Playlist
Notre histoire est écrite
Par le principe masculin
Extérieur à nous-même,
Pour pouvoir aller très loin
Pour pouvoir conquérir

Imaginons l'avenir
Un peu plus féminin
Intérieur en nous-même
Plus besoin d'aller si loin
Pour se reconquérir

Marianne Aya Omac - Homme, Femme
(Je l'ai vue en concert samedi, et j'ai pensé à la playlist comme une évidence pour ce chapitre)

86. Cyrus. Des culpabilités enfouies et des presque quotidiens

Sous la pression de Ginny et de Diniz, le troisième jour, je finis par m'arracher au chevet de Remus pour me traîner à la maison occupée par Aesthélia à Santa-Felicidad. Quand je passe la porte, Ginny sur les talons, Cristo me saute dans les bras avec une spontanéité qui paraît presque plus jeune que son âge. C'est instantané – Sirius me dit que, simplement, il est heureux de pouvoir être un enfant et lui-même. C'en est intimidant. Est-ce que j'étais comme lui quand je me suis jeté dans les bras de Remus, le forçant à devenir un père qu'il n'avait pas envisagé ? Je sais, la réponse est oui.

« Vous avez vu son oncle ? », j'enquête en anglais quand le môme repart, appelé par des gamins dehors.

Aesthélia, qui l'a poussé dehors en lui affirmant qu'elle n'avait pas besoin de lui, opine d'un air un peu triste: « La tante est trop contente de se débarrasser de lui – l'oncle a quelques remords : qu'est-ce que sa soeur aurait dit de ça ? Mais il se dit que sa vie sera plus simple avec une bouche de moins à nourrir... et une femme contente ! »

« Tu leur as donné de l'argent ? »

« Pour l'instant, je leur verse une espèce de location », elle me répond avec une certaine dérision. « Pour eux, je l'ai pris pour tenir mon ménage – ce qui leur va ! Diniz dit qu'il faut attendre pour parler d'adoption... »

« Et Cristo, ça lui fait quoi ? », je m'inquiète - est-ce que ce mensonge est acceptable pour lui ?

« Il avait vraiment peur de sa tante », commence par répondre Aesthélia avec une expression désolée. « Il était totalement figé tout le long de l'entrevue et ne la quittait pas des yeux - j'ai craint qu'autant de peur ne provoque une réaction magique en lui, surtout maintenant que nous l'y encourageons, mais il s'est retenu... - sans doute par peur de représailles d'ailleurs et non par volonté ou compréhension de ce qui le traverse... mais bref. Quand on est repartis de chez eux ensemble, je crois qu'il était avant tout soulagé que le rêve continue encore... Je ne sais pas s'il y croit vraiment, s'il se projette... mais il s'installe doucement... sans faire spécialement le ménage », elle ajoute avec un sourire furtif qui la rajeunit énormément.

« Il a l'air trop content », je souligne. « Pas de clashs majeurs encore ? »

« Non... Des fois, je l'espère – je me dis que ça sera derrière nous... Des fois, j'en ai tellement peur que j'espère que ça arrivera dans des mois », elle se livre.

« Quand ça arrivera, c'est qu'il se sentira prêt à ce risque », je commente.

Aesthélia a un furtif regard pour Bettany, qui semble avoir mis un point d'honneur a ne pas avoir l'air de nous écouter, avant de laisser tomber la question qu'elle aimerait poser. Moi, je me dis que celui qui pourrait réellement la conseiller est dans le coma, et ça pèse immédiatement sur mon humeur. Je ne sais pas si j'aurais pu me pencher alors sur les notes d'Aesthélia et Bettany étalées sur la table devant nous – malgré tout ce qu'elles peuvent contenir de fascinant sur les magies de lune et les catalyses. Je suis sauvé de la réponse par un appel par cheminée.

« Dona Aesthélia ? », s'enquiert en effet une voix britannique totalement inattendue dans le contexte.

"Severus !", je m'écrie comme un gamin en me précipitant vers la cheminée.

On ne peut pas dire que j'ai eu des nouvelles précises et abondantes de ce qui se passait en Europe. J'attends toujours que Mae ou Harry m'appellent par exemple. Ron a eu beau nous promettre que Lavendin et ses derniers complices avaient été arrêtés, que Lo Paradiso avait survécu au XIC comme au débarquement d'Aurors européens... j'enrage salement de ne pas en savoir plus - quand je n'ai pas envie de les étrangler de ne pas être déjà là pour supplier Remus de sortir de son étrange "éloignement".

"Je suis content de voir que tu consens à arrêter de pleurer sur toi même", m'accueille Severus avec l'air effectivement soulagé, comme s'il s'était attendu à me trouver sur le point de me suicider.

"Pardon ?"

"Le travail est ce qu'il te faut", il développe avec son assurance professorale.

Faut entendre des trucs pareils une fois dans sa vie pour mesurer ce qu'est l'absurde.

"Ce qu'il me faut, c'est des nouvelles, c'est une solution pour Remus, c'est...", je m'agace avec méthode.

