Playlist pas si décalée, je trouve.

Ne vendez pas la peau de la grande ourse

Rendez moi à l'évidence

Tirez de moi les bons grains de l'ivresse

Les mots de tous les jours

Parlez moi de midi à votre porte

Du crépuscule de vos dieux

De quand vous étiez nu comme au dernier jour

D'un opéra d'Afrique

Lo'Jo, La nuit des temps

90 Cyrus Des limites de la lune et des liens de sang

Le départ d'Harry derrière la belle louve italienne hors d'elle aurait pu créer un malaise mais Grand-Père est là. Il s'adresse à Bettany comme si rien d'autre n'était important.

"Mademoiselle Faithborne, j'imagine", il l'accueille avec un grand sourire qui l'intimide tout en la faisant se sentir importante. "Merci d'avoir accepté de témoigner !"

"Mon grand-père, Albus Dumbledore", je complète sans doute inutilement en poussant légèrement Bettany vers lui. Ils se serrent la main. Voilà quelque chose de fait.

"Il n'y a pas à me remercier", elle souffle. "Plutôt le contraire, en fait..."

"Cyrus devrait terminer les présentations", s'agace Girasis.

"Bien sûr", je cède immédiatement - c'est peut-être une des choses que Remus m'aura appris: savoir céder sans penser perdre quoi que ce soit. Au contraire. "Professeur Girasis, ma malheureuse compagne stagiaire du Professeur Marin Da Silva : Bettany Faithborne... Le professeur Girasis dirige le département d'Arithmancie de l'université de Londres."

"Ethnomagie ?", demande Girasis quand Bettany lui tend la main.

"Avec le professeur Frodeson de Salem", complète sobrement l'Américaine.

"La spécialité de Bettany est la distinction entre poison et remède", je précise.

"Je reconnais les marottes de ce cher Cato", apprécie Girasis selon ses propres critères qui me dépassent.

"Le professeur Girasis nous a apporté un bien intéressant parchemin", enchaîne Grand-père qui a visiblement son propre agenda.

On n'a pas d'autre choix, Bettany et moi. On se penche sur le rouleau que nous tend Livia Astrelli. Je ne sais pas pour Bettany mais, moi, j'ai cette impression tout à fait étrange de passer un examen surprise sur un cours que je n'aurais jamais suivi.

"Un éphéméride complet de la lune au dessus de l'Amazonie", reconnaît Bettany, la bonne élève, à haute voix.

"Extrêmement complet", je complète en regardant Girasis qui a l'air de s'attendre à mes remerciements.

"Un éphéméride prévisionnel", souligne Tiziano d'un air entendu.

Ok, il fait bien de le dire, je n'avais même pas pensé ça possible à ce niveau de détails. Elle a dû y passer des jours entiers ! J'ai du mal à croire qu'elle ait fait ça pour Remus, c'est une vérité triste, mais la vérité. Je vais sans doute la remercier.

"Les statuettes amplifient le cycle lunaire - Harry m'avait écrit dès sa première observation que le cycle suivait très exactement celui de la fièvre lycanthrope...", souligne un peu bizarrement Grand-père.

Au sourire fugace de Tiziano, je me dis qu'il y a là une conversation souterraine, un truc qui a commencé avant que nous soyons arrivés, c'est agaçant de ne pas avoir la matière pour compter les points.

"A moins que ça ne soit le contraire", remarque Livia Astrelli, un peu timidement.

"Sans doute même", renchérit Tiziano, avec cet air de jubilation qu'il peut prendre quand il suit sa propre logique. C'est décidément énervant de ne pas tout comprendre à leurs échanges.

"Donc connaître précisément le cycle lunaire permettra de connaître le cycle lycan", je reformule à la satisfaction de l'entière tablée. "Ça va nous aider dans notre utilisation des statuettes ?", je demande à Livia - je vais peut-être savoir de quoi il en retourne.

"Sans doute", admet la mère de Lucca, mais je vois qu'elle n'est pas totalement sûre, et ça m'inquiète au-delà des piques qui fusent au dessus de la table. On parle de la santé de mon père, là.

"Ce sera beaucoup plus scientifique que de vous baser seulement sur votre propre ressenti", insiste Girasis exaspérée.

