Si tu gardes à l'intérieur ce qui te guide à l'extérieur
alors vu de l'intérieur
tu ne changes pas
si tu laisses à l'extérieur ceux que tu guides à l'intérieur
alors vu de l'extérieur
ça ne changera pas
Camille, Le Berger
83. Harry. De la foi donnée et des risques encourus
On met dix minutes à pieds à rejoindre le rendez-vous fixé par Mãe entre Foote et nous.
« Ne transplanez pas – vous seriez traçables », elle a bien insisté quand elle a rappelé pour le donner.
On marche vite. Finnigan a cette dégaine faussement détendue du gars qui peut stupéfixer dans la seconde. Je suis sans doute moins entrainé mais pas moins ostensible que lui dans ma surveillance de notre environnement. Au point que Brunissande s'exclame avec un grand sourire :
« Je me fais l'impression d'être la fille du Ministre de la magie en ballade ! Vous croyez que quelqu'un va nous tomber dessus en pleine rue ? »
« Je ne sais pas comment ma mère va vendre notre disparition aux Aurors suisses et le XIC compte bien plus de membres que Kuno Teuffer. Je n'insisterai même pas sur le reste de la famille Teuffer ou le cousin Körbl... On ne sera jamais trop prudents, Brunissande », je conclus.
« Si tu préfères qu'on te trouve une planque... », propose loyalement Finnigan, et j'approuve de la tête. J'ai sans doute accepté trop vite sa présence dans ce développement de l'histoire. Brunissande ne devrait pas être là. Comme l'a fait remarquer Mãe, je ne peux pas fermer les yeux sur sa sécurité.
« Me retrouver seule à me demander qu'est-ce qui se passe ? Non, merci », elle répond fraichement.
« Alors, tu dois être constamment vigilante et envisager le pire », je ponctue quand même. « C'est tout sauf une ballade. »
« Sauf s'ils sont ailleurs », elle souligne, et ça m'inquiète qu'elle ne veuille pas entendre.
« Brunissande, on va... »
« ...chez les garous, ok, j'ai pas oublié. La pleine lune était il y a trois jours, Harry, ils sont revenus parmi nous ! »
« Ils seront contents de l'apprendre », je commente – c'est mon tour d'être frais. Seamus fait semblant de ne pas écouter.
« Tu dis ça à cause d'Aradia ? », elle questionne les sourcils froncés. « Tu as peur qu'elle désapprouve ma présence ? »
« Dis-toi qu'elle compte parmi les plus ouverts de Lo Paradiso, qu'elle te sera moins hostile que n'importe qui d'autres – suis-je plus clair ? »
« Mais tu y es allé, toi, non ? Oh, c'était différent à cause de ton père ? », elle croit comprendre.
« A peine et pas pour tout le monde, Brunissande. Je ne vais pas vous faire un cours sur les courants lycanthropiques contemporains, mais on part en visite non annoncée chez des gens qui pensent, avec une certaine quantité de lucidité, que rien de très bon pour eux ne peut venir du monde sorcier. Si le XIC est bien là-bas... soit il les a gagnés à sa cause, et nous risquons d'avoir un accueil en conséquence, soit il les a froissés, et je... on ne peut pas trop anticiper ce qui ce sera passé – pas sûr que les quelques gardes de la Réserve aient fait le poids... », je développe et le dire à haute voix n'allège pas la pierre qui pèse sur mon estomac. Brunissande veut répondre mais je continue : « Si le XIC n'est pas là-bas, j'introduis des sorciers non invités et, pire encore, des Aurors... Ils ne vont pas me dire merci, Brunissande. »
Mes deux compagnons se taisent en réponse à mes explications.
« Le XIC sera là-bas », finit par estimer Finnigan très bas. « Tout ce qu'on sait sur eux confirme ta théorie, Harry. Le lieutenant l'a bien vu sinon elle n'aurait pas donné son feu vert. Tu penses qu'ils peuvent les avoir convaincus de coopérer avec eux ? Au point qu'ils se liguent avec eux contre nous ? Tu as parlé d'amis, Harry », il me rappelle.