"La solution, on y travaille", il promet, et je saute sur l'information comme un chien sur un os.

"Tu as une piste ?"

"Tu nous as donné une piste - Susan, Harry, Tiziano et moi pensons..."

"Quelle piste ? Qu'est-ce que j'ai donné comme piste ?", je le coupe abruptement. Affolant, non, la longueur de la liste des gens qui semblent penser sans moi le sauvetage de Remus et en se targuant de suivre ma piste en plus ?

"Ta vision est très instructive...", me répond Severus avec l'air de dire un compliment.

"Des conneries !", je hurle avec plus de rage que je ne voulais. "Un fatras de peurs et d'espoirs enfantins !"

Severus inspire dans les flammes avec une démonstration ostentatoire de patience qui me met sur mes gardes mieux qu'une sirène.

"Je n'ose pas imaginer qu'avec ce que tu viens de vivre, qu'avec tout ce que tu sais, tu doutes aujourd'hui du pouvoir de la symbolique ou de la catalyse", il commente fraîchement.

"Sauf qu'un paquet de trucs n'ont aucun sens...", j'insiste contre toute prudence. Même Aesthélia n'a pu trouver d'explication à ce que pouvait désigner l'expression "sang de lune" et que dire des visions "parasites" où intervenaient les jumeaux par exemple ?

"Harry et Tiziano ne sont pas de cet avis", m'apprend Severus.

"Génial, et qu'est-ce qu'ils attendent pour venir ?", j'explose.

"La veille de la pleine lune ou presque, parce que rien n'est apparemment possible avant, ce qui est aussi bien car Harry doit être auditionné par la justice magique italienne, suisse et britannique, et d'ailleurs...

"On s'en fout", je marmonne. Peut-on perdre plus de temps en futilités ?

"Oui, relâchons le XIC, Remus guérira plus vite", commente Severus froidement.

"Il faut que Harry témoigne ?", je vérifie comme un môme boudeur.

"Il est le seul qui peut faire le lien entre l'incendie de la Banque gobelins et la prise en otages de Lo Paradiso, et il tient à accompagner les représentants de Lo Paradiso qui acceptent de porter plainte en Italie et en Suisse.."

"On imagine bien qui il accompagne", j'insinue plein de rancoeur.

Une partie moins énervée de mon cerveau mesure l'ampleur de l'évènement : des garous vont porter plainte... de manière internationale... contre des sorciers... des sorciers influents et connectés... Remus serait tellement excité par l'idée !

" Et il faut que tu viennes", continue Severus, imperturbable.

"Pardon ?"

"L'Auror chargé de la finalisation du dossier va t'appeler... On craint que ça soit Dawlish, donc je t'invite à faire preuve d'un peu plus de maturité qu'avec moi..."

"Pourquoi pas Mae ou Paulsen ?"

"Je suis content de voir que tout esprit d'analyse ne t'a pas déserté", il assène. "Dora n'est pas dans une situation facile ; elle a caché trop de choses à Shacklebolt pour pouvoir agir elle-même... Seule l'inculpation du XIC pourra au moins en partie racheter..."

"Kingsley ne comprend pas quoi ? Qu'elle soit venue à notre secours ? Mais qu'elle démissionne, il ne la mérite pas comme adjoint !"

"Et Paulsen, Weasley, Foote ou Finnigan, ils font quoi ? Cyrus, voudrais-tu bien reprendre une seconde tes esprits ? Dora cède ou démissionne, tous les Aurors qui l'ont suivie et aidée sautent, et je ne serais pas étonné que le XIC s'échappe avec les appuis qu'ils ont. La bataille n'est pas finie, Cyrus, si elle l'est jamais. Et Dora a besoin de toi..."

"B'en, je veille sur mon père - c'est son mari, elle devrait apprécier !", je contre parce que leurs priorités me restent étrangères. Je leur laisse la politique, les carrières et même la justice.

"Elle a besoin que tu viennes témoigner", il argumente avec une patience que je n'arrive pas à ne pas trouver intrigante. L'enjeu est sans doute supérieur à ce que j'envisage. "Tu es celui qui est approché par le XIC depuis des mois, tu es le lien... enfin, une partie de ce lien..."

"On va dire que je suis acquis à ma mère", j'objecte en essayant de m'intéresser.

"C'est pourquoi il serait judicieux que tu proposes un autre témoin", rebondit Severus. "Aesthélia pourrait être jugée trop proche de ta famille, une fois de plus, mais cette jeune fille américaine par exemple...

"Bettany ?", je questionne assez sidéré d'où en est arrivée la conversation. J'attends une piste de soin pour mon père et on me parle de Magenmagot et de Bettany ?

"Elle accepterait de témoigner ? J'ai cru comprendre qu'elle en savait..."

"Je viendrai", annonce Bettany dans mon dos. Je l'avais oubliée, je me rends compte. J'avais tout autant oublié Aesthélia et Ginny. Je leur demanderais bien ce qu'elles pensent de tout ça mais l'urgence est ailleurs :

"Tu ne sais pas ce que tu dis, Bettany : ils vont te tenir comme complice, et tu vas finir à Azkaban avec le reste de la bande !", je m'interpose avec une alarme qui dépasse de loin ma propre conscience.