"Vous croyez que nous faisons comme cela ?", s'étonne Fiametta les yeux écarquillés.

Girasis préfère un silence supérieur à une question qui remettrait en cause son affirmation précédente - elle faisait souvent ça en cours, je m'en souviens..

"C'est un document extrêmement précieux", je décide de commenter diplomatiquement - je vais finir par être le jeune homme raisonnable qu'on me presse d'être !

Girasis me fait l'honneur d'un sourire. Elle va peut-être ajouter quelque chose quand Harry et Aradia reviennent. Cette dernière semble un peu plus calme - comme distante d'elle-même.

"Excusez-moi, professeur Dumbledore, je me suis laissée emporter par des émotions qui n'ont pas leur place à votre table", elle commence dans un anglais chantant - elle aura au moins appris notre langue dans cette histoire.

"Nous serions bien insensibles de ne pas le comprendre", commente aimablement Grand-père.

"Professeur Girasis, ne croyez pas que je ne mesure pas votre travail ou que je ne respecte pas les... souvenirs que vous pouvez avoir de mon père", elle continue - toujours étrangement distante et pourtant aimable. Peut-être qu'elle en connaît un rayon de plus que moi en diplomatie, finalement. "Je ne suis pas une théoricienne, mais il est clair que nous devrons avoir une stratégie commune de publication des différents éléments dont nous disposons..."

"Je vois que Harry a hérité de son père le don de calmer les élans les plus sanguins", est la réponse moins diplomate de Nikomaka Girasis.

"Les intérêts de tous doivent être préservés", commente Albus sans réellement la laisser continuer - je pense qu'il en a soupé d'elle, toute diplomatie mise à part.

Le miroir de Harry sonne alors et nous entendons le voix de Carley Paulsen quand mon frère répond en s'excusant.

"Nous sommes dans le Ministère, à la Coopération magique, nous arrivons, Carley", il lui assure. "Dans quel ordre ? Livia d'abord ? Très bien... Non, je ne vais pas me perdre, ne t'inquiète pas. Voilà, retrouvons-nous à l'ascenseur..."

Quand il termine, Livia et Lucca se sont levés, prêts à partir. Ils ont sur le visage la détermination de ceux qui vont se battre. Au-delà de la recherche de la justice, le fait de témoigner, pour la troisième fois, devant une institution sorcière est une évènement pour tous les lycanthropes européens. Et je repense à la dimension médiatique que nous n'avons pas encore regardée en face.

"Nous allons malheureusement oublier le dessert", commente Harry.

"Il ne faut pas faire attendre le Magenmagot", approuve Grand-père en les reconduisant à la porte de la salle à manger. "Livia, Lucca, Aradia, ma porte vous est ouverte, faites moi plaisir, promettez moi que vous n'hésiterez pas"

"Ce sera toujours un honneur de pouvoir pousser votre porte, professeur Dumbledore", répond simplement Livia.

Quand la porte se referme, il n'y a d'abord que le silence. Tiziano semble rêveur, Fia sur ses gardes. Grand-père s'assoit et entame sa tarte au citron. Il est le seul à le faire.

"Je vous fais confiance professeur Dumbledore, pour leur faire tenir leur promesse", annonce assez brutalement Girasis quand mon grand-père en est à la deuxième cuiller.

"Aradia vous a assuré..."

"Aradia pense qu'elle sait mieux que moi sur quoi son père travaillait, ce qu'il aurait voulu partager et à quelles conditions. Aradia est très belle, très jeune et très ambitieuse. Elle a de qui tenir. Malheureusement, son père est mort avant d'en faire réellement son héritière et elle ne devrait pas l'oublier", elle termine sans sembler remarquer la crispation de Fiametta devant ses paroles. "Son mépris pour la science..."

"Nikomaka, je ne crois pas que ce petit discours soit très utile", l'interrompt Grand-père de sa voix de grand-père. "J'ai sans doute provoqué cette réunion un peu tôt et je m'en excuse. Les esprits sont encore pleins des évènements récents et d'une inquiétude bien compréhensible pour l'avenir de Remus. Je ne veux parler à la place de personne, mais je ne crois pas que quiconque autour de cette table ne minore les enjeux de la diffusion des travaux de Cosmo Taluti, mais aussi des vôtres ou des savoirs faires des lycanthropes de Lo Paradiso."

