre.
« Oui, c'est le seul qui parle portugais. »
J'opine en revoyant mon plan – la préparation matérielle, l'enlèvement, la fuite. Jouable. Serré, dangereux, mais jouable.
« Et nous qui les cherchions en Argentine ! », je rage, histoire de sortir la nervosité qui m'étreint.
Je leur en veux de me mettre dans une telle situation, de jouer la vie de gens que j'aime, pour la deuxième fois en plus. Mon envie de revanche est énorme. Quand je m'en rends compte, je frissonne. Pas que moi, d'ailleurs : Sirius est totalement affolé que je puisse agir par colère et par revanche, je comprends à la frustration inquiète qui emplit mon cerveau.
« Mais ils ont une grande propriété au sud de l'Argentine, des milliers d'hectares, là encore : élevage bovin cette fois », confirme Bettany, un peu comme si elle cherchait à me consoler. « J'y suis allée quand ils m'ont offert la... bourse... »
« Bon, c'est pas à nous de démêler tout ça », je décide – ça rassure un peu Sirius. « Admettons que je te croie et que nous cherchions à nous enfuir ensemble ce soir... Il me faut une heure, Bettany. »
« Une heure ? »
« On ne va pas partir à pied dans la jungle jusqu'à sortir de la zone anti-transplanage ! Je vais bousiller deux voitures, récupérer du matos, avant d'envisager sortir nos amis de leur cage... ça demande une petite heure et... une diversion. »
« Une diversion ? »
« Tu pourrais retourner dans ta chambre, mettre un maillot de bain pour ressortir et dire que tu as décidément trop chaud... Prendre un bain dans la piscine... Les deux fiers à bras qui se tapent la garde vont être trop heureux... Tu sais nager ?»
« Tu veux... », elle rougit comme si je lui demandais de coucher avec eux.
« Ils ne vont rien te faire, juste se rincer l'œil... et oublier de regarder ailleurs », je réponds assez sèchement.
Elle digère mes idées.
« Tu vas me laisser », elle croit comprendre. Il y a plus de résignation que de colère dans sa voix.
« C'est sans doute tentant mais, comme l'a souligné Hermosa, je suis pétri de notions totalement stupides comme la valeur de la vie humaine », je réponds en affrontant son regard.
« J'ai vu », elle souffle sans détourner les yeux – elle fait bien, je l'aurais peut-être tuée, sinon. Tout plutôt que de la laisser me trahir une nouvelle fois.
« Une heure ? », je répète avec autorité. Elle acquiesce avec juste la petite nervosité qui me dit qu'elle mesure ce à quoi elle s'engage. « On se retrouve dans le garage... tu t'habilles en noir », je précise.
« Tu – tu crois qu'on va y arriver ? », elle quémande timidement après trente seconde de silence.
« On n'a pas le choix », je réponds en tendant la main. Elle pose ma baguette dedans. La serrer me donne l'impression que j'ai une chance.
Oo
Quand Bettany est partie, je m'habille complètement, en colorant magiquement mes vêtements blancs en noir. Je n'ai rien à prendre dans ma chambre mais je dois attendre la diversion pour agir. L'excitation et l'angoisse pulsent de concert dans mon corps. De loin en loin, j'entends les deux gardes. Quand, presque à l'autre bout de la maison, Bettany ouvre la porte de sa chambre, j'ai l'impression que tous les poils de mes bras se mettent au garde à vous. Il me semble entendre chacun de ses pas, un peu hésitants, le craquement des lattes de la terrasse, le bruissement d'un tissu – un peignoir ou une serviette sans doute – sur un transat. Il me semble que la maison tout entière, le jardin et le parc autour retiennent leur souffle – pas seulement moi – jusqu'au moment où on entend le splash de son entrée dans l'eau.