"Ils n'auront pas totalement tort", remarque Bettany avec la raideur d'une vierge martyr.

"Bettany", j'articule avec difficulté. Le vertige est là, intérieur et sans fond. "Je sais ce que c'est d'être... tenu pour responsable de quelque chose qu'on n'a pas fait ! Ou pas réellement fait... Je sais ce que c'est de gâcher sa vie..."

"Cyrus", souffle Ginny avec angoisse en me prenant le bras, comme si elle voulait m'ancrer dans le présent. J'essaie d'ailleurs de me raccrocher à cette sensation physique pour ne pas me laisser submerger par une angoisse qui n'est pas seulement la mienne.

"Bettany est aussi une victime, et tu leur diras", intervient Aesthélia, pas moins inquiète Ça s'entend dans son accent.

"Ils n'écouteront pas", je me désole en frissonnant. Sirius a tant essayé de leur faire comprendre...

"Est-ce que tu vas cesser de pleurer sur ton sort et faire face !", s'exaspère Severus dans la cheminée. Il semble que je sois arrivé au bout de sa réserve de patience.

"Faire face ce n'est pas livrer des innocents à la vindicte !", je crache avec colère.

Je n'attends pas de savoir ce que l'innocence et la vindicte peuvent lui inspirer, à lui, Severus Rogue. Je me dégage de l'emprise de Ginny pour sortir sur la terrasse - il me faut tout mon contrôle pour ne pas fuir plus loin. C'est profond, c'est animal, et c'est en même temps assez sensé, je continue de penser. Leurs priorités, leurs manières de faire... peuvent-ils avoir raison contre mon instinct et l'avis de Sirius ? J'ai l'impression d'étouffer - peut-être à cause de l'humidité chaude amazonienne.

"Severus, on va en discuter et on vous rappelle", propose Aesthélia dans mon dos. Grand bien lui fasse !

"Il ne faut pas me rappeler - il faut être prêt pour l'appel de la Division", il précise avec plus de calme que je ne m'y attendais. "J'espère qu'il va vous écouter", il rajoute avec moins de sarcasme qu'il pourrait.

Je me retourne pour lui hurler de cesser de me prendre pour un môme et je me trouve nez à nez avec Ginny.

"Moi, je te fais confiance pour leur faire entendre", elle souffle en m'enlaçant. Je lève mes yeux vers les siens noisette. Il y a une telle volonté, un tel amour... j'ai moins froid. Cyrus a des ressources que Sirius n'avait pas, je m'oblige à réaliser.

"Et si...", je m'étrangle quand même.

"Il faut en finir avec le XIC ; il faut envoyer les vrais coupables en prison", plaide Aesthélia qui nous a rejoints.

"Je veux raconter ce qu'il s'est passé", affirme Bettany depuis le pas de la porte. "Je suis touchée que tu aies peur pour moi mais moi, je n'ai pas peur - je me dégoûte... Rien ne peut me faire peur, même l'injustice !"

"Tu n'es pas plus responsable que moi", j'assène avec plus de certitude que précédemment, davantage de distinction sur le passé et le présent. "Tu m'as demandé comment je les connaissais et je ne t'ai pas répondu. Toi, ils t'ont appâté avec une bourse, moi, comme tu l'as souligné, ils ont cru que j'étais comme eux..."

"Cyrus...", soupire Ginny.

"Et ils pouvaient en effet se tromper", j'argumente autant pour ma fiancée que pour Bettany. "Au mépris de toutes législations, de toute déontologie et toute prudence, j'ai fabriqué des potions euphorisantes pour mes amis à l'Université... J'ai eu un petit succès... je n'ai rien vendu, bien sûr. Je suis un gosse de riches, j'ai pas besoin de ça. Mais ils ont entendu parler de moi... Ils connaissaient déjà mon cousin, Drago et sa petite amie - la fille d'un ministre britannique, chic n'est-ce pas ?", je raconte avec énormément de rage envers moi-même et mon innocence d'alors. J'ai l'impression que tout cela est arrivé il y a plus d'une vie. "Hermosa les avait déjà amenés à, plus ou moins, espionner pour le XIC... Elle n'a pas eu trop de mal à leur extorquer les infos qui leur manquaient me concernant... Ils m'ont tendu un piège : ils ont fait courir la rumeur que j'étais responsable de l'intoxication d'un gars... En fait, ils voulaient voir si mes parents allaient me tirer de là... Ils recrutent des réseaux et des appuis autant que des cerveaux et des gros bras ! Comme j'ai voulu en savoir plus, jouer au héros, me venger aussi, j'ai entraîné mon pauvre cousin qui s'en voulait et Ron, le frère de Ginny, dans une infiltration de leur petite bande... On a pris l'identité de deux de leurs nouvelles recrues pour aller à une de leur soirée... On se sentait plus malins que tout le monde ! Mais les deux gars ont été retrouvés tués... Drago et moi avons été tabassés... et juste après, mon meilleur ami a été enlevé... Lavendin m'a proposé de les rejoindre en échange de la liberté d'Archibald... Ma mère et son équipe ont retrouvé notre trace juste avant, qu'une première fois déjà, je ne sois contraint de bosser pour eux... Tu vois, j'ai fait des conneries, je leur ai donné barre sur moi et ceux que j'aime... Je suis aussi responsable que toi", je conclus.

