Toi depuis tout à l'heure tu ne te méfies pas
Mais les croire invisibles est une grande erreur
Ils sont là, dans le stade, tout autour de nous...
Dans le stade, Nevcherhilian
82 Cyrus. Des coups inattendus et des visions souhaitées
L'hypothèse de Bettany me frappe comme un coup de fouet et la décision se prend presque à mon insu.
« Ils savent où on est ? », je presse Joachim.
« Bien sûr, Cyrus ! », se réjouit ce dernier. Son oncle va venir le chercher, il est content.
« Ils voient la zone où le transplanage est impossible ? Ils peuvent dire où elle finit ? », je continue d'enquêter à la recherche de la preuve que je ne suis pas seulement paranoïaque.
Joachim est obligé de se re-concentrer pour répondre : « On est à une demi-journée de marche de la limite- sud ouest. »
« Dis-leur qu'on se retrouve là-bas mais qu'on va laisser les médailles ici – même les détruire, si on y arrive ! »
« Quoi !? »
« Continuer à les porter, c'est comme si on disait à nos ennemis : 'Mais venez nous chercher !' » j'explique abruptement.
« Il a raison », ajoute Bettany – et je ne sais pas si c'est une très bonne idée.
Joachim la toise longtemps avant d'acquiescer. Je me rends compte après, qu'en fait, il discute mentalement avec son oncle.
« Ok, détruisons-les. Tiago est désolé de ne pas y avoir pensé », il finit par accepter.
C'est beaucoup moins long et moins exaltant de faire brûler et fondre les médailles. Les morceaux du diamant d'Aesthélia sont fichus. « Rendus à la nature », elle souffle avec son inimitable haussement d'épaules, appuyée sur moi, abandonnée d'épuisement quand elle se réveille enfin. Elle ne questionne pas notre raisonnement.
"Ils en savent trop sur les médailles et les potions de catalyse pour ne pas y être arrivés - et ils sont trop en colère", répète Bettany un peu pour elle-même.
On ne perd pas plus de temps pour se mettre en route. Joachim ouvre de nouveau la marche, Cristo sur les talons. Bettany soutient ma marraine de son mieux. Je les suis, la baguette à la main, le cœur battant et les tripes gelées. On y était presque. On avait un contact indécelable magiquement et on a tout foiré !
La demi-journée de marche annoncée nous amène, à la fin du jour, dans une zone plus marécageuse. On doit plusieurs fois rebrousser chemin tellement on s'embourbe et stupéfixer des serpents qui ne sont pas tous venimeux mais quand même inquiétants.
Si Harry était là, il râlerait, je me dis dans une demi-fièvre. Même s'il a perdu la faculté de bavasser en fourchelang depuis qu'il a affronté un Voldemort caché dans un reptile, mon grand frère aux yeux verts garde une ouverture d'esprit étonnante pour toutes ces sales bestioles. Pas que j'aimerais qu'il soit là, dans ce merdier, non. C'est moi qui voudrais être ailleurs. A Poudlard, par exemple. Un jour de neige où on se serrerait autour des cheminées pour faire des batailles explosives... On serait jeunes et innocents – moins cyniques et désespérés en tout cas.
J'aurais sans doute jamais parié avoir le mal du pays aussi vite, je réalise sans réelle amertume, juste un étonnement épuisé. Mais quel est mon pays ? Ne suis-je pas né ici ? Ne suis-je pas un mensonge, une illusion ? Sirius essaie de me dire que je file de mauvaises pensées mais ça n'arrive qu'à me faire sourire. Je suis trop épuisé pour qu'il ait une quelconque prise sur moi.
« On est sur le bon chemin », affirme Joachim, les yeux trop inquiets et le souffle trop court alors que je rejoins le groupe. « On a gardé le cap, toujours sud-ouest », il répète inutilement, comme si ça changeait quoi que ce soit. Je me contente d'opiner alors qu'Aesthélia insiste pour partager sa banane avec Cristovao.