« Voldemort avait acquis un grand nombre de loups-garous à sa cause », je pointe – je n'ai pas envie de disséquer la nature de mes relations avec les jeunes ambassadeurs de Lo Paradiso mais l'histoire contemporaine est pleine de bons exemples, non ? « Et le XIC aime bien les marges – ils n'ont pas peur des Moldus, de magies traditionnelles, des choses interdites. Les lycanthropes, c'est presque étonnant qu'ils n'y aient pas pensé avant, surtout quand on sait que Kuno et Lavendin ont des ancêtres garous...»
« Ce qui les amène aux lycanthropes, ce sont les statuettes plus que leurs ancêtres », estime Brunissande. J'opine. « Tu m'avais dit que tes amies... avaient été plutôt évasives sur les statuettes... Rappelle-toi la stabilisation, Aradia et sa copine ne t'auraient jamais filé le truc si elles n'avaient pas eu envie que vous partiez en Angleterre, non ? » J'opine une nouvelle fois, plutôt sombrement – mon égo est décidément sur une mauvaise pente. Brunissande se mordille les lèvres avant de lâcher : « Tu crois qu'Aradia donnerait ces secrets-là au XIC ? »
« Tout dépend comment Jérémie et Körbl s'y prennent », je soupire – puis-je postuler qu'ils s'y prendront aussi mal que moi ? Qu'est-ce que je sais de ce qui peut faire basculer Lucca ou sa mère ? Les autres du Conseil ? Le financement de Lo Paradiso n'est-il pas une urgence capable de les faire fermer les yeux sur les risques ou la morale ? Comment anticiper leur réaction à la promesse d'une revanche ?
« On se prend la tête pour pas grand-chose », estime finalement Finnigan. « On verra assez tôt où ils en sont. Et Foote est là », il ajoute en désignant un homme appuyé contre un hangar. Il y a une once de nervosité dans sa voix – pourtant qu'a-t-il à se reprocher ? Ne m'a-t-il pas empêché de me tirer sans en informer quiconque ?
« C'est moi le sale gosse », je lui souffle avec un clin d'oeil.
« Je suis déjà épaté qu'il soit là », répond Seamus très bas. « Ta mère a dû insister pour lui vendre une opération pareille – crois moi ! »
Il a de nouveau réussi son coup, j'ai l'estomac qui proteste. Pas réellement que j'ai peur d'un Auror frustré mais parce que je me dis qu'à un moment, Mãe va me prendre entre quatre yeux et que ce n'est pas sûr qu'on sache avoir cette conversation, tous les deux. En attendant, reste à ne pas se montrer en dessous de sa confiance, je décide.
« Bonjour Auror Foote », je commence donc respectueusement.
« Monsieur Potter-Lupin », il répond sobrement. Pas à dire, il déborde de satisfaction à se trouver là avec une bande de civils trompe-la-mort.
« Je sais que vous êtes là contre votre gré », je décide d'affronter la question.
« Amusant. Votre mère m'a dit que vous ne vouliez pas de moi et c'est presque ce qui m'a décidé. »
« Elle vous aura dit pourquoi ? », je vérifie avec patience.
« Vous êtes réellement capable de nous faire entrer dans la seule réserve lycanthrope mondiale ? », il contre.
« Je connais deux chemins et une amie devrait nous guider », j'explique.
« J'avoue que j'ai hâte de voir ça ! »
On se mesure du regard.
« Je pensais que vous aviez plus confiance que cela dans le jugement de ma mère », je décide de poser.
« J'avoue qu'à ce niveau-là, c'est quasiment de la foi », il acquiesce.
« Elle sait que je suis le mieux placé pour cette mission », j'argumente.
Il a un geste vague des mains avant de répondre : « Commençons par les coordonnées de l'endroit. »
« Je ne les donnerai pas oralement », je l'informe posément.
« Harry ! », maugrée Seamus dans mon dos.
« Je suis capable d'enchanter moi-même le portoloin », je continue.