"Et tu as peur d'être jugé complice ?", vérifie Bettany.

Ginny presse mon bras - le présent.

"Non, mais... Je les connais... je ne te tiens pas pour plus responsable que moi, c'est ça que je veux dire..."

"Et tu sauras expliquer ça au Magenmagot", insiste Ginny. "Tu sais pourquoi tu dois y aller... Tu les connais..."

"Pas besoin de Bettany", j'essaie encore.

"Mais elle, elle a besoin de raconter - de régler ses comptes, de tourner la page - ce que tu voudras!" plaide ma Gin, doucement. "Est-ce que tu peux comprendre ça ?"

"Cest une question ?", je demande amèrement.

"Cyrus, Remus est stable ; il ne risque rien", s'avance Aesthélia. "Diniz et moi allons veiller sur lui, jour et nuit. Dora a besoin de toi et là-bas, tu pourras comprendre ce que Harry et Susan ont en tête... Tu peux partir tranquille."

"Je sais", je murmure.

oo

Je me sens incapable de travailler après ça. Je retourne au chevet de Remus à qui je demande mentalement de me donner un signe que j'ai pris la bonne décision. Et lui respire comme s'il me disait que je suis le seul à pouvoir décider. J'ai toujours détesté quand il me faisait ce coup-là !

"Est-ce que je ne me laisse pas stupidement distraire par leur histoire de justice ? Sirius a un peu trop l'impression de se venger sur son passé", je finis par murmurer tout bas. "Tu sais bien qu'il n'a jamais fait autant attention à toi que moi...", j'argumente encore.

Remus continue à respirer avec sérénité.

"Je sais que tu me fais confiance", je finis par regretter à haute voix. "Et Harry, Dora, Severus... ils ne peuvent pas se tromper tous en même temps, hein ? Ni Gin ou Arsthélia ?"

Le silence est toujours aussi paisible.

"On va vite revenir", je promets au final comme on abdique.

Dawlish m'appelle peu de temps après et je lui réponds du bureau de Diniz qui est venu me chercher lui-même. Il m'a dit que j'avais mauvaise mine et je lui ai répondu que je savais. Je n'ai pas trop de mal à jouer les surpris quand Dawlish, un mec que j'ai jamais trop pu blairer, demande si je peux venir en Angleterre témoigner.

"Ma mère pense que je dois venir ?", je vais jusqu'à enquêter, juste pour voir s'il ira jusqu'à se féliciter à haute voix de ce qu'elle soit en une quelconque disgrâce.

"Monsieur Lupin", il répond avec un ton officiel qui me fait me demander s'il est seul dans son bureau - il n'a jamais été du genre à nous filer des bonbons pour être bien avec Dora, plutôt du genre à lui faire remarquer qu'on faisait trop de bruit. "Le lieutenant Tonks-Lupin ne travaille pas sur ce dossier mais sur les ramifications suisses et maintenant italiennes de cette affaire. L'objet de cette audience serait entre autres de voir comment tous les dossiers pourraient constituer un seul acte d'accusation."

"Le fait que les coupables tendent à avoir agi de concert est sans doute une bonne piste", je persifle avec facilité. Pas de raison de changer la bonne impression qu'il cultive de ma famille.

"Tout cela reste à établir juridiquement", insiste Dawlish avec patience et cuir épais. Je persiste à me dire que quelqu'un assiste à l'échange.

"Si ma présence est nécessaire", je soupire.

"Le service juridique, après étude du rapport du sous-lieutenant Paulsen et de l'Auror Weasley, aimerait savoir si une certaine Bettany Faithborne pourrait également témoigner...", commence Dawlish quand il s'est convaincu qu'il avait bien ma réponse finale.

"Il faudrait lui demander", je réponds sur un ton indifférent. Mon coeur lui s'emballe un peu - il ne supporte toujours pas l'idée que Bettany puisse être tenue pour complice du XIC.

"Je peux la trouver...?"

"Chez Aesthélia Marin Da Silva, elle possède une cheminée...", je réponds avec amabilité.

"Monsieur Lupin, pouvons-nous compter sur vous dans trois jours ?"

Je devrais être content de ce répit mais il me surprend.

"Pourquoi tant de temps ?"

"Il faut attendre que les audiences italiennes et suisses aient eu lieu...Votre m... - Le lieutenant Tonks-Lupin insiste pour que le Magenmagot ait les résultats des autres instances avant de se prononcer..." il explique avec un regret non dissimulé.

J'imagine ma mère, si directe, si primesautière, si légère dans la vie quotidienne... Je l'imagine dans ces arcanes juridiques et politiques, ces coteries... Elle doit se battre comme une louve pour que toute cette douleur n'ait pas été en vain, et je me sens prêt à aller témoigner.