« On les aura bientôt rejoints », elle avance. « Ils auront à manger, ne t'inquiète pas. »
Il me semble que Bettany n'y croit pas plus que moi. Faute d'alternative, on repart avec pesanteur. Mais on avance, on se rapproche sans doute de la fin de la barrière – Joachim le prouve en transplanant de quelques mètres pour traverser un ruisseau. Ça plait à Cristovao qui aimerait faire pareil mais personne n'a l'énergie de l'emmener.
Et puis la confirmation vient trop tôt sans doute. On entend des coups de feu moldus comme des tambours arythmiques. La nuit est presque tombée – ça me rappelle douloureusement celle où Laelia a été « tuée », où notre maison a été attaquée, où elle m'a mise dans un bateau de force pour me sauver des contrebandiers d'or moldus... Ce n'est pas le meilleur augure qu'on pourrait trouver même si le destin n'y est pour rien. On perçoit également des sorts, non verbaux, juste signalés par des lueurs de couleurs variées, des craquements d'arbres abîmés, des vols d'oiseaux indignés. Un combat mêlant magie et armes moldues. Un mélange qui ne peut qu'indiquer la présence du XIC.
Nous nous arrêtons à une centaine de mètres de l'affrontement. Je nous vois dans ma tête : cinq naufragés épuisés, collés les uns aux autres, par l'habitude et la peur plutôt que par la volonté. Pas la peine de se faire du cinéma : nous ne sommes sans doute pas capables de nous défendre contre quoi que ce soit. Et nous devons affronter le XIC.
« On fait quoi ? », souffle Aesthélia en se tournant vers moi. Ça me redresse. Automatiquement. Sans une pensée consciente. Elle a besoin de moi. C'est suffisant.
« Faut trouver où sont les nôtres », je pense à haute voix. « Reste là avec Cristo et Bettany – planquez-vous. Joachim, avec moi ? »
« Je ne sais pas me battre », il me rappelle, l'air accablé de cette incapacité.
« Mais te déplacer en forêt, oui », je contre. « L'idée est de partir en reconnaissance le plus discrètement possible. »
« Ok », il accepte sobrement, presque comme si tout ça ne le concernait pas.
On avance sur la pointe des pieds, puis accroupis, puis presque en rampant sur le sol. On se cache d'arbre en arbre. La magie est de plus en plus forte autour de nous, pleine d'angoisse et de violence.
« Comment les reconnaître ? », souffle Joachim.
« Tu ne perçois pas Tiago ? », je m'informe.
« Il n'est pas loin... c'est tout ce que je sais... »
«Faudrait... faudrait pouvoir se glisser...plus près», je réfléchis à haute voix et j'ai presque l'impression que Patmol pose son museau frais sur mes genoux pour me supplier de l'utiliser. «Reste là, Joachim », je décide. « Je te promets que je reviens... Si quelqu'un vient vers toi, tire le premier, n'importe quoi, même un patronus... mais fais quelque chose, ok ? »
« Ok », répond le métis en opinant nerveusement, ses doigts bien trop raides sur sa baguette pour l'utiliser à son optimum. Pas le temps de lui transmettre ça, je regrette sincèrement. Je ferme les yeux pour la transformation. Je suis à peine plus près du sol que précédemment. C'est juste plus confortable. « C'est toi ? », souffle Joachim, plus étonné qu'inquiet.
Je lui lèche la main pour toute confirmation et je m'élance. Comme toujours, Patmol est plus libre que moi – la pression morale ou la peur de la mort l'atteignent moins directement. Il est content de l'élasticité du sol, des odeurs de gibiers, de l'espace autour de lui. Je dois le diriger avec fermeté vers l'odeur de Remus, familière, plus forte et animale que celle des autres sorciers. Ça m'amène vers une zone où les animaux ont fui, où le sol et les arbres ont été violentés. Remus est au beau milieu de ça – je le sens. Ginny aussi est là, m'apprend mon odorat. J'accélère malgré la réticence de Patmol.
