J'ai tout dit
J'ai rompu le charme
J'ai tout dit
Maintenant je vous regarde
Et si ma soeur
Tu veux sécher mes larmes
Oh ma soeur Hildegard
Je suis le bruit
Du vent dans les arbres
Camille, Tout dit
79. Harry. Des protections familiales et espoirs politiques
Kuno Teuffer reste un moment interdit devant la proposition du chef des Aurors de Genève. Il semble avoir du mal à se convaincre qu'Adam Corboz puisse être dans la confidence de son grand-père. Puis ses yeux vont sur moi avant de filer vers ma mère et de revenir vers moi – peut-être se demande-t-il si nous sommes de la même famille, elle et moi, et donc tous de la famille de Cyrus. L'envie de lui casser méthodiquement la gueule – un truc que je n'ai jamais fait à personne – n'est pas loin. Kuno opine enfin, plusieurs fois pour lui-même, avant de marmonner, avec une expression rusée qui me fait froid dans le dos :
« Vous voulez l'incendiaire de la Banque ? Pourquoi pas, après tout. »
Lorendan est content d'entendre ça et incapable de le cacher. Sans doute voit-il de nouveau une façon de négocier un autre poste avec les Gobelins – son seul objectif ou presque depuis le début. Moi, ouvertement, je regarde Mãe parce que je sens bien que nous perdrons toute chance de coincer le XIC en lui-même si le deal se limite à l'incendie ou même aux statuettes. Je lis dans ses yeux qu'elle pense comme moi.
« Ce serait évidemment un début », répond Adam Corboz avec un mélange de soulagement et de regret. Une porte entrouverte est sans doute plus que ce qu'il espérait. « Mais notre Division n'a pas été saisie d'une quelconque plainte d'incendie par les Gobelins... Par contre la Division Britannique, représentée ici par le lieutenant Lupin, nous entreprend depuis des mois pour que nous vous livrions à sa justice... »
« Pardon ? »
« Il y a différentes plaintes déposées contre vous au Royaume Uni, Monsieur Teuffer, j'en ai déjà plusieurs fois informé vos père et grand-père », reprend courageusement Corboz. « Certaines trouvent aujourd'hui un écho particulier : enlèvements, coups et blessures, extorsion, trafic de potions illicites, non respect du Secret... », il énumère en prenant un air sévère qui n'impressionne pas Kuno.
« N'importe quoi », estime ce dernier les bras croisés. « Vous déparlez, Corboz. Je suis l'héritier de la famille Teuffer, non le chef d'une espèce de mafia internationale... »
«Vous oubliez ce soir, Monsieur Teuffer ! Que faisait monsieur Lorendan chez vous ? », s'agace le Brigadier Corboz – c'est la première fois qu'il le questionne directement et je ne suis pas sûr qu'il en ait le droit.
«C'est tout à fait différent », estime Kuno, mondain. « Lorendan était là pour m'aider à faire... la lumière sur une affaire de familles... Mais je vous expliquerai tout cela dès que nous aurons un accord. »
Le Brigadier des Aurors de Genève est visiblement découragé. Mãe fait un pas derrière lui et lui murmure quelque chose à l'oreille. Teuffer manque de protester, je le sens. Corboz inspire et carre les épaules pour reprendre son interrogatoire :
«Monsieur Teuffer, vous êtes bien inscrit comme étudiant à l'Université de Londres ? »
«J'ai mieux à faire que de collectionner des diplômes. C'est bon pour ceux qui doivent faire leurs preuves pour obtenir les moyens dont ils ont besoin pour se réaliser », juge Kuno Teuffer dans une telle caricature de lui-même que je manque de pouffer.
« Certes. Vous avez effectivement quitté votre appartement de Londres depuis plusieurs mois et vous avez été vu en Argentine... », continue Corboz en ayant l'air de s'empêcher de se retourner pour voir si ma mère approuve son interrogatoire.
« C'est un chouette pays : de l'espace, des opportunités, du soleil... », badine Kuno.
