Bande son de Sudistes (allez les voir !)
Les flics au pied, l'armée au doigt, les gosses à l'oeil
Tu ressembles à une petit roi bouffi d'orgueil
Les Zoufris Maracas, Le peuple à l'oeil
77. Harry Des droits de l'accusation et des stratégies de défense
Je me réveille en sursaut – une présence inattendue, je dirais – mon inquiétude renforcée par le sentiment que je ne sais pas où je suis... ni même que je dormais.
« Tout va bien, Harry », souffle une voix que je connais alors que deux mains rassurantes se posent sur mes épaules. Une main repart et me met mes lunettes dans les mains.
En les chaussant, je réalise que je suis dans la cellule proposée par les Aurors suisses. J'ai préféré l'accepter que de me faire cuisiner par eux avant le retour des chefs et j'ai convaincu Brunissande et Sorenzo de suivre mon exemple, je me rappelle. Mais un de ces grands chefs est revenu et s'est assis sur mon lit.
« Mãe ? », j'interroge donc en me tournant vers ma mère adoptive.
Elle a dit que tout allait bien mais sa présence sur mon lit m'inquiète, je me rends compte. Je ne sais plus à quand remonte la dernière fois que Mãe s'est assise sur mon lit. Je devais être malade sans doute. Pas qu'elle l'ait fait autant avec moi qu'avec Cyrus – et je sais que c'est de ma faute, que j'ai toujours entretenu plus de distance entre elle et moi que lui, qu'il a fallu qu'elle me fasse un frère et une sœur pour que je fasse l'effort de lui laisser une place... pas que je l'aie jamais regretté. Mais au-delà, sa présence ici dans cette cellule à Genève tient du rêve, je me dis : comme une échappée d'un monde beaucoup plus quotidien, où on enlève mon directeur de stage, on fait brûler la banque où je travaille, on enlève mon frère... - mon frère... Donc, elle est peut-être là pour m'annoncer le pire.
« Cyrus », je souffle mais j'aurais pu aussi demander : Sorenzo ? Brunissande ? Papa ? Ada ? Tiziano ? Tant de gens pour qui je m'inquiète, je réalise, le sommeil finissant rapidement de s'évaporer. Je finis de m'asseoir à la fin de cette réalisation.
« On avance très lentement », répond Mãe avec franchise – du chagrin dans ses yeux, mon estomac se serre. « Remus et Ginny ont trouvé un certain Tiago – un ami d'Aesthélia. Il était au rassemblement et son neveu est parti avec eux », elle explique en se faisant un peu violence, je vois bien. Peut-être voudrait-elle parler d'autres choses.
« Et ? », je relance malgré tout. Parce que moi, rien ne m'intéresse plus que mon frère, là, maintenant, tout de suite.
« Ce Tiago... il prétend pouvoir voir son neveu... ou plutôt par les yeux de son neveu – ce serait son pouvoir d'initié, être capable de voir par les yeux des gens de sa famille », elle raconte avec une espèce de dérision douloureuse. « Je sais, Cyrus me détesterait d'avoir l'air d'en douter. Bref, Tiago dit qu'il voit Aesthélia et un jeune garçon qui serait avec eux – je n'ai pas retenu le nom – par les yeux ou l'esprit de son neveu... Mais il ne voit pas Cyrus... Il pense qu'ils ne sont sans doute plus au Brésil parce que c'est très difficile pour lui de maintenir cette connexion», elle rajoute. Malgré ses efforts pour paraître factuelle, elle suinte d'angoisse. « Faute de meilleure piste, ils sont partis à l'endroit où ils se seraient re-matérialisés après le rituel. »
« Re-matérialisés ? », je répète sidéré par le vocabulaire. Elle n'a pas dit transplané, et je sais que c'est volontaire.
« Harry, je n'en sais pas réellement plus. C'est compliqué d'avoir Remus à aussi longue distance, sans parler de l'enquête... ici », elle soupire. « Ils espèrent trouver une piste, là-bas et ils doivent me rappeler... moi ou Severus s'ils n'arrivent pas à me joindre. »
Pendant qu'elle parle, une partie des évènements récents me sont revenus. D'autres sources d'inquiétude.
