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...Comme l'indique mon curriculum
Je suis facteur de trouble en somme...
Général Alcazar, Mon curriculum
(J'ai eu du mal à en trouver une de playlist !)
88 Cyrus. Des règles de conversation
"Je les ai d'abord pris pour une bande d'étudiants peu regardants des règles - et je voulais comprendre ce qu'ils avaient contre moi", je raconte aux juges par dessus l'épaule de Dawn Paulsen qui opine comme pour souligner la pertinence de mes propos.
"J'ai compris ensuite qu'ils voulaient me recruter pour leurs projets carrément illégaux", je continue, la gorge un peu serrée par un regret que je ne saurais totalement bien définir. Le regret de mon innocence d'alors, je crois, de ce temps où je me sentais tellement plus solide.
"J'ai découvert aussi qu'ils pouvaient intimider, enlever, tabasser ou tuer", je conclus en espérant avoir bien tenu le rôle que Dawn m'a fixé hier : 'T'es un jeune homme un peu léger qui n'a pas mesuré à qui il avait affaire. T'es une victime, Cyrus, et tu ne le répéteras jamais assez".
"Je n'ai plus de questions", murmure presque Dawn Paulsen comme si elle craignait de rompre le charme que mes paroles auraient posé sur le bureau de Madame Bones. Ce qui est sans doute de bon augure pour ma prestation.
"Mesdames, Messieurs ?," s'informe Amélia Bones en se tournant vers la rangée d'avocats à la mine sombre.
Il y a des regards en biais, des messes basses et, finalement, c'est un des avocats d'Hermosa qui s'y colle. L'Anglais - le Sindri Rowle.
"Monsieur Lupin, avez-vous jamais eu l'impression que d'autres soi-disant membres de ce que vous appelez le XIC étaient eux-aussi des jeunes gens qui n'avaient pas totalement mesuré dans quoi ils mettaient les pieds ?", il ouvre les hostilités.
Je sais que Drago ce matin a été le premier à parler et qu'il a bien dû défendre plus ou moins cette ligne : je reconnais avoir flirté avec le feu mais j'ai été bien rôti, et je me suis rendu compte que je prenais des risques. Ron, derrière lui, a encaissé le rôle du jeune Auror tête brûlée ayant déjà été sanctionné par sa hiérarchie - est-ce que nous pourrons jamais le remercier ? Moi, je dois me garder d'être trop virulent avant qu'on parle du Brésil, Dawn me l'a indiqué quand elle m'a appelé, mais répété que je suis une victime.
"Vous parlez comme si j'en connaissais beaucoup et intimement. J'ai été enlevé deux fois par Jérémie Lavendin, la première fois aidé de Kuno Teuffer, la seconde de...", je répète donc.
"Nous n'en sommes pas à votre deuxième enlèvement", intervient Pius Thicknesse l'air un peu agacé. Comme nous le tenons pour une girouette indiquant le vent dominant du Magenmagot, j'espère furtivement que ceci ne signale pas un état d'esprit général.
"Ou, soi-disant enlèvement", grince un des avocats des Teuffer, sans respect pour les règles de l'audience.
J'inspire en m'intimant de réfléchir à ma réponse. La question porte implicitement sur Hermosa - aurait-elle pu être là contre son gré ? J'ai une opinion mais je m'en tiens aux faits :
"Au stade des évènements sur lesquels vous m'interrogez", je reprends patiemment, "je n'avais pu discuter qu'avec Jérémie Lavendin et, non, il ne m'a jamais donné l'impression d'être là contre son gré ou sans mesurer la gravité de ses actes."