"Je serai là", je confirme donc laconiquement, et nous mettons fin à l'appel.

ooo

Bettany, Ginny et moi partons le surlendemain après que Aesthélia nous ait plus ou moins mis dehors :

"Vous êtes incapables de vous concentrer - allez à Londres et revenez avec des réponses !"

Pour la paix de l'esprit des habitants de santa Felicidade - Cristovao pleure comme si nous n'allions jamais revenir - on prend le bateau moteur jusqu'à Manaus. De là, on emprunte un réseau de cheminées qui nous amène à Belem où existe un centre de portoloins capable de nous faire traverser l'Atlantique.

"Je ne suis jamais allée en Angleterre", nous apprend Bettany juste avant que nous soyons envoyés dans l'espace magique jusqu'à Londres.

A l'arrivée, il y a une marée de cheveux roux venue nous accueillir. Il y a aussi Hermione, Andromeda et Ted, avec les jumeaux qui se jettent dans mes bras avec presque des larmes.

"C'est vrai qu'il est malade, Papa ?", souffle Kane dans mon oreille comme s'il craignait que quelqu'un l'entende dès que nous nous sommes entassées dans une voiture que Arthur a pu emprunter au Ministère.

"Harry dit qu'il va guérir, que nous tous on va le guérir", s'agace Iris qui a entendu malgré les efforts de son jumeau.

"Vous l'avez vu, vous, Harry ? Vous en avez de la chance !", je n'arrive pas à cacher mon agacement.

"Non, il nous a appelés pour dire qu'on allait partir au Brésil avec lui", répond Iris.

"Pour soigner Papa", termine Kane avec gravité.

"C'est un peu n'importe quoi", juge Andromeda.

"Nymphadora décidera", essaie de concilier Ted.

"Harry et Dora sont encore en Suisse - l'audience italienne s'est bien passée", nous raconte Hermione. "Le Conseil de Florence a accompagné Lucca et Aradia dans leur audience en Suisse - Harry dit que c'est historique", elle se réjouit comme si elle y était pour quelque chose.

"Ils arrivent dès que possible", ajoute Ron. "A priori le combat suisse est d'une autre trempe. Lavendin est aussi un Teuffer... et ta mère ne demande rien de moins que l'extradition de deux Teuffer..."

"Et d'un Körbl", ajoute Andromeda avec une certaine satisfaction. "Dire que ma mère aurait voulu que j'en épouse un !"

"On va où ?", s'enquiert Ginny.

"Chez vous", explique Molly. "L'appartement de Remus est trop petit et, chez vous, avec l'appartement de Ron et Hermione juste en face, il y a de quoi loger tout le monde - j'ai tout préparé."

C'est étrange de se retrouver là, dans cet appartement dans lequel on ne comptait revenir que dans des mois, avec toute notre famille disponible et pas mal de nos amis. C'est comme un rêve ou un cauchemar - ça me ramène à cette vision que je n'arrive pas à totalement comprendre. Harry semble avoir déduit que Iris et Kane avaient un rôle à jouer dans la guérison de Papa... je n'ose ni y croire, ni le réfuter. J'ai juste envie qu'il m'explique son raisonnement... tellement envie que j'ai du mal à faire honneur au repas préparé par Molly. C'est donc avec deux raisons de soulagement que je vois entrer Harry, à la tête d'une vraie petite bande - Molly va pouvoir en materner d'autres.

"Je vais faire comme si tout le monde avait besoin d'un rappel", il annonce quelques minutes plus tard, Iris dans les bras. "Voici mon ami Tiziano Cimballi et sa fiancée, Fiametta Rossi. "

"Bonjour à tous, je préférerai que ce soit dans d'autres circonstances, mais je suis toujours content d'être parmi vous", promet Tiziano en serrant les mains qui se tendent vers lui. "Et vous serez tous invités aux fiançailles quand elles auront lieu ! Même Harry", il conclut par une pique à mon frère qui sourit en retour.

La vérité est que nous sommes aussi contents que lui de le voir - il fait partie de la famille maintenant, Tizz, c'est un fait. Fiametta est un peu intimidée mais rayonnante d'être avec nous à ses côtés, et une lycanthrope rayonnante, c'est toujours quelque chose d'attendrissant.

"Aradia Taluti, Livia et Lucca Astrelli représentent Lo Paradiso", reprend Harry un peu plus solennel et la réponse de l'assemblée est en harmonie avec le ton qu'il a pris.

Ada est toujours aussi jolie avec ses airs de poupée de porcelaine mal coiffée et ses yeux bleus, même si son visage est peu tiré. Lucca a l'air assez gêné d'être là et celle qui doit être sa mère nous salue avec réserve et dignité. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé à Lo Paradiso, je réalise. J'espère qu'ils n'ont pas trop souffert.

"Bonjour", souffle Ada à ceux qu'elle connaît.

Livia et Lucca font des signes de tête. Ils sont de fait dans la position de visiteurs, visiteurs de marque mais pas de membres de la famille. Je me dis que Harry, qui a eu la même éducation que moi, n'a pas pu ne pas le faire de manière délibérée, et c'est une idée intrigante.