"Nous verrons donc", estime un peu sèchement Girasis, en se levant à son tour.

"Vous ne restez pas pour le dessert", se désole Grand-père.

"J'ai des élèves qui m'attendent", elle lui oppose.

"Il n'y a pas de plus noble excuse", il cède en se levant - Tiziano et moi suivons le mouvement.

"Cyrus, j'aurais peut-être l'occasion de vous reparler avant que vous ne repartiez au Brésil...?"

"Dès que ce cirque se sera calmé", je commence en prenant sur moi. "Je comptais de toute façon aussi aller voir le professeur Maninder."

Girasis se contente d'approuver d'un geste avant de sortir de la pièce.

oo

"Qu'est-ce qui ne va pas dans ce parchemin, Cyrus ?", demande Grand père quand on peut dire qu'il n'y a aucune chance que l'énigmatique Nikomaka Girasis puisse entendre notre conversation.

"Je n'ai jamais dit...", je commence, mais il y a des yeux bleus perçants qui ont eu raison de mes prétentions pendant deux vies. "C'est un travail très impressionnant", je cède donc. "Mais je pense... ce n'est qu'une intuition... que le cycle lunaire, aussi précis soit-il, ne suffira pas..."

"Ta vision insiste sur le rôle des jumeaux", abonde Tiziano, et je me rappelle que Harry a dit qu'il était celui qui avait compris cette partie-là.

"Je pense à l'étoile du Sud", je le coupe néanmoins. Et Bettany approuve silencieusement. "Tout ce que nous avons pu voir comme catalyse traditionnelle là-bas utilise la lune et l'étoile du sud", je précise.

"Intéressant", juge Albus.

"Nous avons commencé à replacer les étapes de l'initiation sur le cycle de Magalhanica", développe Bettany avec entrain. "Nous avions calculé les positions au préalable mais rien d'aussi précis, évidemment..."

"Si vous avez une base, je peux vous aider", annonce Tiziano. "Girasis m'a montré le calcul, on doit pouvoir l'adapter avec une journée de travail..."

"Merci Tiziano", dit Grand-père, mais ses yeux sont sur moi.

"Je ne sais pas si c'est utile - il serait stupide de s'en priver, bien sûr, mais je comprends la réticence de Livia", j'indique sans me faire prier cette fois. "Les Indiens s'y connaissent très mal en étoile - pour la bonne raison qu'ils ne les voient quasiment pas ! Nous avons calculé les cycles uniquement parce que nous cherchions des explications théoriques mais... est-ce que ça rendra la pratique plus efficace ? Je ne suis pas sûr qu'on puisse inverser la relation..."

"Si nous avons le temps, la compétence et la méthode, comme tu viens de le dire, Cyrus, je ne vois pas pourquoi nous en priver. Au pire, nous aurons de nouveaux arguments théoriques à opposer à notre amie Nikomaka", estime Grand-père.

"Ça ne te ferait pas de peine", je comprends avec un rire complice qui fait s'écarquiller les yeux de la jolie Fiametta.

"Cyrus, j'ai cru quelques minutes que tu avais compris l'art de la diplomatie", il m'oppose plus ou moins sur le même ton - disons que son rire est plus discret.

"Je veux bien l'utiliser mais je ne voudrais pas que la relation s'inverse", je continue de badiner. "Si la diplomatie commençait à m'utiliser..."

"... tu ne serais plus Cyrus", termine Bettany avec une conviction qui fait étrangement taire les rires.

oo

Nous ne devons pas retourner au Magenmagot, on nous l'a bien fait comprendre. En sortant du Ministère, je me demande avec une vraie fatigue, comment je vais occuper Bettany... Comment je vais jouer l'hôte reconnaissant, le fils responsable, le chercheur intelligent... sans parler de l'ami disponible ou même de l'amoureux présent.

Une fée a dû entendre mon désarroi : Fiametta veut aller faire un tour sur le Chemin de Traverse, et Tiziano propose galamment à Bettany de les accompagner.