Sindri Rowle fait mine d'attendre, comme s'il doutait que j'ai fini. Je soutiens son regard. Il finit par admettre qu'il n'a pas d'autres questions et va se rasseoir. Comme sur une de ces balançoires moldues que les jumeaux adorent, un des avocats des Teuffer - le plus jeune, se lève immédiatement :
"Je m'appelle Burghard Nusslé et je représente Kuno Teuffer", il indique brièvement. "Monsieur Lupin, vous avez reconnu avoir eu diverses activités peu recommandables dans la période dont nous parlons", il commence, et je m'invite à la patience : l'heure des attaques personnelles est sans doute venue. "Vous avez été mis en cause pour empoisonnement et trafic de potions..."
"Je n'ai empoisonné personne et je n'ai jamais vendu de potions", je contre simplement. Innocent, victime, répéter - je répète.
"Mais vous avez distribué suffisamment de potions euphorisantes pour être soupçonné lorsqu'un de vos condisciples s'est retrouvé intoxiqué", il contre-attaque.
"Je l'ai déjà reconnu", je soupire.
"Et vous avez été miraculeusement blanchi au cours d'un enquête extrêmement rapide", il ne lâche pas.
Je regarde un grain de poussière qui volette dans la lumière de la fenêtre en essayant de me dire que je fais ça pour mon père dans le coma à des milliers de kilomètres d'ici et pour ma mère, sur la sellette dans la même pièce que moi.
"J'ai aussi été enlevé, passé à tabac - et je ne parle pas des menaces exercées sur mon meilleur ami", je rappelle lentement.
"Vous nous dites que cela visait à assurer votre participation...", insinue le Suisse.
"Exactement. Jérémie Lavendin voulait que je fasse des potions interdites", j'abonde - espérant le faire reculer par l'accusation directe. "Il voulait que je leur obtienne des ingrédients interdits en dehors du cadre médical ou de la recherche ; que je leur donne des recettes détournables et commercialisables tant chez les sorciers que chez les Moldus..."
"Ou vous avez participé aux débuts de toute cette affaire et puis vous avez eu des scrupules - ou votre famille en a eus pour vous", suggère l'avocat avec l'aplomb de sa caste.
"Je n'ai jamais préparé de potions pour le XIC", j'articule lentement comme si le fait d'articuler la vérité pouvait aider à convaincre quiconque.
"Vous le jurez ?", insiste l'avocat avec un regard incisif, et je me demande avec un élan de panique si j'ai oublié un fait qui pourrait m'être jetée à la face plus tard.
"Je me méfie de votre sémantique", je décide de poser quand j'ai retrouvé la maîtrise de mon souffle. "Nous parlons des évènements situés entre février et avril. Durant cette période, et auparavant aussi d'ailleurs, je n'ai jamais volontairement ou sur la contrainte, préparé une seule potion pour le XIC."
Ce n'est peut-être pas le cas après - j'ai joué la comédie pour sauver trois otages, mais on aura la prochaine session pour en discuter.
"Où était situé le laboratoire du XIC ?", enchaîne mystérieusement Burghard Nusslé.
"Aucune idée."
"Où avez-vous préparé vos propres potions euphorisantes ?", il continue.
"A la Fondation Sirius Black", je soupire avec fatigue devant le retour de l'attaque personnelle. "J'y exerçais en tant que moniteur de potions."
"La Fondation vous a exclu ?"
"Non, j'ai demandé un congé pour cause de recherches au Brésil", je précise.
"Ainsi vous fabriquez des potions interdites et vous n'êtes pas inquiétés par aucune autorité britannique ni même par votre employeur", résume l'avocat. "Vous bénéficiez de vraies protections, non ?"
"J'ai eu une amende que j'ai réglée", je réponds en essayant de bloquer toute la frustration qui m'étreint. C'est tellement facile d'essayer de me piéger sur ça, je me répète. "Je suis totalement prêt à reconnaître que la Fondation ait pu être extrêmement clémente à mon égard, ou que j'ai pu me conduire comme un jeune riche arrogant et insouciant pendant cette période", je développe en levant la voix pour éviter que l'avocat ne me coupe. "J'ai même tendance à penser que c'est la raison pour laquelle des gens comme Jérémie Lavendin ont pu estimer que j'étais prêt à les rejoindre. Mais c'est pourtant aux potions euphorisantes distribuées gratuitement à mes amis que je me suis arrêté. J'ai d'autres ambitions que m'enrichir par un commerce illicite : j'espère devenir un chercheur, un ethnomage. Je m'intéresse aux magies traditionnelles et leur fonctionnement, à ce qu'elles ont à apporter à notre connaissance de la magie... pas à l'or ou aux intrigues."