« Les Teuffer ? », je demande donc – ça aussi ça m'intéresse – moins que la sécurité de Cyrus, mais j'entends qu'on ne peut pas en savoir plus tout de suite.
« Comme Lorendan et toi le pensiez, ils sont plutôt prêts à négocier », elle raconte encore avec une certaine réticence. « J'ai promis de ne pas trop t'en dire avant que Corboz ne t'interroge.. dès que tu le sentiras », elle conclut avec un mélange de pression et de protection qui lui ressemble bien. Je sais déjà qu'elle sera là à mes côtés durant l'interrogatoire. Elle hésite encore avant de rajouter comme une mise en garde : « Rappelle toi que la famille Teuffer occupe, de droit, un siège au Conseil magique helvétique depuis le XVIe siècle, même pas besoin d'être élue par une guilde ou qui que ce soit. »
« Tu crois que même après ce qui vient de se passer les Aurors suisses vont enterrer l'affaire ? », je m'insurge, sidéré.
« Je pense que si les faits étaient enterrables, ils le seraient déjà... Lorendan maintiendra-t-il sa plainte si les Gobelins lui demandent de la retirer contre le nom de l'incendiaire ?»
On se retrouve dans le jeu décrit par Sorenzo - un jeu où la confrontation directe est moins payante que le compromis, je réalise. Sauf que malgré ses concessions, Sorenzo s'est fait enlever. Existe-t-il une réelle marge de manoeuvre contre la collusion du pouvoir financier, politique et judiciaire ?
« Les autres ? », je questionne plutôt en passant mes mains sur mon visage.
« Ta... Ton amie, Brunissande, est réveillée, mais Corboz veut commencer par toi – tu l'intrigues pas mal », elle reconnaît avec un clin d'œil. « Lorendan dort encore, mais ils vont le réveiller. Je pense qu'ils interrogeront Brunissande en dernier – c'est la cousine d'Aliénor, c'est ça ? », elle questionne alors qu'elle le sait sans doute très pertinemment.
« Tu veux savoir si je sors avec elle », je soupire avec résignation.
« Si... enfin... juste », elle s'enferre. « Ce n'est bien sûr pas du tout la priorité », elle finit par répondre comme si c'était elle la gosse dans cette histoire.
« Je ne sais pas exactement moi non plus », je réponds en la regardant droit dans les yeux.
« Oh », elle commente un peu gênée, mais Papa serait pire. D'ailleurs, je n'aurais jamais dit la vérité aussi crûment à Papa.
« Je l'ai embrassée », je décide de lui avouer – ça sert à ça, des parents, non ? À écouter vos pires conneries et à vous trouver des excuses, non ? Comme elle ne dit rien, je continue : « Ça ne veut pas dire dans ma tête que c'est fini avec Ada... mais c'est peut-être le cas... sans que je sois plus sûr que j'ai commencé quoi que ce soit avec Brunissande... »
Elle opine plusieurs fois la tête avant de hausser les épaules.
« J'imagine que le moment n'aide pas à y voir clair... »
Qu'est-ce que je vous disais sur sa capacité à me trouver des excuses ?
« Tu as flippé pour moi », je reprends en m'asseyant sur le côté du lit et en m'étirant. Je ne sais pas combien de temps j'ai dormi mais je me sens plutôt épuisé à moins que ça soit la tension. « Tu n'as pas perdu de temps pour arriver là et nous retrouver... Je suis désolé de la manière dont je t'ai... mise au courant... »
« Tu es tombé sur la médaille de Cyrus... ça excuse de fait beaucoup de choses, pour moi », elle m'affirme avec un peu d'émotion.
« Brunissande te les a données ? », je vérifie.
Elle opine en soupirant et je décide de ne pas remuer le couteau dans la plaie.
« On va voir ton collègue ? », je propose en laçant mes chaussures. Je n'ai pas envie de réfléchir au fait que je voudrais être au Brésil, à retourner la jungle amazonienne si besoin, pour retrouver Cyrus.