« La fouille de votre maison tout à l'heure nous a livrés trois médailles de sorciers brésiliens... Ces personnes auraient, selon nos renseignements, disparu depuis quelques jours », termine Corboz. Enfin les questions que j'attendais. Je crois que je suis incapable de ne pas le trahir et Kuno se raidit un peu.
« L'Angleterre, l'Argentine et maintenant le Brésil ! Où voulez vous en venir, Corboz... ? », il biaise.
« Je veux en venir que accord ou non, trafic ou non, nous savons effectivement un certain nombre de choses sur vous. L'argent et l'influence de votre grand-père ne suffiront peut-être pas à vous blanchir autant que vous le souhaiteriez », articule l'Auror suisse avec cette raideur désespérée qu'il prend pour affronter le pouvoir des Teuffer depuis le début de cette histoire.
« Allez consulter le conseil, allez consulter les Gobelins. Je leur propose un incendiaire et un voleur », répond Kuno sans cacher son mépris pour l'Auror - pour lui, le Brigadier de Genève n'est qu'un sous-fifre.
Les Suisses sont agacés mais ils baissent collectivement la tête. Lorendan soupire. Brunissande secoue la tête comme si elle regrettait que cette réponse existe. Mãe lève les yeux au ciel comme pour le prier de lui permettre de garder son calme.
« Reconduisez-le à sa cellule », ordonne alors Corboz en se redressant de toute sa taille.
C'est fugace, trop court, mais jouissif. Kuno a l'air gris quand il quitte la pièce.
oo
« Le Conseil va accepter ? », questionne lentement – le sortilège de traduction – Mãe dès que la porte s'est refermée sur Kuno et deux Aurors.
Corboz soupire en secouant la tête.
« Il y a heureusement votre demande officielle... Je compte, et c'est bien la première fois, sur la pression de la coopération magique pour les faire hésiter... Vous débouter maintenant serait un camouflet politique difficile à totalement justifier... enfin, j'espère. »
« Est-ce que ma présence peut aider votre cause ? », reprend Mãe.
« Je l'espère », répète Corboz, l'air totalement épuisé. « Déjà, on aura sans doute une audience plus rapidement ! »
« Je peux appeler le directeur de la coopération britannique », elle propose. « Pour augmenter la pression... »
Parce que les Lupin peuvent invoquer Dumbledore... je ne peux m'empêcher de penser avec un mélange de gêne et de satisfaction. Pourquoi ne suis-je pas comme Kuno ? Pourquoi est-ce que je ne considère pas ça comme un dû ?
« Essayons déjà par nos propres forces », contre Corboz avec une certaine détermination. Ce gars joue sans doute sa carrière maintenant. Il est allé trop loin, déjà, d'une certaine façon. « Nous ne sommes pas totalement démunis... et il est toujours souhaitable de pouvoir compter sur une cavalerie...»
C'est sans doute ma paranoïa constitutive qui me donne l'impression qu'il parle pour moi, qu'il me fait la leçon, répétant que je serais mort sans le sauvetage organisé par ma mère et lui. Il a peur de quoi ? Que j'aille maintenant dire ma façon de penser à leur fameux Conseil ?
« Et vous, Monsieur Lorendan, comment pensez-vous que les Gobelins vont réagir ? », questionne Mãe une fois qu'elle a accepté le plan de son confrère suisse d'un signe de tête résigné.
« Ils vont rechercher leur intérêt », répond simplement Sorenzo. « Ils cherchent toujours leur intérêt. Et ils ont une vielle dent contre la famille Teuffer... Il n'est pas impossible qu'ils acceptent de porter plainte, eux-aussi, surtout s'il y a un coupable sorcier désigné... »
« Pas un Teuffer », met en garde Corboz.
« Un Körbl, sans doute, c'est déjà un petit séisme ! », estime Lorendan.
Tous les Suisses présents dans la pièce opinent avec gravité.
« Je peux aller leur parler », propose alors Sorenzo. « De toute façon, il faut bien que j'aille travailler ! Mon équipe doit me chercher ! »
Il a toujours l'air fatigué mais l'énergie de la revanche semble maintenant le traverser et le redresser.