J'ai la sensation d'avoir relativement pris l'avocat par surprise avec ma confession doublée d'une profession de foi. Il lance un regard vers la tablée de ses collègues espérant visiblement qu'un d'eux prenne la suite. Aucun n'a un geste. Amélia Bones a un petit raclement de gorge quand le silence s'épaissit. Il la regarde et d'un hochement de tête semble indiquer qu'il en a fini avec moi.
"Je crois que nous pouvons nous accorder une petite pause avant notre prochain témoin", annonce Amélia Bones en se levant de sa place. Les autres juges l'imitent. "Monsieur Lupin, merci de refuser toute interview jusqu'à la fin de cette procédure", elle me rappelle.
"Bien évidemment, votre Honneur", je réponds avec un soulagement que j'espère non prématuré.
Les avocats sortent derrière les juges dans un murmure mêlant trois langues. Dawn Paulsen ramasse ses dossiers et l'Auror Foote se dirige vers moi pour me raccompagner. J'ose mon premier regard vers Mae qui a un sourire furtif et un geste d'excuse de ne pas pouvoir venir me parler. Je lui rends le sourire et je sors, Foote sur les talons.
Archibald attend dehors avec Ginny, qui est là depuis le matin alors qu'elle ne doit pas être entendue. "On va éviter une trop longue litanie de Weasley", a précisé Dawn quand elle a appelé hier - "on a déjà beaucoup trop de Lupin dans la même histoire. On verra si on a besoin d'elle pour le Brésil - d'ailleurs, sur le début de l'histoire, que dirait-elle ? Qu'elle savait que tu faisais des conneries pas trop graves ?"
Dawn n'a pas l'air de trouver ça important mais moi, que Gin me prenne presque toujours comme je suis, avec mes conneries comme mes idées fulgurantes, avec mes peurs et mes trop nombreux souvenirs, avec mon impatience et mon entêtement... ça fait partie des choses fondamentales dans ma vie. Est-ce que je mérite une fille comme elle ? Je ne sais plus combien de fois je n'ai pas trouvé de réponses à cette question.
"T'as survécu !", m'accueille mon vieil Archi avec sa légendaire délicatesse à mon égard. Il a sauté sur ses pieds comme s'il était pressé d'en découdre." C'est mon tour ?"
"Les juges s'accordent une pause", indique Foote qui m'a accompagné avant que je puisse articuler un mot. "Je vous rappelle que vous devez éviter de communiquer..."
"C'est d'une hypocrisie sans fin", juge Archi sans fioriture. "Tout le monde sait que Cyrus est mon meilleur ami - je n'ai pas besoin de discuter avec lui maintenant pour décider d'une quelconque stratégie !"
"Si les avocats vous entendaient et ils exigeraient que votre témoignage soit disqualifié, Monsieur McLeish", lui assène Foote.
"Et ne parlons pas de cette clause de confidentialité", rajoute Archi. "Priver la presse d'une telle histoire, pleine de méchants, de garous, de familles puissantes et de noms connus.. C'est un vrai gâchis !"
"Tiens t'en aux faits, Archi", j'interviens, avant que Foote n'explose. "Te laisse pas embarquer à raconter ta vie ou la mienne - et tout ira bien."
"Ils t'ont cuisiné, les avocats ?", veut alors savoir mon ami, plus calme.
"Ils cherchent juste à te faire sortir des faits - juste pour suggérer qu'il pourrait y avoir d'autres façons de raconter l'histoire", je commente plutôt que de répondre. "Faut pas se laisser faire - c'est tout."