"Et voici mon amie, Brunissande Desfées", termine mon frère avec un regain de chaleur. Cette dernière me fait un petit sourire timide - elle a un putain de sourire, Brunissande. Ada s'en rend compte et me regarde avec un air triste qui m'interroge. Je me demande où ils en sont tous de leur jeu du chat aux yeux verts et des souris furtives... Il semble évident que j'ai raté des épisodes.

"Brunissande, quel plaisir de te revoir", commente Fleur en français et en se levant pour l'embrasser.

Ginny me regarde avec un air qui me fait deviner qu'elle pense comme moi ; certaines sont mieux accueillies que d'autres... Tiens, ça me donnerait presque envie de plaider pour Ada, tout ça.

"En face, vous avez Arthur et Molly Weasley, parents de tous les roux de la pièce", reprend Harry avec un air malicieux. "C'est à dire mon ami Ron, ma belle-soeur Ginny, leur frère Bill et sa femme Fleur... Ils connaissent bien Sorenzo - je précise pour ceux qui arrivent de Suisse. Voici également Hermione, la compagne de Ron, Andromeda et Ted Tonks, mes grands-parents. La sangsue dans mes bras, c'est Iris et celui qui aimerait bien y être, enfin j'espère, c'est Kane - nos petits frères et soeurs... Enfin, pour Lucca et Livia, qui sont les seuls à avoir le privilège d'avoir échappé à sa rencontre, mon frère Cyrus... à qui je laisse le soin de présenter la seule personne que je ne connais pas", il termine avec un clin d'oeil pour moi.

"Bettany Faithborne", répond l'Américaine avant moi. "Je suis celle qui a permis au XIC de nous enlever..."

Ça plonge toute la tablée dans un silence immédiat.

"C'est aussi celle qui nous a permis de nous enfuir d'une maison planquée au fin fond du Pérou", je m'empresse d'ajouter. "Elle témoigne demain."

"Merci", répond Harry avec cette simplicité classe piquée à Remus pendant que je faisais le pitre. Bettany en perd la capacité de répondre.

"Vous avez mangé, Harry ?" veut savoir Molly - elle est déjà debout.

"On va se joindre à vous", il accepte, et, les minutes qui suivent, Hermione rallonge la table, Ginny trouve des assiettes, Ron et moi, des chaises. Je note que Brunissande s'assoit à côté de Harry et Ada de l'autre côté... On ne se refait pas - leur histoire m'intrigue beaucoup trop, je sais.

"Bon mais alors, ils vont être extradés ?", questionne Ron dès que toutes les assiettes ont été remplies. Harry repose sa fourchette avec fatalisme.

"J'aimerais répondre oui"

"Ils ont dit non", je m'alarme. Je ne veux pas penser que j'ai laissé Remus pour que l'audience n'ait pas lieu.

"Non plus", sourit Harry avec fatigue. "Ils ont accepté qu'ils participent à l'audition du Magenmagot. Nous serons interrogés en premier, tous les témoins, puis tous les suspects. A l'heure où je vous parle ils doivent négocier pied à pied les détails avec l'armée d'avocats alignés par la famille Teuffer et la famille Alquila McNair..."

"Mae ?", je m'inquiète - je réalise trop tard que les jumeaux sont là, quand Andromeda me fusille du regard, en fait.

"Elle ne risque pas de s'éloigner cinq minutes de la discussion", répond Harry. "Je me demande la dernière fois où elle a dormi ou mangé... Mais elle vous embrasse tous", il conclut avec un clin d'oeil pour les jumeaux à l'autre bout de la table.

"Elle va témoigner ?"

"On verra bien - Dawn et son équipe réfléchissent à l'ordre des témoins si j'ai bien compris - le major italien et le capitaine suisse seront là aussi... ça risque de durer des heures "

"Plus longtemps qu'un match de Quidditch ?", veut savoir Kane et ça nous fait tous rire un peu jaune. Mais ce petit rire nous fait du bien.

"J'espère moins", lui répond Harry en reprenant sa fourchette.

Tout le monde comprend qu'il faut finir le repas et coucher les mômes avant de reprendre les conversations difficiles. On parle donc de tiers un peu mystérieux pour eux, comme Sorenzo qui viendra aussi demain témoigner et que Bill et Fleur sont pressés de revoir. On commente les excellents résultats de Quidditch de Guilhem Poussin, cousin commun de Fleur et Brunissande, et on s'empaille de manière totalement hallucinante sur les chances de l'équipe britannique face à l'équipe française. Lucca s'en mêle en prétendant que l'équipe italienne aura une chance lors de la prochaine coupe d'Europe. Bettany se sent obligée de nous parler des équipes américaines et, du coup, je rappelle que les équipes brésiliennes ont leurs chances pour la coupe du monde. Ça dure assez pour lasser les mômes que Harry et moi portons à l'étage à moitié endormis.

"Vous allez parler maintenant, hein ?", marmonne Iris dont je détache les bras qu'elle avait noués par réflexe autour de mon cou.