Foote arque un sourcil en sortant l'objet de sa poche et en me le tendant. « Nous colle pas au milieu d'un glacier, petit, d'accord ? », il commente avec un soupçon de condescendance.
« On va se matérialiser près d'un village moldu – je connais une grange isolée qui devrait faire l'affaire et l'amie qui doit nous guider est sur place. On risque de marcher et d'aller en altitude assez vite néanmoins... Tout le monde est bien équipé ? »
Seamus et Brunissande opinent immédiatement ; Foote m'envoie un regard qui me met au défi de dire un seul mot sur sa tenue. On va faire une sacrée équipe, je me dis avec un peu de ressentiment pour Dora de m'avoir imposé un ange gardien qui tient de la baby-sitter frustrée plutôt que du partenaire. Je m'oblige à penser à Fiametta et aux autres, au risque que Lavendin, dans un délire de grandeur, n'en vienne aux manières fortes. Foote peut me prendre pour un môme capricieux, je m'en fous. Je sors ma baguette pour l'approcher de ma tempe. Je laisse la localisation du village et de Lo Paradiso prendre une forme matérielle, un fil comme un souvenir de pensine, et je l'enroule autour de ma baguette. Je pointe ensuite celle-ci vers le paquet de cigarettes anglaise pré-enchanté proposé par Foote.
« Quand vous voulez », je les préviens quand le fil a disparu. Le paquet de cigarettes pulse dans ma main. Brunissande est la première à faire le geste – Seamus attend l'exemple de son chef qui tend la main en me regardant droit dans les yeux. J'adore ce type, je pense, tout en commençant le décompte : « A cinq : un, deux, trois, quatre, cinq... »
oo
Dès qu'on se matérialise, Foote fait son show d'Auror en mission en se mettant en position de tirs, imité avec un temps de retard par Seamus. Brunissande me regarde et je hausse imperceptiblement les yeux au ciel avant de regarder à mon tour autour de nous. L'après-midi est bien entamé et les arbres ont des ombres courtes. Je perçois néanmoins Fiametta avant eux – et je n'en suis pas peu fier.
« C'est nous, Fia », je l'appelle en italien. « Auror Foote, Finningan si vous pouviez ranger votre arsenal, notre guide oserait s'approcher », je rajoute en anglais
« Vous êtes sûr qu'elle est seule ? », questionne Foote en quittant l'essentiel de sa pause martiale mais pas sa vigilance.
« Non », je reconnais.
« Oh c'est toi, Brunissande », salue Fiametta en s'approchant, l'air sur ses gardes. Avec le R roulé et le E final qui ressemble à un A, il me semble que le prénom est moins sage que la prononciation française, plus proche de l'image que je suis en train de me faire d'elle. Fiametta reconnaît ensuite Seamus : « Toi aussi, je te connais ! Tu étais chez le frère de Harry ! »
« Un sortilège de traduction serait utile », je réalise en pointant ma baguette vers les Aurors. Je ne vais pas faire l'interprète toute la soirée. « Comprendre l'italien ne serait pas du luxe. Pour faire court, elle a reconnu Brunissande et Seamus. »
« Et lui ? », s'informe Fiametta en pointant Russel Foote.
« Foote est un collègue de ma mère », je décide de le présenter.
« Harry, le conseil n'acceptera jamais qu'un Auror entre dans la communauté ! », s'alarme immédiatement Fia.
« Mais les criminels trafiquants de potions, pas de problème », juge Foote.
« Qu'est-ce qu'il dit ? »
«Fia, écoute moi. Les fameux investisseurs, ce sont des malades : ils ont incendié la banque gobelin de Genève pour récupérer des statuettes ; ils ont enlevé un briseur de sort pour récupérer la recette de la potion que vous m'avez aidée à fabriquer ; et plein d'autres choses encore. Ils ont menti aux Sirénéens : ils veulent les plantes, les statuettes, la potion ; pas investir à Lo Paradiso. J'amène de l'aide, Fia, rien d'autre!»
« C'est ce que tu as dit », elle remarque d'un air sceptique. « Et je n'arrive à joindre personne du village ou du conseil. »
« Personne ? », je répète inutilement.