Archi a l'air étonné de ma sortie - comme s'il se demandait si je blague.
"Monsieur Lupin a bien résumé l'exercice", me soutient chaleureusement Foote. "Et il s'en est plutôt bien sorti - comme Monsieur Black et l'Auror Weasley avant lui. Les faits, juste les faits, et rien de moins que les faits."
"Ok", admet Archi. "On peut se voir ce soir, Cyrus ?"
"Je ne sais pas trop où en sera le PC de guerre", je soupire. "Je te tiens au courant."
Archi opine, ravalant sa frustration avec un effort visible qui me fait dire qu'il se saura pas éternellement le faire.
"Monsieur Lupin, on m'a dit de vous dire que le docteur Smiley-Rogue serait contente de vous voir pendant le temps libre qui s'ouvre devant vous", intervient de nouveau Foote - visiblement il a des ordres.
"Je vois que rien n'a été laissé au hasard", je soupire, et Ginny me prend le bras comme pour me consoler de cette fausse découverte.
Foote fait alors signe à Seamus Finnigan que je n'avais pas encore remarqué.
"Conduis-les à Sainte Mangouste en évitant les journalistes", il lui demande. "Reviens vite, même si tu n'es pas sûr de témoigner, j'aurais besoin de toi avant."
"Bien sûr, Russel", promet Finnigan en nous faisant signe de le suivre.
"T'étais à Lo Paradiso ?", je me lance quand on a passé deux ou trois portes.
"Oui", reconnaît Seamus sobrement - je me souvenais d'un gars plus enthousiaste et facilement bavard.
"J'avoue que le concept de la descente d'Aurors là-bas, je ne l'ai pas encore totalement avalé", je le relance.
"Sans ton frère et surtout sans Fiametta, je dirais, ça n'aurait pas eu lieu", il se risque à répondre. "Ce n'était pas réellement une descente - plus un sauvetage... Putain, Cyrus, j'espère bien qu'ils ne vont pas s'en tirer ! Ils ont brûlé ce village, ils ont tué trois personnes... juste pour des putains de statuettes et une poignée d'herbes ! Et, je ne te parle pas de ton père ! Ce sont de sacrés malades !"
Il y a une vraie angoisse dans ses yeux - il a vu des trucs qui l'ont choqué et Harry était avec lui. Je regrette vaguement d'avoir été aussi dur avec mon grand frère depuis hier - comme si sa partie dont je ne sais que peu de choses avait été plus facile que la mienne. Et puis il y a ces statuettes et la poignée d'herbes qui peuvent, entre autres, sortir Remus du coma...
"S'il ne fallait pas les arrêter, on ne serait sans doute pas tous là, à mesurer nos paroles au millimètre", je soupire. "Tu vas témoigner ?"
"Pas sûr encore - Foote est celui qui est entré dans Lo Paradiso avec Harry... qui a trouvé les morts et localisé les otages avec lui", il rajoute en grimaçant. "Je viendrais en soutien s'il faut mais ce n'est pas sûr que ça soit nécessaire", il explique avant de rajouter avec une drôle d'émotion, "Il était super inquiet pour toi, Harry, tu sais ? Il devenait fou d'avoir trouver ta médaille, de ne pas avoir de nouvelles..."
"Je n'ai pas fait exprès de me faire enlever", je me défends avec toute l'agressivité que j'ai retenu pendant l'audience. Au mot médaille, il m'a semblé que la mienne, rendue hier, m'a brûlé le poignet où je l'ai refixée.
Ma sortie lui fait lever les yeux au ciel.
"Encore heureux !", il estime assez joyeusement. "Je lui disais que t'allais t'en sortir, qu'il devait te faire confiance..."
"Dommage que tu n'aies pas fait des voeux aussi positifs pour mon père !", je crache envahi par sa bonne volonté, jaloux de sa proximité avec mon frère à ce moment-là et pleins d'autres sentiments moins rationnels..