« Il reste des suspects en fuite – ce monsieur Franz, par exemple », lui rappelle Corboz. « Il serait irresponsable de ma part de vous laissez sans protection... Servin va vous accompagner... »
« Toutes ces négociations nous intéressent au premier chef. Je veux que quelqu'un de chez moi l'accompagne », intervient Mãe avec autorité. Je la regarde avec espoir – les Gobelins, c'est ma partie, non ? - mais elle secoue la tête avant de tuer toutes les prétentions : « L'Auror Foote se joindra à cette visite. » Comme je dois trop visiblement avoir l'air mécontent, elle ajoute sans me regarder : «L'ambassade est déjà sans doute trop nombreuse et trop officielle pour que les Gobelins l'accueillent facilement... »
« Je pense qu'il est effectivement mieux que j'aille seul – sous protection policière – expliquer la situation aux Gobelins. Je m'engage à ne pas perdre de vue les intérêts de mes stagiaires », estime Lorendan en me regardant lui.
Comme si la situation se limitait à la note finale de mon stage ou à mon avenir professionnel, je rage in petto. On parle directement et indirectement de Cyrus. De mon frère. Si on me laissait faire, je secouerais ce Kuno jusqu'à qu'il crache ce qu'il sait des médailles. Comment peuvent-ils perdre autant de temps ?
« Madamoiselle Desfée, Monsieur Potter-Lupin », reprend Corboz avec beaucoup de distance. « Vous aussi, je vous enjoins à la plus grande prudence. Acceptez pour l'heure notre protection – nous avons des appartements plus confortables que ceux qui vous ont accueillis en urgence cette nuit. Vous pourrez vous y reposer et attendre. »
« Finnigan peut rester avec eux – vos hommes ont suffisamment à, faire », propose Mãe sans que je puisse être sûr qu'elle a une idée derrière la tête en faisant cela. Réduire la surveillance dont nous sommes l'objet ?
Corboz semble se poser les mêmes questions que moi avant d'accepter d'un court hochement de tête. Les non-dits semblent plus importants que les discours depuis que Kuno Teuffer est sorti de la pièce.
« Dès que vous êtes prête, Lieutenant Lupin... je vous attends dans mon bureau », annonce le Brigadier en se retirant.
« Harry, sois patient », intime Mãe en se tournant vers moi dès qu'il est sorti suivi de ses hommes et de Lorendan. « Tu as fait tout ce que tu pouvais et les heures qui viennent demanderont beaucoup de tous... »
« De moi aussi ? », je ne peux m'empêcher de demander sur le ton de l'auto-dérision. Ça faisait longtemps que je n'avais pas autant eu l'impression qu'on me renvoyait à mes chères études pendant que les adultes réglaient les problèmes.
« Ce n'est pas impossible. Toi et... mademoiselle Desfée, vous êtes des témoins capitaux dans cette histoire. C'est votre parole contre celle de Kuno. Avec tous les sous-entendus politiques sur lesquels on peut compter – en bien ou en mal », elle ajoute avec un regard insistant.
« On va éviter de se faire enlever », je soupire, agacé qu'elle ait raison.
« Profites-en pour donner de tes nouvelles à Severus – il centralise tout ce qu'il peut... », glisse Mãe avant de commencer à se rapprocher de la porte.
Je ravale tout ce qui m'agace pour lui faire partager une cause légitime de frustration selon moi
« Je n'ai pas confiance en mon miroir – c'était celui de Brunissande... »
Elle acquiesce pour elle-même comme si elle venait de se souvenir de quelque chose, fouille dans ses robes et tire un nouveau miroir.
« Neuf, protégé des sortilèges d'écoute, de traçage et de pistage connus... - une exclusivité de la Division mais admettons que tu sois un témoin protégé... », elle rajoute avec une petite grimace devant ces entorses à ses propres règles.
Je regarde le miroir sans trop savoir quoi dire avant de le prendre avec un merci inaudible.