« Non, personne », elle confirme lugubrement.
« Tu fais comment ? », je la presse. Son recul tient du pur réflexe. « Fia, pourquoi es-tu venue si tu n'as pas confiance en moi ? Si mes intentions étaient mauvaises, je te réduirais à la coopération par magie ! »
Elle considère l'argument plusieurs secondes avant de soupirer : « Par statuettes... - c'est généralement le plus efficace. »
« Tu peux les faire parler à distance ? », je vérifie – une partie de mon esprit s'excite autour de l'idée de tout ce que je ne sais pas à propos des statuettes, une autre calme la première en lui rappelant qu'on n'est pas là pour ça. Fia, elle, acquiesce sobrement. « Donc tu as lancé un message qui disait : 'Harry dit de se méfier ?' »
« Ada m'aurait tuée, Harry, si j'avais fait un message aussi direct ! », elle s'exclame – et je me demande si c'est me citer ou dire de se méfier qui aurait été mal pris. « J'ai dit : 'c'est Fiametta, Aradia doit me rappeler – c'est une question de Lune'... C'est notre code – une question de vie ou de mort... Comme je n'avais aucune réponse , j'ai envoyé un message direct à Livia puis à Attilio. Sans succès. Puis à tous les membres du Conseil... Personne n'a répondu, ce n'est jamais arrivé auparavant, Harry, jamais. »
Il y a de l'inquiétude dans sa voix cette fois – et pas en raison de la présence des Aurors.
« Donc le pire est probable », juge Brunissande dans son italien un peu plat.
« C'est quoi le pire ? », s'alarme Fia en blêmissant.
« La définition est moins simple que ce qu'en dit Brunissande », je tente de la rassurer. « Disons que ça confirme sans doute qu'on ne s'est pas trompé sur l'identité des investisseurs... »
« On fait quoi ? », questionne Fia avec une sombre résolution.
« Monsieur Potter-Lupin », commence Foote en me prenant le bras – et devant le regard sidéré de Fiametta, il amende : « Je peux vous appeler Harry ? » J'opine plutôt que de lui servir une remarque qu'il jugerait insolente. « Bien.. Harry : cette petite là, c'est une lycanthrope », il énonce. « Elle connait quoi en combat ? »
« Aucune idée, je ne fais pas des duels avec tous mes amis », je réponds avec fatigue. Il se crispe assez logiquement et je décide de céder : « J'ai besoin d'elle pour dire si le village là-haut semble normal ou non, pour contacter les bergers dans le cas contraire... »
« Les bergers ? », relève Seamus, sidéré.
« L'élevage est la première ressource de Lo Paradiso », j'explique avec patience. « J'ai besoin d'elle, Russel. »
« Ça fait deux civils à protéger », insiste l'Auror en titre.
« Déjà, vous ne dites pas trois », je remarque avec un sourire.
« Harry », il soupire.
« La foi, Russel, vous vous souvenez ? La foi », je lui rappelle avec un clin d'œil. Seamus essaie de ne pas sourire. « On perd du temps – y a de la grimpette à faire et le soleil va se coucher avant qu'on y soit... Russel s'inquiète que tu ne saches pas te défendre, Fia », j'informe l'amie d'Ada en italien.
« Oh... avec des sorts, il veut dire ? », elle précise avec un léger rosissement des joues. J'opine avec un sourire désolé. « Je sais... un peu... j'ai demandé à Tizzi », elle avoue l'air carrément gênée cette fois. Comme si on allait lui reprocher de chercher à se former. « Il dit que je fais des progrès... »
« Au fait », je réalise, « il sait que tu es là ? »
« Tu le connais : il aurait tout laissé tomber pour venir avec moi... or il fait des recherches sur les médailles brésiliennes et leur ressemblance avec les statuettes... Il a dit que c'était pour retrouver ton frère... et aussi pour comprendre pourquoi la mafia s'intéresse à lui... Je me suis dit que.. tu es là, Harry, ça suffira bien, non ? »
« Je l'espère », je réponds automatiquement. Je suis en train de me demander quelle conversation sera la plus désagréable – Mãe ou Tiziano ?
