playlit
Ode à la nuit que que ça bouge
Si t'as l'infra moi j'ai le rouge
On y voit mieux finalement
Quand le soleil est au couchant
Ode à la nuit qui nous rejette
Il faudra bien que l'on s'y jette
Puis au matin on s'dit pardi
A l'infini des infinis
Posé là sur une seconde
On refait le monde
Têtes Raides, l'An Demain
94 Cyrus Des mantras plus ou moins raisonnables et des silences productifs
Ni Harry, ni moi n'avons réellement envie d'utiliser les cheminées du Ministère juste après une audience dont les résultats doivent nourrir des rumeurs grandissantes. Je les imagine un peu comme les tentacules du calamar de Poudlard se répandre dans les différentes Divisions, les couloirs, les bureaux et les cafétérias ; étouffer la vérité sur son passage. Les cheminées publiques du chemin de traverse ne sont pas plus tentantes – si les rumeurs n'ont pas atteint l'artère commerciale, nos réputations nous précèdent où qu'on aille. La plupart du temps nous nous en accommodons, mais aujourd'hui, même la plus innocente curiosité nous paraît insupportable.
On n'a pas besoin de discuter des heures pour décider de sortir en zone moldue, de trouver un coin calme pour transplaner. En bon fils de notre père, on a, autant l'un que l'autre, besoin de marcher pour mettre de l'ordre dans tout ça, pour fatiguer nos démons, pour voir clairement la ligne d'horizon. De fait, je me sens un peu mieux après cinq minutes de marche ; je distingue l'important des péripéties ; j'arrive à limiter mon rôle à ce que je dois à ma famille – les autres Cyrus et leurs ambitions parfois contradictoires attendront leur heure. Je vais dire un truc dans ce sens à Harry quand je réfléchis qu'il s'est montré trop silencieux depuis que nous avons quitté la zone magique pour ne rien avoir à dire. À me dire, sans doute.
« Lâche-toi, Harry, c'est pas le moment de me ménager », je finis par lui indiquer.
« Je n'ai rien à te reprocher », il prétend, poussant même l'audace à se montrer surpris de mon intervention.
« Non ? »
On finit une rue bordée d'entrepôts. Au fond, il y a une zone interdite, soi-disant dangereuse comme l'indiquent de nombreux panneaux moldus, adaptée à nos projets.
« Je remarque juste que... hier et ce matin, tu n'arrêtais pas de souligner tout ce qu'on ne savait pas et, devant Mãe, tu dis qu'on a la solution », il finit par formuler.
Je hausse les épaules – je me suis demandé moi même à quel moment j'avais changé d'avis.
« On n'a pas le choix, Harry. Avant d'avoir fini de lister les questions qui se posent toujours, on va être devant Remus, à la date que les calculs semblent indiquer comme la plus adaptée, à rejouer une vision qui continue de me sidérer... Il n'y a que deux options : essayer ou ne rien faire. »
Harry opine dans le vide. Il était là avant moi.
« Je comprends que le vide théorique t'inquiète », il indique néanmoins.
« Mais tu crois à la pratique, à l'expérience de Livia, à ma vision », je le coupe. « Qui aurait cru qu'un jour je puisse paraître comme le gars qui défend une approche théorique de quoi que ce soit, hein !? »
« Girasis te tient en haute estime », s'amuse Harry.