« Il aura peut-être des nouvelles », elle ajoute comme pour m'encourager à m'en servir.
« Pour autant qu'il en ait », je murmure.
Mãe esquisse un geste qui s'arrête à une sobre pression de mon bras avant de quitter la pièce.
ooo
« Bah, franchement, c'est cool les missions avec les grands chefs ! », estime Seamus en se laissant tomber sur le canapé de cuir blanc qui fait face à une grande baie vitrée donnant sur le lac. « Tu passes pas des heures sous la pluie dans la boue sans qu'il ne se passe rien, tu connais les dessous des cartes, tu vois de l'action qui t'aurait fait signer quand t'avais dix-sept ans et, en plus, tu as des récup' de première classe ! »
« Génial », j'abonde sans le regarder.
Mes yeux sont rivés sur le miroir donné par Mãe avec angoisse. Appeler Severus... affronter ce qui se passe là-bas en Amérique latine, me terrifie. Brunissande assise en face de nous, dos à la vue, semble comprendre mon inquiétude.
« Tu as peur de savoir ? »
« Un peu », j'avoue sans la regarder. J'étais presque un héros, me voilà témoin protégé, fils de ma mère, pion dans un jeu politique mêlant la plus influente famille suisse et les Gobelins, apeuré par l'idée que son frère puisse... même les mots sont indicibles.
« Si... si le pire était certain », elle reprend courageusement. « Tu ne crois pas que ce Severus vous aurait contactés ? »
« Tonton Severus ! », s'esclaffe Seamus avant de s'excuser : « Ton amie n'a pas tort, Harry : Rogue aurait appelé si... et puis, Cyrus ! Sérieux, Harry – qui viendrait à bout de Cyrus ? Si c'est les mêmes qu'ici, toi et ta copine, qui avez sauvé le Lorendan, vous ne pouvez pas douter de lui ! »
Je soutiens son regard – Seamus n'est pas un ami, mais un vieux copain qui ne m'a jamais réellement tiré dans le dos. Je lis dans ses yeux qu'il est sincère : Cyrus a traversé Poudlard avec cette aura de trompe-la-mort, de dur-à-cuire, d'indestructible dont ni les professeurs, ni les parents, ni le curriculum ne sont venus à bout... Je ne vais pas dire que c'est totalement immérité mais... Merde, j'espère juste qu'il a raison !
« OK », je souffle avant de sortir ma baguette de ma poche et la pointer sur ce fichu nouveau miroir sécurisé. « Harry James Potter-Lupin, Connecteo ».
Le miroir brille plus fort trois fois, enregistrant ma signature magique et la reliant au réseau des miroirs avant de me ramener ce qui m'y attend. Il y a une série de sonneries aiguës comme un carillon.
« T'as des nouveaux messages », m'informe inutilement Seamus.
Je regarde rapidement les visages qui passent sur l'écran. Il y a trois fois Ada. Une fois Tiziano. Deux fois Mãe, évidemment.
« Je verrai ça plus tard », je marmonne pour moi comme pour les autres. Mãe a dû chercher à me joindre après mon appel. Je ne me sens pas prêt à répondre au sourire de Tiziano. Quant à Ada... le miroir me paraît le moyen le moins adapté au monde pour nous relier en ce moment.
« Tu veux qu'on te laisse ? », propose obligeamment Brunissande, arrivant à sa propre interprétation de mon inaction.
Je me dis que cette fille est jolie, gentille, compréhensive, intelligente et... que j'ai mis un sacré bout de temps à le remarquer !
« Non, non... j'aime autant que vous soyez là », je réponds en la regardant. Comme ils acquiescent tous les deux, je murmure, après un coup d'oeil à ma montre qui m'apprend qu'on est en début d'après-midi: « Severus Rogue, Poudlard. »
Il y a plusieurs sonneries de l'autre côté. Puis je vois le visage sombre et impassible de Severus qui me dit : « Tu peux me donner deux minutes ? »
« Évidemment. »
J'entends des murmures et je vois des murs trop connus – il est en classe. J'aurais dû mieux réfléchir et attendre un intercours.