Je les vois bientôt. Paulsen et Ron sont aux deux extrémités d'une ligne à peu près droite – une formation basique de combat. Gin, Papa et Tiago sont au milieu, dans cet ordre. Ils – sans doute les Aurors – ont placé devant eux un bouclier solide qui les protège efficacement des balles moldues. Les tirs moldus me semblent d'ailleurs continuer uniquement pour les empêcher de changer de position. L'affrontement réel est magique – mené par Vassili et trois autres hommes qui ont l'air de savoir ce qu'ils font. Je ne vois pas Hermosa, peut-être en retrait avec un autre groupe. Entre les deux lignes, le terrain est dévasté mais néanmoins encore encombré de troncs à demi brûlés. Fol-Oeil, du temps de Sirius, aurait dit de se méfier doublement d'un pareil champ de bataille.
Sous un buisson survivant, Patmol gémit, hésitant sur la marche à suivre. Ceux les plus à même de me reconnaître sont donc aussi les plus éloignés de moi. J'ai dû réellement vexer la chance, récemment. J'envisage un temps de les contourner pour atteindre l'autre aile mais le combat en décide autrement. Vassili et un autre homme se concentrent sur Tiago – sans conteste le plus lent de tous - et le font reculer. Papa et Ron viennent immédiatement à son secours mais la brèche est là – je le vois sans doute plus clairement qu'eux. Elle met Ginny, qui sait se défendre mais n'est pas non plus une combattante aguerrie, seule face à deux attaquants de Vassili. Elle recule à son tour derrière un tronc – ce qui n'est pas stupide mais casse un peu plus la ligne. Je bondis de mon buisson avant que les choses ne se détériorent plus. Je tombe sur le dos de l'homme de droite qui s'écroule sous mon poids avec un cri de surprise. Son compère s'écarte de nous par réflexe et, s'il cherche à me toucher lors de mon bond suivant, il fait ça au jugé et me rate de loin. Je retombe devant Ginny qui a les yeux trop écarquillés pour être en état de se défendre. Je l'écrase pour que rien de son corps ne dépasse du tronc mais un sortilège Cuisant sur la fesse droite vient faire glapir Patmol.
« Non, Paulsen ! », s'écrie Gin. « C'est Cyrus ! »
Par mesure de précaution, je ne tarde pas à me retransformer, pour me mettre dos à dos avec Gin, baguette tirée. Les sortilèges pleuvent autour de nous. Paulsen, accroupi contre le tronc, essaie de leur répondre.
« Désolé, fiston », il lâche sans me regarder.
« Faut qu'on sorte de là », je réponds – une fesse endolorie est réellement un moindre mal.
« Ils ont brisé notre ligne », il me fait remarquer.
« Tu tiendrais seul ? », je souffle.
« T'as quoi en tête ? »
« De les contourner. »
« Avec Ginny ? », il fronce les sourcils.
« Il serait temps que son animagus serve à quelque chose », je réponds.
« Oh », ponctue l'Auror bras droit et meilleur ami de ma mère depuis des décennies. Je prends ça pour de l'approbation.
« Je ne saurais pas », souffle Gin.
« Le défaitisme et la fausse modestie sont des luxes tout à fait inabordables à cette heure », je réponds vivement. « Bien sûr que tu peux ! »
« A cinq ? », propose Paulsen toujours concentré sur nos adversaires.
« A dix – faut que j'explique », je réponds. « On se transforme et on court par là », j'indique en montrant la direction d'où je viens – avec un peu de chance, on tombera même sur Joachim. « La barrière va les empêcher de nous suivre autrement qu'en courant... on aura de l'avance. Dès qu'on est hors de vue, on se retransforme, on revient à la limite et on transplane pour les prendre à revers... »
« Tout ça », souffle Ginny.
« A trois », annonce Paulsen.
J'opine en plongeant mon regard dans celui de Ginny. Je sens sa résolution et c'est tout ce dont j'ai besoin. Je prends sa main et à trois nous nous élançons. La transformation nous sépare mais nos foulées se calent l'une sur l'autre – même si j'imagine aisément que sa belle jument saurait me larguer en terrain découvert, la forêt nous met à égalité. C'est un bref instant exaltant, j'avais rêvé qu'on puisse faire cela – courir la forêt avec nos animagus... Un sortilège qui pulvérise un arbre à ma droite me rappelle l'enjeu. J'accélère, Ginny me suit sans difficulté. On passe la Barrière et, pour une fois, c'est rassurant de se savoir là où personne ne peut transplaner. On ne s'arrête pas tout de suite – je cherche l'odeur de Joaquim sans la trouver. Puis Ginny pile devant un grand fromager et lâche la transformation d'un seul coup. Elle est toute pâle.