« Girasis essaie désespérément de rester dans l'équipe alors que son balai est dépassé », je pose. « C'est une bonne théoricienne – mais pour le reste... »
« Tu ne lui fais pas confiance », postule Harry
« Pas entièrement », je reconnais. « Ça fait un bout de temps qu'elle m'observe – je pensais qu'elle attendait mon faux pas, comme une vengeance sur Remus... J'essayais de ne pas lui donner prise – de faire mon boulot honnêtement, de garder mes distances. Je pensais qu'elle s'était plus ou moins lassée de ce petit jeu quand elle m'a proposé de bosser pour elle, sur les mémoires de Taluti... Mais visiblement, j'avais engrangé des points dans trop le savoir – sans m'en soucier. Maintenant, elle espère que je sois son allié contre toi, contre les garous de Lo Paradiso ou contre Grand-père... Autant dire qu'elle ne me frappe pas par sa finesse de lecture des gens... ou alors, c'est encore plus tordu que ça... »
« Tu fais davantage confiance à Maninder ? », veut savoir mon frère. Comptons nos alliés, nous nous sentons si jeunes et fragiles.
« Je n'ai jamais eu de raison de douter de lui », je soupire. « Mais je ne vais pas lui demander de choisir entre Girasis et moi – et ça sera sans doute la meilleure chose à faire pour que nous gardions les meilleures relations possibles. »
Harry a un petit rire sarcastique.
« Tu ne savais pas que le choixpeau m'avait proposé Serpentard ? », je lui oppose ayant bien entendu son objection muette.
« Je savais que tu avais refusé », il me rétorque, mais ses yeux verts sont plus rieurs qu'autre chose. Est-ce qu'on n'a pas appris tous les deux à déguster des couleuvres ? Est-ce qu'on n'a pas depuis longtemps mesuré la limite de l'application aveugle des principes ? J'opine.
« On finira par être totalement raisonnables », je soupire pour sa plus grande joie.
On se glisse entre les tôles qui enserrent le no-man's land que nous visions. Au milieu des bidons rouillés, de poutrelles abandonnés, de résidus de chantier et de beaucoup de boue, il reste un bosquet d'arbres rachitiques. Ils feront un bon rideau pour nous protéger des éventuels regards curieux. On l'atteint quand je me dis que c'est l'occasion que j'attendais. Personne – pas Mãe, pas Ron, pas Ginny et pas Brunissande – pour gêner Harry dans la confession que j'aimerais lui arracher.
« Je peux te poser une question à mon tour ? », je souffle donc en posant ma main sur son bras.
« Évidemment »,il affirme en remontant ses lunettes de l'index de son autre main.
« Pourquoi tu te rends seul responsable des problèmes de Mãe avec Kingsley ? »
« Pardon ? »
« Tu iradies de mauvaise conscience quand tu es à côté d'elle, Harry », je développe. « Me dis pas que je me trompe. »
Il détourne les yeux, comme si la boue, les herbes folles ou les canettes de bière avaient un intérêt avant de revenir m'affronter.
« Je... je lui ai plus que tordu le bras pour aller à Lo Paradiso », il chuchote presque. « Déjà, elle est venue en Suisse, me sortir de la maison des Teuffer et amener les Aurors suisses à s'interroger sur eux... et c'était déjà un putain de risque politique qu'elle prenait. Elle m'a demandé de ne pas bouger... mais je... Aradia m'a appelé et parlé d'investisseurs suisses intéressés par leurs plantes... C'était un peu gros mais en même temps... j'étais prêt à aller seul – enfin avec Brunissande – à Lo Paradiso pour vérifier que les investisseurs n'étaient pas les gars du XIC. Sans Seamus, c'est ce que j'aurais fait. Il m'a forcé à l'appeler. Mais je ne lui ai pas laissé le temps ou le choix de faire autre chose que de se compromettre un peu plus en envoyant Foote et Finningan me protéger... J'avais l'impression que Kingsley ne pouvait pas ne pas comprendre l'urgence et les enjeux... que je ne pouvais pas ne pas y aller... Et maintenant, c'est elle qui... »
« Tu n'y allais pas pour Ada », je souligne parce que je me rappelle trop ma réaction quand Severus m'avait donné des nouvelles à l'époque.
« Je ne la déteste pas au point de ne pas aller à son secours. »
« Comme si détester quelqu'un t'empêcherait d'aller le sauver », je me moque.