« Je dois prendre un appel. Je vous invite à lire le texte page 87 de votre manuel », annonce Severus à la cantonade. Sa voix emplit la pièce. « Commencez ensuite à regarder les questions posées en dessous... Nous allons reprendre cela ensemble dès mon retour...Ai-je besoin de préciser que j'estime que cet exercice ne demande aucun bavardage ? »
Seamus s'esclaffe avant d'ajouter pour Brunissande : « C'est le pire prof qu'on ait jamais eu – pas sur le fond, mais la pire peau de vache que Poudlard ait eu à supporter sans doute depuis sa création ! Jamais compris comment les Lupin pouvaient si collectivement lui trouver des excuses ! »
Je ne commente pas. J'attends. Je vois le sol de pierre pendant que Severus sort. Il place une bulle de silence autour de lui.
« Harry ? Merci de ta patience. J'en augure que tu n'es plus en infiltration dans une maison du XIC ? »
« Non », je reconnais avec un peu de chaleur dans les joues. « On est dans un appartement confortable des Aurors suisses... témoins protégés... »
« On ? », il relève.
« Il y a ma collègue, Brunissande Desfées, et Seamus Finnigan – il assure notre protection. »
« Bonjour Professeur », ponctue Seamus très sérieusement et en se redressant comme si Severus pouvait le reprendre sur sa position avachie. Ça fait furtivement sourire Brunissande.
« Tu t'es entouré de protections ? », veut savoir Severus.
« J'ai le nouveau miroir de Mãe.. tu veux dire une bulle », je comprends en me maudissant de manquer de réflexes.
« On est jamais trop prudents », il confirme avec une patience qui en dit long sur le niveau de la menace ambiante.
« Non », je reconnais. Je vais m'exécuter quand je me pose la question de la taille de la bulle. « Seamus et Brunissande ? », je souffle.
« Je te laisse juge », il soupire l'air excédé. Je comprends que je lui fais perdre son temps et je me dépêche.
« Ils nous entendent », je précise néanmoins.
« Je vais être bref – j'imagine que tu veux des nouvelles du Brésil », commence Severus. « J'ai eu ton père, il y a deux heures, et je dois le ravoir dans trois heures. Ils savent qu'Aesthélia, Cyrus et ceux qui les accompagnaient sont tombés dans une embuscade en revenant du rituel. Exactement au point où ils devaient se re-matérialiser et où leur piroguier, un certain Amilcar que tu dois connaître, les attendait. Ils ont retrouvé son corps. »
« Amilcar !? », je répète désolé. Il nous a appris à pagayer et à conduire des bateaux à moteur moldus. Il nous a emmenés à la pêche et, surtout, il n'a jamais dit aux parents ou à Aesthélia qu'on avait manqué de se noyer en essayant de traverser les rapides du village...
« Oui. Un certain Tiago qui les accompagne estime qu'il a été tué parce qu'il était Cracmol – les sorciers ont été enlevés. Ce Tiago, qui est un des organisateurs du rituel, dit que personne ne peut connaître le lieu de re-matérialisation sauf à les avoir suivis là... il ne voit pas d'autres moyens », explique Severus, très concentré. « Mais c'est un détail. Ce Tiago est en liaison avec son neveu.. Joachim... qui aurait accompagné Aesthélia et Cyrus...
« Mãe m'a parlé de visions », je me rappelle.
« C'est plus un lien psychique porté par le sang partagé », corrige Severus avec son habituelle précision clinique. « Tiago a eu ce matin une nouvelle liaison. Joachim n'était plus dans une maison mais dans la forêt, et Cyrus était avec lui. »
« Vraiment ? », je ne peux m'empêcher d'espérer.
« Il y a plus », continue Severus sans prendre la peine de confirmer. « Diniz, le cousin d'Aesthélia venait de leur envoyer une plume : ils auraient appelé par téléphone moldu. Ils pensent être en Amazonie péruvienne et ils doivent rappeler – à midi, heure locale... Ils sont repartis au village pour assister à l'appel... »
« Ils sont vivants ! », je ne peux m'empêcher de me réjouir.