On se met en route assez vite après ça – le temps de prendre de l'eau et de mettre un sortilège anti-ampoules sur nos chaussures. Fiametta nous entraîne sur un troisième chemin – un raccourci qui traverse plusieurs fois le chemin principal. Il est plus raide que la voie principale sans avoir le côté technique de la vire Agnelli. Fiametta marche en tête, j'essaie de la suivre. Brunissande a du mal à trouver un rythme et traîne à l'arrière – Seamus finit par l'attendre et ça m'agace de me sentir furtivement jaloux. Mais je me sens jaloux. Comme prévu, la nuit tombe sans que nous soyons en vue du village.
« C'est encore loin ? », soupire Brunissande.
« Plus trop », je lui promets – je m'arrête même pour l'attendre. Elle me sourit bravement.
« Vous avez parlé de gardes, avec la jeune femme », m'interroge Foote.
«Ils devraient nous avoir repérés », je réalise. « Fia ?! », j'appelle. Elle s'arrête et nous attend à son tour. «Quand j'étais venu avec Ada, les gardes nous avaient interceptés bien avant », je répète quand on la rejoint.
« Je sais... à moins qu'il y ait une réunion du Conseil, ce n'est pas tellement normal », elle répond – son inquiétude est patente, teintée d'impatience. Seule, elle irait beaucoup plus vite.
« Les bergers, tu crois qu'ils sauraient quelque chose ? », je demande ensuite – aller de l'avant, sans chercher à en savoir plus me paraît assez inconséquent.
Elle hausse les épaules : « Ce ne sont pas des combattants, Harry »
« Mais ils sauraient ? »
« Pas sûr... »
« On peut les joindre ? »
« Ils n'ont pas de statuettes avec eux ; ils se déplacent tout le temps... je ne sais pas comment... »
« Un patronus », propose Brunissande. Tout le monde la regarde. « Un patronus cherchera, non ? »
« Je ...je ne sais pas faire », avoue Fiametta.
« Mais ils te connaissent, Harry, non ? » suppose Seamus.
« Zeno t'adule », concourt Fiametta, rassérénée par l'idée visiblement.
« Un Patronus pour Zeno ? », je résume.
« Pour Massimo aussi », suggère Fiametta.
« Faisons ça », je décide en sortant ma baguette. Le loup paraît avec une netteté qui me surprend moi-même comme s'il était content d'être là. Brunissande et Foote ont un sursaut de surprise – Seamus opine pour lui-même comme s'il réalisait sa signification pour la première fois. Fiametta me fait un sourire radieux. « C'est Harry », je commence pour le patronus. « J'ai peur que Lucca et Ada soient tombés dans un piège. Je viens à votre rencontre avec des amis. Est-ce que vous savez ce qui se passe au village ? Attention, les gens qu'ils ont amenés avec eux sont extrêmement dangereux, n'essayez pas d'intervenir sans nous. Dépêchons nous », je conclus quand il a disparu.
Ooo
Cette fois, c'est Foote qui les voit avant moi. Il m'arrête d'une main sur l'épaule et me montre la crête du menton. Trois hommes, leurs chiens.
« Ils ont des chiens », souligne Seamus à la grande surprise de Fiametta. « Ce sont des bergers », il comprend.
« Et les chiens protègent les troupeaux pendant la pleine lune », elle rajoute.
« On t'attend là ? », veut savoir Foote loin de toute lycanthropologie.
« Je viens avec toi », affirme Fiametta.
Brunissande ravale son envie de dire qu'elle veut venir aussi, je le vois bien. Je lui presse la main avant de prendre avec Fia la sente qui nous mènera à la crête.
« Harry ! », m'accueille Zeno avec son indéfectible enthousiasme. « Trop cool ton truc à message ! Tu peux m'apprendre ? J'ai une baguette maintenant ! »
« Ça demande un peu plus de temps que j'en ai là », je souris en leur serrant la main.