« Putain, Cyrus ! », il aboie en levant la main – la dernière personne qui a levé la main sur moi était un sbire de Garinov et sans doute que ça se lit dans mes yeux. Il laisse retomber le bras. «Désolé... Je suis à bout », il avoue en détournant les yeux.
« Hé, hé, les grands frères ont de tout temps abusé de leur force et de leur autorité – pas la peine d'en faire une catastrophe ! », j'essaie de plaisanter.
« T'a... T'avais peur de moi, Cyrus... T'as jamais eu peur de moi ! Manquerait plus que tu aies peur de moi ! », il s'agace de nouveau.
« Tu te sous-estimes – t'arrives assez haut dans la liste des gens avec qui je sais que je ne peux pas me permettre de trop déconner », je lui rappelle assez vivement.
« Mais pas... ce n'est pas moi que tu voyais », il postule en me dévisageant de ses yeux verts – son inquiétude est palpable.
« Non », je reconnais parce que lui laisser croire autre chose serait cruel.
« Ils t'ont frappé », il comprend avec une infinie compassion.
« Rien de catastrophique... mais... j'ai eu tellement peur dans cette maison », je souffle sidéré d'avoir besoin de lui raconter ça. « Jamais j'avais été aussi seul... aussi seul que Sirius à... tu-sais-où... Peur pour Aesthélia, pour Joachim et Cristovao, pour moi... mais pour Ginny aussi... et... »
Il y a de vraies larmes dans ma voix, je me rends compte alors je me tais. Il me prend par les épaules.
« On ferait mieux d'y aller », je souffle, embarrassé.
« Ensemble, on va y arriver », il répète – et c'est déjà ce qu'il avait dit hier soir quand on était avec Mãe. Son mantra en quelque sorte. Je lui souris parce que je veux bien en faire le mien.
Oo
Chez Ron et Hermione, on dirait qu'un examen se prépare. Tout le monde dans le salon est entouré de livres et de parchemins, de listes de plantes, de courbes astrales, de statuettes. Il y a du thé et des gâteaux, comme des îles de douceur dans un océan de magie théorique. Harry me lance un regard entendu avant de s'agenouiller entre Hermione et Brunissande :
« Vous ne nous avez pas attendu », il remarque.
« En même temps, sans vous, on part un peu dans tous les sens, chacun sur sa spécialité », estime Tiziano. Je ne l'ai jamais vu aussi décoiffé. Depuis combien de temps n'a-t-il pas dormi ?
« Dora va bien ? », s'inquiète Ginny qui m'a rejoint. Tout le monde me regarde – sans doute regrettent-ils de ne pas avoir posé eux-mêmes la question.
« Dora ira bien quand Remus ira bien », je réponds en prenant les épaules de Gin. On prend place sur un coin de canapé pendant que j'enchaîne, l'urgence coulant dans mes veines comme un poison brûlant : « Donc, reste à fignoler ce plan de bataille... Tu as regardé la vision, Hermione ? T'en as pensé quoi ? »
« Je l'ai regardée plusieurs fois », répond Hermione en se redressant pour me regarder. « J'avoue que je ne m'attendais pas à ça... en même temps, c'est une vision envoyée par quelqu'un dans le coma... On ne devrait sans doute pas s'étonner de son côté impressionniste... Après, je me suis rendue compte qu'elle fonctionnait par association d'idées... ton inquiétude déclenche celle de ton père pour toi, la lune et les loups-garous se répondent... le fil est là... pas linéaire mais clair pourtant. »
Je ne sais pas quoi dire - je n'avais pas réfléchi par exemple au fait que Remus ait pu lui-même envoyer la vision... Que celle -ci soit un message qu'il ait construit pour moi plutôt que mes propres délires – oui, cette hypothèse tendrait plutôt à me rassurer. Tout à sa propre logique – chose qu'elle a en quantité, Hermione reprend d'elle-même pour confirmer :
« Après, il y a en effet tous ces éléments que tu ne pouvais pas connaître – les statuettes, très fugaces mais très précises, la désignation de Kane et Iris comme ayant un rôle à jouer... Tout cela nous montre que nous n'avons pas affaire à un rêve ou à de l'auto-suggestion. »
Je vois que la dernière hypothèse étonne les lycanthropes – ils doivent croire en la Divination ; que penseraient-ils s'ils apprenaient ce qu'en pense Remus ? Tous ceux qui ont fait leurs études avec Hermione sont évidemment moins surpris – qui ne se souvient pas de ses tirades anti-divination en pleine salle commune ? Quant à Tiziano, beaucoup plus traditionnaliste sur ce point, il est agacé mais fataliste – il s'est déjà empaillé avec Hermione sur le sujet, je m'en souviens, la première fois que Harry l'avait ramené en Angleterre. Restent Bettany, qui approuve – je sais ce qu'elle pense de la Divination même traditionnelle – et Brunissande, qui n'exprime rien. Je me demande mollement si elle en veut aux jumeaux de leur défiance et par extension à toute la famille Lupin.