« Sans doute en fuite de leurs ravisseurs... Des choses à ajouter de votre côté ? »
« Kuno avait enlevé mon directeur de stage pour savoir comment j'avais stabilisé notre potion... Il nie avoir un lien avec le XIC et propose le nom de l'incendiaire de la Banque – tu es au courant ? », je m'inquiète. Severus acquiesce. « Il propose son nom contre sa liberté... - l'incendiaire serait Traugott Körbl, tu dois le connaître... »
« Körbl ? Le cousin de la branche cadette ? »
Il y en a qui suivent les arbres généalogiques tortueux mieux que moi.
« A priori, lui voulait les statuettes sur lesquelles je travaillais », je confirme. « Comme il avait déjà mon rapport de potions, j'imagine qu'il n'a pas besoin d'enlever quiconque pour trouver comment stabiliser les potions... »
« Un vrai emballement autour de tout ce matériel », remarque Severus.
« Tous ces gens descendent des Wuelfern et estiment plus ou moins que les magies de lune de leurs ancêtres leur appartiennent... Mãe essaie d'empêcher les Suisses de laisser tomber les ramifications internationales et d'obtenir l'opportunité d'interroger Kuno sur les médailles et Cyrus... Malgré les preuves, j'ai du mal à voir le rapport entre les deux affaires, honnêtement ! », je confesse.
« Kuno ne voulait pas les statuettes, juste la potion ? », interroge Severus après trente secondes pendant lesquelles je pense qu'il va mettre fin à la discussion.
« A ce qu'il dit », je reconnais.
« Ces statuettes fonctionnent uniquement avec la lune ou elles peuvent interagir avec d'autres corps célestes ? »
La question est trop précise pour qu'elle ne cache pas le début d'une théorie. Je fais l'effort de réfléchir à ce que je sais ou pressens depuis quelques semaines, maintenant.
« Les usages... lycanthropes... que je connais sont lunaires mais... Taluti - Cosmo Taluti pensait qu'il y avait des concordances astrales plus propices que d'autres à ces phénomènes... Je n'ai pas creusé plus que cela... mais quel rapport avec les médailles ? »
« J'ai un peu cherché... Quand je pense que je l'ai vue à son cou depuis plus de dix ans sans m'y intéresser », s'agace Severus, tout seul. « Le symbole gravé et orné de rubis de l'étoile du Sud, des traités anciens disent qu'il permet d'invoquer la puissance des étoiles... J'ai dû faire appel à des sortilèges de traduction malheureusement, et ce n'est pas très précis... Mais je me suis demandé... en me rappelant de ce que tu m'as expliqué quand nous avons préparé les potions... les médailles peuvent-elles être considérées comme de potentiels catalyseurs ? »
« Comme les statuettes ? », je réalise. Brunissande écarquille les yeux en comprenant les implications - ça agace Finingan de se rendre compte qu'il ne comprend rien de notre discussion.
« D'ailleurs, l'important n'est pas que ça soit vrai ou non, l'important est que quelqu'un, et sans doute quelqu'un du XIC, ait fait cette hypothèse », conclut abruptement Severus. « Ça serait le début d'un lien. »
« Je croyais que Kuno était nul en potions. »
« Hermosa Alquila McNair a eu de bien meilleures notes à l'université », m'informe Severus avec son air détaché.
« T'as enquêté », je comprends.
« Très légèrement », il minimise. « J'ai hésité à approcher Maninder pour en savoir plus sur les travaux actuels de Cyrus – je ne voulais pas ébruiter l'affaire ni l'inquiéter... Mais j'avoue que je me pose des questions.. »
« Tiziano », je propose. « Tiziano Cimballi – mon ami Tiziano – il a récupéré le travail sur Taluti proposé par Girasis à Cyrus et... il a sans doute une vision un peu globale... des usages des catalyseurs... et il se taira. »
« Je verrais si j'ai le temps un peu plus tard – je vais retrouver mes élèves, Harry, je sens que toute discipline est en train de s'évaporer... »
Je ne retiens pas mon sourire.