Faut que j'y aille, je me dis – et pourtant je reste figé sur le lit jusqu'au moment où j'entends une voix d'homme qui s'essaie dans un anglais hésitant :
« Mademoiselle, mademoiselle, vous nagez ? »
On entend un clapot. Bettany répond qu'il fait trop chaud pour dormir. C'est toujours un peu grisant quand son plan prend vie.
« Bouge-toi, Cyrus », je m'engueule en me glissant dehors par la porte fenêtre – du côté opposé à la piscine. Je me glisse le long du mur. Je passe devant la fenêtre de la pièce où Aesthélia, Joachim et Cristovao sont enfermés. C'est dur de ne pas s'arrêter.
« Je reviens », je murmure dans la nuit.
J'arrive à la cuisine – j'inspire avant de passer une tête par la porte fenêtre. Tout est rangé, propre, sombre, calme. Le contraire de moi, en somme. Je me dépêche de rafler des bananes, de la viande séchée, de l'eau et un des paquets de gâteaux et un gros couteau de cuisine – de l'autre côté, j'entends Bettany parler avec deux hommes. Il y a des diversions qui ne peuvent que marcher.
Je ressors avec mes vivres et je cours jusqu'au garage – je ne peux pas être plus loin de la piscine. J'ouvre les trois réservoirs pour déterminer lequel est le plus plein. Je mets le ravitaillement dans ce véhicule là avant de percer les pneus des deux autres et d'arracher les fils des démarreurs. Ça ne me prend pas dix minutes. Je reviens à la maison, conscient que j'ai juste réussi le plus facile. Je repasse pas la cuisine toujours vide, rangée et silencieuse pour atteindre le corridor de droite, celui qui mène au bureau de Jérémie.
Je sors ma baguette pour vérifier que la porte n'est pas protégée magiquement – elle ne révèle qu'un Repousse-moldus assez faible. Je lance un sort d'ouverture qui a raison de la serrure. Me glisser dans le bureau est un jeu d'enfant et pourtant j'ai le cœur qui bat à tout rompre. S'il y a un piège, je me dis, il est là. Je décide donc d'aller à l'essentiel : je prends le fameux étrange téléphone et je ressors sans toucher un parchemin, un tiroir ou un bibelot. Je mériterais une carte chocogrenouille.
Le téléphone est étrangement lourd dans ma main et sans doute totalement inutile. Rien à faire – je ne sais toujours pas qui appeler, mais on est encore pour plusieurs heures sans pouvoir envoyer un message magique. Je ne peux pas le laisser.
Du bureau, j'entends Bettany sortir de la piscine, échanger des propos en petit nègre anglais avec les gardes. Elle dit qu'elle adore nager, ils rient. Un des gars dit qu'il a toujours voulu apprendre.
«Tu devrais demander à la dame », commente une troisième voix – un accent brésilien – Tonio, je réalise avec un sursaut.
C'est une chance totalement incroyable, je me dis, en me glissant rapidement dans le couloir. Quelle probabilité qu'il revienne à son poste tant que Bettany est dans la piscine ? Je préfère croire en son instinct masculin.
Une nouvelle fois, ma magie a raison d'une serrure moldue. Retenant mon souffle, je compte jusqu'à cinq avant de pousser le battant – Aesthélia et Joachim sont dressés et sur leurs gardes; ils n'ont pas l'air d'attendre le meilleur de cette visite nocturne, et ça me tord l'estomac. Leurs yeux s'agrandissent en me voyant sans réellement perdre toute inquiétude, mais instinctivement ils ne disent rien. Je mets mon doigt sur mes lèvres dans une confirmation sans doute inutile et je referme le plus silencieusement possible la porte derrière moi.
« On y va », je souffle.
Joachim ouvre la bouche mais la referme, Aesthélia secoue Cristovao tout en lui mettant une main sur la bouche afin qu'il ne salue pas trop ostensiblement mon apparition. Ils mettent leurs chaussures en me jetant des regards curieux furtifs mais sans un bruit. Je reste près de la porte, on entend les rires des trois hommes, la voix de Bettany... J'espère qu'un d'entre eux ne va pas devenir entreprenant... Trois malabars qui peuvent se laisser collectivement emporter, c'est sans doute pas sans risques.