« Donc, rationnellement, elle pense que ce n'est pas des conneries », conclut Harry en me regardant comme pour enforcer le clou.
« Ce serait le moment de me révéler comment vous voyez les choses, Tizz et toi », je réponds du tac au tac. Ils ont gagné le premier round, ils me doivent bien ça.
Tiziano ne comprend pas trop pourquoi et comment il est convoqué dans cette conversation, mais Harry lui explique : « Cyrus psychote sur les Sangs de Lune – il a peur que tu ne vides les jumeaux de leur sang... »
Tizz pâlit en entendant ça – décidément cette aventure à Venise, ça n'a pas rien été. Il marmonne des imprécations en dialecte qui semblent pétrifier les Italiennes – et faire regretter sa blague à mon grand-frère aux yeux verts – avant de revenir à notre langue commune, l'anglais.
« Selon ta vision – que je me suis permis de regarder en vous attendant », il finit par répondre assez sèchement, comme s'il m'en voulait de l'avoir entraîné sur ce terrain-là, « vous êtes tous importants – ses enfants, sa femme, sa famille. Il reviendra pour vous. »
Si c'était la saison, une mouche aurait son moment de gloire.
« Mais le sang de lune est en soi un catalyseur des puissances astrales... c'est ce qui attirent des créatures comme des Spiriti – des esprits de la lagune », il développe perdant son caractère incisif.
Livia a l'air plus qu'intéressée par les implications de tout ce qu'elle entend – pense-t-elle au rôle que pourrait jouer tout enfant de garou ?
« Comme les statuettes », estime Hermione, logique et détachée.
« D'une certaine façon », reconnaît Tiziano, presque avec soulagement. « Je pense donc que les jumeaux doivent être placés de manière à jouer leur rôle – la puissance symbolique remplacera le don du sang – rien n'indique dans ta vision qu'il y ait besoin d'un quelconque... sacrifice », il termine.
« Comme dans les schémas que Harry m'a montré ? », je pense tout haut.
« J'ai trouvé quelques schémas dans les archives de Trieste », reconnaît Tiziano avant de fouiller dans les piles de parchemin étalés sur le tapis pour les extraire. Il les passe d'abord à Livia assise entre Aradia et Lucca.
« Sauf que, bon, les cas traités n'ont rien à voir avec un coma ! », je marmonne – ne serait-ce que pour rappeler que je les ai lus, leurs traités.
Personne ne trouve rien à me dire pour me rassurer sur ce point.
« Si le placement des catalyseurs, qu'ils soient des statuettes, des potions ou des Sangs de lune est important », renchérit Brunissande.
« Il n'y a pas de 'si' », estime Aradia d'un air entendu. There is no if... Le F remplit l'espace de la pièce.