« J'ai cru que je ne tiendrais pas », elle m'avoue.
« Parce que tu n'as pas confiance en ton animagus, lui court plus vite que tu ne courras jamais », je réponds en laissant ma main courir sur sa joue.
« Et maintenant ? », elle préfère demander.
« On va vers le sud pour revenir derrière ceux qui assiègent Paulsen »
« Dépêchons-nous », elle accepte.
On se retransforme pour revenir le plus rapidement possible à la limite de la Barrière, un peu plus loin. On voit les deux gars en attaque frontale de Paulsen isolé. Il ne tiendra sans doute pas bien longtemps sa position. Sans même en parler, on fait les trois pas qui nous sortent de la Barrière et on transplane pile derrière les deux gars. On les a assommés avant qu'ils aient réalisé notre présence. Les Moldus de Vassili nous arrosent de balles – mais Paulsen les bloque avec un nouveau bouclier. Ça attire l'attention des autres – amis et ennemis. Vassili hurle quelque chose où je ne comprends que mon prénom. Je riposte par une bordée d'incendios rageurs qui finissent par le séparer de son collègue. Ron en profite pour l'assommer. Je ne saurais bien détailler les mouvements qui suivent mais, cinq minutes plus tard, on a arrêté les combats et les Moldus se sont rendus.
« Je me réserve Vassili », j'annonce en allant droit vers le Bulgare étalé sur le sol.
« Cyrus ? », s'inquiète Papa – il croit que je vais le bastonner ou quoi ?
« Juste un truc que j'attends depuis trop longtemps », j'explique en posant ma main sur son épaule tout en regardant mon père. Le truc à ne jamais faire, merci. Vassili s'empare de mon poignet droit, allant jusqu'à me mordre pour me faire lâcher ma baguette. Je tiens bon, Paulsen et Papa accourent et essaient de le stupéfixer. Mais je suis au milieu. On se bat pour le contrôle de la baguette jusqu'au moment où Paulsen opte pour un expelliarmus bien dosé. On est projetés chacun de son côté. Je vais me dire que je m'en sors bien quand Vassili me balance son poing dans la figure. Il porte une imposante bague – quand elle touche ma joue je comprends qu'elle n'est pas seulement contondante et acérée, elle est sans doute empoisonnée. La brûlure me fait hurler et rouler sur moi-même. Malgré les sorts qui pleuvent sur lui, Vassili continue à chercher à me frapper tout en m'insultant dans une langue qui est sans doute du bulgare. Je me transforme pour lui échapper. Patmol est trop rapide pour lui et, cette fois, Papa peut assommer proprement mon opposant redevenu une cible distincte de moi.
« Ça va ? », s'inquiète Ginny en me rejoignant. Je me transforme dès qu'elle me touche. « C'est pas beau à voir... »
« Je n'ai que ce que je mérite », je crache, furieux contre moi-même. Un vrai môme !
« Tu crois que du murlap ferait l'affaire ? »
« Je n'y toucherai pas », estime Paulsen qui a fini de ficeler Vassili et les autres en une longue chaine de prisonniers. « Ça pue la magie bizarre avec laquelle on ne joue pas... »
« La magie traditionnelle détournée », je corrige avec patience.
« Mais si c'est un poison ! », s'inquiète Gin.
« Je pencherais pour un poison de chasse – ça empêche la cicatrisation et le sang permet de retrouver la proie », avance Tiago en observant ma plaie toujours béante et cuisante. « Mais ça ne va pas l'empoisonner...»
« On a une spécialiste – faut retrouver Bettany », je réalise. « J'ai laissé les filles pas loin... avec Cristovao... »
« Et Joaquim ? », s'inquiète Tiago.
« Tu le sens ? » L'Indien acquiesce. « Il doit être retourné vers elles », je postule.