"Pas d'interview", est la seule remarque intelligente que j'arrive à faire avant de rentrer chez moi seul.

"Où sont-ils tous ?", s'inquiète Ginny en scrutant le vide derrière moi..

"Ils font des courses", je réponds.

"Des courses ? Ça s'est bien passé alors !", elle commente, et j'ai un peu honte du cirque que je lui ai fait vivre jusqu'à présent.

"On est tous sortis libres", je reconnais avec une moue d'excuse. "Bettany... se sent soulagée d'avoir pu expliquer comment elle a été manipulée... Reste à attendre la décision des juges demain... Mais on a fait ce qu'on pouvait."

"Attendre n'est pas ce que tu fais le mieux", soupire Gin comme si elle refusait d'être rassurée si vite.

"Bah, on a plus important à faire qu'attendre", je pense à haute voix. "On a le traitement de Remus à finaliser... J'ai vu Susan, j'ai aussi croisé Girasis chez Albus et elle m'a donné un parchemin étonnant - tout le cycle lunaire amazonien, seconde par seconde !"

"Tout le cycle", répète Ginny impressionnée.

"Et Tiziano a bossé de son côté... réuni plein de choses sur les statuettes... Plein de trucs à lire", je conclus.

"Super, Cyrus !", se réjouit ouvertement Ginny - je la soupçonne de penser que je bosse quand je vais bien...

"Je vais... lire un peu là haut, au calme", j'annonce donc en joignant le geste à la parole.

Dans notre chambre, je prétends d'abord m'installer à mon bureau. Sauf que le lit dans mon dos semble me murmurer que je serais mieux sur lui. J'enlève ma robe et je la pends dans l'armoire parce que je ne sais pas si j'en aurais pas besoin demain - et je suis nul en sorts de défroissage.

Sur le lit, je regarde quelques minutes le parchemin de Girasis en me redemandant sincèrement s'il va nous être utile. La réponse est sans doute dans les documents de Tiziano. Je déroule les parchemins : pratiques d'obstétrique, comme la protection des foetus pendant les pleines lunes ; fertilité des troupeaux et des humains ; renforcement des alliages de métaux ; protection des récoltes contre le pourrissement... l'inventaire est intimidant, vaste et décourageant en ce qu'il me paraît peu adapté à notre problème central.

Je m'arrête quelque seconde sur un mémoire réalisé par son propre Grand-père, Tarquino, sur les "Sangs de lune". Il a recensé différents travaux et observations remontant jusqu'aux Grecs et aux Romains, créditant le sang des enfants nés d'un parent donc l'aura magique est liée à la Lune de pouvoirs particuliers. Il faut attendre le XIXe siècle pour que des pouvoirs de catalyse soient exprimés. Rien de très récent - mais ce n'est pas étonnant, ça fait un bon siècle que les magies de Lune affolent le bonpeuple de la magie "blanche"

.

Tout ça reste un peu difficile à appliquer à la situation présente. Harry et Tiziano, envisagent-ils d'utiliser le sang des jumeaux ? Autant je pourrais donner le mien jusqu'à sa dernière goutte, autant j'ai du mal à m'imaginer tendre un couteau à Kane ou Iris... La nausée n'est pas loin rien qu'à imaginer la scène.

Je me contrains à continuer de regarder les différents documents jusqu'à m'arrêter sur un parchemin en latin traitant du renforcement de la résistance mentale face à la magie... Le latin est visiblement une traduction d'une autre langue, et des passages sont très obscurs. Ou je suis trop fatigué pour les comprendre. Un schéma me fascine. Il y a trois statuettes - toutes vêtues de robes et une personne couchée au milieu. La lune est dessinée, croissante mais pas encore pleine. Je ne sais pas trop à quel moment, je m'endors.

J'ouvre les yeux, c'est Harry, agenouillé à côté de mon lit, qui me secoue.

"Eh la Belle aux bois dormants, ça suffit la sieste !", il sourit.

"Il est quelle heure ?"

"T'es en train de rater le dîner", il indique sobrement.

"Tu déconnes !", je commente en me redressant. Il fait objectivement noir dehors. Le réveil annonce 20h passé. "Fallait me réveiller !"