« … il va falloir qu'on trouve une logique », termine Brunissande avec l'air de regretter d'être celle qui souligne aussi nettement la limite de nos savoirs.
« N'est-ce pas là que le cœur du fromager nous intéresse ? », souffle presque timidement Harry. Comme on le regarde tous, il n'a pas d'autres choix que de continuer : « Tu m'as dit, Cyrus, je m'en souviens, que la cosmogonie guarani y voyait l'axe du monde, reliant la terre au ciel... est-ce que Papa savait ça ? »
« Je ne peux rien te jurer, Harry, mais en même temps, ce n'est pas de l'ordre du truc qui ne se dit uniquement un jour d'initiation. Il est allé un paquet de fois en Amazonie, et sans moi, et même avant moi. Il peut très bien le savoir. »
« Parce qu'un lien terre, ciel, avec toutes les étoiles que nous suivons... je me dis que ça a un sens fort – non ? Et dans les schémas, pas mal de catalyseurs sont placés sur des lieux symboliques... »
« Nous procédons de la même façon », indique sobrement Livia – et Aradia et Fiametta opinent solennellement comme pour se dédouaner des masses de trucs qu'elles n'ont pas confirmé à mon grand frère auparavant.
« Tu veux qu'on grimpe aux arbres, Harry ? », soupire Ginny.
« J'en sais rien », il lui répond. « On peut aussi imaginer des plots taillés en fromager – il y a un schéma qui utilise des plots... » Livia tend le parchemin à Ginny qui le prend sans vraiment le regarder et le passe à Hermione – à chacun ses experts.
« Mais Livia pensait qu'un arbre serait plus utile vivant », rappelle cette dernière. « On avait écarté de cette façon que ça soit le récipient qui doive être en fromager... »
L'interpelée hausse les épaules comme pour dire qu'il faut se garder de toute position définitive mais personne ne fait de commentaire. Le parchemin avec les schémas des plots surmontés de statuettes passent de main en main sans que personne ne les regardent vraiment.
« La vision parle d'un chant », je glisse sans l'avoir réellement décidé. Presque à mon insu. « Un chant qui doit résonner au cœur du fromager », je précise en regardant Hermione.
« Un chant ? », elle répète, en fronçant les sourcils comme pour rappeler à elle les détails de la vision. « Une musique mais pas un chant... pour moi, un chant c'est des voix... là, c'était plutôt des percussions. »
« La voix de l'arbre », souffle Ada comme prise par une inspiration. Elle s'est même tournée vers Livia pour le faire.
« Une percussion taillée dans un bois de fromager », conclut Bettany avec un air entendu. « Pas des plots, une percussion... »
« Pas un arbre vivant », re-souligne Hermione.
« Mais un cœur qui bat et un cœur qui chante », lui oppose Harry.
On ressasse cette hypothèse tous en silence sans oser commenter. Elle colle avec les pratiques de magie musicale que j'ai entrevues à l'initiation. Elle me parle, pour faire court.
« La vision montre aussi une rivière », ajoute Hermione presque timidement.
« Une rivière est un bon lieu magique », estime Livia.
« C'est en quoi les pirogues, habituellement ? », enquête la vieille copine de mon frère.
« Aucune idée », on répond en choeur, Bettany et moi.
« Mais on doit bien en trouver une en bois de fromager si besoin », je marmonne en ayant de nouveau l'impression de faire un drôle de bricolage plutôt que de résoudre une énigme de manière satisfaisante.
« On commence à avoir un début de plan », juge Lucca parlant pour la première fois.