« Allez le chercher, Tiago », décide Paulsen. « Vaudrait mieux se rassembler vite et bouger d'ici.»
« Il manque quelqu'un », je me rends subitement compte en regardant la file de nos prisonniers. «Où est Hermosa ? »
« Qui ça ? », s'intéresse Ron.
« La spécialiste en potions du XIC », je simplifie. L'autre folle, je pense dans ma tête. « Et Papa ? Où est Papa ? », je rajoute en refaisant le compte des présents et des absents.
« Il a dit avoir entendu quelque chose », commence Ron. « Merde, j'ai pas regardé où il partait.. et puis Vassili s'est jeté sur toi... Je vais aller le chercher !»
« Papa ? », je me mets à crier, pas loin d'avoir envie de me retransformer pour mettre Patmol sur le coup.
C'est alors que je les vois. Hermosa, la baguette pointée sur trois silhouettes à genoux devant elle – Bettany, Aesthélia, Cristovao. Sans réfléchir, je ressors ma propre baguette.
« Et maintenant, Cyrus, tu vas faire quoi ? », commente Hermosa de son inimitable ton badin.
« Et toi, Hermosa ? », je gronde
« J'hésite » elle plastronne. « J'ai trois otages de choix, n'est-ce pas ? Par lequel commencer ? Je garde évidemment ta si gentille marraine pour la fin... Après, je ne sais pas... Tu es tellement imprévisible ! Qui préfères-tu ? Le gosse né moldu ? Pas notre chère traîtresse, sans doute. Oui. Je suis sûre que tu ne pleureras même pas si je lui inflige la punition qu'elle mérite avant de mourir ! »
Bettany laisse échapper un couinement qui me fend le cœur et je me rends compte qu'elle est déjà blessée - elle tient un de ses bras avec l'autre et une longue estafilade marque sa joue droite. Ginny, derrière moi, a un haut le cœur.
« Non, Bettany ne te fait ni chaud ni froid, j'en suis sûre », décide Hermosa, toute à son petit jeu sadique.
« Si tu nous disais plutôt ce que tu veux », j'essaie. Je sens Paulsen, Ron et Ginny derrière moi. Ils n'osent pas un mouvement – nos prisonniers encouragent Hermosa ; sauf Vassili qui est toujours dans les vapes.
« Mais tu le sais, Cyrus », me répond l'égérie du XIC presque avec étonnement. « Me venger. Tu as tout fichu en l'air – même pas en faisant exprès ! Tu vas regretter d'être né, Cyrus, j'en fais le serment !»
« Ok, laisse-les, je me rends à toi... », je décide, et Ginny glapit un « Cyrus » inquiet derrière moi. Ron la retient – je le sais sans les regarder.
« Tu nous l'as déjà faite celle-là », crache Hermosa. « Je préfère mon plan », elle continue en pointant sa baguette vers Bettany qui pleure déjà.
Pas besoin d'être légilimens pour savoir que c'est un crucio qui va sortir de cette baguette. Ma tête est totalement vide. Dans ce moment suspendu, Joachim jaillit des buissons roussis et se jette sur Hermosa. Le sortilège de douleur touche ainsi Cristo au lieu de Bettany – mais, heureusement, il a perdu son intensité. On court tous pour intervenir. Une nouvelle fois, la mêlée est confuse. Aesthélia porte Cristovao en larmes à l'écart, suivie de Bettany qui hoquette toujours en tenant son bras droit de son bras gauche. Nous autres, on forme un cercle autour des deux opposants sans trop savoir comment les séparer. Joaquim n'a rien d'un combattant – mais ce n'est pas le cas d'Hermosa. Elle arrive à se dégager et le sectum sempra qu'elle envoie sur son opposant n'est pas une plaisanterie. Joaquim s'effondre – laissant Hermosa en pleine ligne de mire de Ron qui n'attendait que cela. Hermosa s'écroule à son tour, stupéfixée avec une expression de surprise que j'aurais pu trouver drôle si Joaquim saignait moins.
« Des gens charmants, tes amis, Cyrus », commente Paulsen en s'agenouillant à côté du jeune métis.