"Cyrus", me gronde Gin très bas.
"T'es toujours aussi con quand ça ne va pas", conclut philosophiquement Seamus.
Passée la vague de colère instinctive qui me saisit, je suis pris par un fou rire qui me vient de je ne sais où.
"C'est sûr", je conviens avec une facilité qui m'étonne moi même. Je ne sais même plus quand j'ai ri pour la dernière fois.
"Au moins quelque chose qui ne fout pas le camp", il rigole lui aussi.
oo
Susan nous serre dans ses bras quand elle ouvre la porte de son bureau avec une émotion que je ne l'ai pas souvent vu montrer - à part peut-être le jour de son mariage.
"Cyrus, Ginny, vous tenez le coup ?"
"Plein de gens nous aident", je réponds en pensant autant à elle qu'à Seamus, Molly, Ron ou Archibald.
"L'audience ?"
"Long, fastidieux, sans surprise pour l'instant - ni bonne, ni mauvaise...", je soupire. "Le découpage par lieu et par période rend tout cela un peu irréel. Harry comme moi, nous retrouvons à témoigner deux fois dans la même journée mais j'imagine qu'il faut en passer par là..."
"J'ai une collation pour vous et un jeune homme ou presque à vous montrer", elle indique en nous faisant entrer. Dans un couffin, il y a mon filleul, Siorus. Éveillé, curieux des nouvelles têtes apparues au dessus de lui, des yeux encore bleu mais où le sombre promet déjà un regard jumeau de celui de son père.
"Mais il est immense !", je commente stupidement.
"Les bébés grandissent très vite les premiers mois", sourit Susan.
"Je peux le prendre ?", je demande avec timidité.
"Ça me ferait très plaisir", elle affirme en m'aidant à me le caler dans mes bras. Il s'empresse de me tirer les cheveux - ce qui réjouit Ginny, dès que nous sommes assis sur le grand canapé qui occupe une partie de son grand bureau. Sur une table basse, la fameuse collation annoncée est déjà installée.
"Il vous ressemble à tous les deux", je commente après avoir étudié cette petite boule d'énergie et de tendresse avec plus d'intérêt que je ne m'en serais crû capable.
"Il paraît", sourit Susan en tendant une assiette de sandwiches. "Je sais que tu n'es pas venu là pour..."
"Non, mais en fait, ça me fait du bien de me dire que malgré tout, la vie continue", je réalise.
"C'est bon signe."
"C'est le docteur qui parle ?", je plaisante à moitié. Est-ce que Mae m'a envoyé la voir pour juger de mon état d'esprit ? Est-ce que Diniz m'a décrit comme dépressif au point de les inquiéter ?
"L'amie de la famille", répond Susan, et je n'arrive pas à douter de son affirmation. "il se trouve que je suis médecin mais j'espère..."
"Pas de souci, Susan, tu as amadoué Severus, rien que ça, ça te fait membre d'honneur de la famille !", je lui affirme avec un clin d'oeil.
"Comment va Remus ?", elle se risque.
"Je ne sais pas", je lui réponds avec sincérité. "Tout le monde me dit qu'il va s'en sortir", je rajoute, presque pour la mettre au défi de dire le contraire.
"Je dirais que... on ne peut jamais être sûrs, évidemment, Cyrus, mais... ta vision, les découvertes de Harry, les tiennes aussi... c'est une piste qui donne beaucoup d'espoirs..."
Susan n'a jamais eu peur des magies mal connues ou flirtant avec les limites de la magie blanche officielle. Elle est celle qui a suivi ma croissance, celle qui a assisté Néro dans ses derniers moments... comment pourrais-je ne pas vouloir croire à son expertise ?
"Est-ce que tu vois des risques ?", j'arrive à articuler. J'aimerais tant partager leurs espoirs quant à ma soi-disant vision !