« Faire un loup ? Mais je te jure que je sais comment c'est un loup, Harry ! Je sais précisément comment c'est, je le visualise, et je pourrais laisser venir la magie à moi », il développe reprenant peu ou proue les explications de métamorphose que j'avais fournies à son pote Andrea.
«Produire un patronus fait appel à d'autres choses que la volonté et la visualisation », je lui apprends – sans entrer dans davantage de détails. «Mais ce n'est pas un refus de ma part, d'accord ? Je t'apprendrai un jour, c'est une promesse.»
« Vrai ? », il questionne avec des yeux aussi brillants que les jumeaux devant les montagnes de sucreries de Honeydukes.
« Harry tient ses promesses », intervient Fiametta avec autorité. « Qu'est-ce que tu peux nous dire, Massimo ? »
« Que le Conseil nous a envoyé un messager en milieu d'après-midi : Lucca et Aradia venaient avec des investisseurs, il fallait se tenir prêt à montrer nos troupeaux... et puis plus rien. On ne s'est pas réellement inquiétés - ils viendraient le lendemain sans doute - avant ton... message... »
« En venant ici, on a observé le village, pas une lumière hormis l'Atelier », ne peut retenir Zeno et j'ai l'impression que Massimo se fait une violence pour ne pas lui coller une beigne.
« Combien de personnes au village en ce moment ? », je questionne.
« Pas tant que ça, l'hiver est fini et pas mal repartent dans les chalets d'alpage, sans compter ceux qui sont envoyés en formation... une vingtaine, je dirais », répond Massimo, affirmant son rôle de chef.
« Combien de gardes ? »
« Une dizaine, trois de service à tour de rôle, comme avant... »
Rien au dessus des capacités de deux sorciers déterminés je me dis. Il suffit de prendre quelques otages bien choisis et d'assommer - ou pire - les plus têtes brûlées. Le conseil actuel – Livia, Agnella et Asfodelo – aucune combattante. Trop facile, je rumine.
« Faut qu'on aille voir », je décide. « Avec mes amis, en bas... ce sont des combattants »
« Des combattants ? », répète Massimo avec amertume. « Des Aurors défendant des loups garous ? »
« Exactement », j'affirme le cœur battant. Sans Mae, je n'en serais pas là ; je négocierais le passage de deux briseurs de sorts. Ce serait plus facile mais moins efficace.
« C'est la magie de Harry », appuie Fiametta avec cette confiance indéfectible en moi dont je ne connais pas réellement les racines.
« On n'a pas le choix », je rajoute pour bonne mesure.
« Dès que les gens comme toi se mêlent de nos affaires, nous perdons tout choix ! »
« Mais pas du tout ! » s'exclame Fiametta. « Massimo, ne commence pas ! Des sorciers qui nous veulent du bien contre des sorciers qui nous veulent nous mal ! Et nous qui décidons à qui nous voulons faire confiance ! Ça fait combien de choix ? »
Zeno approuve la formulation de Fiametta sans la ramener pour autant. Le vieux berger rumine tout ça avant d'accepter avec brusquerie.
« Harry, ne me déçois pas. »
« Plutôt mourir », je réponds avec sincérité.
ooo
On entre dans le village par les laiteries. C'est Zeno qui nous guide - « Les mômes passent leur temps à faire le mur », a révélé Massimo avec philosophie, « il sera sans doute de meilleur conseil que nous ». Il semble bien qu'il ait eu raison.
Foote est avec nous ; il a laissé un Seamus relativement rebelle avec les filles et les bergers.
« Tu es responsable, d'eux, Finnigan. Tu n'hésites pas à les éloigner encore si besoin. Je t'envoie des rapports réguliers, tu fais suivre dès que le lieutenant arrive », il lui a néanmoins ordonné.
« Elle va arriver ? », j'ai relevé.
« Dès qu'elle aura officialisé l'opération », a confirmé Foote. « Tu ne m'as pas jamais posé la question, Harry. »
« Je suis content qu'on se tutoie », j'ai persiflé.
« Prends-le comme un début de foi », il m'a répondu sur le même ton.
« Partez donc vite », a conclu Brunissande en levant les yeux au ciel.