« Ça doit leur faire du bien ! »
« Persifle tout ton saoul, Harry, ils ont des BUSES à passer à la fin de l'année ! »
« Dis leur que je leur souhaite bonne chance », j'insiste.
« La chance a très peu à voir dans tout ça, Harry ! », il me gronde carrément. Pas que ça efface mon sourire.
« Nous, on a de la chance de t'avoir », je rétorque.
« Rappelle-moi dans trois heures », il s'enfuit.
« Tu viens de pourrir la vie de toute une pauvre classe de cinquième année », estime Seamus. « Il va coller le premier qui va lever la tête juste pour se passer ses nerfs ! »
« Mais non, il a besoin de temps pour joindre Cimballi et mener ses recherches – il n'ira jamais au-delà de quelques points qu'il rendra avant la fin de l'heure s'ils ont lu ce fameux texte », je défends l'adjoint de mon père.
« Tu le connais très bien », estime Brunissande avec une pointe de curiosité.
« Sans doute mieux que moi-même », je me rends compte.
On reste silencieux puis Seamus se rapproche de moi pour souffler : « T'as vu, rien n'est perdu... »
« Non », j'admets. « J'enrage juste d'être aussi écarté de l'action »
« J'imagine », il affirme avec sincérité - et un Auror ex-gryffondor est sans doute bien placé pour le faire.
« Tu peux continuer l'enquête », estime Brunissande. « Appeler Tiziano, le prévenir... On finira bien par pouvoir sortir d'ici ! »
« T'as raison », je décide en reprenant le miroir. Finningan a un instant l'air de vouloir m'arrêter - on dépasse les ordres de ma mère, puis renonce. Je crois que c'est la curiosité.
« Harry ! », s'enthousiasme Tizzi en italien deux secondes plus tard. « Tu viens me raconter tes observations pendant la pleine lune ? »
« Ah, il faudrait», je reconnais. « Mais disons que je viens parler de choses annexes mais pourtant en lien avec ces observations... Il y a ici des gens qui se battent entre eux, incendient la banque et enlèvent Lorendan pour avoir un accès aux statuettes et aux potions... »
« Non !? »
« Mais ces gens semblent aussi intéressés par les médailles des sorciers brésiliens – tu as déjà vu celle de mon frère, il la porte au cou ou au poignet, elle a un rubis... »
« Je connais ces médailles, on en a au musée de Trieste... »
« Bon, alors, voilà, on cherche le lien entre les statuettes et les médailles, est-ce qu'elles pourraient catalyser les mêmes forces naturelles...? »
« Évidemment », estime Tiziano, sans une once d'hésitation. « Rappelle-toi des médailles de mon grand-père. Tout ça c'est des magies de lune à la petite semaine, tout ce que Taluti rêvait d'unifier dans un seul corpus théorique... Mettre la puissance de la lune et des étoiles au service des sorciers... »
« T'as lu ça ? », je comprends. Pour la première fois, je regrette presque de ne pas avoir accepté la mission proposée par Nikomaka Girasis - si elle me permettait de sauver mon frère !
« Et plus encore... mais Taluti comme Girasis savaient, un, que les sorciers ont peur de ces magies et, deux, qu'ils n'avaient pas entièrement tort d'en avoir peur... La puissance finale pourrait être... difficilement contrôlable... Ils ont gardé leurs recherches pour eux... »
« Vraiment ? »
« C'est pas le genre de choses que j'ai envie de discuter par miroir, Harry. »
« J'imagine mais, là, je suis témoin protégé à Genève ; je ne sais pas quand ils vont me rendre ma liberté de mouvement... », je regrette ouvertement.
« Ta mère ne peut rien pour toi ? »
«Ma mère m'a collé un de ses aspirants comme gardien », je réponds en anglais, avec un clin d'œil à Seamus qui a la bonne grâce de paraître gêné de ma présentation ou agacé que je ne lui ai pas donné les moyens linguistiques de comprendre ce qui a été dit avant.