Quand Joachim, Aesthélia et Cristovao sont prêts, je leur fais signe de venir. Nous sortons en file indienne dans le couloir – trois mètres et nous sommes dans la cuisine. Invisibles. Je vois bien que Joachim a reconnu la voix de Bettany et qu'il comprend que les hommes la draguent.
« Elle fait diversion », je souffle en lui prenant le bras. « Elle va nous rejoindre. »
Il n'ose pas me répondre, et je lis un mélange de colère et de tristesse sur son visage. Il ne peut pas lui faire confiance, ni totalement l'oublier. En fait, aucun de nous ne peut, je réalise en croisant les regards d'Aesthélia et Cristovao. Laissant tomber la question, trop complexe alors que nos vies sont en danger, je leur indique silencieusement, par la porte de la cuisine, le bâtiment en face dans le jardin et je leur fais signe d'y aller. Aesthélia opine et entraîne les autres. Je reste en couverture tant qu'ils n'y sont pas arrivés.
« Vous êtes inépuisable, Mademoiselle Bettany », commente Tonio d'une voix un peu excitée.
« Je... je crois que je vais arrêter... pour ce soir », elle répond avec une pointe d'angoisse dans la voix.
Je ferme les yeux, hésitant entre rejoindre les autres dans le garage et aller chercher Bettany. J'espère qu'elle a sa baguette et qu'elle n'hésitera pas à s'en servir s'ils l'embêtent, je décide avec de la colère avant tout envers moi d'avoir pensé mon plan comme une blague à Poudlard. On n'est plus à Poudlard, Cyrus, va falloir que t'en tiennes compte !
« Vous sortez, Mademoiselle Bettany ? », demande un des gardes péruviens.
« Toutes les bonnes choses ont une fin », commente Bettany avec hauteur. Il me semble entendre ses pas sur la terrasse.
« Faut pas le prendre comme ça », marmonne l'autre Péruvien.
« Bonne nuit », répond Bettany en accélérant peut-être un peu trop jusqu'à sa chambre mais n'est pas Hermosa qui veut.
Comprenant que je n'ai plus à faire autre chose, je cours jusqu'au garage.
« On monte tous dans le rouge », j'indique quand je les rejoins.
« Tu sais conduire ça ? », s'étonne Joachim – peut-être qu'il voudrait parler de Bettany mais qu'il n'ose pas.
« Je conduis mieux les motos », je décide d'être honnête – à voir leurs têtes, je crois que c'était une mauvaise idée. « Mais montez vite ! »
Bettany arrive juste à ce moment-là. Essoufflée, encore toute mouillée et habillée de noir. Il y a un moment de gêne parce que Bettany n'ose pas aller avec Joachim, déjà installé à l'arrière, et Aesthélia laisser Cristovao. Pourtant mettre la gente féminine ensemble paraît la moins bonne géométrie.
« Laquelle de vous deux se sent capable d'utiliser des sorts offensifs ? », je demande.
Bettany pâlit, honteuse, je crois, de ne pas avoir été assidue aux cours de Défense contre les forces du Mal. Aesthélia me regarde l'air offensé que j'ai pu oublier tout ce que Sirius lui a appris. J'ai peut-être usé toutes mes ressources en diplomatie avec Jérémie et Hermosa.
« Bien, Bettany, Joachim et Cristovao à l'arrière », j'ordonne donc en me mettant au volant.
On dirait une grande famille moldue pleine d'ados perturbés qui part en vacances, je dis avec une envie de sourire, malgré la tension.
« Tenez », souffle Bettany, sortant deux baguettes de sa veste, une fois que les portes se sont refermées.
Joachim et Aesthélia se regardent et reprennent leur bien avec moins de cinéma que moi précédemment. Leur soulagement est néanmoins palpable.