"Il aurait fallu assommer Ginny", il remarque. Je souris en m'asseyant au bord du lit et il se redresse. "J'ai obtenu de pouvoir monter seulement parce que Dora voudrait nous voir."

"Elle est là ?"

"Elle est à l'appart' - et elle n'a pas trop envie de se retrouver au milieu de tout le monde..."

"Juste toi et moi ?", je vérifie.

Il confirme d'un geste de la tête puis ajoute : "Fleur et Bill ont embarqué les jumeaux de toute façon."

"Mais ça va ? Enfin, elle a l'air..."

"..épuisée - j'ai rien demandé : j'ai dit que je t'arrachais à ta sieste."

"Ok", je signale tout en enfilant mes baskets.

"T'as commencé à lire", remarque Harry en réunissant les parchemins dispersés sur le lit et sur le sol.

"J'avoue que j'aimerais bien que vous m'expliquiez concrètement comment vous comptez vous y prendre !"

"C'est Tizzi qui a le plus bossé sur tout ça... ", admet Harry.

"Mais tu ne veux pas... enfin, les mômes - sangs de lune ou pas..."

"Tu crois que je les sacrifierais pour Papa ?!", il s'énerve immédiatement - ses yeux verts lancent des éclairs. Mais qu'est-ce qu'il a le sang chaud en ce moment !

"Ben non, mais alors quoi ?", je bougonne.

Harry détourne les yeux - comme pour se donner la force de répondre et ça me fige le sang. Quand il parle, sa voix est basse presque rauque.

"Quand on était à Venise, Kane et Iris se sont faits attirer, puis enlever, par des esprits de la lagune", il raconte avec un soupir fatigué. "Ils voulaient leur sang en paiement du Pacte... le Pacte qui fait que les demeures magiques de Venise ne s'enfoncent pas..."

"Leur sang ?", je frissonne parce que, quelque part, c'est exactement ce dont j'ai peur.

"Tizzi a donné le sien pour les sauver", explique Harry en remontant nerveusement ses lunettes - cette expérience-là, il n'est pas près de l'oublier, je comprends. "J'étais là, Cyrus... et je ne compte pas revivre ça... d'une manière ou d'une autre... pour quelque raison que ce soit", il confirme."Tu imagines que Mae nous laisserait faire ? Tu imagines ce qu'en penserait Papa ?"

Il est véhément, le grand-frère aux yeux verts.

"OK", je concède. "Mais alors quoi..."

"La présence symbolique... Tizzi a plusieurs idées... Il a même appelé Aesthélia pour lui en parler... Je ne peux pas totalement en parler à sa place, et puis...", il répond en regardant sa montre.

"Mae nous attend", je comprends en enfilant mon blouson et en glissant ma baguette dans ma poche intérieure. "On y va."

Quand on sonne, je réalise qu'effectivement, je n'ai plus les clés de cet appart, que mon chez moi est ailleurs. C'est assez vertigineux comme sensation. Harry est parti depuis plus longtemps, finalement.

"Hello les garçons", nous accueille Mae, l'air tellement épuisée qu'on a envie de la porter. "Merci d'être venus."

"Tu rigoles ?", je proteste en la suivant dans le salon.

Ça la fait sourire alors qu'elle se laisse aller sur le canapé en nous faisant signe de faire comme elle.

"Je... je ne vais pas tenir toute la nuit", elle affirme tout de suite - sa voix est encore plus épuisée que son visage. " Dawn m'a ordonné de dormir, et je pense qu'elle a plus que raison... Les potions ne peuvent plus rien pour moi...", elle commente en essayant de se moquer d'elle même.

"Tu voulais nous voir ?", essaie doucement Harry.

"Harry... je voudrais... Les garçons... Je voudrais tellement...", commence Mae - il me semble que les larmes vont gagner mais Mae est la plus forte. Sauf qu'elle ne peut pas se battre contre les larmes et parler. C'est une évidence.

"Dawn est contente des audiences ?", je décide de questionner. Le factuel est parfois une issue.

"Plutôt", elle acquiesce avec une pointe de soulagement. "Elle pense qu'on a assis notre accusation... Elle compte aussi sur le fait que les différents accusés n'ont pas les mêmes intérêts... Ça devrait compliquer l'audience de demain pour eux..."