"T'as besoin de dormir", je réponds.

"Comme ça, on sera en forme pour soigner Papa", commente Kane d'une voix pâteuse depuis l'autre côté du lit où l'a posé Harry.

On se regarde, les deux aînés, avec la même terreur tacite.

"Vous dormez", intime gentiment Harry.

"Vous êtes là demain ?", vérifie Iris.

"On est là demain et les jours qui suivent, et on part tous ensemble au Brésil", lui rappelle Harry.

Elle me regarde comme pour se convaincre que l'affirmation de Harry m'engage également et je lève la main droite pour promettre.

"On reste tous ensemble."

Elle opine et puis pose sa petite main sur ma joue, là où Vassili m'a frappé avec sa bague empoisonnée.

"T'as une cicatrice, là", elle remarque avec une nouvelle pointe d'inquiétude.

"J'avais vu", annonce Kane en se redressant malgré la main de Harry sur son épaule.

"J'étais jaloux d'Harry", je réponds au hasard - le grand frère lève les yeux au ciel mais c'est pour la galerie. Il se demande si c'est vrai, peut-être. Ou il se reproche de ne pas avoir demandé plus tôt.

"Quand je serai grand, je vous soignerai tous les deux", affirme Kane avec ferveur.

"Ben pour grandir, faut dormir", je réponds comme un stupide adulte dépassé par la situation.

"Ok", soupire Kane en se rallongeant avec son air de mini-Remus qui est parfois si déroutant.

Comme si elle partageait le caractère foncièrement raisonnable de son jumeau, Iris me sourit et fait mine de fermer les yeux. On fait semblant d'y croire et on les laisse.

"Ils t'ont fait ça ?", souffle Harry sur le palier. Il y a une souffrance et une colère dans sa voix qui me font du bien.

"Vassili - une bague empoisonnée... ça devrait laisser une trace", je réponds avec un haussement d'épaules. "Mais toute cette histoire laissera des traces..."

"C'est sûr", il soupire en me prenant le bras comme pour m'assurer de son soutien, ou me dire qu'il porte aussi sa part de cicatrices.

"On nous attend", je souffle en montrant l'escalier et il me suit.

Quand on redescend, tout le monde s'est ramassé dans le salon de Ron et Hermione avec une bouteille de whisky de feu et une autre de cherry. Les jumeaux sont officiellement endormis - je n'ai pas le courage d'aller voir s'ils se sont réveillés et écoutent depuis le palier. A leur place, c'est ce que je ferais.

"D'abord, parle-moi de Papa", souffle Harry à côté de moi.

« Stationnaire », je le rassure – pour autant que ça soit rassurant. "Aesthélia et Diniz sont à son chevet... ils disent qu'il... que..."

"On sera prêt pour la pleine lune", me coupe Harry avec son meilleur air de grand frère protecteur. Je pourrais m'en moquer, mais ça marche.

"On sera prêt pour quoi exactement", je soupire. Je sais déjà qu'il va me parler de la vision et que je vais avoir du mal à le croire.

« Moi, je crois aux statuettes, Cyrus », affirme mon grand-frère avec autorité. « Je viens de les voir à l'œuvre, de voir leur puissance. Et on va partir avec une équipe de choc pour les manipuler : Livia a sans doute la meilleure connaissance théorique et pratique des statuettes depuis Cosmo Taluti... »

La présentation fait légèrement rougir la femme mais elle me sourit comme si me rassurer était plus important que sa modestie.

"Je n'ai jamais eu l'honneur de rencontrer Cosmo", elle ajoute, "mais si ta vision a désigné les statuettes, que tu n'as jamais vues agir, comme la solution, Cyrus, je n'ai aucun doute. Les statuettes sont les alliées des lycanthropes là où beaucoup de magies... classiques sont impuissantes"

Dire que Bill ou Hermione sont fascinés par ce qu'ils entendent est un euphémisme.

"J'irai jusqu'à dire que les statuettes sont des alliées magiques tout à fait sous-utilisées par l'ensemble des êtres magiques", intervient Tiziano. "Pourtant les preuves sont là, au-delà des travaux de Cosmo Taluti mais elles n'ont jamais été réellement étudiées..."

"Quel gâchis", estime Hermione avec excitation.

"Girasis pense que beaucoup ont reculé devant la puissance potentielle - ils ont eu peur de ce qu'ils découvraient", commente Tiziano.

"Aesthélia pense un truc du même genre", je leur apprend.

"Ça n'empêche pas la magie d'exister", remarque Bill en briseur de sorts.

"Il va sans doute falloir s'asseoir et voir ce qu'on peut faire pour à la fois protéger ce qui est su et le reste du monde d'une utilisation néfaste de tout ça", soupire Harry. "Je sais, c'est ce que j'avais refusé de faire il y a quelques mois", il rajoute en me regardant.

"Il n'y a que les imbéciles...", je souris- content de me dire qu'il envisage de sortir de sa tour d'ivoire et, plus excitant encore, de bosser avec moi.

"Vous savez, je pense qu'on peut aller voir le Département des Mystères... enfin je veux dire en fonction de l'audience demain, on peut créer un agenda officiel", estime Hermione.