« Un truc qu'il vaudrait mieux que je sache ? », elle souffle en se levant.
Je prends le temps de réfléchir – je comprends bien qu'elle est dans une position délicate à cause de moi. Elle n'a pas envie de découvrir des problèmes pendant l'interrogatoire. Et je l'ai peut-être habituée à trop de problèmes, je songe avec une certaine amertume.
« J'imagine qu'on me pardonne d'être entré chez les Teuffer sans sonner, non ? Vu que ça a permis de sauver Sorenzo... Sinon... à part avoir volé – c'est pas bien, je sais – une moto... franchement, moi, je n'ai rien fait de réellement répréhensible, Mãe », je réponds avec un sourire en coin à cause de la moto.
« Vous deux et les motos », elle soupire pour la forme.
Ça ressemble à la conversation complice qu'on pourrait avoir où elle ferait semblant de me gronder et moi d'avoir quinze ans. Sauf qu'aucun de nous n'a le cœur de tenir nos rôles. On se serre un peu brusquement l'un contre l'autre avant de sortir de la cellule sans un mot de plus.
Oo
« Vous êtes bien Harry Potter-Lupin ? », questionne le Brigadier Corboz, avec un petit sourire d'excuse. « Je suis obligé de vous poser la question. »
« Je sais », je réponds avec un sourire poli. « Je suis bien Harry Potter-Lupin. »
« Vous êtes né Harry, James, Potter, le 31 juillet 1980 à Godric's Hollow, Royaume-Uni. Vous êtes devenu Harry Potter-Lupin par adoption le 21 octobre 1987 », il continue de lire sa fiche.
Je confirme d'un signe de tête – je revois la salle de Magenmagot, le sourire de Remus, les flashs des appareils photo et les plumes papotes des journalistes... ma joie de me savoir adopté.
« Vous êtes actuellement étudiant en dernière année à la Scuela de Venise, stagiaire Briseur de sorts à la Banque Gobelin de Genève », continue Corboz.
« Tout à fait », je confirme, conscient que l'interrogatoire va commencer.
« Racontez nous comment vous êtes arrivés là », il lance d'ailleurs.
« J'ai déposé une candidature. Le Gobelin Crochpik de la Banque de Genève m'a rencontré à Venise et proposé un stage », je réponds factuellement.
« Vous ne connaissiez pas Sorenzo Lorendan avant d'arriver à Genève ? »
« Non », je confirme, en me demandant s'il cherche à établir que j'ai bénéficié de passe-droits. J'ai des tendances paranoïaques quand on arrive au politique.
« Vous avez habité chez lui, m'a-t-on dit », reprend Corboz l'air de ne pas se contenter de ma réponse, et je revois Franka, l'adjointe de Sorenzo, me demander presque la même chose
« Je n'ai pas de relations amoureuses avec Sorenzo Lorendan », je réponds en le regardant droit dans les yeux. J'ai presque un sourire, histoire qu'il comprenne que je ne suis pas naïf.
« Il vous a fait des propositions ? », il clarifie quand même.
« Non », j'affirme très sérieusement en espérant enterrer la question.
Corboz regarde ses notes, avant de reprendre sur tout à fait autre chose :
« Votre stage porte sur l'élaboration d'une potion... »
« Il s'agit d'une potion qui permet de contrôler les effets de la pleine lune sur des statuettes... », je commence avec résignation – il va bien falloir en passer par là.
« Les effets de la pleine lune ! », il me coupe sévèrement.
« Tout à fait », je réponds sans détourner les yeux. S'il veut comprendre deux minutes ce qui s'est passé à Genève, il ferait mieux de ne pas avoir peur de la pleine lune.
« Quels effets ? », il finit par demander, plus calmement.
« Ces statuettes sont des catalyseurs des magies de lune... », je commence en ravalant un soupir. Je voudrais pouvoir poser les questions à sa place – ont-ils une piste sur Kuno par exemple ? Ont-ils obtenu des informations des Teuffer ? N'est-ce pas plus intéressant que mes potions pour l'instant ?