« Les gardes sont armés. Joachim et Bettany, un bouclier peut être utile... », je commence à expliquer et je vois leurs yeux s'agrandir. « Sinon, écrasez vous au sol », je soupire en pointant ma baguette sur le démarreur pour faire partir la voiture.
J'essaie de me rappeler de toutes les fois où j'ai pu conduire un véhicule - moi ou Sirius, pas le moment de cracher sur un "souvenir" adapté. Celui ci est étrangement gros et massif, et je ne suis pas sûr qu'il fonctionne exactement comme les voitures que Remus loue parfois quand nous sommes en vacances. Pas le moment de faire des embardées ou de caler, je me dis en patinant l'embrayage avec application. Je transpire comme si ça demandait un effort monumental, je me rends compte.
Ça se passe pas trop mal – je sors par exemple sans encombre du garage, mais le bruit du moteur attire évidemment les gardes. De les voir, je veux trop vite accélérer, le moteur ronfle et manque de caler. Mon cœur aussi. Des tirs imprécis sifflent autour de la carrosserie. Je m'engage sur la plus grosse route de latérite qui part de la maison – en plus, je ne sais même pas où je vais ! - et j'essaie de nouveau d'accélérer. Le moteur hurle et grince quand je passe les vitesses, ce n'est pas la classe internationale.
« Pourquoi on ne transplane pas ? », hurle Joachim en se tenant à une poignée judicieusement placée au dessus de la portière.
« Barrière », je réponds sobrement.
Franchement, je préfère conduire une moto, ça ressemble plus à un vol en balai et non au cornaquage d'un éléphant. Mais, grâce à notre étrange carrosse, les gardes sont rapidement hors de portée de tir et, comme ils n'ont pas d'autres véhicules, je décide que je peux essayer de trouver un rythme plus régulier. Le moteur semble répondre de manière positive à mes efforts.
« On va chercher la fin de la zone », j'explique. « Et puis on transplanera... »
« Je croyais que t'étais avec les méchants, Bettany ? », s'informe alors Cristovao.
« Je... j'allais pas vous laisser...tomber », elle répond avec émotion.
Aesthélia me regarde par en dessous comme si elle pensait que j'allais apporter des preuves de la sincérité de Bettany, et je me contente de hausser les épaules.
« J'ai pris de l'eau et à manger », j'indique aux anciens prisonniers.
Il faut quelques minutes pour qu'ils se décident mais finalement ils engloutissent les bananes comme des gens qui ont besoin de prendre des forces. Alors que nous nous sommes à peine redressés sur les sièges, à peine rassurés sur nos chances d'évasion, un bruissement puissant emplit le ciel.
« What is it !? », hurle Bettany tellement terrifiée qu'elle en oublie son portugais.
Aesthélia me jette un regard qui n'en vaut pas beaucoup mieux. Il faut le dire.
« Je ne sais pas trop... », je réponds.
« Oh, un hélicoptère ! », commente assez joyeusement Cristovao qui s'est penché par dessus Joachim pour mieux voir.
« Shit », je jure en anglais.
« Here they come ! », panique totalement Bettany en se recroquevillant sur son siège.
Joachim manque de lui proposer son réconfort et puis non.
« Tu crois que c'est eux ? », demande Aesthélia avec un mélange de désespoir et de détermination qui est un peu plus rassurant que son premier regard.
« Pas Vassili et Hermosa, les chefs, non, je ne pense pas... Ils sont partis en ville... Mais du renfort pour les gardes... », j'espère à haute voix. Parce que l'idée d'affronter plein de Moldus est toujours moins inquiétante que celle d'un combat magique – est-ce que je ne me mens pas au fond ?
«On peut l'abattre ?», s'intéresse Cristovao. « Dans les films, ils ont des lance-missiles... Boum!»