« Tu doutes, Cyrus », estime Livia en me regardant droit dans les yeux. « Mais nous faisons à chaque fois la même chose quand nous devons nous servir de statuettes. Nous avons l'expérience de certaines situations mais il faut toujours adapter quelque chose, et nous demandons à l'esprit de la personne qui va être aidée de nous donner une vision. Elles ne sont pas toujours aussi complexes que la tienne, mais j'en ai vu de pires à interpréter. L'important, c'est que les symboles que nous allons invoqués soient reconnaissables par l'esprit qui te les as envoyés. Il faut qu'il revienne, Cyrus. Il faut qu'il ait des raisons de le faire : sa famille l'appelle et il devrait répondre ; Tiziano a raison. Il faut aussi qu'il en ait les moyens : des objets qu'il reconnaîtra qui lui montreront le chemin... symbolique. »
Harry opine et regarde Brunissande et Tiziano avant d'ajouter : « C'est une démarche de briseur de sorts, à peu de choses près... » Je vois bien que dire cela le rassure, alors je ne cherche même pas à discuter.
« Je ne peux pas me permettre de douter », est la réponse que je leur fais. Ginny me prend la main comme pour me remercier de ne pas foutre toutes leurs théories en l'air – j'ai bien dû lui faire peur, une fois de plus. « Restent des potions et des statuettes à choisir. »
« C'est là où il est difficile d'avancer sans toi », prétend Tiziano.
« Sans moi ? Sans une bonne bibliothèque, tu veux dire », je rétorque. « Établir des correspondances, au delà de la conversation de salon, ça demande un peu de documentation ! »
« On peut faire ça où ? », s'informe Bettany.
« La mieux serait la bibliothèque de l'Université mais... »
« Girasis le saurait », termine immédiatement Aradia – à la question " lui en veut-elle", on a la réponse.
« Poudlard ? », suggère doucement Harry.
« C'est la seule solution un peu discrète. Mais ça limite quand même le « on » », j'acquiesce. « Si on débarque à dix... »
« Livia et toi », estime Harry – plutôt lui que moi. « Hermione ne peut être vue nulle part ailleurs – trop de têtes inconnues marqueraient les esprits. »
« Je... à Poudlard ? », se garde Livia. Mais personne ne soutient sa timidité – même pas Fiametta ou Aradia. Tout le monde sauf elle est déjà allé à Poudlard en fait. Ah, non, pas Fia mais elle ne semble pas inquiète. Bettany non plus, je réalise quand je la vois grimacer. Elle crève d'envie de venir. Je ne peux rien pour elle. Reste que l'idée de me retrouver seul avec Livia ne m'est pas super sympathique.
« Viens avec nous, Harry », je propose.
« Je... », il commence en regardant Brunissande – et elle lui fait signe d'y aller. Bon, au moins, cette fille a le sens des priorités. « OK », il décide.
Ooo
On appelle Severus en chemin – il est en cours, évidemment, mais nous répond sans attendre.
« Tu sais pour le Magenmagot ? », lui demande Harry.
« Ils ont repoussé le verdict ? », il postule – c'est bien de lui d'envisager d'abord le pire.
« Non au contraire. On l'a », lui annonce Harry sur un ton qui montre bien que lui non plus n'a pas mesuré encore tous les tenants et aboutissants. « La plupart des mises en examen sont confirmées ! »
« Une bonne nouvelle », commente sobrement Severus. Il n'est même pas sarcastique. « Vous avez besoin de moi ? »
« On a besoin de la bibliothèque – on essaie de construire un plan d'attaque qui tienne la route », explique Harry avec un poil de nervosité.
Severus pourrait miner à tout jamais le peu de confiance qu'on a réuni autour de notre « plan », il faut bien le reconnaître.
« Je comprends que vous êtes pressés. Je préviens Madame Pince et je vais essayer de me libérer un peu plus tôt... »
« On ne partira pas sans t'avoir vu », je le menace par dessus l'épaule de Harry – Je ne sais pas ce que Livia peut en penser. Si je vous dis que ça amène un sourire fugace sur les lèvres de Severus vous allez dire que j'invente. Pensez ce que vous voulez.
Madame Pince est ravie de nous voir ; les étudiants curieux mais fermement tenus à l'écart par la bibliothécaire.