« Des magies interdites ! », m'interrompt de nouveau Corboz. On est dans la bonne vieille peur des Aurors des magies manipulées par les Briseurs de sorts... Autant dire qu'on n'est pas sortis de l'auberge.
« Un briseur de sorts est amené à étudier et manipuler des magies qui ne sont pas... réglementaires », je réponds calmement. « Ces statuettes proviennent d'un coffre dont les héritiers ne souhaitaient pas récupérer le contenu... A la pleine lune, elles chantent, et les Gobelins n'en supportent pas le chant... Ils demandent aux briseurs de sorts de trouver une solution... rien de totalement étonnant là-dedans », je prends la peine de développer.
« Sauf que la Banque brûle quand vous revenez avec la potion qui doit permettre de manipuler les statuettes », insinue Corboz.
« Ma potion n'était pas si mauvaise que j'aie besoin d'incendier la Banque pour cacher sa médiocrité », j'ironise. « Vous savez que les statuettes ont disparu durant l'incendie et c'est sans doute la meilleure piste... Je dormais chez Lorendan quand c'est arrivé. »
Corboz me regarde d'un air dubitatif comme s'il avait le moindre argument à opposer à ma présentation, avant de préférer une approche moins frontale.
« Le lendemain, vous avez quitté Genève... »
« Je suis allé en Angleterre, à Poudlard, refaire la potion qui avait été détruite », je confirme sobrement. « Lorendan voulait maintenir les essais malgré la disparition des statuettes. »
« C'est là qu'apparaît une certaine Brunissande Desfée qui participe avec vous aux essais... », il souligne.
« Elle a suivi le dossier dès le début », je corrige. « Brunissande était stagiaire avant moi, sur une affaire de poisons anciens et exotiques. Elle m'a loué une chambre et on s'est mutuellement aidés... je connais bien sa cousine », je précise sans doute inutilement.
« Vous passez la nuit de la pleine lune à la Banque puis vous allez tous les deux chez elle », reprend Corboz avec l'air de penser que tout ça doit couvrir une relation sexuelle entre nous - ou c'est moi qui projette mes propres incertitudes.
J'acquiesce par manque d'inspiration.
« Et quelques heures plus tard, vous décidez tous les deux de rendre visite à Lorendan... », il continue, l'air excédé que je ne lui raconte pas ma vie.
« Il nous avait dit de venir le voir si... c'était pour discuter de nos hypothèses après nos observations... il nous avait dit qu'il serait chez lui », je mens par omission.
« Et vous assistez à son enlèvement ? »
« Kuno Teuffer et trois gars l'ont fait entrer dans une grosse voiture noire... il avait l'air sous impérium. Il nous a vus et ne nous a pas reconnu... »
« Vous connaissiez Kuno Teuffer ? », me coupe Corboz.
« Uniquement de nom », je réponds peut-être trop vite. « Il a été étudiant à Londres et mon cousin Drago m'a parlé de lui... »
« Que de cousins et de cousines dans vos histoires, Monsieur Potter-Lupin », il soupire – je note qu'il emploie maintenant systématiquement mon nom complet – ce qui n'était pas le cas au manoir Teuffer. Est-ce une façon de me distancier de ma mère ?
« Le monde magique est assez petit », je lui rappelle. « Mais quand nous avons vu Sorenzo se faire enlever, je ne savais pas que c'était Kuno Teuffer. Je ne l'avais jamais vu auparavant. J'ai appris son nom plus tard, quand nous avons réussi à entrer dans la maison... »
« Ah oui, nos jeunes briseurs de sorts, non contents d'étudier des magies interdites, volent une moto, suivent la voiture, ne se font pas remarquer, entrent dans la propriété... la formation de briseur de sorts est impressionnante ! », ironise Corboz, l'air de penser que je me fous de lui quelque part.
Je réprime la furieuse envie de me tourner vers Mãe pour lui demander d'expliquer quelques trucs elle-même à son collègue.