Un peu comme un écho, l'hélicoptère pique sur nous, et un gars perché sur un espèce de rail balance une bordée de balles avec un fusil. Un nombre conséquent d'entre elles rebondissent sur la voiture, d'autres la pénètrent comme du beurre. Je crains pour le moteur. Bettany crie. Je fais des zig-zag jusqu'au moment où Aesthélia lance un bouclier qui assure l'intégrité de notre véhicule. Désolé, Cristo, je t'expliquerai un autre jour que je ne m'y connais pas en tire magique de loin sur engin moldu... Où sont les vrais Aurors entraînés quand on a besoin d'eux ?
« La forêt », souffle Aesthélia. « Rapproche-toi, on sautera de ton truc et on se cachera dans la forêt... on aura plus de chance... »
« Dans les films, ils éteignent les phares », m'informe doctement Cristovao.
Je lui obéis immédiatement et je suis obligé de me coller au pare-brise pour voir ou je vais. Le véhicule tangue dans tous les sens comme je me prends les trous et les bosses
« Sauter ? », je répète en lançant des regards affolés à Aesthélia. « On va se tuer ! »
« Transplaner ? », propose Joachim d'une voix qu'on sent qu'il veut raffermir. « On s'est éloigné... peut-être que ça suffit... »
« C'est une idée ! », soutient Aesthélia.
« C'est trop dangereux ! », je les coupe. Remus a eu à coeur de nous mettre en garde contre les risques de transplaner à Poudlard contre la barrière, Harry et moi. Il faut dire qu'il avait eu Sirius et James comme amis.
« Cyrus, faut essayer », me raisonne Aesthélia.
« Admettons que toi, moi, Joachim et Bettany, on y arrive, on fait comment avec Cristo ? », je questionne assez méchamment. « Combien de chances de passer en escorte contre une barrière ? »
« Joachim, essaie », demande ma marraine sans répondre à ma question « Tant qu'on sait pas si c'est possible seul, la question du transplanage d'escorte me paraît inutile. »
Renonçant à les priver de leur idée, je continue de zigzaguer, tout en me rapprochant de la forêt, l'hélicoptère nous perd et nous retrouve... les balles continuent de rebondir contre le bouclier de la voiture – pas de la camelote.
« He succeeds ! », clame Bettany en même temps que le pop du transplanage de Joachim emplit la cabine.
« Je le vois dehors ! », clame Aesthélia – pour la première fois, l'espoir est revenu dans sa voix.
« Bettany, go ! », j'ordonne, acceptant facilement d'avoir eu tort, surtout parce que ça redonne de l'espoir. Je regarde Aesthelia : « Passe derrière et prépare toi. »
"Et toi ? Dès que je ne serai plus là, les balles vont toucher la carrosserie..."
"Faut que le véhicule continue pour qu'ils aient un périmètre plus grand à fouiller", j'explique. Je vois bien qu'elle ravale sa peur que nous soyons séparés. " Quelques secondes."
Avec un soupir réprimé, elle obéit – je l'entends murmurer à Cristovao qu'il ne doit pas avoir peur. Ce à quoi le môme lui répond avec une évidente sincérité qu'avec nous il n'a pas peur.
« On va faire de la magie ? »
« Je vais faire de la magie – ce n'est pas très agréable mais... ça devrait bien se passer », explique machinalement Aesthélia.
Je sens qu'elle se concentre. La seconde pour que le sort fonctionne me semble durer une minute mais le pop me rassure. Il ne reste plus que moi. C'est le moment que choisit l'hélicoptère pour voler en rase motte face à moi, pour me barrer le passage. Ma main gauche reste sur le volant, ma main droite prend ma baguette et j'appuie sur l'accélérateur.
Quand je me matérialise à la lisière de la forêt, le 4X4 a accroché l'hélicoptère qui n'a pas pu se redresser. L'ensemble du matériel moldu explose sous l'impact avec un souffle chaud et un champignon orange du plus bel effet.
ooo
Harry dans le prochain, va nous parler "Des droits de l'accusation et des stratégies de défense", moins d'action (pour le moment) mais un début d'éclaircissement.
En attendant, portez vous bien.