On opine tous à moitié convaincus par l'intérêt d'avoir le Ministère dans nos études.

"Faut en parler à Grand-père", je souffle et Harry me soutient d'un signe de tête entendu.

"Hermione a raison de dire qu'il faut attendre de voir quel est l'état d'esprit du Ministère après l'audience", il estime avec ce sens politique qu'il a malgré lui. "La bonne chose est qu'on a un peu d'avance. Grâce au XIC, on a acquis un peu de savoirs pratiques et théoriques. Et Tizz a écumé tout ce que les bibliothèques de Londres, de Trieste et de Florence pouvaient nous apprendre non seulement sur les statuettes mais aussi sur les médailles – je vous ai ramené vos médailles, au fait », continue Harry en se mettant à fouiller dans ses poches.

Il en sort une bourse de cuir qu'il me tend. Je ne l'ouvre pas : je revois nos talismans, leur puissance mais aussi leurs limites. Tout ça me rend craintif et prudent comme peu de choses l'ont fait.

« Pour revenir à Papa, Fiametta a accepté de se joindre à nous et c'est une herboriste hors pairs et une praticienne des statuettes... », il reprend avec un clin d'oeil à la jolie rousse appuyée contre Tiziano. Elle sourit. Ça m'agace.

« Vous avez déjà traité des comas inexpliqués ? », je le coupe.

« On a suivi des femmes enceintes, on a préservé des malades pendant leurs transformations », répond Livia avec un sourire compréhensif que je lui rentrerais bien dans les dents.

« Mais vous êtes lycanthropes à la pleine lune... Qu'est-ce que vous pourrez faire transformées ? »

Bettany laisse échapper un petit bruit de langue – comme si elle se reprochait de ne pas avoir pensé à ça toute seule. De fait, elle devait bien être la seule à ne pas savoir qui elle avait en face d'elle.

« Le plus important va se passer avant la pleine lune - quand celle-ci est à la fin de sa croissance, la plus puissante - mes observations de Genève montrent bien qu'ensuite, pendant la phase de plénitude lunaire, la puissance est stagnante - notre hypothèse est que nous devons compter sur l'appel de la lune et non sur sa plénitude », répond Harry à leur place.

L'idée intéresse Hermione, ça se voit, et elle va sans doute poser une question mais je ne la laisse par faire. Les termes de la vision tournent en boucle dans mon cerveau depuis le début de la conversation. Pour y croire, Harry doit avoir identifié des éléments inconnus de moi et je veux en savoir autant que lui :

« C'est elles, le sang de lune ? », je crois soudain comprendre –

« Non », annonce Harry avec plus de circonspection que précédemment. Jugeant sans doute – et sans erreur - que je vais exploser sinon, il ajoute : « Ce sont vraisemblablement Kane et Iris. »

« Pardon ? »

« On a jamais eu le temps de te raconter une mésaventure qu'il leur est arrivée à Venise », soupire Harry. « Mais c'est comme cela que je sais que ce sont des sangs de lune... » Il doit sentir que sa semi-explication m'exaspère. « Les esprits de la maison Cimballi les ont reconnus comme tels... ce n'est pas un vocabulaire connu des lycanthropes – n'est-ce pas Fia ou Livia ?" Les deux femmes opinent. "Mais Tiziano a trouvé quelques références qui vont dans le même sens... »

« Des enfants nés d'au moins un parent portant le signe de la lune », abonde Tizzi.

« Donc on y est – en plus, ils sont apparus dans ta vision, non ? », souligne Harry.

« Comment... comment mon cerveau a pu savoir ça ? », j'objecte.

« Cyrus, c'est toi qui travailles sur les initiations, sur les magies non rationnelles, qui me demande ça !? », s'effare Harry.

J'avale la couleuvre avec plus de calme que je ne m'en serais cru capable.

« Tu y crois ? Vraiment ? »

« Susan y croit Livia y croit, Fiametta trépigne de voir si ça peut marcher... »

Livia opine. Ladite Fiammeta fait mine de s'agacer de la présentation de mon frère.

« Cyrus », intervient Tiziano. « Je comprends que la situation te rende fou d'inquiétude. Mais tu sais le pouvoir de la catalyse magique, tu sais que votre père aura une réaction spécifique à la croissance de la lune et que nous pouvons l'amplifier et l'orienter... Tu es un chercheur, Cyrus : oui, on va essayer des choses inhabituelles, des magies irrationnelles, mais avec l'aide de personnes plus qu'expérimentées. Nos chances de réussite sont considérables. »

« Ok », je me rends. « Je ne demande qu'à... essayer... »

"Dès qu'on a mis ces malades sous les verrous", abonde Harry.

"Buvons à cela", propose Arthur et tout le monde prend son verre.

ooooo

On est partis pour une bataille juridique en parallèle de la bataille magique et médicale... Vous voyez pourquoi ce n'est pas fini !
Bref.
La suite s'appelle Des vies publiques et d'autres affabulations - Harry aux commandes.
J'écris actuellement un 90.