« J'ai peut-être fréquenté trop d'Aurors dans ma jeunesse », je décide de répondre, tout seul, et sans le lâcher des yeux. « Vous savez, écouté trop d'histoires au coin du feu... »
« Vous avez surtout eu une chance insolente ! », estime Corboz. Je ne lève pas les yeux au ciel – c'est déjà énorme. « Vous n'avez pas l'air de vous rendre compte des risques que vous avez pris tous les deux ! »
« Au départ, nous n'étions pas sûrs que ce soit réellement un enlèvement », j'essaie d'argumenter avec calme et mesure. « Sorenzo avait pu jouer la comédie - la banque avait brûlé deux jours avant... globalement, tout le monde soupçonnait tout le monde... »
« Vous soupçonniez Lorendan ? », s'étonne ouvertement Corboz, intéressé.
« Je le connais très peu », je lui rappelle. « Et... le matin même, après nos observations, Meinrad Teuffer est venu à la Banque et a exigé des échantillons de ma potion... et Lorendan a cédé... Brunissande et moi avions eu du mal à l'accepter... »
« Donc vous reveniez chez lui pour parler de cela », il comprend en ayant l'air de soupeser ce qu'il pourrait faire de cette information.
« Notamment », je reconnais. J'espère qu'il a noté qu'il s'agirait de s'occuper des méchants potentiels et non des dissensions entre briseurs de sorts ou de mes amours. « Brunissande et moi avons décidé de le suivre avant de donner éventuellement l'alerte. »
« Et vous avez pensé que les mieux placés étaient les Aurors de Londres », ne peut s'empêcher de m'opposer Corboz.
« Disons que ça a été un réflexe », je réponds un peu gêné. Ma priorité était Cyrus à ce moment-là, mais le rajouter à l'équation me semble une complexification superflue.
« Ces statuettes, qui avaient l'air oubliées dans un coffre, finalement, elles intéressaient pas mal de monde », intervient Mãe pour la première fois.
« Oui, Meinrad Teuffer, Traugott Körbl », j'énumère, content de l'ouverture.
« Traugott Körbl... », souligne Corboz avec un soupir. Ça lui fait moins mal que de dire Teuffer mais c'est pas facile non plus.
« Il a expertisé ma potion... », je glisse.
« Et il vous a accusé d'avoir mis le feu à la Banque », se souvient Corboz.
« Il paraît », je soupire. Meinrad Teuffer a bien dit à Lorendan que je me servais de lui – je dois paraître visiblement un 'méchant' plus crédible que je l'aurais supposé. « Je n'ai pas de preuves mais j'ai entendu les Teuffer raisonner que Körbl voulait les statuettes... Elles ont appartenu à un ancêtre commun... »
Le nom des Wuelfern pèse sur notre conversation – est-ce encore un interrogatoire ? – sans être prononcé.
« Existe-t-il un rapport entre ces statuettes et la lycanthropie ? », finit par formuler Corboz à visible contrecœur. La lycanthropie ça ne doit pas être sa tasse de thé, encore moins que marcher sur les plates-bandes des grandes familles suisses.
« Des communautés lycanthropes italiennes, par exemple, les utilisent pour atténuer les effets de la pleine lune sur les femmes enceintes », je propose un usage qui me semble suffisamment médical pour ne pas virer à la polémique.
« Des femmes lycanthropes enceintes ? », s'affole Corboz. Je préfère ne pas répondre. Mãe regarde par la fenêtre le jour qui se lève sur Genève. « Vous êtes un expert en statuettes... », il croit comprendre, pas que ça me fasse remonter dans son estime, je dirais.
« Loin de là », je le coupe fraîchement. « La potion, je ne l'ai pas inventée, j'ai fait des recherches en Italie et je suis tombé sur cet exemple parmi d'autres... Je ne suis pas sûr que vous soyez passionné par la théorie de la catalyse mais …. »
« J'essaie de comprendre les intérêts de toutes les parties », il me coupe sévèrement.
« Moi aussi », je lui réponds sans me laisser intimider.