« Comment va votre père ? », elle veut évidemment savoir.
« Son état est stationnaire », lui affirme Harry en la regardant droit dans les yeux avec une expression qui doit trop lui rappeler Remus quand il a décidé qu'il serait inflexible. Elle laisse tomber.
Elle fait par ailleurs mine de comprendre parfaitement qu'on vienne à Poudlard faire des recherches en ingrédients de potions amazoniennes alors que je suis étudiant en ethnomagie à Londres et que j'ai donc accès à des ressources bien plus abondantes que sa bibliothèque. Harry me fait un clin d'oeil tout à fait complice et clair sur ce point quand, après nous avoir aidé à fouiller le catalogue, elle part à la recherche des volumes que nous avons choisis. Ils nous arrivent en voletant les uns après les autres.
« Si elle s'était toujours montrée aussi compréhensive », je souffle en m'en emparant d'un.
« Elle t'a toujours eu à la bonne », prétend Harry.
Livia n'arrive pas à rester en place. Les livres semblent l'attirer pire qu'Hermione les quinze premiers jours après la rentrée. Elle voudrait les ouvrir tous, ça se voit.
« Pas trop de bouquins à Lo Paradiso », je postule à voix haute.
« Pas assez », est la réponse énigmatique de mon grand frère.
Les heures qui suivent on s'enfonce dans les traités de botanique et de potions exotiques. Outre le livre écrit par Aesthélia, mais signé Laelia Lupin, je n'ai demandé que des livres que je ne connaissais pas.
« Je ne l'avais même jamais vu », murmure Harry en tenant le petit fascicule signé de ma mère fictive entre ses mains. Il semble penser qu'il doit s'en excuser auprès de moi, visiblement.
« On cherche... comment qualifier ce que nous cherchons, Livia ? », je préfère demander en me tournant vers elle. Ce n'est pas tellement le moment de peser les sacrifices faits par Aesthélia, Dora ou Remus pour que j'existe. Il me semble que la lycanthrope hésite à répondre.
« Je ne veux pas réduire les possibles, mais nous n'avons pas un temps sans limite dans cette bibliothèque. Je proposerais bien que nous choisissions des hypothèses et que nous cherchions leurs conséquences
Harry comme moi attendons la suite. On sait très bien attendre que les autres parlent dans la famille Lupin.
« Voilà mes hypothèses... Si nous acceptons que... Remus... ait besoin d'être rappelé par sa famille – toute entière, il faut partir de vous. Vous êtes cinq. Si les petits, les jumeaux possèdent un don inné de catalyse lié à... leur sang de lune... il nous reste trois porteurs potentiels pour les statuettes, donc trois statuettes à déterminer. Vous êtes deux hommes et une femme, mais je ne pense pas qu'on puisse s'arrêter à cette correspondance », elle continue d'exposer – on sent bien qu'elle n'a pas l'habitude.
« Il me semble que la symbolique propre aux statuettes est plus importante que leur sexe », elle propose.
« Comme la Justice », propose Harry qui y a sans doute déjà réfléchi – je ne me rappelle même plus les sept statuettes, je me rends compte avec une bouffée d'angoisse. « Elle réagit à une potion contenant des baies d'if - partie féminine d'un ingrédient jugé généralement masculin », il rajoute pour moi – et il fait bien.
« C'est une possibilité », admet Livia. « D'autres me paraissent importante : la Mariée pourrait être puissante portée par Nymphadora... si une potion de pur irupé fonctionne avec elle ; ça va être un de nos grands défis – vérifier que les potions fonctionnent avec des ingrédients locaux... puisque vous semblez écarter qu'on emmène des ingrédients. »
« On n'écarte rien », je proteste.
« Donc on devrait aussi emmener des ingrédients, plus traditionnels », elle décide.