"Le principal risque est que ça ne change rien", elle admet. "Que Remus pour des raisons mal connues...
"... mais liées à sa lycanthropie ?", vérifie Ginny.
"Le coma est une réponse biologique, certains diraient animale à une agression physique ou psychique... la part lycanthrope accentue le phénomène... Mais ça n'a quasiment jamais été étudié ... Severus s'en veut d'ailleurs", rajoute Susan avec un soupir - et je réalise, pour la première fois, que les potions que Severus prépare pour mon père sont basées sur le cycle de la lune...
"Il semblerait qu'il y ait de quoi emplir des bibliothèques", soupire Ginny comme fatiguée par avance par la tâche.
"Mais pas d'effets... indésirables ?", je presse.
"On est en terre quasi inconnue, Cyrus", me rappelle Susan. "Enfin presque, et j'ai hâte de rencontrer Livia et Fiametta afin de mesurer ce qu'elles savent de ce qu'elles font. Je sais que ça ne peut pas être avant la fin des audiences", elle rajoute comme si elle craignait que nous le lui rappelions. "Ta mère a peur qu'on apprenne qu'on compte sur deux représentants de Lo Paradiso pour soigner Remus Lupin - que ça rende des journalistes suspicieux... "
"Suspicieux de quoi ?", interroge Gin en me prenant Siorus des bras sans cacher combien ça lui fait plaisir d'avoir un petit bonhomme contre elle.
"... qu'il y ait un deal caché derrière tout ça...", je lui souffle, un peu désolé de la priver de son innocence. Pour adoucir l'information, je passe mon bras sur ses épaules.
"Dans tous les cas, certains seront suspicieux", estime Susan. "On a des magies méconnues, voire interdites, des familles étrangères puissantes, une famille localement respectée mais atypiques, des loups-garous, le Secret... tout ce qu'il faut pour que quelqu'un ait envie d'y voir des choses cachées..."
"On devrait demander à Archi...", commence Gin
"Il ne faut pas impliquer quelqu'un proche de nous de plus", je la coupe un peu nerveusement.
"Il est certain que quelqu'un de chez vous devrait réfléchir à une stratégie de communication - ta mère y a sans doute déjà songé", intervient Susan d'une voix apaisante.
J'ai rarement eu autant envie de pouvoir discuter avec Mae, je me rends compte. Être si près les uns des autres et ne même pas pouvoir se parler, se rassurer ? La rage me fait me lever brusquement, ça inquiète Siorus qui geint, et sa mère le reprend dans ses bras.
"Désolé", je marmonne.
"Cyrus, certains mettraient le feu au Magenmagot pour moins que ça et je t'ai connu plus éruptif", affirme Susan en tapotant le dos de son rejeton.
"Il est plus de midi, appelle Dora", propose Ginny.
Je tire mon miroir sans attendre et elle répond à la première sonnerie.
"Tu dois lire dans mon esprit", elle m'accueille.
"Si tu prends les appels, c'est que les audiences du matin sont finies", je réponds du tac au tac.
"Oui, on va pouvoir manger quelque chose et se bourrer de potions pour tenir, Dawn et moi", elle répond avec un rire nerveux. "Quel marathon !"
"Harry est passé ?"
"Oui, il est allé manger avec ton grand-père et nos amis de Lo Paradiso"
"Et Brunissande", je grince totalement gratuitement, je sais.
"Non, Brunissande a préféré rejoindre Fleur... Ce n'est pas une position facile, la sienne, mais elle a fait un super témoignage : précis, clair, nickel", elle répond.
"Et Harry ?"
"Il s'est laissé un peu embarqué par les avocats dans des conversations glissantes mais il s'est bien rattrapé à la fin - tu as été plus calme que lui si c'est la question que tu te poses", elle rajoute avec un drôle de sourire.
"Et Archi ?", je demande plutôt que de goûter le compliment.
"Étonnamment sobre", elle me rassure. "Russel m'a dit que tu lui avais parlé."