«Adam, puis-je revenir sur une réponse antérieure de Harry ? », s'interpose très légèrement Mãe – on dirait une plume. Corboz la regarde un instant comme s'il avait oublié qu'elle était là, mais il accepte. «Et donc, tu as entendu les Teuffer discuter des statuettes ? »
« Eh bien, on était entrés, on avait localisé Lorendan mais il était gardé », je reviens en arrière parce que je suis sidéré quelque part qu'il n'ait pas posé plus de questions sur ce que j'ai vu ou fait dans la maison. « On attendait que la nuit s'installe - qu'une partie des gardes dorment, quand Meinrad et son fils Lüdger sont arrivés. Ils voulaient que Kuno collabore avec eux à propos des statuettes.»
« Pour en faire quoi ? », insiste Mãe, et je me dis qu'elle veut établir un lien avec quelque chose qui a été dit par les Teuffer.
« Ce n'était pas très clair. Mon sentiment est que Kuno et son cousin Jérémie ont un plan – un usage pour ces statuettes. Le Grand-père et le père voulaient avoir une part du plan... mais ils n'ont pas été très spécifiques et vous êtes arrivés... »
Le Brigadier va poser une question quand la porte s'ouvre sur Cassin, l'Auror qui nous a trouvés, Sorenzo et moi, et qui s'est révélé l'adjoint d'Adam Corboz.
« Chef, chef... la police moldue vient de nous appeler : ils ont la voiture en ligne de mire – on envoie une brigade d'interception pour les appuyer? »
« J'arrive », se lève Corboz.
On reste seuls, Mãe et moi, et je la questionne sans un mot – pense-t-elle que nous devons parler ? Qu'on nous écoute ?
« Tu n'es pour rien dans sa frustration envers les Gobelins de Genève et les briseurs de sorts à leur service », elle finit par annoncer.
« Tu lui as parlé de Cyrus ? », je souffle.
« Non – en toute bonne foi, j'aurais dû me dessaisir d'une enquête qui implique deux de mes fils », elle avoue très bas, elle aussi.
« C'est faire peu de cas de ton intégrité», j'estime sincèrement.
« Ne sous-estime pas la puissance des pressions, Harry», elle répond plus sur un ton de leçon.
«Entre mon poste et vos vies, je sais ce que je choisirais. Et Corboz est sur une corde raide entre connivence politique due aux Teuffer et pression diplomatique britannique pour que la lumière soit faite sur les agissements de Kuno. Ce n'est qu'un homme. »
« En toute honnêteté, cet homme n'arrivera à rien s'il continue à avoir peur de son ombre ! », je réponds.
« Pas le genre de trucs qui t'arrive à toi », elle se marre avec lassitude.
Je choisis de garder le silence. Il paraît que c'est un droit constitutionnel dans beaucoup de systèmes juridiques moldus.
Ooo
« Monsieur Potter-Lupin acceptez-vous d'être confronté au suspect ? »
« Oui », je réponds comme Lorendan et Brunissande avant moi.
« Vous allez entrer et vous asseoir en face de lui. Vous n'avez pas le droit de lui adresser la parole ou d'avoir un quelconque contact direct avec lui. Vous répondrez aux questions de Cassin », nous instruit l'Auror Kraften qui n'a pas l'air d'avoir dormi de toute la nuit.
Nous opinons tous les trois, Kraften nous ouvre la porte.
« Monsieur Teuffer », commence Cassin quand nos sommes installés. Il a l'air fatigué lui aussi et dispose d'un tas de notes devant lui. On y est pour les choses sérieuses, je me dis. « Connaissez-vous les personnes qui viennent d'entrer ? Vous pouvez donner des réponses précises sur chacune d'elles. »
« Non », répond Kuno – il a eu un moment de gêne quand il a reconnu Lorendan mais Brunissande et moi, il se demande d'où nous sortons. Il pense peut-être que c'est un coup monté des Aurors. Ça le rend plutôt confiant.
« Monsieur Lorendan, à ma gauche, a porté plainte contre vous, un peu plus tôt cette nuit pour enlèvement, utilisation d'un impardonnable, séquestration et tentative d'intimidation. »
« Je ne le connais pas », répète Kuno avec dédain.