« Prenons toutes les précautions », estime Harry. « A quelles statuettes as-tu pensées, Livia ? »
« Vue la place prise par les étoiles... je me dis que convoquer l'Astrologue... »
« ...n'est pas plus stupide qu'autre chose », je termine avec une espèce d'impatience. Trop tard pour douter est mon mantra.
« La Justice, la Mariée et l'Astrologue ? », résume Harry.
« Je ne vois pas en quoi l'intercession du Prêtre, du Maire, de la Sage-femme, du Boucher pourrait amener... J'ai un temps pensé au Maréchal-ferrant – il est souvent utile quand il s'agit de faire... à la bonne sœur, et son infinie compréhension... Comme je l'ai déjà dit, je compte toutes les emmener quoi qu'on décide avant le départ. »
« OK, travaillons sur les trois qui te paraissent les plus pertinentes », accepte Harry avec un regard pour moi qui acquiesce. « Est-ce que les baies d'if ont un quelconque usage en Amazonie ? »
« Des ifs en Amazonie ? », je souris.
« Alors quoi ? », il contre.
« Parlons de l'if, vous utilisez les baies, la parties féminine mais aussi la partie représentant l'avenir d'un arbre qui symbolise souvent la mort », je développe en acceptant le défi. J'ai l'insigne satisfaction de voir que Harry est épaté – je ne sais pas ce qu'il s'imagine de mes études ! « C'est aussi un poison, si je n'ai pas tout oublié. » Ils acquiescent. « Eh bien, voilà, c'est ça qu'on doit chercher – et Bettany nous aurait été utile, mine de rien », je soupire en jouant distraitement avec ma plume tout en réfléchissant à ce que je sais qui pourrait constituer une base. « Le seul poison qu'on ait dans la potion d'initiation est le kunami, tiré du timbo... est-ce que d'autres parties de cet arbre sont utilisées en potions ? Voilà une bonne quête », je termine en montrant la pile de livre.
« Est-ce que poser la question à Bettany et Aesthélia ne nous feraient pas gagner du temps » suggère Harry après avoir soupesé un volume qui doit peser plusieurs kilos.
« Tu peux essayer », je l'exonère avec magnanimité. Il se lève immédiatement.
Livia et moi nous plongeons dans les ouvrages et je ressens la même frustration que dans la bibliothèque de Jérémie. Tout ce que nous trouvons est trop superficiel ou occidental pour dépasser les pratiques de chasse par poison. Harry revient avec Severus et une flamme d'excitation dans ses yeux verts.
« Elles sont unanimes : le timbo produit des fruits, à la forme un peu étranges, comme des oreilles humaines... ce fruit est saponifère mais symboliquement... il représente l'écoute et aussi le dévouement... iI y a une légende... »
« Le père qui a cherché sa fille jusqu'à mourir et dont on a trouvé l'oreille collée au sol pour retrouver sa trace même après sa mort », je me souviens – il me semble que c'est Laelia qui avait raconté l'histoire, je ne sais plus.
« Tu connais ? », s'excite Harry.
« Et des fruits peuvent être considérés comme les baies d'if comme des symboles féminins », commente plus calmement Livia.
« Vous m'avez l'air d'avancer à grands pas », estime Severus avec un mélange de frustration et d'impatience. Il tient Poudlard à bout de bras, j'imagine, et il voudrait quand même en faire plus.
« On n'a pas le choix », je répète notre mantra.
« On va le ramener », confirme à sa façon Harry en posant une main un peu timide sur l'épaule de Severus.
Ce dernier acquiesce sèchement.
« Je n'en attends pas moins de vous. »
oooo
notes : Neuf statuettes :un prêtre, un astrologue, un maire, une sage-femme, une bonne soeur, une mariée, un boucher, un maréchal-ferrant et cette fichue justice
Le prochain s'intitule Des fils de leur père... on n'est pas encore au Brésil aussi étonnant que ça puisse paraître... mais presque...