Tout le monde rumine ces arguments et je suis celui qui brise de nouveau le silence.

"Et Kingsley est content ?"

"Il n'en est pas encore à me reparler", elle soupire comme incapable de cacher sa frustration.

"Je peux aller lui raconter...", commence Harry avec une certaine colère. "C'est moi qui vous ai traînés de force à Lo..."

"Harry, le simple fait que je sois allée en Suisse sans dire que tu étais impliqué dans l'affaire pose problème. Je le savais avant même de prendre un portoloin à Londres ! Tu n'y es pour rien, rassure-toi !"

"Pourquoi Harry et pas moi ?", je questionne alors que mon frère a l'air de digérer la réaction de Mae.

"Je n'ai jamais pu cacher que tu étais en cause au Brésil, Cyrus", constate Mae. "Kingsley ne pouvait pas empêcher Remus de se rendre en Amazonie et, tant qu'à faire, il a accepté qu'il accompagne Carley et Ron pour des raisons de connaissances du milieu local et de... sécurité"

Pas à dire, ce mot là a été difficile à articuler. Il me gifle moi aussi comme un pied de nez de trop. L'envie de tuer Hermosa me paraît soudain de nouveau étonnamment raisonnable. Tellement que je détourne les yeux comme si je craignais que ma mère adoptive et mon frère puissent y lire la vérité. Mais ils ont leur propres démons.

"Mais je n'ai pas dit que Harry était à Genève et impliqué au premier chef par la résurgence du XIC là-bas. Kingsley le croyait à Venise et je n'ai pas pris la peine de le détromper... Même s'il se met à ma place, même s'il comprend", développe Mae, un peu pour Harry, un peu pour elle-même. "Il ne peut pas totalement couvrir les... libertés procédurales que j'ai prises..."

"Tu vas avoir des ennuis", je demande alors que Harry grimace - je sens bien qu'il se sent coupable de choses que j'ignore. La vérité est que je n'arrive même pas à m'y intéresser. Ses éventuelles "bêtises" n'ont mis personne dans le coma.

"L'ampleur des ennuis va dépendre du résultat de demain", répond Mae, factuelle et rationnelle comme une protection. "Si les Divisions suisses et italiennes sont contentes, si la Coopération magique est contente... j'imagine que ça lui permettra de se montrer magnanime... Mais je ne vous ai pas demandé de témoigner pour sauver ma carrière !", elle s'empresse d'ajouter.

"On a bien le droit de s'inquiéter pour toi", réplique Harry en croisant les bras. De nouveau il y a un sous-entendu.

L'affirmation fait revenir les larmes. Une s'échappe.

"Tu es épuisée", je comprends en me penchant en avant et en lui prenant la main.

"Je voudrais tant... Diniz me dit qu'il va aussi bien que possible mais... Oh Cyrus!", elle termine en pleurant cette fois.

"Je suis désolé", je souffle en la prenant dans mes bras. "J'aurais..."

"Tu n'es pas responsable", elle arrive à affirmer entre ses hoquets. "Remus n'aurait pas dû s'éloigner seul - un Auror ne l'aurait pas fait ; Ron s'en veut d'ailleurs...comme si on avait besoin qu'il s'en veuille ! Il l'a entendu dire qu'il avait entendu un bruit mais il n'a pas pensé qu'il irait enquêter seul..."

Le mot "seul" sonne dans le salon comme une malédiction.

"Je suis désolé quand même", j'affirme.

"On est tous désolés", rajoute Harry en se levant et en allant à la fenêtre. "Mais on va s'en sortir ! On va aller là-bas, on va utiliser les statuettes... On va leur montrer !"

oooooo

On a un nouveau perso (quelle bonne idée, non ?)

Le professeur Cato Frodeson de l'université de Salem, directeur de recherche de Bettany. On verra si on a ou non besoin de lui.

La suite s'appelle Des avances nocturnes et des courages journaliers - elle mêle la continuation de l'audience et l'approfondissement des magies de lune, plus quelques invités surprise comme l'amour, les liens fraternels ou les surnoms. Harry raconte.

J'écris toujours très doucement la suie.