A la première maison, on tombe d'abord sur deux gardes morts. Zeno ouvre des yeux comme des pleines lunes et Foote le retient quand je me baisse pour vérifier. Ils n'avaient pas trente ans et ils ont visiblement essayé de se défendre. Leurs baguettes gisent à côté d'eux. Je les ramasse sans trop savoir pourquoi.
« Des salauds ! », pleure Zeno. « C'est qui ces salauds ? »
« Des gens un peu trop sérieux », je réponds laconiquement en fermant les yeux des deux garous avec plus de calme que je ne m'en serais cru capable.
On continue vers le bâtiment du Conseil en rasant les murs. Comme une confirmation inutile, les porte sont béantes.
« Non ! », marmonne Zeno terrifié.
« J'y vais seul », je propose à Foote qui acquiesce.
Dans le hall, l'autel est renversé et privé de ses statuettes. La grande salle n'est pas en meilleure état et une femme est allongée face contre terre. Il me faut un courage nouveau pour m'approcher. Je n'ose pas souhaiter que ça ne soit pas Ada. Telle est la vérité. Les cheveux sont blonds. Le corps est... me semble plus lourd et âgé que celui de mon ex-petite amie. Mais il n'y a qu'une façon d'être sûr. J'inspire et retourne le cadavre, en apnée. Agnella, je réalise sans être vraiment soulagé. Si quelqu'un ici était sans ambition délirante, sans calcul compliqué, c'était bien Agnella qui travaillait dur à la laiterie et avait accepté presque à contrecœur la responsabilité du Conseil restreint. Qu'elle soit une des premières victimes du XIC parle de lui-même.
Je ressors rapidement pour retrouver Foote et Zeno en planque dans la forge désertée avec le feu en marche, en face de la salle du Conseil. De là, on perçoit les lueurs derrière les verrières du seul bâtiment construit au dessus du village.
« Ils ont rassemblé tout le monde dans l'Atelier », je pense à haute voix.
« Eliminé les récalcitrants », concourt Foote d'une voix neutre. « D'autres ? »
« Un membre du Conseil restreint », je confirme. « Agnella », je précise pour Zeno qui doit ravaler de nouvelles larmes.
Un éclair argenté m'indique que Foote vient d'envoyer un patronus - une chouette - à Seamus.
« On peut quoi tous seuls ? », je le questionne.
« Continuer notre travail de reconnaissance », il estime sombrement avec un regard critique pour Zeno terrifié.
« Tu veux que je le renvoie ? », je souffle.
« Est-ce que tu as besoin de lui pour aller là-bas ? »
« Aller à l'atelier sans se faire repérer ? », je demande au môme qui ne nous écoutait pas. Il semble à des kilomètres.
« Par les granges », il répond d'une voix atone. Puis il réalise : « Je vous guide », il affirme en carrant les épaules avec une énergie nouvelle.
« Le moindre mouvement bizarre devant toi, le plus petit bruit, tu t'aplatis au sol », je lui précise. Foote approuve.
« Ok »
oooooo
Quelques trucs que je sais sur une poignée de garous italiens :
Asfodelo – fille de Furio, elle travaille avec Livia Astrelli comme herboriste. Membre du nouveau Conseil restreint à la place de son père Furio, opposé à Lucca.
Attilio – le tanneur, frère de Bartolomio, l'herboriste de Venise, allié de Ada. Membre de l'ancien Conseil restreint : a démissionné pour laisser sa place à Agnella.
Zeno, Massimo et un autre berger. Massimo est leur chef, il est membre du Conseil élargi. Zeno est de parents moldus.
Agnella – travaille à la laiterie. Membre du Conseil restreint.
Livia et Lucca Astrelli – Garous d'origine romaine. Livia dirige le Conseil restreint.
Je peine un peu à écrire la fin, ça me stresse... Je n'arrive pas à aller à l'essentiel - quelle surprise ! Bref, j'espère garder suffisamment d'avance pour poster la semaine prochaine quand même...
Portez vous bien et écrivez moi, tiens ;-)