« Il a été trouvé chez vous quand nous...lors de notre opération... », lui rappelle Cassin.
« Cette descente est totalement illégale – je suis sûr que l'avocat de ma famille va... »
« Monsieur Teuffer, nous vous avons expliqué qu'à ce stade de confrontation, nul n'avait besoin d'avocat », intervient Adam Corboz pour la première fois. Quand Teuffer a l'air de préférer le silence aux menaces, il a un geste pour son subordonné qui reprend son interrogatoire.
« Monsieur Lorendan, reconnaissez vous Monsieur Teuffer ? »
« Ce monsieur a donné l'ordre de me torturer », répond Lorendan – sa voix ne siffle plus mais elle me paraît toujours étonnamment éteinte, sans ses accents italiens chantants. « Ses hommes l'appelaient Monsieur Kuno. »
« C'est un coup monté ! », s'exclame Kuno.
« Que voulait-il obtenir de vous ? », continue l'inspecteur comme s'il n'avait pas été interrompu.
« La façon de stabiliser une potion – une potion préparée par mes stagiaires... une potion qui doit interagir avec des statuettes qui ont été volées il y a quatre jours durant l'incendie qui a ravagé la Banque où je travaille », s'emporte progressivement Lorendan.
« Lorsque nous sommes venus, après l'incendie, vous nous avez dit que rien n'avait disparu », regrette ouvertement Corboz. C'est sans doute de bonne guerre, je me dis. Mãe, derrière lui, est totalement impassible.
« Nous nous en sommes rendus compte plus tard », soupire Lorendan. Personne n'est dupe mais personne ne pose de questions supplémentaires.
« Mademoiselle Desfée, reconnaissez vous le suspect ? », enchaîne l'enquêteur Cassin, reprenant son fil.
« C'est un des quatre hommes qui a enlevé Sorenzo Lorendan », répond Brunissande avec assurance.
Kuno a les yeux qui sortent des orbites devant l'accusation.
« Comment ont-ils procédé ? », questionne l'enquêteur.
« Ils étaient quatre. Ils l'encadraient. S'ils le menaçaient avec des armes ou des baguettes, c'était caché ; Ils l'ont fait monter dans une voiture – une grosse berline noire. Harry – Monsieur Potter-Lupin et moi les avons suivis en moto. Ils sont arrivés dans une grande maison et nous avons réussi à entrer et à les espionner », elle explique très droite, très digne. Incroyable en un mot. Ça semble d'ailleurs être l'opinion de Kuno.
« Si vous n'avez pas vu de menaces comment pouvez-vous parler d'enlèvement ? », souligne l'enquêteur.
« Je - je l'ai appelé et il n'a même pas tourné la tête », répond Brunissande.
Kuno la regarde mieux - je pense qu'il se rappelle du cri et de son "Monsieur Franz" qui s'était retourné. Se rappelle-t-il du baiser ?
« Peut-être n'a-t-il rien entendu», suggère Cassin à qui il faut plus de preuves que ça.
« Non, un des autres s'est immédiatement retourné - nous étions très près; il aurait dû m'entendre... je pense qu'il était sous impérium. »
« Le rapport des médicomages devrait nous le confirmer éventuellement», commente aimablement l'enquêteur que je remercie mentalement de ne pas demander comment nous nous sommes tirés de la curiosité de Monsieur Franz.
« Les avez-vous vu torturer Monsieur Lorendan ? », reprend Cassin après un bref coup d'oeil à ses notes.
« Non. Monsieur Potter-Lupin est le seul à l'avoir vu », elle répond un ton plus bas, comme si elle s'en excusait.
« Monsieur Potter-Lupin », continue l'enquêteur. « Vous reconnaissez vous aussi Monsieur Kuno Teuffer ? »
« Je reconnais l'homme qui a participé à l'enlèvement de Sorenzo Lorendan. Je reconnais l'homme qui a donné l'ordre de le torturer et qui l'a interrogé à la fin de la séance », je réponds en essayant d'être précis et factuel.