« Qu'est-ce qu'on peut faire pour lui !? », je m'inquiète. « C'est un sectum sempra, non ? »
« Chut, il essaie de le stabiliser », me souffle Ginny qui suit les mains de Carley Paulsen sur le corps de Joaquim.
« Laissez-moi faire », intime alors Tiago. Comme Paulsen ne comprend pas le portuguais – son sortilège de traduction a dû finir, il rajoute en me tapant sur l'épaule : « Dis-lui, Cyrus. »
« Tiago veut s'en occuper, Carley », je souffle donc en me penchant vers l'Auror.
« Il saura quoi faire ?»
« Il a l'air... Laisse-le, c'est son neveu », je rajoute en espérant que j'aie raison.
« Aesthélia, je n'ai pas la force, seul », annonce Tiago quand Carley se relève. Ma marraine acquiesce, laissant Cristo dans les bras de Bettany. Il y a une drôle d'acceptation sur son visage, je me dis. L'initiation, je comprends, et j'espère que c'est une bonne nouvelle.
« Je vais demander à Diniz de venir, de toute façon - il doit se faire un sang d'encre », annonce Carley en sortant son miroir de sa poche.
« Cyrus ! Ginny ! », appelle alors Ron quelque part. Il y a de l'urgence dans sa voix mais je ne peux pas détacher mes yeux des mains d'Aesthélia et Tiago unies sur la poitrine de Joachim. Je sens la magie par vagues couler sur lui et lutter contre le maléfice d'Hermosa. Il me semble voir la respiration du jeune homme s'apaiser avec le recul de la douleur.
« Ginevra ! », insiste Ron, et mon amour – mon amour vivant, chaud, indomptable, et même pas blessé! – se redresse pour répondre à son frère.
« Cyrus ! », elle me presse quelques secondes plus tard. « Cyrus ! Rem... »
Je lève lentement les yeux vers elle et je la vois blême et tendue et je sais que le pire... le pire... seul le pire.
« Quoi ? », j'articule stupidement.
« Remus... il est... Ron nous appelle », elle balbutie en me prenant le bras et me tirant sur mes pieds. Je crois qu'on court jusqu'à lui. Remus est étalé sur le sol – pas allongé, étalé, comme il est tombé. Sa jambe a un angle impossible. Il y a du sang rouge vif, dans ses cheveux. Sa baguette a roulé à plus d'un mètre. Et je n'ai rien vu.
«Il respire... à peine», explique Paulsen qui nous a laissés pendant le soin traditionnel. «Son cœur bat... plutôt lentement si on tient compte de sa condition... Mais il bat... Sauf que rien ne le ranime!»
« Papa », je souffle en tombant à genoux contre lui. « Tu m'entends ? Remus ! C'est moi, c'est Cyrus ! Papa ! »
« Laisse-moi de la place », demande Diniz deux secondes après - c'est Ron qui l'a amené jusqu'à nous. Il faut pourtant que Gin me tire en arrière pour que j'obéisse. Je regarde le médecin enchaîner les sortilèges de diagnostics et j'en sais assez pour comprendre qu'ils ne sont pas bons. Les signaux vitaux sont inexistants. « Il est loin », il finit par murmurer.
« Quoi, loin ?! », je pleure.
« Loin », répète Diniz. « Toute sa magie s'est repliée autour de ses fonctions vitales... »
« Et ? », questionne Ginny d'une voix blanche.
« Et... on peut évidemment demander à Tiago s'il peut quelque chose mais moi... ça dépasse de loin ce que je sais faire », regrette le médecin de manière patente.
« Tiago est épuisé – il ne serait jamais arrivé à ranimer Joachim sans Aesthélia », s'inquiète Ginny qui s'est retournée.
« Je ne vous conseille pas d'essayer », reprend Diniz sombrement.
« Quand ils seront reposés », je tente comme un môme que je suis.
« Cyrus, sauf si Tiago ou quelqu'un d'autre a une expérience sur les... changeurs de forme... je déconseille d'essayer de le réanimer comme ça », intervient Diniz avec autorité. « On ne joue pas avec la lycanthropie : elle interagit très profondément avec la magie – elle insuffle elle-même la magie à des créatures qui en étaient naturellement quasiment dénuées. Il faut un spécialiste – et je doute qu'on en trouve un au Brésil. »
« On ne peut pas le soigner ? », s'inquiète Cristovao dans mon dos.