«Alors », estime Tiziano se rendant aussi facilement aux puissances supérieures qu'il change de langue. «Tu veux quoi ? »
« Severus – Severus Rogue, l'adjoint de mon père, mène l'enquête ; il devrait t'appeler ce soir pour te poser des questions. »
« Ok, je file à la bibliothèque compléter ce que je sais », il annonce.
«T'es un ami », je le remercie avant d'ajouter de nouveau en italien. « Embrasse Fiammetta pour moi »
« Grazie», il répond avec une ombre bizarre sur son visage d'aristocrate. « Harry... j'hésitais à t'en parler par miroir mais... Aradia et Lucca sont revenus à Venise hier - on a dîné avec eux... Fiametta était... furieuse contre elle... Elle dit que c'est la malédiction de la lune... qui lui fait renoncer... à une autre possibilité... Je veux dire... »
« Ils sont ensemble », je comprends presque à mon insu.
« Ce n'est pas officiel mais... Fiametta dit que Lucca a dû l'assiéger... »
Bizarrement, ce n'est pas le chagrin qui vient en premier. C'est un souvenir : cette fête de carnaval sur la lagune – Ada m'avait demandé si je pourrais me battre pour elle... j'avais dit oui. Là, aujourd'hui, j'ai la certitude que je ne me battrai pas avec Lucca. Avec un autre peut-être, mais avec Lucca... je ne crois pas.
«Ada a choisi sa cause, depuis très longtemps, Tizzi...», je finis par formuler par pur respect pour les yeux inquiets de mon vieux copain. «Fiametta a choisi la vie... Je respecte les deux choix, Tizzi, sauf que l'un ne me laisse quasiment aucune place... »
«Tu le prends bien », s'étonne presque Tiziano.
«Peut-être que je ne suis pas fondamentalement surpris », je propose en sentant quand même une boule se former dans ma gorge. « Un peu triste, mais pas surpris... »
« Tu vas... tu vas la revoir, la confronter ? », il questionne avec son honneur d'Italien.
« Je... Je ne compte pas m'enfuir », j'arrive à dire. « Sauf que là, elle passe après mon frère, après ce bordel en Suisse et... tout le reste... Ça aurait pu être totalement différent... et c'est elle qui n'a pas voulu. »
ooo
Notes
Cosmo Taluti - sorcier italien. Théoricien des magies de lune et fondateur de Lo Paradiso. Père de Aradia, la toute nouvelle ex de Harry. Il est mort d'une morsure de loup-garou.
Nikoma Girasis - sorcière grecque, responsable du département d'arithmancie de l'université de Londres. Amie de Cosmo Taluti, ennemie politique de Remus Lupin.
Dans le suivant, Cyrus s'occupe de magie traditionnelle, de technologie moldue et essaie de sauver son petit groupe. Ça s'appelle Des harmonies complexes et des peurs tenaces
Je sais que vous êtes impatients, que c'est Noël - voire la fin du monde... mais je vais garder mon rythme hebdomadaire de parution malgré l'avance que je peux avoir. Faire autrement me stresserait trop. J'ai besoin de cette avance pour écrie tranquillement, emmerder sans fin mes bêtas avec mes angoisses... tout ça...
Pour ceux qui voudraient mettre à jour leurs fichiers, j'ai assez profondément revu le chapitre 36 d'entre Lune et Etoile. J'envisage même de supprimer le chapitre 40 - parce que cette alternative là est maintenant développée par L'envol du phoenix...
Pour ceux qui s'inquiètent de la saison 6 (pas peur de la fin du monde, ceux-là, visiblement!), j'ai en projet un one-shot sur Brunissande qui est une commande de DameLicorne, une mini-fic sur Severus et Susan cadeau à LNl'Unique pour son anniversaire. Attention, une fic autour d'Iris qui s'appellerait "Dans une famille normale" est en train de se développer dans mon cerveau un peu à mon insu... Je dois aussi finir l'envol... Alors une saison 6...
A mardi prochain, donc...