« Que voulait-il savoir d'après vous ? »
« Comment stabiliser une potion – vus les ingrédients que j'ai observé dans le laboratoire de cette maison, je pense qu'il s'agit en effet d'une potion proche de celle que Mademoiselle Desfées et moi avions préparée en réponse à la demande de Sorenzo Lorendan... »
« Ainsi, on peut entrer chez les gens, fouiller à leur insu et les accuser de méfaits imaginaires ! », hurle Kuno.
« Nous établissons seulement les termes de la demande d'enquête », rappelle Corboz. « Tous ces éléments devrons être établis pour être accepté par le Conseil... Le rapport des médicomages dira si le plaignant a reçu un impardonnable dans le pas de temps présumé, un relevé de tous les objets, ingrédients présents dans votre maison est en train d'être établi, nous le confronterons avec la recette de cette fameuse potion... par exemple... »
«Je n'ai pas besoin d'enlever un … un homme que je ne connais même pas pour... stabiliser une potion!», s'emporte Kuno. « Qu'est-ce qui vous prouve qu'il n'a pas tout introduit chez moi ? »
«Vous avez des ennemis, Monsieur Teuffer ? Des gens qui monteraient une telle affaire pour vous nuire? », questionne Corboz.
« Ce... ce n'est pas impossible », répond sombrement Kuno, l'air acculé.
« A qui pensez vous ? »
« Leurs noms ne changeraient rien. »
« Ils auraient également introduit Monsieur Lorendan chez vous ? »
« Je ne sais pas », répond Kuno l'air obstiné.
« Continuons », ordonne Corboz en se détournant de lui.
« Monsieur Lorendan, lui avez-vous répondu sur la manière de stabiliser une potion ? » questionne Cassin.
« Oui, j'ai... je voulais qu'ils arrêtent de me noyer à moitié... J'ai dit ce que je savais – que mon stagiaire avait utilisé des larmes de sirène... »
« Cette réponse a-t-elle satisfait Monsieur Teuffer ? »
« Il a dit qu'il allait vérifier », répond Lorendan avec un frisson rétrospectif.
L'interrogateur regarde Corboz pour voir si ce dernier a d'autres questions.
« Monsieur Teuffer », il commence en se levant. Il y a toujours beaucoup trop de respect dans le nom, à mon avis. « Nos avons de sérieuses accusations contre vous, portées par trois personnes différentes, une victime et deux témoins. C'est assez pour que nous ouvrions une procédure officielle d'enquête... »
« Mon avocat... », tente Kuno.
« Votre avocat ne peut rien tant que notre accusation n'est pas déposée devant le juge », l'informe très calmement Corboz. « Vous pouvez vous taire mais votre coopération serait appréciée. »
Kuno a l'air abattu sur sa chaise. Il nous jette des regards haineux à nous ses accusateurs mais ne répond rien.
« Vous êtes notre hôte, bien sûr, tant que nous n'avons pas terminé la fouille de cette maison », continue Corboz surmontant encore une fois sa servilité naturelle pour le bien de son enquête.
« Ma famille va vous détruire », gronde très bas Kuno en le foudroyant du regard. Corboz détourne les yeux, et tout le monde retient son souffle. Mãe flanquée de Foote et Finnigan a l'air de se retenir d'intervenir.
«Si j'ai bien compris une partie de ce qui s'est joué ce soir », répond lentement Adam Corboz, après pas mal d'hésitation, « vous n'avez pas totalement apporté les garanties attendues par votre grand-père pour qu'il vous accorde sa totale protection», il précise en l'affrontant réellement. «Qu'il réfléchisse à son intérêt - il me semble que ce sont ses propres mots. »
-
Adam Corboz et une équipe de 8 hommes dont Cassin, Kraften, Lapierre et Servoz.
Dora est accompagnée de l'auror Russel Foote et de l'aspirant Seamus Finnigan
Le prochain retourne en Amazonie sur les traces de Cyrus et ses petits amis. Des distinctions fragiles et des distances vaincues,ça s'appelle. Pour la petite histoire, je suis en train d'écrire le 83 et je me dis que j'aurais tout boucler avant 90 chapitres... On verra si c'est vrai !