"Il trépigne d'en faire un article ou un épisode de son feuilleton", je trouve loyal de la prévenir.
"Merlin, merci de m'en reparler plus tard", elle soupire.
"Je vais essayer de le faire tenir encore un peu", je promets. "Mais votre estimation de la situation ?"
"L'un dans l'autre, avec Dawn, on pense qu'on a posé les bases ; Lo Paradiso et le Brésil cet après-midi devrait finir l'affaire"
"Dans cet ordre ?", je demande.
"Non, on se disait justement, qu'on finirait par Lo Paradiso, par la pression internationale - le ministère italien vient d'envoyer un message... ça nous paraît bien..."
"Par le moins familial", je souligne.
"Oui, enfin, je n'ai plus trop d'espoirs sur ce front-là... Cet angle est inévitable... il faudra vivre avec."
"Donc, c'est quoi le programme ?"
"Toi en premier, puis cette jeune Bettany, Paulsen - on garde Ginny et Ron en réserve en fonction des contre-interrogatoires. Mais je pense qu'il ne faut pas assommer les juges !", elle énumère. "Bettany... j'ai envoyé Finnigan la chercher mais, si tu as cinq minutes,..."
"Je pars immédiatement", j'annonce, content d'avoir quelque chose à faire. "Tu nous attends pour quand ?"
"Dans une heure, disons. Appelle-moi quand vous êtes là - Amelia Bones veut me voir pour l'organisation finale ; dès que j'ai avalé la fin de mon sandwich."
"Tiens le coup, Mae", je murmure.
"Merci", elle souffle en évitant mon regard dans le miroir et en coupant la conversation.
ooo
Chez moi, je trouve Bettany et Seamus en train d'avaler un sandwich préparé par Molly. Je n'avais vu auparavant Bettany autrement que dans des tenues blanches, amples et légères adaptées à l'Amazonie. Sa robe gris bleu, tissée de fils argentés, met en valeur sa carrure athlétique. Elle intimide Seamus, c'est rien de le dire. Ils ont l'air tous les deux soulagés de me voir.
"Bah, c'est à moi de faire visiter Londres à Bettany", j'explique.
"Ta mère..." commence Seamus.
"Elle pense que c'est une bonne idée malgré l'édit des juges - t'auras qu'à nous interdire de parler de l'affaire si on oublie !"
"Ça s'est bien passé ce matin ? Je peux demander ?", s'enquiert Bettany.
"Les avocats cherchent des failles - ils essaient de dire que je suis de mèche avec le XIC, que Harry invente..."
"Ca promet", elle soupire avec une sincérité qui me prend aux tripes.
"T'es pas du tout obligée d'y aller", j'affirme à la plus grande inquiétude de Finnigan.
"On en a déjà parlé", elle me rappelle.
"Te laisse pas mettre tout sur le dos", j'insiste. "T'es une victime pas autre chose !"
"On va voir ça", elle soupire en faisant un geste fataliste vers la cheminée.
oooo
Raconter le Brésil, mes recherches, la cérémonie d'initiation que nous avons étudiée est plus difficile que je ne l'avais anticipé. Je voudrais me limiter aux faits mais j'ai tout le temps envie de jeter à la face de mon audience l'importance des magies traditionnelles et surtout de défendre Bettany. Il faut que Dawn pose trois fois la question, de manière de moins en moins subtile, pour que je consente à parler du journal.
Raconter notre séquestration est plus facile parce que je peux à chaque phrase souligner le rôle de Jérémie, d'Hermosa et de Vassili. Je prends bien soin de souligner que notre évasion n'a été possible que grâce à la décision et la participation active de Bettany. Je sens que ça agace Dawn que je sorte de mon rôle de pure victime, mais elle suit son fil avec la patience d'une araignée.