« Remus Lupin n'est pas un sorcier comme les autres », lui répond Bettany. « Sa magie est... différente. »
Peut-être qu'un autre jour, j'aurais apprécié son effort de présentation.
« Il va mourir alors ? », regrette l'enfant. « Parce qu'il n'est pas normal ? »
« Non », je gronde. « Il n'a rien d'anormal ! Je ferai ce qu'il faut, Diniz ! N'importe quoi ! », je rajoute en me tournant vers le cousin d'Aesthélia.
« C'est son Papa ? », murmure Cristo, impressionné sans doute. « Il ne lui ressemble pas ! »
Je pivote sur moi même sans en être conscient et ma main part sans aucune pensée cohérente pour la guider. La gifle le fait reculer.
« Cyrus ! », s'insurge Gin en sautant sur moi. « Il n'y est pour rien ! »
« C'est mon père et je ne veux ressembler à personne d'autre ! », je hurle cette fois. « Si je dois me faire mordre à la prochaine pleine lune pour être la moitié du sorcier qu'il est, je le ferai ! », je rajoute, et l'idée de la pleine lune m'amène droit à une autre folie : « Diniz, si j'étais loup-garou moi aussi ? Je pourrais l'aider ? »
« N'est-il pas pathétique ? », demande alors à la cantonade Hermosa, toujours enchaînée à un arbre gigantesque par les liens de Paulsen,. « Il y a de meilleurs usages à faire de la lune que de sauver des vieux garous inutiles ! »
Je suis sur elle dans un bond – Ginny en glisse au sol. Je frappe Hermosa comme je n'ai frappé personne dans cette vie-là et elle laisse échapper des cris de souris. Paulsen et Ron me tombent dessus la seconde d'après. Paulsen me tire en arrière et je lui hurle de me laisser la tuer en lui mettant des coups de coude dans le ventre. La gifle de Ron me cueille la seconde d'après.
« Tu vas te calmer, oui ? », il m'intime. « Moi aussi, je peux filer des baffes, si c'est ça dont tu as besoin ! » Je n'ai jamais eu autant envie de le tuer mais j'arrive à n'en rien dire. « Je connais Remus depuis que j'ai six ans, Cyrus », il rajoute plus gentiment. « S'il y a quoi que ce soit à faire, donner son sang, ce qu'il faut, je le ferai moi aussi sans hésiter. Et pas que moi, ici. La tuer, elle, ne changera rien à son état. Il voudrait qu'elle soit jugée, que leur putain d'organisation soit démantelée, tu le sais comme moi », il termine. Comme je garde les yeux sur le sol, il me relève le menton de sa main gauche – il avait sa baguette tirée mais il a préféré me gifler que m'envoyer un sort. Je ne sais pas pourquoi, mais je me dis que c'est important. L'envie de le tuer recule. Je suis presque étonné de l'avoir eue. « Paulsen peut te lâcher ? »
J'opine.
« Franchement ? On peut te laisser ta baguette ou faut qu'on t'enchaîne avec elle ? », insiste mon beau-frère, l'air clairement dubitatif. Ginny derrière lui se mord le poing pour ne pas pleurer, je crois. Bravo, Cyrus, ça faisait longtemps que tu n'avais pas fait peur à tout le monde comme ça.
« Cyrus, on a besoin de toi », souffle alors Paulsen dans mon dos. « On a des prisonniers, on a des blessés et peu de sorciers capables de réaliser les sortilèges nécessaires pour ramener tout le monde à la civilisation en bon état. Je préférerais te laisser ta baguette... »
« Je ne vais pas la tuer », je souffle. « Ni maintenant, ni plus tard... »
Je sais que c'est vrai. La fureur est passée, il ne reste que la peur et le chagrin.
ooo
Bien, je devrais avoir du courrier...
Sinon, le pendant européen s'appelle De la foi donnée et des risques encourus
ou Harry et les Aurors à Lo Paradiso...