Je raconte donc la fuite ; je raconte la peur, la fatigue et la marche ; je raconte notre contact avec la famille de Joachim grâce aux médailles - je montre ma médaille qui intéresse bien tout le monde, pas besoin de le dire ; je raconte la bataille finale et charge Hermosa au point que Sindri Rowle et son collègue espagnol demandent un entretien privé aux juges. Je regarde Mae avec inquiétude mais elle a une moue rassurante alors que Dawn Paulsen revient vers elle, l'air fataliste.
Amélia Bones dissipe la bulle de silence qu'elle avait créée autour d'eux au bout de moins de cinq minutes. Les avocats ont l'air moroses.
"Monsieur Lupin, nous comprenons que l'état dans lequel se trouve votre père...", commence la juge.
"Votre Honneur, puis-je à ce propos poser une question ?", je supplie. Tout le monde est tellement surpris de mon interruption que je continue : "Est-il possible de demander à Hermosa Alquila McNair la nature du sortilège qu'elle a lancé sur mon père ?"
"Mademoiselle Alquila McNair n'a lancé aucun sortilège offensif", tonne Sindri Rowles qui la défend.
"Juste après moi, vous allez entendre Bettany Faithborne, et vous pourrez lui poser utilement la question", je réponds pas plus calmement que lui.
L'avocat va rétorquer mais Amélia Bones lance un jet d'étincelles qui couvre efficacement sa voix.
"Messieurs, c'est à la cour de distribuer la parole. Monsieur Lupin, nous entendons votre requête et nous la gardons en mémoire pour notre entrevue avec Mademoiselle Alquila Mc Nair. Maintenant, afin de respecter ses droits..."
"Parce qu'elle, elle respecte les droits des autres", j'explose toute patience bue.
"La question n'est pas là, Monsieur Lupin", me sermonne sans surprise Amélia Bones à la grande joie de l'ensemble des défenseurs, ceci va sans dire.
"Désolé", je soupire donc en me fichant d'avoir l'air d'un môme.
"Comme je l'ai dit auparavant, cette Cour comprend votre inquiétude et votre ressentiment envers celle que vous tenez responsable de l'état de votre père", reprend plus gentiment Amélia Bones. "Cette cour réserve cependant son opinion sur ladite culpabilité à son audience. Maintenant, est-ce qu'un des défenseurs veut poser des questions au témoin ?"
Je me dis que ceux des Teuffer vont me sauter dessus, que ceux d'Hermosa vont revenir sur mes accusations trop rapides, que celui de Vassili va essayer d'insinuer que j'ai été plus violent que son client... Eh bien non. Personne ne demande la parole.
"Bien, Monsieur Lupin, nous vous remercions", conclut Bones, l'air moins étonnée que moi.
"Mais...", je commence parce que, quelque part, j'ai encore beaucoup de choses à dire.
"Monsieur Lupin, cette Cour vous remercie de tout le temps que vous lui avez accordé..."
"Mais", je répète en regardant Dawn et Mae qui lèvent les yeux au ciel d'un même ensemble.
"Greffier, faites entrer Mademoiselle Faithborne", demande Bones, et je comprends que c'est pour m'inviter une dernière fois poliment à sortir.
Finnigan qui assiste Dawn et Mae vient vers moi comme pour me raccompagner et je n'ai d'autre choix que de quitter ma chaise. A la tension nerveuse qui saisit certains des avocats je saisis qu'ils se sont gardés pour Bettany, et Finnigan doit me traîner dehors.
oooo
Aide mémoire juridique
Les juges
Amélia Bones, avec Tiberius Ogdden et Pius Thicknesse - une intègre, un pro-Lupin, un qui ira dans le sens du vent, nous a-t-on dit dans le précédent.
Les avocats du XIC
Burghard Nusslé jeune avocat suisse qui représente Kuno Teuffer
Jean Bourquin représente Jérémie Lavendin
Sindri Rowle représente Hermosa Alquila McNair
Le prochain ? Hum, Harry nous parle des tensions politiques et des jeunes diplomates. C'est le titre.
